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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:04

Auteur de l'Attrape-Coeur, un roman exceptionnel, JD Salinger était un Géant de la littérature; il a notamment inventé le concept de l'anti-héros

jdsalinger.jpgC’était un personnage à part dans la littérature américaine contemporaine, il avait choisi de vivre en reclus par peur de la célébrité et de ses méandres. Depuis 1963 jusqu’à son décès en janvier 2010, il n’est pas apparu en public, n’a pas donné une seule interview ni même publié un seul roman… Et pourtant Salinger restait une icône de la littérature tant ses écrits ont marqué le 20è siècle. Jerome David Salinger était né à New York, le jour de l’an 1919 dans une famille relativement aisée. Son éducation est plutôt stricte et il doit intégrer, à l’âge de 15 ans, l’académie militaire de Valley Forge, en Pennsylvanie. Les relations avec son père se détériorent rapidement et JD trouve un exutoire à sa vie dans l’écriture. A Valley Forge, il découvre les romans de Francis Scott Fitzgerald et d’Ernest Hemingway qui le passionnent. C’est à ce moment qu’il prend conscience de sa vocation d’écrivain. Les quelques nouvelles qu’il a déjà rédigées et faites lire à un cercle restreint de connaissances l’encourage dans cette voie. C’est aussi à cette époque qu’il développe une certaine misanthropie, celle-ci sera renforcée par la méchanceté gratuite d’un professeur du Collège Ursinus, que Salinger a rejoint après avoir quitté Valley Forge, qui dira de lui qu’il est le pire élève que le collège n’ait jamais eu… En 1939, Salinger est inscrit à l’Université de Columbia, à Manhattan, où grâce à Whit Burnett, professeur d’Anglais et éditeur du magasine Story, il peut publier The young folks sa première nouvelle. Mais en Europe le conflit fait rage et l’Allemagne nazie étend sa domination. Après l’attaque de Pearl Harbour, en décembre 1941, les Etats-Unis entrent de plain-pied dans la guerre et, de 1942 à 1945, JD Salinger est incorporé à la 4è Division d’Infanterie US qui va combattre sur les fronts européens. La seconde guerre mondiale étançonne encore un peu plus la misanthropie du jeune homme, il y découvre l’absurdité humaine dans son horreur poussée au paroxysme notamment en participant au débarquement de Normandie où il voit tomber à ses côtés des centaines d’hommes… Rentré au pays après le conflit, Salinger doit être hospitalisé pour un stress post-traumatique lié à la guerre. Une fois encore, l’écriture est son exutoire. Il rédige quantité de nouvelles dont certaines sont marquées au fer rouge de son expérience militaire.

L’Attrape-Cœur, le début de la gloire… le début de l’isolement

Le quotidien The New Yorker publie, en 1948, plusieurs nouvelles de Salinger dont A perfect day for bananafish qui est encensée par la critique et par le public. Salinger s’attache, fort de ce succès appréciable même si limité aux environs de New York, à l’écriture de son premier roman. Il entend le construire autour d’un personnage – Holden Caulfield – qui était déjà apparu dans une nouvelle précédente et qui méritait bien, selon l’auteur, un roman. L’Attrape-Cœurs (The Catcher in the Rye, en version originale), publié en 1951, est ce roman. Il aborde, sans détour et dans un langage en décalage total avec les bonnes mœurs de l’époque, l’obsession de la sexualité, le décrochage scolaire et la prostitution. En grande partie autobiographique, notamment au niveau de la personnalité de Caulfield qui a du mal à communiquer avec les autres, L’Attrape-Cœurs est un succès public immédiat malgré une critique mitigée. Les adolescents voient dans ce roman le reflet exact de leur désarroi et de leur colère, cette colère qu’ils ne parviennent pas à exprimer et que Salinger a si bien perçu et restitué… Avec L’Attrape-Cœurs, JD Salinger invente une notion jusqu’alors inimaginable mais qui sera ensuite maintes fois reprises au cinéma et dans la littérature, celle de l’antihéros, ce personnage principal qui ne correspond à aucun critère de valeurs morales, de bravoure ou de patriotisme. Cela dérange fortement l’Amérique puritaine de l’immédiate après-guerre mais le roman s’arrache pourtant sous le manteau, d’autant plus qu’il est classifié ‘’interdit au moins de 16 ans’’ afin de ne pas heurter l’esprit des adolescents… afin, surtout, de ne pas permettre à ces ados de trouver le moyen d’exprimer leur révolte qui est déjà bien exacerbée avec le rock’n roll.

Salinger est pris entre plusieurs feux, celui du succès, celui de la reconnaissance, celui de la critique aussi… La célébrité est là, elle le guette, aussi pour la fuir il quitte New York pour s’installer à Cornish, dans le New Hampshire. Il y limite déjà fortement ses contacts sociaux. Seuls les étudiants du lycée local trouvent grâce à ses yeux, il se sent proches d’eux. Mais une de ses conversations avec un groupe de lycéens est reproduite, à son insu, dans le journal du collège local. Salinger se sent alors trahi par les seules personnes en qui il avait réellement confiance. Ainsi donc, les adolescents ne seraient pas plus fiables que les adultes ? Forcément, puisqu’ils ne sont jamais que des adultes en devenir… Ce n’est pas l’adulte qui n’est pas fiable, c’est l’Homme dans son ensemble, quel que soit son âge ! Salinger s’isole dans sa maison, n’en sort quasiment plus et ne garde de contacts qu’avec deux ou trois personnes dont son unique ami, le juge Learned Hand, farouche partisan de la liberté d’expression aux Etats-Unis.

L’Attrape-Cœur trouve la notoriété mondiale, les ventes cartonnent. En parallèle, dans sa retraite du New Hampshire, Salinger écrit. Il publie, en 1953, un recueil de neuf nouvelles écrites depuis 1948, parmi lesquelles sa première vraie réussite, A perfect day for bananafish, sous le titre de Nine Stories (ou For Esme, with love and Squalor dans les autres pays anglo-saxons). Il faudra patienter huit années pour voir un nouveau Salinger en librairie. L’homme est de plus en plus reclus, développe davantage sa misanthropie que sa littérature. On dresse de lui un portrait peu flatteur, de père sévère, de mari peu attentionné (ndlr, Salinger a été marié deux fois et a eu un enfant de chaque union) mais il est surtout un homme paranoïaque et effrayé par ses semblables. Franny and Zooey, son second roman, sort en 1961 et fait la part belle au désenchantement et à l’égocentrisme de la société. Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers (1963) suivra et sera le dernier ouvrage publié par Salinger, tout juste éditera-t-il encore la nouvelle Hapworth 16, 1924, dans le New Yorker du 19 juin 1965. Depuis lors, black out total sur la vie de Salinger. Il vit reclus dans sa propriété de Cornish même si d’aucuns lui prêtèrent, dans les années ’70, l’envie de publier un nouveau roman, rien n’en sera. Probablement est-ce du au fameux procès qui l’opposa à Ian Hamilton, un biographe qui s’attaque à la vie de Salinger. Ce dernier voulut faire empêcher la biographie car elle contenait la reproduction de lettres écrites par Salinger. Le procès tourna à l’avantage de Salinger qui parvint à faire retirer le texte original des lettres de la biographie écrite par Hamilton sur le prononcé d’un jugement qui stipule que quel que soit le possesseur d’une lettre, le contenu appartient toujours à son auteur. Mais, ce procès aura un contrecoup effroyable pour Salinger, de nombreux détails de sa vie privée sont révélés en public…

Personnage excentrique mais bien ancré dans la littérature américaine, Salinger fut sollicité à plusieurs reprises pour que ses œuvres, et notamment L’Attrape-Cœur, soient adapté au cinéma. Il refusera de façon systématique, arguant du fait que la seule fois qu’il autorisa une adaptation - My foolish heart, de Mark Robson, en 1949, tiré de la nouvelle Uncle Wiggily in Connecticut - il fut amèrement déçu du résultat ! Souci du détail, maniaquerie de la description pointue, vision littéraire complexe, ironie et ambiances déprimantes sont les caractéristiques majeures de l’œuvre de Salinger. Aujourd’hui encore, près de soixante ans après sa parution, L’Attrape-Cœur reste une référence en matière de littérature américaine et est un des romans les plus enseignés dans les écoles américaines. Il s’en vend, à l’heure actuelle, toujours quelque 250.000 exemplaire chaque année pour un total cumulé qui franchit la barre des soixante millions de livres vendus, ce qui en fait l’un des romans les plus populaires au monde ! Parfois incompris, peu apprécié de ses collègues auteurs américains, Steinbeck notamment qui le décrivait comme un romancier sans maturité, Jerome David Salinger s’est surtout attaché à dépeindre un monde d’adultes artificiel et indifférent.

Après 47 années de mutisme et d’isolement, JD Salinger est mort le 27 janvier 2010. Il avait 91 ans et était l’un des derniers Géants de la littérature mondiale.

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 12:48

«Si j’étais votre époux, Madame, je le boirais»

astor.jpegNancy Astor ne fut pas la première femme élue à la Chambre des Lords, elle fut précédée par la Comtesse Rouge, Constance Markiewicz, Députée irlandaise élue en 1918 sur la liste du parti Sinn Fein. Mais Nancy Astor fut la première femme à y siéger et deviendra la première femme politique d’envergure au Royaume-Uni ! C’est le 28 novembre 1919 qu’elle fut élue, elle entra à la Chambre le 1er décembre suivant et y siégea jusqu’en 1945.
Nancy Whitcher Langhorne n’avait pourtant rien qui la prédisposait à devenir la pionnière politique de l’Angleterre. Née en Virginie, en mai 1879, et héritière d’une plantation de coton créée par son père Chiswell Langhorne, elle épousa en première noce un autre riche héritier du sud des Etats-Unis. Lorsqu’elle en divorce, en 1903, après six années d’une union sans passion mais d’où est né un fils, Nancy Langhorne choisit de quitter les Etats-Unis pour l’Europe où elle s’établit en Angleterre, à Londres. Là-bas, elle rencontre un jeune homme qui présente la particularité d’être né le même jour qu’elle – le 18 mai 1879 -, William Waldorf-Astor, 2è du nom, Vicomte d’Astor. Cette similitude de dates de naissance rapproche Nancy et William qui ébauchent une romance qui est ponctuée, en 1906, par un mariage.

William Waldorf-Astor Ier (1), père de l’époux de Nancy, est Député de Droit car anobli par le Roi George V. Il transmet le virus de la politique à son fils qui devient, en 1910, Député de la circonscription de Plymouth sous la bannière du Parti Conservateur. Lorsque que meurt en octobre 1919 Waldorf-Astor Sr, son siège de Député est automatiquement dévolu à son fils(2) qui libère ainsi le siège de Député de la Circonscription de Plymouth. Une élection partielle doit être organisée dans cette circonscription afin de pourvoir au siège vacant… Nancy Astor, probablement motivée par le comportement féministe et social de la Comtesse Rouge qui se bat pour le droit des femmes et pour une société britannique moins aristocratique, décide de se présenter. Nancy Astor défraye doublement la chronique ! A cette époque, en Angleterre, si les femmes s’intéressent de plus en plus à la politique grâce à l’action d’Emily Pankhurst qui parviendra à leur obtenir le droit de vote en 1918, elles restent quasiment inexistantes sur le plan de l’action. Tout juste peut-on citer cette fameuse activiste irlandaise connue sous le sobriquet de Comtesse Rouge, Constance Markiewicz, encore elle, qui bien qu’élue en 1918 ne siégea jamais car elle fit de la prison… Nancy Astor se présente, ce qui est déjà une gageure en soi mais en plus elle le fait sur la liste adversaire de celle de son mari : le Parti Travailliste. Et pour couronner le tout, elle se fait élire raflant le vote de toutes les femmes de plus de 30 ans (les seules à avoir obtenu le droit de vote en 1918). Le 28 novembre 1919, à 40 ans, l’Américaine de Virginie devenue citoyenne britannique par mariage devient Députée de la circonscription de PlymouthCette élection scandalise une grande part de la gent masculine conservatrice de l’Angleterre post-victorienne.

Durant toute son activité politique, Nancy Astor s’efforcera de lutter contre la discrimination qui existe en Angleterre entre homme et femme. Elle militera notamment pour l’ouverture aux femmes des lieux réservés aux hommes comme les bars ou les Smoking rooms des restaurants ; elle s’impliquera pour la reconnaissance des femmes qui s’engageaient comme infirmière pendant le second conflit mondial. Véritable passionaria des droits de la femme en Angleterre elle irrita à ce point Churchill qui conservait, depuis 1903, une rancœur tenace à l’égard des féministes(3) qu’ils échangèrent de nombreuses passes d’armes verbales dans les travées du Palais de Westminster… Parmi ces joutes oratoires, deux restèrent très célèbres :
- «Si vous étiez mon mari, je mettrais du poison dans votre café lança Nancy Astor à Churchill ;
- «Si j’étais votre époux, Madame, je le boirais certainement» répliqua immédiatement le toujours très placide Churchill…

Une autre fois, Lady Astor asséna en pleine séance à Churchill un très juste :
- «Mais vous est ivre !»
- «Et vous hideuse mais moi demain cela ne se verra plus !» avait conclu Churchill

Quoi qu’il en soit, il convient de se souvenir qu’il y a 92 ans, Nancy Astor fut la première femme à siéger au Parlement britannique et qu’elle a ouvert, en Europe, la voie à des femmes politiques d’envergure comme Simone Veil, Ministre de la Santé sous VGE et à qui la France doit la loi dépénalisant l’avortement ou Margareth Thatcher qui fut, en 1979, la première femme Premier Ministre d’Europe…

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(1) William Waldorf-Astor est également propriétaire de l’hôtel Waldorf à New-York. Son cousin John Jacob Astor IV fera construire, en 1897, l’hôtel Astoria juste à côté. En 1931, les deux hôtels serons réunis dans un gratte-ciel art-déco pour devenir le prestigieux et mythique hôtel Waldorf-Astoria.
(2) l’hérédité du titre de Membre de la Chambre des Lords ne fut révisé qu’en 1999 ; il reste aujourd’hui 92 pairs héréditaires sur les 738 Membres de cette assemblée mais ils seront amenés à disparaître progressivement ( => House of the Lords
(3) en 1903, alors qu’il était Ministre du Commerce, Churchill fut gifflé en public, à la gare de Bristol, par une suffragette proche d’Emily Pankhurst qui lui lança : «Vous ne l’avez pas volé ! Et ce n’est pas fini, les femmes vous en feront voir d’autres…»

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 12:46

Dans la série des personnages noirs de la littérature populaire, il en est un qu'il faut (re)découvrir au plus vite : Gabriel Lecouvreur dit "Le Poulpe"… Enquêteur libre et témoin d'une société nauséabonde, il entraîne le lecteur dans les tréfonds de la race humaine !


poulpe.jpgNous avons évoqué, en janvier dernier, sur Acta Diurna, un personnage du roman noir dont il faut absolument faire connaissance, j'ai nommé Pepe Carvalho … Aujourd'hui, je vous propose une plongée dans l'univers particulier d'un de ses congénères, le Poulpe. Le Poulpe - de son vrai nom Gabriel Lecouvreur - est un être à part dans la littérature populaire française. Non, il ne s'agit pas d'un détective privé quelconque qui agirait sur commande ou pour sauver la veuve et l'orphelin. Le Poulpe est un homme libre, curieux et qui adore laisser traîner ses tentacules où il n'est pas le bienvenu. Créée en 1991 par Jean-Bernard Pouy, la série présente une particularité de taille, elle est écrite par une multitude d'auteurs. Ainsi, chaque aventure - toujours courte; ± 100 pages - est livrée à la plume d'un écrivain différent ; outre Jean-Bernard Pouy Patrick Raynal, Hervé Prudon, Guillaume Nicloux, Emma Christa, Jean Marboeuf et quelques dizaines d'autres se sont succédés pour faire vivre Lecouvreur… Cette diversité d'auteurs confère au personnage une évolution permanente et un caractère qui s'affine au fil des histoires; chaque romancier s'engageant à respecter la vision des autres.

Le Poulpe est donc un personnage entier et libre. Il n'a aucune attache, ni financière, ni morale ou amoureuse. Pas de carte de sécurité sociale, pas de carte de crédit et pas de carte d'électeur… Il fouille, à son compte et souvent par curiosité, les entrailles de la société moderne pour tenter de mettre à jour ce qu'elle a de plus immonde, de plus affreux. D'extrême droite active en magouilles politiciennes en passant par la paupérisation urbaine, les mouvements sectaires, la Mafia ou le monde étrange des footeux…, Le Poulpe se mouille pour le plaisir de remuer la merde d'une société dans laquelle l'argent et le pouvoir autorisent tout ! Volontiers anar, amateur de bière en tout genre, amoureux de la vie et écœuré par l'injustice, Gabriel Lecouvreur est un solitaire… Mais un solitaire entouré car la solitude à ses limites et il ne faut pas trop les dépasser. Toujours épris de liberté, il refuse d'avoir une adresse fixe, "Je suis un SDF avec un toit sur la tête" se plait-il à souligner, logeant dans les hôtels de Paris dont les propriétaires consentent à lui louer une chambre sans demander ses papiers ou squattérisant l'appartement de Cheryl, la dame de cœur. Ah, Cheryl la jolie coiffeuse de la rue Popincourt, toujours là pour l'écouter, l'aider ou le réconforter. L'unique amour de sa vie, somme toute, mais leur relation est basée sur une liberté totale et sans justification… Autour du Poulpe gravitent encore quelques personnages capitaux pour sa bonne santé mentale et physique. Il y a là :

* Pedro, l'ami paternel, ancien imprimeur catalan et toujours anarchiste et révolté;
* Gérard, le patron du "Pied de Porc à la Sainte Scolasse", le troquet où le Poulpe à ses habitudes, un ami de vingt ans;
* Maria, la femme de Gérard qui n'a pas pu avoir d'enfant et qui reporte son amour maternel sur Gabriel;
* Vlad, le cuisinier roumain du "Pied de Porc…", aussi étrange que surprenant;
* Raymond, le mécano de l'aéroport de Moiselles;
* Vergeat, l'inspecteur des RG qui enquête sur le Poulpe depuis des années mais entretien avec lui une relation de ressentiment, de haine envieuse comme aurait dit Platon…

Au fil du temps et des aventures, le personnage principal s'affine. Ainsi apprend-t-on que Gabriel Lecouvreur est né le 22 mars 1960 et qu'il a perdu ses parents très tôt dans un accident de voiture. Recueilli par son oncle et sa tante, il a été élevé dans leur quincaillerie. Le Poulpe a réussi son baccalauréat en 1978 avant d'entrer à la faculté. Mais, le sac d'une librairie d'extrême droite avec d'autres étudiants anars lui a valu un séjour en camp disciplinaire car il était en âge de service militaire… Là, il a côtoyé des adjudants et des petits chefs qui n'ont réussi qu'à renforcer son caractère anarchiste et son envie de liberté. Le Poulpe est grand, à peu près 1,85 mètres et possède deux très longues jambes et deux très longs bras qui lui valent son surnom… On ne lui connaît qu'une seule passion, la remise en état d'un vieux Polikarpov, un avion d'origine russe utilisé par les Républicains durant la guerre d'Espagne… Une grande partie de l'argent qu'il récolte - de manière plus ou moins nette au fil de ses enquêtes - est engloutie dans cet avion, restauré par Raymond, et que seul un miracle permettrait de voir voler un jour ! Gabriel aime a flâner dans le 11è arrondissement de Paris car c'est le seul où il n'y a aucun monument à visiter et que, par conséquent, il n'est pas l'otage des touristes avides de photographies de fonds de tiroirs…

Le Poulpe est un personnage auquel on s'attache très vite car il est proche de la réalité quotidienne de chacun d'entre nous. Et puis, il est libre, désentravé, comme nous souhaiterions tous quelque part pouvoir l'être… Mais il n'est ni un vengeur solitaire à l'américaine, ni un représentant d'une quelconque forme d'ordre ou de morale. Le Poulpe est juste un témoin de notre époque !

"Le Poulpe" c'est plus de 200 titres parus, aux Editions La Baleine ou en collection Librio. Des titres jouant sur les mots comme "Les damnés de l'artère", "La Belge et la bête", "La dingue aux marrons", "Helvète Underground",… Le Poulpe a été adapté au cinéma en 1998 par Guillaume Nicloux avec un Jean-Pierre Darroussin plus que crédible dans le rôle titre et, depuis peu, en bandes dessinées…

Quelques enquête du Poulpe à lire :

"Nazis dans le Métro" (Didier Daeninckx), "La cerise sur le gâteux" (Jean-Jacques Reboux), "Chili Incarné" (Gérard Delteil), "La p'tite écuyère à cafté" (Jean-Bernard Pouy) ou "Un travelo nommé désir" (Noël Simsolo).

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 09:32

Lorsqu'en 1976 dans sa chambre, Steve Jobs crée Apple, pensait-il que sa société dominerait le monde de l'informatique à l'aube du siècle suivant ? Je crois que oui...

jobs.jpgSteve Jobs l'emblématique patron d'Apple est mort ce 5 octobre ! L'annonce a été faite par la société californienne dont Jobs avait quitté la direction générale à la fin août pour tenter de lutter contre un cancer du pancréas qui le défiait depuis 2004. Né en 1955 d'un père syrien et d'une mère américain, Steven Paul Jandali est adopté par la famille Jobs quelques semaines après sa naissance. Il devient donc Steven Paul Jobs ! Après de brillantes études secondaires à Cupertino, en Californie, Jobs entre, en 1972, au Reed College, une université où l'on étudie les arts, à Portland dans l'Orégon. Mais il renonce vite à ces études qui l'ennuie alors il se tourne vers un club informatique de la Silicon Valley, le Homebrew Computer Club, où il retrouve Steve Wozniak qu'il avait rencontré à l'école. Les deux jeunes hommes sont passionnés d'informatique et trouvent un emploi chez Atari comme programmateurs de jeux vidéos. Mais Jobs et Wozniak ont un projet, créer leur propre ordinateur, alors ils bossent dans la chambre de Steve Jobs, dans la maison familiale de Los Altos. Parce qu'ils pensent qu'ils doivent être en nombre impair pour valider les décisions à la majorité, Jobs et Wozniak s'adjoignent les services d'un autre employé de chez Atari, Ronald Wayne. Le 1er avril 1976, les trois hommes signent un contrat de partenariat et terminent la mise au point d'un premier ordinateur qu'ils baptisent Apple Computer I. Seul Wayne garde son emploi chez Atari car il ne croit pas vraiment en la réussite du projet. Rapidement, pourtant, Jobs trouve un revendeur - le Byte Shop qui, en 1975, fut le premier commerce à vendre des ordinateurs personnels - qui commande 500 Apple I pour un montant total de 25.000 dollars. Pour assembler les 500 ordinateurs, un prêt doit être contracté ce qui effraie Ronald Wayne qui abandonne le projet. Jobs mobilise sa soeur et un ami afin de préparer et de livrer la marchandise dans les temps. Il déménage tout le matériel et les stocks de sa chambre vers le garage familial afin de disposer de plus d'espace. Jobs et Wozniak livrent la marchandise à Byte Shop à peu près dans les temps mais pas vraiment dans la forme convenue. Malgré cela, ils engendrent quelques 8000 dollars de bénéfices. Jobs en est convaincu, les ordinateurs Apple sont son avenir... A la fin de l'année 1976, dix magasins californiens revendent des Apple I, Jobs et Wozniak entament alors des recherches pour financer une société qui commercialisera leurs produits. C'est chose faite le 3 janvier 1977, la société Apple Inc. prend corps officiellement grâce notamment à l'apport financier d'un trader, Mike Markkula qui a fait fortune en jouant avec des stock-options. L'origine du nom Apple reste floue, d'aucuns disent que cela vient de végétarisme de Steve Jobs qui était très amateurs de pommes, d'autres disent que c'était surtout pour être avant Atari dans l'annuaire que le nom Apple fut choisi...

Apple va croître très rapidement, le 17 avril 1977 l'Apple II est disponible. A peine un an après avoir lancé concrètement leur projet, Jobs et Wozniak ont déja commercialisé deux ordinateurs personnels. Apple se développe et entre en bourse en décembre 1980; 4,6 millions d'actions à 22 dollars sont mises en circulation. L'action grimpe rapidement de 32% pour atteindre les 29 dollars et la valeur marchande de l'entreprise est chiffrée à 1,7 milliards de dollars alors qu'elle fête le quatrième anniversaire de sa naissance officielle. Apple compte alors un millier d'employés et diversifie son offre en proposant le McInstosh 128K. Steve Jobs, Président du Conseil d'Administration d'Apple Inc., confie la Direction générale de l'entreprise à John Sculley, qui vient de chez Pepsi Cola et qui remplace Mike Markkula qui avait pourtant contribué financièrement au lancement d'Apple en 1977. Mais, à la fin de l'année 1984, un conflit oppose Sculley et Jobs à propos des ventes du McIntosh qui ne décollent pas. Sculley entend réorganiser la société et imagine un plan de restructuration qui prévoit un licenciement massif (± 20% du personnel). Jobs s'y oppose mais, en avril 1985, John Sculley parvient à obtenir l'éviction de Steve Jobs par le Conseil d'Administration d'Apple Inc. Jobs est viré de son entreprise ! Cela donnera d'ailleurs naissance à une expression américaine : "to be steved" qui signifie "être viré de l'entreprise qu'on a crée"... Quant à Steve Wozniak, il a déja relevé le pied depuis quelques temps; victime d'un accident d'avion en 1981 il a quitté Apple pour n'y revenir que de façon sporadique en 1983. Sa collaboration avec Apple s'achève définitivement en 1985 également. Apple est amputé de ses deux père-fondateurs !

Jobs fonde une nouvelle société, Next Inc., pour laquelle il débauche quelques employés de chez Apple. Mais à l'aube des années '90, Apple doit faire face à la concurrence des PC de différentes marques qui ont abandonné le système d'exploitation MS-DOS, plutôt lourd, pour le nouveau système de Microsoft, Windows. Apple tergiverse, retarde le lancement de certains de ses produits, présente trop de produits qui se ressemblent et met en place des alliances avec des concurrents d'autrefois Motorola et IBM. La sortie de Windows95 enterre encore un peu plus la société à la pomme qui tente de s'en sortir tant bien que mal avec la commercialisation d'un appareil photo numérique, l'un des premiers du marché en 1994. Mais le QuickTake ne séduit guère le public et sa commercialisation s'arrêtera en 1997. Le nouveau Directeur Général d'Apple, Gil Amelio annonce une perte sèche de 740 millions de dollars pour le second semestre de 1996. Apple doit trouver un système d'exploitation plus convivial pour se relancer alors Amelio se tourne vers... Next Inc., la société de Steve Jobs qui commercialise le système NeXTSTEP. Un accord est conclu entre Apple et Next pour le rachat du système d'exploitation (et de la société); cet accord prévoit aussi le retour de Steve Jobs au sein du pouvoir exécutif d'Apple Inc.

Malgré un accord de partenariat avec Microsoft pour équiper les McInstosh de Windows pendant cinq ans, Steve Jobs voit à plus long terme et continue le développement de NeXTSTEP qui devra équiper, à terme, un ordinateur complètement produit par Apple. Celui-ci voit le jour en août 1998, il est baptisé iMac et propose un design innovant imaginé par Jonathan Ive, un designer anglais. 800.000 iMac sont vendus avant la fin de l'année 1998 et Apple renoue avec les bénéfices. NeXTSTEP est abouti et devient MAC OS X pour équiper dorénavant tous les ordinateurs Apple quant à Steve Jobs, il évince Gil Amelio, incapable de gérer la société, pour redevenir Président-Directeur-Général d'Apple Inc. Tellement sûr de son coup, il ne s'octroie qu'un salaire mensuel symbolique d'un dollar qu'il compense par l'acquisition mensuelle de stock-options gratuits de la société. Visionnaire hors du commun, Jobs veut faire d'Apple un must incontournable dans le secteur de l'informatique familiale et des sociétés. Il lance successivement des produits qui vont cartonner : les Apple Store (1998) des boutiques où ne sont commercialisés que des produits Apple, l'iPod (2001), iTunes (2001), l'iMacG4 (2002), le navigateur web Safari (2003), le MacBook (2006), l'iPhone (2007), iOS (2008) le système d'exploitation pour mobiles et l'iPad (2010) qui sont tous déclinés en de nouvelles versions de façon régulière.Sous la houlette de Jobs, Apple a plus que bien négocié le virage des smartphones, plaçant son iPhone à la pointe de la technologie et en tête des ventes; on décline aujourd'hui la cinquième génération d'iPhone depuis le lancement en novembre 2007.

En 35 ans de carrière, Steve Jobs a construit une notoriété sans pareil pour sa marque Apple. L'identité visuelle d'Apple est reconnaissable entre mille, certains spécialistes en la matière affirment même que le logo d'Apple est le seul qui soit connu dans tous les pays du monde. Jobs a mis en place une véritable communauté Apple à travers laquelle il promouvait chacun de ses nouveau produit qu'il présentait comme étant, à chaque fois, une révolution technologique. Visionnaire hors-pair, inventeur doué, as du marketing, Steve Jobs voulait, dans les années septante, changer le monde avec son Apple. il y est parvenu au delà de toutes ses espérances grâce à la société de consommation qui a ouvert ses portes à la micro-informatique dans les années '80.  Jobs est à la base d'innovations technologiques que nous utilisons quotidiennement, c'était assurément l'une des plus grands inventeurs du 20è siècle et du début du 21è...

"Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n'est pas la vôtre !", Steve Jobs - 2005

" Si aujourd'hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j'aimerais faire ce que je vais faire tout à l'heure ?", Steve Jobs - 2005

"Il vaut mieux être un pirate que de se joindre à la Marine", Steve Jobs, 1987

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 16:03

Conan-Doyle est souvent réduit, à tort, à son seul personnage fétiche… Il était pourtant l’auteur de romans de grande qualité hélas tombés dans l’oubli !

acd.jpgSir Arthur Conan-Doyle était né le 22 mai 1859 à Edimbourg, en Ecosse. Auteur polygraphe, il a laissé une œuvre fournie et fouillée faite notamment d’ouvrages historiques du plus grand intérêt mais paradoxalement c’est pour son personnage littéraire, Sherlock Holmes, qu’il reste gravé au Panthéon des écrivains européens… A son plus grand dam car Conan-Doyle ne considérait les aventures d’Holmes que telle une littérature alimentaire ! Et il est vrai que de réduire Sir Arthur Conan-Doyle – il avait été anobli par le Roi Edouard VII, en 1902 – au seul détective qu’il imagina en 1887 serait inopportun. Il publia ses premiers écrits dès 1879 alors qu’il était médecin et que la patientèle n’affluait pas. C’est effectivement pour pallier au manque de rentrées financières qu’il imagina un détective privé doté d’un sens de l’observation de la déduction hors du commun et qu’il vendit ses nouvelles à des magazines et des journaux. Car finalement, il faut conserver à l’esprit que les aventures de Sherlock Holmes ne sont jamais que… quatre romans et 56 nouvelles publiées dans la presse.

Après le succès de sa première tentative romancière holmesienne – «Une étude en rouge» (1887) – il publie, non sans mal, «Micah Clarke» en 1889. En effet, après avoir été refusé par plusieurs éditeur, ce roman est finalement mis sous presse chez Longman’s ; bien en prit à ce petit éditeur londonien car le livre, qui narre trois batailles chevaleresques, rencontre un succès populaire énorme… Fort de cet engouement, Conan-Doyle s’isole dans un coin perdu au bout de l’Angleterre pour écrire ce qu’il entend être LE roman de sa vie ; un nouveau roman de chevalerie qu’il titre «La Compagnie Blanche». Passionné par cette période, il s’entoure d’une documentation des plus exhaustive afin d’être le plus fidèle qu’il se puisse être à l’ambiance et aux coutumes de l’époque. Le travail est long, très long ! Recoupement des informations, vérification des descriptions des lieux, des costumes et des ambiances, construction de l’histoire… Pour faire face à ses créances et pour se sustenter, l’auteur pond, en trois semaines, un nouveau roman de Sherlock Holmes qu’il sait aller au devant du succès. Cela lui permettra de tenir le temps nécessaire à l’écriture de la fin de «La Compagnie Blanche». Ce roman sort en 1891 et est reconnu unanimement comme un chef d’œuvre, la critique salue en Conan-Doyle le nouveau Walter Scott (à qui l’on doit, entre autre, «Ivanhoé»). En quatre ans, Conan-Doyle vient de publier quatre romans à succès et il s’érige en chef de file de la littérature britannique de cette fin de 19è siècle.

A l’origine de Jurassic Park…

Parallèlement, à l’aube du 20è siècle, Conan-Doyle publie des ouvrages historico-politiques et notamment un pamphlet sur la Guerre des Boers (1899-1902) et sur le rôle joué par le Royaume-Uni en Afrique du Sud, intitulé « La guerre en Afrique du Sud : ses causes et son organisation». En 1910, il publie «Le crime du Congo», un ouvrage sur le Congo belge alors sous tutelle léopoldienne ; il y présente la colonisation et sa cohorte d’exactions, de mensonges et de crimes. On l’a dit déjà, Conan-Doyle est un auteur polygraphe. 1911, après avoir touché au roman policier, au roman de chevalerie et aux écrits politiques, c’est vers une nouvelle veine qu’il s’engage, la science-fiction. Il imagine une île perdue dans l’océan Pacifique où vivent encore des dinosaures ; cette île est découverte par quelques hommes de sciences… Le roman de Conan-Doyle, publié en 1912 et intitulé «The Lost World» inspirera plusieurs cinéastes qui, entre 1925 et 1998, l’adapteront… Michael Crichton, confesse aussi s’être largement inspiré du «Monde Perdu d’Arthur Conan-Doyle pour écrire son «Jurassic Park» et ses suites que Steven Spielberg portera également à l’écran. Ainsi donc, l’un des plus grands succès cinématographiques des années nonante repose sur une base romanesque imaginée par Conan-Doyle…

La science-fiction, et plus particulièrement le paranormal, continuera de constituer l’inspiration d’Arthur Conan-Doyle. Il est toujours aussi méticuleux et chacun de ses romans prend un temps considérable à voir le jour aussi publie-t-il de manière récurrente des nouvelles basées sur les enquêtes de Sherlock Holmes qui passionnent le grand public. En 1918, il offre au public un ouvrage dans lequel il fait la part belle au spiritisme et où il prétend qu’il peut prouver qu’il existe quelque chose après la mort et que l’on peut entrer en contact avec l’au-delà… Le spiritisme est très en vogue alors en Angleterre et «La nouvelle révélation» séduit à nouveau un public très large. Adepte du spiritisme, il donne, en l’espace de deux ans, plusieurs conférences sur le sujet en Angleterre mais aussi aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Mais, en 1922, Sir Arthur Conan-Doyle est victime d’une farce estudiantine ; deux jeunes demoiselles arrivent à lui faire croire à l’apparition de fées dans le hameau de Cottingsley. Le canular est bien monté et Sir Arthur tombe dans le panneau pour le plus grand bonheur de tous… Il est la risée du tout Londres et cela le blesse profondément. Mais convaincu du bien fondé de cette science occulte, il poursuit sa croisade internationale. Il voyage et se fatigue tant qu’en 1929 il est victime d’une attaque cardiaque. En convalescence en Angleterre, chez lui, il se retape lentement et prépare une nouvelle conférence lorsqu’il est à nouveau victime, le 7 juillet 1930, d’une crise cardiaque fatale…

Auteur prolifique, Sir Arthur Conan-Doyle a écrit plus de cinquante ouvrages et romans et une centaine de nouvelles variées. Parmi cette œuvre, seulement quatre romans et 56 nouvelles où l’on croise Sherlock Holmes et pourtant c’est cette soixantaine d’écrits que le public à retenu de son œuvre. S’il était assez satisfait des quatre romans holmesiens qu’il écrivit, Conan-Doyle considérait les nouvelles dans lesquelles apparaissaient son héros comme banales et sans intérêt réel que celui de le faire manger… Sherlock Holmes est aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus fameux personnages récurrents de la littérature mondiale à l’image des Hercule Poirot, Philip Marlowe, Rouletabille ou autre Miss Marple !

Et si Sherlock Holmes avait été bien réel ?

Sherlock Holmes est donc un personnage de fiction créé par Sir Arthur Conan-Doyle et connu à travers le monde, c’est en tous cas la version académique… Car la version des Holmesiens est différente. Ceux-ci soutiennent que le détective a existé, qu’il est né en 1854 et que sa spécialité était l’art de l’observation et de la déduction… Grâce à ces deux armes, il parvint à résoudre bon nombre d’énigme dans l’Angleterre victorienne. Ces énigmes auraient été consignées par son ami le Dr John Watson qui les aurait fait publier, dès 1887, par le biais d’un agent littéraire nommé Conan-Doyle…

 

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 15:52

Portrait d’un monstre sacré du cinéma américain.

pacino.jpgAlors qu’il présente son film Wilde Salome, une adaptation de l’œuvre d’Oscar Wilde, à la Mostra de Venise, Al Pacino revient sur le devant de la scène. Encore une fois, il choisit de réaliser une œuvre complexe, à mi-chemin entre la capture cinématographique d’une pièce de théâtre et la plongée dans l’univers particulier de Wilde. Pacino est, assurément, un personnage à part de l’industrie cinématographique américaine. Tantôt populaire, tantôt élitiste, l’acteur et réalisateur a marqué quatre décennies de son inestimable talent. On a tous en mémoire sa prestation sublime dans la saga de Coppola, «Le Parrain» dans laquelle il incarne Michael Corleone, le fils du Parrain de la mafia new-yorkaise, qui prend en mains les rênes de la Famille… Mais Pacino c’est avant tout un acteur éclectique, huit fois nominé aux Oscars et pourtant seulement une seule fois récompensé de la statuette du Meilleur Acteur ; c’était en 1992 pour «Le temps d’un week-end» de Martin Brest.


Né le 25 avril 1940 à New York, fils d’un tailleur de pierres immigré de Sicile, Alfred James Pacino est élevé, dans le Bronx, par ses grands-parents maternels. Il ne passe que très peu de temps en milieu scolaire et sèche les cours pour passer des après-midi entières dans les salles obscures des cinémas de son quartier où il se prend de passion pour les grands acteurs hollywoodiens de l’époque, Charles Laughton en tête mais aussi Gregory Peck ou un jeune acteur débutant qui illumine le film «Un tramway nommé désir» (Elia Kazan, 1951), Marlon Brando… Du haut de ses 14 ans, Al décide que c’est ce métier qu’il veut faire et il parvient à se faire accepter, malgré sa faible condition, à la High School of Performing Arts à Manhattan car il présente un test d’entrée plus que convaincant. Ce test conforte d’ailleurs sa conviction à vouloir devenir acteur mais son faible bagage scolaire le handicape profondément car l’institution dans laquelle il vient d’entrer est avant tout un collège qui, s’il forme des jeunes gens aux arts de la scène, dispense aussi des cours généraux. Et là, Pacino ne parvient pas à suivre… Alors, il plaque tout et accepte plusieurs petits boulots successifs pour subsister. Il est tour à tour ouvreur dans un théâtre, garçon de café ou livreur… Mais l’envie de jouer est la plus forte aussi présente-t-il l’examen d’entrée au prestigieux Actor’s Studio où il échoue. Cependant, il y est remarqué par… Charles Laughton, celui-là même qu’il vénérait sur grand écran quelques années auparavant. Laughton le prend sous son aile et le fait entrer au cours Berghof où il enseigne. Rapidement, Pacino apprend les rudiments de la comédie et se retrouve très vite sur les planches de théâtre. Il enchaîne les pièces avec chaque fois un rôle plus important et obtient, en 1964, le rôle principal, à Broadway, de la pièce «Hello, out there» de Wiliam Saroyan. Ensuite, il joue «The Indians want the Bronx» pour laquelle il est récompensé d’un Obie, un prix équivalent aux Oscars pour le théâtre…

Grands rôles et mauvais choix…

Ce succès mérité lui ouvre enfin les portes de l’Actor’s Studio où il rencontre Dustin Hoffman et Robert de Niro et suit l’enseignement du fameux Lee Strasberg qui a formé les plus grands acteurs du cinéma américain. Al Pacino doit attendre 1969 pour être au générique de son premier film : «Me, Natalie» de Fred Coe. Parallèlement, il poursuit sa carrière théâtrale. Il ne faut que trois films à Pacino pour exploser et montrer au monde entier l’étendue de son talent… En 1972, «Le Parrain» lui ouvre les portes de la gloire internationale ! Il enchaîne alors avec quatre films de très haut vol et qui restent aujourd’hui encore des grands classiques américains : «L’épouvantail» (Jerry Schatzberg, 1973), l’exceptionnel «Serpico» (Sidney Lumet, 1973), «Le Parrain, 2è partie» (Francis Ford Coppola, 1974) et «Un après-midi de chien» (Sidney Lumet, 1975). Dès lors, Pacino fait partie du gratin du cinéma américain. Il est l’une des références principales de cet art outre-Atlantique ! Son talent est partout reconnu ; en 1974 il est déclaré Meilleur Acteur International par la British Academy of Arts…

Est-ce cette réussite qui va perturber ses choix et son appréciation des scénarii qui lui sont proposés ? Toujours est-il qu’il va commettre une série d’erreurs en refusant consécutivement plusieurs rôles qui pourtant marqueront les esprits. Ainsi, Pacino refuse de jouer dans «Kramer vs Kramer» (1978), «Apocalypse Now» (1979)* et «Les Moissons du Ciel» (1979). C’est trois films seront des succès pour le plus grand bonheur de Dustin Hoffman, Martin Sheen et Richard Gere qui prendront respectivement les rôles refusés par Pacino ! Al Pacino tourne, dans le même temps, avec des réalisateurs prestigieux comme Norman Jewison ou Sidney Pollack mais avec moins de bonheur. Si seulement il n’avait pas refusé ces trois rôles… aujourd’hui il serait probablement considéré comme le plus grand acteurs américain de tous les temps ! C’est Brian de Palma qui va lui permettre de revenir, une première fois, au firmament ; il lui offre le rôle de Tony Montana dans «Scarface» (1983). Pacino y est excellent dans un nouveau rôle de mafieux. Mais le bide – et le mot est faible ! – de «Revolution (Hugh Hudson, 1985) ramène Al Pacino à la réalité hollywoodienne : on est bien peu de choses dans ce monde quand le succès est moins présent ! Pendant ce temps, ses amis Robert de Niro – avec des films comme «Raging Bull» (Martin Scorsese, 1981), «Il était une fois en Amérique» (Sergio Leone, 1984), «Brazil» (Terry Gilliam, 1985) ou «Les Incorruptibles» (Brian de Palma, 1987) – et Dustin Hoffman – dans «Tootsie» (Sydney Pollack, 1982), «Mort d’un commis voyageur» (Volker Schlöndorff, 1985) ou «Rain Man» (Barry Levinson, 1988) – écrasent les années ’80 de leur présence !

Et Michael Corleone réapparut !

Pour sa part, Al Pacino joue dans des films moyens, sans grand succès ! Et puis, Francis Ford Coppola frappe à sa porte pour lui proposer de réendosser, 16 ans après, le rôle de Michael Corleone pour la troisième partie du Parrain… Ce rôle de Corleone qui lui colle décidément à la peau va réellement impulser un souffle nouveau dans le parcours cinématographique de Pacino. Il enchaîne à nouveau les grands rôles : «Frankie & Johnny » (Garry Marshall, 1991), «Glengary Glen Ross» (James Foley, 1992), «Le temps d’un week-end» (Martin Brest, 1992) dans lequel il compose un militaire aveugle et irascible qui va être confié, un week-end durant, à la garde de son neveu (Oscar pour ce rôle), «Carlito’s Way» (Brian de Palma, 1993) ou encore le fabuleux «Heat» (Michael Mann, 1995) dans lequel il retrouve son ami de Niro pour un face à face qui touche au sublime !

Désormais, Al Pacino est définitivement installé sur le piédestal du cinéma ! Il a marqué de son empreinte le 7è art et les plus grands réalisateurs se bousculent à sa porte. Oliver Stone le dirigera dans «L’enfer du dimanche» (1999) tandis que Mike Newell fera de lui le Lefty de «Donnie Brasco» (1997) et que Michael Radford lui donne le rôle d’un vieil usurier juif dans Le Marchand de Venise (2004), une adaptation plutôt réussie de la pièce de Shakespeare… Al Pacino c’est un acteur immense qui, au même titre que Marlon Brando, parvient à faire oublier l’acteur qui se cache derrière le rôle qu’il interprète. Pacino donne tant de poids à ses personnages que le spectateur en oublie qu’il ne s’agit que de fiction pour en arriver à croire que Michael Corleone, Vincent Hannah, Lefty Ruggiero, Lion ou Frank Serpico sont bien réels et face à lui ! Pacino incarne un cinéma qui a quasiment disparu, le vrai cinéma, celui qui repose sur le talent de l’acteur et non pas sur une kyrielle d’effets spéciaux… Un cinéma qui vient des tripes de ceux qui le font, réalisateurs, scénaristes, compositeurs et acteurs. Un cinéma d’Hommes et non pas de machines ou d’informatique à outrance… Quiconque n’a pas vu jouer Al Pacino ne peut pas prétendre qu’il connaît le cinéma ; celui qui affirme ne pas apprécier le jeu d’Al Pacino ne peut pas prétendre aimer le cinéma !

Sources :
 * www.allocine.fr
 * www.ecrannoir.fr
 * www.the-movie-times.com

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* le rôle du Capitaine Willard semblait être maudit puisque, après Pacino, Steve McQueen le refusa aussi. Il échoit alors à Harvey Keitel qui n’est pas assez crédible pour Francis Ford Coppola qui choisit donc de le remplacer par Martin Sheen… qui fera une crise cardiaque sur le plateau retardant ainsi de plusieurs semaines le tournage !!!

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 09:20

Il y a 61 ans, Julien Lahaut était assassiné

Illustration : la tombe de J. Lahaut, à Seraing

lahaut.jpgPour une grande frange de la population belge, Julien Lahaut, Président du Parti Communiste assassiné le 18 août 1950, reste l’homme qui clama sa conviction républicaine lors de la prestation de serment du Roi Baudouin 1er quelques jours avant de tomber sous des balles encore anonymes aujourd’hui. C’est oublier que Lahaut fut, avant tout, un homme de lutte, un partisan du monde ouvrier, un défenseur de la nation belge et un ennemi du fascisme…

Pour les ouvriers, contre les fascistes

Ouvrier métallurgiste dès 14 ans, il s’implique dans le mouvement syndical quatre ans plus tard, en 1902, ce qui lui vaudra de prendre une part active dans la grève de 1902 qui touche la métallurgie liégeoise et… d’être Licencié ! Embauché à la cristallerie du Val Saint-Lambert, il crée alors, avec Joseph Bondas, le syndicat Relève-Toi, ancêtre de la Centrale . Lorsque éclate la Grande Guerre, il est envoyé, comme engagé volontaire, sur le Front de l’Est. Il y restera jusqu’en 1918 et assistera à un événement qui va le marquer à jamais : la révolution bolchevique d’octobre 1917. Abreuvé des idéaux communistes, il entend créer un parti politique avec des fondements similaires. C’est le Parti Ouvrier Belge (POB) qui est porté, si j’ose écrire, sur les fonts baptismaux. Lahaut affilie son parti à la Troisième Internationale de Lénine. Et notre homme de poursuivre politiquement son combat syndical pour l’obtention de meilleures conditions de travail et des augmentations salariales pour le monde ouvrier belge. Il rejoint le Parti Communiste Belge (PCB) en 1923 après avoir été éjecté du parti auquel il a donné le jour. Elu Député, il dirige aussi le quotidien La Voix du Peuple, devient Secrétaire-Général du PCB et milite dès l’aube des années trente contre la montée du fascisme et du nazisme. En 1932, il déchire, au Parlement, le drapeau nazi qu’il a arraché de sa hampe devant l’ambassade allemande, à Bruxelles… «Voilà ce que les travailleurs pensent du Fascisme quoi que vous tous, au Parlement, décidiez de faire» déclara-t-il à l’encontre d’une assemblée qu’il jugeait trop molle face à la montée du Nazisme. Résistant engagé durant le second conflit mondial, il contrecarre plusieurs projets du sinistre collaborateur Léon Degrelle avant de mobiliser tout le monde ouvrier liégeois pour la Grève des 100.000, en mai 1941. Lorsque Hitler lance son offensive contre l’URSS, cette même année, Lahaut est arrêté car Communiste. Il est déporté à Mauthausen où il passe quatre longues années. Revenu en Belgique, il est affaibli mais plus que jamais ses idéaux communistes sont la motivation qui le font tenir debout. Le PCB lui offre sa présidence en gage de reconnaissance et c’est avec cette casquette, mais aussi celle de Député qu’il possède toujours, qu’il vit la fameuse question royale qui divise la Belgique de l’immédiat après-guerre. Julien Lahaut est au faîte de l’action wallonne contre le retour aux affaires du Roi Léopold III et c’est lorsque Baudouin, fils de Léopold III, prête serment, le 11 août 1950, que le Président-Député du PCB crie, en même temps que d’autres élus de son parti, le fameux «Vive la République !». Une semaine plus tard, Lahaut est assassiné sur le seuil de sa maison, à Seraing…

Qui ? Pourquoi ?

Il avait certes joué un rôle prépondérant dans l’opposition au retour de Léopold III mais était-ce là une raison suffisante que pour l’abattre froidement ? A l’image du meurtre d’André Cools (en juillet 1991), celui de Lahaut doit probablement trouver son origine dans plusieurs dossiers. Lahaut, comme Cools était un homme qui dérangeait tant à gauche qu’à droite. Après tout, n’étaient-ils pas, autant l’un que l’autre, critiqués dans leur propre camp ? Lahaut fut même proprement viré du parti qu’il avait créé…  Il faut préciser, cependant, que durant cet été 1950, plusieurs dirigeants gauchistes reçoivent des lettres de menaces anonymes. On peut ajouter que, dans le même temps, plusieurs dirigeants communistes internationaux sont victimes de tentatives de meurtre ; Duclos en France et Togliatti en Italie notamment. Julien Lahaut était un homme de lutte et de caractère, malgré plusieurs écueils de taille (ndlr emprisonnement, déportation, tortures…), jamais il n’abandonna son idéal et, souvent, ses positions gênèrent. Son meurtre était-il symbolique ? En assassinant le militant ouvrier et antifasciste le plus en vue, n’était-ce pas tous les ouvriers et tous les opposants au fascisme que l’on blessait sérieusement ? La piste de l’extrême droite fut soulevée. On évoqua un mouvement anti-communiste appelé Paix et Liberté ainsi qu’un groupuscule nommé les Léopoldistes, catholiques d’extrême droite proches du souverain abdiqué… Huit années après les faits, le quotidien Le Peuple renforçait la piste extrême droitiste en publiant les déclarations d’un dénommé Emile Delcourt qui, lors de son procès pour détournement de fonds, tenta d’amadouer la justice en prétendant qu’il détenait des informations sur le meurtre de Lahaut. Selon Delcourt, un farouche partisan de la lutte anti-communiste soutenue en Europe par le Gouvernement américain (ndlr nous sommes alors en plein McCarthysme), l’argent utilisé pour payer le commando professionnel qui fit feu sur Julien Lahaut provenait d’un fonds pécuniaire de l’Eglise belge administré par un Cardinal bien connu à l’époque… Toujours selon Delcourt, l’objectif était prosaïquement de lutter contre le Communisme en éliminant l’un de ses piliers ! Il ajoutait que les tueurs étaient des professionnels d’origine corse et que le conducteur de la voiture qui devait leur permettre de fuir était un ancien soldat volontaire de la Légion SS Wallonie de Léon Degrelle…

Si la justice belge condamna bien Emile Delcourt à cinq années de prison pour détournement de fonds, jamais ses déclarations concernant le «Dossier Lahaut» de furent prisent en compte…

Aujourd’hui, soixante et un ans après, le meurtre de Julien Lahaut reste toujours anonyme ! Le Parti Communiste Belge a longtemps réclamé la mise en place d’une Commission parlementaire afin de tenter d’enfin faire la lumière sur les commanditaires de l’assassinat de Julien Lahaut. L’enquête est désormais rouverte grâce notamment à une souscription publique qui avait été lancée en novembre 2010…

Le plus joli portrait qu’il se puisse être fait de Julien Lahaut, c’est à un comte polonais qui partagea sa captivité à Mauthausen qu’on le doit. «C’est l’homme qui portait le soleil dans sa poche et qui en donnait un morceau à chacun» disait cet aristocrate. Belle apologie faite à un homme qui ne partageait pas les même idéaux mais bien la même geôle…

Sources :
* «Cent Wallons du siècle», publié par l’Institut Jules destrée, Charleroi, 1995
* http://www.resitances.be
* http://www.julienlahaut.be (site en flamand !!!)

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 20:52

Amy Winehouse est morte cette après-midi, elle rejoint le "club" Forever27...

 

winehouse.jpg"Ils ont voulu m'envoyer en désintox, j'ai dit non, non, non"(1), c'est avec ces paroles qu'Amy Winehouse était devenue mondialement célèbre. Des paroles plutôt prémonitoires : Winehouse ou l'histoire d'une chanteuse qui ne voulait pas s'en sortir, une chanteuse qui avait entamé, en 2005, un processus d'autodestruction un peu comme si elle voulait entrer dans la légende où l'attendait une illustrissime devancière, Janis Joplin. Voici quelques jours, nous évoquions ces icônes du rock, aux tendances autodestructrices, qui auront 27 ans à jamais; Jim Morisson, Jimi Hendrix, Brian Jones, Kurt Cobain et Janis Joplin auxquels il faut, désormais, ajouter Amy Winehouse(2). Comment ne pas établir un parallèle entre Janis Joplin et Amy Winehouse ? Une carrière très courte (mais plus riches d'albums pour Janis), un look tape-à-l'oeil, une voix exceptionnelle mais surtout très maîtrisée, des racines jazz et blues, une mort violente et prématurée... Deux destins précipités pour deux filles qui ont marqué leur époque musicale. Ouaip, c'est sûr, aujourd'hui Janis Joplin doit se sentir moins seule parmi les Forever27 !

Issue des quartiers populaires de Londres, Amy Winehouse baigne très tôt dans la musique. Après avoir tenté des études d'art dramatique au Sylvia Young Theatre School, dans le quartier londonien de Marylebone, elle entre à la BRIT school qui forme des artistes britanniques aux arts de la scène et du spectacle. En parallèle, elle est la chanteuse d'un petit groupe de jazz qui se produit dans divers endroits de la capitale anglaise. Son petit ami de l'époque envoie alors une démo à Island records; Simon Fuller, qui s'occupa des intérêts d'Annie Lennox (la chanteuse d'Eurythmics) et des Spice Girls, est séduit par la voix de cette jeune inconnue et lui signe un contrat. Le premier album d'Amy Winehouse, Frank, sort en octobre 2003, il est produit par Salaam Remi pour Island et reçoit un accueil très favorable. Les critiques sont dythirambiques, Amy Winehouse possède une voix soul et jazzy digne des plus grandes, on la compare même à Aretha Franklin, à Ella Fitzgerald ou à sarah Vaughan. Frank est rapidement disque d'or et les récompenses s'accumulent pour Winehouse mais elle n'est pas satisfaite car il y a trop d'interventions extérieures à son goût sur cette plaque. Certaines impositions faites par Island lui déplaisent et la chanteuse reste sans écrire la moindre chanson pendant près de dix-huit mois. C'est aussi à ce moment-là qu'elle entame sa descente aux enfers. En 2005, elle tombe en dépression et refuse, malgré l'insistance des pontes d'Island Records, de se faire soigner. Elle augmente - par provocation ? - sa consommation d'alcool et de drogue. Mais cette situation semble l'inspirer et elle écrit une chanson, Rehab, qui sera l'amorce d'un second album. Pour faire patienter un public qui s'intéresse de plus en plus à cette chanteuse hors normes, Island sort Rehab pour la diffusion radio au début de l'année 2006, Wake up Alone vient dans la foulée jusqu'à ce que l'album Back to Black (que l'on pourrait traduire par Retour vers l'Obscurité) sorte, en octobre 2006. Il s'agit là, assurément, d'une des meilleures productions musicales de ce début de 21è siècle. L'album est fortement orienté girl group, un style très en vogue dans les années '60, savant mélange de rhythm and blues(3), de doo-wop et de musique pop. L'album renverse tout sur son passage, conquiert l'Angleterre avant de s'en aller truster les récompenses dans toute l'Europe et aux Etats-Unis. Multiple disque d'or et de platine, Back to Black est une plaque écrite avec les trippes. Amy Winehouse y laisse transparaitre son mal-être personnel, ses relations tendues avec son mari Blake Fielder-Civil et ses problèmes judiciaires liés à la drogue.

Au plus le succès est là au plus la chanteuse s'enfonce dans son processus d'autodestruction. Il est rare de la voir sobre et ses prestations scéniques s'en ressentent. Plusieurs dates sont annulées et Winehouse reste quelques mois sans remonter sur scène. On ne la voit plus que dans les tabloïds, saoule à la sortie de bars ou de discothèques et même le nez dans le crack... On sait, à ce moment-là déja, qu'Amy Winehouse ne fera pas de vieux os. On la compare à Jim Morisson ou à Janis Joplin qui développait ce même mépris de la vie. A l'été 2008, des médecins lui décèle des signes d'emphysème et des problèmes d'arythmie cardiaque. Séjours hospitaliers et cures de repos loin de l'Angleterre se multiplient mais rien n'y fait. Si sa consommation de drogues diverses est à la baisse, celle d'alcool et de tabac reste linéaire... Récemment, Amy Winehouse était apparue complètement ivre, tenant à peine debout et oubliant ses paroles, lors d'un concert à Belgrade. Dans la foulée, son entourage avait annulé deux concerts à Istanbul et à Athènes à la fin du mois de juin dernier ainsi qu'une prestation au Festival de Nyon, en Suisse prévue aujourd'hui même.  Ses proches étaient plutôt alarmistes quant à son état de santé. Il y a trois jours, Amy Winehouse était apparue devant un public, celui de sa filleule Dionne Bromfield, une jeune chanteuse soul de 15 ans, lors du festival iTunes, à Londres. Ce jour-là, Winehouse semblait plutôt bien... Cette après-midi, elle a été retrouvée morte dans son appartement de Camden, dans le centre de Londres. Même si les causes officielles de son décès n'ont pas encore été confirmées, il semble qu'un abus d'alcool, de médicaments et/ou de drogues soit à l'origine de la mort d'Amy Winehouse.

Dépressive, peu sûre d'elle, probablement dépassée par son succès, accro à l'alcool et à la drogue... telle était Amy Winehouse. La chanteuse à la voix la plus formidable de ce début de 21è siècle est partie seule, comme elle avait vécu dans les abus de substances artificielles. Ce soir, je me demande jusqu'à quel point Amy Winehouse n'a pas été au bout de son processus, de façon volontaire, pour rejoindre le club fermé des icônes du rock mortes à 27 ans...

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(1) Rehab, sur l'album Back to black (2006)
(2) Et on peut encore ajouter Dave Alexander, le bassiste des Stooges, Pigpen Mckernan, le clavieriste de Grateful Dead, Alan Wilson, le guitariste et chanteur de Canned heat, ou l'exceptionnel guitariste de blues Robert Leroy Johnson qui sont tous morts à 27 ans...
(3) S'il vous plait, ne confondons pas le rhythm and blues américain des années '4à à '60, directement inspiré du gospel, du jazz et du blues et qui reposait sur une batterie, une guitare, un saxophone et un harmonica, avec ce R'n'B moderne qui repose tristement sur des claviers et des boites à rythme !

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 06:35

Il y a 20 ans, André Cools, Ministre d’Etat et homme fort du PS, était assassiné sur les hauteurs de Liège…


cools.jpgL’assassinat d’un homme politique de premier plan reste toujours un événement extraordinaire (ndlr au sens propre du terme, c’est à dire qui sort de l’ordinaire, qui n’est pas fréquent). Le 18 juillet 1991, André Cools était la seconde personnalité politique – 41 ans après Julien Lahaut – à tomber sous les balles. Vingt ans après cet assassinat, peut-être est il opportun de resituer un tant soit peu la personnalité d’André Cools ? Ministre d’Etat, Président de la Fédération Liégeoise du Parti Socialiste, Président national du Parti Socialiste, Bourgmestre de Flémalle, une commune ouvrière en périphérie de Liège, André Cools était un vrai cador de la politique. Sa personnalité, sa stature, son autorité naturelle et sa faconde en ont fait un homme à la fois respecté, craint et haï... Socialiste atavique, ses deux grands-pères étaient mineurs et ses parents s’occupaient de la Maison du Peuple de Flémalle. A cinq ans, il défile avec des milices socialistes contre fascisme et devient la mascotte de la fanfare ouvrière locale. Né le 1er août 1927 dans un creuset ouvrier, il en restera imprégné toute sa vie durant. Bon élève, il interrompt pourtant ses études au terme du niveau secondaire même s’il s’essaya à l’université dans les facultés de médecine et de droit, mais sans grand succès et surtout sans grande passion... Une des blessures de son adolescence reste l’exécution, à Mauthausen, de son père qui fut déporté pendant la seconde guerre mondiale...

Il entre dans la vie professionnelle comme receveur à la Commission d’Assistance Publique (ndlr ancêtre du Centre Publique d’Aide Sociale, CPAS, d’aujourd’hui), en 1948. Depuis tout petit, il baigne dans la révolte, du sang d’ouvrier coule dans ses veines. C’est donc le plus normalement du monde qu’il milite au PSB, le Parti Socialiste Belge. Il s’engage dans des combats sociaux aux côtés de personnalités comme Freddy Terwagne, Jacques Yerna et, surtout, le syndicaliste André Renard avec qui il partage bien plus qu’un prénom... Son charisme et sa disponibilité lui permettent de décrocher un premier mandat, en 1958 il devient Député. Mais déjà se profile à l’horizon les événements de 1960 ; la grève générale qui paralyse toute la Belgique durant l’hiver. En cause, la Loi Unique proposée par le gouvernement chrétien/libéral et la situation socio-économique précaire due, en grande partie, au malaise dans les charbonnages du pays... Là encore, André Cools s’investit, donne de sa personne pour faire entendre la voix de son parti. En 1964, il est plébiscité par les Flémallois et devient Bourgmestre de sa bonne ville, il le restera pendant 25 ans... Quatre année plus tard, alors que la Belgique de déchire de plus en plus pour des questions linguistiques, André Cools devient Ministre du Budget ; il accède même à la fonction de Vice-Premier Ministre en 1969.

En 1973, Edmond Leburton délaisse la Présidence du PSB pour occuper un très éphémère siège de Premier Ministre. André Cools saisit l’opportunité pour endosser la présidence, conjointement avec le flamand Karel Van Miert, de son parti. Mais les années ’70 sont difficiles ! Les finances publiques sont au plus bas ce qui débouche sur une instabilité gouvernementale notoire. Cools se fait l’apôtre de l’austérité, mesure difficile à assumer s’il en est pour un homme politique, ce qui lui vaut des affrontements verbaux aussi fréquents qu’homériques avec les syndicats de gauche. En outre, la crise économique crée des dissensions importantes entre socialistes wallons et flamands. Ces tensions vont jusqu'à une scission, en 1978, du PS en deux partis socialistes : le PS (Parti Socialiste) francophone, et le SP (Socialistische Partij), néerlandophone. André Cools devient alors le premier Président des Socialistes wallons ! Mais, à l’aube des années ’80, la conjoncture ne lui plus vraiment favorable. La situation catastrophique de la sidérurgie belge - ajoutée à l’affrontement qui avait opposé Cools au syndicat socialiste dans la décennie précédente - a entamé sérieusement les relations avec les autres composantes de la gauche francophone. «Le Maître de Flémalle» est bientôt minorisé dans son parti et il en cède les rênes de la présidence à Guy Spitaels, son antithèse politique...

André Cools endosse alors la Présidence du Conseil Régional Wallon d’une Belgique plus que jamais divisée politiquement et géographiquement. Parallèlement, il reçoit le titre honorifique de Ministre d’Etat. Cependant, il faut avouer que ces deux casquettes ressemblent fort à une semi-retraite politique. La crise politique qui touche la Belgique en 1987 le sort de sa léthargie. André Cools voit là une occasion de remettre le PS au pouvoir après des années de gouvernement catholico-libéral... A côté de cela, une guerre intestine mine fortement la Fédération liégeoise du Parti Socialiste à laquelle appartient André Cools. Les clans se forment et la fédération se divise... Battu lors de l’élection pour la présidence de cette entité, Cools accepte alors le maroquin ministériel des Pouvoirs locaux, des Travaux subsidiés et de l’Eau au niveau régional. Désormais, il consacre son énergie à travailler pour la Wallonie uniquement. Symboliquement, le 1er mai 1990, il cède ce portefeuille à celui qu’il voit comme son fils spirituel, Alain Vanderbiest, pour se consacrer à l’administration de plusieurs grosses sociétés liégeoise, Meusinvest, Neos et, surtout, la SMAP. Un beau matin du mois de juillet 1991, alors qu’il sort, avec celle-ci, de l’appartement de sa compagne sur les hauteurs de Liège, il est froidement abattu par deux tueurs à gages. C’est le début d’un dossier politico-judiciaire platement intitulé «Le Dossier Cools»...

Homme fort, ivre de pouvoir mais au grand cœur ; tribun exceptionnel à la métaphore aisée et au verbe tonitruant ; boulimique de travail ; revanchard et haineux mais attaquant toujours de face... tel était André Cools, adulé ou détesté ! Plus détesté qu’adulé semble témoigner la fin peu enviable que lui ont réservé certains !

Sources :
- http ://www.ps.be
- http ://wwwlalibre.be
- http ://www.lesoir.be
- http ://www.monarchie.be
- http ://www.wallonie-en-ligne.net

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 11:49

Par un bel été de 1965, sur la plage de Venice, en Californie, deux jeunes types en décalage avec la société américaine jettent, sans le savoir, les bases d'un mythe… The Doors !

doors.jpg"You know the day destroys the night
Night divided the day
Tried to run,
Tried to hide
Break on through to the other side
Break on through to the other side…
"


James Douglas Morrison était né le 8 décembre 1943. Fils d'un officier Marine, son enfance a été baladée entre différentes villes de garnison où son père était caserné. Rapidement, les tensions surgissent entre le jeune Jim et son paternel. Il les supporte en s'enfermant seul pour lire de la poésie et développe un culte pour Arthur Rimbaud, mais à 19 ans, au temr de ce qu’il peut endurer, Jim décide de quitter l'université de Tallahassee, en Floride, pour aller étudier le cinéma à la prestigieuse UCLA, à Los Angeles. Il s’agit de mettre le plus de distance possible entre lui et sa famille. Nous sommes en 1964 ! A cette époque, la majorité des étudiants en art et techniques cinématographiques visent un job lucratif dans l'industrie hollywoodienne. Un petit groupe d'étudiants s'isole de ce concept, parmi eux, Jim Morrison et Ray Manzarek. En complément de ses études, Jim Morrison apprend seul, à la bibliothèque d' UCLA, le théâtre grec et romain ainsi que les folklores, légendes et rituels religieux. En juin 1965, Jim Morrison obtient son diplôme en défendant une thèse sur l'Esthétique cinématographique. Cette thèse sera d'ailleurs publiée sous le titre "The Lords : Notes on Vision"… Avec ce précieux sésame en poche, Morrison veut s'installer à New York et devenir cinéaste, promouvoir un cinéma expérimental et surréaliste…

En attendant, il squattérise des bâtiments commerciaux abandonnés en bordure de Venice Beach. Sur les toits, il écrit une multitude de vers. Il s'aperçoit rapidement que ceux-ci prennent plus de profondeur et d'intensité encore s'il les mets en musique… Sur la plage, devant son squat, Jim Morrison rencontre Ray Manzarek, son ex-condisciple. Ray est pianiste de formation et rapidement, avec les mots de Jim, les deux amis décident de créer un groupe.

The Doors of Perception

"Si les portes de la perception étaient lavées, chaque chose apparaîtrait telle qu'elle est, infinie", cette pensée du poète William Blake hante l'esprit de Morrison. Un essai de l'écrivain anglais Aldous Huxley intitulé "The Doors of Perception" dans lequel l'auteur raconte ses expériences avec les drogues psychédéliques le fascine. The Doors of Perception, ce sera le nom du groupe… C'est un peut long ! The Doors suffira… ce nom est une porte ouverte sur bien des choses, en somme. Jim Morrison et Ray Manzarek vivotent quelques temps d'abord dans le groupe d'un des frères de Manzarek, The Ravens. Mais rapidement, The Doors se complètent avec le guitariste Robbie Krieger et le batteur John Densmore. Celui-ci est influencé par les rythmes chamanistes et ne refuse pas les expériences nouvelles. Krieger est, pour sa part, un guitariste exceptionnel qui joue tout, du flamenco au blues en passant par le rock et le classique… Mais il est aussi doué d'écriture. C'est lui qui amène deux titres "Love me two times" et surtout le fabuleux "Light my Fire"… Le groupe est lancé, il décolle et montera jusqu'en 1971 !

Les albums se suivent, The Doors est une véritable machine de studio et un remarquable groupe de scène. Jim Morrison va parfois trop loin mais les autres membres du groupe lui pardonnent tout car le comportement du chanteur devient la marque de fabrique du groupe et ouvre le chemin vers la gloire.
A partir de 1967, les succès s'enchaînent "The End", "Break on through", "Alabama Song", "When the music's over", "Touch me", "Love Street"… Hélas, les incartades des Jim Morrison commencent à lasser Ray Manzarek. D'autant qu'elles coûtent au groupe certains contrats. En 1969, les organisateurs de Woodstock oublient ainsi d'inviter les Doors… Morrison puise de plus en plus son inspiration dans l'alcool et les acides. Malgré quelques opus remarquables comme "Shaman's Blues", "Waiting for the sun" ou "Roadhouse Blues", le groupe se désagrège lentement. En mars 1971, Jim Morrison jette l'éponge. Il en a assez de cette vie, il veut se consacrer uniquement à l'écriture et à la poésie. Pour cela, il décide de se rapprocher de son icône, Arthur Rimbaud. Morrison s'exile à Paris où il s'installe, avec sa femme Pamela, dans le 4è arrondissement. Quelques semaines plus tard, en avril 1971, sort le dernier album des Doors, "L.A. Woman" qui contient, notamment, le fabuleux "Riders on the Storm", sept minutes jouissives de l'univers des Doors…

Le 3 juillet 1971, Pamela retrouve Jim Morrison mort dans sa baignoire; crise cardiaque concluront les médecins… Depuis, le mythe Morrison s'est amplifié. Il suffit de faire un détour par le Père Lachaise, à Paris, pour s'en rendre compte. Le 3 juillet 2001, jour du 30è anniversaire de la mort du leader des Doors, plus de 50.000 personnes sont allées sur sa tombe. Ce qui fait d'ailleurs dire à Ray Manzarek que "Jim est le 4è monument le plus visité de Paris…" Dix ans plus tard, les choses n’ont pas changé, ce sont encore des milliers de personnes qui viendront saluer Jim !

Le site officiel The Doors

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