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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 14:14

En 180 années d’existence, notre pays a marqué l’histoire mondiale. Il est inconcevable que par la volonté de quelque séparatiste que ce soit, la Belgique disparaisse !

 

belgium.jpgUne charmante amie française mettait en avant que les Belges n’avaient rien à envier à leurs voisins d’Outre-Quiévrain en ce qui concerne le chauvinisme… Que le Français soit chauvin, c’est une évidence, que le Belge le fut à son tour en est une autre ! Le chauvinisme, il me faut le reconnaître, se développe depuis quelques années en Belgique. Mais je m’en voudrais de ne pas tempérer cette assertion pourtant bien réelle… En effet, alors que nos politiques s’enlisent dans des négociations qui n’en sont pas et que l’on évoque un peu partout l’hypothèse d’un plan B (ndlr une scission du pays), il serait imbécile de faire disparaitre ce petit pays qu’est la Belgique. Petit pays, certes mais qui a tant apporter au monde. La Belgique est un pays qui regorge de talent et qui participe activement au développement des sociétés… Un pays où il fait bon vivre et où naquirent et vécurent une multitude de grands hommes !

Qui a été le premier Européen à prendre le commandement de L’International Space Station (ISS) ? Frank De Winne, un Belge. Et toujours dans l’espace, qui a réalisé la statuette The Fallen Astronaut, hommage aux astronautes morts dans l’espace, qui a été déposée sur la lune par la mission Apollo 15, en août 1971 ? Le sculpteur Paul Van Hoeydonck… un Belge.

Quels pays ont remporté cinq fois le Tour de France ? La France, les USA, l’Espagne et la Belgique

Quels pays ont le système social le plus développé ? La Suède, le Danemark, la Norvège et la Belgique

Quel pays inventa le saxophone (Adolphe Sax), le métro (Edouard Empain), la bakélite (Léo Baekeland), le phénakisticope, ancêtre du projecteur de cinéma (Joseph Plateau), les patins à roulette (Joseph Merlin), le procédé de la fusion du zinc (Jean-Jacques Dony), les wagons-lits pour trains internationaux (Georges Nagelmackers), le porte-monnaie électronique dit Proton, la pédale «homme mort » qui permet au métro de stopper automatiquement si le conducteur devait défaillir (Henri Storm), le papier photographique (Lise Gevaert), le fil barbelé (Léandre Beckaert), les premiers panneaux de signalisation ferroviaire, (Adolphe Sax), le premier purificateur d’air (Adolphe Sax encore), les premières cartes marines (Gerhard Kremer dit Mercator), la dynamo (Zénobe Gramme), la statistique mathématique (Adolphe Quetelet)… ? La Belgique

De quel pays est originaire celui qui découvrit le Mississipi, Louis Hennepin ? De Belgique, d’ailleurs une rue porte encore son nom à Minneapolis…

De quel pays est originaire celui qui imagina le système d’évacuation des eaux du château de Versailles, Rennekin Sualem ? De Belgique… il était Liégeois !

De quel pays sont originaire ces sportifs qui furent les meilleurs de leur discipline ? Eddy Merckx (cyclisme), Ingrid Berghmans et Robert Vandewalle (judo), Stefan Everts et Joël Robert (motocross), Serge Reding (haltérophilie), Raymond Ceulemans (billard), Jacky Ickx (6 fois vainqueur au Mans), Jean-michel Saive (tennis de table), Roger De Vlaeminck, Roland Liboton et Bart Wellens (cyclo-cross), Justine Henin et Kim Clijsters (tennis)… ? De Belgique

Et tous ces personnages célèbres dans divers domaines, d’où viennent-ils : Jacques Brel, Johnny Hallyday, Axelle Red, Maurice Grévisse, Hergé, Toots Thielemans, José Van damme, Jean-Claude Van Damme (hélas !!!), Paul Delvaux, René Magritte, Georges Simenon, Amélie Nothomb, Hugo Claus, Benoît Poelvoorde, Cécile de France, Marie Gillain, Les frères Dardenne, Chantal Ackerman, Eugène Ysaye, André-Modeste Gretry, César Franck, Mauranne, Arno, Wallace Collection (souvenez-vous du fabuleux «Daydream» dans les années 60), Front 2.4.2., Stanislas-André Steeman, Jean-Michel Folon, James Ensor, Franquin, Peyo, Morris, Tillieux, le Père Damien, Sœur Emmanuelle, Françoise Mallet-Joris, Christine Ockrent, Ernest Solvay, Victor Horta, Franco Dragone, Emilie Dequenne, Jaco Van Dormael, Philippe Geluck, Maureen Dor, Olivier Minne, Annie Cordy, Margueritte de Crayencour dite Yourcenar, Olivier Strelli, Elvis Pompilio, Adamo, Hans Memling,… ? En Belgique

Scientifiquement parlant, quel pays vit naître le pionnier de la greffe hépatique infantile (Jean-Bernard Otte) qui sauva des milliers de vies ou encore l’auteur de la théorie du big bang (Georges Lemaître) qui est toujours d’actualité aujourd’hui ? La Belgique

Quel pays inventa la frite ? La Belgique

Quel pays est le centre mondial du diamant ? La Belgique

Dans quel pays se trouve la Capitale de l’Europe ? En Belgique

Quel pays produit le meilleur chocolat du monde ? La Belgique et il y a une explication physique irréfutable à cet affirmation : le broyage ! Le degré de sensibilité le plus fin du palais humain est de 20 microns ; la Belgique est le seul pays au monde où l’on broie le chocolat à 20 microns. En France et en Suisse, il est broyé à 25, en Italie et en Espagne à 30 et aux Etats-Unis à 40… Ce broyage unique exhale les saveurs les plus intimes du chocolat, voilà pourquoi la Belgique peut se targuer d’avoir le meilleur chocolat du monde !

Quel pays abrite le second port européen et quatrième au niveau mondial (Anvers) en termes de capacité ? La Belgique

Mais de quel pays donc était originaire l’auteur du «De humani corporis fabrica» (André Vésale), première description rigoureuse du corps humain qui permit à la médecine de connaître un essor important au 16è siècle ? De Belgique

Dans quel pays est né le guitariste exceptionnel Django Reinhardt ? La Belgique

Qui inventa le protocole de communication hypertexte Hyper Text Markup Language ou HTML en 1990 ? Les informaticiens anglais Tim Berners-Lee et belge Robert Caillau

Où étaient nés, bien avant l’avènement officiel du Royaume de Belgique Charles Quint (Gand), Clovis (Tournai), Godefroid de Bouillon (Baisy-Thy), Pepin-le-Bref (Jupille)… ? En Belgique

Tout ça finalement pour un petit pays qui a seulement 180 ans ! Pas mal, non ? Attention, je ne veux pas dire que seule la Belgique recèle de talent, au contraire… Chaque pays a enfanté des génies, des savants, des artistes ou des sportifs mondialement connu mais jusqu’il y a peu, la Belgique souffrait d’un complexe d’infériorité face à sa grande voisine (tant au point de vue de la taille que de l’histoire et de la renommée) qu’est la France… Alors que ce sentiment n’aurait pas du exister ! Aujourd’hui, le Belge doit se rendre compte qu’il vit dans un pays important au niveau mondial tant pour son passé que pour son présent et son avenir ! Alors, il développe ce fameux chauvinisme que l’on croyait à tort l’apanage des Français ! Mais ce chauvinisme nos politiciens feraient bien de s’en servir, de le mettre en avant lors des négociations pour maintenir un pays qui compte beaucoup sur l’échelle internationale. La Belgique à un passé dont elle peut, légitimement, être fière, elle doit avoir un avenir du même tonneau !

 

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 18:27

De la recherche du bonheur comme étant le bonheur...

 

bonheur.jpgQu’est-ce que le bonheur ? Suis-je heureux ? Cette double interrogation occupait mon esprit l’autre soir alors que j’étais seul à la maison… Les moments de solitudes sont un espace propice à la réflexion et à l’introspection aussi décidé-je de m’attarder sur ce bonheur en questions.

Etre heureux, c’est jouir du bonheur paraît-il. Si le bonheur est un état psychologique de parfaite sensation intérieure par rapport à la vie qui nous entoure, alors je peux dire que je suis heureux… D’aucuns avancent que pour rencontrer le bonheur il faut répondre à la satisfaction de quatre éléments :
· le désir : l’envie d’être bien, de posséder quelques biens ;
· le devoir : la sensation d’avoir un rôle à jouer, d’avoir des choses à accomplir ;
· le savoir : la connaissance des choses, la culture somme toute ;
· le beau : la recherche de l’esthétisme autour de soi.

Il s’agirait donc de trouver une harmonie entre ces quatre éléments pour rencontrer le bonheur ! Plus prosaïquement, d’autres disent que le bonheur c’est l’absence de malheur… Si tout va bien, que les soucis ne s’accumulent pas au seuil l’huis, c’est le bonheur ! Si l’on s’en réfère à l’étymologie du mot, ces derniers seraient proches de la réalité puisque l’heur est la fortune, ce mot étant à entendre dans son sens premier qui signifie le sort qui est réservé à une chose ou à un être ; cette fortune peut être bonne ou mauvaise. Le bonheur serait donc la bonne fortune, l’absence de mauvaises choses…

A l’origine, l’Homme en tant qu’animal mammifère dispose de deux médias basiques pour exprimer sa sensation par rapport au monde alentour ; le plaisir et la douleur. Le bonheur s’exprimerait alors dans la sensation de plaisir. Cette définition du bonheur-plaisir serait-elle désuète puisque liée aux instincts primaires humains ? Que du contraire, plus que jamais dans la société telle qu’elle évolue en ce début de 21è siècle, le bonheur est intimement lié au plaisir… Au plaisir de posséder, au plaisir de dominer, au plaisir en tant que loisirs que nous avons de plus en plus développés. L’avoir semble prendre la mesure de l’être ! Pour tendre au bonheur, l’Homme cherche l’avoir tant matériel que lié à l’apparence. Et pourtant le bonheur a de tous temps été intimement lié à la richesse… Ceux qui avaient bonne fortune pouvaient se permettre d’être heureux, les autres à qui la fortune n’avait pas sourit ne pouvaient se que contenter de petites joies qui donnent l’illusion du bonheur. Pour paraphraser la vision qu’avait de la justice Jean de La Fontaine, je résumerais le bonheur ainsi : selon que vous soyez puissant ou misérable vous serez heureux ou malheureux ! Et puis est arrivée la seconde moitié du 20è siècle avec sa démocratisation de la consommation. Chacun voyait le bonheur frapper à sa porte sous la forme d’une consommation effrénée, quitte à monnayer son bonheur à crédit…

Il existe fondamentalement deux richesses ; la richesse philosophique empruntée au sage, qui est construite de spiritualité, de savoir et de raison, et la richesse matérielle, qui repose sur la possession. Si l’on en revient aux quatre éléments à satisfaire pour rencontrer le bonheur il s’agit alors de doser savamment ces deux richesses pour y parvenir… Mais il faut constater que l’aspect philosophique du bonheur tend à disparaître un peu plus au fil de l’évolution de la société moderne. On est heureux de sa nouvelle voiture, de son lecteur DVD, de son I-Phone dernier cri… ainsi est-on fait d’une manière générale. Il reste assurément quelques exceptions, des êtres à part qui vivent sans toutes ses possessions modernes qui font le bonheur. Ils le font consciemment ou par la force des choses et sont baptisés par la horde consommatrice des gens normaux asociaux ou marginaux selon qu’ils se privent volontairement ou par faute de moyens du bonheur moderne…

Oui, le bonheur est aujourd’hui un assortiment matériel ! Mais ce constat m’amène à m’interroger plus avant… Le bonheur est-il le bonheur en tant que finalité ou est-il la quête du bonheur ? Par là j’entends que le moment qui coïncide avec l’entrée en possession d’un objet est-il le bonheur, ce bonheur s’étend-il encore quelques instants plus après lorsque l’on étale l’objet à la convoitise et à l’envie des autres ou le bonheur est-il l’excitation qui va du moment où l’on désire un objet au moment où on l’obtient ? Si, comme je tends à le démontrer, le bonheur moderne c’est la possession, il s’éteint forcément avec l’acquisition de son objet. Et une fois acquis cet objet de bonheur, l’Homme se tourne vers de nouvelles envies, vers la quête d’un nouveau bonheur… Finalement, la quête du bonheur dure plus longtemps que l’acquisition du bonheur ; cette quête est composée d’une succession de petits instants jouissifs où l’on imagine son bonheur et les effets – envie, jalousie, admiration… - qu’il produira sur les autres. C’est petits instants jouissifs rendent heureux et s’apparente donc à une forme de bonheur…

On peut donc légitimement se poser la question de savoir si la quête du bonheur n’est pas le vrai bonheur ? C’est un peu à l’image de la conquête de l’amour ; la période la plus intense n’est-elle pas la parade de séduction qui consiste à faire basculer l’être à conquérir dans ses filets ? L’excitation est à son comble tant que l’on a pas atteint le cœur à séduire… Vais-je y parvenir ? Comment paraître le plus à mon avantage pour mener ma conquête amoureuse à bien ? Parfois, cette victoire met plusieurs semaines à se dessiner alors il convient de ruser, de séduire davantage, de se battre… S’il est réellement question d’amour, l’envie se renforce avec le temps passé à séduire et lorsque se produit l’étincelle la bataille s’achève sur un sentiment particulier ; celui d’être parvenu à ses fins et de n’avoir plus rien à attendre… En amour, comme en bonheur et en tout autre domaine, la quête est plus grisante que l’aboutissement ! Tchékhov écrivit «Nous ne sommes pas heureux et le bonheur n’existe pas, nous ne pouvons que désirer»(1), je penche plutôt pour le postulat que, aujourd’hui, le bonheur c’est le désir…

La conclusion de ma réflexion sur le bonheur m’amène dire que l’Homme cherche le bonheur comme une finalité mais qu’en fait le bonheur est un instant éphémère. Le bonheur ultime n’existe pas et c’est bien mieux ainsi car une fois atteint, il n’y aurait plus rien à espérer de la vie. Le bonheur est une quête de moments brefs qui se suivent, selon les cas, à intervalles plus ou moins réguliers et plus que ces instants court, c’est leur recherche qui nous rend heureux !


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(1) «Les trois sœurs» (1901)

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 10:30

Au plus on avance, au plus on recule…

 

19.jpgAu terme d’un long, très long, sommeil mouvementé j’ai fait un rêve étrange. Ce songe m’a fait voyager dans le temps et je me suis réveillé en plein 19è siècle. Je ne pourrais pas dire si c’était en 1810, en 1825 ou en 1853 mais c’était à l’époque troublée d’un siècle lourd de conséquences pour la population des petites gens.

 

Le tableau de cet étrange rêve était des plus glauques, reflet d’une société où la précarité domine. Plus de quarante pourcents de la population vit au seuil de la pauvreté, certains sont sur le seuil, tiennent en équilibre précaire, d’autres sont sous le seuil, n’ont pas les moyens de manger, de se soigner et doivent tendre la main pour espérer quelques pièces. Mais la grande frange de la population, qui parvient à peine à joindre les deux bouts, ne peut pas se permettre de donner la pièce, quant à ceux qui pourraient la donner, ceux dont les moyens sont largement suffisant, ils ne le font pas, tant par mépris des pauvres que par arrogance. Une petite centaine de familles, issue de la noblesse pour la plus grande partie, se partage des milliards tandis que les autres ramassent quelques miettes. Il n’y a pas de travail pour tout le monde, le taux de chômage est élevé. Pour travailler, beaucoup se rabattent sur des missions ponctuelles, à la journée. Ils se présentent le matin à l’embauche, quand ils ont de la chance ils restent une semaine, sinon ils repartent le soir en espérant qu’on aura encore besoin d’eux le lendemain… Le fossé entre les riches et les pauvres est creusé et la caste intermédiaire tend à s’amenuiser, ses représentants glissant en grande partie vers le bas. Pour se rendre compte de cette situation, il suffit de se balader dans les grandes villes ; le nombre de clochards, de sans-abris et de gens qui font les poubelles à la recherche d’un quignon ou d’un reste à se mettre sous la dent est sans cesse croissant… C’est pas du Dickens mais on en est pas tellement loin ! Il fait sale aussi, les rues sont jonchées de détritus, une odeur d'urine emplit l'air, les bancs publics sont témoins de l'abandon des restes de nourriture qui feront, peut-être, le bonheur d'un pauvre hère. Les égouts ne sont pas encore généralisés et l'hygiène dans les rues laisse à désirer.

 

Assez paradoxalement en ces temps troublés où l’avenir est sombre, la démographie est à la hausse, il nait plus d’enfants qu’il ne meurt de vieux. Tout aussi paradoxalement, ce sont les provinces les plus pauvres de Wallonie – le Hainaut et Liège – qui ont la plus forte croissance démographique. Les gens font des enfants sans pouvoir assurer leur avenir, en effet la courbe de la pauvreté suit la même courbe exponentielle que celle de la démographie. Une famille sur trois renonce, par faute de moyen, à se faire soigner ; il faut dire que le coût de la santé est de plus en plus élevé. Au niveau mondial, l’ère est au libéralisme et au profit, en tous cas pour les clans les plus riches… Le pouvoir est dans les mains des familles nobles, les grands patrons sont issus de familles à particules, ils dirigent l’économie du pays et, comme la politique est soumise au pouvoir de l’argent, ils dirigent indirectement l’état.

 

L’analphabétisme frappe les masses de plein fouet, en Wallonie près de 20% de la population sont incapables de lire et d’écrire. Les classes ne sont remplies que de quelques jeunes qui ont la chance de pouvoir bénéficier d’un enseignement, les autres sont dans la rue, incapables de situer Tegucigalpa, de nommer le Premier Ministre britannique ou le Chancelier allemand, alors qu’il s’agit de deux des plus importants personnages d’Europe, ou encore de faire la différence entre l’état de Washington et Washington District of Columbia. Ca n’entre pas dans leurs préoccupations les plus vitales. Un quart de la population mondiale n’a pas accès à l’eau courante. Un quart, probablement le même que le précédent, souffre de malnutrition pendant que les plus nantis crèvent dans leur cholestérol. Comment est-il possible, dans ce 19è siècle qui accouche d’une révolution industrielle, que les 20% de la population vivent avec des moyens quatorze fois supérieurs à ce qu’ils ont réellement besoin alors que les autres vivent en deçà ? C’est la question que je me pose dans ce tableau glauque qui sert de décor à mon étrange rêve…

 

Le dix-neuvième siècle dans lequel mon rêve teinté de délire m’entraîne est vraiment un siècle de paradoxes car si d’un côté les masses sont pauvres et peinent à se nourrir ou à se soigner, la médecine fait d’énormes progrès. Elle se fait plus précise et plus sûre mais semble de plus en plus réservée à un quarteron de nantis. L’autre grand domaine qui se développe rapidement c’est celui de l’information, par rapport aux siècles précédents, l’information circule plus rapidement. On peut désormais vite savoir la crise qui frappe de l’autre côté de l’océan Atlantique ou la construction d’un building ultramoderne à Londres, ville-phare de cette Europe en proie au doute. Les transports, qui ont entamé leur modernisme au siècle précédent, se développent aussi très fortement… Les riches peuvent aller quasiment partout selon leur gré tandis que les pauvres doivent renoncer à se soigner.

 

Je suis là, perdu au milieu de la Place Saint-Lambert à Liège, perdu aussi dans ce rêve dérangeant et désolant à me dire que j’ai finalement de la chance d’être né à la fin du 20è siècle. Comment aurais-je vécu en 1810, en 1825 ou en 1853 ? De quel côté aurais-je été ? Probablement pas de celui des nantis puisqu’il n’y eut jamais de particule chez mes aieux directs, qu’ils furent tous ouvriers et même immigrés pour certains. Après tout, peut-être est-ce là l’objet de ce rêve étrange… me faire prendre conscience de la chance qui est la mienne de vivre au troisième millénaire avec toutes ses facilités et ses disponibilités.

 

C’est alors que, toujours perdu dans les brumes de cet étrange songe chronologique, j’entends derrière moi : «Putain t’as vu comme elle bonne la blonde qu’est dans Secret Story !». Mes yeux se brouillent, le tableau du 19è siècle qui s’était peint devant moi s’efface lentement. «Faut que j’me paye le dernier Nokia, il est trop bien» entends-je encore à ma gauche. Je reprends mes esprits et je me rencontre, quelle horreur, que je suis bien éveillé, que je n’ai pas rêvé. Le décor est bien celui du 21è siècle, je n’ai pas voyagé dans le temps ni en songe ni en réalité.

 

Les quarante-deux pourcents de la population qui vivent au seuil de la population sont ceux qui vivent avec moins de 860 euros par mois – c’est le seuil de la pauvreté -, ils sont 13 pourcents, auxquels il faut ajouter ceux qui seraient (29%) sans l’assistance de l’état et des CPAS à ce seuil. Mais à l’heure où la Belgique doit calculer au plus serré ses budgets, à l’heure où la frange flamingante veut scinder la sécurité sociale, qu’en sera-t-il de ceux qui bénéficient de ces aides ?

 

Ceux qui tendent la main pour une piécette, qui font les poubelles pour un quignon de pain, ne sont pas les pauvres hères du 19è siècle, ils sont bien de notre époque, ils ont perdu ce qu’ils avaient pour basculer dans le monde sans cesse croissant de la précarité et de l’errance. Il n’existe aucun chiffres officiels quant au nombre de SDF en Belgique mais selon des chiffres fournis par des associations d’aides au SDF, une personne sur sept en Belgique pourrait basculer dans l’errance.

 

La centaine de famille qui se partage les richesses belges ce n’est pas non plus une réalité dépassée. Entre 2005 et 2006, la fortune des 20 familles les plus riches de Belgique a augmenté de 34%. Ce chiffre est inversement proportionnel à l’appauvrissement de la couche la plus démunie de la population belge. Comme au 19è siècle, l’ère est au libéralisme, à l’ultralibéralisme même désormais. Parmi les familles les plus riches de notre pays on trouve celles du Baron Albert Frère (Electrabel), du Baron Daniel Janssen (Solvay), du Vicomte Philippe de Poelberch (Inbev) mais aussi les clans à particule : de Winter (Elex), d’Ieteren, de Nul ou van Baaren… Enfin, il n’y a pas tellement longtemps, nous apprenions l’anoblissement par le Roi(1) de plusieurs grands patrons de société : Guy Quaden (Gouverneur de la Banque Nationale), Patrick de Massenaiere (Callebaut), Eric de Keuleneer (Solvay), Bert de Graeve (Bekaert) et Noël Devisch (Boerenbond) ont tous été baronifiés… Pourquoi a-t-on fait des Révolutions ? Pourquoi a-t-on pris la Bastille ? Plus que jamais, l’argent et les postes économiquement les plus importants sont aux mains de nobles !

 

Les travailleurs à la journée ou à la semaine ce ne sont pas ces ouvriers qui courraient les usines au 19è siècle pour tenter de trouver une embauche ponctuelle selon les besoins, ce sont les intérimaires qui, faute de mieux, doivent se rabattre sur des emplois à durée très limitée. Ils courent les rues, sales, emplies de déchets laissé au gré du vent par quelques humains à l'hygiène désastreuse, et où flottent des relents de pisse et de vômi de la veille... Les avaloirs sont saturés, pleins de crasses, et n'évacuent pas comme ils le devraient. L'hygiène est à peine meilleure qu'au 19è siècle finalement !

 

La démographie en hausse, symbole avoué d’un 19è siècle dans lequel il n’y avait pas beaucoup de facilités pour éviter les naissances, surtout dans les familles les plus défavorisées et incultes, est bel et bien réelle en ce début de 21è siècle. Ce que l’on appela Révolution Démographique au 19è siècle et qui fit passer la population mondiale de 900 millions à 1 milliards 600 millions de personnes entre 1800 et 1900 (+ 77% en 100 ans) n’est rien à côté de l’explosion démographique qu’a connu le monde ces quarante dernières année en passant de 3,7 milliards à 6,8 milliards de personnes (+ 83% en 40 ans)… En Belgique, depuis la fin des années 90, c'est-à-dire, bien après les principales vagues d’immigration (ndlr je le précise pour le cas où certains voudraient lier les deux !), on constate une hausse exponentielle de la démographie.

 

Le ménage belge sur trois qui n’a pas les moyens de se soigner, là encore ce ne sont pas des chiffres d’un passé révolu mais bien du cru. Une enquête publiée dans Test-Santé, en février dernier, et confirmée récemment par le KCE, étale ces chiffres douloureux : un Belge sur trois n’a pas les moyens de se soigner ou a du arrêter un traitement médical en cours faute d’argent ! Oui la médecine fait encore d’énorme progrès tous les jours, plus encore peut-être qu’elle n’en fit au 19è siècle, mais à quoi cela sert-il si la majorité de la population mondiale n’a pas accès à ces progrès ? Et le progrès technologiques ne touchent pas que la médecine, les systèmes d’informations et les transports n’ont jamais été aussi efficients mais c’est pour mieux servir une société de consommation et de loisirs qui prime sur la société de l’essentiel.

 

L’analphabétisme n’a pas disparu avec le 19è siècle… ni même avec le 20è ! Aujourd’hui, en Wallonie, selon un observatoire de la Communauté Française de Belgique, une personne sur dix est analphabète ! Et malgré cela les classes ne sont pas remplies ou alors par une poignée d’adolescents qui ont compris l’importance d’avoir une formation solide. Mais pour bien des autres ados, Tegucigalpa, David Cameron, Angela Merkel ou Washington DC… connait  pas ! Toute forme de culture ou de savoir n'a plus d'importance, les priorités sont effectivement ailleurs : au 19è siècle, les préoccupations vitales des gamins étaient de travailler pour pouvoir manger et se loger ; au 21è siècle leurs préoccupations sont de paraitre, d’avoir la coupe de cheveux la plus ridicule possible et de devenir célèbre pour fréquenter un monde d’imbéciles mondains où l’apparence vaut mieux que le savoir.

 

Non je n’ai pas voyagé dans le temps, non je n’ai pas rêvé… Je suis conscient et je dois me rendre à l’évidence que plus le monde évolue plus il régresse ! Au plus le temps passe, au plus les conditions de vie pour les choses essentielles nous ramènent avant 1850 !

 

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(1) Patrons anoblis : comment les choix se font par Ariane Van Caloen, in La Libre Belgique du 20 juillet 2007.

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 19:04

Oui, il y a une Amérique que j'aime...

 

usa.jpgJ’ai souvent été taxé d’anti-américanisme primaire et notamment par la kyrielle de suceurs de Bush qui fréquentent certains forums du web que je squattérise, moi aussi, de temps à autre. Je crois qu’ils confondent ma haine avouée pour le personnage malsain qui vient de diriger les Etats-Unis pendant huit années lamentables avec ce qu’ils s’imaginent être de l’anti-américanisme. Disons le tout de go, je n’exècre pas l’Amérique pas plus que je n’adore une quelconque forme de gauchisme dont on me taxe aussi parfois…

Depuis des lustres, les Etats-Unis ont été facteurs de rêves. Les plaines de l’ouest lointain, les villes immenses et majestueuses aux gratte-ciels tutoyant les nuages, la réussite, ce fameux American Way of Life ou tout le monde s’enorgueillit de posséder deux voitures et six téléviseurs, le strass d’Hollywood… La fascination américaine c’est aussi Marilyn Monroe, les Kennedy, James Dean, les Harley Davidson ou les Mustangs, le basket-ball, et cetera. Bref, un tout qui a fasciné, depuis que les GI’s ont foulés les plages de Normandie et les Ardennes Belges, des générations entières d’adolescents et d’adultes qui regrettent de ne pas être nés au Pays de l’Oncle Sam.

Et pourtant, j’ai l’impression que, si le fantasme existe encore, il s’est limité relativement fort dans l’esprit d’une grande partie des populations extra-américaines. Les Etats-Unis font, me semble-t-il, nettement moins rêver aujourd’hui qu’il y a 20 ou 30 ans. M’est avis que la politique menée, pendant huit ans, par George Bush n’est pas étrangère à ce constat que je pose… Mais peut-être aussi que si les States font moins rêver de nos jours c’est parce qu’ils paraissaient si inaccessible jusqu’il y a peu alors que maintenant New York c’est la porte à côté et qu’on prend son billet pour San Francisco comme on prenait son ticket pour Bruxelles il y a deux générations. Oui, le mythe s’écule, lentement mais sûrement… Cependant, il convient de dire que l’Oncle Sam n’a de cesse de envahir avec sa culture faite de fast-food, de séries télé, de sport-business ou de gangsta rap vulgaire.

J’ai rencontré, il y a peu, un adolescent qui m’avouait sa passion pour les Etats-Unis depuis qu’il les avait visités aux dernières grandes vacances. Encore qu’il se soit seulement attardé à Miami où il avait passé une quinzaine avec ses parents, poussant ça et là une pointe jusqu’à Orlando, Tampa Bay ou à Palm Coast. Peut-on vraiment appeler ça visiter les Etats-Unis ? Je me suis hasardé à lui demander ce qui l’avait vraiment fasciner en Floride ; Dwight Howard, Mario Chalmers et le Miami Style m’a-t-il répondu sans hésiter. Alors qu’il eut pu évoquer les couchers de soleil flamboyants sur Miami, les lamantins qui s’ébattent à l’embouchure des fleuves, les alligators, véritables prédateurs des eaux marécageuses, les Everglades, les keys ou Downtown Miami, cet inculte boutonneux ne parla que basket et rap… Crétin ! Pendant un quart d’heure il a palabré, avec passion il est vrai, de NBA et de rap Miami Style. Si ce gamin est passionné par les Etats-Unis ce n’est assurément que par le basket que l’on y joue et le rap que l’on y bruite. Il a su me dire, lorsque je lui demandais, qui vient d’être élu à la présidence de ce pays qu’il dit aimer mais est resté sans voix quand j’ai prononcé les noms de Nixon et Kennedy. J’ai tenté de lui parler de ces deux Présidents qui ont joué un rôle capital dans l’Histoire mais il ne trouva rien de mieux à dire que : «Qui se soucie d’eux puisqu’ils sont morts ?». Bon sang mais Nixon a quand même mis fin à la guerre du Vietnam avant d’être obligé de démissionner suite à un scandale dont on parle encore aujourd’hui tandis que JFK reste encore un Président mythique ne fut-ce que pour sa fin aussi tragique que bizarre. Il est vrai que pour cet ado inculte, le Vietnam c’est un coin d’Hollywood où Rambo va rechercher à ma mitrailleuse des potes à lui ; quant aux scandales politiques il s’en fout prodigieusement puisqu’il baigne dedans en Belgique, depuis tout môme, sans même y prêter attention. Je n’ai même pas osé lui demander ce qu’il retenait de la littérature américaine… Bon d’accord, il est vrai que l’on peut très bien vivre sans savoir que John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald étaient respectivement, à cent ans d’écart, les assassins d’Abraham Lincoln et de John Fitzgerald Kennedy. Il est vrai que l’on peut vivre sans savoir que Martin Van Buren était le huitième Président des Etats-Unis. Il est vrai que l’on peut vivre sans savoir que Charles Manson est l’illuminé qui fit assassiner sauvagement Sharon Tate, la femme de Roman Polanski à la fin des années ’60 et qu’il inspira Marilyn Manson pour son nom de scène. On peut très bien vivre sans savoir que Des Moines est la capitale de l’Iowa, que Frankfort est une petite ville du Kentucky ou encore sans savoir que Norma Jean Mortenson était le véritable patronyme de Marilyn Monroe. Mais on peut aussi vivre sans savoir qui sont Mario Chalmers ou Timbaland…

Mon Amérique à moi, c’est celle des longs rubans d’asphalte que l’on traverse au guidon d’une Harley ou au volant d’une Mustang, celle des villes immenses toujours en mouvement, pas celles des petites villes endormies où la messe dominicale est la seule source d’excitation, pas celle des stades de foot ou des salles de basket immenses.

Mon Amérique à moi, c’est celle du cinéma de Coppola, de Scorsese, de Chaplin, des Marx Brothers ou de Woody Allen et Tim Burton ; pas celle du cinéma des supers productions et autres blogbusters qui reposent davantage sur les fx que sur le scénario et le dialogue.

Mon Amérique à moi, c’est celle de la poésie de Jim Morrison, de la musique des Doors ou de Jimi Hendrix, du Blues de Chicago et du Mississippi, du rock engagé des sixties et des seventies ; pas celle de Michael Jackson, du rap vulgaire ou d’un R’n B qui n’a de Rythm’ n Blues que les initiales.

Mon Amérique à moi, c’est celle où un black ou un chicano peut devenir Président, c’est celle d’aucun power qu’il fût Black ou White ; pas celle d’un Ku Klux Klan encore bien trop présent, des WASP ou celle des gangs armés.

Mon Amérique à moi, c’est celles des hippies pas celle des yuppies. C’est celle où tout rêve peut devenir réalité pas celle qui envoie mourir ces jeunes en Irak. C’est celle de la liberté pas celles des flics ; c’est celle de la paix pas celle qui agresse la nuit au détour d’une rue trop sombre pour trois malheureux dollars.

Mon Amérique à moi, c’est celle de Martin Luther King et de John Kennedy, pas celle de Malcolm X ou de George Bush.

Mon Amérique à moi, c’est celle des longues plages de Californie, des parcs naturels du Wyoming, des forêts du Montana, du Bayou de Louisiane mais aussi et surtout celles des gratte-ciels de New York ou de Chicago, des bâtiments chargés de culture de Boston ; pas celles des ghettos de Los Angeles ou de Philadelphie, pas celle des champs de pétrole du Texas, pas celle des banques de Manhattan, pas celle des clodos qui dorment dans la rue, pas celle où l’on ouvre ton portefeuille avant d’accepter de te soigner, pas celle des baraquements en bois au fin fond de la Géorgie ou de l’Alabama, pas celle des maisons de milliardaires de Beverly Hills, pas celle des chutes du Niagara.

Mon Amérique à moi, c’est aussi celle de la littérature d’Edgar Allan Poe, de Jack Kerouac, de John Irving, de Steinbeck, d’Hemingway, d’Henry Miller ou de Dashiell Hammett ; celle de la musique de Jim Morrison, de Charlie Parker, de George Gershwin, de Frank Sinatra ou de Louis Armstong ; celle de la peinture d’Andy Warhol ou de Jackson Pollock…

Mon Amérique à moi, c’est encore celle de tous les paumés, de tous les fous qui refont le monde en fumant un joint, celle de tous les écrivains, acteurs, chanteurs, poètes, cinéastes, bref de tous les artistes inconnus mais qui ont plus de talent que biens des vedettes du star system dont la plus grande des qualités est de beugler du rap ou de dégommer toute une armée ennemie avec un lance-pierre vide en criant raaahhh je vais tous les buter.

Mon Amérique à moi, c’est enfin celle qui me fait rêver, celle que je ne connais pas, celle où je n’ai pas encore mis les pieds… Celle d’où je reviendrais un jour, probablement déçu !


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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 13:44

Où la version électronique de la Madeleine de Proust...

 

calafat.jpgD’aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours un faible pour l’Espagne, pour la Catalogne plus particulièrement... Loin de moi l’idée d’encenser certaines rôtissoires à touristes comme Benidorm(1), Lloret de Mar ou Salou, encore que ces stations qui sentent l’huile solaire à bon marché, regorgent aussi de quelques trésors comme le Casco Antiguo ou l’église San Jaime (Benidorm), l’Ermitage Nostra Senorita ou le château San Joan (Lloret), la Torre Vella (Salou)... Non, la Catalogne qui me séduit aujourd’hui est celle de Barcelone, ville sublime où l’architecture le dispute à la culture et à l’art du bien vivre, celle des bars à tapas écartés des voies touristiques traditionnelles, celle des ruelles fraîches où il fait bon s’abriter dans quelque estaminet pour se protéger du soleil, celle de Dali, de Miro, de Picasso et de Gaudi, celle de la gentillesse spontanée des autochtones... Toutes ces choses, parfois insignifiantes et dont, souvent, le commun des mortels n’a cure, mais qui font que je me sens chez moi à Barcelone. Une anecdote me revient, à ce propos, en mémoire. Elle date de quelques années déja mais reste fraîche à mon esprit. Nous évoquions, ma compagne et moi, confortablement installés dans les fauteuils de notre salle à manger cherattoise, le chemin à prendre pour aller admirer, lors d’un prochain séjour à Barcelone, l’Hôpital de la Santa Creu, superbe édifice moderniste façonné, au début du 20è siècle, par l’architecte Luis Domenech I Montaner. Spontanément, naturellement, l’itinéraire se dessinait dans nos esprits lorsqu’à la télévision, un journaliste informa qu’un hold-up avait eu lieu dans une bijouterie de la rue de la Casquette, à Liège, notre ville... Impossible de se rappeler où est située cette rue à Liège ! Voilà donc que nous étions incapable de cerner un endroit de la grande ville la plus proche de notre domicile(2) alors que nous connaissons Barcelone quasiment sur le bout de doigts. Voici quelques années, nous avons même aider un couple de Français égarés à retrouvé son véhicule sur la base d’une ou deux indications vagues...

Mais je m’égare - moi aussi - du thème qui inspira cette chronique ! Hier, j’ai reçu un courrier électronique d’une connaissance que je fréquentais, adolescent et jeune adulte, lors de mes annuelles vacances en Catalogne. Dans la liste des destinataires, il y avait aussi l’adresse électronique d’un Toulousain, lui aussi prénommé Olivier, qui faisait partie d’une bande que nous avions formée lors de ces séjours estivaux... Et ma mémoire s’est mise à fonctionner, à faire appel à ces souvenirs enfouis finalement pas si profondément car ils remontèrent à la surface sans encombre. Chaque année, nous nous rendions, durant les vacances d’été, dans un petit village nommé Calafat, perdu entre Méditerranée et montagne, quelques dizaines de kilomètres plus bas que Barcelone. Là-bas, nous retrouvions, chaque été, la même bande de jeunes ; Cram le Montois, Hein le Batave, Ségolène la Parigote, Mark et Oliver de Francfort, les jumelles elles aussi d’Allemagne, la jolie Silvia, Mike le plus Belge de tous les Américains, Wendy, Sandra et Steven les cousins anversois, Violène la petite frimousse adorable de Mont de Marsan, Manu la pitchoune d’Hagetmau dans les Landes, Véro la sœur de Cram, Muriel l’hispano-belge, plus quelques autres qui ne firent que des passages épisodiques dans la bande.

De parties de volley-ball sur la plage en sorties nocturnes, de baignades dans les eaux chaudes d’une crique déserte de ce qui était plus que tout Mare Nostrum en beach parties autour d’un feu de bois, de barbecues en amourettes adolescentes et éphémères... que de souvenirs liés à cette période d’insouciance ou le plus périlleux de nos soucis était de savoir si l’on opterait, le soir, pour le t-shirt blanc ou le noir... Il est loin, déjà, ce temps béni où nous ne vivions tous que pour ces quelques semaines catalanes, se réjouissant de revoir toute la bande autour d’une table de l’Informacion, l’endroit qui nous servait de troquet, ou du filet de volley sur la plage. Pour être sûr de ne pas gâcher notre plaisir, nous mettions un point d’orgue à réussir notre année scolaire en juin afin de ne pas polluer nos vacances avec des examens à représenter. Et comme l’anglais avait été promulgué langue officielle afin de pouvoir nous comprendre tous, nous avons fait des progrès non négligeables dans la langue de Conan-Doyle, Kipling et Wilde !

Pendant près 20 ans, chaque été je retournais avec un plaisir non feint à Calafat, mon petit paradis entre terre et mer. Aujourd’hui, il ne m’en reste que des souvenirs car, forcément, nos routes se sont séparées au fil des années. La dictature des horaires a pris la place de la liberté, les tracas ont remplacé l’insouciance et la réalité est probablement moins rose que ne l’étaient nos rêves d’adolescents. Mais cette part d’illusion restera à jamais gravée au plus profond de nous.

Ce mail, version modernisée de la madeleine de Proust, a réveillé en moi de nostalgiques réminiscences, du genre qui font du bien quand on y pense, qui réchauffe l’âme et entretiennent l’esprit. En fin de compte, si l’on change avec le temps, je m’aperçois avec délectation qu’il reste un point commun énorme entre mes joies de jouvenceau et mes bonheurs actuels : la Catalogne !


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(1) qui n’est évidemment pas en Catalogne mais bien dans la région plus au sud d’Alicante...
(2) aujourd'hui, quelques années après cet épisode, nous habitons Liège et situons nettement mieux la rue de la Casquette


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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 13:13

Ma mémoire est inexorablement la cible de résurgences de la tragédie de Los Alfaquès...

 

alfaquesJ’en parlais récemment avec des amis autour d’une tablée estivale, il est des souvenirs d’enfance qui peuvent marquer toute une vie d’adulte. Des réminiscences qui restent gravées à l’esprit, plus ou moins fidèles à la réalité selon la perception que l’on en avait eue à l’époque. S’il est un de ces événements qui m’a marqué et auquel il m’arrive encore souvent, sans pourtant le vouloir, de penser c’est la catastrophe de Los Alfaquès qui a eu lieu le 11 juillet 1978 dans ce camping près de la petite ville touristique de San Carlès de la Rapita. Usuellement, nous passions nos vacances d’été familiale en Catalogne, dans un petit village perdu entre la Méditerranée et la Cordillère littorale catalane, Calafat (Je vous reparlerai, je pense de cet endroit durant l’été). Nous avions coutume d’aller en balade dans la région et, notamment, quelque cinquante kilomètres plus au sud, au delta de l’Ebre qui offre des paysages superbes.

 

J’avais huit ans lors de ce chaud été 1978, le lieu de nos vacances, proximité hispanisante oblige, résonnait encore de la victoire argentine à la Coupe du Monde de football… L’Espagne résonnait d’autant plus qu’elle serait la prochaine organisatrice du tournoi mondial et que, déjà, l’on commençait à en parler alors qu’il faudrait encore attendre quatre années pour voir débarquer les stars du ballon rond. L’Espagne était aussi dans une drôle d’ambiance générale, le régime franquiste n’existait plus depuis trois ans mais les effluves de la Movida ne caressaient pas encore les narines de la jeunesse… Oui, c’était une période de transition dans laquelle on ne distinguait pas encore très clairement le chemin à prendre. Les nostalgiques de Franco croyaient encore possible de réinstaller un régime dictatorial tandis que les épris de liberté n’osaient pas encore pleinement savourer celle qui s’offrait à eux. Du haut de mes huit ans, je ne pensais guère à la situation politico-sociale mais seulement aux plaisirs de la plage, à mes jeux d’enfant et aux balades au bout du bout du monde comme ma mère appelait le Delta de l’Ebre… Et c’est vrai que sur ce morceau de terre perdu et presque désertique à l’époque où l’Ebre vient se jeter dans la Méditerranée, j’avais l’impression que le monde s’arrêtait, qu’il n’y avait plus rien par-delà cette vaste étendue maritime.

 

A l’époque, les informations ne circulaient pas aussi vite qu’aujourd’hui. Nous n’avions que Radio Monte Carlo pour nous tenir informé ainsi qu’un petit journal local que nous achetions parfois lorsque nous allions dans la petite ville voisine de notre nid… Pas de télévision, mes parents n’en voulaient pas pour les vacances - comme ils avaient raison ! - pas d’internet dont les prémisses populaires n’étaient même pas encore imaginées. La source d’informations la mieux alimentée était encore Radio Supermercado, le bouche à oreille du supermarché (ndlr c’est un grand mot !) de notre petit village. Ainsi avions-nous appris qu’il y avait eu un accident assez grave dans un camping un peu plus bas que chez nous, à San Carlès de la Rapita. Quelques jours plus tard, nous embarquions dans la voiture pour notre annuelle excursion au bout du bout du monde… En chemin, nous sommes passés sur la route qui longe le camping de Los Alfaquès, celui-là même qui venait d’être pulvérisé par la folie humaine deux ou trois jours plus tôt.

 

Les lignes qui suivent ne viennent pas de ma mémoire mais bien de ce que j’ai pu lire – parfois des années après le drame – à propos de cette catastrophe dont le champ de ruine marqua ma mémoire.

 

Le 11 juillet 1978, le camping de Los Alfaquès (Les Bancs de Sables) est plutôt bien rempli, c’est un lieu qui attire chaque année bon nombre de touristes allemands, hollandais, belges et français. Il fait chaud, très chaud en ce début d’après-midi. Certains vacanciers profitent de la fraicheur salvatrice de la mer tandis que d’autres tentent de se reposer en faisant la sieste sous un arbre, d’aucuns enfin passent à table… Bref l’animation normale d’un camping méditerranéen en juillet. Sur la Nationale 340, en provenance de Tarragone et en direction de Vinaros et plus loin Alicante, fonce un camion citerne rempli de propylène, un gaz hautement inflammable. La citerne, qui a été remplie vers midi à Tarragone à la raffinerie Enpetrol, est en surcharge, elle contient 43 mètres cubes de gaz au lieu des 38 règlementaires. A 14h30, le chauffeur, probablement à cause du poids et du tangage de la citerne, perd le contrôle de son poids lourd qui quitte la route et se couche sur le côté en glissant vers Los Alfaquès… Le frottement déchire la citerne et une étincelle transforme cette masse glissante en une énorme boule de feu(1). En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la boule de feu – qui atteint la température de 2000° - traverse le camping en ligne droite, dévastant tout sur son passage. En à peine quatre minutes, sur une largeur de 150 mètres, la boule de feu carbonise ce qu’elle engloutit : tentes, caravanes, voitures, femmes, hommes et enfants… 217 personnes meurent en moins de temps qu’il ne faut pour fumer une cigarette, d’autres qui avaient la «chance» de se trouver en dehors du passage de la boule de feu sont grièvement brûlés par la chaleur ou par les gouttelettes de propylène en feu qui retombent en pluie, plusieurs dizaines d’entres elles mourront dans les heures et le jours suivant dans les hôpitaux de la région. «C’était comme du Napalm, c’était un enfer !»(2) dira un touriste français quelques jours plus tars au journaliste du Times venu l’interviewer.

 

J’en reviens au fil de mes souvenirs. Lorsque nous passons le long du camping, le 13 ou le 14 juillet, tout n’est que désolation, la vie s’est arrêtée, les restes de quelques constructions, des carcasses de voitures ou de caravanes fument encore, une odeur âcre prend au nez et les seules âmes qui vivent sont celles des premiers enquêteurs dépêchés par les assurances et des policiers de la guardia civile… Est-ce le cas où est-ce ce que ma mémoire à fixé mais il n’y a aucun bruit, pas le moindre chant d’oiseaux, pas de brouhaha ambiant… Mon père ne s’arrête pas, la voiture poursuit sa course vers le bout du bout du monde mais c’est ici, à Los Alfaquès, que le monde s’est arrêté pour plusieurs centaines de personnes, celles qui sont mortes et, pire encore, celles qui ont survécu à ce drame engendré par la folie des hommes… Cette folie qui pousse les hommes à vouloir gagner du temps et de l’argent au mépris des contingences matérielles réalistes. On ne m’ôtera pas de l’idée que si ce camion à quitté la route c’est parce qu’il était surchargé et que le chauffeur roulait trop vite. Ces deux facteurs combinés ont semé la mort et la désolation dans un lieu qui devait sentir bon les vacances, la joie de vivre et l’insouciance.

 

Nous ne sommes restés que quelques secondes devant les ruines de l’enfer mais ces quelques secondes ont suffit à marquer à jamais ma mémoire de gosse au fer rouge. Avec le temps, certains détails s’estompent, d’autres sont probablement conservés à l’encontre de la vérité mais il est une réalité qui ne s’effacera jamais de moi, cette ambiance et cette odeur de mort sur la Nationale 340, non loin du bout du bout du monde…

 

 

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(1) il n’est pas exclu que la citerne fut déjà en feu avant que le camion ne quitte la route mais personne ne peut le confirmer et aucun élément de l’enquête ne peuvent accréditer cette thèse.

(2) It was like Napalm !, in Time, 24 juillet 1978

 
 
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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 09:25

Non je ne méprise pas les ouvriers ou les gens mal-aisés, je méprise ceux qui méprisent la culture !

 

culture.jpgUne personne de mon entourage professionnel me demandait, ce matin, pourquoi je prends tant de plaisir à m’acharner sur l’univers des ouvriers. Il s’offusquait du manque de respect dont je peux, parfois, témoigner à l’encontre de ce qu’il appelât, lui-même, le prolétariat et qui est, à mon sens, une appellation bien peu cavalière lorsque l’on sait que ce terme désigne, originellement, une sous-classe sociale romaine. Le prolétaire était celui, dans la Rome Antique, qui avait pour seule richesse ses enfants ; il faisait partie de la classe la moins élevée du civitas romain. Comparer les ouvriers aux prolétaires à toujours eu pour effet de me heurter profondément, surtout lorsque cela vient de la bouche de quelqu’un qui m’accuse de médire du monde ouvrier… Soyons clair, je ne veux pas décrier la classe ouvrière par quelle que forme de snobisme que ce soit. N’étant pas, moi-même, issu d’une quelconque bourgeoisie, il m’est malaisé d’abjurer mes origines.

Mais alors, que puis-je reprocher à la classe moyenne dont je suis moi-même issu ou à la classe ouvrière ? A elles, en générale, rien, absolument rien ! Mais à une sérieuse proportion des particuliers qui les composent et qui se vautrent, avec une délectation qui m’irrite au plus haut point dans une sous-culture navrante bâtie autour de télé-réalité, de séries venues d’outre-Atlantique ou de leurs pâles copies franchouillarde et de musique sans âme, je ne peux que reprocher bien des choses. Si je me fendais d’une allégorie je dirais simplement que je leur reproche de préférer Rambo à Rimbaud !

Est-ce vraiment là matière à critique ? Je dis oui !

Le constat est réel à mes yeux et je le pose sur base de mon expérience et de mes observations ; au plus on émarge à une catégorie sociale peu nantie, au moins on cherche à se cultiver. Aujourd’hui la culture est à portée de toutes les bourses, les grands auteurs sont en livres de poches et coûtent moins cher qu’un Paris-Match, qu’un Détective ou qu’un magazine qui ne parle que de la Star Ac’… bref ce genre de lectures dont on se délecte bien trop souvent dans les milieux ouvriers et défavorisés. Un exemple concret, avant-hier j’ai acheté en librairie le roman Mort sur le Nil d’Agatha Christie, un classique par excellence de la littérature policière, je l’ai payé 5,85€. Dans cette même librairie, le prix d’un mensuel people qui parlait de Secret Story, des vacances de stars et de conseils sexo pour l’été : 5,95€ ! Agatha Christie est moins chère que les peoples… Et les bouquinistes vendent des grands auteurs de seconde main pour deux ou trois euros, on peut lire pour moins cher qu’un paquet de clopes !

Internet est aussi une grande porte ouverte sur la culture mais, malgré qu’aujourd’hui près d’un Belge sur deux – y compris chez les ouvriers - ait accès au net, combien sont ceux qui s’en servent avec une vocation culturelle, pour s’instruire ou se forger une culture générale. Bien peu en somme, la majorité préférant s’en servir pour tchater ou étaler sa vie morne sur Facebook… D’aucuns s’en servent aussi pour télécharger du bruit infâme qu’ils appellent musique et qui pollue, par le biais d’un MP4, l’atmosphère dans le bus, à la terrasse d’un café ou dans une salle d’attente. Mais alors, tant qu’à télécharger, même illégalement, pourquoi ne pas privilégier Aznavour, Brassens, Mozart, les Stones, les Who, les Doors, Boris Vian ou Sinatra plutôt que les merdes que l’on entend sur Fun Radio et NRJ ou ce son nauséeux pour épileptiques en transe que l’on entend, de nos jours, sur ces lieux baptisés dance floors et qui ne sont jamais que les pistes de danse sur lesquelles on écoutait de la bonne musique voici 20 ans !

Je suis sidéré par le nombre de personnes qui ne possède même pas un dictionnaire à la maison… Un dictionnaire basique, tout simple, cette invention merveilleuse qui permet à la langue de Molière, Sartre ou Desproges d’entrer dans toutes les maisons et toutes les familles. Et bien non, d’aucuns estiment qu’un dictionnaire n’est pas utile et que cela coûte cher ! Le Larousse 2010, en vente dans toutes les grandes surfaces, coûte 27,90€, soit deux euros de moins que celui de l’an passé. 150.000 noms communs définis et expliqués, 28.000 noms propres et 5000 illustrations… 183.000 références culturelles pour 27,90€ soit un coût 0,00015€ par référence. On peut aussi voir le coût sur la longueur : un dictionnaire coûte donc 0,07€ (7 cents) par jours et encore sur une seule année d’utilisation. Un dictionnaire peut se garder trois ans, voire quatre, avant de se changer pour une version à jour… ce qui divise par autant le cout journalier d’un tel outil. Celui qui dit qu’un dictionnaire est cher est un con ! 27,90€ pour l’achat d’un dictionnaire, je connais des gens sans grandes ressources qui dépensent cette somme sur une seule soirée dans un troquet en libations inutiles et qui affirment ne pas avoir de quoi acheter un Larousse ou un Robert… Andouilles !

Et puis il y a, évidemment, cette fameuse télévision ! On passe de plus en plus de temps devant la télévision au détriment des aspects social et culturel de la vie. Il s’en trouve par poignées pour s’avachir devant leur petit écran plusieurs heures d’affilées pour mater des conneries sur TF1 ou Plug RTL plutôt que de sortir se faire une soirée théâtre ou de lire un bon roman… Un de ces romans qui coûtent moins cher que la presse people ! Mais voila, regarder la télé c’est plus facile, cela demande moins d’effort. La télévision, ou plutôt sa mauvaise utilisation, est responsable du déclin de la culture, encore que le fait de posséder une télévision n’a jamais empêché quiconque de sortir de chez lui pour aller au théâtre, au cinéma, au concert ou au spectacle... Cela doit plutôt être une question de volonté ou d’envie alors ! La télévision c’est la facilité ; on rentre, on s’avachit et on regarde la première connerie venue, pas trop compliquée à comprendre avec des peoples enfermés dans une ferme ou des pseudo-chanteurs estropiant des classiques de la chanson... La télé est le fast-food de la culture ! Ce n’est pas bon sans être vraiment mauvais mais cela simplifie surtout le quotidien...

La culture c’est cher ? Tout est relatif car ceux qui disent ça sont aussi souvent ceux qui disposent d’un décodeur, d’un relais satellite, d’un lecteur DVD et d’une multitude de films sur ce support. Jusqu'à preuve du contraire, tout cela coûte aussi, si pas plus, cher qu’un abonnement au théâtre ou une visite hebdomadaire au musée. D’autant plus qu’il existe désormais des tarifs sociaux pour rendre la culture accessible à tous.

Mais la culture n’est pas que théâtrale ou de musée, elle peut aussi être générale. Combien d’ados peuvent-ils encore dire que Tegucigalpa est la capitale du Honduras ? Combien se sont intéressé à la réélection de Manmohan Singh en Inde qui est pourtant la plus grande république démocratique de la planète ? Combien savent encore que le DC derrière Washington veut dire District of Columbia ? Et pourtant, de Washington, on en parle quotidiennement dans les journaux télévisés... Mais bon sang, c’est vrai, les JT non plus n’ont plus la cote ! Trop difficile à appréhender ? Non, simplement souvent en même temps que le prahime de la Star Ac’, de Secret Story ou de je ne sais quelle abomination de la télé-réalité. Les responsables télévisuels sont coupables de déverser des flots de télé réalité sur nos petits écrans, ils sont responsables de la déculturalisation des masses, de l’inoculation du virus de ce que j’appelle, par extension à la malbouffe, la malculture de la jeunesse. Mais les parents sont autant coupables par leur permissivité face à ces programmes. Aujourd’hui, les classes les moins aisées et le milieu ouvrier sont les cibles privilégiées des annonceurs et du marketing car ils savent que ce sont les couches les plus disposées à dépenser de petites sommes pour des conneries sans intérêts. Et lorsque ces petites sommes s’additionnent, cela fait vite un juteux pactole.

La culture demande un effort que beaucoup ne sont plus enclins à produire. J’ai assisté, voici quelques années, à un remarquable exposé de Charles Janssens, qui était alors Député Wallon socialiste, sur la culture et les masses. Cet homme rappelait que de son jeune temps, dans les Maisons du Peuple, il y avait des bibliothèques et que ses parents et ses grands parents s’y rendaient, après leur journée de travail pour combler les trous de l’instruction qui leur faisaient défaut, obligés qu’ils étaient d’aller à l’usine ou à la mine dès le plus jeune âge… C’est un temps pas si lointain finalement, il y a 40 à 50 ans à peine. Aujourd’hui, l’école est accessible à tous, l’instruction est un don de nos aïeux mais la plupart des jeunes n’en n’ont rien à faire, privilégiant assurément les aventures staracadémiciennes d’un Kevin ou d’une Cindy au Tour du Monde en 80 jours de Philéas Fogg où les montées d’adrénaline des participants de Total Wipeout aux rimes de Paul Verlaine...

De toute évidence, les sanglots longs ne sont plus ceux des violons de l’automne mais bien ceux de l’écervelée éliminée, à 0,50€ la minute, par les votes d’un public prêt à claquer un pognon bête pour sauver leur pseudo-star favorite… Alors clairement oui :

Oui, je conspue ceux qui se sont extasiés devant la Soirée Disco de Boris sans même savoir qu’à ce même prénom répondait un génie du nom de Vian ;

Oui, je maudis ces ignares qui lorsque l’on dit Stéphane pensent immédiatement à Bern plutôt qu’à Mallarmé ;

Oui, j’exècre ces illettrés pour qui Wilhelm Apolinary est l’inventeur d’une marque d’eau pétillante en non pas le grand Guillaume Apollinaire, poète maudit et avant-gardiste, auteur du superbe Alcools et Calligrammes au début du vingtième siècle ;

Oui, je voue aux gémonies les incultes qui trouvaient Coluche grossier et qui se plongent au quotidien dans la vulgarité télévisuelle de Benjamin Castaldi, Nikos Aliagas ou Christophe Dechavane ;

Oui, je réclame une rééducation culturelle pour ceux qui se gavent de presse people sans savoir qu’il existe des auteurs merveilleux comme Oscar Wilde, Ernest Hemingway, Saint-Exupéry ou Kerouac ;

Oui je voue aux gémonies tous ceux qui sont incapables d’écrire une phrase sans la noyer de fautes d’orthographe et de syntaxe ou de langage sms ignominieux ;

Oui, je crache sur ces amputés du cortex dont le QI permet juste d’appréhender les dialogues d’un film de super héros made in USA alors que Michel Audiard est tombé en désuétude par désaffection du public ;

Oui, je méprise ces médiocres qui vont s’entasser, oints d’huile de chez Aldi, sur les plages bondées de Salou alors qu’ils sont à quelques kilomètres de Barcelone et de ses musées prestigieux ou de son architecture fabuleuse ;

Oui, je plains ces bouffeurs de ballon rond pour qui Milan, Liverpool, Madrid, Cologne, Rome ou Moscou sont des villes de foot avant d’être des villes d’art…

Je sais pertinemment que l’inculture n’est pas l’apanage d’une classe sociale mais je sais aussi par empirisme que beaucoup d’individus de la horde populacière se complaisent dans cette sous-culture dans laquelle souvent ils sont nés… Oui, l’inculture est héréditaire car si l’on n’inculque pas l’envie de se cultiver à un enfant, il ne la développera pas spontanément. Et qui mieux que ses parents peuvent lui inculquer cette envie ? Sauf si, bien entendu, cette envie ils ne l’ont pas ! «Il n’y a pas d’homme cultivé, il n’y a que des hommes qui se cultivent» se plaisait à dire le Maréchal Foch – ce qui reste, à l’heure actuelle, l’une des rares choses intelligentes qu’ait pu dire un militaire ! – hélas, il y en a aussi de moins en moins qui font l’effort de se cultiver…

La culture, ça doit commencer à l’école primaire ; c’est là que l’on doit faire naître l’envie de se cultiver car c’est la culture, et elle seule, qui permet à l’homme de se forger des opinions, de jauger des situations, d’émettre des critiques, de remettre en question et de progresser. Sans culture, l’Homme est manipulable à souhait. Et de plus en plus, sans même plus s’en rendre compte, l’Homme se laisse manipuler, se laisse dicter ses choix et ses comportements…

C’est triste mais c’est bien réel, à une époque où la culture est accessible au plus grand nombre, où l’on ne doit plus courir, après une longue journée, les maisons du peuple pour trouver de quoi épanouir son savoir, une grande majorité des humains n’est plus disposée à faire l’effort de se cultiver. Ce sont ces gens, ceux qui pissent sur la culture, que je méprise. Est-ce ma faute si la majorité de cette majorité émarge aux classes ouvrières ? Suis-je responsable si la culture est davantage snobée dans le bas de Seraing, dans les cites ouvrières de Herstal ou dans les banlieues-dortoirs de Paris qu’à Chaudfontaine ou dans les quartiers huppés de Londres ou New York ?

Ce n’est pas – loin de moi l’idée – la classe ouvrière que je méprise, ce sont les individus qui en font partie et qui ne font pas l’effort de la culture ! Ceux qui me connaissent le savent, celui qui m’interpella ce matin ne le sait pas, pas plus qu’il ne sait qui est l’auteur de L’esprit des Lois, qui a peint Guernica ou qui est Margueritte de Crayencour… Ce sont pourtant là de choses essentielles et simples de la culture basique ! Est-ce ma faute si ce type est ouvrier ?



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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 14:11

Combien d’images peut-on employer pour évoquer l’érection masculine sans user de termes par trop vulgaires ?

champi.jpgIl y a peu, nous étions consternés, ma tendre moitié et moi, des façons plates – encore que dans le cas qui nous occupe, le mot plate soit assez inapproprié – qu’avaient certains jeunes pour évoquer l’érection masculine. Dans un reportage à la télévision, il semblait impossible à des ados de parler d’érection sans tomber dans une médiocrité qui sied très bien à notre époque. Impossible d’en parler sans prohiber les mots bander, avoir la trique ou la gaule que ces jeunes avaient à la bouche… Encore une image inappropriée ! Alors, tels deux Cyrano discourant dans toute sa verve – et non pas dans toute sa verge ! - d’une autre protubérance, nasale celle-ci, nous avons dérivé naturellement sur le perchoir naturel que certains hommes, paternellement, tendent aux petites pattes des oiseaux… Et tant qu’à paraphraser des auteurs célèbres, c’est vers Victor Hugo que nos pensées sont allées en comparant cet appendice dressé à la clé que l’homme possède afin de remonter la femme à intervalles réguliers. Ceci dit, quand bien même c’est de la plume d’Hugo, il s’agit là d’une image assez peu reluisante du sexe.

Plus poétiques, nous aurions pu user d’une allégorie printanière pour parler de la sève qui monte dans les jeunes pousses afin de leur donner la vigueur nécessaire à affronter les événements qui arrivent.

De façon militaire, nous aurions pu évoquer le lever des couleurs, le garde à vous, l’assaut ou encore d’une rampe de missile orientée vers le territoire à conquérir mais ce sont là des images trop bellicistes que pour avoir l’heur de nous plaire. Bien qu’il faille le concéder, il y a pléthore d’images qui correspondent à ces deux thèmes pourtant si différents et parfois si proches. Encore qu’aux plaisirs martiaux j’aie toujours privilégié ceux de l’amour charnel…

Médicalement, nous aurions pu faire convenir du gonflement de certains tissus organiques provoqué par le désir jusqu’à l’état de turgescence mais cette image médicale aurait tendance à refroidir mes ardeurs plutôt qu’à les stimuler.

Alors c’est à l’Ouest américain du 19è siècle que nous aurions pu nous référer pour parler de la réaction physique et nerveuse des outlaws pendus sur la place publique de Nothing Gulch ou de Tombstone. Mais c’est une réaction que nous n’avons jamais pu constater de visu depuis que la coutume séculaire de la pendaison est tombée en désuétude tant au Far West que dans nos contrées…

Plus sportifs, nous aurions pu deviser du fameux mat de cocagne au sommet duquel il faut grimper à la force des poignets afin de décrocher le gros lot. Mais s’il n’est question que de poignet, assurément un manque se fera, tôt ou tard, cruellement sentir !

En référence alimentaire, comment ne pas être tentés d’établir la comparaison avec le poireau, le sucre d’orge voire les sucettes à l’anis de Gainsbourg qui se savourent d’une manière si particulière mais nous n’y aurions sacrifié que par facilité alors…

Tant qu’à être vulgaire comme l’étaient les adolescents du reportage, il aurait pu être question de baobab, présomption ridicule usée des séducteurs bas de gamme. Mais là encore nous nous en abstiendrons, laissant cela à une population plébéienne qui se complait dans une médiocrité quotidienne que l’on rencontre aussi dans les bureaux syndicaux, les vestiaires des équipes de foot ou sur TF1, M6 et Plug RTL !

Non, survolons ce salmigondis méprisable et oublions jusqu’à l’existence de ces mots fort peu gracieux pour divaguer sur l’esthétique des colonnes ioniques ou corinthiennes dont la majesté n’a d’égale que la capacité à rester debout contre vents et marées.

Nous aurions pu aussi arrêter nos palabres sur le pylône électrique érigé vers le ciel d’où est prête à jaillir une décharge de six milles volts. L’image flirte avec la vulgarité cependant elle reste néanmoins acceptable mais elle était déjà utilisée par Serge Gainsbourg, encore lui…

Si nous avions été quelque peu scientifiques, nous aurions abordé le levier qui entre en action sous la pression d’une force extérieure, c’est de la physique ; la réaction provoquée par la mise en contact de deux corps, c’est de chimie ; du processus utile à la reproduction des mammifères, c’est de la biologie.

Amoureusement, enfin – car il faut toujours terminer sur une note d’amour -, nous aurions parlé du bien-être ressenti en certaines occasions du à la présence de la personne chérie.

Voila quelques façons, parmi tant d’autres, d’évoquer l’érection masculine que nos adolescents auraient pu utiliser s’ils avaient eu une once de culture littéraire, historique et générale. Mais de culture, ils n’ont que celle de la médiocrité qui leur est enseignée chaque jour un peu plus à grands coups de télé-réalité, de feuilletons grotesques et de musique vulgaire. Voila comment, mon amour, ma mie, ma vie, nous aurions parlé, nous de cette fameuse érection. Mais il est des situations finalement qu’il est préférable de taire. Alors, contentons-nous d’en jouir – ici par contre le terme est bien approprié – sans publicité, juste dans l’intimité.

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 10:34

Où quand prendre le bus s’apparente, à certaines heures, à une aventure digne de la mythique série de Rod Sterling.

bushorreur.jpgDepuis que je vis au centre ville, j’essaie de me déplacer au plus souvent possible en bus ou à pied. En fait, je ne sors la voiture du parking où elle dort paisiblement que lorsqu’il m’est impossible de faire autrement, pour le boulot la plupart du temps. Et encore, la majeure partie de mes déplacements professionnels se fait aussi en bus. J’avoue qu’au début je pensais être rapidement dégouté de me déplacer avec les transports en commun mais, en y adaptant un peu ma façon de les appréhender, cela se passe plutôt bien. Le tout est d’éviter les heures de pointe. Depuis plusieurs semaines donc je suis devenu un adepte du bus d’autant qu’il s’agit toujours de déplacements simples, j’entends par là sans correspondance et sur des distances relativement courtes. Voici quelques jours, je devais retrouver ma compagne à Herstal. Etant rodé, je me suis dit que j’allais tenter le coup en bus malgré la correspondance. Je partais des hauteurs de Liège et je devais donc rejoindre Herstal ; un changement s’imposait tout près de la Cathédrale de Liège. Ca va aller ai-je osé penser… Quelle erreur ! Hormis la très longue attente entre les deux bus et le fait que le second était plein comme un œuf à cette heure de pointe, je dois dire qu’il y a 1001 raisons qui font que je ne renouvellerais jamais cette expérience. Je me contenterais de n’en évoquer que quelques-unes, ce sera largement suffisant. La première étant simplement olfactive ; je jouais de malchance, peut-être, du fait que ce jeudi était plutôt ensoleillé mais l’odeur de transpiration qui flottait dans cet espace clos, dont pourtant des lucarnes étaient ouvertes sur l’extérieur, justifierait à elle seule l’envie d’un abandon total des transports en commun. Bon sang, combien sont-ils à négliger leur hygiène corporelle pour que cela sente, à ce point, le poney dans le bus ? Je plains franchement le chauffeur qui doit survivre dans cet environnement pendant huit heures. J’ai connu des écuries qui exhalaient de meilleurs parfums, c’est tout dire. Il convient aussi d’ajouter, ça et là, à cette odeur aigre quelques effluves de mauvais tabac froid qui relèvent encore un peu plus cette puanteur ambiante.

La seconde raison qui me pousse à ne jamais renouveler cette expérience est sonore. A gauche, à droite, devant, derrière, à côté… il fait plein de lecteurs MP3 ou 4 poussés à fond. Malgré les espèces de casques inutiles que ces accros aux bruits ont enfoncé dans leurs oreilles, les nuisances sonores – car s’en sont assurément – jaillissent de partout. Si j’étais au faîte des merdes actuelles qu’écoutent les jeunes à casquettes j’aurais pu les reconnaitre tant le son était élevé. Mais le pire est qu’ils écoutent tous, et pas seulement les jeunes, un truc différent ce qui donne une espèce de cacophonie répugnante contre laquelle tout amateur de vraie musique serait disposé à intenter une action en justice. Et puis comment ne pas évoquer la médiocrité ambiante qui régnait dans ce bus. Debout dans l’allée centrale en équilibre souvent précaire, j’avais à côté de moi un duo d’adolescents libidineux, 18 ou 19 ans maximum, qui vantaient leurs «exploits» sexuels… Enfin si l’on peut taxer de sexe la vision du rapport charnel qu’ils ont. Le premier, bien qu’il se targuât d’avoir une copine, avança qu’il s’était tapé «une salope du Thier-à-Liège» et qu’elle était «bonne comme une Russe». Quel point de comparaison ! A-t-il, ce libidineux boutonneux, fait l’amour à mille femmes russes que pour oser cette comparaison aussi affirmative ou juge-t-il simplement sur base des films pornographiques venus de l’est, vision déformée du sexe réel, qu’il a du voir en nombre sur le net ? L’autre ado débile ajouta, probablement pour soutenir la comparaison avec les pseudo-prouesses de son pote, qu’il était avec une fille qui lui avait tout fait dès la première semaine et qu’il l’avait «quettée dans tous les sens !». Mon dieu, quelle élégance dans le chef de ces deux petits cons… J’en ai presque regretté qu’ils avaient coupé leur MP3 pour tenir cette conversation écœurante. Un peu plus loin, à l’arrière du bus, il y avait un troupeau d’autres mioches, un peu plus jeunes que les deux casanovas de pacotille, qui gloussaient comme des pintades, se vannaient sans finesse et dont certains semblaient fiers de la retenue qu’ils avaient gagné en insultant leur prof de méca (-nique je suppose) tandis que d’autres affirmaient clairement que le redoublement de leur année était acquis et qu’ils s’en foutaient comme de leur première dent de lait. Une conversation menée, bien entendu, dans un dialogue grossier, sans saveur et avec un accent caricatural exacerbé à son paroxysme. A gauche dans l’allée, il y avait un type complètement défraichi dont, à mon sens, sa contribution à la puanteur de l’air par la transpiration devait être conséquente, l’air hagard et probablement imbibé de bière à bon marché. En tous cas, une canette fermée dépassait de sa poche, nul doute qu’il l’ouvrirait dès sa descente du bus… Mamies acariâtres, landaus en enfilade dans l’allée centrale qui ressemblait ainsi à la grille de départ d’un grand prix de formule 1, demoiselles à peine pubères au décolleté provoquant (dont certaines finiront probablement dans les récits des deux casanovas de pacotille), employés blasés des administrations publiques, petits vélos pliants abandonnés où faire se peut et que l’on prend dans les jambes au moindre coup de frein (et Diable sait qu’ils sont très nombreux !)… Et au milieu de cet enchevêtrement de gens, de sacs et de cabas, quelques âmes seules qui, comme moi, semblent se demander ce qu’elles font là au milieu de cet environnement hostile. Peut-être n’ont-elles pas d’autre choix que celui de se déplacer en bus à cette heure particulièrement désagréable. Le lendemain, je demandais à un collègue qui se déplace en bus depuis bien plus longtemps que moi et sur des distances bien plus longues que les miennes si cette atmosphère est coutumière. Oui, m-a-t-il répondu d’une façon aussi laconique que désespérée ! D’autres récits que j’avais entendus auparavant vont dans le même sens…

En fait, le bus est tout à fait viable avant 7h30 et après 17h30. Mais dans cet intervalle de dix heure, l’on dirait que prendre le bus c’est entrer dans la quatrième dimension. Ce n’est plus du tout le même univers. Il s’apparente alors au royaume de la médiocrité voire de la groseillerie la plus triste qui soit, un milieu suintant le bruit et les odeurs nauséeuses. Ce n’est plus, j’en suis convaincu, un univers humain mais bien un microcosme parallèle à la vie normale…

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 10:03

Enfin mon âme citadine est à sa place...

Liege-vu-du-chr-2.jpgEt bien voila, c’est fait je suis Liégeois et fier de l’être… Depuis quelques temps j’habite au cœur de la Cité Ardente, j’ai quitté mon nid rural, dans un petit village de la Basse-Meuse, pour m’installer en ville, en plein centre. Il m’amuse de constater que ce changement d’environnement suscite des incompréhensions chez la plupart de mes connaissances. En effet, beaucoup d’entre elles ne comprennent pas que j’aie quitté la campagne pour la ville… Et pourtant, tous ceux qui me connaissent devraient se rendre compte que cela sied mieux à mon caractère et à mes envies d’être citadin plutôt que champêtre, ils auraient même du se demander pourquoi je n’avais jamais envisagé ce déménagement bien avant. Cela fait deux ans que j’y pense et lorsque l’occasion s’est présentée de vendre la maison, je l’ai saisie sans hésiter. Il y avait comme un paradoxe dans ma façon de vivre. Dès que je le peux je m’échappe vers les grandes villes européennes ; Paris, Londres, Barcelone, Pescara, Rouen… sont autant d’endroits que j’ai adorés et dans lesquels je retourne dès que faire se peut. Il m’est impossible, par exemple, d’envisager des vacances qui ne seraient pas dans une ville où il y a 1001 choses à faire. Véritable rat de musées et d’expositions, amateurs de balades urbaines durant lesquelles, armé de mon Nikon ou de mon Fuji, je me plais à capturer les instants fugaces que l’animation de la ville m’offre au détour d’une rue ou au coin d’un parc… J’aime la ville et ce fameux paradoxe qui m’habite me fait vivre à la campagne depuis plusieurs années. Pourquoi courir les villes européennes dès que j’ai un moment de liberté et vivre au quotidien à la campagne ? Telle est la question que je me posais depuis plusieurs mois ; aujourd’hui j’y ai apporté la réponse la plus logique qui soit en emménageant au centre de Liège.

Disons-le tout net, je m’ennuyais depuis trop longtemps dans mon village trop calme que pour être vivant. Pire, voici quelques mois qu’il était devenu, pour moi, un village-dortoir dans lequel je rentrais du boulot aux alentours de 18h00 pour ne quasiment plus ressortir de chez moi avant le lendemain matin pour aller travailler. Je me suis aperçu qu’il y a beaucoup de ruraux qui sont dans ce cas… Oui, nos villages deviennent de plus en plus des cités-dortoirs coupées d’une grande partie des activités sociales et culturelles. Certains village se meurt même doucement de la disparition des hauts-lieu de leur vie sociale comme l’épicier, le café près de l’église ou le club de foot. En outre, il y a pour moi une âme que l’on trouve dans les villes et qu’il n’y a plus dans les villages. Chez moi – enfin ce qui était encore chez moi jusqu’il y à quelques jours ! – les constructions se sont succédé, partout on a implanté des maisons qui se ressemblent, sans âme, dans le type fermettes wallonnes clés sur porte, véritables insultes pour l’œil de tout amateur d’architecture. Partout les nouveaux lotissements poussent à vue d’œil dans les villages, attirant ainsi de nombreux résidants. Mais, partout où l’on regarde, les maisons nouvelles se ressemblent, homogénéisant ainsi le paysage… le dénaturant aussi. En ville, entre les buildings et les espaces verts, on peut encore, en se baladant, tomber sur une maison Art Déco ou sur un vieux bâtiment qui a été rénové avec goût et style. De nombreux quartiers vivent encore au rythme de leurs animations culturelles ou sociales… Tiens, à Liège, des endroits comme Pierreuse, les alentours de la Place de Bronckart ou les impasses en Hors-Château ont bien davantage conservé l’esprit de village que les vrais villages des environs de Liège. Encore un paradoxe !

Diable que c’est aisé lorsque l’on habite au centre ville d’avoir une vie sociale. Tous mes nouveaux voisins citadins me le confirment et j’en ai fais l’expérience aussi, qu’il est agréable de sortir, même à 20h00, à pied pour aller au cinéma ou profiter d’une soirée douce en terrasse autour d’un café ou d’un verre de vin. Qu’il est sympa d’aller au restaurant sans la voiture et sans se soucier de ne pas boire trop que pour reprendre le volant pour rentrer. Qu’il est facile en quittant le boulot, avant de rentrer, de faire un petit détour pour aller voir une exposition ou d’entrer dans un musée. Qu’il est plaisant de profiter de l’animation du quartier, de rencontrer des gens, de discuter un peu avec eux de tout et de rien… de vivre finalement ! J’avais presque oublié, dans mon village trop paisible que pour être vivant, combien il est doux de vivre, d’avoir une vie en dehors du boulot, de la télé et du PC…

Reste encore un réel avantage que je redécouvre, celui de fréquenter à nouveau les commerce de proximité. Dans la plupart des villages, les petits commerces ont disparu car les ruraux ont tendance à privilégier les grandes surfaces pour faire leurs achats. Plus faciles, moins chères et plus rapides, ces antres de la consommation de masse sont devenus le réflexe de biens des villageois tandis que les citadins ne renient pas le plaisir d’aller chercher leur pain à la boulangerie, leur jambon à la boucherie et leur journal à la librairie. C’est avec joie que j’ai redécouvert ce plaisir… Et ce qui me réjouit c’est que dans tous ces commerces près de mon nouveau chez moi il y a du monde. Une image d’Epinal est tombée, celle qui voulait me montrer des citadins pressés, stressés et des ruraux sereins, relax. Aujourd’hui, j’en suis convaincu, les urbains profitent bien davantage de la vie et de ses petits plaisirs au quotidien que la plupart des habitants des campagnes et des villages.

Attention, je ne dis pas que vivre en ville ne présente que des avantages et que tout y est rose, non il y a bien des inconvénients, ne fut-ce parfois que pour stationner la voiture ou encore par rapport à la pollution et au bruit. Mais ce bruit justement c’est la vie ! Le silence de ma rue déserte, dans mon village, m’angoissait terriblement. Aujourd’hui, je revis vraiment et je suis heureux d’habiter en ville, d’être devenu le citadin que j’ai toujours été au fond de moi. Que n’ai-je donc déménagé bien plus tôt !

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