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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 08:43

Pour la communauté musulmane, ce 20 juillet  marque l'entrée dans le mois du Ramadan.


ramadan.jpgTous les Musulmans pratiquants du monde ont entamé aujourd’hui le Ramadan, un mois de jeûne et d’abstinence. Trente jours durant, ils devront s’abstenir de boire, de manger, de fumer et d’avoir des relations sexuelles, de l’aube au coucher du soleil. Véritable action de piété, le Ramadan est, surtout, un des cinq Piliers de l’Islam. Traditionnellement, le Ramadan débute au lendemain de la Nuit du Doute qui est marquée par la fin du huitième mois lunaire et l’apparition de la nouvelle lune... Durant cette période, la pratique religieuse doit atteindre son paroxysme. Les cinq prières quotidiennes sont plus largement observées - à la Mosquée ou à la maison - par l’ensemble de la Communauté musulmane. Ces prières sont davantage orientées vers l’aspect social car c’est, en effet, aussi le mois du pardon et le mois du partage. Le jeûne est considéré comme un effort spirituel pour lutter contre la séduction des plaisirs terrestres. Cependant, une frange de la population - les femmes enceintes, les vieillards et les enfants en bas âge - est exemptée à cause des risques que ce jeûne volontaire pourrait induire. Les voyageurs, selon le Coran, disposent aussi d’un statut spécial car ils ont besoin de toutes leurs forces pour poursuivre leur périple. Ils sont donc appelés à postposer le jeûne ou à le compenser en faisant l’aumône aux plus démunis. Le Ramadan est, pour tous les pratiquants, une obligation religieuse. Il rappelle le mois au cours duquel le Coran a été révélé au Prophète Mohamed. C’est, en effet, la 27è nuit du neuvième mois lunaire – dite Nuit du Destin ou Laylat al-Quadr – que le Coran fut révélé à Mohamed. Mais, il s’agit aussi d’une action d’ouverture vis-à-vis des non-musulmans, une période durant laquelle les musulmans veulent profiter de l'occasion pour expliquer ce qu'est le Ramadan, son message de paix et de réconciliation. L’occasion pour les cultures diverses de se tourner les unes vers les autres…


Le Ramadan est donc un mois particulier pour le milliard et demi de musulmans à travers le monde. Il est consacré à faire une introspection mais, pour chacun, aussi à évaluer sa relation avec Dieu, à mesurer sa dévotion. Concrètement, du lever au coucher du soleil, les musulmans pratiquant doivent s'abstenir intégralement de manger, de boire, de fumer et d'avoir des relations sexuelles, mais aussi de dire du mal de quiconque, de jurer, de respirer du parfum, de se mettre en colère ou de regarder quoi que ce soit d'illégal. Un repas - le sahur – est servi avant l'aube, de préférence le plus tard possible, et un second repas – l’iftar – est servi après le coucher du soleil pour la rupture du jeûne. Entre les deux, l’abstinence totale est de rigueur. La journée est consacrée à la spiritualité et est jalonnée de cinq prières ainsi que de la lecture du Coran. Une nouvelle prière a lieu quelques minutes après le coucher du soleil, à l’appel du muezzin, avant l’iftar. Et, comme le Ramadan met l'accent sur la vie communautaire, il n’est pas rare que ceux qui suivent le Ramadan partagent l'iftar à la mosquée la plus proche avec des amis, des parents ou des voisins. La fin du Ramadan est marquée par la fête de l’Aïd al-Fitr qui marque le début du 10è mois lunaire et la fin du jeûne.

Un iftar à Istanbul

J'ai eu la chance - car s'en est une ! - d'être invité, voici quelques années, à partager l'Aïd al-fitr à la Mosquée de Cheratte. C'était un vrai moment de partage et d'ouverture vers les autres. L'année passée, j'ai passé dix jours à Istanbul pendant le Ramadan; c'est un moment gravé à jamais dans ma mémoire. Nous avons essayé, avec ma compagne, de nous fondre le plus possible dans l'esprit du moment et, après le petit-déjeuner pris à l'hôtel, nous n'avalions ni nourriture no boisson autre que de l'eau (il faisait une chaleur torride et nous fallait vraiment nous  hydrater) avant le coucher du soleil. J'ai découvert une ambiance unique de solidarité que je ne soupçonnais pas forcément, notamment à l'attention de splus démunis et des SDF. Mon meilleur souvenir d'Istanbul repose sur une rencontre formidable, celle d'une famille qui attendait l'iftar devant la Mosquée Bleue, prus de l'Hippodrome. Nous étions assis sur un muret de la mosquée à attendre également le coucher du soleil pour manger. L'Hippodrome noircissait de monde au fil des minutes qui s'écoulaient, des familles arrivaient avec leur pique-nique, d'autres allumaient un barbecue pour y faire griller quelques morceaux d'agneau, il y avait une véritable vie communautaire qui s'installait. Alors, une famille s'est posée à côté de nous sur le muret de la Mosquée Bleue. La dame, qui devait avoisiner la cinquantaine, chercha à engager la conversation mais comprit rapidement que nous ne parlions pas le turc aussi demanda-t-elle à sa fille qui parlait l'anglais de jouer les intermédiaires. C'est ainsi que nous avons discuté de tout et de rien, du Ramadan, bien sûr, mais auss de la beauté d'Istanbul, de la gentillesse de ses habitants, de l'immigration qui envoya, dans les années soixante, quelque 200.000 Turcs en Belgique dont plusieurs familles dans mon petit village bassimosan. Ca sembla lui faire plaisir à cette dame que mon village fut terre d'accueil pour certains de ses compatriotes. Qui sait, peut-être y avait-il parmi ces expatriés l'un ou l'autre membre de sa famille ? Nous avons partagé une heure de la vie de cette famille, nous avons sympathisé et nous l'avons laissée à l'appel du muezzin afin qu'elle puisse pratiquer son ultime prière du jour avant de rompre le jeûne. Que ce soit à la Mosquée de Cheratte ou à Istanbul, j'ai vécu deux expériences formidables de Ramadan, des expériences axées sur le partage et l'ouverture. Aussi quand j'entends certains imbéciles aculturés qui résument l'Islam à l'intégrisme, je bondis car c'est tout le contraire de la vision des vrais pratiquants de l'Islam...

 

 

 

 

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 10:31

Selon un sondage CSA publié ce matin, près de 60% des moins de 35 ans ne savent pas ce qu'est la Rafle du Vel' d'Hiv'... Effarant !

veldhiv.JPGIl y a 70 ans aujourd'hui que débutait la Rafle du Vélodrome d'Hiver, dans le 15è Arrondissement de Paris. En deux jours, ce sont 13.152 juifs qui ont été arrêtés par le police française dont un peu plus de 7000 furent parqués dans le vélodrome de la rue Nélaton avant d'être envoyé à Drancy, Compiègne ou Pithivier, points de départ vers les camps de concentration nazis, Auschwitz pour la plupart des raflés. C'est un point noir de l'Histoire de France, un point qui marque la collaboration des autorités françaises avec l'occupant allemand. Le colonel Helmut Knochen, qui dirige la police allemande en France, et le Capitaine SS Theodore Dannecker ont pour mission d'arrêter 22.000 juifs de Paris et sa banlieue, une mission qui leur est confiée par Adolf Eichmann, haut-fonctionnaire du IIIè Reich et proche d'Hitler. Knochen et Dannecker chargent René Bousquet, Secrétaire Général de la Police Nationale Française, de mener à bien cette arrestation massive. Bousquet, aidé par le Commissaire Général aux Question Juives Louis Darquier, organise la rafle. Les premières "réunions de travail" eurent lieu le 7 juillet 1942, il ne faudra que neuf jours pour organiser les choses, et encore la rafle était initialement prévue pour le 13 juillet... Bousquet reçoit les fiches des juifs à arrêter, des juifs allemands, polonais, russes, autrichiens, tchèques ou dont l'origine n'est pas déterminée avec précision. Ces fiches sont transmises à toutes les brigades de la police municipale de Paris avec les ordres à suivre qui précisent, en substance, que les policiers doivent vérifier l'identité des personnes qu'ils arrêtent, qu'ils n'ont pas à se soucier de leur état de santé, qu'ils n'ont pas d'explications à donner et que l'opération doit être menée avec rapidité et efficacité. L'ordre de mission dit encore que les femmes en fin de grossesse ou allaitant un enfant ne doivent pas être arrêtées... Afin de respecter la rapidité et l'efficacité imposée, les policiers ne tiendront pas compte des "dérogations" pour les femmes enceintes ou allaitant qui seront emmenées également au Vélodrome d'Hiver.

Ce sont finalement 27.400 juifs qui sont répertoriés et qui sont visés par la rafle. Celle-ci débute donc le jeudi 16 juillet 1942, très tôt. Ce sont à peu près 9000 policiers qui sont mobilisés pour la mener à terme dans un délai de deux jours. Le manque de zèle d'une part importante des policiers (cela méritait d'être souligné) ainsi que des infos qui ont filtré via la Résistance permettent de sauver plusieurs milliers de juifs qui échappent ainsi à la rafle mais ce sont quand même 13.152 personnes (5802 femmes, 3031 hommes et 4051 enfants) qui sont arrêtés et enfermés dans le Vélodrome d'Hiver qui est transformé en prison provisoire. Certaines famille sont directement envoyées vers le camp de Drancy, au nord-est de Paris. Sept mille juifs, environs, sont donc enfermés cinq jours durant dans le vélodrome dans l'attente de leur transfert vers ailleurs... un ailleurs d'où l'on ne revient pas ! Sans nouriture et avec des conditions hygiéniques déplorables, certains tentent de fuir en forçant les portes de vélodrome, ils sont abattus sans sommation par la police. D'autres, conscients de la situation sans espoir choisissent de mettre fin à leurs jours. On comptera une centaine de suicides parmi les raflés. Quelques jours plus tard, des convois emmènent les 7000 juifs du Vel' d'Hiv' vers Drancy, Pithiviers, Compiègne et Beaune-la-Rolande d'où ils seront transférés vers des camps de concentration pour être exterminés.

Sur la seule année 1942, ce sont au total 42.000 juifs de France qui seront envoyés dans les camps de concentration nazis, un quart d'entre-eux ont été arrêtés sur la seule Rafle du Vel' d'Hiv'... Seuls 25 adultes et une poignée d'enfants raflés ces 16 et 17 juillet 1942 ont survécu !

L'oubli est intolérable !

Ces deux journées de l'été 1942 restent comme une tâche noire qui souille l'Histoire de France, des journées à ne jamais laisser s'effacer de la mémoire collective car comme le soulignait justement Sir Winston Churchill : "un peuple qui oublie son passé est condamnée à le revivre". Et pourtant, un sondage CSA publié ce matin par divers médias rapporte des chiffres effrayants : 67% des 15-17 ans, 60% des 18-24 ans et 57% des 25-34 ans ne savent pas ce qu'est la Rafle du Vel' d'Hiv' ! 25% des plus de 65 ans l'ignorent également... La moyenne nationale, tous âges confondus, est donc de 42% qui ne savent pas ce qu'est la Rafle du Vel' d'Hiv', qui ne savent pas qu'il s'agit d'un épisode marquant de la seconde guerre mondiale, un acte majeur de collaboration qui impliqua les autorités françaises depuis Pétain jusqu'aux policiers municipaux en passant par Laval et Bousquet. Où est le devoir de mémoire essentiel ? A l'heure où énormément de Français votent à l'extrême droite, une frange (trop) importante de la population nationale ignore les horreurs de l'intolérance, de la xénophobie et de la haine religieuse qui se sont déroulées chez eux voici quelques décennies... Il y a probablement d'ailleurs un lien de cause à effet  ! Le devoir de mémoire est fondamental, l'oubli des actes honteux commis pendant la seconde guerre mondiale est intolérable, il y a un réel manque à ce propos !

La génération actuelle des moins de 25 ans n'a quasiment plus de parents ou de grands-parents qui ont connu la seconde guerre mondiale vivants. Nous en avions, nous savions ce qu'était un camp de concentration ou une déportation parce que nos familles en ont vécus ou connus mais nous avions aussi des enseignants qui incluaient le devoir de mémoire dans leurs leçons ou leurs cours. Cela ne semble plus être le cas... Mais ce devoir de mémoire n'est pas qu'une question de filiation ou d'enseignement, c'est une question de culture au sens large. Une question de manque de culture plus précisément ! En effet, la Rafle du Vel'd'Hiv' est un événement qui a largement alimenté la production culturelle de la seconde moitié du 20è siècle. Il existe un Musée du Vel' d'Hiv', à Orléans, Alexandre Jardin, Joseph Weismann, Tatiana de Rosnay ou Erik Orsenna, pour n'en citer que quelques-uns, ont romancé ce tragique événement. Joseph Losey (Monsieur Klein, en 1976, avec Alain Delon) en a fait un film poignant et, plus proche de nous encore, La Rafle de Roselyne Bosch avec Gad Elmaleh et Jean Reno fut un succès au box-office de 2010. Plusieurs millions de Français ont vu ce film mais il ne semblent pas les avoir marqué de façon indélébile... En outre, la station de métro de Bir-Hakeim, non loin de la Tour Eifel, qui voit défilé des dizaines de milliers de personnes tous les jours, abrite des panneaux souvenirs de la rafle (voir illustration de l'article). Oui, aujourd'hui ne pas avoir une idée, même minime, ce qu'est la Rafle du Vel d'Hiv' est un manque de culture qui confère à l'imbécilité !

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 18:21

Le 99è Tour de France s'est élancé de Liège cet après-midi... Ambiance dans les rues de la Cité Ardente !

91.jpgOn l'attendait depuis huit ans ce départ du Tour de France à Liège, depuis 2004 lorsque le prologue de l'épreuve cycliste la plus prestigieuse du monde s'était déjà déroulé dans le coeur de ma ville. La Province a bien travaillé pour ramener le peloton de la Grande Boucle dans la région, il convient de saluer ce travail. Ce matin, je suis donc sorti très tôt de chez moi afin de m'imprégner de l'ambiance montante. Petite balade dans les rues de la ville, découverte du Village du Tour avec ses nombreuses boutiques et ses hôtesses aguicheuses qui tentent de fourguer leur kit Tour de France aux passants... Du jaune partout ! Tiens, même Georges Simenon, assis sur son banc de la Place du Commissaire Maigret, voit la vie en jaune. Il est temps de se diriger vers le circuit car, même si les dix heures n'ont pas encore sonné au clocher de Saint-Denis et que le premier coureur ne s'élancera que dans quatre heures, il faudra ne pas être trop tard pour avoir une bonne place. J'opte pour le rond-point de la Batte, près de la rue Hongrée car c'est le point le plus oriental du parcours, les coureurs tourneront autour du rond-point pour revenir vers Saint-Lambert. Ils auront ralenti pour bien négocier le virage et devront relancer la machine... Oui, l'endroit me semble parfait. Les rues sont encore désertes mais les premiers supporters arrivent. Là deux hollandais vêtus des maillots de deux formations bataves qui sont au départ. A côté de nous s'installent deux couples de retraités français. A peine ont-ils installé leurs fauteuils qu'ils se dépèchent d'entrer dans le café derrière nous pour commander des cafés. L'une est surprise car elle à "droit à un petit gâteau avec son café", un gâteau... un biscuit... un bonbon comme on dit chez nous ! C'est vrai que ce n'est guère une habitude française que d'offrir un biscuit avec le café dans les estaminets. A notre gauche viennent de jeunes hollandais, ils ont tout prévu : casse-croute, boissons et sucreries. Il est proche d'onze heures, la foule est désormais nombreuse; elle attend le passage de la caravane publicitaire, le premier grand moment du Tour de France 2012. Il faut encore patienter une heure mais voici les premiers coureurs qui viennent s'imprégner du circuit, emmenés par Juan-Jose Cobo, ce sont quatre Movistar. Ils partagent la route avec deux Vacansoleil mais aussi avec de nombreux cyclotouristes qui ont l'autorisation de rouler sur le parcours du prologue. Voici aussi une famille qui roule calmement là où se donneront à fond les pros dans quelques heures... Ambiance bon enfant, on discute avec son voisin, on échange des informations. Certains parlent de Lance Armstrong dont on vient d'annoncer la mise en accusation pour dopage par l'USADA. D'autres se souviennent du prologue de 2004, ils étaient déjà sur le bord du circuit et font des comparaisons. Je ne peux m'empêcher de faire pareil, j'y étais aussi et je trouve que l'on ne voit pas beaucoup de coureurs cette année par rapport à 2004. Alors, Jan Ullrich était passé plusieurs fois en reconnaissance, il s'était arrêté pour discuter avec des fans allemands. Lance Armstrong avait reconnu sept fois le parcours afin d'en mémoriser le moindre détail. Lors d'un tour de reconnaissance, lui que l'on disait de glace, avait même ralenti pour permettre à un cyclotouriste de rouler à ses côtés et de poser pour la photos qui doit toujours trôner, huit ans plus tard, dans son salon (ndlr le salon du cyclotouriste... pas celui d'Armstrong !). Cette année, pas de cadors sur le circuit ! Où sont-ils ? Pourquoi Evans, Wiggins, Cancellara ou Gilbert ne viennent-ils pas reconnaitre le parcours ?

Avec tout ça, il est proche de midi. Par les hauts-parleurs on entend que la caravane va s'élancer. Dans quelques minutes, elle sera là... La voici, précédée par une voiture officielle de la course. C'est kitsch, c'est commercial mais c'est amusant de voir les bras qui se tendent pour essayer d'attraper au vol quelques gadgets sans intérêt, une madeleine ou une casquette à pois rouge. Mon voisin hollandais attrape quelques journaux Eaufficiel du Tour, édité par un partenaire minéralier de longue date. Chaque jour, un numéro différent ! Il m'en tend un exemplaire qu'il a de trop. "Dank u wel" lui dis-je dans la langue de Vondeel qui est aussi la sienne. Bien vite, la caravane est passée. On retrouve des cyclistes qui se réapproprient le parcours. Cette fois, plus questions d'amateurs ou de touristes, la route est aux pros qui préparent la course. Et si on changeait d'endroit pour voir les coureurs autrement ? Direction le Palais des Princes-Evêques, au coeur de la Cité. On s'insinue, on trouve une place. Voici Tom Veelers, il sera tout à l'heure le premier à s'élancer. Il lui reste moins d'une heure pour se préparer. Oscar Freire et un ancien équipier de la Rabobank font le parcours ensemble tandis que George Hincapie, qui entame son 17è Tour de France (record absolu), est déjà très concentré. Clameur un peu plus loin dans la foule, ce doit être un cador qui passe... De fait, j'ai juste le temps de déclencher pour faire la photo de Cadel Evans, vainqueur l'an passé, qui devra se surpasser pour conserver son titre. Bradley Wiggins fait figure de grand favori, ce sera un duel anglo-saxon entre l'Australien et l'Anglais ! Hunter, Dupont, Popovych, Roelandts... les coureurs se suivent jusqu'à ce que le speaker annonce que le premier va partir. Veelers s'élance à 14h00 précises, il boucle le parcours en un peu plus de huit minutes, trop pour espérer un beau classement. L'un après l'autre, les coureurs s'élancent et le classement prend forme. Longtemps Grivko tient la tête mais les grands ne sont pas encore en course. Sylvain Chavanel finit par le déloger, il sera lui aussi finalement expulsé du haut du podium pour terminer à la troisième place. Sans surprise, c'est le Suisse Fabian Cancellara qui remporte le prologue comme il l'avait gagné en 2004, déja à Liège. C'est le quatrième prologue remporté par Spartacus - deux à Liège, un à Londre et un à Rotterdam - qui s'approche du record (Cinq) toujours détenu par Bernard Hinault. A l'applaudimètre, c'est évidemment Philippe Gilbert qui décroche la palme. Survolté, Gilbert a réussi un superbe prologue terminant neuvième. La poisse était accrochée aux roues de Tony Martin, l'Allemand était à classé au rang des favoris, il a crévé et laissé s'envoler tous ses espoirs de battre Cancellara. Quant au duel Wiggins/Evans, il a largement tourné en faveur de Wiggins.L'Anglais se classe deuxième; l'Australien treizième. Il concède dix secondes, rien de dramatique mais l'avantage est à Wiggins !

 

Voilà, c'était une belle journée ensoleillée avec quelque 300.000 personnes qui ont assisté au spectacle le plus populaire qui soit. Pour Liège, les retombées sont énormes tant financières qu'en termes d'images. L'organisation était remarquable, il faut le souligner ! Demain, le peloton s'envole vers Seraing, puis ce sera Visé et Tournai avant d'entre en France pour aller chercher les Vosges, les Alpes et les Pyrénées. Que la bataille commence !

Le prologue à Liège en images

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 10:53

Ségolène Royal paie cash ses comportements et sa personnalité !

sego.jpgDécidément, depuis cinq ans, Ségolène Royal cultive la défaite comme une philosophie politique. En mai 2007, elle perdait la présidentielle face à Sarkozy, l'année suivante elle échouait dans sa tentative de conquête du Parti Socialiste (c'est Martine Aubry qui en devenait Première Secrétaire), en octobre 2011 c'est à la primaire socialiste qu'elle essuyait un cinglant revers (seulement quatrième sur six candidats, avec moins de 7% des suffrages) et, enfin, hier c'est aux législatives dans la circonscription de La Rochelle qu'elle s'est vautrée... Après autant d'échecs en enfilade, il est temps de tirer des conclusions : ni les militants du PS ni les électeurs français ne veulent d'elle ! Il faut dire que Madame Royal ne fait pas grand chose pour être appréciée. Diable que cette femme est désagréable ! Il émane d'elle comme une aura détestable, une forme d'égocentrisme qui la pousse à croire souvent qu'elle est le centre du monde politique, du PS français à tout le moins. J'ai encore en mémoire cette phrase qu'elle avait eue en 2008 pour commenter la victoire de Barack Obama à la Présidentielle américaine; elle avait dit en substance, au journal Le Monde, que la campagne victorieuse d'Obama s'était fortement inspirée de la sienne... Quand je parlais d'égocentrisme !!! Je ne pense pas qu'Obama ait dû un jour s'inspirer de Royal pour faire de la politique mais, quand bien même c'eut été le cas, il aurait réussi là où elle avait échoué. Je me rappelle aussi d'une émission Sept à Huit, sur TF1, en mai dernier dans laquelle Madame Royal se gargarisait d'avoir été à la base de la réussite de François Hollande ou encore d'un tonitruant "Vous avez de la chance de m'avoir" lancé, en mai 2011, à des journalistes qui l'interrogeaient sur la primaire socialiste. En 2006, d'aucuns l'avaient même surnommée Sa Majesté Ségolène après qu'elle eut rabrouée une jeune militante socialiste qui lui posait une question banale lors de la Fête de la Rose, à Quimperlé. Ségolène Royal est décidément trop hautaine et cassante que pour être appréciable par le commun des mortels... Pas plus tard que dimanche, au soir du second tour des élections, Madame Royal a encore joué perso et égocentrique en mettant en scène son intervention avant l'heure officielle; même dans la défaite, il fallait qu'elle se pousse du col en intervenant avant la cloture officielle des bureaux de vote dans les grandes villes. Par ailleurs, a-t-elle parlé de l'écrasante  victoire du PS ? A-t-elle même simplement évoqué le fait que la droite était rejetée dans l'opposition ? Non, elle n'a parlé que de sa déception personnelle et de sa hargne à l'encontre de Falorni. sEGOlène aime s'entendre parler d'elle, ne fait preuve que de peu d'humilité, ça l'a perdue !

Car voilà, cette dernière défaite ne s'est pas jouée à un fifrelin, non Olivier Falorni a remporté quasiment les deux tiers des voix mises en jeu, 62,97% précisément. Pourtant lorsqu'elle fut parachutée à La Rochelle, en provenance de ses Deux-Sèvres, elle était persuadée de l'emporter. Elle l'était tellement qu'elle s'était déjà affublée du costume de Présidente de l'Assemblée Nationale... elle est tombée du Perchoir avant même d'y être montée ! Est-ce le glas de la carrière politique de Madame Royal ? Ses soutient affirment que non, "Elle est dotée d'une capacité de résilience extraordinaire. A chaque fois que c'est fini elle renait de ses cendres"(1) commente une proche de Royal. Mais à chaque fois qu'elle revient c'est pour se planter encore un peu plus; peut-être est-il temps de cesser de revenir dès lors ? En tous cas, si elle envisage de briguer la direction du Parti Socialiste dans les mois à venir, Madame Royal a intérêt à adoucir son image, à la casser complètement même afin d'en reconstruire une qui collerait davantage à ses ambitions. Contrairement à François Mitterrand qui pouvait se permettre d'être cassant ou hautain, Ségolène Royal ne peut ambitionner un nouveau poste d'envergure qu'en descendant de son piedestal. Quoiqu'elle en dise, même si elle évoque une trahison, Ségolène Royal n'a eu besoin de personne pour se faire battre, elle y est parvenue toute seule à cause, en partie, de sa personnalité détestable. Quatre échecs importants successifs sont tout sauf un hasard, c'est au contraire un signe. Le signe qu'il est temps qu'elle modifie sa personnalité et ses comportements hautains; ce sont eux qui l'ont amené où elle se trouvent c'est à dire loin du sommet de la politique française qu'elle aurait pourtant pu briguer !

Quoi qu'il en soit Ségolène Royal est le seul point noir d'un Parti Socialiste français qui a fait main basse, ce dimanche 17 juin 2012, sur tous les organes décisionnels de la politique nationale française...


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(1) L'inexorable chute de Ségolène Royal, par Solenn de Royer, in Le Figaro, 18 juin 2012.

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 09:34

Il y a 30 ans, les Diables Rouges étaient sur le toit de l'Europe...

euro-80.jpgPuisque la génération médiocre actuelle de mercenaires du football belge est totalement incapable de se qualifier pour un tournoi majeur, il faut vivre dans les souvenirs pour vibrer avec les Diables Rouges ! En effet, pour parler d'une qualification des Diables Rouges à la phase finale d'une Coupe du Monde ou d'un Euro, il faut remonter à plusieurs années en arrière... 2002 pour une Coupe du Monde, 2000 pour un Euro (et encore, notre pays fut qualifié en tant que co-organisateur). Pour évoquer des exploits footballistiques de la Belgique, il faut remonter encore plus loins, jusqu'en 1986, au Mexique, voire 1990, en Italie. En Italie, c'est là précidémment qu'a débuté la période bénie de l'équipe nationale belge ! C'était en 1980 pour un championnat d'Europe des Nations que l'on baptisait, à cette époque, Europeo. Cette année là, la Belgique avait atteint la finale du tournoi et avait même failli faire trébucher la Mannschaft à ce stade ultime. Cette finale ouvrait une période faste pour les Diables Rouges. Alors que débute, aujourd'hui, l'Euro 2012 jetons un regard dans le rétroviseur pour revenir sur le parcours fabuleux d'une équipe belge remarquable lors de l'Euro 80... c'était il y a 32 ans, les Diables Rouges faisaient rêver à cette époque !

La route vers Rome

Dans les années 70, les équipes belges se sont signalées sur la scène européenne. Anderlecht remporta deux Coupes des Vainqueurs de Coupes (1976 contre West Ham et 1978 contre l'Austria Vienne), tandis que le FC Bruges arrivait en finale de la Coupe UEFA 1976 et de la Coupe des Clubs Champions (ancêtre de la Ligue des Champions) 1978, battu à chaque fois par la même équipe de Liverpool. A cette époque, la Belgique compte dans ses rangs quelques valeurs sûres comme Raoul Lambert, Odilon Polleunis, Wilfried Van Moer, Christian Piot, Paul Van Himst mais aussi de jeunes pousses prometteuses comme François Van Der Elst, Eric Gerets ou Jan Ceulemans. Cependant, l'équipe nationale reste cantonnée au rôle de faire-valoir. Elle se qualifie pour la Coupe du Monde 1970, l'Euro 1972 mais doit faire l'impasse sur l'Euro 1974 et sur la Coupe du Monde 1978. Il y a pourtant des raisons de voir l'avenir sous de bons auspices car l'équipe nationale juniore remporte le Championnat d'Europe 1977 organisé dans notre pays. Cependant, lors des qualifications pour le Championnat d'Europe 1980, qui aura lieu en Italie, notre pays ne fait pas figure de favori. La Belgique se retrouve dans le Groupe 2 des qualifications avec le Portugal, l'Autriche, la Norvège et l'Ecosse. A cette époque, il n'y avait qu'un seul qualifié par groupe et l'on ne donnait guère de chance aux Diables Rouges. D'autant moins que l'entraineur de l'époque, Guy Thys qui n'a coaché que des petits clubs, est là en guise de transition après Raymond Goethals et en attendant un entraineur de renom. La route vers Rome commence mal, quatre matches nuls en enfilade. En septembre 1979, la Belgique bat la Norvège sans convaincre mais redore un peu son blason; avec six points sur dix(1) elle reste en course pour la qualification. Mais l'euphorie n'est pas de mise car la Belgique doit encore recevoir le Portugal et affronter deux fois l'Ecosse, une nation qui, avec des joueurs qui évoluent en première division anglaise comme Asa Hartford (Manchester City), John Robertson (Notthingham Forrest), Joe Jordan (Manchester United) et, surtout, l'axe Allan Hassen-Graham Souness-Kenny Dalglish qui fait les beaux jours de Liverpool, sera tout sauf un oiseau pour le chat. En fait, l'équipe belge manque cruellement d'un organisateur de jeu, un type capable de prendre les choses en mains et faire tourner l'équipe qui ne manque pas de talent. C'est alors que Guy Thys, inspiré par un journaliste, a l'idée de rappeler le vieux Wilfried Van Moer. Alors que Van Moer, qui s'attendait (à 35 ans !) à terminer carrière calmement dans la petite équipe de Beringen, revient à la manoeuvre, les Diables Rouges deviennent irrésistibles... Victoires 2-0 contre le Portugal, sur le même score contre l'Ecosse et un superbe 1-3 à Glasgow ! La Belgique remporte ce groupe 2 et se qualifie pour le Championnat d'Europe 1980

A deux doigts de l'exploit

En Italie, la phase finale de l'Europeo 80 se joue en deux poules de quatre équipes? Dans chaque poule, les adversaire s'affrontent une fois, on comptabilise les points; le second de chaque groupe se disputent la petite finale pour la troisième place tandis que les vainqueurs s'affrontent en finale. La Belgique hérite, dans la poule B, de l'Angleterre, grande favorite du tournoi, de l'Italie, qui joue à domicile, et de la RFA, l'une des meilleures nations du monde. Il ne se trouve pas une âme pour parier un sou sur la Belgique qui, si elle peut réussir l'exploit de battre l'une de ces trois nations forte du football, ne pourra pas les écarter toutes les trois. Le parcours débute par un match superbe contre l'Angleterre, les Diables Rouges emmenés par un Jan Ceulemans exceptionnel réussissent à arracher un nul, 1-1 (but de Ceulemans). Dans l'autre match, Italie et Espagne se neutralisent se le score reste vierge. Tout est possible après cette première joute. Seconde rencontre, c'est l'Espagne de Santillana, Asensi, Juanito et Quini qui se dresse devant notre équipe nationale. Les Diables Rouges accomplissent leur exploit en l'emportant 2-1 (buts de Gerets et Cools) alors que dans le même temps l'Italie bat l'Angleterre. La Belgique est en tête de son groupe et il lui suffit d'un nul contre l'Italie, lors de la dernière rencontre de poule, pour aller en finale. Mais voila, pour accéder à cette finale, l'Italie doit a tout prix gagner le match. Le 18 juin, dans un stade olympique de Rome plein à craquer et tout acquis à la Squadra Azurra, la Belgique va résister... La grande chance des Diables Rouges est que l'Italie est adepte du fameux catenaccio, un style ultra-défensif élevé au rang d'art par les Italiens. Il est difficile pour eux de sortir de ce schéma alors qu'ils doivent à tout prix l'emporter... Ils n'y parviendront pas ! C'est ce catenaccio qui aura couté son élimination à l'Italie, lors de ce premier tour, elle l'aura si bien manié (0 but encaissé mais 1 seul marqué) qu'elle devra se contenter de jouer pour la troisième place.

En finale, le 22 juin 1980, la Belgique est opposée à la RFA, l'équipe qui a le plus impressionné jusqu'alors. Il ne faut que dix minutes à Horst Hrubesch, le colosse du Hamburg SV, pour ouvrir la marque. Là encore, on se dit que la Belgique ne sera qu'un oiseau pour le chat. Mais elle fait jeu égal et en fin de partie elle est même plus fringante que son adversaire. A la 75è minute, la Belgique hérite d'un pénalty pour une faute sur Ceulemans, René Vander Eycken le tire et égalise. Coup de barre au moral des Allemands qui s'ajoute à la fatigue physique... On croit les Diables Rouges à portée de l'exploit extrême. Et cet exploit manqué va résonner comme le tir puissant, à six minutes du terme, de Raymond Mommens sur la barre transversale d'Harald Schumacher. Le gardien allemand n'aurait rien pu faire sur cet envoi et fut sauvé par son cadre qui renvoya la tentative de Mommens. La chance était passée, l'exploit aussi car quelques instant plus tard, funeste 88è minute, Hrubesch, encore lui, reprît victorieusement de la tête un coup de coin... 2-1 pour l'Allemagne mais la Belgique méritait de remporter cet Europeo 80 !

L'aube d'une décennie dorée

Jan Ceulemans fut déclaré Meilleur Joueur de ce Championnat d'Europe de Nations, la Belgique s'était révélée aux yeux de l'Europe. Deux ans plus tard, les Diables Rouges réussissaient à se qualifier, pour la première fois, de leur histoire pour un second tour de Coupe du Monde après avoir, au passage, battu l'Argentine, Championne du Monde en titre (1-0) lors du match d'ouverture de ce Mundial 82. Et puis, après un Euro 84 plus terne, ce sera la fabuleuse épopée mexicaine de 1986 où la Belgique accèdera à la petite finale pour terminer quatrième de cette Coupe du Monde. La Belle aventure de cette génération de joueurs exceptionnels s'achèvera, où elle avait commencé, en Italie lors de la Coupe du Monde 1990. En 1/8è de finale, contre l'Angleterre, alors que l'arrive au bout des prolongations et que ce sont les tirs aux buts qui semblent devoir désigner le vainqueur, David Platt reprend un coup franc anodin pour inscrire le but de la victoire... Une génération de joueurs s'en allait, cédant le relais à une autre assez douée mais qui, si elle se qualifiera pour les Coupes du Monde 1994, 1998 et 2002, ne reproduira jamais vraiment les exploits de la précédente. Depuis 2002, l'histoire des Diables Rouges est triste à pleurer !

Les cadres de cette génération exceptionnelle

Jan Ceulemans (FC Bruges), Eric Gerets (Standard Liège et PSV Eindhoven), Erwin Vandenbergh (Lierse, Anderlecht et Lille OSC), François Van Der Elst (Anderlecht et West Ham), Jean-Marie Pfaff (Beveren et Bayern Munich), Raymond Mommens (Lokeren), Ludo Coeck (Anderlecht et Inter Milan), Frank Vercauteren (Anderlecht), Walter Meeuws (FC Bruges et Standard Liège), René Vander Eycken (FC Bruges, Genoa et Standard Liège), Michel Renquin (Standard, Anderlecht et Servette Genève), Wilfried Van Moer (Beringen et Beveren), Luc Millecamps (Waregem) ou Grun (Anderlecht et Parme)... Guy Thys, l'entraineur qui ne devait assurer qu'une transition, sera présent aux côtés des Diables Rouges pour tous ces grands rendez-vous. Il sera le coach de la sélection nationale Belge de 1976 à 1991... vraiment une belle transition comme on en voudrait une aujourd'hui !

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(1) à l'époque on compte deux points pour une victoire et un seul pour un match nul

 

 

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 11:11

A propos d'univers littéraires et musicaux étriqués...

 

montes.jpgIl y a quelques temps, déja, je discutais avec un professeur de français croisé par hasard à propos des livres qu’on donne à lire à des élèves de 4è année secondaire. C’est, en effet, avec des romans, de Marc Lévy ou Alexandre Jardin qu'ils doivent remplir leurs fiches de lectures … J'étais effaré ! En quatrième secondaire, nous étions introduits à la littérature classique par le roman courtois, Tristan et Iseut, le poème épique, La Chanson de Roland ou La ballade des Pendus de François Villon mais aussi au 16è siècle avec La Pléiade, Ronsard ou Montaigne… La cinquième année était consacrée au classicisme et au baroque du 17è siècle ainsi qu’au merveilleux 18è siècle dit Siècle des Lumières. Durant la sixième et dernière année du cycle secondaire c’est le 19è et le 20è siècle que nous avons apprivoisés. En plus d’enseignants motivés à l’idée de nous transmettre leur savoir littéraire, nous disposions d’un outil essentiel : l’anthologie Lagarde & Michard qui en plusieurs tomes abordait de façon intéressante la littérature du 16è au 20è siècle. Avant de lire des auteurs modernes, nous apprenions les grands préceptes de la littérature, cela me paraît important car par delà le simple fait de lire un livre, aborder les grands auteurs – et particulièrement ceux du 18è siècle – est une ouverture de l’esprit et une éducation réelle au civisme et à la vie en société.

Qui n’a pas été initié aux Lettres Persanes et à De l’esprit des lois de Montesquieu ne peut pas prétendre connaître les fondements de la vie en société. Si Les Lettres Persanes abordent de prime abord la différence de cultures c’est, avant tout une critique profonde de la monarchie et de l’asservissement de la population française à son roi. De l’esprit des lois est l’un des ouvrages majeurs de la littérature française. Il servit de base à l’établissement de la Constitution française de 1791 sur laquelle repose la démocratie républicaine française actuelle. Cette Constitution stipule que les prérogatives royales deviennent prérogatives de la Nation et que le roi les exerce au nom de la Nation… La souveraineté est donc transmise à l’état et n’appartient plus au roi ! La Constitution de 1791 prévoit aussi la séparation des pouvoirs et établit la citoyenneté. Notons encore que cette constitution a influencé la Constitution des Etats-Unis et la Constitution belge. C’est assurément l’écrit le plus important jusqu’alors et il repose sur De l’esprit des lois de Montesquieu… Faire l’impasse sur cet auteur – et par extension sur tous les grands auteurs français du 16è au 20è siècle - est un crime de lèse-littérature commis par tous les professeurs de français du secondaire qui y sacrifient !

Je ne peux accepter, et l’ai dit à l’enseignante avec qui je débattais, que l’on fasse lire Marc Lévy ou Alexandre Jardin à des élèves du secondaire, avant qu'ils aient appréhendé les bases de la littérature.

J’ai également eu l’occasion de bondir en entendant le peu de culture musicale des adolescents actuels. Soyons clairs, si la musique n’a pas l’impact de la littérature sur la société, elle a contribué, surtout dans les années ’60 et ’70, à faire évoluer la société. Depuis La Marseillaise jusqu’à Blowin’ in the wind en passant Le chant des partisans, Le temps des cerises, When Johnny comes marching home ou encore We shall overcome des chansons et des musiques ont accompagné les grands mouvements de révolte qui ont marqué et fait évoluer la société. Face au manque de connaissance des ados d’aujourd’hui dont l’univers musical se résume à ce qui est sorti au 21è siècle je ne puis que réclamer la création d’un cours sur l’histoire de la musique dans le cursus secondaire…

Mais revenons à cet ado qui me fit donc bondir en affirmant que le générique de la série Les Experts : Manhattan est une chanson de Pearl Jam. Quelle horreur ! Sinistre petit inculte cette chanson dont tu fus même incapable d’énoncer le titre est Baba O’Riley des Who… Baba O’Riley est un grand classique de la protest song du début des années ’70 écrite par Pete Townshend, le guitariste des Who que la bible du rock, le magazine Rolling Stone, retient comme étant l’un des plus grands guitaristes de tous les temps… Pete Townshend, Roger Daltrey, Keith Moon ou John Entwistle – The Who – cela ne disait forcément rien au béotien boutonneux baigné d’inculture crasse…

Alors, pour information et pour que les ados qui passeraient par ici vieillissent un peu moins incultes, Baba O’Riley est une chanson écrite par Townshend pour un projet d’opéra-rock intitulé Lifehouse qui devait être, en 1971, la suite de Tommy un autre opéra-rock écrit par The Who en 1969. Lifehouse ne vit jamais le jour mais plusieurs titres écrits à cette occasion ont pris place sur l’album Who’s next qui deviendra le 28è meilleur album de tous les temps, toujours selon Rolling Stones. Baba O’Riley - parfois aussi connue sous le titre Teenage wasteland mots repris dans le refrain car le titre n’apparaît à aucun moment dans les paroles de la chanson – est un titre précurseur car The Who y amènent les premières touches de synthétiseur dans un son purement rock. Dix ans avant l’explosion de la New Wave, les Who avaient utilisé le synthé de façon remarquable. L’introduction de la chanson va crescendo jusqu’à l’explosion du synthé et des guitares rock. La fin de la chanson est un contre-pied total puisque c’est un long solo de violon quasiment tsigane qui ponctue, à l’idée de Keith Moon, Baba O’Riley.

Si Baba O’Riley a connu une seconde jeunesse en tant que générique des Experts : Manhattan, jamais ô grand jamais cela ne fut une chanson de Pearl Jam. Tout juste ce groupe se contente-t-il de la reprendre lors de ses concerts et, éventuellement, sur un album mais il est hors de question de la leur approprier ! La chanson a d’ailleurs été largement utilisée à la télévision dans différentes séries comme Dr House, Miami Vice ou What about Brian

Ainsi donc, les adolescents d’aujourd’hui lisent Lévy, Houellebecq ou Jardin sans connaître Montaigne, Montesquieu, Sartre ou Camus ; ils écoutent des chansons sans savoir qui les a créées et les attribuent sans vergogne à d’autres artistes. Leurs univers littéraire et musical sont étriqués mais peut-on réellement les en blâmer ? Les véritables responsables de cette inculture ambiante et grandissante ne sont-ils pas plutôt leurs éducateurs, parents et enseignants ?

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 14:35

Pourquoi notre époque fait du surplace ? C'est la question très intéressante que se pose Kurt Andersen dans un récent numéro de Vanity Fair.

devolution.jpgL'exercice auquel j'ai envie de me livrer aujourd'hui consiste en une traduction et une interprétation d'un excellent article paru dans Vanity Fair en janvier dernier et sur lequel je suis tombé par hasard voici quelques jours. Dans cet article(1), l'essayiste et romancier new-yorkais Kurt Andersen, s'interroge sur les causes de la stagnation culturelle dans laquelle est plongée ce début de 21è siècle. Il montre, exemples à l'appui, que le vingtième siècle a été un siècle en mouvement, en évolution, alors que depuis que le cap du troisième millénaire a été franchi, il semble que dans tous les domaines l'ère soit au surplace. On ne présente plus Vanity Fair, le magazine mensuel de New York qui propose des articles à mi-chemin entre le glamour et l'intellectuel dont l'une des stratégies de la ligne éditoriale consiste à ouvrir ses colonnes à des références en matières de culture, de politique, de tendances, d'actualité... Chaque mois, des plumes indépendantes de la rédaction laissent libre cours à leur émotions, leur sensibilité, leur expertise, leurs expériences, sur un thème imposé ou sur un thème libre, dans les colonnes de Vanity Fair. En janvier dernier, Kurt Andersen y allait donc de sa vision de l'univers culturel de ce 21è siècle, un univers sommes toutes pauvre, en manque d'évolution et de révolution. Que ce soit dans la mode, dans le design, au cinéma, en architecture, dans la musique... la production culturelle changeait, tous les 20 ans à peu près, du tout au tout. Il y avait une réelle rotation culturelle qui permettait de distinguer les époques. Ainsi, précise Andersen, un spectateur peut tout de suite reconnaitre un film des années '50 d'un film des années '70 qui sera aussi fondamentalement différent d'un film des années '90. Et il est juste, à mon sens, de dire que l'ambiance, le scénario, le jeu d'acteur, le cadrage ont suivi une évolution qui marque des différences culturelles profondes selon les générations. Le héros-type du cinéma de Kazan, de Minnelli ou d'Hitchcock n'est en rien comparable à celui des films de Coppola, Cassavettes, Altman ou Peckinpah qui est, lui-même, complètement distinct de celui proposé par Tarantino, Lynch ou Burton... Dans les années trente, le couleur et la crise financière influencent le cinéma, lui donnent un nouvel élan, les films reposent sur des valeurs morales et des stéréotypes bien ancrés, le cinéma est plutôt social et s'intéresse à la condition humaine (Les Raisins de la Colère, Les Temps Modernes, ...) tandis que les années cinquante marquent l'âge d'or du cinéma, les super-productions tournées en extérieurs triomphent sur les écrans et le cinemascope est une évolution importante qui met en valeur ces grands films d'aventures (Cléopâtre, The African Queen, Le Pont de la Rivière Kwaï, Ben-Hur), d'amour (Tant qu'il y aura des hommes, All about Eve), de révolte (La Fureur de Vivre, Sur les Quais) ou de gangster (Ocean's Eleven,...). L'Actors Studio révolutionne le jeu des acteurs et les personnages reposent sur une forte charge émotionnelle. Dans les seventies, le contexte social et politique débouche sur la création des cinémas indépendant, underground et expérimental. Les films catastrophe (La Tour Infernale, Airport, L'Aventure du Poseïdon), la science-fiction (Star Wars, Superman, Rencontre du 3è type)  et le road-movie (Easy Rider, L'Epouvantail) sont en vogue et les films à suite (la saga du Parrain, Star Wars, Rocky...) voient le jour. Dans les années nonante, c'est le cinéma d'action (Demolition Man, Total Recall, Justice Sauvage) qui s'impose avec ses héros expéditifs, virils, armés jusqu'au dent et rendant la justice immanente. Le cinéma américain dispose alors de deux pilliers solides pour exister : des moyens financiers gigantesques et les nouvelles technologies qui se développent ce qui lui permet de sortir les fameux blockbusters. Dans le même temps, une jeune génération de réalisateurs - emmenée par Steven Soderbergh, Quentin Tarantino et Tim Burton -  bouleverse les codes établis avec des films à contre-courant de la tendance (Pulp-Fiction, Sexe, Mensonges et vidéos, Mars Attack). Même le moins averti des cinéphiles est capable de distinguer un film des années trente d'un film des années cinquante, de faire la différence entre un scénario des années septante et un scénario des années nonante...

Les tenues vestimentaires du quotidien sont aussi fondamentalement différentes entre les années trente et les années nonante; on est passé du costume sport (mais classe) surmonté d'un fédora ou d'un trilby dans les années '30, à la tenue décontractée basket, jean's et chemise hors du pantalon des années '90 en passant par le carré perfecto/t-shirt blanc/jeans/boots des rockers dans les années '50 et le look pattes d'eph', pelles à tarte et talons compensés des années '70. De nos jours, la tenue basique du quotidien n'a, par contre, guère évolué DEVO02.jpgpar rapport au années '90... Architecturalement, lorsqu'il regarde autour de lui, Kurt Andersen pose le constat évident que les bâtiments de 1910 (gare Grand Central, Flatiron Building, Woolworth Building), tendance néogothique, sont profondément différents des ceux de la génération suivante (Empire State Building ou Chrysler Building) plus influencés par l'Art-Déco. La différence avec des édifices de style international et bauhaus bâtis dans les fifties (Siège de l'ONU, immeuble de la Pan Am) est prononcée, elle saute aux yeux, autant que celle avec l'architecture post-moderniste des immeubles construits ou rénovés dans les années septante (Musée Guggenheim, MoMA)... Doit-on parler musique ou littérature ? Que celui qui ne fait pas la différence entre Duke Ellington, Buddy Holly, Deep Purple et 2Pac, quatre références de leur époque, soit exposé à la vindicte culturelle... Pareillement pour les oeuvres de Jack London, John Steinbeck, J.D Salinger, Jack Kerouac ou John Irving. Croc-Blanc est profondément différent des Raisins de la Colère tout comme L'Attrape-coeur est différent du Monde Selon Garp ou de L'Idéaliste... Design, arts picturaux, photographie, chaque département de la culture peut subir le même raisonnement; il y a une révolution qui casse les codes et qui renouvèle le genre tous les vingt ans plus ou moins ! Mais voila, selon Andersen, ce renouvèlement des genres s'est arrêté avec les années nonante ! Et pour l'essayiste new-yorkais, il y a même une date-charnière à cette rupture du renouvellement culturel : 1992. Il y a donc vingt ans que la culture fait du surplace, qu'elle n'évolue plus, qu'elle ne se révolutionne plus. Lady Gaga ressemble à Madonna, La Ford Taurus 2012 présente présente les même formes, à peu de choses près, que l'Audi A4 de 1992, nos fringues de 1992 ne seraient pas totalement démodées aujourd'hui, le 41 Cooper Square, dont la construction remonte à 2009, ressemble furieusement au Musée Guggenheim de Bilbao édifié en 1997. Culturellement, la fin du 20è siècle et la première décennie du 21è siècle sont quasiment identiques constatent amèrement Andersen. "Nous vivons une époque où rien n'est obsolète et rien n'est vraiment nouveau : tout nous va. C'est comme si la culture tout entière était anesthésiée, comme si on écoutait un disque rayé et que cela finisse toujours par retomber dans le même sillon. Personne n'a la présence d'esprit ou le cran d'aller relever le bras de lecture"(1) écrit-il.

Peut-on lui donner tort ?

Le cinéma se nourrit du remakes des succès des années '60 à '80, il adapte, sans créativité, des séries qui ont fonctionné au grand écran. Les chanteurs reprennent leurs succès ou ceux des autres pour les remettre au goût du jour et même à la télévision des émissions mortes depuis des années renaissent de leurs cendres. Parmi les films qui ont le mieux marché en 2011 on trouve Les aventures de Tintin selon Spielberg, La Planète des Singes : les origines, Les Schtroumpfs ou Mission Impossible : Protocole fantôme qui sont tous des dérives de films, BD ou séries du 20è siècle. Il y a aussi Pirate des Caraïbes IV, Twillight - Chapitre IV, Cars 2, Transformers 3 - La face cachée de la lune... uniquement des suites sans intérêt. Ou est la créativité dans ces films qui ont squattérisé le box-office américain de l'année passée ? Et du côté musical ce n'est pas forcément DEVO04mieux. Adele, c'est sympa mais ce n'est jamais qu'un subtil mélange de Jeff Buckley, Etta James, Peggy Lee et The Cure. La chanteuse londonienne reconnait, elle-même, ces influences ! Lady Gaga ? C'est Madonna en moins bien ! Amy Winehouse, c'était une grande voix, c'est indéniable, mais on retrouvait en elle le style de Sarah Vaughan ou d'Ella Fitzgerald. Mamma Mia, la comédie musicale qui a cartonné ses dernières années des deux côtés de l'Atlantique ne repose que sur des chansons d'un groupe phare des années '70. De Serge Lama à Tom Jones en passant par Nolwenn, Ludwig Von 88, Jacques Higelin, Florent Pagny, Ozzy Osbourne ou Cindy Lauper, tous ont choisi de faire des reprises ces dernières années ? Est-ce un hasard si beaucoup de gimmicks de standards de la chanson sont samplés dans bon nombre de titres récents ? Comment peut-on expliquer le succès de groupes de cover si ce n'est par la pauvreté de la musique actuelle ? Il s'organise même, désormais, des festivals rien qu'avec des groupes de cover... Où est la créativité ? Une forme de culture du passé qui est entrenue par les médias qui appartiennent à des grands groupes financiers qui ont intérêt à conserver une certaine sécurité pour faire progresser leur business. C'est bien connu, les marchés financiers n'aiment pas trop les terrains non-sécurisés, les perspectives instables. Force est de constater que le constat de Kurt Andersen n'est pas erronné !

Pourquoi cette stagnation ?

Qu'est-ce qui aurait pu déclencher cette fameuse rupture du renouvellement culturel en 1992 ? A en croire Kurt Andersen ce sont deux facteurs qui ont principalement conditionné cette réalité; le premier est éco-politique, le second est technologico-social. 1992 marque la fin de la Guerre Froide et la naissance d'une nouvelle économie davantage axée sur le capitalisme et le profit; 1992 c'est aussi le début de la diffusion massive des nouvelles technologies. Le PC devient domestique, l'internet se démocratise et se vulgarise, les nouvelles technologies vont permettre petit à petit de stocker davantage d'informations et de les mettre à disposition du plus grand nombre. Depuis vingt ans, on a tous accès aux mêmes choses, on veut les mêmes choses, on nous gave des mêmes choses. Les médias font les tendances, ils nous disent ce qu'il faut consommer, comment il faut le consommer et, aujourd'hui, ils nous le disent via tous les canaux de communication possibles : télévision, radio, presse, internet. Une forme d'uniformisation des comportements s'est installé au profit de la (sur)consommation des masses. Plus que jamais cette uniformité favorise l'ennui. En fait, si la culture n'a pas évolué depuis deux décennies, la diffusion de la culture a, elle, évolué; elle s'est intimement liée à la consommation et donc au profit. En vingt ans la littérature, la musique, le cinéma n'ont pas évolué sur leur fond mais bien dans leur forme et dans leur diffusion. En clair, on lit le même livre qu'il y a vingt ans mais on le lit sur une tablette et non plus dans une édition brochée; on écoute le remix d'une chanson des années '80 mais on l'a téléchargée sur le net.  L'important n'est plus le fond (le contenu) mais bien la forme (le contenant). Si l'on appliquait ce principe à d'autres domaines, on ne choisirait plus un vin pour ses qualités gustatives mais bien parce que la bouteille est jolie; on ne mangerait pas bio parce que c'est plus sain mais bien parce que ce serait tendance...  Mais n'est-ce pas là ce que fait la majorité ? L'essor des nouvelles technologies et les nouveaux modèles économiques post guerre froide auraient donc signifié la stagnation de la culture, peut-être même "la fin de l'Histoire culturelle", pour reprendre une image utilisée par Andersen. Car la culture, sous toutes ses formes, est devenue un business, et comme tous les business elle chercher la stabilité et la prévisibilité pour être rentable. La stabilité, le mot est lâché... Or, il n'y a jamais loin de la stabilité à la stagnation ! Le cap a été franchi et cette stagnation culturelle, Andersen ne l'entrevoit pas comme une panne momentanée mais bien comme le début d'une maladie chronique de notre civilisation, une tendance séculaire qui s'installe et qui, par définition, n'est pas prête à s'inverser.

DEVO01

          
DEVO03
Qui donc osera casser les codes de la stagnation culturelle ambiante ?

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(1) You say you want a devolution, par Kurt Andersen, in Vanity Fair, Janvier 2012

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 09:19

Le "Holmes" de Ritchie : pas vraiment une grande réussite au regard du canon holmésien !

shfilm.jpgLundi soir, la RTBF diffusait Sherlock Holmes, le film réalisé par Guy Ritchie en 2009. En tant que fan de l'oeuvre majeure de Conan-Doyle, je m'étais refusé à voir le film au cinéma lors de sa sortie, de peur d'être déçu. Lorsqu'il est passé à la télévision, je me suis laissé tenter et... j'ai été déçu ! L'intrigue du film n'est pas mauvaise en soi mais la réalisation est lourde, les nombreux ralentis et mini flash-backs n'apportent rien au film, ils le rendent même plus malaisé à comprendre pour le spectateur qui n'est pas familiarisé à l'univers de Sherlock Holmes. Guy Ritchie n'est pas le meilleur, loin s'en faut, quand il s'agit de rythmer un film. Quant aux effets spéciaux - et c'est une maladie dramatique du cinéma du 21è siècle ! - ils sont trop visibles. Les fx doivent servir l'intrigue, la renforcer pas être un élément essentiel du film... J'ai l'impression aujourd'hui que dans un film, si on ne voit pas les effets spéciaux, on considère qu'ils sont ratés. C'est dommage ! Mais, par delà la forme, c'est sur le fond que le Sherlock Holmes de Guy Ritchie est décévant. Notons quand même un point positif, le portrait de Holmes est plutôt fidèle au personnage de Conan-Doyle. En effet, il est présenté comme quelqu'un de débraillé, de négligé à l'hygiène parfois douteuse, surtout lorsqu'il s'ennuie, ce qui est fréquemment le cas, et vivant dans un capharnaüm indescriptible. Dans la majorité des adaptations, Holmes est présenté comme un gentleman, ce qui est finalement loin d'être le cas dans le canon holmésien. Par ailleurs, les très grandes connaissances du détective en matières d'anatomie (dans les scènes de bagarre, notamment) et de chimie sont mises en avant tout comme son égotisme exacerbé. Tout juste puis-je regretter que le côté cocaïnomane du personnage, la fameuse solution à sept pourcents, soit passé sous silence. C'est pourtant une facette importante de Holmes... Où le réalisateur et les scénaristes se plantent en beauté c'est sur l'historique des aventures de Sherlock Holmes. Dans le film, John Watson est sur le point d'épouser Mary Morstan, le canon holmésien est précis sur ce point, ils se marient en 1887 (voir Le Signe des Quatres), par ailleurs l'action du film se situe entre 1886 et 1894, dates de construction de Tower Bridge dont on voit le chantier à plusieurs reprises et où se termine l'affrontement entre Holmes et Blackwood. Au vu de l'état d'avancement du chantier, on peut imaginer qu'il n'en n'est pas à ses débuts, mais la relation entre Watson et Morstan situe forcément l'action avant la fin de l'année 1887, puisque leur mariage fut célébré cette même année. Ces détails non-négligeables placent l'aventure entre 1886 et 1887, davantage en 1887 même oserais-je dire. Or, la belle Irène Adler, que Holmes considère comme LA femme, n'apparait pour la première fois que dans Un Scandale en Bohême, dont l'action se situe précisément en 1888. Holmes la rencontre pour la première fois à l'occasion de cette aventure... il ne peut donc pas la connaitre au moment de l'action du film de Ritchie ! Par ailleurs, le film la présente également comme une aventurière au service du Professeur Moriarty, ce qu'elle ne fut jamais dans le canon holmésien...  La future épouse du Dr Watson ne rentre pas dans le canon, elle non plus ! En effet, alors que dans le film Watson presse Holmes de rencontrer sa fiancée, celui-ci accepte un repas dans un restaurant prestigieux où il dresse d'elle un portrait peu flatteur sur base de ses observations. A nouveau, ce n'est pas possible puisque Mary Morstan rencontre Sherlock Holmes, dans Le Signe des Quatres, avant d'être fiancée à Watson, lorsqu'elle vient solliciter l'aide du détective. Décidément, les personnages féminins du film de Guy Ritchie font tâche sur le canon holmésien...

Par ailleurs, il y a un côté très comic-book, voire super héros, qui est assez déplaisant dans ce film. En fait, l'adaptation proposée est celle d'une BD de Lionel Wigram qui n'a jamais été publiée. Ritchie ne signe donc pas l'adaptation d'un récit d'Arthur Conan-Doyle mais bien l'adaptation d'une adaptation d'un récit d'Arthur Conan-Doyle... Ceci explique assurément les égarements par rapport au canon holmésien ! En définitive, ce film peut se laisser regarder, à condition de ne pas être sensible à l'oeuvre de Conan-Doyle...

La suite... pire encore !

Après avoir vu Sherlock Holmes et en avoir été déçu en tant qu'accro au personnage originel, je me suis renseigné sur la suite que Guy Ritchie a donné à son film, Sherlock Holmes : jeu d'ombres, sorti à la fin de l'année dernière au cinéma. A la lecture du synopsis, on s'aperçoit que le réalisateur prend davantage de liberté avec l'oeuvre canonique encore. Ainsi, l'action de ce second opus est située en 1891 et le Professeur Moriarty y joue un rôle important. C'est en 1891, dans Le Dernier Problème, que Sherlock Holmes affronte pour la première fois Moriarty, il y a donc une forme de hiatus qui se dégage, Holmes ne peut pas rencontrer deux fois Moriarty pour la première fois ! Par ailleurs, Ritchie inclut dans ce second film la fameuse culbute des deux ennemis dans les Chutes du Reichenbach où il invente un sommet de la paix qui n'a pas lieu lors du "vrai" affrontement final entre Holmes et Moriarty. Par ailleurs, le Dr Watson assiste à la chute des deux hommes alors qu'il ne l'a pas vécue puisque Moriarty l'éloigne avec un prétexte fallacieux. C'est sur le fait que Watson n'a pas vu mourir Holmes et que le corps du détective n'est jamais retrouvé que repose le retour de Sherlock Holmes imaginé par Arthur Conan-Doyle au terme d'une période de trois années de disparation (ndlr une période nommé Grand Hiatus, par les holmésiens). Par ailleurs, à la fin de ce second film, Watson recoit un paquet de Holmes ce qui lui indique clairement que son ami est toujours vivant... Erreur puisque Watson ne l'apprendra que trois ans plus tard, en 1894, dans La Maison Vide, l'aventure qui signe le retour de Sherlock Holmes ! Pendant ces trois année du Grand Hiatus, Watson est persuadé de la mort de Holmes qui s'est éclipsé sans laissé de trace. Ritchie dénature donc l'élément essentiel qu'est la disparition de Holmes dans les Chutes du Reichenbach ! Enfin, on apprend dans Sherlock Holmes : jeu d'ombres que John Watson et Mary Morstan préparent leur voyage de noce... Il est grand temps puisqu'ils se sont "officiellement" mariés en 1887 et que nous sommes en 1891 ! Décidément, Guy Ritchie maitrise mal l'oeuvre canonique holmésienne, c'est décévant pour les fans du détective-conseil londonien...

La série Sherlock, créée pour la BBC en 2010, qui transpose les aventures de Sherlock Holmes au 21è siècle est nettement plus fidèle au personnage de Conan-Doyle même si elles sont anachronique. L'univers holmésien y est parfaitement rendu et Benedict Cumberbatch se fond à merveille dans le rôle du détective...

 

Les petits plus de l'article :
   - Holmes... Sherlock Holmes
   - Pas que Sherlock Holmes
   - La Maison de Soie

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 09:12

Quelques lignes à propos d’un papa bien trop tôt parti…

 

coeur.jpgVieux Père, c’est le surnom affectueux que je donnais à mon paternel ! Encore que, paradoxalement, il ne fit pas de vieux os, le pauvre Vieux… S’est envolé un triste jour de la fin de l’hiver 2001 alors qu’il était à quelques heures de fêter son 64è printemps ! Il n’y a plus de saison, ma bonne dame ! 64 ans, c’est tôt, très tôt… trop tôt ! C’était il y a onze ans aujourd’hui et il se passe rarement un jour sans que je ne pense à lui, à ce qu’il m’aurait dit dans certaines situations de la vie quotidienne, aux conseils qu’il m’aurait prodigué et que je n’aurais probablement pas suivis, adolescent attardé que je puis être… Je me demande aussi souvent quel regard il aurait jeté sur cette décennie écoulée, sur ces choses qui se sont passées sans lui, sur la façon dont la vie et la famille ont évolué. Cela se serait-il passé ainsi s’il avait été là ?  Aujourd'hui, je donnerais volontiers un an de ma vie pour avoir une conversation d'une heure avec le Vieux !

 

Même s’il est parti avec pas mal d’avance sur l’espérance de vie moyenne de nos contrées, le fait qu’il ait eu une vie bien remplie me met quelque peu de baume au cœur. Car après tout, il a toujours été davantage partisan d’une vie fertile que d’une existence longue et ennuyeuse. Il aura eu la chance – car c’en fut une ! – d’avoir été, grâce à la situation économique de la région, libéré de ses entraves professionnelles à 51 ans et de pouvoir ainsi profiter de la vie treize années durant, au terme d’un labeur acharné et pas toujours reconnu à sa juste valeur. Car pour que mes frères, ma mère et moi ne manquions de rien, il a toujours bossé d’arrache-pied le Vieux. Puis, en mars 1988, on lui a dit «t’as assez bossé bonhomme ! La crise est là, il nous faut trouver des solutions pour sauver l’entreprise… Alors, reste chez toi et occupes-toi !» ; la prépension que ça s’appelle. N’empêche que sans elle, il serait mort avant même d’avoir quitté son atelier !

 

Je me souviens de discussions passionnées et passionnantes avec mon Vieux Père. Nous parlions de politique, même si nous n’étions pas toujours d’accord, ou des choses qui font la vie. Pourfendeurs des religions, quelles qu’elles fussent, et athée convaincu il connaissait pourtant la bible sur le bout des doigts ce qui donna lieu, là encore ma mémoire en a gardé des traces, à des débats captivants avec le curé du village autour de la table de la cuisine… Si ses convictions étaient fondées et solidement ancrées en lui, il savait pourtant écouter les autres. Enfin pas toujours car ce qu’il me reste comme image première de cet homme, ce sont ses colères homériques ! C’est qu’il était soupe au lait le Vieux… Il éclatait, la colère montait mais retombait aussitôt les choses dites. Car avant tout, il avait du cœur !

 

Peintre et aquarelliste autodidacte, il avait laissé de côté ses pinceaux et sa palette pour se consacrer un peu plus à sa passion de la langue wallonne. N’avait-il pas traduit, lui qui n’a jamais été un littéraire averti, le superbe texte de Federico Garcia Lorca «Llanto por Ignacio SanchezMejias» (déjà traduit en Français par «Chant funèbre pour la mort d’un torero» en Wallon liégeois ? Si bien sûr puisque ce texte fusionnait deux de ses passions premières, le dialecte de Liège et la tauromachie. D’ailleurs, il reste l’auteur d’un recueil de textes en Wallon qui fut publié, certes de manière confinée, mais qui a au moins le mérite d’exister.

 

Je garde en mémoire une foultitude de souvenirs avec mon père et notamment un qui remonte à mon enfance, dans les caves du Château de Gevrey-Chambertin mais s’il y a un auquel je suis particulièrement attaché c’en est un qui remonte à l’époque de mes douze ans. Je devais bûcher le cours de sciences pour mon examen final de sixième année primaire. Ca a toujours été son truc, au Vieux, les sciences alors que pour moi la biologie s’apparentait à un calvaire, mais un calvaire doux à côté de ce que pouvaient être la physique et, surtout la chimie… Donc, papa avait décidé de m’aider à travailler mes sciences pour réussir ce maudit examen. Et plus il insistait et moins cela rentrait dans mon petit crâne d’adolescent à peine pubère ! Aussi un moment me levé-je de table et balancé-je mon cours rageusement vers le sol. Soupe au lait qu’il était, vous ai-je dit, mon père se leva à son tour de la colère plein les yeux. Il s’approcha de moi et un réflexe me poussa à m’enfuir… Idiot que je fus car jamais papa ne leva la main sur moi ! Lorsqu’il était mécontent ou qu’il fallait vers la raison me ramener, jamais le paternel ne frappa, ni même ne gronda ; son regard était suffisant pour me calmer ou me soumettre à son autorité. Alors que je m’éloignais, il me suivit et nous commencions à tourner autour de la table ronde du living, lui essayant de me balancer son pied au derrière. Situation grotesque, s’il en est, qui devint même totalement burlesque lorsque ma mère, par le bruit alertée, apparut dans l’encadrement de la porte du salon et nous regarda, hébétée, dans notre folle sarabande. Nous avons pleinement réalisé le comique de la situation et je suis sûr, aujourd’hui encore, que mon Vieux Père dut se forcer pour ne pas rire. Quoiqu’il en soit, cette accalmie lui permit, une fois ne fut pas coutume d’atteindre sa cible. J’ai reçu, ce jour là, le seul et unique coup de pied au cul de ma vie !!! Mes fesses s’en souviennent encore mais je sais qu’il a eu aussi mal que moi d’avoir fait ce geste. Après une pause imposée par maman, qui savait garder la tête sur les épaules dans ce genre de situation, nous nous remîmes à table pour reprendre les révisions de sciences là où nous les avions abandonnées… Le lendemain, je réussissais mon examen !

 

C’était mon père ça, un homme nerveux, irascible, bourré de convictions mais toujours là pour écouter et aider. Avec un cœur grand comme çà… Il est une autre image de lui qui reste gravée dans mon esprit : alors qu’il sortait d’un long séjour hospitalier et qu’on lui avait ôté un rein et découvert du diabète, il reprenait lentement goût à la vie. Il avait compris que même cette maladie ne l’empêcherait pas de vivre comme il le voulait. Il y aurait bien des contraintes mais plus que jamais, au sortir de cette clinique qui l’hébergea un mois durant, il avait fait sienne la pensée Carpe Diem. Nous revenions du sud-ouest de la France avec ma tendre moitié, des Landes plus précisément, et lui avions ramené un énorme bocal de cassoulet au confit de canard et une bouteille d’un très sympathique Saint-Estèphe. Son regard lorsque nous les lui avons offert valait tout les ors du monde ! Il y avait de la malice, du bonheur et de l’appétit dans ces prunelles là… L’appétit d’un homme simple et généreux qui savait apprécier toute les bonnes choses de la vie !

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 12:06

Le 26 juillet 1894 naissait Aldous Huxley… écrivain visionnaire et génial !

 

huxley.jpgNé, en 1894, dans une famille de l’aristocratie intellectuelle anglaise, Aldous Huxley est très tôt marqué par la vie ! Il n’a que 13 ans lorsque sa mère décède et quelques mois plus tard, une grave maladie le laisse quasiment aveugle… Cette infirmité l’éloigne de sa vocation première – la recherche scientifique – mais lui permet aussi d’échapper au conflit mondial qui ravage l’Europe dès 1914. C’est à cette période que Huxley choisit alors de se tourner vers l’écriture. Il publie ses premiers poèmes tout en devenant journaliste et critique d’art pour subsister. Il voyage à travers le continent et rencontre, à Paris, les Surréalistes avec qui il se lie d’amitié…

Le meilleur des mondes

A l’aube des années ’30, Huxley est effrayé par la tournure que prend la société. La médecine fait des progrès immenses et l’Europe commence à résonner du bruit des bottes. La Russie est devenue Union Soviétique et est soumise, depuis 15 ans, à la dictature communiste tandis qu’en Allemagne, le leader du Parti National-Socialiste des Travailleurs travaille à la conquête d’un pouvoir qu’il rêve totalitaire… Aldous Huxley imagine alors un récit futuriste dans lequel la société est divisée en catégories selon les capacités des ses composantes ; de l’élite intellectuelle (les Alphas) jusqu’aux travailleurs manuels dépourvus de capacités intellectuelles (les Epsilons)… La technologie a permis, par un procédé appelé bokanovskivisation - du nom de son inventeur -, le clonage des hommes. Tous les groupes sont soumis au clonage à l’exception des intellectuels Alphas qui dirigent ce monde aseptisé dans lequel l’éducation s’est transformée en un endoctrinement et le bonheur est devenu une illusion entretenue par une pilule appelée Soma… Dès avant la naissance, les dirigeants de la société décident de quelle orientation donner à la vie des futurs citoyens. Les techniques chimiques permettent, désormais, en effet d’influer sur l’embryon afin de la diriger vers un groupe d’appartenance. Le clonage permet une reproduction totalement artificielle et dirigée, dès lors le sexe est devenu une activité à seule vocation récréative… Chaque citoyen du monde est conditionné en fonction des attentes et des besoins de la société. Ainsi, par exemple, ils sont contraints à ne pas aimer les fleurs car celles-ci ne génèrent plus aucune activité économique et sont devenus inutiles au développement de la société. Le terme «société» prend d’ailleurs une signification importante dans cette œuvre car le monde est géré, à l’image d’une entreprise, par un Administrateur Général.

Aldous Huxley imagine un monde où toutes les tâches seraient simplifiées, dans lequel les gens n’auraient pas le bonheur mais l’illusion du bonheur au travers d’une société reposant largement sur le loisir et la consommation… En fait, il imagine la dictature parfaite puisqu’elle renvoie aux citoyens l’image d’une démocratie. La société est devenue une prison sans mur de laquelle les prisonniers ne songeraient même pas à s’évader… Les citoyens sont des esclaves qui ont l’impression d’être libres !

Et si c’était aujourd’hui ?

«Brave New World» le titre en anglais est une allusion à la pièce de Shakespeare «La tempête». Sa traduction française ; «Le meilleur des mondes» fait elle référence au «Candide» de Voltaire. L’œuvre de Huxley est avant tout une vision pessimiste de la société de consommation des années ’30. L’auteur imagine comment cette société moderne pourrait dériver si l’on n’y prend garde !

Et si c’était ce qui s’est passé ? Si la société de ce début de 21è siècle était devenue - ou tendait à devenir pour les plus optimistes – le meilleur des mondes ?

Aujourd’hui, la société tend à s’aseptiser un peu plus chaque jour ; la peur est présente à chaque coin de rue et les médias entretiennent ce sentiment. Les enjeux financiers sont capitaux – si j’ose dire ! – et le public est fortement influençable. Il suffit pour s’en rendre compte de voir le nombre d’abrutis qui téléphonent pour sauver leur candidat préféré dans les émissions télévisées débiles parce qu’on leur a dit de le faire… Quant aux décideurs, certains ont déjà en mains les clés qui leur permettent de diriger comme bon leur semble leurs sujets. Ils sont passés maîtres dans l’art de la manipulation et parfois leur morale est douteuse. Mais si tout cela est possible c’est uniquement grâce à la crédulité du peuple qui attend, désormais, d’être pris par la main, accompagné dans ses faits et gestes…

Une conversation entre l’Administrateur Général et un dissident est par ailleurs révélatrice.
«- Shakespeare est interdit parce qu'il est vieux. Ici, nous n'avons pas l'emploi des vieilles choses.
- Même si elles sont belles?
- Surtout si elles sont belles. La beauté attire, et nous ne voulons pas que l'on soit attiré par les vieilles choses. Nous voulons qu'on aime les neuves.
- Mais les neuves sont si stupides, si affreuses! Ces spectacles, où il n'y a rien que des hélicoptères volant de tous cotés, et où l'on ressent les gens qui s'embrassent!
Des boucs et des singes!
- Des animaux bien gentils, pas méchants en tout cas...»


En terme de culture, si elles ne sont pas encore interdites, les «vieilles choses» sont bien souvent taxées de ringardises par la jeunesse. Et pourtant la culture de cette jeunesse – et c’est au niveau musical que l’on s’en aperçoit le plus, je trouve – est faite de choses neuves stupides et affreuses ainsi que le redoute le dissident… Ne pas savoir aligner les mots, pourfendre l’orthographe et la grammaire, détruire la syntaxe sont autant de tares qui apparaissent comme légère de nos jours et qui pourtant facilitent la manipulation des masses par ceux qui dirigent. Bien sûr, nous ne sommes pas des clones, pas encore… Et le sexe n’est pas que récréatif même s’il prend une place nettement plus ludique (ndlr ça ce n’est pas forcément plus mal ;o) n’est ce pas ?) qu’il y a 30 ou 40 ans ! Mais plus que jamais la société se divise en groupes distincts. Les nantis et les pauvres ; les pleins de santé et les malades ; les jeunes et les vieux ; les connectés au net et ceux qui ne le sont pas ; les instruits et les incultes ; les dirigeants et les dirigés ; le Nord et le Sud…

Aujourd’hui plus que jamais je suis convaincu que les craintes d’Huxley étaient fondées ; nous sommes bien des acteurs évoluant dans «Le Meilleur des Mondes» !

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