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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 10:44

Après 32 années de présentation de son Late Show, David Letterman prend sa retraite... au printemps 2015.

Il l'a annoncé voici quelques jours, David Letterman tire sa révérence. Il faut dire que son émission - The Late Show with David Letterman - commence sérieusement à avoir du plomb dans l'aile et que l'audience est en baisse depuis plusieurs mois. Après 32 ans(1), l'érosion est normale. Alors plutôt que voir son émission fétiche supprimée, Letterman a pris les devants en annonçant sa retraite. Celle-ci prendra cours en 2015, l'emission est donc encore assurée pour une petite année selon les dires de l'animateur. C'est une vraie révolution dans le paysage audiovisuel américain car David Letterman est une institution, son show diffusé en fin de soirée (23h30) réunissait en moyenne quelque 3,8 millions de téléspectateur. Le côté subversif et sarcastique de l'animateur conférait une unicité réelle au show. On regarde The Late Show with David Letterman dans l'espoir qu'il allume les invités avec son humour corrosif... Malgré cet humour qui  n'est pas le préféré des Américains, l'émission a fédéré un très large public jusqu'à ces derniers mois; de nombreux invités de prestige - y compris le Président Obama - n'ont pas hésité à risquer une participation. En 2001, Letterman fut le premier humoriste américain à prendre la parole après les attentats du WTC. Six jours après les faits, il s'en allait d'un long monologue marquant son incompréhension d'une telle aburdité humaine.

David Letterman a commencé par travailler en radio, juste après l'obtention de son diplôme en télécommunication de la Ball State University, dans l'Indiana. Il rejoint rapidement la chaine de télévision WTHR, à Indianapolis, pour y présenter la météo à laquelle il confère une toute nouvelle forme de présentation, plus dynamique, plus osée avec des touches d'humour décalé. Mais son envie est de vivre de l'humour est trop forte, alors il part pour la Californie où il se produit sur la scène du Comedy Store, une boite de nuit sur Sunset Boulevard. En parallèle, il se fait engager dans l'équipe de la sitcom Good Times, il en écrit une partie des dialogues. Au milieu des années '70, Los Angeles est un vivier de jeunes humoristes, parmi eux Billy Crystal, Jay Leno, Bob Sagget, Robin Williams ou Steve Martin pratiquent le stand-up avant de devenir les stars de l'humour que l'on connait. L'humour sarcastique de Letterman le fait repérer par Mary Tyler Moore dont la série cartonne sur CBS. Letterman enchaine avec de la figuration dans plusieurs séries à la mode comme Mork & Mindy (avec Robin Williams), notamment. Il se fait repérer par Johnny Carson qui anime la plus prestigieuse des émissions d'humour américaine, The Tonight Show, diffusée depuis 1954 sur NBC. Letterman y devient chroniqueur et puis co-présentateur mais il a surtout la révélation que c'est ce genre de projet qu'il veut porter.

NBC lui donne sa chance, en 1979, avec The David Letterman Show qui est diffusé en matinée mais le créneau n'est pas porteur pour l'humour. L'émission est pourtant très bonne, elle est récompensée par deux Grammy Awards mais faute d'audience, elle est supprimée à l'été 1980. Sous contrat avec NBC, Letterman n'apparait pourtant plus à l'antenne pendant près de deux ans. Il se produit sur diverses scènes, en stand up, mais plus en télévision. Le 1er février 1982, NBC le remet à l'antenne pour une émission d'une heure, en début de nuit, dans la foulée du Tonight Show de Johnny Carson. Late night with David Letterman trouve rapidement son public et présente des chiffres d'audience croissants. Les programmes de fin de soirée sur NBC sont donc rythmés par l'humour, de 23h00 à minuit avec Johnny Carson; de minuit à une heure avec David Letterman. Pendant dix, le concept va parfaitement fonctionner. NBC ne peut que se féliciter tant les audiences et les recettes publicitaires générées par les deux émissions sont élevées. Lorsque Johnny Carson annonce sa retraite, en 1992, il semble logique que David Letterman reprenne les rènes du Tonight Show (qui garde une audience un peu supérieur au Late Night)... Cependant, NBC mise sur Jay Leno qui remplaçait Carson à la présentation lorsque celui-ci ne pouvait assurer l'antenne. Letterman est profondément déçu d'être écarté (d'autant plus que Johnny Carson voyait aussi en lui son successeur et appuyait sa candidature auprès des dirigeants de NBC) aussi décide-t-il de quitter NBC pour CBS qui lui propose la tranche horaire 23h30/00h30 afin de concurrencer le Tonight Show de NBC.

Le 30 août 1993, The Late Show with David Letterman débarque donc sur CBS. Letterman a embarqué avec lui presque toute l'équipe qui participait au Late Night, scénariste, technicien, comédiens,... Par ailleurs, il négocie un contrat en béton qui lui assure la propriété entière du concept même si celui-ci est totalement financé par CBS. Ainsi, David Letterman s'offre une liberté totale de contenu. Pendant 16 ans, Jay Leno et David Letterman vont s'affronter dans une bataille d'émissions populaire. Leno gagne le match des audiences car il fédère près de cinq millions d'auditeurs pour un peu moins de quatre à Letterman. Mais ce dernier remporte les batailles de la popularité et du salaire, puisqu'il est classé chaque année devant Leno aux classements des animateurs et des humoristes préférés des Américains, ce qui lui garanti un salaire de 31 millions de dollars annuels versés par CBS. Le 1er juin 2009, Leno cède le témoin du Tonight Show à Conan O'Brien pour lancer The Jay Leno Show, en prime time. Mais le concept ne prend pas, à 21h00, les auditeurs américains préfèrent regarder des séries à la mode plutôt qu'une émission d'humour. Non seulement, The Jay Leno Show n'atteint pas les objectifs fixés mais, en outre, il prive le Tonight Show d'une partie de ces audiences car les téléspectateurs ne reviennent pas sur NBC pour suivre O'Brien... Donc, le 1er mars 2010, Leno revient à la présentation du Tonight Show après la suppression du Jay Leno Show.

Un ressort est cependant cassé car les audiences ne remontent pas, au contraire ! A la rentrée 2010, David Letterman passe en tête des audiences, pour  la première fois son émission détrône The Tonight Show... Pour la télévision américaine, c'est historique ! Désormais, David Letterman est le n° 1 partout : il est le plus regardé, le plus populaire auprès du public et le mieux payé des animateurs américains.

Ce 3 avril 2014, Letterman annonce donc qu'il prendra sa retraite au printemps 2015, à l'âge de 68 ans. CBS devra donc trouver un nouveau concept de talk-show pour pallier au départ de son animateur-vedette. Une page de l'histoire de la télévision américaine va se tourner... comme une s'était tournée, en février dernier, avec la retraite de Jay Leno.

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(1) onze années (1982-1993) sur NBC et vingt-deux sur (1993-2015) sur CBS

Une légende quitte le petit écran US
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 10:26

George Herman Ruth était l’un des plus grands joueurs de base-ball de tous les temps... Il fut la première vraie star du sport US.

Sport national au Etats-Unis, le base-ball reste beaucoup plus confidentiel de ce côté ci de l’Atlantique. Chez l’Oncle Sam, on commença à frapper la balle avec une batte dès avant la Guerre de Sécession (1861-1865). Certes, le jeu alors appelé Rounders n’en n’est qu’à ses balbutiements. Mais au fil du temps, il se développa pour devenir le sport national majeur, avec le foot US et le basket ball version NBA. Le base-ball a engendré ses légendes ; comment ne pas évoquer Lou Gehrig, Jackie Robinson, Ty Cobb, Joe Shoeless Jackson, Roger Maris, Willie Mays, Roberto Clemente ou l’immense Joe Di Maggio et plus proche de nous Barry Bonds... dont les noms résonnent même aux oreilles des plus profanes d’entre-nous. Batteur à la puissance exceptionnelle, George Babe Ruth fait aussi partie de la légende. Il se signala dès 1914 en Major League de base-ball, alors à peine âge de 19 ans, quand il signe son premier contrat professionnel avec les Boston Redsox après avoir joué quelques seamines en test ches les Orioles de Baltimore. Issu d’un orphelinat de la côte-est, cogner la balle est sa passion, il sait aussi que c’est l’unique opportunité pour lui de sortir de la misère qu’engendre sa condition d’enfant sans parents. George présente pourtant un physique qui est loin d’être celui d’un athlète, bambin il était petit et rondouillard mais, déjà, il frappait la balle avec une puissance bien au delà de la norme. Cette puissance lui permet d’intégrer une équipe professionnelle, d’échapper à la rue et à la délinquance. En effet, chenapan hors pair au caractère de cochon, George Ruth n’entendait en faire qu’à sa tête sans tenir comptes des règles édictées par la société qui le plaça dans un orphelinat infâme dès son plus jeune âge.

La nature l’a doté d’une force de frappe exceptionnelle et à la puberté il se développe de façon impressionnante. Adulte, il mesure 1,88 mètres et pèse 108kg. Grand et doté d’une force exceptionnelle, autant se servir de ces atouts ! Rapidement, les adversaires qui sont au gant savent qu’ils passeront un moment délicat lorsque celui que l’on surnomme, tantôt affectueusement tantôt ironiquement, Le Bébéest à la batte. Il reste cinq saisons chez les Redsox avant d’intégrer la plus prestigieuse équipe de ce début de siècle les Yankees de New York. Le montant du contrat racheté par les New-Yorkais se monte à 125.000 dollars soit une somme faramineuse pour l’époque. Mais l’investissement est rentable car Babe fait gagner plusieurs titres de champion consécutifs (ndlr aussi appelé World Series) à son équipe. En 1927, il établit un record fabuleux : 60 home runs - c’est à dire tour complet du circuit sans que la balle ne revienne dans les mains de l’adversaire - sur la saison. Ce record ne sera battu qu’en 1961 par Roger Maris qui en réalisa 61... La quasi totalité des homes runs de Ruth furent possible simplement parce qu’il avait frappé la balle en dehors des limites du terrain et qu’il était matériellement impossible à l’équipe adverse de la récupérer... En terme de pourcentage, George Ruth détient d’ailleurs toujours le record. 60 home runs équivalaient, en 1927, à 14% de tous les home runs réalisés sur la saison. Aujourd’hui, le batteur qui atteindrait 14% de l’ensemble de la saison devrait accomplir plus de 300 home runs !

Et des records, Babe en a trusté durant sa longue carrière. Il est, par exemple, un des deux seuls joueurs au monde à avoir réussi trois home runs dans la même partie... Il est le seul à avoir répété cet exploit à deux reprises. Il est nommé, toujours en 1927, «Héros national» pour son apport au base-ball. En 1936, il intègre le Baseball Hall of fame, tableau d’honneur des joueurs les plus prestigieux. Il réussira, au total, 714 home runs lors de sa carrière (il disputa 2503 partie soit une moyenne de 1 HR toutes les 3,5 parties !), record qui restera inégalé jusqu’en 1974. Ajoutons à cela tous les titres de World series qu’il emporta et les mentions de «Joueur de l’Année» qu’il collectionna...

A la fin de la saison 1934, George Ruth, qui mena une vie loin d’être celle à laquelle s’astreint un athlète de haut niveau, voit pourtant son physique décliner. Depuis quelques saisons déjà son salaire est annuellement revu à la baisse. Il décide donc de quitter les Yankees et de devenir manager d’une équipe. Il choisit les Braves de Boston, une équipe médiocre, mais son caractère ne colle pas avec celui des dirigeants alors, au bout d’une semaine, il démissionne. Après avoir passé 20 années au firmament du base-ball, il prend une retraite méritée. Ses records tombent lentement les uns après les autres mais George Babe Ruth restera à jamais gravé dans la légende du base-ball. Aujourd’hui, sur les 194 records qu’il décrocha dans sa carrière, 53 sont toujours en attente d’être battus… Fils de personne, il est devenu l’Empereur du Stade, celui devant lequel on s’incline, permettant entre 1920 et 1932, à son sport de prédilection de devenir aussi celui de toute l’Amérique. Il fut la première grande star de ce sport… peut-être même la première vraie star du sport américain ! Il fut, notamment, la première vedette à associer son nom et son image à un produit de consommation. C’était une barre de chocolat…

Lorsqu’en 1948 George Ruth s’éteignit des suites d’un cancer, la direction des New York Yankees décida de retirer, à tout jamais, la vareuse floquée n°3 que Babe avait rendue célèbre... Aucun autre joueur des Yankees n’aura jamais l’honneur de la porter !

En 1992, Arthur Hiller rend homage à George Ruth avec son excellent film Gentleman Babe, c’est John Goodman qui campe The Babe à l’écran… Une statue à son effigie se dresse fièrement dans Oriole Park, à Baltimore, où il était né en 1895.

 

The Babe
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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:25

Brian Johnson fait autant partie de la légende d’AC/DC que l’illustre Bon Scott !

acdc-copie-1.jpgA l’aube des années ’80, AC/DC est un groupe bien ancré dans l’univers du hard-rock dont il partage l’avant-scène avec Led Zeppelin, Motörhead, Van Halen et Scorpions tandis que WASP et Iron Maiden commencent à poindre. Créé en 1973, par les frères Young, AC/DC est surtout porté par le guitariste Angus Young et le chanteur Bon Scott qui avait rapidement remplacé le chanteur originel, Dave Evans. Si High Voltage (1974), le premier album n’a pas connu un très grand succès, les deux suivants TNT (1976) et Dirty deeds done dirt Cheap (1976) cartonnent tandis que Let there be rock (1977) avec des plages commes Whole Lotta Rosie ou Hell ain’t bad place to be installe AC/DC au panthéon du hard-rock. A l’été 1979, AC/DC sort un album qui contient des touches plus blues et qui parle de l’enfer, des femmes, de la mort et du sexe. Highway to Hell est considéré par beaucoup comme étant le meilleur album jusqu’alors produit par AC/DC. Bon Scott est au sommet et sa voix est pour beaucoup dans le succès du groupe… Higway to Hell squatte la première place des charts anglais, australien et américain pendant plusieurs semaines, et se vend à 25 millions d’exemplaires à travers le monde. La chanson éponyme est un savant mélange de blues et de hard-rock qui plait tant aux aficionados d’AC/DC qu’à ceux qui, jusque là, ne portaient pas forcément ce groupe dans leur cœur… Mais l’album sera aussi une autoroute vers l’enfer pour Bon Scott… Quelques mois plus tard, en février 1980 à Londres, après une soirée très arrosée le chanteur d’AC/DC meurt étouffé par ses vomissements à l’arrière d’une voiture. Hignway to Hell devient un album mythique car c’est le dernier enregistré par Bon Scott…

La mort de Scott est un coup dur pour AC/DC, il est même envisagé de dissoudre le groupe. Beaucoup de fans ne parviennent pas à imaginer une suite sans l’Osseux et pourtant, les frères Young veulent poursuivre. Angus se souvient d’un chanteur qui avait fortement marqué Bon Scott ; il s’appelle Brian Johnson et est le leader du groupe Georgie qui avait fait la première partie d’AC/DC quelques mois auparavant. Johnson passe une audition et sa voix rocailleuse et hurlante et son look débonnaire, casquette et chemise aux manches arrachées, plaisent aux Young qui l’engage en remplacement de leur chanteur disparu.

Succéder à Bon Scott ne sera pas chose aisée pour Brian Johnson. Les fans d’AC/DC l’attendent au tournant et rien ne lui sera pardonné aussi faut-il frapper un grand coup d’emblée. AC/DC retourne en studio pour produire une nouvelle plaque. En juillet 1980 sort Back in Black qui s’ouvre sur le son de cloche de Hell’s Bells. Clairement, c’est ce qu’AC/DC a fait de mieux sur l’ensemble de la carrière.
Back in Black est sublime et contient des perles comme You shook me all night long, Givin’ the dog a bone, Back in Black, bien entendu, et l’extraordinaire Hell’s Bells. 65 millions de disques se vendent sur les cinq continents et l’album est classé 73è au classement 500 Greatest Albums of All Times… Certes, les admirateurs purs et durs de Bon Scott y trouvent matière à critique mais il est indéniable que la transition entre Bon Scott et Brian Johnson est une réussite musicale et artistique. Désormais, Johnson sera la voix d’AC/DC, une voix reconnaissable entre toutes qu’il entretient à l’aide d’un paquet de clopes par jour, une voix si hurlante que le surnom de Screaming Cap - la Casquette Hurlante - est accolé à Brian Johnson… N’en déplaise à certains, aujourd’hui Brian Johnson est l’égal de Bon Scott dans la légende d’AC/DC et l’entendre hurler You shook me all night long ou reprendre Highway to Hell est un pur moment d’anthologie…

 

The Screaming Cap
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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 13:44

Gaston Lagaffe apparaissait pour la première fois, dans le Journal de Spirou, le 28 février 1957… m’enfin !

C’est l’histoire d’un employé de bureau indolent, paresseux, maladroit dont l’occupation principale consiste à fuir le travail. Qui aurait pu croire que ce personnage, antihéros type, serait l’un des personnages majeurs de la bande dessinée mondiale ? C’est probablement le collègue dont personne ne voudrait dans la réalité mais auquel on a aimé s’attacher sur papier glacé. Gaston (le nom Lagaffe ne lui sera accolé que plus tard) apparait donc à la rédaction du Journal Spirou, le 28 février 1957. Il a été engagé mais ne sait pas par qui ni pourquoi. En fait, Franquin créa le personnage sans but précis, juste pour illustrer la flemme qu’il ressentait à un moment donné. C’est Yvan Delporte, rédacteur en chef du Journal Spirou qui le baptise (du prénom d’un de ses amis très maladroit) et qui lui donne l’impulsion nécessaire pour faire son entrée dans le Journal de Spirou. Gaston sert, au début, à animer l’illustré, une case par semaine comme une espèce de respiration en deux séries habituelles.

 

S’il se présenta d’abord en costume avec un nœud papillon, il adoptera très vite un look négligé fait d’un jean, d’un pull vert trop court et d’espadrilles bleues usées. Pendant quelques temps, il aura une cigarette au bec mais Franquin la lui retire non pas pour une question de censure liée à la santé ou pour éviter les polémiques (ndlr comme ce fut le cas avec Lucky Luke) mais bien parce qu’il avait lui-même arrêté de fumer. Hormis le fait d’être un éternel maladroit, Gaston possède deux traits de caractère pour le moins particuliers. Il invente diverses choses plus loufoques l’une que l’autre (le Gaffophone, la machine à faire les nœuds de cravates, le side-car pour voiture, les espadrilles anti-verglas, le poil à gratter en spray, le pardessus à chauffage central incorporé…) qui ne fonctionne pas et qui sont autant de sources à gags. Il s’alimente de façon bizarre ; on peut dire qu’il est un des premiers accros à la junk-food puisque grand consommateurs de produits préparés et/ou en conserves (pilchards à l’huile, saucisses en boite,…) mais tente aussi de cuisiner des recettes de son cru comme les très improbables morue au fraises, huitres au chocolat ou cabillaud à l’ananas…

 

A l’image de Franquin, Gaston Lagaffe est un défenseur ardent de la cause animale, il s’entoure d’ailleurs au fur et mesure de la série de plusieurs animaux : un chat complètement dingue, une mouette rieuse, des souris et un poisson rouge. Une ménagerie qui ne fait pas toujours forcément… bon ménage ! Gaston s’entoure de quelques amis qui ont la même obsession de la fainéantise que lui comme Jules-de-chez-Smith-en-face, Bertrand Labévue, ou Manu. Sans être de vrais amis, des personnages comme Lebrac, le dessinateur de la rédaction, Prunelle, le chef de service, Raoul, l’employé de la reprographie, ou même fantasio, le rédacteur en chef, apprécient Lagaffe tandis que Monsieur Boulier, le comptable, Madame Molaire, la femme de ménage, Monsieur de Meesmaeker, l’homme d’affaire qui doit signer des contrats, ou l’agent de police Longtarin sont plutôt enclins à penser que Lagaffe est un nuisible qu’il faut éliminer… Et puis, il y a Mademoiselle Jeanne, l’archiviste totalement éprise de notre antihéros avec laquelle une relation sentimentale s’esquisse au fil du temps.

 

De la case hebdomadaire aux albums cartonnés…

 

A l’origine, Gaston n’est donc qu’un personnage de transition dans le Journal de Spirou. Il surgit du Diable-Vauvert sans trop que le lecteur sache pourquoi dans le n° 985. Au bout de quatre semaines de parution, un communiqué signé Fantasio est publié dans le Journal de Spirou : ‘’Attention ! Depuis quelques semaines, un personnage bizarre erre dans les pages du journal. Nous ignorons tout de lui. Nous savons simplement qu'il s'appelle Gaston. Tenez-le à l'œil ! Il m'a l'air d'un drôle de type’’ (Spirou 989, 28 mars 1957). Mais le personnage plait au public alors il passe d’une case hebdomadaire à une planche d’une demi-page. On lui confie plusieurs jobs (coursier à vélo, ouvrier aux rotatives…) mais dès le numéro 1000 du journal, le 13 juin 1957, il occupe une demi-planche. Il devra patienter jusqu’en septembre 1959 pour disposer d’une pleine page. L’année suivante, un premier album (ndlr plus tard numéroté zéro) est publié sur des chutes de papier au format italien (7 x 23 cm). Sobrement intitulé Gaston, il regroupe un florilège des meilleurs gags de Lagaffe depuis ses trois années de présence dans le Journal de Spirou.

 

En janvier 1963 sort un second album, Gala de gaffes, toujours au format italien. Suivent Gaffes à gogo (1964), Gaffes en gros (1965) et Gare aux gaffes (1966) qui, de façon très surprenante porte le n° 1 alors qu’il est le cinquième album chronologique. L’album Gaston sera alors numéroté zéro. Tous sont publiés au format italien. Ce n’est qu’à partir de l’album n° 6 (donc le septième en réalité… vous suivez ?), Des gaffes et des dégats (1968) que le format passera à l’A4 traditionnel. La série est définitivement lancée, d’autant plus qu’à la même époque, Franquin abandonne la série Spirou et Fantasio, reprise par Fournier. Franquin peut donc consacrer davantage de temps à Gaston Lagaffe dont il récupère l’entièreté de la création (ndlr il déléguait alors beaucoup à des collaborateurs comme Jidéhem, Roba ou Will). La série deviendra plus délirante à partir de 1970 avec l’apparition d’objets comme le gaffophone, le cosmo-coucou ou la machine à jouer au bilboquet mais aussi de personnage comme le chat ou la mouette. Fantasio disparait aussi de la série pour ne plus apparaitre que dans Spirou et Fantasio, c’est alors Prunelle qui endosse l’habit du rédac’ chef. Franquin introduit aussi massivement l’onomatopée dont le célèbre Rogntudju de Prunelle dont le nombre de u à la fin indique l’ampleur de la colère…

 

Les albums se suivent à un rythme régulier et annuel jusqu’en 1974 et Le gang des gaffeurs. Il faut ensuite attendre cinq ans pour Lagaffe mérite des baffes, Franquin travaillant alors sur d’autres projets en parallèle avec Yvan Delporte et Frédéric Janin. Gaston Lagaffe s’essouffle, il ne connaitra plus que deux albums : La saga des gaffes (1982) et Gaffe à Lagaffe ! (1996) qui sort quelques jours avant le décès d’André Franquin, le 5 janvier 1997.

 

Avec Gaston Lagaffe, Franquin a créé un univers cohérent très inspiré de la rédaction du Journal de Spirou (ndlr plusieurs personnages de la série trouve leur origine dans des membres des la rédaction du journal) et reposant sur des gags récurrents qui ont tenu en haleine des millions de lecteurs dans 19 albums entre 1957 et 1996. Avec Alexandre le Bienheureux, Gaston Lagaffe a contribué à donner ses lettres de noblesse à la procrastination… Rien que pour cela c’est un personnage marquant de l’Histoire belge !

 

Un apôtre de la procrastination...
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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 15:58

Agatha Christie a atteint une qualité littéraire jamais égalée…


agatha.jpgHercule Poirot et Miss Marple sont planétairement connus et ils sont nés de la plume d’une des plus grandes dame de la littérature ; Agatha Christie ! 80 livres et pièces de théâtre traduits et vendus à plus de 100 millions d’exemplaires sur les cinq continents, une carrière longue de 56 ans entre «La mystérieuse affaire Styles» (1920) et «Sleeping Murder» (1976, publié de façon posthume), la dernière enquête de Madame Marple, une imagination débordante d’originalité et des récits raffinés… tel est en quelques mots brossé le portrait d’une formidable femme qui s’est imposé dans un genre alors plutôt réservé aux écrivains mâles : le roman policier ! Née d’un père américain et d’une mère anglaise dans le Devon, le 15 septembre 1890, Agatha Miller reçoit une éducation britannique très stricte et privée à domicile. En effet, ses parents refusent de la voir fréquenter un établissement scolaire aussi huppé soit-il. Le décès de Frederick Miller, son père, rapproche la jeune Agatha de sa maman. A 16 ans, elle décide quand même de quitter le doux nid familial pour aller à Paris où elle doit apprendre le chant et le piano. Assurément, elle est douée tant pour les vocalises que pour le clavier ébène et ivoire mais Agatha Miller présente une timidité maladive – probablement initiée par l’isolement dans lequel elle a grandi – qui l’empêche de s’exprimer devant un public, même restreint. Cette anxiété ruine tout espoir d’une carrière musicale qui semblait pourtant se dessiner. De retour en Angleterre, la jeune Miller doit se trouver un avenir. Elle s’engage dans un cursus d’infirmière et le premier conflit mondial qui se profile à l’horizon lui ouvre les portes de la profession. Lorsque les hostilités débutent, elle se fait engager comme infirmière. Agatha vient d’épouser un jeune homme de la middle class anglaise, Archibald Christie.

Pour meubler ses moments libres entre l’arrivée de blessés au front, Agatha écrit dans un petit cahier qui ne la quitte jamais. Elle couche diverses pensées et idées sur papier qui rapidement lui servent de base pour l’écriture d’une histoire policière complète qu’elle intitule «La mystérieuse affaire Styles». Son métier d’infirmière lui permet d’apprendre l’effet des drogues et des poisons ce qui lui servira plus tard dans ses récits. La guerre se termine et avec elle la carrière d’infirmière de celle qui est devenu Agatha Christie par mariage et maman d’une petite Roselind. Un pari avec sa sœur aînée va modifier la vie d’Agatha ! Celle-ci soutient que son histoire n’est pas assez bonne que pour trouver un éditeur mais sa sœur mise sur le contraire et remue le tout Londres littéraire pour remporter son défi… Et elle y parvient ! «La mystérieuse affaire Styles» est publiée et on y fait la connaissance d’un détective privé belge qui jalonnera la vie d’Agatha Christie de manière récurrente ; Hercule Poirot.

En treize années, la romancière publie huit récits policiers dans lesquels les petites cellules grises du détective belge font des merveilles pour résoudre les crimes les plus variés. Poirot et Christie grandissent ensemble dans l’univers littéraire britannique. Le principe développé par Agatha Christie est simple : un huis-clos ou interviennent un nombre déterminé de personnages, un meurtre et un mobile plausible pour chacun des personnages. Le jeu pour le lecteur consiste à essayer de deviner qui est l’assassin… Seul «Les quatre», écrit en 1927, ne repose pas sur cette base puisque les quatre criminels sont sus dès l’entame du livre… Cela passionne le grand public qui se prend d’amitié pour Hercule Poirot dont les manières continentales vont pourtant souvent à l’encontre du flegme anglais. En 1930, Hercule Poirot se voit confronter à une rivale de taille, Jane Marple une retraitée qui vit à Saint-Mary Mead (ndlr un village imaginaire) et dont le hobby est de résoudre en amateur des énigmes d’abord et des crimes ensuite…

C’est en 1934 que la renommée de la romancière va réellement exploser en dehors des frontières britanniques. Elle retrouve son détective fétiche - Poirot - et publie l’un de ses meilleurs opus, «Le crime de l’Orient Express» dont la trame s’inspire librement de l’enlèvement et de l’assassinat du bébé de l’aviateur Charles Lindbergh. Ce roman constitue l’une des références majeures lorsqu’il s’agit d’évoquer Agatha Christie mais aussi le roman policier dans son ensemble !

Au fil des années, le professionnel Poirot et l’amatrice Marple résoudront maintes énigmes et meurtres que les auteurs avaient pourtant imaginés parfaits ! Agatha Christie ajoutera un duo de détectives – Thomas Beresford, dit Tommy, et Prudence Cowley, dite Tuppence – qui reviendront dans cinq aventures. A ces personnages récurrents du monde Christien, il faut ajouter divers enquêteurs qui n’apparaîtront que le temps d’un roman…

Mary Westmacott, la rivale ?

Agatha Christie s’impose comme le chef de file du roman britannique de la première moitié du 20è siècle. Elle est la plus lue en tous cas et son univers littéraire séduit à grande échelle. Et pourtant, à l’aube des années trente, une rivale pointa le bout de sa plume. Avec «Le pain géant» et «Le mystérieux M. Quinn» (publiés en 1930), Mary Westmacott vient écrire sur les plates-bandes de la génitrice de Poirot. Voyant que sa rivale lui nuit, Agatha Christie décide de la supprimer… C’est d’autant plus facile que Mary Westmacott est Agatha Christie ! Ainsi la seule rivale possible pour Christie n’était qu’elle-même… Elle utilisera encore pourtant ce pseudonyme pour quatre romans publiés entre 1947 et 1956.

Parmi la centaine de récits – romans et nouvelles – imaginées par Agatha Christie et publiés dans quelque 80 ouvrages, on peut pointer une série de chefs d’œuvres de la littérature à l’image de «Le meurtre de Roger Ackroyd» (1926), «Les sept cadrans» (1929), «Miss Marple au club du mardi» (1932), «Le crime de l’Orient Express» (1934), «Mort sur le Nil» (1937), «Témoin Muet» (1937), «Dix petits nègres» (1939), «Cinq petits cochons» (1942), «Le Miroir se brisa» (1962) ou encore «Une mémoire d’éléphant» (1972)… Autant de récits qui sont passés dans la mémoire collective !

En 1971, Agatha Christie est anoblie par la Reine et devient Dame de l’Empire Britannique. Quatre ans plus tard, dans «Hercule Poirot quitte la scène», elle publie la mort de Poirot ! En effet, sentant sa fin proche – elle a 85 ans ! – Agatha Christie ne souhaite pas que son personnage fétiche soit repris lorsqu’elle aura disparu. Aussi décide-t-elle de le faire mourir dans une œuvre qu'elle avait déjà écrit en 1940, avec à l'esprit qu'aucun autre n'écrirait les aventures d'Hercule Poirot. Miss Marple, par contre, mènera sa dernière enquête sans pour autant connaître la fin tragique de Poirot… Agatha Christie s’éteint le 12 janvier 1976, il y a 38 ans aujourd'hui, laissant derrière elle une œuvre extraordinaire et une fortune colossale.

=> Site officiel d’Agatha Christie

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 08:39

Tintin est apparu pour la première fois le 10 janvier 1929 dans le journal "Le Petit Vingtième"...

Le plus célèbre de tous les reporters fêtait donc son 85è anniversaire aujourd’hui !


La Belgique est, indéniablement, le pays de la bande dessinée ! Spirou, Gaston Lagaffe, Les Tuniques bleues, Gil Jourdan, Natacha, Bob & Bobette, XIII, Léonard, Robin Dubois, Boule et Bill, Lucky Luke… autant de héros de papier originaires de notre pays qui ont bercé bien des générations d'enfants et même d'adultes. A tous ceux là, il convient d'ajouter le plus célèbre de tous : Tintin ! Vingt-trois albums publiés en cinquante langues (ndlr y compris des patois) pour un total de plus de 200 millions d'exemplaires vendus… Seul l'irréductible petit Gaulois Astérix peut se targuer d'avoir fait mieux…

Tintin a donc vu le jour le 10 janvier 1929 dans le journal "Le Vingtième Siècle"; il est issu de la plume d'un jeune dessinateur appelé George Remi qui utilise ses initiales inversées pour parapher ses premières planches… George Remi => G. R. => R.G. => Hergé !!! Il livrait deux planches de sa première œuvre, "Tintin au pays des Soviets", hebdomadairement au journal. Celles-ci sont publiées dans un supplément jeunesse qui paraît une fois la semaine. Rapidement, les responsables du Vingtième Siècle s'aperçoivent que le tirage est sextuplé lorsqu'il contient les deux planches de Tintin… En 1930, le premier album est publié, par épisodes, dans l'hebdomadaire "Cœur Vaillant" ! Toujours pour le compte du Vingtième Siècle, Hergé envoie son héros au Congo (1930) et en Amérique (1931)… L'année suivante, la société d'édition Casterman, basée à Tournai, contacte le dessinateur et les Aventures de Tintin commencent à être publiées en albums cartonnés. C'est le début d'une très longue histoire, d'un mythe !

La métaphore borduro-syldavienne…

Hergé rencontre un jeune étudiant chinois du nom de Tchang Tchong-Jen et ce dernier lui explique la situation tendue dans son pays. Hergé prend conscience des réalités de la planète et entreprend, dès lors, pour chacun de ses albums, un travail de recherches et de documentation des plus minutieux. Le contexte de chaque aventure de Tintin correspond à une réalité concrète. Les albums s'enchaînent au rythme régulier d'un tous les quinze mois. Tintin s'envole successivement pour l'Egypte, les Indes, la Chine et l'Angleterre. Pour "Le sceptre d'Ottokar", en 1938, il découvre deux pays imaginaires; la Syldavie et la Bordurie… Mais, ces deux nations sont-elles réellement si imaginaires que cela ? Non ! Bordurie et Syldavie sont deux petits pays du bloc de l'est. Mais l'année 1938 est marquée, en mars, par l'Anschluss(1) et Hergé transpose cet événement dans "Le sceptre d'Ottokar" y apportant, toutefois une différence de taille : Tintin parvient à faire échouer l'Anschluss.

En fait, clairement on peut s'apercevoir que la Syldavie est la transposition de trois pays : elle est envahie et minée par une Cinquième Colonne qui tente de déstabiliser le pouvoir en place comme c'était le cas pour l'Autriche; l'architecture et la langue syldave rappellent la Pologne; la Garde d'Acier de l'album est une copie de la célèbre Garde de Fer roumaine… La Bordurie est, quant à elle, la métaphore visible de l'Allemagne nazie. On notera d'ailleurs que le leader bordure s'appelle Mustler qui est une contraction de Mussolini et Hitler

Quelques années plus tard, dans le cadre de "L'affaire Tournesol" (1956), Tintin retourne en Bordurie et en Syldavie. Mais les temps ont changé, et le contexte est désormais dévolu à la Guerre Froide… La Bordurie symbolisant alors le bloc de l'est avec son culte du chef (ndlr Plekzsy-Gladz = Staline), son architecture dépouillée et fonctionnelle, sa surveillance étroite des ressortissants étrangers, et cetera… Hergé avait déjà utilisé le principe de la métaphore pour deux pays d'Amérique latine, le Nuevo Rico et le San Théodoros qui représenteront respectivement le Paraguay et la Bolivie dans un conflit passé quasiment inaperçu en Europe, la guerre du Chaco devenue guerre du Gran Chapo dans "L'oreille cassée", en 1937…

Il a marché sur la lune !

La seconde guerre mondiale voit la disparition du quotidien Le Vintième Siècle. Hergé est mobilisé. Dès la capitulation belge, Hergé entre au journal Le Soir qui voit là une belle opportunité, avec la présence de Tintin, d'augmenter son tirage. Mais les temps sont durs et une pénurie de papier interrompt la parution du Soir. En 1946, le Journal de Tintin voit le jour. Il s'agit d'un hebdomadaire illustré qui permet à Hergé de publier ses aventures mais aussi de donner un espace d'expression à de jeunes dessinateurs. "Le temple du Soleil" est le premier album à être intégré au Journal de Tintin… Désormais, chaque album de Tintin est attendu par des dizaines de milliers de lecteurs, de 7 à 77 ans, en Belgique mais aussi en France. Notre reporter voyage encore au Moyen Orient ou en Amérique du Sud mais surtout, et avant tout le monde… sur la lune !

En effet, bien avant que l'URSS mette Gagarine en orbite autour de la terre(2) et que les Etats-Unis n'envoient Armstrong faire un pas de géant pour l'Humanité(3), Hergé permet à son héros fétiche de quitter l'orbite terrestre grâce au professeur Tournesol dans la double aventure "Objectif Lune" (1953) et "On a marché sur la lune" (1954). Mais plus que des aventures extra-terrestres, c'est surtout sur les thèmes de la rivalité est/ouest dans la conquête spatiale et sur la fuite des savants vers l'est qu'Hergé voulait s'exprimer… Une fois encore, Tintin collait à l'actualité, il la devançait même !

Dans les années '60, Tintin est un des premiers personnages de BD à être adapté au cinéma. Deux aventures originales - "Tintin et le mystère de la Toison d'Or" (1961, Jean-Jacques Vierne) et "Les oranges bleues" (1964, Philippe Condroyer) - sont adaptées pour le grand écran. Ce ne sont pas des chefs d'œuvres impérissables mais ces deux films ont le mérite de prolonger l'univers de Tintin surun support différent… Parallèlement, Hergé se fait de plus en plus rares. Il ne travaille plus autant et les aventures de Tintin s'espacent de plus en plus. Entre 1958 et 1979, seuls cinq albums sont édités. A l'aube des années '80, Hergé travaille sur un nouveau projet, "Tintin et l'alph'art"… Les recherches sont d'autant plus éreintantes qu'Hergé souffre. Il est atteint d'anémie ! Le 3 mars 1983, après une longue hospitalisation Hergé s'éteint… Aujourd'hui encore, Tintin lui survit continuant à se vendre par dizaine de milliers d'albums annuellement. Véritable phénomène de société Tintin est, en fait, le miroir de l'Histoire mondiale du 20è siècle.

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(1) l'annexion de l'Autriche par le Reich allemand d'Adolf Hitler, le 11, 12 et 13 mars 1938.
(2) le 12 avril 1961 à bord du Vostok…
(3) le 20 juillet 1969 à bord d'Apollo 11 qui se pose sur la lune…

Tintin a 85 ans !
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 13:11

Portrait d'un boulanger-pâtissier de talent doublé d'un self-made man qui a réussi !

paulhollywood.jpgCeux qui l'ont vu pétrir une pâte à pain sont impressionnés par son tour de main et l'aisance avec laquelle il malaxe la pâte. Paul Hollywood est un véritable maître en la matière et si son talent n'a réellement explosé qu'en 2010 au yeux du grand public par le biais de l'émission The Great British Bake Off (déclinée chez nous sous le titre Le Meilleur Pâtissier), il dispose d'un savoir-faire du plus haut niveau façonné dans les hôtels les plus prestigieux d'Angleterre. Né en 1966, à Wallasey, sur les bords de la Mersey, dans le nord de l'Angleterre, Paul Hollywood fut directement plongé dans l'univers de la boulangerie puisque son père avait une boulangerie-pâtisserie réputée dans la région. Cependant, avant de rejoindre l'entreprise familiale, Hollywood s'orienta d'abord vers la sculpture. C'est son père qui le contraignit à épouser la carrière de boulanger-pâtissier afin de reprendre plus tard l'affaire familiale. Tant qu'à être boulanger-pâtissier, Paul Hollywood se dît alors qu'il voulait sortir du lot ! S'il fit ses premières armes dans l'atelier familial, il prît rapidement son envol pour aller se former auprès de boulangers de grands établissements hôteliers comme le Carlton, le Cliveden ou le Chester Grosvenor. Une fois sa formation achevée, Paul Hollywood la complétée par un tour de différents pays pour apprendre à confectionner les pains locaux. En Egypte, à Chypre (où il resta plusieurs mois en travaillant dans des hôtels) ou en Jordanie notamment, il a appris plusieurs techniques de réalisation et de cuisson de pain à l'ancienne. Ces techniques, il les a adoptées et adaptées à notre époque. C'est lors de ce périple qu'il s'est réellement pris de passion pour le pain et qu'il a compris que boulanger serait son métier.

De retour en Angleterre, il crée sa société : la Paul Hollywood Artisan Bread Company. S'il dispose d'un vrai savoir-faire, il doit encore développer le faire-savoir. Aussi utilise-t-il son réseaux de connaissances et contacte-t-il la chaine de télévision Carlton Food Network pour lui proposer une émission articulée autour du pain. La chaine accepte et, à l'aube des années 2000, co-présente-t-il l'émission Use your loaf avec James Martin. Carlton Food Network (CFN) développe à cette époque un partenariat avec la chaine de magasin Sainsbury's, troisième groupe de grande distribution britannique, qui s'inscrit dans le développement durable. Rapidement, Paul Hollywood Artisan Bread devient l'un des fournisseurs de Sainsbury's qu'il laisse pourtant au profit d'un autre enseigne, Waitrose. CFN disparait rapidement du paysage audiovisuel anglais mais Hollywood a eu le temps de se faire remarquer aussi enchaine-t-il des participations à diverses émissions de la BBC et d'ITV pour finalement aboutir comme juré de l'émission The Great British Bake Off lancée en 2010 et véritable succès d'audience pour la BBC2. En parallèle, il écrit diverses chronique autour du pain et de la pâtisserie pour The Observer, le Daily Mail ou Waitrose Magasine.

Un levain unique pour Harrods

En 2005, Paul Hollywood écrit un livre intitulé 100 grands pains qui est publié dans dix pays et en sept langues. Ce livre reçoit le premier prix du Gourmand World Cookbook Award (Trophée Gourmand du Meilleur Livre Mondial de Cuisine). Ce livre et la qualité de son pain ouvrent à Paul Hollywood les portes d'Harrods, la référence ultime en matière de goûts et de luxe. La direction de Harrods lui demande de créer un pain unique, un pain que l'on ne trouverait que sous le label Harrods. Paul Hollywood imagine alors un levain à base d'amande et de fromage de Roquefort qu'il mélange à une farine faite par un meunier du Wiltshire, une région du sud-ouest de l'Angleterre connue pour être le grenier du pays. Dès 2008, ce pain unique est commercialisé par Harrods !

Auteur de plusieurs livres sur le pain, les tartes et les puddings qui sont autant de best-sellers, Paul Hollywood dispose désormais de sa propre émission Pau Hollywood's pies & puds qui est diffusée depuis le 4 novembre dernier sur la BBC1. Le voir travailler le pain, surtout, et la pâtisserie est un vrai régal pour les yeux. Paul Hollywood a démontré à l'envi que l'Angleterre est aussi un pays de pains et que comme pour la gastronomie elle a su s'inspirer des meilleures techniques et recettes du monde entier pour les intégrer à sa tradition boulangère séculaire. Hollywood s'est formé sur le terrain, tant comme boulanger-pâtissier que comme homme d'affaire, c'est une réussite totale sur les deux plans ! Dans les pays anglo-saxons, il est aujourd'hui gage de qualité, une valeur sûre des produits de bouche, une référence culinaire incontournable. Si vous  passez par Londres, arrêtez-vous chez Waitrose ou chez Harrods pour découvrir le pain de Paul Hollywood, c'est une expérience gustative exceptionnelle...

Paul Hollywood est un amoureux du  pain sous toutes ses formes.Il le décline à l'envi et partage sa passion avec le public. Le pain est l'un des aliments les plus simples qui soient, il en existe pourtant des centaines. Produit humain universel par excellence, c'est un aliment de base sur tous les continents, c'est surtout un aliment qui éveille nos envies par son odeur lorsqu'il cuit, par son goût, par le bruit de la croute lorsqu'on la rompt ou qu'on la coupe; lorsqu'on le voit il attire, on a envie de le prendre de le toucher, de le manger. Le pain est une expérience qui appel à tous nos sens, c'est probablement pour ça qu'il éveille en nous un si grand intérêt...

Le site internet de Paul Hollywood

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 19:01

Lou reed est mort ! S’il est un groupe de l’histoire du rock qui fut décrié et mésestimé c’est bien celui crée par Lou Reed… Hommage !

velvet.jpgEt pour cause, les thèmes favoris abordés par le Souterrain de Velours étaient les drogues dures et le sexe. Même dans les années soixante d’une Amérique en proie à la libération des mœurs et à la liberté d’agir, il reste un fond de puritanisme bien présent dans les mentalités… A l’image de Jim Morrison, lorsque Lou Reed et ses potes évoque la drogue, c’est de manière assez poétique ! Mais jamais le groupe ne connaîtra la reconnaissance durant son existence. Fondé en 1964, par Lou Reed, Sterling Morrison, Angus McLise et John Cale, The Velvet Underground tourne dans les bars des bas-fonds de New-York. Rapidement, McLise cède sa place à Maureen Tucker. Le groupe est repéré par Andy Warhol qui en apprécie les textes sombres et la musique rock & folk. Le Pape du Pop-Art va produire, en 1967, le premier album du Velvet Underground, il en dessinera même la pochette, une banane qui est restée dans la mémoire collective sans pour autant que l’on se souvienne de son origine. Pour cette occasion, le groupe s’adjoint les services d’un mannequin germano-américain, Nico, et l’album est sobrement intitulé «The Velvet Underground & Nico», lequel est résolument avant-gardiste et contient quelques perles méconnues comme I’ll be your mirror ou Venus in Furs. Une plage de l’album connaît quand même un peu de succès, le désormais mythique Heroin pour les fans de Lou Reed…

The Velvet Underground se jette à corps perdu dans l’expérimentation sonore. Le riff de guitare de la chanson Heroin n’était qu’un début dans le style… Le second album, «White Light/White Head» (1968), est plus rugueux que le précédent et condamne le groupe à se produire devant des publics limités en nombre. Brian Eno, producteur musical(1) réputé, résume assez bien le concept The Velvet Underground : «Seuls quelques milliers de fans achètent les disques du Velvet mais chacun de ces fans a ensuite envie de monter son propre groupe…». Car c’est bien de cela qu’il s’agit, si The Velvet Underground ne mobilise pas les foules, il influencera plusieurs groupes de rock alternatifs, de Glam-Rock et même du mouvement Punk, Sex Pistol en tête ! Le troisième opus, éponyme, propose des contours plus apaisé et offre au rare public une autre face du groupe. Côté ballades, on en retiendra surtout Candy Says et Pale Blue Eyes mais rien n’y fait, les masses n’accrochent pas au style Velvet Underground. Parallèlement, les relations entre Lou Reed et John Cale se détériorent au point que Cale est viré par la MGM qui produit désormais le groupe. Il est remplacé par Doug Yule qui, immédiatement, revendique plus de pouvoir sur les choix musicaux. C’en est trop pour Lou Reed qui claque la porte pour tenter l’aventure en solo non sans avoir offert un véritable bijou aux fans des Velvet ; Sweet Jane sur l’albulm «Loaded» (1970)… Produit par David Bowie et Mick Ronson, Lou Reed connaît son apogée musicale en solitaire. Il donne à la musique du 20è siècle un de ses chefs d’œuvre : Walk on the Wild Side(2). Hormis l’enregistrement d’un live à Kansas City, en 1972, The Velvet Underground ne sortira plus qu’un seul album, Squeeze» en 1973 sur lequel ne figurent pas, non plus, Tucker et Morrison qui n’ont pas voulu poursuivre sans Lou Reed... Déjà très peu populaire auparavant, l’absence de Reed sur ce dernier album rendra plus que confidentielle sa parution ! C’est ainsi que disparaît, sans grand émoi de la part du public, le groupe le plus avant-gardiste des années ’60. En 1993, The Velvet Underground se reforme, sans Nico qui a succombé à ses abus de drogue en 1988, et part en tournée européenne en première partie de U2. Le public a (re)découvert la musique du Souterrain de Velours durant cette éclipse de 20 ans et s’est mis à l’apprécier ! Dès lors, un album live est enregistré durant cette tournée en Europe. Il se vend quasiment à autant d’exemplaires que l’ensemble des LP précédents ! L’idée de recommencer l’aventure germe dans la tête de plusieurs producteurs qui sont prêts à faire un pont d’or à Lou Reed et à John Cale pour entrer, à nouveau, en studio. Mais Cale et Reed se brouillent à nouveau ce qui compromet la reformation. Celle-ci est définitivement oubliée à la mort de Sterling Morrison…

A l’instar de beaucoup d’écrivains ou de peintres, The Velvet Underground ne connaîtra le succès qu’après sa disparition… C’est à ce moment là que beaucoup se rendront compte que le son proposé par Lou Reed et ses acolytes a enfanté plusieurs courants musicaux du rock des années ’70 et ‘80 Mais comme tous les précurseurs, The Velvet Underground ne sera pas reconnu de son temps !

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(1) il a notamment produit David Bowie, U2, Talking Heads et Ultravox…
(2) paru sur le LP «Transformer» (1972)

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 07:01

Quelques heures funestes pour la culture française…


piafcocteau.jpgIl y a 50 ans aujourd'hui s'éteignait une des plus grandes voix de la chanson francophone. Edith Piaf mourrait, fatiguée par ses abus d'alcool et de morphine. Bien que décédée sur la Côted'Azur, son corps fut ramené, par des amis, à Paris, où elle avait souhaité s'éteindre et où son décès sera officiellement constaté. Fille d'un artiste de rue normand et d'une chanteuse lyrique kabyle, Edith Gassion est rapidement confiée à ses deux grands-mères aux origines et aux cultures radicalement différentes. A la fin de  la Grande Guerre, abandonnée par sa mère, Edith accompagne, du haut de ses trois ans, son père dans la rue. Elle tient le chapeau dans lequel les passants jettent une pièce pendant que le paternel fait son numéro… Rapidement, elle prend conscience du pouvoir de sa voix et, à 15 ans, elle quitte son père pour voler de ses propres ailes. Edith chante, à son tour, dans les rues de Belleville et de Pigalle. Elle est repérée par le Directeur du Gerny's, un cabaret élégant de Paris. Son physique fait penser à celui d'un moineau frêle, c'est pourquoi il la surnomme la Môme Piaf (ndlr "petit oiseau", en argot). Rapidement, elle séduit le public et enregistre, en 1936, son premier 78 tours "Les mômes de la Cloche". La carrière de Piaf est alors prise en main par Raymond Asso, un ancien légionnaire - sentait-il le sable chaud ? - qui comprend les multiples facettes de sa protégée et développe ce côté tragédienne que Piaf présentera, désormais, sur scène lors de ses tours de chant. Bien que fille de rue, elle s'amourache de l'immense acteur Paul Meurisse qui est aussi distingué qu'elle est vulgaire. Meurisse tente de lui apprendre quelques manières mais, leurs personnalités sont ainsi faites qu'elles n'évolueront pas durant leur liaison. Mais, cette unité des contraires séduit Jean Cocteau qui écrit pour eux "Le bel indifférent", une pièce de théâtre qui sera le succès de la saison parisienne de 1940.

Après la guerre, Piaf rencontre un jeune artiste dont elle prend la carrière en main et dont elle ne tarde pas à tomber amoureuse; Yves Montand. A cette époque, elle écrit les paroles d'une des chansons les plus populaires du répertoire francophone, "La vie en rose". Elle se produit, désormais, avec un groupe de chanteurs appelé Les Compagnons de la Chanson et entame sa conquête des Etats-Unis. A New York, elle rencontre son plus grand amour, le champion du monde de boxe Marcel Cerdan, pour qui elle écrira le fabuleux "Hymne à l'amour"… Malheureusement, cette histoire d'amour féerique ne durera que deux ans et se brisera net quand Cerdan disparaîtra dans un accident d'avion, en octobre 1949. Piaf, déjà très croyante, se réfugie alors dans le mysticisme. Elle travaille aussi de plus en plus et engage comme homme à tout faire, un jeune compositeur du non d'Aznavour… A l'aube des années '50, suite à deux accidents de voiture, elle découvre la morphine, comme médicament d'abord, comme refuge ensuite ! L'alcool devient aussi son compagnon quotidien… Ces abus, une décennie durant, la conduiront à une lente destruction qui s'achèvera le 10 octobre 1963.

Quelques heures après la Môme, c'est un immense artiste - poète, écrivain, cinéaste, acteur,… - qui rejoignait la scène éternelle. Jean Cocteau s'en allait, à son tour, non sans avoir eu le temps de saluer la mémoire de Piaf par un "Elle s'est éteinte, consommée par un feu qui lui a valu sa gloire !". Cocteau c'était avant tout un esthète, un génie du beau et de la chimère. Marqué par le suicide de son père, la mort et le sang transparaîtront dans son œuvre entière. Issu d’une famille bourgeoise et rentière, il a été initié très tôt au monde des arts par son grand-père. Après la disparition de son père, Cocteau trouve refuge dans l'écriture de poèmes et de quelques petits spectacles qu'il joue ensuite pour lui-même, dans l'inimité de sa chambrette. A 19 ans, il décide d'organiser, par l'entremise du tragédien Edouard de Max, avec qui il s'est lié d'amitié, une lecture de ses poèmes, au théâtre Fémina, sur les Champs Elysées. Dandy cultivé et raffiné, Cocteau va ensuite rencontrer le Directeur d’une troupe de théâtre russe, Serge de Diaghilev. Cette rencontre, en 1910, est un tournant dans la vie du jeune homme. Il ne veut plus fréquenter que l'élite culturelle et artistique de Paris, rejetant la médiocrité et l'inculture. Radiguet, Apollinaire et Nijinski sont ses amis… Il se laisse imprégner par leur talent et y puise sa propre vision de l'art. Ses écrits, parallèlement, connaissent de plus en plus de succès.

Sa poésie, Cocteau décide alors de l'adapter au cinématographe… "Le sang d'un poète" (1931) sera son premier film… Il attendra quinze années avant de réaliser le second, le mythique "La Belle et la Bête" (1946). Entre-temps, il se contentera de faire l'acteur et d'écrire… Suivent "Les parents terribles" (1948), "Orphée" (1949) et "Le testament d'Orphée" (1960), monté grâce à l'appui financier du jeune François Truffaut. Cocteau, comme finalement bien des grands Maîtres de l'art, ne sera pas réellement considéré de son vivant. Son succès grandira à titre posthume.

Piaf et Cocteau n'avaient pas grand chose en commun si ce n'est un talent affirmé ! Lui était élitiste, raffiné et utopiste; elle était populaire, commune et réaliste. Cocteau ne s'affichait qu'avec des artistes au talent confirmé, Piaf préférait faire éclore des talents inconnus… Ils ont, malgré leurs différences, marqué l'Histoire culturelle de France d'une empreinte indélébile !

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 13:39

Peut-être un peu oubliées, les aventures humoristico-policières du détective Gil Jourdan sont pourtant un monument de la BD belge.


jourdan.jpgLa bande dessinée belge foisonne de talents en tous genres. De Franquin à Van Hamme en passant par Morris, Walthéry, Vandersteen, Lambil & Cauvin, Roba et bien d’autres encore sans oublier leur maître à tous ; Hergé ! La Belgique est terre de BD, quiconque oserait prétendre le contraire ne serait que profane en matière de p’tits miquets... Parmi le large panel des héros de papier made in Belgium, on trouve aussi Gil Jourdan qui, de 1959 à 1979, enquêta dans pas moins de 16 albums. Probablement un peu oubliées suite au décès prématuré de leur créateur et scénariste, Maurice Tillieux, les aventures de Gil Jourdan sont pourtant un sommet du 9è art. Savant mélange d’humour, d’action et d’ambiance noire reposant sur des scénarios solides et originaux, elles ont offert des heures de plaisir à tous les fans de séries policières.

Gil Jourdan est donc un jeune licencié en droit qui décide d’ouvrir une agence de détective. Pour cela, il recrute André Libellule, un ancien cambrioleur capable de faire sauter n’importe quelle serrure mais qui possède aussi un solide réseau de relations dans le milieu des malfrats... Ce qui peut toujours être utile à un privé. La jolie Queue de Cerise fait office de secrétaire et d’assistante. Enfin, Jourdan est flanqué d’un flic pataud et grognon dénommé Crouton qui, bien qu’il estime que les privés piquent le travail de la police, espère toujours une aide providentielle du détective pour mener à leur terme ses affaires criminelles...

Les deux premiers albums - qui ne constituent qu’une seule histoire en deux épisodes -, Libellule s’évade (1959) et Popaïne et vieux tableaux (1959) sont d’une qualité rare et s’attardent sur le trafic de drogue, par le biais d’importation de tableaux de maîtres, entre l’Italie et la France. C’est deux premiers opus sont probablement les plus réussis de la série mais d’autres albums présentent des histoires solides ou des moments d’anthologie de la BD comme cette scène extraordinaire, dans L’enfer de Xique-Xique (1962), alors que Jourdan et Libellule sont jugés dans une république sud-américaine imaginaire pour espionnage. Toujours sous l’effet d’un gaz hilarant utilisé par erreur lors de leur capture, Libellule joue sa peine comme au poker et «gagne» en cent relances, un séjour de 10.000 ans au bagne de Xique-Xique... Les moines rouges (1964) entraînent nos amis dans une petite ville de province où le Maire s’évertue à inventer un fantôme pour le vieil édifice religieux abandonné du coin espérant, grâce à la publicité générée par l’enquête de Jourdan, attirer des touristes dans son trou perdu. Le stratagème est vite démonté mais Jourdan s’aperçoit que le bâtiment est réellement hanté par un descendant fou d’une vieille famille de la région... Encore une excellente histoire signée Tillieux ! A retenir aussi La voiture immergée (1960) qui évoque un guet-apens savamment organisé et Entre deux eaux (1979), publié à titre posthume, qui raconte le vol d’un sous-marin privé à des fins criminelles qui sont deux histoires remarquables de la série.

Si l’ambiance, le dessin, l’action et, surtout, le scénario font des aventures de Gil Jourdan une des plus belles réussites de la bande dessinée belge, les jeux de mots de Libellule ne sont pas non plus étrangers à ce succès. Spécialiste du calembour souvent miteux qui ne fait rire que lui, l’ancien cambrioleur est un personnage clé de la série. Sans lui, elle serait assurément plus fade. Une fois encore, le tandem des héros que tout opposent - ici le jeune privé cultivé et sérieux face au cambrioleur repenti routinier et jovial - fonctionne à merveille.

Gil Jourdan à (re)découvrir à tout prix, aux Editions Dupuis

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