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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 14:12

Portrait de l’inventeur du roman noir...

hammett.jpgQui se souvient aujourd’hui encore de Dashiell Hammett ? Pas grand monde assurément et pourtant cet écrivain américain reste, malgré une carrière éphémère, une valeur sûre du polar et du roman noir dont il est l’inventeur. J’ai connu Hammett grâce à un prof de français qui avait eu l’excellente idée d’intégrer un de ses romans – c’était La Moisson Rouge - dans un choix de livres pour une fiche de lecture. Cette enseignante partait du principe que le polar était un genre à part entière de la littérature et que comme tous les genres, il avait voix au chapitre… Et comme tous les genres, le polar avait aussi, pour elle, ses locomotives : Boileau-Narcejac(1), Japrisot, Manchette, Goodis, Simenon, Chandler, Christie, Ellroy, Vasquez-Montalban et, bien entendu, Hammett. Cette femme, dont je garde un souvenir indélébile, m’a donné non seulement le goût de la lecture mais aussi le goût du polar !

C’est en période de crise, au printemps 1894 alors que les usines de l’est des Etats-Unis sont en grève et que le taux de chômage est élevé que Samuel Dashiell Hammett voit le jour dans une famille pauvre de Baltimore, dans le Maryland. Pendant qu’une cohorte de chômeurs emmenée par Jacob Coxey marche sur Washington pour réclamer du travail et que les travailleurs de la compagnie ferroviaire Pullman se mettent en grève, Hammett pousse son premier soupir. Son univers est noir, la vie est dure pour ses parents qui déménagent bien vite à Philadelphie où le paternel espère trouver son eldorado dans une usine de textile ou dans un arsenal… Très jeune, Dashiell est confronté à l’obligation de trouver un emploi pour permettre à la famille de nouer les deux bouts. L’école, il ne s’y attardera guère ; pas le temps, pas les moyens de se le permettre… Garçon-livreur, typographe, porteur de journaux autant de petits boulots auxquels il sacrifiera. Puis un jour, alors qu’il a à peine 20 ans, l’opportunité d’entrer dans la fameuse agence Pinkerton se présente à lui. Il saisit cette chance et devient détective privé. Durant six ans il enquête pour le compte de Pinkerton ; adultère, meurtre, filature, disparition, ambiance glauque des bas-fonds, bars enfumés… Hammett est plongé dans l’univers de ce qui va faire sa gloire. Rapidement, il consigne par écrit certaines enquêtes, les adaptant au besoin pour leur donner un aspect plus romanesque. Hammett imagine un univers dans lequel le bien et le mal ne sont pas distincts, dans lequel les personnages sont bruts et les héros, loin de l’archétype romanesque en place, sont violents, noirs et sans états d’âme. En fait, il se contente de rapporter l’ambiance qui était celle de ses enquêtes… Ses premières nouvelles sont publiées dès 1922 dans une collection de romans populaires baptisée Pulp.

Ses premiers succès, même s’ils restent confidentiels, incitent Dashiell Hammett a abandonné son métier de privé pour se consacrer à la littérature. Plus que des nouvelles, il a envie d’écrire de vrais romans. Il s’attaque donc à l’écriture de Le grand Braquage dont il situe l’intrigue dans le milieu des gangsters du début des années ’20 (nous alors sommes en pleine prohibition)… Ce premier roman fait la part belle au règlement de compte et aux tueries en tous genres entre bandes rivales. Hammett pose les premiers jalons du roman noir ; héros sans scrupules ni état d’âme, multitude de personnages plus ou moins importants, justice privée, ambiance lourde et violence le tout rédigé d’une écriture sèche, directe et sans fioriture. Il ajoute même un ingrédient que l’on retrouvera souvent par la suite dans le polar : la pute au grand cœur, prête à aider le héros… Avec la suite de ce premier roman, Le prix du sang, Hammett affine sa technique et définit les contours de sa plume. Il faut attendre 1929 pour qu’il publie son premier chef d’œuvre, La Moisson Rouge qui met en avant les dérives de l’Amérique des années ’20. Entre les gangsters et la police corrompue, un détective privé très anonyme va avoir bien des difficultés à mener la mission pour laquelle il a été engage : nettoyer Poisonville de ses parasites. Ce roman de Dashiell Hammett est considéré comme le tout premier roman noir. Aux Etats-Unis, cette appellation française est traduite par Hard-Boiled School… L’Ecole des Durs à Cuire en référence au héros violent et sans scrupules de ce genre littéraire.

Hammett est un auteur prolixe, il enchaîne nouvelles et romans avec à la clé deux immenses succès populaires, Le Faucon de Malte (1930), adapté au cinéma sous le titre Le Faucon Maltais avec Humphrey Bogart, et La clé de verre (1931) qui sera aussi porté au grand écran… L’écrivain porté sur la bouteille ralentit ensuite un peu la cadence. Il faudra attendre trois ans pour lire sa dernière œuvre, L’introuvable, nettement influencé par l’alcoolisme d’Hammett et dont la valeur intrinsèque est moindre que les précédents opus… Dashiell Hammett collabore l’année suivante au scénario d’une bande-dessinée centrée sur un personnage qu’il a créé, l’agent secret X9, qui sera ensuite reprise par Briggs et Flanders.

Rongé par l’alcool, Dashiell Hammett n’écrit plus et vit en reclus dans le Montana où il sera débusqué à l’aube des années ’50 par la fameuse Chasse aux Sorcières du Sénateur McCarthy. N’ayant jamais caché ses sympathies communistes, Hammett sera jeté en prison où il contracte la tuberculose. Tous ses ouvrages sont retirés des bibliothèques ou des librairies, il devient un auteur prohibé… Il restera quelques années en prison avant de venir finir sa vie à New York où il meurt en 1961 quasiment oublié de ses contemporains.

Le roman noir

Bien que ce type de littérature exista depuis les années ’20 aux Etats-Unis, l’appellation «roman noir» a vu le jour en 1944 dans les milieux intellectuels français. Il se distingue du roman policier traditionnel de l’époque par la construction. Dans le roman policier, le crime est commis au début de l’ouvrage et sert de fil conducteur au récit ; le roman noir, traite d’une situation qui évolue pour amener jusqu’au crime. Une collection – la Série Noire - sera d’ailleurs créée, en 1945 par Marcel Duhamel pour Gallimard. En outre, le roman noir répond à des critères de narration et de mise en scène précis : détective (souvent fauché et/ou alcoolique) sans scrupules n’hésitant pas à enfreindre la loi et la morale, ambiance lourde, justice privée, endroits mal famés, descriptions longues…

Dashiell Hammett est donc considéré comme l’inventeur de ce type de littérature, bien qu’avant lui Eugène Sue aurait pu aussi revendiquer cette paternité. Parmi les grands classiques du roman noir, sans être exhaustif, on relève La Moisson Rouge et Le Faucon de Malte de Dashiell Hammett, On achève bien les chevaux de Horace McCoy, L’allumette facile de David Goodis, Le facteur sonne toujours deux fois de James McCain, La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette, Compartiment tueurs et La course du lièvre à travers les champs de Sébastien Japrisot, Celle qui n’était plus de Boileau-Narcejac, Le grand sommeil et Adieu ma jolie de Raymond Chandler…

En six romans et quelques nouvelles, Dashiell Hammett a révolutionné la littérature policière classique pour lui apporter une touche de noirceur qui lui conféra une aura plus importante parmi les milieux littéraires un peu tièdes par rapport au polar… Hammett est à considérer parmi les plus grands auteurs américains du 20è siècle, au même titre que Faulkner, Hemingway, Capote, Steinbeck, Williams, Kerouac, King, Bradbury ou Asimov…

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(1) Boileau-Narcejac est, en fait, le nom de plume de deux auteurs – Pierre Boileau et Pierre Ayraud, dit Thomas Narcejac – qui ont co-signé une cinquantaine d’œuvres.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 09:17

C'est l'histoire d'un gosse capricieux bénit par les Dieux du foot...

MaradonaDiego Maradona fête aujourd’hui son 50è anniversaire. Héritier des Di Stefano, Eusebio, Pelé, Beckenbauer, Garincha et autre Cruijff, Maradona fait déjà partie de la légende du ballon rond. Et pourtant, son palmarès est loin d’être le plus étoffé de la planète football mais il faisait quasiment ce qu’il voulait du ballon, un peu comme ci celui-ci avait pour unique objectif de lui obéir au pied et à l’œil... Né à Lanùs(1), dans la banlieue de Buenos Aires, en 1960 il est rapidement repéré par les dénicheurs de talent d’Argentino Juniors qui voient en lui un futur grand du foot et lui accolent le sobriquet flatteur de Pibe de Oro, le Gamin en Or... Il intègre l’équipe fanion d’Argentino Juniors le 23 octobre 1976, quelques jours avant de fêter son 16è anniversaire. Il restera dans ce club jusqu’en 1980 décrochant, au passage, un titre de Meilleur Joueur du continent américain(2) et un titre de champion du monde avec l’équipe nationale juniore d’Argentine. C’est auréolé de ces deux premiers trophées qu’il rejoint Boca Juniors le club phare du football argentin de ce début des années ’80 avec lequel il décroche un titre national en 1981.

C’est la Coupe du Monde espagnole, en 1982, qui va révéler au public européen ce petit bonhomme trapu au pied gauche magique. Les Argentins débarquent en terre ibère pour défendre le titre mondial qu’ils ont conquis quatre ans plus tôt sur leur sol. Emmenée par des joueurs talentueux comme Mario Kempès - meilleur buteur de la précédente Coupe du Monde -, Oswaldo Ardilès ou le gardien de but Matildo Ubaldo Fillol, l’équipe argentine fait figure de favorite, au même titre que le Brésil de Zico et Socratès, l’Italie de Zoff, Tardelli et Rossi ou encore l’Allemagne de Rummenigge, Schusters et Breitner récente championne d’Europe... Et pourtant, le tournoi de la sélection blanche et azure est loin d’être remarquable. Elle s’extrait péniblement du premier tour écartant le Salvador et la Hongrie mais butant sur les Diables Rouges belges qui, en match d’ouverture, créaient la première sensation du tournoi en battant l’Argentine 1 à 0... Le second tour sera pire encore puisque les Argentins s’inclinèrent face à l’Italie et au Brésil dans une formule inédite de triptyque. Mais l’Europe vient de faire connaissance avec un joueur hors pair et le FC Barcelone est le plus prompt pour faire signer Maradona. En Espagne, il va découvrir le sort réservé aux joueurs trop technique... un matraquage en bonne et due forme par les défenseurs dépassés par tant de vivacité. Ainsi, Maradona est la cible d’une véritable agression du joueur basque Goicoechea qui le laisse sur le carreau, victime d’une déchirure multiple des ligaments à laquelle vient se greffer une hépatite virale. Le bilan catalan du Pibe de Oro est plutôt mièvre même s’il s’orne d’un titre de champion d’Espagne en 1983.

L’année suivante est synonyme d’explosion pour la carrière de Maradona ! Il rejoint le Calcio et le club du SSC Naples où il est accueilli en messie. La Juventus de Turin possède très politiquement correct Platini, Naples dispose désormais de l’enfant terrible Maradona, râleur, bagarreur, souvent grossier mais au pied gauche unique et au dribble démoniaque... En Italie, Maradona découvre les plaisirs faciles que peut lui procurer le salaire mirobolant que lui octroie La Napoli. Les frasques s’enchaînent mais tout lui est pardonné le dimanche sur le terrain. Maradona emmène le club napolitain au faîte de la gloire. Alors que Naples avait du se contenter jusqu’alors de deux Coupes d’Italie (1962 et 1975), le joueur argentin va lui offrir deux titres de champion national (1987 et 1989), une nouvelle Coupe d’Italie (1987), une Supercoupe d’Italie (1991) et, surtout, une Coupe de l’UEFA (1989) remportée au détriment du VFB Stuttgart.

Lors de la Coupe du Monde 1986, au Mexique, Maradona éclabousse la compétition de son talent. Si les médias retiennent souvent son goal inscrit de la main, en quart de finale, face à l’Angleterre - très pompeusement nommé «but de la main de Dieu» -, c’est surtout ces deux chevauchées fantastiques sanctionnées par autant de buts d’anthologie face à l’Angleterre encore et contre la Belgique, en demi-finale, qu’il faut conserver en mémoire... Cette année 1986 verra l’Argentine de Maradona devenir championne du monde ! Maradona participera encore à l’édition 1990, en Italie, de la Coupe du Monde où l’Argentine accédera à la finale s’inclinant, dans une revanche de la finale 1986, face à l’Allemagne et sera présent quelques jours aux Etats-Unis, en 1994. Hélas, au pays de l’Oncle Sam il sera contrôle positif et exclu de la compétition. Une sortie internationale bien peu glorieuse pour celui qui était revenu jouer au pays, au Newell’s Old Boys après avoir transité deux saisons au FC Séville après son séjour napolitain. Lorsqu’il quitta Naples, au terme de la saison 1991, beaucoup voyaient déjà en lui un has-been ; ce n’était pas entièrement faux. Accroc aux stupéfiants, boulimique par période, peu enclin a l’entraînement et difficile à gérer humainement, Maradona a épuisé la patience de beaucoup d’entraîneurs. Cette fois, la magie de son pied gauche ne suffit plus ! Alors, il termine sa carrière à Boca Juniors où sa légende naquit véritablement...

Artiste du ballon rond, écorché vif, paranoïaque, caractériel et dépendant de drogues dures, Maradona fait pourtant partie des personnages de légende de l’Argentine au même titre qu’Eva Peron, Juan-Manuel Fangio, le boxeur Carlos Monzon ou encore le Che Guevara... Les Idoles d’un Peuple !

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(1) et certains oseront encore s’étonner qu’il se conduisit parfois comme un trou du cul...
(2) l’équivalent du Soulier d’Or européen
(3)
dont beaucoup ignore qu’il était de nationalité argentine, né Ernesto Guevara de la Serna en 1928 à Rosario de la Fe dans une famille de la petite bourgeoisie...

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 13:53

La découverte d'un négatif original du tout premier film de Kubrick devrait permettre de restaurer ce film... Mais Kubrick aurait-il voulu que Fear and Desire refasse surface ? Quand on connait un peu le personnage, on est obligé de répondre non à cette question !

 

kubrick.jpgJ'avais envie depuis quelques temps de vous parler de Stanley Kubrick, l'un des Grands Maîtres du cinéma américain. Deux faits m'en donne l'occasion : la rediffusion sur TCM, une chaine du cable, de l'excellent film Full Metal Jacket et le négatif de son premier film qui vient d'être retrouvé dans un laboratoire de Porto Rico.

 

Qu'il me soit permis de m'attarder d'abord sur l'actualité, c'est à dire ce négatif qui devrait permettre de restaurer le film Fear and Desire. Rares sont ceux qui avaient pu voir ce film, réalisé en 1953, car peu satisfait de son travail Kubrick le désavouera et en fera interdire toute projection. En fait, malgré une critique plutôt positive et une diffusion dans le circuit d'art et d'essai de New York, ce film sur fond de seconde guerre mondiale était qualifé de "premières armes bancales d'un réalisateur" par Stanley Kubrick lui-même. Lorsque l'on sait le caractère pointu et méticuleux du cinéaste new-yorkais, on ne s'étonne pas qu'il ait auto-censuré sa réalisation. En fait, il n'existe à ce jour que quelques copies privées du film... on plutôt n'existait car une bande négative de Fear and Desire vient d'être retrouvée dans de vieux cartons d'un laboratoire cinématographique de Porto Rico. Dès lors, l'idée de restaurer et de rééditer le film germe dans l'esprit de plusieurs money-makers américains. Une idée uniquement portée, effectivement, par l'appât du gain car Kubrick n'aurait évidemment pas autorisé cette réédition. Mais voilà, désormais, le film est tombé dans le domaine public et celui qui l'a retrouvé va pouvoir en faire quasiment ce qu'il veut... C'est un peu dommage !

 

S'il y a une chose qui sanctionne la production de Stanley Kubrick, c'est bien la qualité ! Le cinéaste a, incontestablement, privilégié la qualité à la quantité. L'occasion est, peut-être, belle puisque Kubrick revient dans l'actualité avec le négatif de fear and Desire, de dresser une rapide esquisse du Maître...

 

La télévision ne diffuse que rarement d’excellents films. C’est une situation désagréable pour quelqu’un qui, comme moi, aime le cinéma en tant qu’art mais le déteste en tant que lieu et pour qui rejoindre une salle obscure relève d’un réel sacrifice fait à l’art cinématographique. La plupart du temps, dans cette petite lucarne qui n’a plus rien de magique, ce ne sont que grosses productions américaines, téléfilms français autoproduits par les chaînes ou films de catégories Z… Heureusement, certaines chaînes propose parfois quelques bons vieux classiques du cinéma c’est le cas d'Arte ou encore de Turner Classic Movie (TCM), une chaîne du cable. Avant hier, cette dernière projetait Full Metal Jacket, un des meilleurs films jamais réalisés sur ce cauchemar américain que fut le Vietnam ! J’adore - vous l'aviez compris - Kubrick et avec cette œuvre le réalisateur new-yorkais frisait la perfection. Mais je m’aperçois aussi, en discutant de ce film, que beaucoup ne connaissent pas réellement ce génie… Lorsque l’on évoque le cinéaste qui tourna Orange Mécanique, nombreux sont ceux qui lui prêtent une cinquantaine de réalisations alors qu’en fait, Kubrick ne mis en boîte durant toute sa carrière – entre 1953 et 1998 – que 13 longs métrages…


En effet, durant les cinq décennies qu’il traversa professionnellement, Stanley Kubrick privilégia la qualité à la quantité ! Au résultat plusieurs chefs d’œuvre impérissables du cinéma made in USA ! Kubrick a fait tourner quelques grands acteurs d’Hollywood et de Londres : de Kirk Douglas (Spartacus) à Tom Cruise et Nicole Kidman (Eyes Wide Shut) en passant Ryan O’Neal et Marisa Berenson(Barry Lyndon), James Mason (Lolita), Malcolm McDowell (Orange Mécanique), Jack Nicholson (Shining)ou Peter Sellers (Dr Folamour et Lolita)… Mais il a aussi permis à quelques acteurs moins connus, voire pas connus du tout, de décrocher de grands rôles ! Ainsi, qui aurait pu citer la filmographie de Matthew Modine lorsqu’il entra dans la peau de Joker dans Full Metal Jacket ? Bien peu de monde, somme toute… A moins que les fans d’Alan Parker qui l’avaient vu dans Birdy, un autre film avec le Vietnam en toile de fond, quelques années auparavant. Pareil pour R. Lee Ermey, un ancien militaire instructeur du corp des Marines qui joue le rôle de l'Instructeur sadique du même Full Metal Jacket ou encore pour Keir Dullea, acteur principal de 2001 : l’Odyssée de l’espace

Issu d’un milieu juif de la middle class – son père était médecin – Stanley Kubrick a grandi dans le Bronx. De son paternel, il hérite une passion pour la photographie qui lui permet, en 1945 alors qu’il n’a que 17 ans, d’entrer comme reporter/photographe au magazine Look. Il y reste quatre années mais un reportage sur le boxeur irlandais Walter Cartier l’amène à penser que l’image mouvante est plus adéquate pour certains sujets que l’image fixe. Conservant Cartier pour thème central, Kubrick réalise, en 1949, son premier film, un court-métrage de 16 minutes intitulé The day of the fight. Dès lors, le jeune Stanley démissionne et se consacre uniquement à la réalisation !

Après quelques essais de courts-métrage, Kubrick veut mettre en boite un «vrai» film. Pour le financer, il sollicite un oncle qui lui avance les fonds nécessaire. Fear and Desire (1953), sur fond de seconde guerre mondiale ne sera pas une réussite; à tel point que, une fois devenu célèbre, Kubrick désavouera ce film et en interdira la projection … Deux constantes se retrouvent dans l’œuvre de Kubrick : sa volonté de tout gérer (de la réalisation à la production en passant par la photographie), de laquelle découleront d’ailleurs les relations souvent tendues qu’il aura sur ses différents plateaux, et la spécialité qu’il s’est faite d’adapter pour le grand écran des romans… Ainsi, Orange Mécanique (écrit par Anthony Burgess), Barry Lyndon (William Thackeray), 2001 : l’Odyssée de l’espace (Arthur C. Clark), Full Metal Jacket (Gustav Hasford), Eyes Wide Shut (Arthur Schnitzler), Lolita (Vladimir Nabokov), Shining (Stephen King) et Dr Folamour (Peter George) sont tous passés de la littérature au cinéma par le truchement de l’œilleton de la camera de Stanley Kubrick…

Souvent servis par une musique exceptionnelle, les films de Kubrick font partie du patrimoine cinématographique mondial. La méticulosité du cinéaste, son perfectionnisme, son audace dans l’image et les jeux de lumière et la qualité des thèmes abordés font de chacun des opus du maître un bonheur cinématographique. Fortement influencé par Orson Welles et Max Ophuls, il a rejoint ces deux autres génies au panthéon du cinéma le 7 mars 1999. Volontiers mégalomane, Kubrick était avant tout un grand professionnel qui n’hésitait pas à payer de sa personne. Il exigeait une implication totale de chacun sur le plateau ; du simple ouvrier à la vedette du film chacun devait être investi pleinement dans son rôle… Ainsi rapporte-t-on volontiers cette anecdote à propos d’une scène de Shining pour laquelle Shelley Duvall devait témoigner d’une colère proche de la rage. N’étant pas satisfait de la prestation de l’actrice, Kubrick la prit à partie pour une babiole et déclencha volontairement une dispute homérique… La colère dans laquelle il poussa Shelley Duvall fut si intense que la nouvelle prise de la scène qui fut ensuite mise en boite était exceptionnelle !!! C’était aussi ça Kubrick…

 

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 10:41

Portrait du personnage fétiche d'Agatha Christie

 

poirot-2.jpgIl y a près de trente-cinq ans que s’éteignait Agatha Christie, l’une des romancières le plus appréciée de la littérature du 20è siècle. Auteur de romans policiers, elle avait résolu, au travers de la perspicacité des enquêteurs qu’elle avait créé, plus de 100 énigmes ou meurtres. Parmi les personnages imaginés par Christie, deux se détache du lot, la vieille dame qui résout des énigmes pour son unique plaisir, Miss Marple, et bien entendu l’un des détectives les plus fameux de toute la littérature : Hercule Poirot. C’est de ce dernier que nous vous proposons de découvrir le portrait tel que dressé par Agatha Christie au travers des diverses enquêtes du détective belge…

Il est curieux de constater comme certains personnages récurrents de romans finissent par avoir plus de consistance dans notre vie que nos voisins de pallier… écrivé-je le 21 mars 2003 en évoquant l’un de mes personnages de roman favoris (voir à ce propos
Pepe Carvalho ). Il en va de même pour Hercule Poirot ! Le détective d’Agatha Christie est tellement bien détaillé par la romancière que l’on pourrait aisément imaginer qu’il fut réel.

Hercule Poirot est un détective qui privilégie la réflexion à l’action. Ainsi, il lui est arrivé de résoudre un meurtre sans quitter son fauteuil, malade il se contentait de recevoir les informations fournies par son ami le Capitaine Hastings, présent sur les lieux du meurtre, de les analyser et de laisser ses «petites cellules grises» fonctionner pour trouver le coupable.

Né le 22 janvier 1877 (semble-t-il bien que cette date soit sujette à caution et suscite le débat chez les poirophiles) à Bruxelles, Poirot est officier de police dans la capitale belge. Mais l’occupation de la Belgique par les troupes allemandes lors de la première guerre mondiale le contraint à l’exil en Angleterre. Il trouve refuge dans la petite ville de Styles Saint-Mary où il résout sa première enquête en tant que détective privé. Celle-ci est rapportée dans «La mystérieuse affaire de Styles» par le Capitaine Hastings qui avait fait appel à Poirot pour résoudre le meurtre d’Emily Ingelthorp.

Physiquement, Poirot est plutôt petit et présente un léger embonpoint sans pour autant être gros ! Sa démarche est claudicante et il a une tête assez ovale barrée par une moustache toujours très soigneusement entretenue. Poirot est un dandy, il aime s’habiller de manière élégante, complétant ses costumes de divers chapeaux et cannes qu’il assortit. Ses cheveux sont teints pour être toujours d’un noir très prononcé, peut-être pour détourner l’attention de son début de calvitie… Mais s’il y a une chose qui caractérise Hercule Poirot, c’est son intelligence supérieure. Il en est d’ailleurs très fier ; une fierté qui touche souvent à la vanité ! Car c’est une autre caractéristique de Poirot, il est imbu de sa personne et aime que l’on complimente ses méthodes et sa réflexion. Le détective est méthodique et privilégie l’approche psychologique du crime au détriment des méthodes classiques de l’investigation policière. Ainsi, il est hors de question pour Poirot de se mettre à genoux, une loupe à l’œil, pour fureter à la recherche d’indices… Non, cela salirait son impeccable tenue ! Il est encore très ordonné et engoncé dans des rituels précis. Sa vie est réglée comme du papier à musique seule les énigmes qui sont soumises à ses méninges le sortent de la banalité ordinaire de son existence.

Poirot n’aime pas trop les voyages, il souffre du mal de mer et n’est jamais autant à l’aise pour faire fonctionner ses petites cellules grises que sur la terre ferme. Pourtant, les enquêtes qu’il mena sur le Nil, dans l’Orient Express ou en Mésopotamie notamment témoignent qu’il voyagea quand même, surmontant ses craintes quant à la chaleur et à la mer… Son pays d’adoption est celui où il veut vieillir et même finir ses jours, même s’il ne manque jamais une occasion de railler les attitudes parfois trop british de son ami Hastings ou de l’inspecteur Japp, de Scotland Yard ; même si il affirme fièrement sa nationalité belge…

Vieilli, malade, amaigri et cloué dans une chaise roulante par une arthrite dévorante, Poirot retourne à Styles Saint-Mary, dans le manoir qui avait vu sa rencontre avec Hastings qu’il retrouve la bas, d’ailleurs. Poirot sait sa fin proche et envisage de sortir sur un dernier coup d’éclat. Il sait qu’un quintuple meurtrier est au manoir et, avec l’aide de Hastings, il entreprend de confondre cet assassin. Hastings sera les jambes et Poirot la tête ! Le détective s’éteint emporté par la maladie au terme de cette ultime enquête !

Ils se sont glissés dans la peau de Poirot


Le personnage fétiche d’Agatha Christie a été interprété au cinéma par :

- Albert Finney dans «Le Crime de l’Orient Express» (Sidney Lumet, 1974)
finney.jpg

- Peter Ustinov dans «Mort sur le Nil» (John Guillermin, 1978), «Meurtre au Soleil» (Guy Hamilton, 1982) et «Rendez-vous avec la mort» (Michael Winner, 1988).
ustinov.jpg

A la télévision, c’est David Suchet qui endossera, entre 1989 et 2005, l’habit du détective belge.
suchet.jpg

Si l’on se réfère à la description détaillée qu’en fait Agatha Christie, Suchet est le plus proche du Poirot tel que voulu par sa créatrice. Finney, même si très crédible, manqua d’un peu de la verve de Poirot quant à Ustinov, il était tout simplement trop imposant physiquement et trop peu classieux que pour être le meilleur Poirot… Heureusement, son immense talent d’acteur en fit un excellent Poirot !

A lire dans le même ordre d'idée, le portrait de Sherlock Holmes =>
Elémentaire mon cher Watson !

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:12

Dodi Al-Fayed a décidé de céder Harrods, c'est une page de l'Histoire de ce haut-lieu londonien qui se tourne...

 

harrods.jpgLorsqu’il a racheté, en 1985, la société House of Fraser qui contrôlait le grand magasin Harrods de Londres (ainsi que sa filiale de Buenos Aires), Mohamed Al-Fayed s’était engagé à perpétuer la tradition de haut de gamme associée au nom. Il l’a fait ! Mieux encore, il a réussi à assurer la pérennité d’une entreprise qui, dans les années septante, avait du mal à se maintenir. Depuis un quart de siècle, Harrods est intimement lié à la famille Al-Fayed mais aujourd’hui, le milliardaire égyptien a décidé de se séparer de ce joyau de la vie londonienne… C’est un holding qatari proche de la famille royale du Qatar qui a racheté Harrods Holding et qui va, désormais, présidée à la destinée de ce lieu exceptionnel.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Harrods est forcément associé à Londres, il est même l’un des monuments les plus courus de la capitale anglaise, par les touristes certes, mais aussi par les Londoniens qui y font une partie de leurs achats.

La grande aventure Harrods a débuté au milieu du 19è siècle lorsque Charles Henry Harrod, épicier de son état, rachète un fond de commerce, sur Brompton Road au sud de Hyde park. Harrod mise énormément sur l’Exposition Universelle de 1851 qui aura lieu à Londres et notamment dans et autour de Hyde Park. Dans cette optique, alors que l’Angleterre Victorienne en est à ses balbutiements, le quartier semi-rural de Knightsbridge doit être développé. Harrod ouvre donc son épicerie en 1849 et, comme escompté, l’Expo Universelle favorise le développement du magasin. Lorsqu’en 1861 Charles Henry Harrod cède le commerce à son fils, Charles Digby, il est devenu une petite entreprise florissante. En 1883, Harrods emploie 200 personnes et tourne à plein régime, mais un incendie détruit complètement le magasin… Charles Digby Harrod va réussir un tour de force incroyable malgré ce coup du sort. En effet, il parvient, en activant divers leviers et en sous-traitant des commandes à honorer toutes ses commandes en cours. Moins d’un an après l’incendie, Harrods est reconstruit, plus grand et plus luxueux et l’appellation, eu égard au coup de maître réalisé par son propriétaire, Harrods est désormais synonyme de qualité et de fiabilité. Lorsqu’il cède Harrods à Alfred J. Newton, en 1989, Charles Digby Harrod en a fait un haut-lieu de Londres, une place incontournable dont la devise est Omnia Ubique omnibus, Tout, partout et pour tous !

Jusqu’à l’aube des années soixante, Harrods change régulièrement de main mais conserve - c’est une condition sine qua non au rachat – son standing. Le magasin développe même une image certaine du luxe à l’anglaise. En 1959, Harrods passe dans le giron de l’homme d’affaires écossais Hugh Fraser qui profite des cette époque économique dorée dite des Trente Glorieuses pour renforcer la stabilité du grand magasin tant à Londres qu’au niveau international. C’est que désormais, Harrods compte des clients partout dans le monde, des clients qui sont livrés, où qu’ils soient, dans des délais extrêmement rapides. On achète chez Harrods depuis la France, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et l’Amérique du Sud…

Une période de déliquescence


Mais aux Trente Glorieuses succède le choc pétrolier et la crise économique. Harrods fait face comme il peut, renforçant alors son image élitiste et de luxe pour toucher uniquement une clientèle aisée. A la crise s’ajoute le conflit latent qui oppose le gouvernement anglais aux indépendantistes irlandais de l’IRA qui entretiennent une lutte armée contre la présence britannique en Irlande du Nord. Dans ce combat, Harrods, symbole de la réussite anglaise, est une cible privilégiée. Un attentat à la bombe est déjoué en août 1973 mais un autre est réussi, le 22 décembre 1974, en pleine effervescence de Noël. Une bombe dévaste le troisième étage mais ne fait, heureusement, qu’un seul blessé. Cependant, la frayeur s’est installée et cela se ressent sur la fréquentation du magasin.

En parallèle, Hugh Fraser est dépassé par ses vieux démons du jeu et, en 1976, il perd une grande partie des parts d’Harrods sur une table de jeu. Harrods connaîtra son jour le plus noir le 17 décembre 1983, encore en période de Noël, lorsqu’un activiste de l’IRA fait exploser une nouvelle bombe dans une des rues longeant les façades. Cet attentat laisse six morts sur le trottoir. L’IRA s’empresse de dire que cet acte n’est pas reconnu par ses instances et que l’activiste a agi de sa propre initiative… Mais le mal est fait et l’image du magasin est plus qu’entamée.

1985, Hugh Fraser miné par des soucis divers cède la main à la famille Al-Fayed qui rachète Harrods pour 615 millions de livres sterling… C’est le début d’une ère de renouveau pour le grand magasin londonien. D’abord, Mohamed Al-Fayed crée une marque Harrods, désormais Harrods vendra des produits estampillés Harrods. Ensuite, il distribue ses produits dans d’autres endroits que les deux magasins de Londres et Buenos Aires. Enfin, il développe la société Harrods Holding qui gère le grand magasin en diversifiant ses activités dans les secteurs bancaire, immobilier, aérien et du jeu. Sous la houlette d’Al-Fayed, Harrods se positionne avec des points de vente à Singapour, au Japon, en Chine, au Canada, en Allemagne, en Autriche, à Kuala Lumpur mais aussi sur de prestigieux navires de croisières. La contrepartie est la disparition, suite à la crise économique de 1998, du magasin de Buenos Aires…

Omnia Ubique omnibus… pas qu’une devise !


A l’origine, le magasin s’appellait, en fait, Harrod’s que l’on pourrait traduire par Chez Harrod. Mais en 1928, suite à un des nombreux rachats qui émaillèrent l’entre deux guerres, la particule s’est perdue et le nom officiel devint Harrods. Un changement qui n’influa pas sur la philosophie du magasin dont on disait que l’on pouvait y acheter tout, du dé à coudre jusqu’à l’éléphant. Et c’est bien vrai puisque qu’à un client qui souhaitait vérifier cet argument de vente, Harrods fournît un bébé éléphant. Dans l’esprit de sa devise, Harrods a satisfait les demandes les plus étonnantes. Ainsi, par exemple, le magasin londonien a fait livrer des groseilles anglaises en Arabie Saoudite ou encore des fleurs de Londres à un mariage au Nigéria. Le cinéaste anglais Alfred Hitchcock, lui, faisait venir dans les années soixante des harengs au vinaigre dont il était friand de Londres à Hollywood par le biais d’Harrods… Désormais, certains clients fidèles du magasin se voient proposer des fruits et des légumes cultivés de façon biologique sur le toit du bâtiment.

Mais tordons le cou à cette rumeur qui veut que Harrods soit un magasin uniquement réservé à des gens riches. Bien sûr qu’il y a des produits d’un luxe hors de prix pour le commun des mortels mais l’on trouve aussi des marchandises de très grande qualité à des prix plus que raisonnables. Si, comme moi, vous êtes amateurs de shortbreads, ces petits gâteaux sablés anglais, je ne peux que vous inviter à descendre à l’espace food d’Harrods, vous y trouverez de superbes boites de shortbreads, en métal avec un look très art-déco pour 7 livres. Un régal tant pour le palais que pour les yeux…

Enfin, une dernière anecdote sur ce magasin exceptionnel qui regorge de ces petites histoires extraordinaires. Dans les années vingt, l’écrivain Alan Alexander Milne, de passage chez Harrods, acheta l’ours en peluche, typique jouet traditionnel que l’on trouve toujours aujourd’hui dans le magasin, pour son fils. C’est cet ours qui inspirera l’auteur lorsqu’il créa quelques années plus tard Winnie l’Ourson…

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 15:47

Il était le coureur le plus talentueux du cyclisme belge des années ’90 ; il en était aussi le plus inconstant et le plus faible mentalement…

 

VDB.jpgFrank Vandenbroucke a mis un point final à l’histoire la plus stupide du cyclisme belge, l’histoire d’un gars pétri de talent mais qui était surtout aussi un p’tit con… Frank Vandenbroucke a été retrouvé mort, ce 12 octobre, dans sa chambre d’hôtel au Sénégal où il était, semble-t-il en villégiature avec un ami. A en croire les premières informations, il aurait succombé à une embolie pulmonaire… Il n’est pas interdit de penser – même s’il convient de rester prudent – que cette embolie n’est pas accidentelle. En effet, cette triste fin n’est pas sans rappeler celle de Marco Pantani, un autre grand déchu du cyclisme qui avait mis fin à ses jours dans un hôtel à la Saint-Valentin2004. Cette par une ultime pirouette que VDB s’en est allé. Il y a quelques jours, au mondial de Mendrisio, il était apparu très en forme et plus motivé que jamais à trouvé une équipe pour 2010. A 34 ans, il se disait encore affamé de victoires mais comme le déclarait son oncle Jean-Luc Vandenbrouke : «Nous appréhendions qu’avec son parcours chaotique, celui-ci pouvait se terminer mal»(1). A un journaliste français qui lui disait, à Mendrisio, que Frank semblait avoir moral et forme, Jean-Luc Vandenbroucke répondit encore : «Méfiez-vous, on ne sait jamais ce que Frank nous réserve»(1)… Prémonitoire !

 

Depuis quelques années déjà le coureur de Ploegsteert, près de Mouscron, pouvait regarder sa carrière dans le rétroviseur. Le moins que l’on puisse dire à son propos est qu’il sera passé à côté d’un palmarès. Assurément, VDB avait le talent pour conquérir le monde du cyclisme mais le mental n’a jamais été à la hauteur ni de ses ambitions ni de son potentiel. Frank baigna dans le milieu du cyclisme dès le plus jeune âge. Neveu de Jean-Luc Vandenbroucke (vainqueur, entre autres, des 4 Jours de Dunkerque 1980, de Paris-Tour 1982, et d’étapes sur Paris-Nice, la Vuelta ou le Dauphiné Libéré) et fils de Jean-Jacques Vandenbroucke, mécanicien dans plusieurs équipes belges... C’est en 1993(2) que VDB débarque dans le peloton professionnel, au sein du team Lotto dirigé par son oncle. Deux petites victoires sanctionnent cette première expérience au plus haut niveau. Mais rapidement, il se sent à l’étroit chez Lotto et les discussions tendues qu’il a avec son oncle se transforment bientôt en disputes régulières. Il claque la porte en 1995 pour trouver embauche dans l’équipe la plus forte du moment : Mapei ! Il n’a pas encore 21 ans lorsqu’il remporte Paris-Bruxelles, son premier grand succès international... Les victoires s’enchaînent : Tours Méditerranéens, d’Autriche et des Régions Wallonnes ainsi que le Grand-Prix Ouest-France de Plouay en 1996 ; Tour du Luxembourg et Trophée Matteoti l’année suivante ; Paris-Nice (avec 3 étapes), Gand-Wevelgem, Tour des Régions Wallonnes et Tour de Galice en 1998... Il signe pour la formation Cofidis et 1999 doit être son année. Elle débute sur les chapeaux de roues puisqu’il remporte Het Volk, la course d’ouverture de la saison belge avant de terminer deuxième du Tour des Flandres et septième de Paris-Roubaix. Il est attendu dans La Doyenne, Liège-Bastogne-Liège, que la majorité des coureurs considère comme la course classique la plus rude du calendrier, mais la plus belle aussi... Frank Vandenbroucke annonce qu’il gagnera la course et qu’il placera son attaque décisive dans la côte de Saint-Nicolas. C’est ce qu’il fait laissant le pauvre Mickael Boogerd sur place pour s’en aller triompher sur les hauteurs de Liège. VDB Jr tient enfin ce très grand succès qui doit l’asseoir au panthéon du cyclisme ! Malheureusement, une première affaire de dopage est associée à son nom. Il est écarté par les patrons de Cofidis mais sera blanchi par la justice. Il s’offre encore deux victoires d’étapes sur la Vuelta en fin de saison 1999... Ensuite, plus rien ou alors pas grand-chose !

Une année, une équipe…

 

La saison 2000, toujours chez Cofidis, est une succession de problèmes physiques et d’échecs sportifs. Seule une deuxième place au championnat de Belgique fait figure de maigre consolation. La saison suivante, alors qu’il a signé chez Lampre, une formation italienne, il aligne une seconde année vierge consécutive. Patrick Lefevere, son ancien Directeur Sportif de chez Mapei, l’engage alors dans la l’équipe Domo et espère le relancer. Nous sommes à l’aube de la saison 2002 et alors que mars pointe le bout de son nez, une perquisition au domicile du coureur permet à la police belge de saisir des hormones de croissance, de l’EPO, des stéroïdes, des amphétamines et de la morphine ! Pour la seconde fois, le nom du coureur est cité à la rubrique faits divers des journaux. La Communauté flamande de Belgique prononce une suspension sportive entre septembre 2002 et mars 2003. Malgré cela, Lefevere continue à garder sa confiance en VDB. Il l’emmène chez Quick-Step/Davitamon mais l’absence de résultats devient lourde à gérer et les deux hommes se disputent. Vandenbroucke trouve asile, début 2004, auprès de Giancarlo Feretti, Directeur Sportif de la Fassa Bortolo. Là encore, le manque de résultats abrège le contrat du coureur qui se retrouve, en cours de saison, dans l’équipe Mr Bookmaker, une petite formation belge de seconde zone. Mais Vandenbroucke continue son périple «une année, une équipe»(3) ce qui ne facilite pas son intégration et modifie sans cesse ses plans de retour. Après Mr Bookmaker, devenue Unibet, d’où il est licencié, il enchaine avec Acqua & Sapone (2007), Mitsubishi (2008) et Cinelli-Down Under (2009)… De cette dernière équipe, il claque la porte en août dernier car il n’a reçu aucun salaire pour ses six premiers mois de contrat. Cette période est très dure à vivre pour Vandenbroucke qui, en plus, accumule les maladresses ou les imbécilités. En août 2006, alors qu’il est sans équipe, il se présente avec une fausse licence, sous le nom de Francesco del Ponte (4), au départ d’une course de troisième zone en Italie. Quelques mois plus tard, en juin 2007, il tente déjà de mettre fin à ses jours avant de faire un séjour en hôpital psychiatrique… C’est presque par hasard qu’il intègre l’équipe Mitsubishi à l’aube de 2008 mais au mois d’avril les médias belges cite son nom dans une affaire de drogue, il serait cité comme consommateur dans un trafic de cocaïne. A cela s’ajoute plusieurs accidents de voitures sous influence de l’alcool (dont trois rien qu’en juillet et août 2009) et le fait qu’il était à nouveau sans équipe depuis août dernier. Il avait d’ailleurs intégré, voici un mois à peine, le service de Marketing d’une société spécialisée dans le commerce du fer mais ne désespérait pas de trouver une équipe pour 2010. D’ailleurs, il avait entrepris une préparation digne de ses plus grandes années pour arriver à ses fins… Il n’y parviendra pas !

 

Broucke VANDEM !!!

 

Une dernière anecdote qui remonte à avril dernier mais qui est significative de sa fin de carrière. Lors de la Boucle de l’Artois, une petite épreuve du calendrier français sur laquelle il signa sa toute dernière victoire d’étape (15 kms contre-la-monte, le 4 avril 2009), il était ainsi présenté : Nom : Vandem – Prénom Broucke. Ainsi donc, celui qui remporta, entre autres, Liège-Bastogne-Liège, Paris-Nice, Het Volk et bien d’autres courses n’était plus qu’un inconnu aux yeux des organisateurs d’une épreuve de seconde zone… Triste !

 

Caractère de cochon, entêté, mal dans sa peau et dans sa tête (surtout), voilà un sportif qui est passé à côté d’un palmarès bien garni. Attention, beaucoup de cyclistes rêveraient d’avoir ce palmarès mais lorsque l’on a le talent de Frank Vandenbroucke, une telle carte de visite est pauvre, trop pauvre... VDB n’a jamais su prendre soin de lui et s’est souvent très mal entouré. De l’assemblage de toutes ces constantes résulte une carrière moyenne dans le giron d’un coureur qui aurait pu en avoir une exceptionnelle ! Son comportement était celui d’un homme mal dans sa peau, d’un homme qui avait besoin d’aide… une aide qu’il n’aura finalement jamais eue !

 

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(1) Jean-Luc Vandenbroucke : «Ce n’est qu’une demi-surprise», par Joël Godaert, in La Dernière Heure/Les Sports, 13 octobre 2009

(2) après avoir été champion de Belgique pupille en athlétisme (1986), champion de Belgique cycliste catégorie débutants (1991) et troisième du championnat du monde cycliste juniors (1992).

(3) Sur les neuf dernières saisons, il a couru pour neuf équipes différentes…

(4) Frank Vandenbroucke = François du Pont en français et Francesco del Ponte en Italien…

 

 

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 09:26

Un Grand de la littérature américaine s’en est allé…

salinger.jpgC’était un personnage à part dans la littérature américaine contemporaine, il avait choisi de vivre en reclus par peur de la célébrité et de ses méandres. Depuis 1963, il n’est pas apparu en public, n’a pas donné une seule interview ni même publié un seul roman… Et pourtant Salinger restait une icône de la littérature tant ses écrits ont marqué le 20è siècle. Jerome David Salinger était né à New York, le jour de l’an 1919 dans une famille relativement aisée. Son éducation est plutôt stricte et il doit intégrer, à l’âge de 15 ans, l’académie militaire de Valley Forge, en Pennsylvanie. Les relations avec son père se détériorent rapidement et JD trouve un exutoire à sa vie dans l’écriture. A Valley Forge, il découvre les romans de Francis Scott Fitzgerald et d’Ernest Hemingway qui le passionnent. C’est à ce moment qu’il prend conscience de sa vocation d’écrivain. Les quelques nouvelles qu’il a déjà rédigées et faites lire à un cercle restreint de connaissances l’encourage dans cette voie. C’est aussi à cette époque qu’il développe une certaine misanthropie, celle-ci sera renforcée par la méchanceté gratuite d’un professeur du Collège Ursinus, que Salinger a rejoint après avoir quitté Valley Forge, qui dira de lui qu’il est le pire élève que le collège n’ait jamais eu… En 1939, Salinger est inscrit à l’Université de Columbia, à Manhattan, où grâce à Whit Burnett, professeur d’Anglais et éditeur du magasine Story, il peut publier The young folks sa première nouvelle.

Mais en Europe le conflit fait rage et l’Allemagne nazie étend sa domination. Après l’attaque de Pearl Harbour, en décembre 1941, les Etats-Unis entrent de plain-pied dans la guerre et, entre 1942 et 1945, JD Salinger est incorporé à la 4è Division d’Infanterie US qui va combattre sur les fronts européens. La seconde guerre mondiale étançonne encore un peu plus la misanthropie du jeune homme, il y découvre l’absurdité humaine dans son horreur poussée au paroxysme notamment en participant au débarquement de Normandie où il voit tomber à ses côtés des centaines d’hommes… Rentré au pays après le conflit, Salinger doit être hospitalisé pour un stress post-traumatique lié à la guerre. Une fois encore, l’écriture est son exutoire. Il rédige quantité de nouvelles dont certaines sont marquées au fer rouge de son expérience militaire.

L’Attrape-Cœur, le début de la gloire… le début de l’isolement

Le quotidien The New Yorker publie, en 1948, plusieurs nouvelles de Salinger dont A perfect day for bananafish qui est encensée par la critique et par le public. Salinger s’attache, fort de ce succès appréciable même si limité aux environs de New York, à l’écriture de son premier roman. Il entend le construire autour d’un personnage – Holden Caulfield – qui était déjà apparu dans une nouvelle précédente et qui méritait bien, selon l’auteur, un roman. L’Attrape-Cœurs, publié en 1951, est ce roman. Il aborde, sans détour et dans un langage en décalage total avec les bonnes mœurs de l’époque, l’obsession de la sexualité, le décrochage scolaire et la prostitution. En grande partie autobiographique, notamment au niveau de la personnalité de Caulfield qui a du mal à communiquer avec les autres, L’Attrape-Cœurs est un succès public immédiat malgré une critique mitigée. Les adolescents voient dans ce roman le reflet exact de leur désarroi et de leur colère, cette colère qu’ils ne parviennent pas à exprimer et que Salinger a si bien perçu et restitué… Avec L’Attrape-Cœurs, JD Salinger invente une notion jusqu’alors inimaginable mais qui sera ensuite maintes fois reprises au cinéma et dans la littérature, celle de l’antihéros, ce personnage principal qui ne correspond à aucun critère de valeurs morales, de bravoure ou de patriotisme. Cela dérange fortement l’Amérique puritaine de l’immédiate après-guerre mais le roman s’arrache pourtant sous le manteau, d’autant plus qu’il est classifié «interdit au moins de 16 ans» afin de ne pas heurter l’esprit des adolescents… afin, surtout, de ne pas permettre à ces ados de trouver le moyen d’exprimer leur révolte qui est déjà bien exacerbée avec le rock’n roll.

Salinger est pris entre plusieurs feux, celui du succès, celui de la reconnaissance, celui de la critique aussi… La célébrité est là, elle le guette, aussi pour la fuir il quitte New York pour s’installer à Cornish, dans le New Hampshire. Il y limite déjà fortement ses contacts sociaux. Seuls les étudiants du lycée local trouvent grâce à ses yeux, il se sent proches d’eux. Mais une de ses conversations avec un groupe de lycéens est reproduite, à son insu, dans le journal du collège local. Salinger se sent alors trahi par les seules personnes en qui il avait réellement confiance. Ainsi donc, les adolescents ne seraient pas plus fiables que les adultes ? Forcément, puisqu’ils sont des adultes en devenir… Ce n’est pas l’adulte qui n’est pas fiable, c’est l’Homme dans son ensemble, quel que soit son âge ! Salinger s’isole dans sa maison, n’en sort quasiment plus et ne garde de contacts qu’avec deux ou trois personnes dont son unique ami, le juge Learned Hand, farouche partisan de la liberté d’expression aux Etats-Unis.

L’Attrape-Cœur trouve la notoriété mondiale, les ventes cartonnent. En parallèle, dans sa retraite du New Hampshire, Salinger écrit. Il publie, en 1953, un recueil de neuf nouvelles écrites depuis 1948, parmi lesquelles sa première vraie réussite, A perfect day for bananafish, sous le titre de Nine Stories (ou For Esme, with love and Squalor dans les autres pays anglo-saxons). Il faudra patienter huit années pour voir un nouveau Salinger en librairie. L’homme est de plus en plus reclus, développe davantage sa misanthropie que sa littérature. On dresse de lui un portrait peu flatteur, de père sévère, de mari peu attentionné (ndlr, Salinger a été marié deux fois et a eu un enfant de chaque union) mais il est surtout un homme paranoïaque et effrayé par ses semblables. Franny and Zooey, son second roman, sort en 1961 et fait la part belle au désenchantement et à l’égocentrisme de la société. Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers (1963) suivra et sera le dernier ouvrage publié par Salinger, tout juste éditera-t-il encore la nouvelle Hapworth 16, 1924, dans le New Yorker du 19 juin 1965.

Depuis lors, black out total sur la vie de Salinger. Il vit reclus dans sa propriété de Cornish même si d’aucuns lui prêtèrent, dans les années ’70, l’envie de publier un nouveau roman, rien n’en sera. Probablement est-ce du au fameux procès qui l’opposa à Ian Hamilton, un biographe qui s’attaque à la vie de Salinger. Ce dernier voulut faire empêcher la biographie car elle contenait la reproduction de lettres écrites par Salinger. Le procès tourna à l’avantage de Salinger qui parvint à faire retirer le texte original des lettres de la biographie écrite par Hamilton sur le prononcé d’un jugement qui stipule que quel que soit le possesseur d’une lettre, le contenu appartient toujours à son auteur. Mais, ce procès aura un contrecoup effroyable pour Salinger, de nombreux détails de sa vie privée sont révélés en public…

Personnage excentrique mais bien ancré dans la littérature américaine, Salinger fut sollicité à plusieurs reprises pour que ses œuvres, et notamment, L’Attrape-Cœur, soient adapté au cinéma. Il refusera en permanence, arguant du fait que la seule fois qu’il autorisa une adaptation - My foolish heart, de Mark Robson, en 1949, tiré de la nouvelle Uncle Wiggily in Connecticut - il fut amèrement déçu du résultat ! Souci du détail, maniaquerie de la description pointue, vision littéraire complexe, ironie et ambiances déprimantes sont les caractéristiques majeures de l’œuvre de Salinger. Aujourd’hui encore, près de soixante ans après sa parution, L’Attrape-Cœur reste une référence en matière de littérature américaine et est un des romans les plus enseignés dans les écoles américaines. Il s’en vend, à l’heure actuelle, toujours quelque 250.000 exemplaire chaque année pour un total cumulé qui franchit la barre des soixante millions de livres vendus, ce qui en fait l’un des romans les plus populaires au monde ! Parfois incompris, peu apprécié de ses collègues auteurs américains, Steinbeck notamment qui le décrivait comme un romancier sans maturité, Jerome David Salinger s’est surtout attaché à dépeindre un monde d’adultes artificiel et indifférent.

Après 47 années de mutisme et d’isolement, Salinger s’est éteint le 27 janvier dernier. Il avait 91 ans et était l’un des derniers Géants de la littérature mondiale.

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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 15:14

Ben Stassen est Wallon, Aubellois pour être précis, et il est l’un des leaders mondiaux du cinéma en trois dimensions et Imax ; une technique dont il est l'un des leaders mondiaux du cinéma en trois dimensions et Imax.; une technique dont il est persuadé qu'lle sera le moteur du cinéma de demain... 

fly-me-to-the-moon.jpgOriginaire d’Aubel en plein pays de Herve, et est apparenté à une famille productrice de cidre bien connue... Il est surtout le fondateur de la société New Wave International, pionnière en matière de cinéma d’animation… Son huitième film au format Imax sort le 30 janvier en Belgique.

Rencontre avec un movie maker belge de grand talent… que certains surnomment «Le Spielberg de la 3D !

Acta Diurna : New Wave International est à compter parmi les leaders mondiaux des films d’animation en 3D, pouvez-vous nous présenter votre société.
Ben Stassen : New Wave (ndlr ou nWave) International a été créée vers le milieu des années 90. Nous sommes spécialisés dans la production de programme en 3D. A l’origine, nous fournissions surtout des images en trois dimensions pour les parcs d’attraction et les musées. Nous sommes désormais le plus grand fournisseur de programmes en 3D pour le marché international. La société compte, aujourd’hui, quelque 90 personnes et nous sommes installés à Bruxelles et à Los Angeles. Les studios de fabrication sont à Forest tandis que la post-production des films et le développement artistique se font à Los Angeles.

Acta Diurna : Comment est né le projet ‘’Fly me to the Moon’’ ?
Ben Stassen : voici un peu plus de trois ans, après avoir réalisé plusieurs ride-films, nous avons décidé de passer au long métrage d’animation en 3D. Nous avons cherché le scénario qui nous paraissait idéal, il a quasiment fallut deux ans pour le découvrir. Nous l’avons finalement trouvé et acheté à Domonic Paris(1) et un peu retravaillé avec lui. La réalisation du film nous a pris 20 mois ce qui est relativement court pour un film d’animation en 3D…

Acta Diurna : Sans en dévoiler l'histoire, quel est le synopsis de ce film d'animation ?
Ben Stassen : Il s’agit de l’histoire de trois mouches, Nat, IQ et Scooter, qui embarquent clandestinement dans la capsule Apollo 11 pour la lune en compagnie d’Armstrong, Aldrin et Collins. C’est assez amusant de constater que le premier pas de l’homme sur la lune est l’un des plus grands événements du 20è siècle mais qu’il n’a jamais été porté à l’écran jusqu’à présent. L’histoire est amusante mais elle permet aussi de suivre l’évolution de la mission Apollo 11.

Acta Diurna : Si je ne m'abuse, ce n'est pas votre coup d'essai ?
Ben Stassen : nWave Pictures est le premier studio digital intégré dans le monde. Nous avons débuté avec ‘’Trill Ride : the science of fun’’, en 1997, notre première production en 70mm. C’est avec ce film que nous avons fait notre entrée sur le marché du cinéma grand format. Ensuite, j’ai réalisé, entre autres, ‘’Rencontre dans la troisième dimension’’ (1999) un 40 minutes avec Cassandra Peterson, et ‘’Wild Safari 3D’’ (2005). ‘’Fly me to the moon’’ est mon projet le plus ambitieux, c’est un vrai long métrage…

Acta Diurna : Vous êtes un spécialiste de l'Imax. A ce jour, on recense quelque 36 films réalisés en Imax dont 8 par vous... Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste ce procédé(2) ?
Ben Stassen : Imax est l’abréviation anglophone de Image Maximum, il s’agit d’une procédé de film en très grand format. Une frame en Imax est huit fois plus grande qu’une frame de film 35mm… Ce qui garantit une très grande résolution et une qualité d’image parfaite. Evidemment, cela nécessite des conditions de projections adaptées. Un film en Imax est projeté sur un écran de 600m², soit 20 mètres par 30… Une salle multiplexe classique propose généralement des écrans de 20 mètres sur 8, soit 160m² !

Acta Diurna : Après "Fly me to the Moon", quels sont vos projets ?
Ben Stassen : Nous travaillons déjà sur un nouveau long métrage intitulé ‘’Le tour du monde en 50 ans’’ qui raconte l’histoire d’une tortue de mer depuis sa naissance, en 1959, à sa maturité, en 2009… Le film devrait être fini à l’été 2009 !

Acta Diurna : pour vous la 3D c’est l’avenir du cinéma ?
Ben Stassen : Il y a un attrait populaire pour la 3D, je suis étonné du succès de mes films qui pourtant ne bénéficient ni de grosses campagnes de pub ni de vedettes. Désormais on va penser, depuis l’écriture jusqu’au montage, les films en 3D, un processus qui va prendre une place de plus en plus importante dans l’industrie cinématographique. Dreamworks a déjà annoncé que, dès 2009, il ne produirait plus que des films en 3D. Aux Etats-Unis, il y a déjà plus de 1000 salles 3D ; en Europe cela arrive aussi, il y a 70 salles en Angleterre, une cinquantaine en Allemagne, 23 en France et 15 en Belgique… Et puis, bientôt nous auront aussi la télévision en trois dimensions. J’ai vu aux Etats-Unis, il y a deux mois et demi, les premiers téléviseurs 3D… Il y a une demande pour ce genre de postes de télévision, ne fut-ce que pour les jeux vidéos qui seront aussi de plus ne plus nombreux à intégrer la 3D. Oui, je suis convaincu que la 3D sera le moteur du cinéma de demain…

Fly me to the moon sort dans les salles belges le 30 janvier 2008. Pour profiter de la 3D, il vous faudra rejoindre une des trois salles wallonnes équipées : aux Kinepolis de Liège et Bruxelles et à Imagibraine…

Fly me to the Moon – le film pour voir, notamment le teaser du film.

New Wave Internationl – le site

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(1) à qui l’on doit le film Splitz notamment

(2) plus de détails sur le procédé Imax

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17 janvier 2006 2 17 /01 /janvier /2006 08:52

Le dessinateur de Natacha fête ses 60 ans…

walthery.jpgCheratte, c'est mon village depuis 36 ans ! J'y suis revenu vivre après 5 années d'infidélité... Cheratte avait deux fiertés : son charbonnage (Le Hasard) et Natacha, son héroïne de BD ! Seule cette dernière est toujours vivante... Et derrière elle se cache un dessinateur au talent avéré : François Walthéry qui fête aujourd’hui ses 60 ans ! C’est, en effet, le 17 janvier 1946, à Argenteau, un petit village repris, depuis la fusion des communes en 1976, dans l’Entité de Visé que François Walthéry vit le jour. A 16 ans, il trouve sa voie en entrant à l’Institut Saint-Luc, à Liège, où il développe ce talent qu’il a reçu en offrande le jour de sa naissance ; le dessin. Il sait déjà qu’il veut en faire son métier et rêve de rencontrer les plus grands du 9è art : Maurice Tillieux (auteur de Gil Jourdan notamment), Jean Roba (Boule et Bill), Peyo (Les Schtroumpfs, Benoît Brisefer) ou André Franquin (Gaston Lagaffe, Spirou)… La Belgique est LE pays de la bande dessinée et Walthéry entend devenir l’un des fournisseurs officiels de cet art ! Ses premiers essais – des strips intitulés Pipo – sont publiés dans le journal Junior. Il en assure le dessin et le scénario est signé Mittéi, un autre Cherattois dessinateur et aquarelliste reconnu. Walthéry débuté réellement sa carrière au studio Peyo où il collabore à la réalisation des Schtroumpfs avant de prendre en charge, en 1968, les dessins de la troisième aventure de Benoît Brisefer, «Les douze travaux de benoît Brisefer». L’année 1970 marque un tournant dans la vie de François Walthéry, c’est en effet à l’aube des seventies que naît son héroïne principale, celle à qui on assimile volontiers le dessinateur cherattois, la jolie hôtesse de l’air Natacha… Si Walthéry a choisi une hôtesse c’est justement parce que son métier lui permet de voyager et d’aller à la rencontre de ses diverses aventures, 19 au total et une vingtième est d’ores et déjà annoncée.

Avec Natacha, François Walthéry s’installe parmi les valeurs sûres de la bande dessinée belge et même européenne au fil des années. Il propose des albums d’aventures mâtinés d’une bonne dose d’humour. En plus, il intègre fréquemment des personnages «connus» dans ses cases ; autres dessinateurs, hommes politiques, acteurs,… ou encore quelques «têtes» bien connues des Cherattois uniquement, clin d’œil d’un homme à son village, à son univers. Et cet univers, François Walthéry le met encore à l’honneur au travers de la BD «Le Vieux Bleu» dans laquelle il évoque le milieu colombophile dans lequel il a grandi… Jules, Achile, le Curé et même le pigeon sont des personnages de cette aventure villageoise auxquels le lecteur s’attachera rapidement, une version en wallon est également disponible, plus proches du langage et des idiomes d’alors. S’en suivront toute une kyrielle de héros : Tchantchès (le personnage folklorique liégeois), le P’tit Bout d’Chique (un gamin qui pourrait aussi bien être François Walthéry) et Rubine (la fliquette de Chicago). De manière plus confidentielle, Walthéry imagine encore l’Inspecteur Hoover et Betty Strip largement moins connu du grand public.

Libre dans sa tête !

Cheratte est un village d’artistes ! Nous avons évoqué Mittéi (ndlr Jean Mariette de son vrai nom) qui brilla tant dans le monde de la BD que dans celui de l’aquarelle. Il y a aussi le sculpteur et graveur Jean Donnay ; Georges Van Linthout, un autre dessinateur qui travailla aussi sur les décors de Natacha et qui réalise notamment la série Lou Smog… François Walthéry est, incontestablement, le chef de file de cette fratrie bédéiste cherattoise. Mais l’homme est resté fidèle à lui-même, souriant, accessible, volontiers plaisantin et toujours de bonne humeur. Il connaît tous les Cherattois et tous les Cherattois le connaissent ! Mieux même, ils l’apprécient… Toujours un petit signe de la main lorsqu’il passe sur son vélo, toujours le temps de prendre le temps et de converser dix minutes (ou vingt… ou une demi-heure !)… Il aime à travailler la nuit et si d’aventure il est en retard pour livrer ses dessins, tant pis ce n’est pas la fin du monde… Il est comme ça Walthéry ; libre dans sa tête ! Toujours disponible, il ne refuse pas de prêter sa plume pour l’affiche d’un souper de quartier ou pour une bonne œuvre. Et si on veut le rencontrer, il suffit de pousser la porte de ce qu’il appelle son «quartier général», le café Braham dans le virage de la rue Sabaré à Cheratte…

A 60 ans, l’homme semble encore fourmiller de projets, ne fut-ce que celui de la prochaine aventure de Natacha…

Natacha, création d’une femme parfaite…

Mais qu’est-ce qu’elle est belle cette femme ! Et plus les années passent plus elle est jolie, Natacha… Et pourtant, paraît-il, la femme est difficile à dessiner. Jeune, François Walthéry s’amusait à croquer ses amies, à les caricaturer. C’était là un excellent entraînement pour la création à venir de Natacha. Car, en effet, c’est en assemblant les croquis de trois parties distinctes – les jambes, le buste et la tête – d’anciennes amies que Walthéry trouva son personnage.

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Sous la plume de Walthéry est peut-être née la femme parfaite ? En tous cas, Natacha aura fait rêver des milliers d’adolescents parmi lesquels je m’inscris sans sourciller !

Bon anniversaire François ! Et merci pour tous ces moments de bonheur en bandes dessinées…

Site officiel de Natacha

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(1) Source : Natacha, hôtesse de l’air – Site officiel

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31 mars 2005 4 31 /03 /mars /2005 15:06

Il y a 25 ans mourrait l’athlète Jesse Owens, héros des Jeux Olympiques de Berlin, en 1936.


owens.jpgIl n’a que 22 ans lorsqu’il s’assure une place dans l’histoire sportive du 20è siècle, le 25 mai 1935, en battant trois records du monde (saut en longueur, 200 mètres, 200 mètres haies) et en égalant celui du 100 yards(1). Son record du monde du saut en longueur – 8,13 mètres - tiendra 25 ans… L’année suivante, aux Jeux Olympiques de Berlin, alors que la propagande nazie bat son plein, Jesse Owens entre dans la légende. Ses performances le qualifient pour les J.O. dans les épreuves de courses de vitesse (100 mètres, 200 mètres, 4 x 100 mètres relais, 110 mètres haies) et du saut en longueur. C’est nanti de sérieux espoirs de médailles olympiques que James Cleveland (J.C. qui en anglais se prononce [Djay-See]) Owens s’envole pour l’Europe. Petit-fils d’esclaves afro-américains, Owens à grandi dans l’Ohio, à Cleveland, où ses parents, métayers de profession, avaient abouti en quittant, en 1920, leur Alabama natal plus que jamais infesté de cagoules blanches nourries à la haine du Klan… Très tôt, il développe des qualités physiques extraordinaires et intègre l’équipe d’athlétisme de son collège avant de se faire recruter par la Ohio state University. A 23 ans, c’est avec les yeux d’un grand adolescent qu’il découvre l’Europe, lui qui n’a jamais réellement quitté son cocon si ce n’est pour participer fugacement à l’une ou l’autre compétition dans les états voisins de l’Ohio…

Mais, en 1936, l’Allemagne est nazie et le Chancelier Adolf Hitler entend se servir des Jeux Olympiques comme d’un tremplin à ses idées nauséabondes sur la supériorité de la race aryenne… Le contexte politique est tendu à l’extrême, plusieurs pays défilant le bras droit tendu face à Hitler lors de la cérémonie d’ouverture. Les pays qui n’ont pas sacrifié à cette reconnaissance émettent des critiques à l’égard de ceux qui l’ont fait… L’ambiance est lourde au matin 3 août 1936 alors que les athlètes disputent les premières séries de l’épreuve du 100 mètres. Dès sa première course, Jesse Owens égale le record olympique. Sa puissance et sa grâce sur la piste captivent le public déjà nombreux dans le stade berlinois. En fin d’après-midi, la finale promet le premier grand moment de ces jeux. Dès le départ, Owens bondit et fait l’hectomètre comme s’il était seul en piste. Au terme de 10,3 secondes d’effort, il franchit la ligne avec un mètre d’avance sur Ralph Metcalfe, un autre Américain. Owens décroche sa première médaille d’or devant un Chancelier Hitler médusé de voir triompher aussi aisément l’antithèse de sa race aryenne !

Le lendemain, Owens prend part à l’épreuve du saut en longueur, dont il est, depuis 15 mois le recordman du monde. Les qualifications ne sont pas aisées, les arbitres l’accusant d’avoir mordu la limite d’élan lors de ses deux premiers sauts. C’est un athlète allemand qui a beaucoup d’estime pour lui qui va aider Owens à se qualifier pour la finale du saut en longueur. En déposant un vêtement à quelque 50 centimètres de la fameuse ligne blanche à ne pas franchir, il incite Owens à s’en servir comme repaire pour son saut. Aucun arbitre au monde n’oserait sanctionner d’un «mordu» l’athlète qui aurait sauté 50 centimètres avant la ligne… Certes Jesse n’aurait pas le meilleur saut des qualifications mais il accéderait à la finale ce qui était, évidemment, le but recherché. Owens écoute l’Allemand et accède à la finale qu’il remporte en réalisant les trois meilleurs sauts du concours… Avec l’aide d’un athlète de l’Allemagne nazie, Owens remporte sa deuxième médaille d’or !

Le 5 août, c’est le 200 mètres qu’il remporte, en 20,7 secondes, avec une facilité déconcertante. Quatre mètres le séparent de son dauphin quand il franchit l’arrivée… Ayant fait l’impasse sur le 110 mètres haies, Jesse Owens est intégré dans le relais américain qui doit disputer l’épreuve du 9 août 1936. Sortis des qualifications sans embûches et sans trop puiser dans leurs réserves, les quatre sprinters noirs des USA réalisent une course exceptionnelle et pulvérisent le record du monde de la discipline. Ce nouveau temps de référence établi par Owens et les siens durera jusqu’en 1956 ! C’est la quatrième récompense dorée que le coureur de Cleveland passe autour de son cou…

Bien que le mythe prétende qu’Hitler refusa de saluer le champion américain, celui-ci affirme le contraire dans son autobiographie «L’histoire de Jesse Owens», publiée en 1970. Par contre, y précise-t-il encore, c’est le Président des Etats-Unis de l’époque, Franklin D. Roosevelt qui refusa de le voir, trop pris par une campagne électorale qu’il était… Quoi qu’il en soit, par la force de ses performances athlétiques, en cinq jours, Jesse Owens avait remis en questions la théorie de la race aryenne telle que soutenue par Hitler. Le stade olympique de Berlin a vibré au rythme de ses exploits successifs. Il devenait le premier athlète noir de l’ère moderne (c’est à dire depuis les J.O. de 1896 à Athènes), à remporter quatre médailles d’or durant la même olympiade ! De retour au pays, Jesse Owens devient professionnel pour d’uniques raisons financières. Il doit faire vivre sa famille entière et la course lui permet de rentrer assez d’argent pour y parvenir. Il participe a des exhibitions souvent ridicules comme cette course face à un pur-sang dont l’unique but pour les promoteurs est d’épater la galerie car tout avait été préparé à l’avance ; une distance suffisamment courte pour ne pas permettre au cheval de reprendre ses esprits et donner la pleine mesure de sa puissance après le coup de pistolet de départ… Dans les années 50, il trouva embauche chez General Motors en tant que médiateur entre la direction et les ouvriers noirs. Le Président Eisenhower l’engagea également comme ambassadeur pour la promotion du sport. Mais, bien que concerné par la situation, Owens refusa toujours de s’impliquer dans la cause du peuple noir américain allant même jusqu’à critiquer le poing levé de Tommy Smith et John Carlos sur le podium du 200 mètres aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968.

Retiré de la vie publique dès après cette olympiade teintée de Black Power, il ne se passionnera plus que pour ses collections de timbres et de monnaies. Gros fumeur, Jesse Owens décède d’un cancer du poumon, le 31 mars 1980. Bien qu’il ne fut pas le premier athlète noir de haut niveau, James Cleveland Owens fut incontestablement celui qui acquit la première reconnaissance internationale et qui donna naissance à une lignée d’athlètes noirs américains hors du commun, de Bob Hayes à Maurice Greene en passant par Car Lewis, Bob Beamon, Edwin Moses ou Tim Montgomery… En 1984, une rue de Berlin fut baptisée à son nom !

Sources :
- Black Athlete
- Wikipedia
- Comité Olympique International

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(1) ± 90 mètres ! Le 100 mètres n’existe pas encore aux Etats-Unis, Owens le découvrira seulement aux J.O. de Berlin

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