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2 mars 2004 2 02 /03 /mars /2004 15:56

Sherlock Holmes aurait eu, cette année, 150 ans... s’il avait réellement existé !


holmes.jpgIl m’est arrivé de rencontrer des gens persuadés que Sherlock Holmes fut un personnage de chair et d’os ayant physiquement existé alors qu’il ne fut, effectivement, que personnage de papier. Mais Holmes dispose d’une telle biographie faite de moults détails fournis au fil des histoires racontées par le Dr Watson qu’il est compréhensible que d’aucuns puissent l’imaginer réel, ayant vécu à l’époque victorienne et ayant résolu quantité d’affaires policières de prime abord insolubles... Les différents éléments laissés à l’intention du lecteur dans les aventures holmesiennes permettent d’établir, avec une précision qui confine au réalisme, ce que fut la vie publique de l’esprit le plus aiguisé de tous les temps. S’il avait vécu, Holmes aurait eu 150 en 2004 ! En effet, son créateur nous le renseigne comme étant né en 1854, fils de propriétaires terriens et petit-fils de la sœur du peintre français Vernet. De sa famille, on sait encore qu’Holmes a un frère aîné prénommé Mycroft qui occupe de hautes fonctions au Gouvernement et qui est membre du très sélect Diogene’s Club de Londres. Sherlock Holmes entame une carrière de détective dès 1878, à l’âge de 24 ans. Il débute comme conseiller de la police londonienne tout en travaillant comme chimiste à l’hôpital Saint-Bart’s avant de rencontrer, en 1881, le Dr John Watson, médecin et officier de l’armée britannique en poste aux Indes où il fut blessé de guerre. Watson cherche un appartement avec loyer modeste et Holmes cherche un colocataire pour partager le loyer du superbe appartement qu’il a déniché au 221b Baker Street... Watson, un peu naïf, devient l’ami de Holmes mais aussi son faire-valoir, son médecin privé et, surtout, le narrateur de ses aventures dans la presse. Les deux hommes collaboreront pour la première fois dans l’affaire dite de l’Etude en Rouge, en mars 1882...

Sherlock Holmes est un homme hors du commun ! Musicien de premier ordre, il manie le violon avec une dextérité remarquable mais peut aussi, lorsque son cerveau est en plein travail, sortir des bruits infâmes de l’instrument qu’il laisse traîner sur ses genoux. Chimiste aguerri, il manie les produits dangereux comme la morphine et la cocaïne dont il use avec régularité. Amateur de tabac, il fume la pipe (ndlr il en possède trois qu’il utilise selon les circonstances) mais est aussi friand d’un bon cigare voire d’une cigarette. Grand, environ 1,80 M, et mince, il possède, nous apprend le Dr Watson, une force physique étonnante et une aptitude pour la course à pied. Bien qu’il juge que l’exercice physique soit une perte de temps et un gaspillage d’énergie, Holmes pratique la boxe anglaise, l’escrime, le golf et la nage en mer afin d’être toujours au meilleur de sa forme lorsqu’il travaille sur une enquête. Machine à raisonner, Holmes aime la flatterie... On le dit misogyne mais il n’a jamais déclaré qu’il n’aimait pas les femmes, simplement qu’elles pouvaient interférer sur sa capacité de déduction. A propos de déduction justement, la méthode holmesienne repose sur un processus en trois phase : l’observation, l’induction (ou la déduction), et la synthèse logique.

A partir de 1880, et jusqu’en 1891, Sherlock Holmes concentrera la majorité de ses efforts à contrecarrer les plans machiavéliques du Professeur James Moriarty. Il tient ce dernier pour étant le Napoléon du mal, le Génie du Crime. De fait, Moriarty est un mathématicien exceptionnel disposant d’un esprit cartésien aussi pointu que celui d’Holmes. Moriarty disposait d’une chaire dans une université provinciale. A 21 ans, il fut l’auteur d’un traité sur le binôme de Newton qui lui a valu la reconnaissance européenne. Mais, son sang charrie le mal et ses instincts sont avant tout criminels. Durant de longues années, il sera l’ennemi intime de Sherlock Holmes. Les deux hommes se sont défiés, entre autre, dans les affaires dites du Trois Quart Manquant, de l’Entrepreneur de Norwood, du Dernier Problème ou de l’Illustre Client... En mai 1891, sur le dossier dit du Dernier Problème, Holmes et Moriarty s’affrontent physiquement en haut des chutes de Reichenbach, en Suisse. Pour débarrasser définitivement l’Angleterre de son pire cauchemar, Holmes projette Moriarty du haut des chutes mais il tombe avec lui... Epuisé par treize années de travail cérébral, miné par le rhumatisme et usé par la drogue, Holmes choisit alors de mourir. Bien que rescapé de cette vertigineuse chute, il se fait passer pour mort aux yeux de tous, y compris de Watson. Décidé à prendre du recul par rapport à sa vie, il ne réapparaît - à la grande surprise de son ami médecin - qu’en 1894 pour une affaire intitulée la Maison Vide... Cette période de trois années, connue comme étant celle du Grand Hiatus, Holmes la passe à voyager et à se reposer. De retour aux affaires, Sherlock Holmes résout encore une centaine d’énigmes jusqu’en 1901, retombant dans ses travers cocaïnomanes bien que Watson arrive à le sevrer de ce penchant cette même année. Le détective prend sa retraite fin 1903 ou début 1904 et se retire dans une ferme du Sussex où il pratique l’apiculture et étudie la philosophie... Watson, pour sa part, se mariera en secondes noces, en 1903 et poursuivra sa vie à Londres. Holmes résoudra, cependant, encore une affaire à la veille de la Première Guerre Mondiale lorsqu’il démasque et arrête l’espion allemand Von Bork.

Si Sherlock Holmes semble tellement vrai, c’est probablement à cause de tous ces détails qui rendent sa vie crédible mais aussi des personnages réels que notre détective rencontra tout au long de sa carrière ; Albert Einstein, Sigmund Freund, Karl Marx, la famille Royale de Hollande ou encore le Capitaine Dreyfuss. En outre, il n’était pas infaillible ce qui lui conférait également un côté humain prononcé. En effet, le Dr Watson rapporte que son ami s’est fourvoyé dans plusieurs affaires dont celles dites de la Figure Jaune, d’Abbey Grange ou de la Flamme d’Argent... D’ailleurs les Holmesiens - c’est à dire les disciples du détective - vous l’affirmeront, Sherlock Holmes est bien un personnage réel !

La version académique dit que Holmes est un personnage de roman policier créé par Sir Arthur Conan-Doyle, entre 1887 et 1927 ; la version Holmesienne affirme que Sherlock Holmes est un détective amateur anglais né en 1854 et dont la vie fut racontée, par son ami le Dr John Watson, par l’intermédiaire d’un agent littéraire appelé Arthur Conan-Doyle...

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18 avril 2003 5 18 /04 /avril /2003 13:29

Portrait d’un maître de l’humour et de la langue française…

 

desproges.jpgPierre Desproges fait partie de la grande tradition de l'humour français. Sa gouaille, sa plume et son visage poupin ont disparu depuis 15 ans et pourtant, à l'image des grands peintres, Pierre Desproges connaît autant, si pas plus, de succès mort que vivant… Pierre Desproges était né à Pantin, dans la banlieue nord-est de Paris, en 1939. Avant de devenir le maître de l'humour noir et du clin d'œil caustique, il a tâtonné, exerçant divers métiers qui lui ont permis de ne pas mourir de faim. Vendeur d'assurances vie (ndlr, d'assurances mort comme il les appelait plutôt), enquêteur pour une société de sondage, rédacteur du courrier du cœur à Bonne Soirée et même directeur commercial d'une fabrique de poutres de décoration en polystyrène… Autant de boulots qui ne lui apportent rien d'autre que déprime et ennui. L'envie d'écrire est la plus forte. En 1967, il entre à l'Aurore comme journaliste mais un rédacteur en chef mesquin le licencie pour le côté iconoclaste de ses articles. Voilà un responsable de rédaction bien mal inspiré ! A l'aube des années 70, Desproges se voit offrir une opportunité de revenir à l'Aurore. Il accepte mais ne changera pas sa manière de rédiger… Il obtient une chronique quotidienne d'informations en bref. "Bref" était d'ailleurs le titre de sa rubrique ! Il décide de reprendre les informations du jour et de les commenter selon son propre avis. Un commentaire laconique personnel sanctionne donc toutes ses brèves. C'est le début de l'ascension de Desproges. Ces brèves ont été publiées, en 1999, dans un ouvrage intitulé "Le petit reporter".

En 1975, il intègre l'équipe du "Petit Rapporteur" dirigée par un Jacques Martin que la niaiserie des années 80 n'avait pas encore submergé… Là, en compagnie de Daniel Prévost, notamment, il laisse libre cours à son ironie, sa verve et son côté provocateur. Parallèlement, il travaille avec Thierry Le Luron sur France Inter. Mais c'est à l'aube de la décennie suivante que Pierre Desproges prend toute sa dimension ! Il décide de coucher sur papier ses pensées et autres états d'âme. En 1981, il publie le mémorable "Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis", son premier opus, avant d'envahir les ondes radiophoniques de France Inter avec l'émission qui est, selon moi, la plus aboutie de ce que la radio a pu produire : "Le tribunal des flagrants délires". Dans le rôle d'un avocat de l'accusation, Pierre Desproges taille un costard sur mesure à l'invité du jour. Il est notamment remarquable, en septembre 1982, lorsqu'il ridiculise verbalement Jean-Marie Le Pen dont la verve était pourtant déjà affûtée… Dans les joutes oratoires de haut-niveau, jamais Desproges n'a pu trouver son maître !

En télévision, il installe sur FR3, en 1982, "La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" dans laquelle il laisse éclater son non-sens et ses jeux de mots. Radio, télévision, librairie… Desproges est partout et pourtant son nom ne dit pas grand chose au grand public. Peu importe il se fait plaisir à lui et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas ! A France Inter, il offre encore ses acerbes "Chroniques de la haine ordinaire" dans lesquelles il reprend son thème favori du commentaire personnel de l'actualité. Il publiera également ses Chroniques, en 1987.

Il ne lui reste que la scène à conquérir, c'est bientôt fait. Mais hélas, Desproges n'aura le temps de faire que deux spectacles. Il s'attache à l'écriture du premier en 1983 et le présente, pour la première fois, avec l'aide de Guy Bedos, au Théâtre Fontaine, en janvier 1984. En octobre 1986, il offre au public sa seconde scène "Desproges se donne en spectacle", en première, au Théâtre Grévin. Bien qu'il ait commencé à l'écrire, Pierre Desproges n'aura pas le temps de monter un troisième spectacle. En 1987, il apprend brutalement qu'il est atteint d'un cancer. La nouvelle tombe comme un couperet, d'autant plus qu'il est obnubilé par la peur de mourir d'un cancer depuis des années. Il fera face à la maladie avec dérision et humour. Il sait rapidement qu'il est condamné et masque sa détresse avec l'humour. Après tout, il répétait sans cesse que l'on peut rire de tout… mais pas avec tout le monde ! Alors, autant rire avec son public, ses auditeurs et ses lecteurs du crabe qui le ronge lentement mais inexorablement.

Inspiré par Alexandre Vialatte et Alphonse Allais, Pierre Desproges a élevé son talent d'écriture à un niveau jamais égalé. Il n'a pas connu le succès qu'il aurait mérité de son vivant. Il est vrai que son humour nécessite une bonne dose de réflexion… Par contre, grâce à son épouse, Hélène, qui a entretenu sa mémoire et ses textes (en publiant notamment l'excellent "Fonds de tiroir" en 1990), Desproges a connu un succès post-mortem grandissant !

Les petits plus de l’article :


Pierre Desproges sur Internet : www.desproges.fr

A lire :

 

* Ouvrages publiés de son vivant
- "Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis" (1981);
- "Vivons heureux en attendant la mort" (1983);
- "Des femmes qui tombent" (1985 - roman)
- "Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien-nantis" (1985)
- "Chroniques de la haine ordinaire" (1987).

* Ouvrages publiés post mortem
- "Texte de scène" (1988);
- "L'Almanach" (1998);
- "Fonds de tiroirs" (1990);
- "Les étrangers sont nuls" (1992)
- "La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" (1995);
- "Les bons conseils du professeur Corbiniou" (1997)
- "Le petit reporter" (1999).

A voir et à écouter également, les deux spectacles de Pierre Desproges en VHS et les CD du "Tribunal des flagrants délires"

Enfin deux excellents ouvrages consacrés à Pierre Desproges :
- "Pierre Desproges - La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute" (1998) entretien avec Yves Riou et Philippe Pouchain;
- "Desproges, portrait" (2000) par Marie-Ange Guillaume.

 

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