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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 10:56

Pierre Richard fête son 79è anniversaire aujourd’hui. Portrait d’un doux rêveur qui fait tâche dans le cinéma français !

pierrerichard.jpgQuand le Distrait se fait discret et que j’entends qu’il est un acteur fini, la moutarde me monte au nez. Qu’il soit le jouet d’une société qu’il a tant critiquée, soit ! Mais ce serait oublier qu’il fut la coqueluche d’une génération dont je fais partie, le chien fou du cinéma français des années ‘70 et qu’après son passage à vide il aurait pu aller droit dans le mur… Mais dans le showbiz actuel, véritable cavale des fous, il a refait surface abritant un réel talent d’acteur derrière le paravent de la distance qu’il a su conserver d’avec son métier d’acteur. Franchement, c’était le retour du grand blond qui n’était jamais vraiment parti ; avec lui, on aura tout vu
Pierre Richard est un des piliers de la comédie à la française ! Certes, le Grand Blond n’a pas fait que des chefs-d’œuvre, loin s’en faut… Je dirais même qu’aucun de ses films n’est un sommet cinématographique mais au travers de ses personnages timides, distraits, pacifistes et rêveurs, il aura traversé les années ’70 et leur cortège de crises sociales et de phénomènes sociétaux… Car les films de Richard – dont il fut pour la plupart autant producteur et réalisateur qu’acteur – sont fréquemment porteurs d’un message sous-jacent. Ainsi, dans Je ne sais rien mais je dirais tout (1973), il aborde les ventes d’armes à tout vent tandis que Le distrait (1970), son premier film en tant que réalisateur, il évoque l’influence de la publicité de plus en plus présente au quotidien à l’aube des années ’70. Dans Le Jouet, (1976) réalisé par Francis Veber, c’est la puissance des hommes d’affaire à la tête de holdings et la pauvreté de leur vie privée que Pierre Richard aborde. Thème qu’il reprend quelques années plus tard avec On peut toujours rêver (1991)… Les faux-semblants et la starisation des masses, déjà, sont les thèmes porteurs de Je suis timide mais je me soigne (1978).

Du Distrait à Six pieds sur terre, 40 ans d’une carrière pas banale

C’est comme membre de la troupe de danse de Maurice Béjart que Pierre Defays débute dans la vie artistique. Il apprend la chorégraphie et se servira de cette technique de composition de mouvements dansés pour donner du poids à plusieurs de ses personnages. Issu d’une dynastie d’entrepreneurs qui espérait bien qu’il reprenne les affaires familiales, Pierre changera rapidement son patronyme pour devenir Pierre Richard. Contrairement à ce que beaucoup affirme, ce n’est pas dans le film d’Yves Robert, Alexandre le Bienheureux (1967) que Pierre Richard fera ses débuts cinématographiques. Que nenni ! Avant cet excellent film dans lequel Philippe Noiret élève la paresse au rang d’un art, Pierre Richard était apparu dans Le monocle Noir (1961, Georges Lautner), Le chien fou (1966, Eddy Matalon) et Un idiot à Paris (1967, Serge Korber)… Certes, de petits rôles à chaque fois mais il n’était pas beaucoup plus à l’honneur dans le film d’Yves Robert. Ce dernier comptera beaucoup dans la carrière de Richard. C’est en effet à Yves Robert que l’on doit les deux épisodes du Grand Blond qui s’inscrivent comme deux références dans la filmographie de Pierre Richard.

La critique d’une société de consommation trop envahissante sera donc le cheval de bataille de Pierre Richard dans les seventies. Mais, l’acteur s’embourgeoise un tantinet durant la décennie suivante. Francis Veber, dont on connaît l’intérêt pour les duos que tout oppose, l’associe à Gérard Depardieu dans La Chèvre (1981) qui connaît un énorme succès fort duquel Veber unira encore les deux hommes pour deux autres productions, Les Compères (1983) et Les Fugitifs (1986), qui ne restent pas comme d’immenses films mais qui rencontreront également un succès populaire appréciable. On ne peut que constater un tournant dans la carrière de Pierre Richard, celui-ci survient dans la seconde partie des années ’80. Dès lors, Pierre Richard se fait plus rare au cinéma. C’est qu’il vient de franchir le cap de la cinquantaine (ndlr il est né à l’été 1934) et que son personnage fétiche devient plutôt dur à assumer ! Lui qui apparaît dans une trentaine de films entre 1966 et 1986 ne se montre que dans une petite dizaine de productions durant la décennie suivante. Mais il choisit des rôles plus profond comme celui du pasteur dans La partie d’échecs (1993, Yves Hanchar) ou celui d’un cuisinier slave dans Les mille et une recettes d’un cuisinier amoureux (1996, Nana Djordajdze) ce qui ne constitue pas, pour autant, la garantie que ce soit de bons rôles !

Son étoile a faibli au firmament du cinéma français, beaucoup voit en lui un has-been ! Lui aussi peut-être lorsqu’il réalise, en 1997, Droit dans le mur dans lequel il s’érige en vieil acteur comique sur le retour qui galère et cherche le rôle qui pourra relancer sa carrière ! Ce film – que j’ai personnellement beaucoup apprécié – ne rencontre pas le succès escompté et durant six ans(1), Pierre Richard se fait rare au cinéma se consacrant plutôt au théâtre mais c’est la télévision qui va le révéler à nouveau au grand public. En 2001, il entre dans la peau de Vitalis pour l’adaptation, par France 2, du roman Sans Famille d’Hector Malot. Deux ans plus tard, il est un excellent Robinson Crusoé dans une autre adaptation romanesque… Ces deux performances lui ouvrent, à nouveau, les portes du cinéma. Il apparaît dans Mariée mais pas trop (2003, Catherine Corsini) aux côtés d’Emilie Dequenne et, surtout, de Jane Birkin qu’il retrouve trente ans après déjà avoir partagé l’affiche ensemble dans deux films de Claude Zidi…

Pierre Richard est à nouveau en haut de l’affiche ! En 2004, il attend le déluge dans un film plutôt grave et lourd de Damien Odoul avant d’endosser, l’année suivante, le costume du vieux hippie dans Le cactus de Gérard Bitton. En 2006 le Vieux Blond reçoit un César d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière avant de reprendre de façon régulière les chemins des plateaux de tournage. Depuis 2005, Pierre Richard tourne un film par an, ni plus ni moins, histoire de conserver un pied dans le cinéma et de démontrer qu’un acteur n’est pas fini dans la septantaine… A côté du grand écran, de la télévision ou du théâtre, Richard s’est diversifié pour se faire plaisir. Ainsi est-il devenu, depuis 1986, vigneron et produit-il quelque 80.000 bouteilles de vin rouge et rosé du Languedoc-Roussillon baptisé Château Bel Evêque et situé dans l’Aude près de Gruissan.

J’ai toujours eu un faible pour cet acteur hors du commun, pour sa façon d’être et de vivre aussi car Pierre Richard c’est un peu le marginal du cinéma français. Pas très friand des cérémonies, très avares de confidences sur sa vie privée, ayant vécu pendant des années sur une péniche amarrée en bord de Seine et fana de randonnées avec chiens de traîneau au Canada ou de trekking dans l’Himalaya., grand amateur de vin, amateur de bonne chair, il fait tâche dans le paysage cinématographique français de ces trente dernières années. Il est, comme il l’a si joliment écrit, dans le monde du showbiz comme «un poisson sans eau»…

Filmographie complète de Pierre Richard

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(1) à l’exception d’une apparition dans le film «L’été de mes 27 baisers» de Nana Djordajdze en 2000

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 18:19

Antoni Gaudi aurait eu 161 ans aujourd'hui...

gaudi.jpgCe n’est évidemment qu’un avis personnel - qui est quand même celui auquel je me réfère lorsqu’il s’agit de faire valoir mes goûts ou mes idées -, mais Antoni Gaudi est le plus grand architecte de tous les temps
Il est, en tous, cas le plus génial... Bien sûr lorsque l’on évoque Gaudi, on pense à Barcelone et il me faut avouer que le sentiment très fort que j’éprouve pour l’œuvre du bâtisseur catalan est intimement liée à cette ville chère à mon cœur. Mais compte non tenu de cette considération géographique et sentimentale, il reste une œuvre magistrale imprégnée de génie, de vision, de mysticisme et de folie créatrice ! Né avec l’été de 1852, à Riudoms en province de Tarragone à quelques encablures de Barcelone, Antoni Gaudi se destine très tôt à l’architecture. Après quelques études scientifiques, il entre, en 1873, à l’Ecole Provinciale d’Architecture de Barcelone d’où il sort nanti du précieux sésame qui lui ouvre la voie de sa passion, cinq ans plus tard. Il est alors âgé de 26 ans et entre en formation chez Josep Fontsere I Mestres à qui l’on doit, notamment, le premier plan urbanistique que la ville de Lérida (ndlr Lleida en Catalan), en 1865. Fontsere I Mestres est chargé d’aménager le Parc de la Ciutadella, en plein cœur de Barcelone, et Gaudi collabore à ce projet d’envergure avec son Maître. Le chantier durera 45 ans, de 1877 à 1922, il permettra surtout à Antoni Gaudi de se faire un nom. En parallèle, il signe seul ses premières réalisations modestes : des réverbères. Gaudi est un touche à tout, il dessine les plans de bâtiments ou d’espaces publics comme il réalise les schémas d’objets de la vie courante, de meubles... avec pour fil conducteur l’Art Déco, l’Art Nouveau et le Modernisme dont il est un des chantres incontestés. Bien qu’il ait exporté son talent vers d’autres provinces ibères, la majeure partie de l’œuvre gaudienne se trouve à Barcelone. La raison principale en est purement économique. En effet, Gaudi a bénéficié d’une situation florissante en Catalogne à la fin du 19è siècle. Sous le patronage d’une classe moyenne et d’une bourgeoisie puissante, Barcelone va connaître un fort développement urbain appelé Renaixença. Cette Renaissance s’articule autour d’un rejet des règles traditionnelles pour laisser place à l’imagination, l’utopie, la fantaisie et la nature. Gaudi, qui s’érige alors en chef de file de l’architecture catalane, se voit confier une dizaine de missions de réaménagement. En outre, le Comte Eusebio Guell s’est pris d’admiration pour son travail. Dès 1885, ce dernier demande à Gaudi de réaliser, pour lui, une habitation hors du commun. Usant d’un savant mélange de marbre, de pierre, de fer forgé et de céramique, Gaudi réalise le Palau Guell (situé non loin des Ramblas dans la vieille ville de Barcelone) qui, s’il témoigne déjà d’un style propre, reste inspiré d’une architecture espagnole classique mâtinée d’inspiration mauresque...

Trencadis et fer forgé...

Le projet le plus fou de Gaudi est, assurément, le temple expiatoire de la Sagrada Familia (ndlr La Sainte Famille). Débutée en 1882, par un autre architecte, la majestueuse cathédrale est récupérée par Gaudi l’année suivante. Laissant libre cours à son génie, il imagine un édifice religieux à ciel ouvert - afin d’être plus proche de Dieu - fait de 18 tours (une pour chacun des 12 apôtres, quatre pour les évangiles, une pour la Vierge et la plus haute, qui culmine à 170 mètres, pour symboliser le Christ) et de quatre façades dédiées à des scènes précises de la bible comme la Nativité ou la Passion... Là encore Gaudi se laisse aller à mélanger divers styles ; le gothique qui seyait au temps des cathédrales, le romantique espagnol auxquels il adjoint des éléments cubistes et surréalistes. Les seize dernières années de la vie de Gaudi seront uniquement consacrées à ce temple qui représente, dans l’imaginaire collectif, l’œuvre majeure de l’architecte de Riudoms...

L’aube du 20è siècle est vouée à l’urbanisme de la ville de Barcelone. A la demande d’Eusebio Guell, Gaudi entame un parc, sur les hauteurs de Barcelone. Ce parc se voulait lieu social avec une vingtaine de logements et quelques commerces de proximité. Dans l’esprit de Guell, il est tout à fait imaginable de faire du social tout en préservant l’esthétisme... Elaboré entre 1900 et 1914, le parc ne sera jamais achevé faute de moyens financiers. Il reste, aujourd’hui le Parc Guell où trônent deux habitations, qui ressemblent aux maisons en pain d’épice d’Hansel et Gretel, des bancs serpentant véritable ode au trencadis - l’art de la mosaïque - et une salle hypostyle, qui devait servir d’agora, faite de cent colonnes sur lesquelles repose un plafond lui aussi recouvert de trencadis... Le Parc Guell est classé patrimoine historique par l’UNESCO !

A la même période,  plusieurs habitations privées signées Gaudi fleurissent dans la partie nouvelle de Barcelone ; La Pedrera (ou Casa Milà), la Casa Batllo, la Casa Viçens,... sont autant de chefs d’œuvres architecturaux qui font de Barcelone la perle de l’urbanisme moderne du 20è siècle. Gaudi y développe sont style fait de pierre, de fer forgé et de mosaïque. Si les formes ondulées de la Pedrera (sur le Passeig de Gracia) font de cet édifice un régal pour l’œil, la Casa Batllo est, sans conteste, la réalisation la plus remarquable du Maître catalan ! A la beauté des formes et à l’esthétisme des matériaux, Gaudi ajoute la touche de génie supplémentaire qui fait de cette maison un bâtiment largement en avance sur son temps. Meubles sculptés dans la masse, système d’air refroidi et renouvelé, vitrage à deux épaisseurs afin de protéger les locataires du bruit inhérent à la modernité grandissante émanant du Passeig de Gracia sur lequel la Casa Battlo est édifiée, de grands espaces intérieurs voués à la clarté... Tout ce que les designers d’aujourd’hui s’imaginent avoir inventé pour concevoir un aménagement intérieur de qualité...

A partir de 1910, Gaudi qui a assis sa renommée et acquit une fortune suffisante, n’entend plus se consacrer qu’à un seul projet : la Sagrada Familia. 28 ans après le début du chantier, les travaux sont loin, très loin, d’avoir pris une tournure définitive. Notre homme sait qu’il n’en verra d’ailleurs pas la fin ! D’autant moins que par un beau matin du mois de juin 1926, Antoni Gaudi est renversé par un tram. Il décédera quelques jours plus tard laissant à la postérité une œuvre formidable, unique et gravée à jamais dans l’esprit de Barcelone. Pendant près des cinquante années que dura sa carrière, Antoni Gaudi développa une vision de l’architecture qui ne se résumait pas à construire des murs et y poser un toit. Pour Gaudi, l’aménagement intérieur est forcément lié à la construction extérieure. L’un ne va pas sans l’autre, comment pourrait-il d’ailleurs en aller autrement, puisque toute construction fait un tout indissociable. Impensable pour Gaudi de voir l’aménagement intérieur d’un de ses édifices confié à quelqu’un qui aurait pu avoir une vision ou une interprétation différentes de la sienne. Ainsi pendant un demi-siècle, il aura fait appel à maints artisans catalans qui créeront meubles, pièces d’horlogerie, vaisselle, éléments de plomberie ou de menuiserie,... imaginés et dessinés par le Maître.

Beaucoup d’architectes de grand talent ont contribué au développement urbain des cités, parmi eux on peut citer Violet-Leduc, Le Corbusier, Horta, Buckminster-Fuller, Wright, Piano ou Niemeyer... mais tous sont supplantés par Antoni Gaudi qui a su marier une touche de folie et de mysticisme à son génie créatif !

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 09:32

Madiba est encore hospitalisé... Portrait d'une Homme au courage exceptionnel qui marqua le 20è siècle.

mandela.jpgLe symbole de la lutte contre l'Apartheid et ex-Président de l'Afrique du Sud est, à nouveau hospitalisé, c'est la troisième fois en quelques mois. Celui qui fut le prisonnier 46664 de l'île de Robben est de moins en moins vaillant mais il reste un des personnages les plus marquant du 20è siècle. S'il ne fait plus l'actualité pour son engagement politique courageux, il convient de ne pas oublier celui qui fut à l'origine de la chute du pire régime ségrégationniste du siècle passé ! Tous ceux qui se sont intéressé à l’Apartheid ou qui ont milité, avec leurs moyens, en faveur de l’abolition de ce régime ségrégationniste, la date du 11 février 1990 est gravée à l’esprit. C’est en effet ce jour là que Nelson Mandela fut libéré après 27 années de captivité politique inique. C’est le 12 juin 1964 que Nelson Mandela, leader du principal parti d’opposition au gouvernement afrikaners, est condamné à la prison à vie pour son activisme politique. Il était déjà, cependant, emprisonné depuis août 1962, date de son arrestation par la police sud-africaine bien aidée, il faut le souligner et/ou le rappeler, par la CIA. Au terme d’un procès qui dura huit mois, Mandela et d’autres militants de l’African National Congress (ANC) sont condamnés à la prison à vie aux motifs de sabotages, trahison et complots. Il rejoint la prison de Robben Island, au large du Cap où étaient entassés les opposants au régime d’Apartheid. A Robben Island, comme les autres prisonniers, Mandela est contraint aux travaux forcés, il travaille à l’extraction de la chaux dans la carrière de l’île. Là-bas, les conditions de vie sont des plus ardues. L’île ne compte aucun habitant, seul les prisonniers et leurs geôliers y vivent ce qui ouvre la porte à toutes les dérives autoritaires. Les prisonniers sont séparés par couleur de peau ; l’Apartheid sévit même jusqu’en prison ! Les Noirs recevant les plus petites rations de nourriture et d’eau… Nelson Mandela émarge à la catégorie dite D, c'est-à-dire la plus basses classe. Il n’a droit qu’à une visite et un courrier tous les six mois. Et encore, la visite se fait sous très haute surveillance et la lettre est soumise à la censure… Après sept années de travaux forcés dans la carrière de chaux, Mandela est transféré vers une autre activité forcée, le ramassage du guano, destiné aux engrais, sur les plages de Robben Island. Cela lui permet de voir ainsi la mer et Le Cap et l’aide, dira-t-il, à tenir le coup.

L’emprisonnement de Nelson Mandela renforce cependant sa notoriété auprès de la population noire d’Afrique du Sud qui l’entrevoit, à l’aube des années ’70, comme une véritable icône de la lutte contre l’Apartheid. Progressivement, cette notoriété gagne du champ. Les conditions de détention du leader de l’ANC (ndlr déclaré hors la loi depuis 1960) sont connues dans toute l’Afrique avant de gagner l’Europe et même les Etats-Unis. Mais ces années ’70 sont aussi celles du durcissement de l’Apartheid. Les lois sont de plus en plus dures et la répression de plus en plus violente avec, en points d’orgue, le massacre de Soweto (16 juin 1976) et l’assassinat, en prison, de l’autre grand nom de l’ANC, Steve Biko (12 septembre 1977). Depuis sa geôle, Mandela conserve une énorme influence sur les actions de l’ANC aussi est-il placé en isolement complet. En 1979, le Président sud-africain, Pieter Botha, un nationaliste afrikaner convaincu, autorise Mandela à voir son épouse Winnie qu’il n’a pas pu voir depuis son incarcération quinze années plus tôt. Pour meubler le temps, Mandela suit, par correspondance et sous haute surveillance, des cours de l’Université de Londres. Il en sera d’ailleurs Bachelor of Laws (diplômé en droit).

Mars 1982, Mandela quitte Robben Island pour la prison de Pollsmoor, à l’intérieur des terres du Cap. Il semble que ce transfert ait été programmé par le Ministère de la Justice afin d’établir un contact plus facile avec Mandela et d’autres dirigeants de l’ANC emprisonnés. Botha entame un processus d’assouplissement de l’Apartheid ; il faut dire que la pression internationale devient de plus en plus forte et des embargos économiques se mettent en place. Progressivement, Pieter Botha prend des mesures qui adoucissent l’Apartheid : autorisation des syndicats noirs, réduction graduelle des inégalités salariales entre blancs, métis et noirs, abrogation de la loi interdisant les mariages mixtes et, surtout, suppression du fameux Pass Law Act qui date de 1952… En février 1985, alors que Mandela est emprisonné depuis 23 ans, Pieter Botha lui propose une libération conditionnelle. Les conditions : qu’il renonce à ses activités politiques et à toute forme de lutte armée. Mandela refuse car l’ANC est toujours prohibé et le principe du One man, one vote ! est loin d’être admis.

Le glas de l’Apartheid

La pression internationale s’intensifie avec le monde culturel qui entre en jeu. En 1985, Mandela est le premier lauréat du prix Ludovic-Trarieux pour son engagement en faveur des droits de l'homme ; en juin 1988 un concert exceptionnel est organisé à Wembley (Londres) pour fêter le 70è anniversaire du leader historique de l’ANC… Et il faut croire que la pression internationale, quelle soit politique, économique ou culturelle, a eu raison des dernières résistances de Botha. Le 7 décembre 1988, Nelson Mandela quitte Pollsmoor pour regagner, après 26 ans de prison, son domicile où il est assigné à résidence. Les conditions de détentions sont allégées mais il reste quand même privé de liberté.

L’arrivée au pouvoir de Frederik De Klerk, en 1989, sonne le glas de l’Apartheid. Mandela et De Klerk s’entendent pour négocier la fin réelle de l’Apartheid. En octobre de cette même année, Walter Sisulu, ami de Mandela qui avait été enfermé en même temps que lui est libéré. On devine la libération de Mandela Proche… Frederik De Klerk l’annonce lors d’un discours au Parlement en novembre 1989. Elle est effective le 11 février 1990 ! Cet événement majeur de l’histoire du 20è siècle est retransmis en direct dans le monde entier… L’ANC est, à nouveau, légalisé et le suffrage universel est instauré, chaque Sud-africain qu’il soit noir, blanc, métis ou asiate aura droit à un vote. Main dans la Main, Mandela et De Klerk vont travailler à la suppression de l’Apartheid. Ils parviendront à l’abolition totale de ce régime politique raciste le 30 juin 1991. Frederik de Klerk et Nelson Mandela recevront, conjointement à ce titre, le Prix Nobel de la Paix en 1993… L’année suivante, les premières élections ouvertes à tous voient la victoire de Nelson Mandela qui devient le premier Président noir de l’Afrique du Sud. L’hymne national est recomposé en fonction de la disparition de l’Apartheid et une nouvelle découpe des provinces est effectuée… Après 43 années d’existence officielle, l’Apartheid disparaissait mais c’est surtout plusieurs siècles de colonisation et d’exploitation qui disparaissait avec le système officiel

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 06:31

Portrait de Jerry Lewis, l’un des chantres de l’humour burlesque !

FamilyJewelsPosterBaja.JPGJerry Lewis, qui fête son 87è anniversaire aujourd’hui, est l’un des artistes comiques qui a le plus compté aux Etats-Unis, il est de la trempe de Chaplin, Keaton ou Brooks. Son faciès grimaçant et son humour déjanté n’ont jamais vraiment trouvé grâce aux yeux des critiques cinématographiques mais le public accrocha très tôt aux pitreries de Lewis. L’homme a toujours eu une relation privilégiée avec la France où il connut autant de succès, sinon plus, que dans son pays… Enfant de la balle, Joseph Levitch l’est assurément ! Né, en 1926, d’un père artiste de cabaret qui avait opté pour une américanisation de son patronyme – Levitch est devenu Lewis – et d’une musicienne, il ne pouvait pas faire autrement qu’abandonner rapidement l’école où il s’ennuie profondément pour se lancer sur les planches. Sa filiation lui permet de se produire sur scène, à l’âge de 15 ans, avec un spectacle intitulé «Record Act» dans lequel il mime les chanteurs en vogue alors avec en fond sonore les bandes sonores de leurs chansons… Le succès est immédiatement au rendez-vous ! Il faut dire que Jerry a passé des heures à étudier poses, postures et manies des Bing Crosby, Frank Sinatra et des autres vedettes de l’aube des années ’40.

 

Héritiers de Laurel & Hardy…

En 1946, le jeune Jerry Lewis fait une rencontre capitale. A Atlantic City où il se produit, il partage une chambre avec un chanteur d’une dizaine d’années plus âgé que lui ; Dean Martin. Les deux hommes s’entendent et décident de se produire ensemble, peut-être aussi pour limiter les frais au départ. Mais leur duo prend corps et séduit largement le public. Dean Martin est le séducteur sensuel, correct et bien dans sa peau ; Jerry Lewis est le brave garçon un peu stupide et maniaque qui colle aux basques de Martin… En quelques mois, le duo acquiert une renommée nationale. Ce n’est que logiquement qu’Hollywood les sollicite et, en 1949, Lewis et Martin sont à l’affiche de «My friend Irma» de George Marshall. Ils n’y jouent que des rôles secondaires mais ils ont mis le pied dans la grosse machine hollywoodienne. Il ne leur faut patienter que quelques mois pour obtenir la tête d’affiche de «At War with the Army» (1951 – Hal Walker). Ils tourneront ensemble, jusqu’en 1956, 16 films pour la Paramount qui ne peut que se frotter les mains d’avoir signé les deux comiques… En effet, chaque film déclenche une furie hystérique du public et est synonyme de bénéfices plantureux. Ils sont les nouveaux Laurel & Hardy !

Mais alors qu’ils sont au sommet de leur art, en 1956, les deux compères se séparent ! Des divergences de vue sont apparues entre eux. En réalité, Martin souffre de n’être que le numéro 2 du duo. En effet, Jerry Lewis supporte à lui seul la plus grosse partie du comique du duo ; il est simplement génial et Martin ne lui sert que de faire-valoir ! Pourtant, Jerry Lewis s’en est souvent défendu arguant du fait que l’humour de Dean Martin était supérieur au sien et que le public ne l’avait pas compris. Encore dans son livre «Dean et moi», paru en 2006, c’est la position qu’il défend. Dean Martin a aussi un sérieux problème d’alcool. Lewis le protège fréquemment en affirmant qu’il ne s’agit là que d’un air qu’il se donne pour apporter du poids à son personnage… Mais personne n’est réellement dupe ! Evidement, la séparation des deux hommes ne fait pas la joie de la Paramount. Ils valent alors 300 millions de dollars par film et ils ont encore un contrat de huit ans à honorer… Mais Martin parvient à convaincre les pontes de la Paramount de les libérer de leur duo.

Mieux que Chaplin ?

Lewis se lance alors seul dans l’aventure tandis que Martin rejoint Sinatra et Davis Jr pour former le fabuleux Rat Pack. Le problème de Dean Martin est là ; il a participé à de fabuleuses aventures artistiques mais il n’avait pas réellement le poids suffisant que pour être une vedette du calibre de Jerry Lewis ou de Frank Sinatra alors il se contenta de vivre dans leur ombre… Jerry Lewis endosse les casquettes de producteur, scénariste, réalisateur et acteur avec bonheur. Il enchaîne les films, réalise et interprète quelques-uns des grands classiques de l’humour burlesque : «The Ladies Man» (1961), «It’s only money» (1962), «The Nutty Professor» (1963), «The Family Jewels (1965) dans lequel il réussit la gageure de jouer sept rôles différents aussi comiques les uns que les autres, «Three on a couch» (1966)… Jean-Luc Goddard dira même de Lewis qu’il est «Supérieur à Chaplin et à Keaton» dans l’humour ! Mais l’humour de Jerry Lewis s’étiole, le public a changé et n’attend plus la même chose… Le burlesque n’est plus plébiscité, il faut dire que les Etats-Unis s’enlisent au Vietnam et qu’une génération de comiques plus acides voit le jour emmenée, notamment, par Lenny Bruce et Andy Kaufman (ndlr brillamment interprété par Jim Carrey dans le film de Milos Forman «Man on the Moon» en 1999) volontiers plus provocateurs que burlesques… Alors Jerry Lewis se fait plus rare tant sur scène qu’au cinéma. Il cherche à se renouveler et imagine le scénario d’un clown prisonnier dans un camp de concentration nazi et qui tente de faire oublier l’horreur des lieux à des enfants juifs en faisant le pitre… Malheureusement, pour de basses raisons financières, le film intitulé «The day the clown cried» («Le jour où le clown pleura») ne verra jamais le jour ! Si certains se demandent où Roberto Benigni puisa son inspiration pour réaliser son magnifique «La vita e bella», ils ne doivent pas chercher plus avant… Jerry Lewis doit patienter dix ans pour retrouver le succès avec «Hardly working» (1980) et ensuite «Smorgasbord» (1983). Mais son étoile est moins brillante et il est rattrapé par la maladie… Alors, il sélectionne ses apparitions et joue sous la direction de grands réalisateurs comme Scorsese («La Valse des Pantins») ou Kusturica («Arizona Dream») !

 

Lewis est l’un des plus grands comiques de toute l’histoire du cinéma et cependant, la société culturelle américaine n’a jamais voulu lui reconnaître ce titre comme elle le fit pour Chaplin, Lloyd ou Keaton… Aujourd’hui, Jerry Lewis poursuit son aventure sur scène et, malgré ses 80 ans (il les fête demain !), continue d’amuser un large public. Il est la source d’inspiration majeure d’acteurs comme Jim Carrey, Robin Williams ou Billy Crystal…

Père du Téléthon

Ce que l’on sait peut-être moins à propos de Jerry Lewis c’est qu’il est père d’un enfant myopathe et que cette maladie l’a touché au plus haut point. Aussi, en 1966 alors qu’il est au sommet de sa gloire et de sa fortune, décide-t-il de lancer une collecte de fond nationale pour aider la recherche scientifique sur la myopathie. Cette émission il la veut télévisée de manière à toucher le plus grand nombre possible de personnes à travers les USA. Cette émission sera baptisée Telethon et rapporte chaque année des millions de dollars. Elle a aussi fait des émules en Angleterre, en France et en Belgique…


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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:52

Il y a huit ans, la littérature contemporaine américaine perdait l'un de ses plus grands représentants…

Miller.jpgArthur Miller s’est éteint, le 10 février 2005, à l’âge respectable de 89 ans, des suites d’une pneumonie, alors qu’il souffrait également depuis plusieurs années de problèmes cardiaques et d’un cancer… Dramaturge immense, il avait débuté sa carrière littéraire en 1936, à l’âge de 21 ans et avait été couronné de plusieurs prix dont un Pulitzer, en 1953. Et pourtant, reflet d’une société où le people l’emporte sur la culture, c’est surtout pour avoir été le mari de Marilyn Monroe que beaucoup le gardent en mémoire… Issu d’une famille juive de New York, Arthur Miller voit le jour en octobre 1915. Artisan tailleur, son père est ruiné lors de la grande dépression qui touche les Etats-Unis en octobre 1929. Miller est alors à peine âgé de 14 ans. Passionné de littérature, il s’essaye à maints petits boulots afin de financer ses études. Il est plutôt brillant et c’est nanti d’une bourse qu’il entre à l’Université du Michigan où il est inscrit dans une troupe théâtrale. Le jeu d’acteur ne l’attire guère, c’est davantage l’écriture qui est son crédo. Alors, il rédige le scénario de plusieurs pièces de théâtre ; en 1936 «Honors at dawn» est produit et monté par l’Université du Michigan dont les autorités, qu’elles soient professorales ou académiques, ne peuvent que reconnaître le talent littéraire déjà bien présent du jeune Miller. Sorti des études en 1938, il travaille dans une usine new yorkaise mais sa plume lui permet également d’assurer un train de vie confortable. En effet, il vend des scénarios de feuilletons à la radio, à CBS et NBC notamment.


La guerre qui approche servira de détonateur à la carrière de dramaturge d’Arthur Miller. Une blessure sérieuse encourue en jouant au football lors de ses études l’exempte et de service militaire et du second conflit mondial. Miller passe alors ses heures de liberté à écrire une nouvelle pièce de théâtre qu’il rêve de monter à Broadway. En temps de guerre, les distractions sont rares ; ainsi la ligue de base-ball est suspendue car une majorité des joueurs a été incorporée et envoyée sur le front. Une ligue féminine est bien créée mais ce succédané ne remporte pas l’assentiment du public. Le théâtre est une éclaircie dans la grisaille pour la population dont un ou l’autre proche est au conflit. Dès lors, Miller n’éprouve pas de difficultés à adapter sa pièce. «L’homme qui avait toutes ses chances» se retrouve donc à l’affiche, à Broadway en 1944… Le succès est au rendez-vous ce qui permet à Miller de produire une nouvelle œuvre, «Tous mes fils» qui trouve, trois ans plus tard, également grâce auprès du public mais aussi des critiques. Miller reçoit, pour cette pièce, le Prix du Cercle des Critiques Dramatiques.

Parallèlement au théâtre, Miller rédige quelques nouvelles comme «L’histoire du G.I. Joe» (1944), qui rapporte la vie d’un militaire américain sur fond de guerre mondiale, ou «Focus» (1945) dans laquelle il évoque l’antisémitisme… Miller est marqué par la deuxième guerre mondiale. Il n’y a pas participé mais la déportation des juifs le touche forcément. Mais déjà il s’est attablé pour écrire un nouvel opus, «Death of a Salesman» («Mort d’un commis voyageur») qui est publié et adapté au théâtre en 1949. L’histoire est celle d’un représentant de commerce déclinant, usé par la vie que son patron va licencier pour cause d’un manque de chiffre… Adaptée deux fois au cinéma (en 1951 par Laszlo Benedek avec Frederich March et en 1985 par Volker Schlondorff avec Dustin Hoffman), la vision d’une vie monotone et vide de sens dictée par le travail et le pouvoir de l’argent telle que vue par Miller reste plus que jamais d’actualité même si la pièce est plus que cinquantenaire. Le trépas de ce voyageur de commerce apporte la reconnaissance internationale à Arthur Miller. Il reçoit le Prix Pulitzer et un second prix du Cercle des Critiques Dramatiques. Mais il faut croire que le talent et le succès gênent ! En effet, alors que pointent les années ’50, Miller va être taxé de communiste et victime du Maccarthysme… Il faut dire que ses écrits se veulent pourfendeurs de toutes formes d’oppression et qu’il prît part à quatre meetings littéraires organisés par des mouvements d’extrême gauche... D’aucuns ont interprété cela comme de l’antiaméricanisme primaire !

Miller réagit avec sa plume comme se doit de le faire un écrivain ! «Les Sorcières de Salem» (1953) dans lequel il évoque le procès de femmes jugées comme sorcières, en 1692, près de Boston est sa réponse. Cette œuvre est, inévitablement, une métaphore de la société américaine baignant dans la poursuite des communistes. La sorcière c’est Miller et le tribunal de Salem est forcément le maccarthysme… Après tout, cette doctrine n’était-elle pas aussi appelée «chasse aux sorcières» ? En 1956, Miller épouse la sublime Marilyn Monroe pour laquelle il écrit le scénario de «The Misfits Les Désaxés»), porté à l’écran, en 1960, par John Huston. Clark Gable y donne la réplique à Marilyn ; ce sera le dernier rôle de celui qui fut l’inoubliable Rhett Buttler !

Le couple Miller/Monroe ne résistera pas longtemps… Cinq ans à peine ! Devenu Président de l’organisation international PEN (ndlr La Plume) dont la vocation est de promouvoir la culture, la lecture et de défendre la liberté d’expression, Miller livre encore quelques morceaux d’anthologie de la littérature théâtrale américaine ; «Vu du Pont» (1955) dans lequel il évoque l’inceste, la jalousie et la trahison, «Après la chute» (1964) qui s’inspire largement de sa vie ou encore «Le dernier Yankee» (1990). Fait Docteur Honoraire en Lettre des Université d’Oxford et d’Harvard, Arthur Miller a défendu tout au long de sa vie un théâtre accessible à tous. Avocat littéraire de toutes les libertés il est un géant du théâtre contemporain; le regard qu’il posa sur la société du 20è siècle est celui que posèrent Molière et Voltaire sur leur époque !

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 10:39

Agatha Christie a atteint une qualité littéraire jamais égalée…


agatha.jpgHercule Poirot et Miss Marple sont planétairement connus et ils sont nés de la plume d’une des plus grandes dame de la littérature ; Agatha Christie ! 80 livres et pièces de théâtre traduits et vendus à plus de 100 millions d’exemplaires sur les cinq continents, une carrière longue de 56 ans entre «La mystérieuse affaire Styles» (1920) et «Sleeping Murder» (1976, publié de façon posthume), la dernière enquête de Madame Marple, une imagination débordante d’originalité et des récits raffinés… tel est en quelques mots brossé le portrait d’une formidable femme qui s’est imposé dans un genre alors plutôt réservé aux écrivains mâles : le roman policier ! Née d’un père américain et d’une mère anglaise dans le Devon, le 15 septembre 1890, Agatha Miller reçoit une éducation britannique très stricte et privée à domicile. En effet, ses parents refusent de la voir fréquenter un établissement scolaire aussi huppé soit-il. Le décès de Frederick Miller, son père, rapproche la jeune Agatha de sa maman. A 16 ans, elle décide quand même de quitter le doux nid familial pour aller à Paris où elle doit apprendre le chant et le piano. Assurément, elle est douée tant pour les vocalises que pour le clavier ébène et ivoire mais Agatha Miller présente une timidité maladive – probablement initiée par l’isolement dans lequel elle a grandi – qui l’empêche de s’exprimer devant un public, même restreint. Cette anxiété ruine tout espoir d’une carrière musicale qui semblait pourtant se dessiner. De retour en Angleterre, la jeune Miller doit se trouver un avenir. Elle s’engage dans un cursus d’infirmière et le premier conflit mondial qui se profile à l’horizon lui ouvre les portes de la profession. Lorsque les hostilités débutent, elle se fait engager comme infirmière. Agatha vient d’épouser un jeune homme de la middle class anglaise, Archibald Christie.

Pour meubler ses moments libres entre l’arrivée de blessés au front, Agatha écrit dans un petit cahier qui ne la quitte jamais. Elle couche diverses pensées et idées sur papier qui rapidement lui servent de base pour l’écriture d’une histoire policière complète qu’elle intitule «La mystérieuse affaire Styles». Son métier d’infirmière lui permet d’apprendre l’effet des drogues et des poisons ce qui lui servira plus tard dans ses récits. La guerre se termine et avec elle la carrière d’infirmière de celle qui est devenu Agatha Christie par mariage et maman d’une petite Roselind. Un pari avec sa sœur aînée va modifier la vie d’Agatha ! Celle-ci soutient que son histoire n’est pas assez bonne que pour trouver un éditeur mais sa sœur mise sur le contraire et remue le tout Londres littéraire pour remporter son défi… Et elle y parvient ! «La mystérieuse affaire Styles» est publiée et on y fait la connaissance d’un détective privé belge qui jalonnera la vie d’Agatha Christie de manière récurrente ; Hercule Poirot.

En treize années, la romancière publie huit récits policiers dans lesquels les petites cellules grises du détective belge font des merveilles pour résoudre les crimes les plus variés. Poirot et Christie grandissent ensemble dans l’univers littéraire britannique. Le principe développé par Agatha Christie est simple : un huis-clos ou interviennent un nombre déterminé de personnages, un meurtre et un mobile plausible pour chacun des personnages. Le jeu pour le lecteur consiste à essayer de deviner qui est l’assassin… Seul «Les quatre», écrit en 1927, ne repose pas sur cette base puisque les quatre criminels sont sus dès l’entame du livre… Cela passionne le grand public qui se prend d’amitié pour Hercule Poirot dont les manières continentales vont pourtant souvent à l’encontre du flegme anglais. En 1930, Hercule Poirot se voit confronter à une rivale de taille, Jane Marple une retraitée qui vit à Saint-Mary Mead (ndlr un village imaginaire) et dont le hobby est de résoudre en amateur des énigmes d’abord et des crimes ensuite…

C’est en 1934 que la renommée de la romancière va réellement exploser en dehors des frontières britanniques. Elle retrouve son détective fétiche - Poirot - et publie l’un de ses meilleurs opus, «Le crime de l’Orient Express» dont la trame s’inspire librement de l’enlèvement et de l’assassinat du bébé de l’aviateur Charles Lindbergh. Ce roman constitue l’une des références majeures lorsqu’il s’agit d’évoquer Agatha Christie mais aussi le roman policier dans son ensemble !

Au fil des années, le professionnel Poirot et l’amatrice Marple résoudront maintes énigmes et meurtres que les auteurs avaient pourtant imaginés parfaits ! Agatha Christie ajoutera un duo de détectives – Thomas Beresford, dit Tommy, et Prudence Cowley, dite Tuppence – qui reviendront dans cinq aventures. A ces personnages récurrents du monde Christien, il faut ajouter divers enquêteurs qui n’apparaîtront que le temps d’un roman…

Mary Westmacott, la rivale ?

Agatha Christie s’impose comme le chef de file du roman britannique de la première moitié du 20è siècle. Elle est la plus lue en tous cas et son univers littéraire séduit à grande échelle. Et pourtant, à l’aube des années trente, une rivale pointa le bout de sa plume. Avec «Le pain géant» et «Le mystérieux M. Quinn» (publiés en 1930), Mary Westmacott vient écrire sur les plates-bandes de la génitrice de Poirot. Voyant que sa rivale lui nuit, Agatha Christie décide de la supprimer… C’est d’autant plus facile que Mary Westmacott est Agatha Christie ! Ainsi la seule rivale possible pour Christie n’était qu’elle-même… Elle utilisera encore pourtant ce pseudonyme pour quatre romans publiés entre 1947 et 1956.

Parmi la centaine de récits – romans et nouvelles – imaginées par Agatha Christie et publiés dans quelque 80 ouvrages, on peut pointer une série de chefs d’œuvres de la littérature à l’image de «Le meurtre de Roger Ackroyd» (1926), «Les sept cadrans» (1929), «Miss Marple au club du mardi» (1932), «Le crime de l’Orient Express» (1934), «Mort sur le Nil» (1937), «Témoin Muet» (1937), «Dix petits nègres» (1939), «Cinq petits cochons» (1942), «Le Miroir se brisa» (1962) ou encore «Une mémoire d’éléphant» (1972)… Autant de récits qui sont passés dans la mémoire collective !

En 1971, Agatha Christie est anoblie par la Reine et devient Dame de l’Empire Britannique. Quatre ans plus tard, dans «Hercule Poirot quitte la scène», elle publie la mort de Poirot ! En effet, sentant sa fin proche – elle a 85 ans ! – Agatha Christie ne souhaite pas que son personnage fétiche soit repris lorsqu’elle aura disparu. Aussi décide-t-elle de le faire mourir dans une œuvre qu'elle avait déjà écrit en 1940, avec à l'esprit qu'aucun autre n'écrirait les aventures d'Hercule Poirot. Miss Marple, par contre, mènera sa dernière enquête sans pour autant connaître la fin tragique de Poirot… Agatha Christie s’éteint le 12 janvier 1976 laissant derrière elle une œuvre extraordinaire et une fortune colossale.

=> Site officiel d’Agatha Christie

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:08

Acteur unique, même s’il inspira d’autres acteurs immenses il ne fut jamais égalé…

brando.jpgTous les arts ont leurs génies ! Il en va du cinéma comme de la peinture, de la littérature, de la sculpture ou de la photographie. Dans le domaine de celui qui fut baptisé septième art, on trouve, derrière la caméra, des réalisateurs exceptionnels comme Coppola, Scorsese, Polanski, Burton, Kazan, Allen, Buñuel, Truffaut, Forman ou Spielberg… Devant la caméra, on retient usuellement les noms de Newman, McQueen, De Niro, Coburn, Nicholson, Noiret, Serrault, Hoffman ou Bette Davis et Meryll Streep… Mais le cinéma a engendré aussi quelques génies qui par leur jeu d’acteur ou leur mise en scène ont marqué à jamais l’histoire de cet art. Je range dans cette catégorie des gens comme Charlie Chaplin, évidemment, mais aussi Orson Welles, Federico Fellini, Ettore Scola, Billy Wilder ou encore Al Pacino, Katharine Hepburn, Patrick Dewaere et, à mes yeux, le maître ultime du jeu d’acteur : Marlon Brando ! S’il est un acteur impressionnant par la capacité qu’il avait à jouer un rôle c’est assurément Brando. On dit de grands acteurs qu’ils entrent dans la peau du personnage qu’ils interprètent, mais dans le cas de Brando c’est le personnage qui entrait en lui. Marlon Brando est, paraît-il, l’icône de l’érotisme au masculin dans le cinéma américain des années ’50 et ‘60, un peu comme Marilyn Monroe ou Jayne Mansfield en étaient les icônes féminines. Il est vrai qu’avec ses t-shirts moulants, déchirés ou trempés de sueurs, il apporte à l’écran une touche d’érotisme osée pour les années cinquante…

Mais Brando c’était autrement plus que l’image d’un sex-symbol ! Né en 1924 dans une famille modeste du Nebraska, il est envoyé dans une école militaire par ses parents qui voient là un moyen de se délester d’une bouche à nourrir. C’est dans cette école qu’il se rend compte que ses intérêts sont davantage théâtraux que martiaux. Aussi à 19 ans s’exile-t-il vers New York ou il espère monter sur scène. Sans formation, il parvient à se faire engager à Broadway pour tenir un rôle dans la pièce I remembre mama, probablement grâce à sa belle gueule… Il enchaîne avec quelques autres pièces et se fait remarquer par Elia Kazan qui, en 1947, monte la pièce de Tennessee Williams Un tramway nommé Désir. Pour Kazan, Brando est Stanley Kowalski, le personnage principal de la pièce, il dégage la sensualité décrite par Williams. La pièce est un succès, Marlon Brando est excellent et gagne ses galons d’acteur réputé à Broadway. Pendant quelques années il reste à l’affiche et ce n’est que logiquement que Fred Zinneman l’appelle pour faire ses grands débuts au cinéma dans C’étaient des hommes. Le film n’est pas impérissable mais offre à Brando un nouveau public. Lorsque Kazan décide d’adapter Un tramway nommé Désir au cinéma, il n’envisage pas une seule seconde de confier le rôle à quelqu’un d’autre que Marlon Brando. A l’écran, il est encore plus impressionnant qu’il n’était sur scène ; il n’est plus Brando il est Kowalski cet immigré polonais au geste brusque, presque barbare, et à la sensualité débordante. Ce film ouvre l’ère du sexe au cinéma…

Brando peut tout jouer !

Avec son second film, Viva Zapata, toujours signé Kazan, Brando obtient le Prix d’Interprétation Masculine à Cannes. Il fait d’ores et déjà figure de Grand d’Hollywood avec seulement deux films au compteur… Mais quels films ! Pour exacerber la rivalité entre Zapata (Marlon Brando) et son frère (Anthony Quinn), Elia Kazan dresse les deux acteurs l’un contre l’autre au point qu’ils se haïssent réellement. Au résultat, Brando obtient son prix à Cannes tandis que Quinn décroche l’Oscar du Second Rôle Masculin… Sans savoir que Kazan avait inventé les motifs de leur différent, les deux acteurs resteront fâchés plusieurs années. Marlon Brando enchaîne avec quelques films qui assoient son immense talent : L’équipée sauvage (1953, Lazlo Benedek), qui donne aux rockers de l’époque, Elvis en tête, leur look de rebelle jean’s et cuir noir, Sur les quais (1954, Elia Kazan), synonyme de premier Oscar pour Brando. Dans cet opus, Elia Kazan aborde la délation liée au Maccarthysme ambiant, un thème paradoxal pour ce réalisateur qui ne manqua pas de dénoncer certains de ses pairs… Kazan et Brando sont d’ailleurs en froid à cause du comportement du réalisateur durant la Chasse aux Sorcière du sénateur McCarthy. Mais Elia Kazan reste le réalisateur qui tire le mieux profit du jeu exceptionnel de Marlon Brando…

La réussite de Brando irrite à Hollywood d’autant qu’il ne dispose d’aucune formation même s’il fera, après avoir rencontré le succès, un passage par le fameux Actors Studio créé par Lee Strasberg et Elia Kazan. Beaucoup d’acteurs de l’époque ne voient en Brando qu’un beau gosse, sexy, nonchalant et marmonneur, incapable de jouer des grands textes. Aussi, lorsqu’il accepte le rôle de Marc-Antoine dans le film Jules César (1955) du prestigieux Joseph Mankiewicz, surprend-il tout le monde. D’aucuns y voient là la vanité d’un acteur qui va se planter mais Marlon Brando est proprement sublime. Il y tient un long monologue – le réquisitoire de Marc-Antoine – époustouflant. Le film est adapté de la pièce de William Shakespeare et Brando vient de prouver à l’envi, s’il en était besoin, sa capacité à soutenir des grands textes… Après Marc-Antoine, il entre dans la peau de Napoléon avant de surprendre à nouveau et d’apparaître dans une comédie musicale ; Blanches colombes et vilains messieurs (1955, Joseph Mankiewicz). Il a pour partenaire Frank Sinatra, les deux hommes ne s’apprécient pas vraiment mais Brando étonne The Voice en dansant et en chantant de façon convaincante. Ce sera la seule fois où il se livrera à ce double exercice durant toute sa carrière mais il était important de montrer qu’il pouvait aussi le faire… Brando peut tout faire, tout jouer ! Dans cette seconde moitié des fifties, il est la plus grande star mondiale du cinéma.

Boudé pour ses prises de positions

Les personnages qu’il joue habitent donc Brando. Lorsqu’il est Emiliano Zapata, on a l’impression que Brando est né Mexicain au Mexique. Dans The Teahouse of August Moon (1956, Daniel Mann), il doit jouer un Chinois, il devient Chinois ! L’illusion est si parfaite que ceux qui ne connaissent pas Brando aurait pu croire le rôle joué par un Chinois… Dans Le Bal des Maudits (1957, Edard Dmytryk), il campe un impressionnant officier nazi. Brando se tourne ensuite vers un genre qu’il n’a pas encore exploré, le western. Hollywood nage en pleine mode du film de cowboy et d’indien. Il réalise La vengeance aux deux visages, la seule fois qu’il passera derrière la caméra, avant de jouer dans la fabuleuse Poursuite impitoyable d’Arthur Penn. Nous sommes en plein cœur des années ’60 et Marlon Brando doit faire face à un problème physique important, il prend du poids. Il ne fait rien pour empêcher sa balance d’afficher toujours un peu plus de kilos mais son image de sex-symbol a tôt fait de s’effacer au profit de jeunes loups comme Steve McQueen, Robert Redford ou Paul Newman.

Malgré d’excellents films comme Les Révoltés du Bounty (1961, Lewis Milestone) ou Reflet dans un œil d’or (1967, John Huston) la carrière de Marlon Brando s’essouffle. En 1965, il tourne pourtant un film remarquable La comtesse de Hong Kong qui réunit trois monstres du cinéma américain un peu tombé en disgrâce ; Charlie Chaplin (qui réalise le film), Tippi Hedren et Marlon Brando. En outre, Brando s’est découvert un nouveau cheval de bataille, il entend lutter contre la vision restrictive et obtuse qu’Hollywood donne des indiens dans la majorité des westerns. Il s’est pris d’intérêt pour les peuples indiens s’insurge aussi contre le sort qui leur est réservé depuis un siècle par les autorités américaines. Ses prises de positions, sa surcharge pondérale et ses fréquents retards et colères sur les plateaux on fait de Brando un acteur plus tellement prisé.

1972, la Paramount demande à Sergio Léone d’adapter un roman de Mario Puzo mais le réalisateur italien refuse ne voyant pas l’intérêt du scénario. C’est Francis Ford Coppola qui est désigné pour le projet. Il accepte pour payer quelques dettes à la Warner Bros pour laquelle il avait produit le film THX1138 qui fut un bide total. Coppola réunit un jeune acteur venu du Théâtre, Al Pacino, ainsi que Marlon Brando pour tourner Le Parrain. «Jamais Brando ne fera ce film» affirment les pontes de la Paramount qui voulaient Laurence Olivier ou Ernst Borgnine pour jouer Don Vito Corleone, tout comme ils voulaient Warren Beatty, Martin Sheen ou Dustin Hoffman pour être Michael Corleone. Coppola arrive à imposer ses choix mais il ne dispose que de deux mois et de 6,5 millions de dollars pour mettre Le Parrain en boite. On sait ce qu’il en adviendra : le troisième meilleur film de tous les temps selon l’Américan Film Institute, un second Oscar pour Brando et une carrière exceptionnelle pour Pacino… Fidèle à ses convictions et probablement aussi pour emmerder la Paramount, Marlon Brando refusera son Oscar. Et pourtant, il la méritait cette récompense tant il est époustouflant dans le rôle du Don Corleone !

L’éloignement progressif…

Brando renoue ensuite avec l’importante part érotique de son personnage dans Dernier tango à Paris de Bertolucci avant d’être un remarquable tueur à gage dans Missouri Breaks où il engage un superbe duel d’acteur avec Jack Nicholson. Après une lucrative et courte participation à Superman (1977, Richard Donner), Brando entre dans la peau de Walter Kurtz, un colonel sadique et cruel de l’armée américaine qui, depuis le Cambodge, mène des expéditions sauvages contre les Vietcongs… «Apocalypse Now n’est pas un film sur le Vietnam… C’est le Vietnam ! C’est l'insanité, la griserie, l'horreur, la sensualité et le dilemme moral de la guerre la plus surréaliste et la plus cauchemardesque de l'Amérique déclara Coppola à propos de ce chef d’œuvre. Durant la décennie ’70, Brando tourna peu, tout au plus une demi-douzaine de films, mais parmi lesquels deux des plus grands films de l’histoire sous la houlette de Francis Ford Coppola… Avec la soixantaine qui approche, Brando prend du recul et s’isole sur une île dans le Pacifique d’où il ne sortira plus qu’à quelques reprises en échange de cachets mirobolants… Son dernier grand rôle, il l’obtiendra dans un très beau film de Jeremy Leven, en 1995, Dom Juan DeMarco dans lequel il interprète le psychiatre d’un Johnny Depp qui invente sa vie et ses conquêtes féminines.

Marlon Brando était un acteur hors norme, totalement imprévisible qui basait son jeu sur des émotions maximales et des effets (déplacements, mouvements,…) minimaux. Sa présence à l’écran, son regard puissant et explicite, sa voix nasillarde mais suave ont assuré un style unique. Par ailleurs, Brando développe une technique basée sur l’improvisation, sortant souvent du scénario pour restituer l’histoire à sa façon. Il met en exergue tous les aspects psychologiques des personnages qu’il interprète… Plusieurs générations d’acteurs, de McQueen à Nicolas Cage en passant par Al Pacino, Robert de Niro, Jack Nicholson, Harvey Keitel ou Dustin Hoffman, reconnaissent leur jeu influencé par celui de Brando. L’American Film Institute déclare Marlon Brando comme le quatrième plus grand acteur de tous les temps (derrière Humphrey Bogart, Cary Grant et James Stewart) mais avec cinq films (Le Parrain, Sur les Quais, Appocalypse Now, Un tramway nommé Désir et Les Révolté du Bounty) dans le top 100 des meilleurs films et deux de ses répliques dans le top 10 des meilleurs répliques du cinéma, toujours selon cet Institut, il me semble clairement que l’on peut qualifier Brando de meilleur acteur de tous les temps !

Il s’est éteint, presque solitaire, le 1er juillet 2004, il y a huit ans aujourd’hui…

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 15:16

Bob Dylan a été décoré de la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile américaine, par Barack Obama. Portrait de l’Homme au Tambourin...

 

dylan.jpgLe mythique Bob Dylan a été reçu hier à la Maison-Blanche par le Président Obama qui lui a remis la plus prestigieuse des décorations civiles américaine, le Médaille de la Liberté pour sa contribution à la culture américaine. ‘’Il n’y a pas plus grand géant dans toute l’Histoire de la musique américaine’’(1) a affirmé Barack Obama en passant la médaille autour du cou de Dylan. Rebelle, chanteur engagé, militant pacifiste et icône de la génération sixties, Dylan est une référence incontournable de la musique du 20è siècle mais l’artiste du Minnesota est avant tout un poète dont les textes de chansons sont étudiés, analysés et enseignés dans beaucoup d’écoles. Rappelez-vous, Esprits rebelles (1995 - John N. Smith), ce n’était pas que de la fiction. L’enseignante qui parvient à intéresser ses étudiants en leur faisant découvrir les écrits de Dylan dont le fameux Mr Tambourine Man... Bob Dylan est une icône du 20ème siècle, ses chansons, ses textes, font partie de la conscience et de la mémoire collective. Né au printemps 1941 ndlr il a fêté ses 71 ans la semaine passée), dans une famille immigrée d’Odessa, Robert Allen Zimmerman sait très tôt que son avenir sera musical. Il l’a décidé et il en sera ainsi. Ses influences sont Woody Guthrie, le très engagé politiquement guitariste folk, et Hank Williams, le chantre du honky tonk des années ’40. En 1962, Dylan publie un premier album qui ne reprend que des standards du blues et de la musique folk. Ces deux sonorités dirigeront l’entièreté de sa carrière. Freewheelin’ qui sort deux ans plus tard est le premier album personnel de Dylan. Il l’a écrit et composé et il contient déjà un bijou avec la chanson Blowin’ in the wind. En quelque cinquante années de carrière, Bob Dylan compose plus de 500 chansons qu’il répartit sur 34 albums studios. La mémoire collective en conserve d’aucuns plus que d’autres comme The Times they are changin’ (1964) qui contient la chanson éponyme mais aussi la splendide Ballad of Hollis Brown ; Highway 61 revisited (1965) dans lequel il offre Like a rolling stone ; Bring it all back home (1965) qui reprend le titre le plus populaire de Dylan, Mr Tambourine Man ou encore John Wesley Harding (1967) et Pat Garrett & Billy the Kid (1973) avec le splendide Knockin’ on heaven’s door...

Si dans sa jeunesse, Elvis Presley, Little Richard et Buddy Holly sont ses idoles, Bob Dylan est surtout fasciné par l’univers artistique et politique du musicien Woody Guthrie et celui de l’écrivain gallois Dylan Thomas à qui il emprunte son pseudonyme. Apôtre du blues et du folk, c’est pourtant le rock qui va faire du poète maudit une star de la musique rebelle de la période Vietnam. Le triptyque Bringin’ it all back home (1965), Highway 61 revisited (1965) et Blonde on blonde (1966) est considéré comme le sommet de la musique rock. 1965 est décidément l’année la plus faste de Dylan. A l’occasion d’une tournée en Angleterre, il rencontre les Beatles et les Rolling Stones Lennon, McCartney et Jaeger s’avouent impressionnés par le chanteur américain. La décennie suivante verra un Dylan se chercher spirituellement. Il décline ses albums tantôt sur le mode judaïque tantôt plutôt orientés vers le catholicisme. Certains textes contiennent même des paroles assez intégristes qui déçoivent plus d’un de ses fervents admirateurs. Paradoxalement, la carrière de Bob Dylan s’essouffle alors que celle d’artistes comme Bruce Springsteen, Tom Petty ou Dire Straits, qui se revendiquent tous comme les héritiers de Dylan, décolle. Mais il est vrai que pendant cette période plutôt noire, Dylan s’est éloigné de ses racines musicales... Il devra attendre les années ‘90 et une double collaboration avec Daniel Lanois - Oh Mercy (1989) et le très remarqué Time out of mind (1997) - pour se rapprocher de ses origines.

A 71 ans, du haut de ses 34 albums et 500 titres, Bob Dylan reste un personnage incontournable de la musique américaine. Toujours très impliqué socialement, il a décidé de reverser l’entièreté des bénéfices de son dernier album (Christmas in the Heart, 2009) à des associations qui donne à manger aux plus démunis. Dylan vit sur scène et en studio, c’est sa passion. Depuis trente ans, il a entamé une espèce de Never Ending Tour, une tournée éternelle, qui le mène aux quatre coins du monde où il se produit avec le même entrain qu’à ses plus beaux jours. Il ne se passe pas une semaine sans que Bob Dylan ne soit en concert quelque part dans le monde… Comme Molière, son rêve ultime serait de mourir sur scène ! Mais Dylan est surtout l’homme qui a révolutionné la musique populaire, il a influencé toute la culture américaine des années ’60 à nos jours. Par delà la musique, son influence toucha les milieux littéraires, cinématographiques, artistiques et même politique puisqu’il fut l’apôtre de la fameuse contreculture, ce mouvement contestataire qui naquit dans les années ’60 aux USA… Bob Dylan, par sa musique simple et ses textes pointus, a marqué de son empreinte la société de la seconde moitié du 20è siècle, il en fut l’un des personnages culturels majeurs. Mais il est aussi un des artistes les plus repris... Ainsi Blowin’ in the wind a été repris 375 fois, notamment par Elvis Presley, Joan Baez, Les Beatles ou Bruce Springsteen ; Don’t think twice, it’s allright a été décliné sous 217 versions ; Knockin’ on heaven’s door 150 fois dont par Eric Clapton, Guns and Roses, Nina Hagen ou Sister of Mercy ; All along the Watchtower est chantée par 144 artistes différents dont U2, Jimi Hendrix ou Neil Young...

Dix albums de Bob Dylan sont classés dans le top 100 des Meilleurs Albums de Tous les Temps édité par le magazine
Rolling Stone, la bible musicale du 20è siècle, et dont le classement a été établi par des musiciens et des critiques musicaux. Les albums Highway 61 revisited (4è) et Blonde on Blonde (9è) sont à compter parmi les dix meilleurs albums jamais enregistrés ! Par ailleurs, toujours selon le classement de Rolling Stone, la chanson Like a Rolling Stone, qui évoque le ressentiment amoureux d’une femme froide et prospère, est la Meilleure Chanson de tous les Temps ! En fait, Bob Dylan est le plus grand artiste musical du 20è siècle, cette évidence ne souffre d’aucune contradiction possible ! Musicien éclectique, parolier exceptionnel, apôtre de la non-violence, pacifiste convaincu, chanteur engagé, homme passionné, cicérone d’une génération musicale exceptionnelle… Dylan est, et restera à jamais, une référence inévitable !

www.bobdylan.com

 

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(1) Bob Dylan awarded Presidential Medal of Freedom, on rollingstone.com, 29 mai 2012

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 10:47

Ce n’est évidemment qu’un avis personnel - qui est quand même celui auquel je me réfère lorsqu’il s’agit de faire valoir mes goûts ou mes idées -, mais Antoni Gaudi est le plus grand architecte de tous les temps !


gaudi.jpgIl est, en tous, cas le plus génial...Bien sûr lorsque l’on évoque Gaudi, on pense à Barcelone et il me faut avouer que le sentiment très fort que j’éprouve pour l’œuvre du bâtisseur catalan est intimement liée à cette ville chère à mon cœur. Mais compte non tenu de cette considération géographique et sentimentale, il reste une œuvre magistrale imprégnée de génie, de vision, de mysticisme et de folie créatrice ! Né avec l’été de 1852, à Riudoms en province de Tarragone à quelques encablures de Barcelone, Antoni Gaudi se destine très tôt à l’architecture. Après quelques études scientifiques, il entre, en 1873, à l’Ecole Provinciale d’Architecture de Barcelone d’où il sort nanti du précieux sésame qui lui ouvre la voie de sa passion, cinq ans plus tard. Il est alors âgé de 26 ans et entre en formation chez Josep Fontsere I Mestres à qui l’on doit, notamment, le premier plan urbanistique que la ville de Lérida (ndlr Lleida en Catalan), en 1865. Fontsere I Mestres est chargé d’aménager le Parc de la Ciutadella, en plein cœur de Barcelone, et Gaudi collabore à ce projet d’envergure avec son Maître. Le chantier durera 45 ans, de 1877 à 1922, il permettra surtout à Antoni Gaudi de se faire un nom. En parallèle, il signe seul ses premières réalisations modestes : des réverbères. Gaudi est un touche à tout, il dessine les plans de bâtiments ou d’espaces publics comme il réalise les schémas d’objets de la vie courante, de meubles... avec pour fil conducteur l’Art Déco, l’Art Nouveau et le Modernisme dont il est un des chantres incontestés. Bien qu’il ait exporté son talent vers d’autres provinces ibères, la majeure partie de l’œuvre gaudienne se trouve à Barcelone. La raison principale en est purement économique. En effet, Gaudi a bénéficié d’une situation florissante en Catalogne à la fin du 19è siècle. Sous le patronage d’une classe moyenne et d’une bourgeoisie puissante, Barcelone va connaître un fort développement urbain appelé Renaixença. Cette Renaissance s’articule autour d’un rejet des règles traditionnelles pour laisser place à l’imagination, l’utopie, la fantaisie et la nature. Gaudi, qui s’érige alors en chef de file de l’architecture catalane, se voit confier une dizaine de missions de réaménagement. En outre, le Comte Eusebio Guell s’est pris d’admiration pour son travail. Dès 1885, ce dernier demande à Gaudi de réaliser, pour lui, une habitation hors du commun. Usant d’un savant mélange de marbre, de pierre, de fer forgé et de céramique, Gaudi réalise le Palau Guell (situé non loin des Ramblas dans la vieille ville de Barcelone) qui, s’il témoigne déjà d’un style propre, reste inspiré d’une architecture espagnole classique mâtinée d’inspiration mauresque...

Trencadis et fer forgé...

Le projet le plus fou de Gaudi est, assurément, le temple expiatoire de la Sagrada Familia (ndlr La Sainte Famille). Débutée en 1882, par un autre architecte, la majestueuse cathédrale est récupérée par Gaudi l’année suivante. Laissant libre cours à son génie, il imagine un édifice religieux à ciel ouvert - afin d’être plus proche de Dieu - fait de 18 tours (une pour chacun des 12 apôtres, quatre pour les évangiles, une pour la Vierge et la plus haute, qui culmine à 170 mètres, pour symboliser le Christ) et de quatre façades dédiées à des scènes précises de la bible comme la Nativité ou la Passion... Là encore Gaudi se laisse aller à mélanger divers styles ; le gothique qui seyait au temps des cathédrales, le romantique espagnol auxquels il adjoint des éléments cubistes et surréalistes. Les seize dernières années de la vie de Gaudi seront uniquement consacrées à ce temple qui représente, dans l’imaginaire collectif, l’œuvre majeure de l’architecte de Riudoms...

L’aube du 20è siècle est vouée à l’urbanisme de la ville de Barcelone. A la demande d’Eusebio Guell, Gaudi entame un parc, sur les hauteurs de Barcelone. Ce parc se voulait lieu social avec une vingtaine de logements et quelques commerces de proximité. Dans l’esprit de Guell, il est tout à fait imaginable de faire du social tout en préservant l’esthétisme... Elaboré entre 1900 et 1914, le parc ne sera jamais achevé faute de moyens financiers. Il reste, aujourd’hui le Parc Guell où trônent deux habitations, qui ressemblent aux maisons en pain d’épice d’Hansel et Gretel, des bancs serpentant véritable ode au trencadis - l’art de la mosaïque - et une salle hypostyle, qui devait servir d’agora, faite de cent colonnes sur lesquelles repose un plafond lui aussi recouvert de trencadis... Le Parc Guell est classé patrimoine historique par l’UNESCO !

A la même période,  plusieurs habitations privées signées Gaudi fleurissent dans la partie nouvelle de Barcelone ; La Pedrera (ou Casa Milà), la Casa Batllo, la Casa Viçens,... sont autant de chefs d’œuvres architecturaux qui font de Barcelone la perle de l’urbanisme moderne du 20è siècle. Gaudi y développe sont style fait de pierre, de fer forgé et de mosaïque. Si les formes ondulées de la Pedrera (sur le Passeig de Gracia) font de cet édifice un régal pour l’œil, la Casa Batllo est, sans conteste, la réalisation la plus remarquable du Maître catalan ! A la beauté des formes et à l’esthétisme des matériaux, Gaudi ajoute la touche de génie supplémentaire qui fait de cette maison un bâtiment largement en avance sur son temps. Meubles sculptés dans la masse, système d’air refroidi et renouvelé, vitrage à deux épaisseurs afin de protéger les locataires du bruit inhérent à la modernité grandissante émanant du Passeig de Gracia sur lequel la Casa Battlo est édifiée, de grands espaces intérieurs voués à la clarté... Tout ce que les designers d’aujourd’hui s’imaginent avoir inventé pour concevoir un aménagement intérieur de qualité...

A partir de 1910, Gaudi qui a assis sa renommée et acquit une fortune suffisante, n’entend plus se consacrer qu’à un seul projet : la Sagrada Familia. 28 ans après le début du chantier, les travaux sont loin, très loin, d’avoir pris une tournure définitive. Notre homme sait qu’il n’en verra d’ailleurs pas la fin ! D’autant moins que par un beau matin du mois de juin 1926, Antoni Gaudi est renversé par un tram. Il décédera quelques jours plus tard laissant à la postérité une œuvre formidable, unique et gravée à jamais dans l’esprit de Barcelone. Pendant près des cinquante années que dura sa carrière, Antoni Gaudi développa une vision de l’architecture qui ne se résumait pas à construire des murs et y poser un toit. Pour Gaudi, l’aménagement intérieur est forcément lié à la construction extérieure. L’un ne va pas sans l’autre, comment pourrait-il d’ailleurs en aller autrement, puisque toute construction fait un tout indissociable. Impensable pour Gaudi de voir l’aménagement intérieur d’un de ses édifices confié à quelqu’un qui aurait pu avoir une vision ou une interprétation différentes de la sienne. Ainsi pendant un demi-siècle, il aura fait appel à maints artisans catalans qui créeront meubles, pièces d’horlogerie, vaisselle, éléments de plomberie ou de menuiserie,... imaginés et dessinés par le Maître.

Beaucoup d’architectes de grand talent ont contribué au développement urbain des cités, parmi eux on peut citer Violet-Leduc, Le Corbusier, Horta, Buckminster-Fuller, Wright, Piano ou Niemeyer... mais tous sont supplantés par Antoni Gaudi qui a su marier une touche de folie et de mysticisme à son génie créatif !

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 16:32

Considéré comme l'un des plus grands artistes du 20è siècle, Antoni Tapiès est mort à Barcelone le 6 février dernier...

tapies.jpgL'information est passée quasiment inaperçue, Antoni Tapiès I Puig est mort voici quelques jours. Il s'agissait pourtant d'un artiste incontournable du siècle passé. Dadaïste, abstractionniste et chantre de l'Arte Povera (l'Art Pauvre), il fut exposé à New York, Paris, Londres, Washington, Tokyo, Madrid, Venise et Barcelone (évidemment) pour ne citer que quelques-unes des villes d'art dans lesquelles Tapiès laissa son empreinte. L'occasion est belle de revenir sur le parcours de cet artiste majeur. Fils de la bourgeoisie catalane, Tapiès était né à Barcelone le 12 décembre 1923 alors que l'Espagne s'installait dans la dictature monarchiste de Miguel Primo de Rivera. Fils d'avocat, il est contraint par son père de suivre la vocation familiale et, malgré un talent indéniable pour le dessin et la peinture, il s'engage dans un cursus de droit. Adolescent, il est victime d'une infection pulmonaire qui lui impose une longue convalescence pendant laquelle il développe sa technique de dessin. Il en profite aussi pour étudier la philosophie et le romantisme. La Guerre Civile espagnole (1936-1939) le marque pronfondément; Barcelone, sa ville, paye un lourd tribut à ce conflit fratricide. Tapiès découvre les instincts les plus vils de ses semblables. En parallèle à ses études de droits, il entre à l'Académie Valls où il perfectionne encore ses techniques artistiques. Nanti du précieux sésame juridique que lui avait imposé son père, Antoni Tapiès décide, en 1946, de se consacrer uniquement à la peinture. Il commence par peindre des reproductions d'oeuvres de Picasso et de Van Gogh avant de créer, en 1948 avec le poète Joan Brossa, le peintre Joan Ponç et le philosophe Arnau Puig, le groupe artistique Dau al Set (Les Dés sur Sept) proche du Dadaïsme. La revue éponyme voit rapidement le jour et s'impose dans les milieux surréalistes catalans. En 1949, une double rencontre va marquer la carrière de Tapiès; Paul Klee et Joan Miro exercent une influence indéniable sur le jeune peintre barcelonais.

1952, la 26è Biennale de Venise fait de Tapiès l'un de ses invités d'honneur, c'est le début de la reconnaissance internationale qui mènera l'artiste jusqu'au Etats-Unis où il expose à la Martha Jackson Gallery et dans d'autres endroits prestigieux. Tapiès s'initie à la sculpture et devient le théoricien de l'art catalan. Il fait d'ailleurs référence en la matière jusqu'à son décès. Antoni Tapiès est le premier a intégrer des matériaux dits pauvres (chiffons, sables, corde , goudron, morceaux vêtements...) à ses peintures, cette attitude donnera naissance à l'Arte Povera, en Italie en 1967. S'il n'est pas associé directement à la naissance de ce mouvement, Antoni Tapiès a fortement inspiré l'Arte Povera. Il traverse les courants artistiques prenant, ça et là, quelques éléménts du Pop-Art ou d'autres courants pour les intégrer à ses oeuvres.

A l'aube des années '80 Tapiès est mandaté par la Ville de Barcelone pour donner une nouvelle vie à la prestigieuse Casa Montaner I Simon (imaginée par Lluis Domenech I Montaner, l'autre grand architecte barcelonais avec Antoni Gaudi) dans le quartier de Gracia, non loin de la Casa Battlo. S'il conserve la façade de cette superbe maison bourgeoise, il y ajoute une sculpture monumentale faite de tubes d'aluminium et d'une toile d'acier qui représente des nimbes desquelles surgit un siège flottant dans les airs. Cette oeuvre est baptisée Nuages et Chaise et s'intègre parfaitement à la structure du bâtiment. La Maison Montaner I Simon deviendra, en 1984, la Fondation Tapiès dont l'objet est de favoriser l'étude et la compréhension de l'art contemporain.  L'oeuvre de Tapiès est marquée par sa passion pour les lacérations, il qualifie d'ailleurs ses réalisations de "champs de bataille où les blessures se multiplient à l'infini". Tapiès reproduit sur la grande majorité de ses oeuvres des éléments graphiques qui constituent une espèce de fil rouge de sa production artistique et qui créent un univers unique reposant sur un imaginaire ouvert dans lequel le spectateur projette sa propre vision. A l'opposé des peintres de la Renaissance qui définissaient leurs tableaux comme des fenêtres ouvertes par lesquelles on avait une vue sur le monde, Tapiès définit les siennes comme des murs sur lesquels sont peints des éléments dont le sujet principal se trouvera tantôt sur la toile tantôt dans l'esprit de celui qui la regarde... Fortement inspiré par l'oeuvre de Léonard de Vinci qu'il a étudié en profondeur, Tapiès aura fréquemment recours au fameux sfumato du Maître italien afin de donner de la profondeur à ses oeuvres.

Antoni Tapiès était également l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la pratique des arts, sur l'esthétisme dans l'art ou sur la réalité dans l'art. Aujourd'hui, ses oeuvres font parties des collections publiques du Musée Reine Sofia de Madrid, du Musée d'Art Contemporain de Los Angeles, de la Allbright-Knox Art Gallery de New York, du Stedelijk Museum d'Amsterdam ou de la Waddington Gallery de Londres et, bien entendu, de la Fondation Tapiès à Barcelone... Volontiers provocateur, diffuseur de messages politiques à travers ses oeuvres et anti-esthétique par nature, Antoni Tapiès était un artiste majeur incontournable de la seconde moitié du 20è siècle...

"Si je ne peux pas changer le monde, je désire au moins changer la manière dont les gens le regardent"
Antoni Tapiès

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