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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 18:49

Une revue scientifique en ligne sur deux a accepté de publier une étude scientifique totalement fausse, montée de toutes pièces... pour vérifier la fiabilité de ces revues open access !

open-acces-research.jpgL'American Association for the Advancement of Science (AAAS) est est une fédération d'organisations scientifiques qui réunit en son sein quelque 260 organismes scientifiques à travers le monde. Tous les domaines scientifiques y sont regroupés, de la biologie aux mathématiques en passant par la chimie, la recherche ou la médecine mais aussi les sciences humaines comme l'anthropologie ou l'archéologie. Fondée en 1848, l'AAAS édite aussi, depuis 1880, la prestigieuse revue Science, créée à l'initiative de Thomas Edison. Véritable référence internationale, cette revue a voulu éprouver la fiabilité des nombreuses revues scientifiques online qui ont le vent en poupe depuis une dizaine d'années. En effet, depuis deux lustres, les revues scientifiques en open access se sont mulipliées sans que l'on ne sache forcément beaucoup à leur propos, notamment en matière de contributeurs, d'éditeurs ou de fondements scientifiques. Même les montages financiers qui ont permis la création de certaines de ces revues sont troubles, semble-t-il. La majorité de ces revues en ligne génèrent de l'argent par le droit que paie l'auteur d'une étude pour la mettre en ligne, l'author publication fee. Mais qui peut publier ? Qui vérifie les contenus publiés ?

Ainsi donc, John Bohannon, un biologiste de l'Université d'Harvard qui est également rédacteur régulier de Science a-t-il tenté une expérience afin de vérifier la crédibilité des revues scientifiques open access. Au début de l'année 2013, il a imaginé une étude décrivant les propriétés anticancéreuses d'un médicament extrait du lichen. Sous le nom de Ocorrafoo Cobange, un biologiste de l'Institut de Médecine Wassee, à Asmara en Erythrée, il a rédigé un article relatif à l'étude menée par ses soins sur ce fameux anticancéreux extrait du lichen. Bien entendu, cet article, tout comme l'étude qu'il décrivait, était totalement inventé : "Toute personne avec une connaissance de la chimie du niveau du lycée aurait pu voir le canular dès l'abstract. Les expériences décrites sont si désespérément fausses que les résultats n'ont pas de sens"(1) écrit John Bohannon dans Science. Scientifiquement, l'article aurait du purement et simplement être rejeté ! Pire encore, Bohannon laisse deux indices énormes de la fausseté de son papier qui aurait du être relevés par les éditeurs : le biologisite Ocarrafoo Cobange n'existe pas, l'Institut de Médecine Wassee non plus ! Et pourtant, entre janvier et août 2013, il a adressé cet article à 304 revues scientifiques en libre accès. Le constat est édifiant : 157 d'entre elles ont accepté l'article ! Soit un peu plus d'une sur deux... L'un des exemples les plus frappants est celui d'une revue pharmaceutique qui appartient à un groupe d'édition médicale néerlandais très connu (ndlr il s'agit d'un des principaux fournisseurs d'information médicale à travers le monde !) et dont les contenus sont censés être "peer-reviewded", c'est à dire relu et validé par des pairs. Cette revue ''de pointe'' a simplement renvoyé un courrier officiel d'acceptation de l'article en demandant juste à l'auteur d'adapter quelques références utilisées et de racourcir son abstract. "L'acceptation était la norme et non pas l'exception"(1) écrit encore Bohannon qui ajoute que son article, et donc son étude fantaisiste, a été accepté par des "titans" de l'édition médicale en ligne mais aussi par es revues en lignes rattachées à des institutions académiques prestigieuses comme l'université de Kobé, par exemple. "Il a même été accepté par des revues pour lesquelles le sujet de l'article était totalement inapproprié"(1) comme une revue de procréation médicalement assistée, notamment !

Moins d'une revue sur trois rejette l'article fantaisiste !

L'idée de cette enquête de fiabilité s'est imposée dès l'été 2012 explique Bohannon dans l'article qu'il publie dans Science à ce propos. Suite à l'e-mail d'un biologiste de l'Université de Pennsylvanie qui rapportait l'histoire d'une collègue de Port Harcout, au Nigeria, qui avait eu du mal à faire publier son étude sur une revue en open access car elle ne disposait pas d'une carte de crédit pour effectuer le paiement de l'Author Publication Fee. La question de départ était la suivante : la publication d'études et/ou d'articles sur ces revues en ligne est-elle, avant tout, conditionnée à une carte de crédit ? Somme toute, quelle crédibilité peut-on accorder aux articles qui sont publiés en open access et, par conséquent, à ces revues qui les publient ? Pour parvenir à une conclusion, l'enjeu était donc d'écrire un document scientifique crédible mais truffé d'erreurs grossières qui n'auraient pas pu échapper à une relecture par des pairs. Une simple relecture de ce document aurait donc du empêcher sa publication dans une revue scientifique digne de ce nom... Le document a été rédigé durant l'automne 2012 et, entre janvier et août 2013, Bohannon l'a présenté à 304 revues scientifiques en ligne. Certaines ont rejeté l'article en relevant ses manquements, d'autres l'ont refusé sans justification. Mais 157 l'ont accepté en demandant parfois quelques modifications ça et là. Le résultat de l'enquête de fiabilité des revues scientifiques open access en ligne menée par John Bohannon est édifiant :
  - 157 revues (51,64%) ont finalement accepté l'article fantaisiste;
  - 98 revues (32,23%) ont rejeté l'article;
  - 20 revues (6,57%) ont envoyé un courriel pour signaler que l'article était toujours en cours de relecture;
  - 29 revues (9,53%) semblent totalement laissées à l'abandon par leur éditeur.

Moins d'un tiers des revues qui ont reçu l'article ont donc correctement fait leur travail en refusant le document !


Parmi les revues qui ont accepté l'article, certaines ont demandé des modifications mais "les commentaires portaient surtout sur la mise en page, le format de l'article où la langue dans laquelle l'article était écrit"(1) explique encore Bohannon ce qui signifie clairement, puisque le contenu ne posait pas de problème pour l'édition, que le document n'a pas été relu par des pairs comme il aurait du l'être...

Lire l'article complet et détaillé de John Bohannon sur le site Science : "Who's afraid of Peer Review"

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(1) Who's afraid of peer review ?, par John Bohannon, on sciencemag.org, 4 octobre 2013

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 10:12

Ou l'échange d'enfants adoptés via les médias sociaux...

TwoheyL'enquête menée, aux Etats-Unis, par Megan Twohey, journaliste à Reuters TV est plutôt édifiante. Pendant plusieurs semaines, elle s'est immergée dans un milieu glauque qui dévoile une part sombre mais pas cachée des médias sociaux, de Facebook notamment : l'échange d'enfants adoptés. "Todd et Melissa Puchalla se sont battus pendant deux ans pour élever Quita, l'adolescente troublée qu'ils ont adoptée au Libéria. Quand ils ont décidé de l'abandonner, ils lui ont trouvé de nouveaux parents en moins de deux jours en postant une annonce sur internet"(1), c'est ainsi que débute le reportage en cinq parties réalisé par Megan Twohey. Il montre cette démarche - totalement illégale - à laquelle souscrive de plus en plus de parents américains qui ont adopté un enfant et qui n'en sont pas satisfait. Une espèce de service après-vente, en définitive... Ainsi, la journaliste évoque-t-elle deux groupes d'échanges d'enfants adoptés, l'un via Yahoo! l'autre via Facebook, par lesquels des parents insatisfaits se transmettent des enfants qu'ils ont adoptés à l'extérieur des frontières américaines. Cette pratique semble inspirée de celle de l'échange d'animaux de compagnie qui est fréquente aux Etats-Unis, ce qui tend à démontrer quelle peut être la place d'un enfant adopté au sein de certaines familles américaines. Le phénomène est loin d'être marginal, en effet la journaliste a relevé, sur les groupe consacré au rehoming, quelque 5029 annonces différentes dont la plus ancienne remonte à 2008. Ces annonces concernent toutes des enfants adoptés à l'étranger, en Chine, en Russie, en Ukraine ou en Afrique Subsaharienne pour la majorité, dont les âges varient de dix mois à seize ans. Megan Twohey affirme, dans son reportage, qu'une nouvelle annonce est postée sur l'un des deux groupes d'échanges par semaine...

Où le phénomène devient effarant c'est lorsque, malgré l'illégalité de cette pratique, certains échanges se font sous le couvert de la loi ! Ainsi le cas d'un enfant échangé sous acte notarial est-il évoqué dans la première partie du reportage. Mais, plus qu'effarant, le private rehoming devient réellement malsain, inhumain et criminel par certaines de ses dérives qui vont de la traite d'êtres humains jusqu'à la pédophilie. Quita, la jeune Libérienne adoptée par les Puchalla a donc été cédée à une famille connue de la justice pour des antécédents de violence et d'abus sexuel. L'adolescente s'est retrouvée dans le lit conjugal dès sa première nuit dans sa nouvelle "famille" ! Même s'il ne semble pas question d'argent pour ces échanges, l'enfant devient donc une marchandise, un jouet entre les mains d'adoptants sans scrupule et sans respect pour la dignité humaine.

Le reportage en cinq axes de Megan Twohey

A travers sont reportage, Megan Twohey aborde donc cinq aspects du private rehoming. Dans la première partie, intitulée The Network (Le Réseau), elle évoque donc les groupes d'échanges à travers des plateformes comme Yahoo! et Facebook en précisant que si Yahoo! a réagi promptement en fermant le groupe consacré au private rehoming, Facebook l'a laissé en fonction, l'un de ses portes-parole précisant même que "Internet est un reflet de la société et que les gens l'utilisent pour différentes formes de communication et pour faire face à toutes sortes de problèmes, y compris de vraiment compliqués comme celui-ci"(1)... Une sorte de caution morale faite par le premier réseau social du monde à ce genre d'agissements inhumains. Twohey présente, toujours dans cette première partie, différents cas concrets; celui de Quita, celui d'un gamin de 11 ans adopté au Guatémala et dont la "mère" écrit sur l'annonce : "Je suis désolée de le dire mais nous détestons vraiment cet enfant"(1) ou celui de cet autre enfant proposé à l'échange cinq jours après sont arrivée de Chine.

The Dangers (Les Dangers), seconde partie du reportage, aborde clairement les dérives du private rehoming. Par-delà l'aspect immoral, il y a les dangers physiques pour les enfants échangés traités comme des marchandises. Twohey pose le constat que la plupart des enfants proposés à l'échange souffrent de légers handicaps physiques ou mentaux (ndlr toujours l'enfant-marchandise dont on cherche à se défaire parce qu'il est "abimé", comme un manteau acheté sur le net qui aurait un accro ou une chemise commandée qui n'aurait pas la couleur souhaitée à l'origine). La journaliste précise que 18% des 5029 annonces qu'elle a recensé évoquent des abus sexuels dont auraient été victimes les enfants avant leur adoption. "Ces descriptions servent de phare pour les prédateurs"(2) explique-t-elle très justement en évoquant des cas concrets de pédophilie.

Dans la troisième partie, The Middlemen (Les Intermédiaires), Megan Twohey aborde les groupes de private rehoming sur le net à travers les personnes qui les modèrent. A travers l'exemple d'une modératrice qui a servi d'intermédiaire pour "livrer" deux enfants à une famille avec des antécédents de pédophilie et de violence, elle met en lumière le rôle de ces citoyens qui ont créé les groupes d'échanges d'enfants avec, à la base, une bonne intention... du moins l'imaginait-ils. "Je me sens comme si je participais à quelque chose qui est hors de mon contrôle"(3) témoigne Megan Exon, une travailleuse sociale spécialisée dans l'adoption qui est active sur ces réseaux d'échanges d'enfants adoptés. Convaincue au départ de l'intérêt de ces plateformes d'échanges pour l'intérêt des enfants (sic ! Est-elle à ce point naïve ?), Megan Exon semble prendre réellement conscience de la réalité du private rehoming.

The failures (Les Echecs) met en évidence les manquements du Gouvernement américain qui reste insensible au réels dangers du private rehoming alors que le phénomène n'est pas secret. Les autorités ne réagissent pas, à quelque niveau que ce soit. Ainsi, l'on découvre qu'un échange a été fait sous acte notarial ou encore qu'un policier à confié son fils adoptif à l'échange via un groupe de private rehoming. L'Interstate Compact on the Placement of Children, un organisme inter-état qui gère le placement d'enfants a pourtant fait adopter une loi par chacun des cinquante Etats établissant des conditions très strictes pour l'adoption. Le private rehoming va à l'encontre de beaucoup de conditions reprises sous cette loi sans que personne ne réagissent.

Enfin, l'ultime partie du reportage, The Survivors (Les Survivants), fait la part belle à des adolescents qui ont vécu le private rehoming à travers, notamment, l'exemple d'Inga qui est arrivée de Russie à l'âge de 12 ans. Sa mère biologique, une prostituée, ne voulait pas d'elle, l'a abandonné dans un orphelinat avant qu'elle ne soit proposée, par une procédure traditionnelle, à l'adoption à une famille du Michigan. Moins d'une année plus tard, ses "parents" l'ont alors ramené à l'agence qui s'était occupée de l'adoption, arguant du fait qu'on ne leur avait pas précisé qu'elle avait du mal pour apprendre à lire et à écrire (ndrl pour une enfant russe qui arrive aux Etats-Unis, était-ce surprenant ?) ni qu'elle fumait... Pour eux, adopter Inga s'apparentait à "acheter un chat dans une sac"(4). Il leur fut clairement précisé alors qu'un enfant adopté ne s'échange pas comme un pull trop grand ou un CD reçu en double exemplaire à Noël. Après avoir tenter, sans succès, de faire invalider l'adoption par un tribunal russe, les "parents" ont découvert l'existence des groupes private rehoming sur le net et y ont proposé leur fille adoptive à d'autres familles... Megan Twohey donne donc la parole à Inga qui est aujourd'hui âgée de 27 ans - ce qui démontre aussi que le phénomène de private rehoming n'est pas récent puisqu'elle arriva aux Etats-Unis à 12 ans, voici quinze ans donc... - et qui fait partie du quart de millions d'enfants adoptés hors-frontières dans des conditions souvent abérrantes sans que personne ne s'en soucie vraiment !

Le reportage de Megan Twohey met en évidence une pratique totalement illégale bien que répandue mais révèle également ses dérives et l'apathie des autorités américaines face à ces agissements.

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(1) American use the internet to abandon children adopted from overseas, par Megan Twohey, on www.reuters.com, 9 septembre 2013
(2) In a shadow online network, a pedophile take home a "fun boy", par Megan Twhohey, on www.reuters.com, 9 septembre 2013
(3) With blind trust and good intentions, amateur broker children online, par Megan Twohey, on www.reuters.com, 9 septembre 2013.
(4) Orphaned in Russia, brought to America, and the abandoned time again, par Megan Twohey, on www.reuters.com, 9 septembre 2013

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 07:04

La date du 11 septembre nous renvoie en mémoire les attentats de New York... mais c'est aussi un 11 septembre, il y a 40 ans jour pour jour, que Pinochet installait la dictature au Chili après avoir renversé et supprimé le Président Allende.

 

allende.jpgNous avons tous en mémoire les images tragiques qui ont secoué le monde par un beau matin (heure locale) du 11 septembre 2001. Mais cette tragédie ne doit pas occulter un autre événement aussi sombre pour l’humanité : l’installation de la dictature au Chili ! En effet, le putsch mené, le 11 septembre 1973, par le Général Pinochet sera à l’origine de plusieurs milliers de morts et de disparitions aussi bizarres que secrètes...

Jusqu’avant 1973, le Chili est un pays bercé par la démocratie. Il a d’ailleurs acquis le surnom de «Suisse de l’Amérique latine». En 1970, Salvador Allende remporte les élections présidentielles avec 36,3 % des voix face à deux candidats de droite ; Jorge Allessandri (35%) et Radomiro Tomic (27,8%). Pour la première fois, un Socialiste prend le pouvoir dans un pays d’Amérique latine... Mais, le gouvernement construit par Allende est fragile. Il repose sur une coalition hétéroclite qui va du centre jusqu'à l’extrême gauche trotskiste. Salvador Allende impose plusieurs mesures sociales comme la réforme agraire, la nationalisation des mines de cuivre, l’augmentation des salaires... Mais, même à l’intérieur même du gouvernement, ces mesures ne font pas l’unanimité. L’instabilité du pouvoir d’Allende est, en outre, renforcée par une opposition de droite majoritaire au parlement, soutenue par des multinationales et, secrètement, par la CIA car le gouvernement d’Allende ennuie la politique étrangère des Etats-Unis et fait de l’ombre a plusieurs grandes multinationales américaines qui développe des réseaux d’affaires en Amériques du sud.


Bientôt, le Chili est secoué par des grèves. Ainsi, en 1973, celle des camionneurs paralyse tout le pays. Le parlement prend alors l’initiative de priver le Président de tout moyen d’action et envisage de le récuser. Allende décide de mettre en place un référendum populaire qui doit décider de son maintien au pouvoir ou non. Cependant, le 22 août 1973, le Général Pinochet prend le contrôle de l’armée, obligeant le Commandant Prats - Ministre de l’Intérieur et Chef des Armées - à quitter ses fonction. Déjà à cet instant, Pinochet entend mettre un terme, par la force s’il le faut, à la présidence d’Allende.

Le 11 septembre, tôt en matinée, les militaires bloquent le port de Valparaiso. D’autres troupes prennent d’assaut le Palais présidentiel de la Moneda. Des avions bombardent les lieux et – clin d’œil ironique à l’histoire ou coïncidence plus qu’étrange – deux avions détruisent les buildings de Radio Portales et de Radio Corporacion, en plein cœur de Santiago. L’armée pénètre dans le palais. Selon la thèse officielle, le Président Allende s’est suicidé dans son bureau d’une rafale de mitraillette(1)...

Augusto Pinochet installe alors une dictature féroce qui fera des milliers de victimes jusqu’en 1990. A la fin des années ’90, plusieurs actions en justice - dont une pour crime contre l’humanité - seront entreprises à l’encontre du dictateur qui a pourtant vécu en liberté jusqu'à sa mort, en 2006, aucune de ces actions n'ayant abouti...


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(1) bien entendu tout le monde sait que les Président de la République ont une mitraillette dans leur bureau, rangée entre la perforatrice et le papier collant, et qu’il s’agit là d’un moyen des plus aisés pour se suicider...

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 09:55

La Ville de Détroit vient de se déclarer en faillite... Elle est loin d'être un cas isolé !

detroit.jpgAussi connue sous ses sobriquets Motown(1) (Motor Town, la Ville du Moteur) ou Motor City, Détroit est la capitale mondiale de l'automobile. Les trois grandes marques américaines - Ford, Chrysler et General Motors - y sont implantées depuis des décennies et plusieurs grands constructeurs internationaux s'y sont installés. A l'aube du 20è siècle, grâce à l'essor de l'automobile, Détroit à connu une croissance économique exponentielle qui s'est poursuivie jusque dans les années '50. A cette époque, la ville principale du Michigan a connu un lent déclin économique et social qui s'est soldé par un exode massif de sa population. De 1,8 millions d'habitants en 1950, Détroit est passé à un million en 1990 et à 706.000 au recensement de 2012. Cette perte de population a, évidemment, amplifié l'érosion économique et financière de Détroit puisque moins d'habitants signifie aussi moins de rentrées (impôts, consommation,...) pour la ville; un véritable cercle vicieux dont Détroit n'est pas parvenue à sortir. A l'aube du 21è siècle, 26,1% de population de Détroit vivaient sous le seuil de la pauvreté et, à l'heure actuelle, le revenu salarial moyen de la ville est de l'ordre de 14.717$ tandis que le revenu national moyen avoisine les 45.000$(2) ! En outre, depuis 2008, ce sont 400.000 emplois qui ont été perdus(3) dans différents secteurs. Dans certains quartiers paupérisés, le taux de chômage dépasse les 50%... Faute de moyens financiers, la vie quotidienne est dramatique où, par exemple, l'éclairage public n'existe plus que dans certains quartiers centraux. Cela engendre également une hausse importante de la criminalité qui n'a jamais été aussi élevée depuis les années '70. Faute d'effectifs suffisants, la police de Détroit met, en moyenne, 58 minutes pour intervenir alors que le temps national médian est de 11 minutes...

Désertification industrielle, chute démographique et mauvaise gestion financière des autorités, dès 2011 Détroit se trouve en situation de faillite. Début 2013, la dette publique de Détroit s'élève à 18,5 milliards de dollars... Devant l'urgence, en mars dernier, le Gouverneur républicain de l'Etat du Michigan, Rick Snyder, décidait la mise sous tutelle de la ville. En juin, l'idée de vendre la prestigieuse collection d'art du Detroit Institute of Arts est envisagée par Snyder car les 66.000 pièces du musée, dont La Fenêtre, de Matisse, un Autoportrait de Van Gogh ou encore des Picasso, des Rembrandt et des Bruelgel,  sont estimées à un total global de 15 milliards de dollars(4). Cependant, face à l'opposition des habitants de Détroit mais aussi de nombreux Américains qui estiment que brader la collection, véritable joyau culturel de la Ville, n'aiderait pas Motor City à préparer une reconversion économique, l'idée à été rapidement abandonnée. Dès lors, sans autre alternative, Dave Bing, le Maire démocrate, et Rick Snyder prononçaient le 18 juillet dernier la situation de faillite de Détroit ! Le dépôt de faillite a été fait devant un Tribunal fédéral, officialisant ainsi la banqueroute. "Un seul chemin offre une possibilité de s'en sortir" a déclaré Rick Snyder, "Je prends cette décision difficile afin que les habitants de Détroit aient accès aux services publics élémentaires et pour tenter de repartir sur de bonnes bases"(5).

Plusieurs créanciers avaient entamé une procédure judiciaire pour recouvrer d'importantes sommes dues par la ville, la mise en faillite est suspensive de cette procédure ce qui permettra, dans les semaines à venir, de continuer à faire tourner au minimum les services publics et de payer les salaires des fonctionnaires. Il conviendra, cependant, de trouver rapidement des fonds à réinjecter dans l'économie de la ville afin de tenter l'amorce d'une reprise... Les acteurs de cette hypothétique relance savent que la partie sera ardue à disputer ! Dans les années septante, New York et Cleveland avaient frôlés la faillite avant de parvenir à se relancer. Leur exemple pourrait inspirer Détroit ! Le premier geste à poser est, en tous cas, de voir avec tribunal la possibilité de renégocier la dette de la ville; la procédure est en cours. Un juge devra trancher afin de savoir si cette renégociation, qui s'applique légalement aux sociétés en faillite, est applicable à une ville...

Un phénomène pas si unique que cela...

Avec cet aveu de faillite, Détroit devient la plus grande ville américaine en banqueroute ôtant ce triste privilège à la cité californienne de Stockton qui fut déclarée en faillite en juin 2012. Le phénomène n'est pas isolé, Motor City est la 36è municipalité ou Conté américain déclaré en faillite. Parmi ces villes, il y a notamment San Bernardino (Californie), Jefferson County (Alabama), Orange County (Californie), Moffet (Oklahoma) ou Pritchard (Alabama). A noter que Boise (Idaho) et Harrisburg (Pennsylvannie) ont déposé un aveu de faillite qui a été refusé ! Bref, les Etats-Unis sont réellement concernés par les faillites municipales, Le site Governing.com nous apprend que les états sudistes sont plus concernés notamment la Californie, l'Oklahoma, l'Arkansas et l'Alabama. Détroit est donc loin d'être un cas isolé ! Cependant, elle est la première grande ville (c'est à dire de plus de 500.000 habitants) à être touchée par une banqueroute. Détroit est, en effet, la 15è ville américaine en termes de population. Elle est aussi la première a demander de tomber sous l'application de la loi sur les faillites d'entreprises...

Mais le phénomène est-il seulement américain ? Pas sûr ! En effet, en septembre 2011 déjà, Le Figaro relayait l'information que de nombreuses municipalités françaises - dont des villes comme Saint-Tropez ou Argenteuil - étaient au bord de la faillite(6). La crise financière qui a sévèrement touché, en 2008, les banques auprès desquelles quantité de municipalités financent leur emprunt a précipité de nombreuses villes françaises au bord du gouffre.

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(1) surnom qui donna également son appellation définitive à la fameuse société productrice de musique Motown, d'abord nommée Tamla, créée en 1959 à Détroit, par Berry Gordy.
(2) Source : www.europusa.com, consulté le 21 juillet 2013
(3) Détroit la sinistrée tourne le dos aux Démocrates, par Adèle Smith, in Le Figaro, 27 octobre 2010
(4) In bankrupt, Detroit could sell off its art collection, par Elisabeth Dwoskin, on www.businessweek.com, 4 juin 2013.
(5) Detroit files for bankruptcy protection, par Associated Press, on www.cbc.ca, 18 juillet 2013
(6) Des centaines de villes au bord de la faillite, par Mathilde Golla, on www.lefigaro.fr, 6 septembre 2011

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 09:37

Toujours plus vite, toujours plus loin toujours plus haut… Historique succinct du dopage !


une-histoire-du-dopage.jpgAlors que le cas des sprinteurs Asafa Powell et Tyson Gay mais aussi l'aisance surnaturelle du cycliste Chris Froome ramènent, le dopage sur l’avant de la scène médiatique, il est peut-être utile de rappeler que le phénomène n'est pas récent. Depuis des décennies, l'usage de produits stimulant est lié intimement à la pratique du sport à haut niveau. Et pourtant, les autorités sportives n'en prendront réellement conscience que dans les années soixante. De manière liminaire, il est utile de définir le dopage. Il s'agit, selon le Larousse, de "l'emploi de substance interdites destinées à accroître artificiellement les capacités physique de quelqu'un, d'un animal; usage illicites de produits dopants par des sportifs pour augmenter leurs performances"(1). En 1960, le phénomène prend de l'ampleur, dès lors le Comité International Olympique (CIO) crée une Commission médicale chargée de surveiller le dopage sportif. C'est la mort, aux jeux Olympiques de Rome, du cycliste danois Knud Jensen, suite à la prise massive d'amphétamines, qui servira de déclencheur au CIO.

Et pourtant, les exemples d'absorption de produits favorisant les performances sont légions avant 1960. On peut citer quelques grands cas comme l'abandon pour cause de maladies de plusieurs patineurs lors des Jeux Olympiques d'hiver de 1952, à Oslo ou cette enquête menée dans le Calcio, le championnat de football professionnel italien, en 1958, qui révélait que 27% des joueurs avaient recours aux amphétamines, 62% d'entre eux prenaient des analeptiques et 68% utilisaient des hormones diverses. 94% des clubs professionnels italiens étaient concernés par ce problème qui n'était pas encore appelé "dopage"(2)… Dans le cadre de la Guerre Froide, le sport prenait une importance capitale; c'était une manière élégante d'imposer sa suprématie sur le bloc adverse. Ainsi, dès 1950, l'URSS avait mis sur pied un système d'injection de testostérone pour tous ses athlètes. Les Américains réagirent en banalisant l'usage de stéroïdes anabolisants (ndlr ceux-ci ne seront prohibés parle CIO qu'en 1974)…

On peut encore remonter plus avant ! Ainsi, le cycliste britannique Arthur Linton décédait, en 1886 déjà, suite à l'injection mal réalisée de produits dopants… En 1904, c'est le marathonien Thomas Hicks qui mourrait suite à un mélange cognac/strychnine ingurgité avant le départ d'une épreuve; en 1924, Albert Londres(3) écrivait dans "Le Petit Parisien" que les frères Pélissier, vedettes du cyclisme d'alors, étaient de véritables pharmacies ambulantes… Il faut pourtant attendre le Colloque d'Uriage-les-Bains, en janvier 1963, pour avoir une première définition du dopage tel que l'entendent les autorités du sport international. "Est considéré comme doping, l'utilisation de substances ou de tous moyens destinés à augmenter artificiellement le rendement, en vu ou à l'occasion de la compétition, et qui peur porter préjudice à l'éthique sportive et à l'intégrité physique de l'athlète
"(4) dit la Charte établie à cette occasion. Le problème est que si le CIO décide enfin de réagir face au dopage, il a beaucoup de retard à rattraper ! En effet, même si une liste de produits interdits est publiée, parallèlement à la lutte qui se dessine, les possibilités de dopage évoluent également… Et les tricheurs, en ce domaine, jouent avec les blancs !(5) En outre, le combat contre le dopage est rendu difficile - et c'est toujours le cas aujourd'hui - par les différentes législations qui existent selon les Fédérations sportives.

Contrairement à ce qu'avait imaginé le CIO, la Commission médicale ne sera pas le spectre qui fera disparaître le dopage ! La peur d'être surpris et puni ne prend pas le meilleur sur la possibilité de victoire et les honneurs qui en découlent. En 1967, Tom Simpson s'écroule, en direct, sur les pentes du Ventoux pendant le Tour de France. Les images sont terribles mais elles ne sensibilisent pas les sportifs au danger. Ainsi, quelques semaines plus tard, Jacques Anquetil refuse de se soumettre à un contrôle anti-dopage après avoir battu le record du monde de l'heure. Ce refus alimente la rumeur qui voulait que, déjà dans les années cinquante, "Maître Jacques", le roi du contre la montre cycliste, avait recours à des produits augmentant ses capacités… Deux ans plus tard, Eddy Merckx est, lui aussi, confronté au problème. Il est exclu du Giro pour un contrôle positif au Reactivan, il est blanchi suite à un vice de forme; il bénéficie du doute… En juillet - soit quatre semaines après les faits italiens -, il triomphe en surclassement lors de son premier Tour de France !

1972, le recordman du monde du lancé de disque, Jay Silvester, mène sa propre enquête dans le milieu de l'athlétisme américain. Celle-ci révèle que deux tiers des ses collègues sont concernés par l'usage de produits illicites ! Aux Etats-Unis toujours, le porte parole de la Ligue Professionnelle de Base Ball avoue, clairement, au New York Times l'usage généralisé d'amphétamines dans le championnat. Max Novich, un célèbre chirurgien du New Jersey avait confirmé, en 1964, l'usage de la cocaïne comme anesthésiant dans le monde de la boxe. Les soigneurs massaient leur protégé avec un onguent contenant la drogue et qui avait pour effet d'anesthésier les parties du corps massées et de diminuer significativement l'impact douloureux des coups répétés.


On a beaucoup médiatisé le dopage dans les milieux cycliste (l'affaire Festina en 1998, Landis ou Rasmussen et Affaire Puerto en 2006, steak au Clenbuterol de Contador…) et athlétique (Ben Johnson, en 1988, aux J.O. de Séoul, Florence Joyner, Mario Jones, exclusion de neuf athlètes aux J.O. de Londres…) mais tous les sports sont concernés par ce phénomène. Ainsi, le tennis est touché depuis 1959 et l'aveu de l'Espagnol Andrès Ginero qui avait usé fréquemment de testostérone. En 1980, Yannick Noah déclarait que beaucoup de joueurs de tennis avaient recours aux amphétamines pour "tenir le coup" sur un circuit ATP très exigeant(6)… Plus récemment, le Tchèque Bogdan Ulirach a été suspendu pour deux ans, suite à un contrôle positif au tournoi de Moscou 2002. Par ailleurs, 27 athlètes chinois ont été exclus des Jeux Olympiques de Sydney pour avoir utilisé de l'EPO… En 2008, la THG (ou tétrahydrogestinone) mettait sur la sellette des sportifs de gros calibre comme Barry Bonds, star du base ball américain, Marion Jones et Tim Montgomery, vedettes de l'athlétisme… Mais il ne s'agissait, en fait, que d'une péripétie supplémentaire dans l'histoire du dopage, en attendant la suivante.

La question qui mérite d'être débattue est : existe-t-il encore une éthique dans le sport ? La médiatisation à outrance, le pouvoir de l'argent, la compétition accrue (par exemple, la création de compétition comme la Champion's League de football n'est-elle pas source de tentation ?), la professionnalisation même des sports les plus insignifiants, la politique (même si la Guerre Froide est révolue, la suprématie sportive reste un enjeu politique pour certains pays), le besoin de reconnaissance et d'accession au vedettariat… ne font-ils pas progresser l'usage systématique et "naturel" de produits dopants ?  L’évolution de la pratique sportive vers le spectacle-business est intimement liée au dopage, bien plus que les envies de gloire personnelles des athlètes… Ceux qui crient haro sur le dopage résument souvent leur argumentaire à trois thèmes principaux :

L’exemple : l’athlète, en tant qu’icône, doit donner l’exemple… surtout aux enfants qui voudraient se lancer dans le sport ;

L’égalité des chances : en «sport» (ndlr notez que je mets toujours le terme entre guillemets) chaque participant doit avoir les mêmes chances de remporter la victoire ;

L’agression physique du corps : le dopé porte atteinte à son corps, il joue avec sa santé.

Dans un contexte de sport-business, ces trois arguments ne sont que naïveté romantique ! Je reprends ces trois points pour les commenter :

L’exemple : aujourd’hui, l’exemple ce sont les peoples, des pseudo-chanteurs de la télé-réalité aux athlètes victimes de la mode en passant par les acteurs à belles gueules. Di Luca, Froome ou Zidane sont des exemples au même titre que peuvent l’être Johnny, Paris Hilton, le vainqueur de la Starac’, l’abruti de Secret Story, Corey Montheit (l'acteur de la série Glee qui est décédé ce week-end des suites d'une overdose !) ou Doc Gynéco… Pourquoi, dès lors, ne suspend-t-on pas Doc Gynéco lorsqu’il fume un pétard ? Pourquoi ne fustige-t-on pas davantage Paris Hilton lorsqu’elle est bourrée en public ou Lindsay Lohan quand elle est ivre à la sortie d’une cure de désintoxication ? Pourquoi la France entière défend-t-elle Zidane lorsqu’il assène un grand coup de boule à la poitrine de Materrazzi en finale de la Coupe du Monde de 2006 ? Pourquoi personne ne s’émeut-il lorsque Johnny balance en direct à la télé que ce même Zidane va deux fois par an dans une clinique suisse pour jouer avec son sang ? Quand Vinokourov le fait, on le traite de salaud et quand Rasmussen est exclu du Tour sans être contrôlé positif on le hue… Existe-t-il deux poids et deux mesures dans les exemples pour notre jeunesse ? OUI !

L’égalité des chances : peut-on conférer les mêmes chances de gagner le Tour de France à Christian Knees (un colosse de près d’un mètre nonante et plus de 80 kg) et à Chris Froome, un grimpeur qui brille contre la montre ? Non, évidemment, le second est naturellement avantagé. Donc l’égalité des chances n’existe déjà pas à l’origine avec la distribution génétique… Pareil dans la vie de tous les jours, peut-on parler d’égalité de chances entre Gisèle Bundchen, mannequin sublime, et Gisèle Dupont, 160 cm de haut et 160 cm de large ? Et entre le Real de Madrid, club multimillionnaire qui peut acquérir des stars planétaires, et le club maltais du FC Valetta ? Tous les deux ont disputé la Champion’s League 2012/2013 mais, dès avant l’entame de la compétition, leurs chances d’aller au bout étaient fortement différentes… Imaginons même – pure utopie ! – que Valetta puisse lever les 95 millions d’euros (oui, 95 millions pour un seul homme !!!) utiles pour acheter le Galactique Cristiano Ronaldo et que ce dernier ait donc le choix entre rester à Madrid ou aller à Valetta, que choisira-t-il ? Existe-t-il une égalité des chances au départ dans le sport ? NON !

L’agression physique du corps : se doper c’est mettre son corps en danger… C’est assurément vrai ! Mais les athlètes qui ont recours au dopage le savent et le font, dans l’immense majorité des cas, en connaissance de cause. Dans le contexte du spectacle-business tel que le sport a dérivé, le dopage est aussi dangereux pour le sportif que ne le sont le tabac et l’alcool pour le commun des mortels. Un fumeur s’adonne à son vice sachant le risque physique qu’il encourt, un sportif s’adonne au dopage en sachant le risque physique qu’il court… Et tout comme le fumeur qui enfreindrait la loi sur le tabac dans les lieux publics, le dopés sait qu’il encourt une punition s’il est attrapé ! Existe-t-il un risque pour le corps ? OUI MAIS chacun n’est-il pas libre de prendre les risques qu’il veut avec son corps ?

Et dans notre vie quotidienne ?

Mais, puisque l’on parle d’exemple, ne sommes-nous pas, à travers la cellule familiale et le cercle relationnel, les premiers exemples d’éthique pour nos prochains ? Si, évidemment alors pourquoi adoptons-nous des comportements qui vont à l’encontre de l’éthique… vous savez cette éthique que l’on voudrait tant voir dans le «sport» de haut niveau !

La jeune femme qui entre en clinique pour une augmentation mammaire ou pour se faire un nouveau nez plus esthétique ne joue-t-elle pas avec son corps. Une anesthésie n’est pas sans risques pour la santé alors pourquoi exposer son corps lorsque ce n’est pas intrinsèquement vital ? Pour le faire correspondre à des canons de beauté arbitraires et pour augmenter artificiellement ses chances de plaire ! Est-ce éthique ? Non !

Mon collègue qui s’est enfilé, hier à 15h00, un Red Bull, une boisson énergisante, pour tenir le coup et finir sa journée n-a-t-il pas eu recours à un produit dopant ? Selon le dictionnaire, le dopage est «la pratique consistant à absorber des substances ou à utiliser des actes médicaux afin d'augmenter artificiellement ses capacités physiques ou mentales»… Dès lors, ce type s’est bel et bien dopé ! Est-ce éthique ? Non ! Faut-il le licencier, l’exclure de son travail ?

Pareil pour nos ados qui, en période d’examen, absorbe des pilules ou des compléments pour rester éveiller et s’aider, du moins le pensent-ils, à mieux retenir leur matière… C’est aussi une forme de dopage. Ils n’ont assurément pas besoin de Di Luca, Contador ou Rasmussen pour savoir que l’on peut s’aider artificiellement… Est-ce éthique ? Non !

Que dire de ces mêmes ados qui, en sortie, enfilent moult litres de bières ou alcool avant de terminer aux urgences de l’hôpital dans lequel je bosse? N’est-ce pas là une manière de jouer avec son corps et sa santé ? Est-ce éthique ? Non !

Le gamin qui naît de parents défavorisés, sans emploi et sans grande culture, dans les bas-fonds d’une cité sociale grise et triste (on dirait du Zola !) a-t-il les mêmes chances dans la vie que celui qui naît dans une famille aisée, éduquée et unie ? Pas vraiment, l’égalité des chances est plus que relative dans notre société… Est-ce éthique ? Non !

Le dopage existe dans le sport de haut niveau depuis des décennies, on le sait mais on a voulu l’ignorer faisant ça et là quelques exemples avec des athlètes contrôlés positifs. Mais aujourd’hui on semble s’offusquer d’une situation qui a évolué avec la marchandisation de la pratique sportive. Alors, on réclame des contrôles plus sévères, des chartes éthiques ou des passeports biologiques. On voudrait un sport éthique dans une société qui ne l’est plus… Il faut cesser cette hypocrisie !

Reste que dopage ou pas, l'émotion engendrée par le sport reste vivante. "On ne fera jamais d'un âne un cheval de course" disait le champion du monde et vainqueur du Tour de France 1987, Stephen Roche. Avec ou sans dopage, les meilleurs émergent du lot. Il ne faut jamais oublier, en outre, qu'il y a un travail de titan derrière chaque exploit du sport-business, pas plus que la souffrance réelle endurée par les sportifs qui vont au bout de l'effort, dopés ou pas... L'image, hier, de Nairo Quintana au sommet du Mont Ventoux témoigne à souhait que l'homme a été puisé très loin dans ses réserves pour terminer cette étape. Personnellement lorsque je vois des hommes lutter au coude à coude dans un col alpestre ou pyrénnéens et m'offrir un spectacle de haute qualité, j'ai tendance à oublier qu'ils pourraient être dopés ! De toutes manières, je n'y changerais rien et je reste persuadé que le dopage ne peut pas se faire "à l'insu de son plein gré" pour faire un clin d'œil à la marionnette de Virenque dans les Guignols de l'Info… Ceux qui se dopent le font consciemment et savent les risques, à tous points de vue, qu'ils encourent ! Je ne retiendrai donc, finalement, que l'émotion que le sport peut m'apporter…

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(1) Petit Larousse Illustré, édition 2001
(2) Dopage : "le football, champion du monde de l'omerta", par Maxime Goldbaum, on www.lemonde.fr, 28 novembre 2011.

(3) Albert Londres (1884-1932), célèbre journaliste et écrivain passionné par l'épopée du Tour de France
(4) on www.drogues.gouv.fr, consulté le 15 juillet 2013.

(5) expression du jeu d'échec qui signifie entamer la partie et donc avoir un coup d'avance…
(6) A short story of drugs in tennis, par Michael Mewshaw, on www.insidetennis.com, 30 octobre 2009.


 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 10:18

Les femmes représentent moins d'un pourcent des exécutions capitales aux Etats-Unis.

dead-punishment-us-2.jpgLes Etats-Unis sont l'un des trois pays démocratiques - avec le Japon et l'Inde - à avoir conserver l'application de la peine de mort dans leur Constitution. En effet, dès l'aube des années '80, les démocraties de la planète ont successivement aboli cette pratique. Mais il n'y a pas que des démocraties sur notre terre - d'accord c'est un poncif mais cela mérite d'être rappelé de temps en temps ! - et l'on dénombre, en 2011, 20 pays qui ont pratiqué la peine de mort(1). La Chine arrive largement en tête de ce "classement" avec plusieurs milliers(2) d’exécutions. L'Iran suit avec seulement 600 exécutions, la Corée du Nord (60), le Yemen (53) et les Etats-Unis (43) complètent le tableau des pays les plus actifs en termes d'exécutions capitales. Les Etats-Unis sont donc la démocratie la plus concernée par la peine de mort. Elle y fut pourtant abolie en 1972 - soit bien avant les autres démocraties - mais fut rétablie, quatre ans plus tard, par un arrêt de la Cour de Géorgie qui renversait le précédent arrêt qui stipulait l'abolition. Dans les faits, il convient plutôt de ne pas parler d'abolition mais bien de suspension car la peine de mort n'a jamais été retirée de la Constitution des Etats-Unis... Depuis 1976, ce sont donc toujours 32 des 50 états américains qui pratiquent les exécutions captitales; le Maryland est le dernier état qui l'a abolie, c'était le 15 mars 2013.

La particularité de la peine de mort aux Etats-Unis est que, depuis 1988, l'Etat fédéral a réinstauré ce châtiment. Dès lors, comme chaque état reste soumis à la loi fédérale qui prime sur ses lois propres, tous les états sont susceptibles de se voir imposer l'application de la peine de mort. Dans le même temps, cependant, l'Etat fédéral a délégué la gestion des crimes graves aux autorités judiciaires de chacun des cinquante états... seuls les crimes graves allant à l'encontre d'une loi fédérale restent de la juridiction de l'Etat fédéral. Pas toujours simple à comprendre et à mettre en application ! En définitive, chaque état qui applique la peine de mort a donc l'entière décision de la mise en pratique ou pas de cette sanction ultime. Le dernier recours possible pour un condamné à mort est l'éventuelle grâce que pourrait lui accorder le Gouverneur de l'Etat. Chaque état a aussi le choix de la méthode qu'il utilise. Ainsi, si l'injection létale est la plus courante (75% des cas), d'autres moyens persistent. La chaise électrique reste, malgré sa violence, encore utilisée dans les états d'Alabama, de Caroline du Sud, du Tennessee et de Virginie où le condamné à le choix entre la chaise ou l'injection létale. Dans l'Idaho et en Oklahoma, la possibilité de passer devant un peloton d'exécution est proposée en alternative à l'injection, pire encore, l'Etat de Washington (nord-ouest) prévoit encore dans sa Constitution la pendaison comme moyen d'exécution... Un bon vieux lynchage comme au temps de Billy the Kid !

0,97%

Au total, depuis le retour de l'application de la peine de mort aux Etats-Unis, ce sont 1337 personnes qui ont été exécutées, la dernière en date mercredi dernier au Texas, l’état qui pratique le plus la peine de mort. Kimberley McCarthy, qui a été exécutée ce 26 juin, avait été condamnée à mort pour le meurtre d’une dame âgée suite à un cambriolage qui avait mal tourné, en 1997. McCarthy présentait, en outre, deux particularités : la première était d’être le 500è condamné à mort exécuté au Texas(3) depuis la réintroduction de la peine de mort, en 1976 ; la seconde d’être une femme ! Les exécutions féminines sont tellement marginales aux Etats-Unis qu'il n'existe pas de ‘’couloir de la mort’’ dans les prisons pour femmes ; les condamnées à mort patientent dans leur cellule. Kimberley McCarthy est seulement la treizième femme exécutée aux Etats-Unis depuis la réinstauration de la peine de mort. La précédente fut Teresa Lewis, en 2010 en Virginie. Les exécutions féminines représentent donc 0,97% de l'ensemble des exécutions étasuniennes.

Cartographie de la peine de mort aux Etats-Unis

Trente-deux états pratiquent donc encore la peine de mort aux USA, il s'agit de l'Alabama, l'Arizona, l'Arkansas, la Californie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud, le Colorado, le Dakota du Sud, le Delaware, la Floride, la Géorgie, l'Idaho, l'Indiana, le Kansas, le Kentucky, la Louisiane, le Massachussetts, le Mississippi, le Missouri, le Montana, le Nebraska, le Nevada, l'Ohio, l'Oklahoma, l'Oregon, la Pennsylvanie, le Tennessee, le Texas, l'Utah, la Virginie, Washington et le Wyoming.

Seize états l'ont abolie : l'Alaska, le Connecticut, le Dakota du Nord, Hawaï, l'Illinois, l'Iowa, le Maine, le Maryland, le Michigan, le Minnesota, le New Jersey, le Nouveau-Mexique, Rhode Island, le Vermont, la Virginie occidentale et le Wisconsin.

Enfin, deux états, ceux de New York et du New Hampshire, se trouvent dans une situation paradoxale où, si la peine de mort reste prévue dans la Constitution d'Etat, elle est déclarée anticonstitutionnelle et inappicable. En effet, l'abolition ou la réinstauration de la peine de mort dans un état est soumise à l'approbation de trois instances : la Chambre des Députés, le Sénat et le Gouverneur de l'Etat. Si l'une de ces trois entités oppose son veto, la peine de mort est automatiquement déclarée anticonstitutionnelle. Les Gouverneurs de ces deux états ont marqué leur veto...
dead punishment us
En rouge, les états qui appliquent de facto la peine de mort
En bleu, les états où la peine de mort est suspendue même si toujours constitutionnelle
En vert, les états qui ont aboli la peine de mort.

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(1) Peine de mort en 2011 : le nombre d’exécutions est alarmant dans les pays minoritaires appliquant encore ce châtiment, on www.amnesty.fr, 27 mars 2012
(2) Il n’y a pas de statistiques officielles à jour du nombre d’exécutions chinoises
(3) Avec 500 exécutions sur les 1337 pratiquées depuis 1976, le Texas représente à lui seul plus du tiers (37,39%) des applications de la peine de mort aux USA.

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 10:53

Une Sénatrice du Texas impose un discours de onze heures à l'assemblée pour empêcher le vote d'une loi réduisant le droit à l'avortement.

wendydavisabortion.jpgL'avortement relève du droit à la vie privée estime la justice fédérale américaine, il est donc protégé par le 14è Amendement de la sacro-sainte Constitution. Un arrêt de la Cour Suprême autorise, selon certaines conditions (notamment liées à l'âge du foetus et à la santé de la femme enceinte) l'avortement depuis 1973. Mais, en 1992, cette même Cour Suprême a autorisé les différents états à apporter des restriction à cet arrêt originel. Dès lors, en vingt et un an, ce sont 487 lois qui ont été votées dans les états pour réduire la portée de l'autorisation d'avorter. Une vingtaine d'états seraient prêts à prohiber totalement le droit à l'avortement si l'arrêt de 1973 devait être déjugé ! C'est assez effarant parce que ces mêmes états ne seraient pas disposés à bannir le droit de détention d'armes à feu s'il n'était plus protégé par le 2è Amendement de la Constitution... Au Texas, plusieurs Sénateurs républicains ont décidé de porter une nouvelle loi réductrice du droit à l'avortement. La proposition prévoit l'interdiction totale de pratiquer une IVG au-delà de vingt semaines de grossesse(1) mais aussi l'interdiction pour les institutions de santé qui ne pratiquent pas la chirurgie ambulatoire de procéder à des IVG. Le Sénat texan, majoritairement républicain, devait ratifier cette proposition de loi, baptisée Senate Bill 5 (SB5), en sa séance du 25 juin dernier. L'opposition démocrate était entièrement défavorable à ce texte qu'elle juge aller à l'encontre du droit à la vie privée mais qui, en outre, obligerait les médecins pratiquant l'IVG a se faire enregistrer dans des hôpitaux généraux et non plus dans des centres pratiquant l'IVG, non qualifiés pour pratiquer de la chirurgie ambulatoire. Cela entrainerait la fermeture de 37 des 42 centres qui pratiquent l'IVG au Texas, des centres qui pour être conformes à la nouvelle loi devraient procéder à d'importants travaux de mise en conformité pour lesquels ils ne disposent pas des moyens financiers... L'enjeu est donc double, protéger le droit à l'IVG et sauver l'emploi de plusieurs dizaines de travailleurs des centre IVG.

Pour tenter d'empêcher le votre du SB5, les Démocrates texans n'avaient guère d'alternative, un choix unique s'offrait à eux, l'obstruction parlementaire. Cette technique parlementaire - déjà utilisée à l'époque Romaine par les Sénateurs - consiste à retarder le plus possible le vote d'une loi par des moyens légaux; la prononciation d'un discours interminable est le moyen d'obstruction le plus souvent utilisé par les parlementaires qui veulent retarder le vote d'une loi. En 1953, le Sénateur Wayne Morse avait réintroduit cette ruse tombée en désuétude en prononçant un discours de 22 heures et 46 minutes(2) dans l'optique d'empêcher le vote d'une loi pétrolière. Se reposant sur un autre article de loi qui précise qu'une proposition doit être votée le jour où elle est à l'ordre du jour de la séance du Sénat, les Démocrates texans ont donc décidé de jouer la carte de l'obstruction parlementaire, aussi appelée filibuster (technique du flibustier) aux Etats-Unis. L'idée était de monopoliser la parole le plus longtemps possible(3) pour amener le débat autour de l'avortement après minuit et rendre ainsi le vote de SB5 impossible. C'est la Sénatrice Wendy Davis, représentante de Fort Worth, qui fut désignée pour se lancer dans un marathon parlementaire de longue haleine. Elle-même mère-adolescente au début des années '80, Wendy Davis est devenue avocate et à fait du droit à l'avortement l'un de ses chevaux de bataille. Maitrisant le sujet, la Sénatrice Davis a pris la parole à 11h18 et a discouru jusqu'un peu après 22h00. Onze heures de propos ininterrompus autour de l'avortement !

Attaque et contre-attaque

Rapidement, l'intervention de Wendy Davis a mobilisé le pays. Diverses télévisions locales étaient présentes et des chaines nationales ont relayé les images. La twittosphère s'est évidemment emparée de l'événement et une communauté de soutien à Davis s'est mise en place autour du hashtag #StandwithWendy. Le Président Obama s'est d'ailleurs joint à ce soutien des twittos avec le message "Il se passe quelque chose de spécial à Austin ce soir #StandwithWendy". Dans son discours-fleuve, Wendy Davis a fustigé la proposition de loi républicaine qu'elle assimile à de l'abus de pouvoir et insisté sur l'aspect constitutionnel du droit à l'IVG. Lorsque les Républicains ont pu reprendre la parole, vers 22h30, ils ont évidemment tenté de clôre les échanges mais plusieurs Sénateurs démocrates ont relancé le débat parlementaire avec diverses questions. Le ton est monté dans l'assemblée et ce n'est qu'un peu après minuit que le Vice-Gouverneur du Texas, David Dewhurst a annoncé que la loi était votée. Le Parti Démocrate s'est empressé d'avancer la non-validité de la ratification de cette loi car votée le 26 juin au lieu du 25.

Cependant, Dewhurst a sorti de sa manche une autre carte juridique, celle du règlement qui encadre l'obstruction parlementaire et qui prévoit que le parlementaire qui se livre à cet exercice ardu ne peut pas se faire aider, qu'il doit porter seul son intervention et que celle-ci ne peut pas s'éloigner du sujet sur lequel elle porte. Au terme de trois écarts à ce règlement, la loi autorise le Président du Sénat (en l'occurrence le Vice-Gouverneur à qui revient la présidence du Sénat) a mettre fin à l'intervention et à reprendre la parole. Dewhurst a donc avancé que la Sénatrice Davis avait enfreint le règlement à trois reprises durant son intervention. Effectivement, elle a évoqué le budget étriqué de Parenthood (le planning familial texan), elle a parlé pendant quelques minutes de la Sonogram Law, votée en 2011 et qui demande aux médecins de faire écouter le coeur du foetus à une femme candidate à l'avortement. Enfin, Wendy Davis s'est arrêtée quelques minutes pour enfiler un corset de confort afin de l'aider à maintenir sa position debout durant le discours, pour cela elle a reçu de l'aide d'un collègue. Le Président du Sénat a donc réuni en aparté des représentants des deux groupes parlementaires pour mettre fin au débat en arguant du fait de la violation du règlement par Wendy Davis ce qui, selon lui, rendait caduque son filibuster. Les Démocrates ont tacklé cette attaque logique en répondant que si l'évocation du budget de Parenthood pouvait être considéré comme étrangère au débat du jour, que si le fait du corset était bien une entorse au règlement, le troisième point relatif à la Sonogram Law était pleinement au coeur des échanges autour du SB5 et que, dès lors, Wendy Davis n'avait commis que deux écarts et non pas trois comme avancé par Dewhurst. Les palabres se sont poursuivis jusqu'à trois heures du matin, moment où le Président du Sénat a du reconnaitre que la loi avait été votée après minuit, donc le 26 juin, et qu'elle n'était donc pas valable.

SB5 n'est donc pas ratifiée par le Sénat Texan ! Le bras de fer autour du droit à l'avortement risque donc de se prolonger au Texas car le Gouverneur, Rick Perry, qui doit signer les lois ratifiées par le Sénat pour les rendre applicables, devrait prochainement convoquer une réunion extraordinaire du Sénat durant laquelle la proposition de loi sera soumise au vote. Dans ce cas, les Démocrates devraient à nouveau avoir recours au filibuster ou, peut-être, trouver une autre manière d'empêcher le vote...

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(1) NDLR, en Europe lee délai pour l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) est de 10 à 12 semaines, à l'exception des Pays-Bas qui propose l'IVG  jusqu'à 21 semaines. L'IMG (Interruption Médicale de Grossesse) est autorisée sans limite légale.
(2) à l'époque, le "discours" de Morse était simplement une intervention en séance plénière qui avait consisté à ... lire l'annuaire téléphonique !
(3) Aux Etats-Unis, un parlementaire ne peut pas être interrompu lorsqu'il prend la parole en séance.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 13:11

On produit deux fois plus de nourriture qu’il n’en faudrait pour nourrir le monde, on en jette un quart et plus de 800 millions de personnes ont faim…

gaspi.jpgAlors que l'on se demande comment nourrir l'humanité dans les prochaines décennies, alors que la Banque Mondiale prévoit, à cause du réchauffment climatique, des pénuries alimentaires à l'aube des prochaines années '40(1), on a jamais produit autant de nourriture. Ce sont chaque année quatre milliards de tonnes(2) qui sont produites à travers le monde... Selon diverses estimations, 30 à 50% de toute cette nourriture produite sont gaspillés ! Peut-être est-il opportun de revenir sur ce phénomène de société qu’est le gaspillage alimentaire. Saviez vous que l’on n’a jamais produit autant de nourriture dans le monde ? Aujourd’hui, chaque jour on produit 4,3 kg de nourriture par personne… Soit largement plus qu’il n’en faut pour nourrir la population mondiale. Selon Miguel Altieri, un expert internationalement reconnu de l'Université de Berkeley, en Californie, nous disposons de deux fois plus d’aliments que l’entièreté des êtres humains ne pourrait en manger chaque jour… Et malgré cela quelque 860 millions de personnes(3) à travers le monde connaissent famine ou malnutrition ! Il convient de noter que depuis quelques années le nombre de malnutris à travers le monde est en diminution à l’exception du continent africain, mais il reste globalement trop important.

Comment peut-on expliquer qu’une personne sur huit ne mange pas à sa faim alors que l’on produit quotidiennement deux fois plus de nourriture qu’il n’en faut pour nourrir le monde ?

Ce phénomène s’explique par la mauvaise répartition des produits alimentaires à travers le globe. Si l’on dresse une carte géopolitique de la faim dans le monde, on constate que l’Europe et l’Amérique du nord dispose d’une quantité trop importante de nourriture, que les pays du Maghreb et d’Amérique du Sud sont «dans la norme» mais que les pays d’Afrique subsaharienne et une grande part de l’Asie ne disposent pas du minimum requis pour vivre au quotidien… Il faudrait donc pouvoir organiser un transfert alimentaire des ressources en excédent vers les pays en sous-alimentation ! Mais il ne faut pas aller tellement loin de son salon pour rencontrer des gens qui ont faim. En Europe, dans nos pays dits civilisés, ce sont entre 13 et 27%, selon les contrées, des personnes qui vivent au seuil de la pauvreté et qui ne mangent pas suffisamment chaque jour… Mais peut-on réellement qualifié un pays de civilisé lorsqu’il dépense 1000 fois plus pour la conquête spatiale que pour la conquête sociale ?

Un gaspillage inhumain !

C’est un refrain classique qui s’applique à la nourriture comme à toute autre forme de richesse, d’aucuns ont trop alors que d’autres manquent cruellement. La naïveté voudrait que l’on imagine que ceux qui ont en trop donne à ceux qui n’ont pas assez, mais s’en trouve-t-il encore pour croire à cet utopique partage ?

Une question innocente ! Que font tous les gens qui ont de trop de cet excédent alimentaire ?
Une réponse ignoble mais vraie ! Ils le jettent…

Une étude de l’Université de Berkeley démontre que 48 milliards de kilos de nourriture sont gaspillés chaque année aux Etats-Unis… Ce gaspillage provient des restes de repas qui sont jetés par les ménages étasuniens. En Belgique, ce gaspillage atteint près de 21 millions de kilos annuels. Chaque belge se déleste, via sa poubelle, de 400gr de nourriture par semaine ! Mauvais achats, abondance dans les assiettes, dates de péremption limites, … autant de mauvaises raisons qui poussent le Belge à jeter de la nourriture. Nos poubelles - que l'on essaye pourtant de faire maigrir par moult décisions communales afin de réduire la quantité de déchets produits - regorgent de victuailles. Fruits, légumes charcuteries diverses… et pain ! En moyenne 1/2 pain finit hebdomadairement à la poubelle dans chaque famille. Si l'on considère quelque 4 millions de ménages dans notre royaume ce sont alors 2 millions de pains qui finissent dans les ordures chaque semaine. On pourrait en nourrir des gens qui ont faim avec ces pains !

Les champions du gaspillage en Europe sont les Anglais ! Le quotidien The Independant révélait, dans une enquête qu’il avait réalisée en 2005(4) que ce sont l’équivalent de… 30 milliards d’euros de nourriture qui terminent annuellement dans les poubelles du Royaume-Uni ! Clairement, une fois encore, ce sont les comportements de consommation sont en cause et à revoir mais il n’y a pas que le consommateur – vous et moi - qui est à blâmer ! En effet, les politiques en matière de productions sont totalement à revoir, elles aussi. Au Québec, les producteurs laitiers déversent régulièrement du lait dans les égouts par ce qu’ils ont dépassé des quotas de production fixés par les autorités… Ce lait, plutôt que d’aller à l’égout devrait alimenter les banques alimentaires de Montréal et alentours ou se pressent quantités de Québécois. Il en va de même pour les grandes surfaces que nous fréquentons assidument. Pour nous offrir les meilleurs prix, elles achètent massivement les denrées qui rempliront nos caddies… Lorsqu’il s’agit de vivres non-périssables (types conserve) cela ne pose pas encore trop de problèmes mais il y a aussi la marchandise périssable (pain, fruits, légumes, surgelés…) qui est quotidiennement en surabondance. Chaque jour une part de ses produits est balancée aux ordures !

 

Et en Belgique ? 


Une étude menée en 2003 à la demande de la firme d’emballage alimentaire Toppits montrait que 20% des charcuteries diverses achetées par les Belges ne sont pas consommées… Elles restent quelques jours au frigo avant de finir à la poubelle. Je doute que ce soit dans un souci de contrôle du cholestérol ! 15% du fromage acheté finit aussi à la décharge. 1 pot de yaourt sur 5 suit le même chemin…

 

Pourquoi ? Principalement parce que les aliments n'ont plus l'air bons - ce qui ne veut pas dire qu'ils ne le sont plus - estiment 47% des Belges. Un dernier chiffre peut-être, il est fourni par une enquête de l’Observatoire de la Consommation Durable qui révèle que : « Les données collectées à Bruxelles indiquent que 8% du sac poubelle tout-venant sont constitués d'aliments jetés sans avoir été touchés. Au niveau mondial, 1/4 de la nourriture produite est jetée sans avoir été consommée. Des chiffres choquants lorsque l'on sait 13% de la population mondiale souffre de sous-alimentation. A Bruxelles, ces déchets d'aliments et leurs emballages viennent gonfler les poubelles (la fraction organique, la fraction emballage). Des déchets qu'il faut collecter, transporter et éliminer. En outre, jeter de la nourriture qui aurait pu être consommée coûte cher aux ménages»(5)

La conclusion de ces quelques lignes ne se veut pas optimiste, elle se résume à un triste constat : nous produisons trop, nous répartissons mal cette production abondante, nous consommons mal, nous gaspillons beaucoup trop alors qu’il y a, à travers le monde, une personne sur huit qui crève de faim ! C’est un comportement malsain, inhumain, lié aux mentalités et aux comportements de notre société actuelle.

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(1) La Banque Mondiale prédit de vastes pénuries alimentaires à cause du réchauffement climatique, par AFP on lameuse.be, 19 juin 2013
(2) La moitié de la nourriture produite dans le monde est gâchée, par Caroline Albert, on 7sur7.be, 10 janvier 2013.
(3) chiffre fourni par l’ONG Action Contre la Faim (ACF). Toujours selon cette ONG, 550 millions de malnutris se trouvent en Asie (68% du total international des malnutris) et 170 millions en Afrique subsaharienne (21%). Les 80 millions restant (soit 11%) sont répartis sur les autres continents….

(4) Alimentation : les Britanniques champions du gaspillage par Philippe Randrianarimanana, in Courrier International, 18/04/2005
(5) www.observ.be

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 08:57

Privé du jour de congé qui y était associé, les fonctionnaires ne donnent plus leur sang alors que les dons ont chuté de 10% en six mois.

2013.04.19---sang---art-013.jpgFin de semaine passée, la Croix Rouge de Belgique annonçait une baisse de dix pourcents des dons de sang ces six derniers mois. Une baisse sensible qui pourrait générer une pénurie durant l'été qui est, traditionnellement, une période durant laquelle se marque une baisse des réserves. Cette baisse estivale usuelle cumulée à la diminution enregistrée depuis janvier dernier pourrait être synonyme de disette de poches de sang dans les prochaines semaines. Pour expliquer la nette diminution des dons, la Croix Rouge avance deux arguments majeurs : l'hiver et la disparition du congé de don de sang pour les fonctionnaires. Effectivement, d'un côté, la longueur et la rigueur de l'hiver qu'à connu notre pays ont probablement ôté l'envie a certains de sortir et de braver le froid et la neige pour aller donner leur sang. De l'autre côté, le congé pour don de sang a été revisé par Arrêté Royal à l'automne 2012 sur base d'un arrêt de la Cour Européenne de Justice de 2011. Cette révision prévoit que, désormais, le congé pour don de sang est limité au temps du don, plus deux heures pour le déplacement. Lorsqu'avant le fonctionnaires disposaient d'une journée complète lorsqu'il allaient faire don de leur sang, ils ne disposent donc plus maintenant que de deux heure et demi au maximum. La conséquence de la disparition de ce jour de congé a été immédiate : "On constate une diminution de collecte dans les ministères qui est de l'ordre de 70%"(1) dit-on, du côté de la Croix Rouge.

Il convient de préciser que les fonctionnaires belges disposaient, jusqu'à l'automne dernier, de quatre jours de congé annuels pour donner leur sang et que certains en profitaient pour "carotter". En 2011, l'aile flamande de la Croix Rouge de Belgique posait en effet ce constat. Chaque donneur potentiel qui se présente au don reçoit un questionnaire d'évaluation des risques qu'il doit remplir, mais il existe aussi une possibilité anonyme de signaler, à postériori, que son sang est "à risque". Ainsi, les donneurs qui auraient "omis" de signaler un risque peuvent encore le faire avant que le sang récolté n'entre dans le circuit. La Croix Rouge flamande constatait donc, en 2011, que ces déclarations à postériori de risque "sont plus fréquentes chez les donneurs qui bénéficient d'un jour de congé"(2) ... Quantité de fonctionnaires posaient donc un jour de congé pour donner leur sang malgré un comportement à risque (un voyage dans certains pays, simplement, et pas forcément un comportement sexuel dangereux) avant de se rétracter soit lors du remplissage du questionnaire soit par déclaration à postérior. Ainsi donc, les fonctionnaires ne donnaient pas leur sang par altruisme mais simplement pour avoir congé ! Est-ce surprenant ? Pas vraiment... Toujours est-il que ce comportement a débouché sur une disparition du jour de congé pour don de sang, au détriment de ceux qui donnaient réellement leur sang mais aussi de la Croix Rouge qui voit donc les dons diminuer de façon importante.

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(1) Privés de congé, les fonctionnaires ne donnent plus leur sang, par ML avec Belga, on levif.be, 14 juin 2013
(2) Les fonctionnaires mentent sur leur sang pour obtenir des congés, par Belga, on 7sur.be, 2 septembre 2011

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 09:55

Du café comme d’une substance à dépendance !

feca.jpgJe ne sais pas si vous êtes comme moi mais je suis convaincu que le premier café du matin est l’un des meilleurs moments de la journée... Et bien, pourtant il est le signe d’une forme réelle d’assuétude ! Selon des chercheurs de l’Université John Hopkins, à Baltimore (Etats-Unis), la sensation de bien être liée au café matinal n’est rien d’autre que la compensation du manque lié à la dépendance du consommateur à la caféine... Ce manque est provoqué par une abstinence de plusieurs heures pendant la nuit. Le café peut donc être assimilé à une drogue ! Tout est relatif évidemment puisque la caféine n’est pas aussi néfaste que peuvent l’être la cocaïne, l’héroïne, d’autres types de drogues ou même l’alcool... Mais, les recherches de l’équipe universitaire du Professeur Roland Griffith sont claires sur le sujet : il existe bel et bien une dépendance au café et plus précisément à la caféine contenue dans le nectar noir... Lorsqu'une personne ne peut ingérer sa dose habituelle de café, elle risque de souffrir d'un éventail de maux, clairement liés à sa dépendance. Les troubles liés au manque de caféine sont de cinq ordres : maux de tête, fatigue ou lassitude, difficulté de concentration, humeur maussade et état pseudo-grippal (avec douleurs musculaires et nausées). Clairement, tous les buveurs de café sont déjà passés par cet état de condition que l’on impute généralement, à tort, à une fatigue accrue... Et bien non, le manque de caféine en serait le principal responsable.

Les premiers symptômes de manque peuvent apparaître entre 12 et 24 heures après l’ingestion de la dernière tasse de café et peuvent se prolonger, sans apport de caféine, jusqu'à une semaine. L’agrément procuré par la première tasse de café matinal est donc lié au phénomène de bris d’un manque qui n’a pas encore atteint son paroxysme. Et l’équipe du Professeur Griffith de préciser dans un rapport d’études que ces signes de manque ne touchent pas que les grands buveurs de café. Que du contraire, comme pour toutes les assuétudes finalement, il n’est pas nécessaire de consommer à fortes doses pour être accro. Une consommation quotidienne, même modérée, de café peut générer une dépendance ! La dépendance à la caféine est à ce point réelle qu’elle devrait faire son entrée dans la prochaine édition du fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Discorders), véritable bible de la psychiatrie qui recense tous les troubles mentaux...

Le marché du café représente un chiffre impressionnant du 15,3 milliards de dollars en 2009, ce qui correspond à quelque 130 millions de sacs(1) de café vendus à travers le monde(2). Le Brésil reste le premier producteur mondial avec 46.000 sacs, devant le Vietnam (16.000 sacs) et la Colombie (10.000 sacs). En ce qui concerne la consommation, les Finlandais (avec 12,7 kilos), sont les plus gros consommateurs mondiaux, devant les Norvégiens (9,7 kilos) et les Suisses (9,2 kilos). En Belgique, nous consommons, en moyenne, 7,2 kilos de café chacun par an, en France, la moyenne annuelle par habitant est de 5,1 kilos de café... A titre de comparaison, les Etasuniens ne consomment que 4,2 kilos de café pan an et par habitant. Le café est bien un vice d’Européens ! Le café est produit qui symbolise parfaitement le commerce international du vingtième siècle, il est cultivé et cueilli dans les pays du sud et il est consommé surtout dans les pays du nord dits industrialisés… La consommation moyenne des pays sous l’Equateur est de 4,1 kilos par personnes.

Enfin, selon les chercheurs de l’Université John Hopkins, l’assuétude à la caféine est la plus aisée à sevrer. Il suffit de diminuer quotidiennement sa dose de café et de remplacer ce breuvage par un décaféiné... Ceci dit, le café a aussi des vertus ; riche en antioxydants, la caféine peut réduire, parait-il, les risques de maladies cardiovasculaires et neurodégénératives. Il contribue aussi à la prévention du diabète de type 2. Le café facilite aussi la digestion et, par vasodilatation des bronches, aide à la respiration.

Sur ce, je vais jusqu'à la machine qui trône dans ma cuisine pour me faire couler un lungo aux arômes fruités d’arabica !

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