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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:38

Un moment de délicatesse pure et de bonheur intense à Londres...

Afternoon-Tea-08.jpgSur Brompton Road, en plein coeur de Londres dans le quartier de Knightsbridge, se dresse le temple du luxe anglais, Harrods. Edifié à l'époque Victorienne, le magnifique immeuble imaginé par Charles Henry Harrod en vue de l'Exposition Universelle de 1851 - la première du genre - et de l'affluence qu'elle allait généré, est rapidement devenu un lieu incontournable des classes aisées de Londres. En un peu plus de 150 ans, Harrods a développé une réputation d'excellence, de qualité et luxe qui continue à faire sa réputation. Sa devise, Omnia ubique omnibus (De tout, partout, pour tous) à contribué à la renommée du grand magasin londonien. On peut tout y acheter, du dé à coudre à l'éléphant... disait une réclame dans les années '60. Soucieux de vérifier cet argument de vente, un client commanda effectivement un bébé éléphant... qui lui fut livré quelques semaines plus tard ! J'avoue que ce magasin, qui garde quelque chose de magique à mes yeux, est devenu un incontournable lorsque je passe par Londres, ne fut-ce que pour son fabuleux Food Hall, la plus remarquable des épiceries fines qui soient. Pour Noël, nous avions donc décidé avec ma tendre chérie, de retourner à Londres profiter de l'ambiance inégalée de ce moment de l'année. Pour prolonger le bonheur qui fut le nôtre de séjourner dans la capitale anglaise, nous avions choisi de ponctuer le moment par un afternoon tea dans le prestigieux restaurant georgien de Harrods. Aussi avais-je réservé une table par le biais du site Bookatable. L'excellence et la qualité se sont marqués dès cet instant ! A peine avais-je confirmé ma réservation en ligne que je recevais un courriel de confirmation qui me demandait de surveiller ma boite mail. Et quelques instants plus tard, c'est un second e-mail qui me parvenait, de chez Harrods cette fois, dans lequel étaient insérés le menu de l'afternoon tea, quelques images du Georgian Restaurant et des délicatesses qui nous attendaient. Dès lors, je ne pouvais que me réjouir d'être sur place et de découvrir un vrai afternoon tea à l'anglaise. Contrairement à ce que beaucoup pensent, l'afternoon tea - parfois simplement nommé Tea par les Anglais - n'est pas un goûter comme on l'entend dans nos régions. En plus d'être une institution britannique, c'est un vrai repas qui se mange entre 15h00 et 17h00 avec des aliments salés et des douceurs sucrées. C'est un encas copieux qui permet souvent de se contenter d'un souper très léger. La tradition de l'afternoon tea remonte à l'aube de l'époque victorienne, la Duchesse de Bedford, une amie personnelle de la Reine Victoria, transforme le Tea Low - la tasse de thé qui se buvait traditionnellement à 17h00 - en un repas plus conséquent qui permettait de couper la faim jusqu'à l'heure du souper qui se prenait tard alors, entre 21h00 et 22h00, dans les couches aristocratiques et nobles dont les hommes occupaient de hautes fonctions politiques ou dans l'industrie qui les contraignaient à travailler bien au-delà des 20h00.

L'attente fut longue mais le 27 décembre, dans l'après-midi, après avoir flâné dans Saint-James Park, nous sommes arrivés chez Harrods. Habitués du Food Hall, au rez-de-chaussée, où nous ne manquons jamais d'aller faire quelques emplettes quand nous sommes à Londres, nous ne connaissions pas le reste du magasin. Tout juste savions-nous que le restaurant georgien se situe au quatrième des sept étages. 92.000 mètres carrés... c'est grand ! Immense, même ! Un peu perdu au quatrième étage, nous avons demandé notre chemin et une charmante vendeuse du rayon enfant nous renseigna avec une gentillesse et une politesse réelle, non-feinte et absolument pas surjouée. Cette fille avait vraiment l'air d'être fière de travailler chez Harrods et de pouvoir renseigner un client. Certains vendeurs de nos commerces hauts de gamme devraient en prendre exemples et laisser au vestaires leur sourire commercial ou leurs manière pédantes ! Nous y étions, enfin le restaurant georgien était là. A peine entré, j'ai été frappé par l'ambiance calme et cosy qui y régnait. L'espace s'ouvrait devant nous avec son tapis-plain vert gazon, ses chaises roses et ses nappes blanches. De magnifiques bouquets de fleurs, gigantesques, décorent la pièce dans des vases imposants en cristal. La quintescence du raffinement à l'anglaise ! Au centre du restaurant, des colonnes supportent un plafond incurvé ornés de fabuleuses moulures qui renvoient vers une verrière remarquable. Ici, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté oserais-je écrire en paraphrasant très humblement Charles Beaudelaire qui, lui , parlait probablement des pays-Bas lorsqu'il écrivit ses vers. Mais chez Harrods, ces mêmes mots prennent également tout leur sens pour évoquer ce restaurant inspiré de George V, le Roi bien-aimé, petit-fils de la Reine Victoria, ardent défenseur de l'Empire britannique et du Commonwealth.

A peine a-t-on pu se régaler les yeux de ce magniffique décor que l'on nous emmène déjà à notre table et qu'on nous y installe. Un autre point de vue sur la verrière, un regard sur les jolis sapins qui nous rappellent que Noël est encore frais et que son ambiance ne s'est pas encore éteinte... Le menu est dans nos mains, la serveuse nous laisse choisir. Ce n'est pas compliqué, on a opté dépuis longtemps pour l'afternoon tea complet... Reste le choix du thé ! Pas facile pour quelqu'un comme moi qui n'est pas du tout amateur de ce breuvage dont les Anglais raffolent. Un Saint-James Orange Pekoe ? Un Jasmine Chun Hao ? Un Afternoon Special ? Un Georgian Blend ? Ma Chérie opte, sans hésiter pour une mélange cassis/hibiscus, elle a des goûts plus affirmés que moi en matière de thé. Mon vieux père, grand amateur de thé, disait souvent qu'il n'y a rien de tel que les classiques en la matière... Il n'y a pas de Darjeeling alors j'opte pour un simple Earl Grey, un thé noir indien aromatisé à la bergamotte que, contrairement à ce que raconte la légende, le Comte Charles Grey ne ramena pas d'un voyage diplomatique en Chine... où il ne mis jamais les pieds ! Il n'y a plus qu'à patienter mais l'attente est agréable tant les lieux sont élégants. Sur la nappe blanche, une vaisselle tout aussi blanche avec un fin liséré doré et le H stylisé de Harrods, un sucrier en étain et une passoire à thé dans le même métal avec une double poignée finement travaillée qui repose dans un porte-passoire raffiné. Il y a aussi une jolie rose blanche coupée courte qui repose, romantique, dans son petit vase. Mais bientôt l'on nous apporte notre repas, car c'en est bien un. Un carré de finger-sandwiches, au thon, au poulet, au crable et au fromage blanc avec quelques crudités; des scones natures et aux raisins qui ne demandent qu'à être mangés avec un peu de confiture de fraises, de gelée de pétales de roses et/ou de la bonne crème épaisse de Devon (un régal !); quelques mignardises pâtissières, un macaron, un chou, une tartelette au chocolat et à la mandarine, une mince pie de circonstance. Pendant ce moment intense, la serveuse vient voir si tout se passe bien ! Je me ressers du thé, cet Earl Grey, avec un nuage de lait et un sucre, il passe finalement plutôt bien. Il ne vaut pas, à mon palais, un expresso intense mais je le bois avec un certain plaisir. Le sandwich au fromage blanc et au concombre est d'une finesse incroyable; le fromage est onctueux et suave, le concombre croquant et le pain moelleux à souhait. Celui au poulet est relevé d'une pincée de curry. Le sandwich au crabe est délicat, celui au thon n'est même pas banal. Après ces prémisses salées, il est temps de passer au sucré. C'est exquis ! Tout est succulent, les goûts se bousculent au palais, difficile d'en préférer un... Si pourtant, je dois dire que le scone nature nappé d'une belle cuiller de confiture de fraise et d'une généreuse couche de crème du Devon à ma préférence. Mais cela n'enlève rien à la qualité des autres douceurs proposées...

L'ambiance est reposante, un piano diffuse une subtile musique calme et agréable et, même si le restaurant est richement fourni en convives, la multitude de serveurs s'agitent dans la plus grande des discrétions. Il est, malheureusement, bientôt temps de partir, je demande l'addition que l'on m'apporte dans un élégant étui de maroquin sombre. La note est copieuse, elle aussi, mais sans surprise. Elle n'excède pas ce qui est annoncé sur le site internet de Harrods. Soyons clair, le prix est élevé mais certainement pas cher au regard de la qualité des mets proposés et de la générosité des assiettes. Avant de sortir, un dernier coup d'oeil sur les lieux afin qu'ils restent gravé quelques temps dans nos mémoires. On redescend vers le Food Hall pour nos traditionnels achats de chez Harrods, une ou deux boites de shortbreads pour se souvenir de Londres lorsque l'on sera rentré à Liège et un bocal de lemon curd. Je ne le répéterai jamais assez, l'Angleterre regorge de produits de bouche d'une haute qualité. Il est temps de quitter Harrods, on y reviendra rapidement, c'est sûr, mais après cette poignée de jours passés à Londres pour les fêtes de fin d'année, il faut songer à repartir... Notre train nous attend à 19h34 à Saint-Pancras, le voyage de retour sera empreint des réminiscences de ce somptueux repas au Georgian Restaurant. Truman Capote avait son Breakfast at Tiffany's, j'aurai désormais mon Afternoon Tea at Harrods !



A lire également :
   - Harrods of Knightsbridge
   - The Petrus Experiment



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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 14:23

Je suis névrosé, et alors ?

 

chiffres.jpgPourquoi sais-je pertinemment bien que 2 + 2 font 4 alors que j’aimerais tant que cela fit parfois 3 ou 5 ? J’aurais pu demander une quelconque assistance afin d’étudier la question mais l’idée de confier ma santé mentale à un psy, qu’il fut psychiatre, psychologue ou psychanalyste, m’effraie au plus haut point. Alors je vis avec cette angoisse existentielle qui m’oblige à accepter que 2 + 2 fassent toujours 4... C’est horrible ! Non pas de vivre avec mais bien que cela fasse toujours 4... M’est avis que cela ne peut que provenir de l’aversion que j’ai pour les chiffres en général. Autant j’adore les lettres autant j’exècre les chiffres. Je n’ai d’ailleurs jamais réussi à comprendre que d’aucuns puissent à ce point apprécier les chiffres... C’est hideux un chiffre, c’est brute, c’est froid, c’est agressif... Que peut-on faire avec des chiffres ? Rien de bien excitant en fait ; on peut comptabiliser le nombre de tués sur les routes ou dans un conflit, calculer la somme que je devrai rendre aux impôts, on peut aussi tenir la comptabilité d’une entreprise ou encore évoquer la distance tant en jour qu’en kilomètres qui me sépare de mon prochain séjour à Barcelone... Tandis qu’avec des lettres on peut écrire une missive romantique ou d’amour passionnée, on peut offrir au monde des chefs d’œuvre littéraires, on peut épeler le prénom de l’être cher, on peut simplement s’exprimer, donner le fond de sa pensée, émettre son avis...

 

Mais c’est un cercle vicieux car, si je hais les chiffres, c’est aussi probablement lié au fait que depuis tout petit l’on m’a inculqué que 2 et 2 faisait 4. Et pourtant, j’ai toujours gardé en mémoire cette prof de math qui prétendait et voulait me faire avaler que les chiffres étaient une science logique. «Quoi que tu fasses» disait-elle «2 + 2 feront toujours 4 comme 100 multipliés par zéro feront toujours zéro... C’est comme cela, c’est logique !». Cela reste à prouver à mes yeux. Je me suis d’ailleurs efforcé de lui démontrer que son assertion n’était pas aussi logique qu’elle en semblait convaincue. Zéro c’est rien, le néant on est bien d’accord sur ce point. «Alors si zéro multiplié par cent donne effectivement zéro, je ne suis pas sûr que, comme vous le prétendez cent multipliés par zéro donnent aussi zéro» lui dis-je avant de lui demander si elle avait 100 francs (à l’époque on parlait toujours en francs) à me prêter. Réticente elle accepta quand même de prêter l’argent puisqu’il s’agissait de faire avancer la cause des mathématiques. Et le raisonnement que je lui soumis fut le suivant... «Zéro multiplié par cent c’est donc bien équivalent à rien multiplié par cent. Ce qui ne peut donner que rien ou zéro... Rien multiplié par rien, multiplié par rien, et cetera... cela donnera toujours rien ! Mais cent multipliés par zéro, donc multiplié par rien, cela reste cent. Si je dépose le billet de 100 francs sur la table et que je le multiplie par rien, le billet reste sur la table. Il reste donc bien 100 et non pas zéro !» ce qui prouve – à moi en tous cas - que les chiffres sont loin d’être logiques comme l’affirmait cette prof de math... Cependant aujourd’hui encore il est, paraît-il, irréfutable que 100 x 0 sont égaux à zéro ; cela m’énerve d’autant plus que mon billet de 100 - qu’il soit en francs ou en euros désormais - multiplié par zéro est toujours, bel et bien sur la table, aujourd’hui encore...

 

Nous vivons dans un monde de chiffres. Code de carte bancaire, code client, digicode, code du téléphone mobile, numéros de dossier médical ou de file d’attente chez le boucher... nous ne sommes plus que des chiffres ! Je repense à Patrick McGoohan qui, dans la mythique série Le Prisonnier disait : «Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre», le pauvre, il déchanterait plus encore aujourd’hui... Ce matin au boulot, dans l’ascenseur, une vieille dame semblait perturbée car elle devait se rendre dans un service qui lui avait été renseigné, à l’accueil, par un étage, un numéro de salle et un numéro de porte griffonnés sur un bout de papier... Complètement perdue qu’elle était lorsque je l’ai renseignée et remise sur le bon chemin ! Son sourire a illuminé mon début de journée... Et si d’aventure vous téléphonez à l’hôpital pour avoir des renseignements, la première chose que l’on vous demandera c’est le numéro de votre dossier. C’est marrant mais moi j’ai plutôt tendance à demander à la personne à laquelle je m’adresse son nom et pas son numéro de carte d’identité... Cela me paraît plus humain, moins con surtout ! Et puis il y a les chiffres du Lotto... Ceux-là ils peuvent rendre quelques personnes heureuses me direz-vous ; d’ailleurs ne les appelle-t-on pas les «chiffres du bonheur» ? Si, et cela signifie donc que si ceux-là sont ceux du bonheur, tous les autres sont bien ceux du malheur !

 

Je ne m’y ferai jamais, je n’aime pas les chiffres, je ne les comprends pas. Sans les chiffres le monde ne pourrait pas tourner rond, entends-je parfois proférer, ils sont primordiaux pour une gestion saine de la société... Parce que vous trouvez qu’il tourne rond le monde ? Parce que vous trouvez qu’elle est saine la société ? Une société qui présente 20% d’analphabétisme, des gens qui n’ont pas les moyens de se loger, de se nourrir, de se soigner... d’avoir une vie simplement alors que d’autres thésaurise des sommes que la décence recommande de ne pas prononcer est tout sauf une société saine et bien gérée. Et au plus la société reposera sur des chiffres au plus la dualité qui existe entre les riches et les pauvres se creusera.

 

Une phobie est, paraît-il une angoisse, une forme pathologique de l’anxiété qui peut aller jusqu'à la névrose... Alors, je suis névrosé car je souffre d’un rejet pathologique de tout ce qui est chiffre. Cela s’appelle l’arithmophobie... Ceci dit, finalement, je vis très bien avec !

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 10:25

Si la fin du monde était réellement prévue pour le 21 décembre, je n’en pleurerais pas !

2012.jpg2012 sera-t-elle l’année de la fin du monde ? En tous cas, l’idée issue de la mythologie maya semble séduire pas mal de monde depuis quelques année. D’où vient l’idée que le monde arrivera à son terme à la fin de l’année 2012. Il semble que plusieurs civilisations et religions aient pointé la date du solstice d’hiver 2012 comme celui de l’Armageddon. En fait, il semble que le calendrier perpétuel des Mayas s’arrête abruptement à ce fameux vendredi 21 décembre 2012. Pourquoi ? Personne ne peut le dire avec précision, d’aucuns affirment même que ce calendrier court encore sur plus de deux siècles… Comment l’Apocalypse s’abattrait-elle sur la terre le 21 décembre 2012 ? C’est là que ça devient amusant… Certains pensent qu’un alignement de planètes causera une multitude de cataclysmes sur la terre, d’autres se laissent aller à penser que le champ magnétique de la terre va s’inverser provoquant, également, séismes et cataclysmes en chaine. Ces deux théories peuvent paraitre effrayantes mais elles ne sont guères réalistes. Les planètes s’alignent fréquemment et cela ne provoquent guère de souci tandis que l’inversion du champ magnétique de la terre est un phénomène lent et observable à l’avance… Si cela devait se produire en 2012, ce serait déjà confirmé par les scientifiques et si l’effet devait être observé maintenant, il mettre bien plus de trois ans à poser des problèmes… Reste alors l’idée farfelue d’une invasion meurtrière de la terre par des extra-terrestres qui anéantiraient la planète bleue. J’en ai parlé avec un vieux pote qui vient de Melmac, l’information n’est confirmée dans aucun recoin de la galaxie… Bref, la fin du monde pour le 21 décembre 2012 apparait comme une vaste fumisterie de plus !

L’homme en tant que maladie auto-immune

Et pourtant, par delà toute considération scientifique ou ésotérique, je dois dire que si la terre devait disparaître le 21 décembre prochain, je n’en serais pas marri outre-mesure… Plus je regarde mes contemporains plus je ne contemple rien ; plus je vois l’évolution de cette société plus je constate qu’elle est déclinante et qu’elle n’a plus rien d’attirant.

Le constat est dur, mais il est réel !

Le fossé riche/pauvre continue de se creuser chaque jour un peu plus. La mentalité de notre société mercantile accentue cette dualité. D’un côté, les riches deviennent de plus en plus riches mais aussi de plus en plus arrogants ; pour peu on se penserait revenu à cette époque d’avant la révolution industrielle. De l’autre côté, les pauvres deviennent de plus en plus pauvres mais une frange de plus en plus large d’entre eux se complait dans cette situation d’assistés. L’ère est aux loisirs mais le loisir c’est une société de consommation exacerbée. Le loisir c’est le multimédia pour le plaisir de mater des DVD piratés, d’écouter des CD téléchargés ou d’étaler sa triste vie sur le net par le biais de blogs insipides ou de réseaux sociaux de merdes. Le loisir c’est virtuel ! L’ère est aux loisirs mais ce loisir ne doit surtout pas avoir une connotation culturelle ce serait trop dur à supporter. La culture s’en va à vau l’eau d’une société pauvre intellectuellement. Elle ne fait plus recette car elle demande souvent un effort que beaucoup ne sont plus prêts à faire. Aller au musée ou au théâtre, visiter des sites historiques, découvrir des rites et des cultes différents, s’imprégner d’un roman du Siècle des Lumières, comprendre les codes de la littérature anglaise du début du 20è siècle, développer sa culture générale pour la simple envie de connaître les choses… autant de démarches qui semblent aujourd’hui hors de portée du commun des mortels. Ca n’intéresse plus de se cultiver, c’est tellement plus simple de se vautrer dans un divan devant un blockbuster piraté (2012, par exemple !) ou sur une plage pour bien profiter de ses coups de soleil, d’étaler sa vie sans saveur sur des réseaux dits sociaux ou de vouloir devenir la star sans talent d’une émission de télé-réalité sans intérêt autre que de remplir les poches de chaines de télévision dans âme.

Depuis un demi-siècle, la culture n’a enfanté aucun génie. Il n’y a plus de grands auteurs, de musiciens formidables, de cinéastes exceptionnels ou de peintres géniaux… Oh certes, il y a bien quelques types avec une once de talent mais quand je vois que Beigbeder ou Brown, pour ne citer qu’eux hors d’une liste bien longue, sont des chefs de file de la littérature moderne, que le cinéma repose davantage sur l’informatique et les fx que sur le jeu d’acteurs, que la musique s’essouffle dans des rythmes saccadés sans véritable harmonie et que ses leaders sont des rappeurs vulgaires ou des rockeurs sans âmes tandis que l’art, en général, cultive la mollesse et la mièvrerie, je me dis que le temps du génie est bien loin derrière nous. L’architecture échappe encore au naufrage grâce au travail que quelques artistes qui osent voir de grandes choses…

La culture est pauvre mais elle n’est que le reflet d’une société déliquescente. Ne pas savoir aligner les mots, pourfendre l’orthographe et la grammaire, détruire la syntaxe sont autant de tares qui apparaissent comme légères de nos jours et qui pourtant sont les signes distinctifs de l’aliénation. La société tend à s’aseptiser un peu plus chaque jour ; la peur est présente à chaque coin de rue et les médias entretiennent ce sentiment. Les enjeux financiers sont capitaux – si j’ose dire ! – et le public est fortement influençable. Il suffit pour s’en rendre compte de voir le nombre d’abrutis qui téléphonent pour sauver leur candidat préféré dans les émissions télévisées débiles parce qu’on leur a dit de le faire… Quant aux décideurs, certains ont déjà en mains les clés qui leur permettent de diriger tel que bon leur semble leurs sujets. Ils sont passés maîtres dans l’art de la manipulation et parfois leur morale est douteuse. Mais si tout cela est possible c’est uniquement grâce à la crédulité d’une population qui attend, désormais, d’être pris par la main, accompagné dans ses faits et gestes… L’aliénation !

Et puis l'humain est sale ! Non content de l'être, il se complet dans sa fange. Il suffit de voir le nombre de porcs qui urinent dans la rue, s'abritant à peine des regards, ou qui jettent leurs canettes au sol sans se soucier ni de propreté ni d'écologie. Les rues et les ruelles sont dégueulasses parce que l'homme est sale. Mais il ne se contente pas de salir la rue, non il est pareil chez lui... Je suis effaré de voir, de plus en plus souvent, dans des reportages télés, l'état d'insalubrité des maisons qui passent à l'écran. La saleté est l'apanage d'une grande frange des humains du 21è siècle...

Plus que jamais la société se divise en groupes distincts. Les nantis et les pauvres ; les pleins de santé et les malades ; les jeunes et les vieux ; les addicts du web 2.0 et ceux qui ne le sont pas ; les instruits et les incultes ; les dirigeants et les dirigés ; le Nord et le Sud… mais tous ont ce point commun de participer, avec leurs moyens, à la décrépitude de la société qui les a engendré. C’est paradoxal… mais finalement l’homme d’aujourd’hui est un peu la maladie auto-immune de la société ! Je ne crois pas que la fin du monde est réellement prévue pour le 21 décembre 2012 mais si cela devait vraiment être le cas, il ne faudrait pas compter sur moi pour pleurer ou pour regretter que tout cela s’arrête. Je n’en serais pas triste du tout !

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 12:51

Liège n'aura donc pas l'Expo 2017, par delà la déception il faut continuer à aller de l'avant en Cité Ardente.

expo2017.jpgDrôles d'impressions hier en fin d'après-midi sur la Place Saint-Lambert : impression de peu de monde, on était à peine 200 regroupés devant l'écran géant à attendre les résultats; impression d'un manque de d'ambiance comme si tous étaients persuadés de l'échec, impression de rapidité aussi, je suis arrivé à 16h30 et à 16h50 tout était dit... Ce matin alors que la déception est retombée dans mon chef, c'est une autre impression qui m'envahit à la lecture des commentaires sur les médias sociaux et sur les sites internet des quotidiens, une impression que beaucoup n'ont pas compris les enjeux de l'Expo2017, qu'ils soient économiques, logistiques, sociaux ou culturels. Combien de fois ai-je lu ou entendu que cette expo aurait coûté cher à Liège et à la Belgique et qu'il y avait d'autres priorités en ces temps de crise. Justement, en ces temps de crise, la priorité c'est de relancer l'économie et, au moment où les secteurs primaires et secondaires sont en pleine déliquescence, c'est sur le secteur tertiaire - sur l'événementiel d'envergure et le tourisme surtout - qu'il faut compter pour cette relance. Six millions d'euros d'argent public ont été dépensés pour soutenir cette candidature, cela revient à 0,54€ par Belge. Est-ce tellement dispendieux ? Poser la question c'est y répondre ! 54 cents par Belge pour tenter d'obtenir un événement international et développer la notoriété d'une ville, d'une région, d'un pays c'est même un peu léger, me semble-t-il... Organiser l'Expo 2017 à Liège aurait participé à la relance économique et à la sortie de crise. Pour gagner de l'argent, il faut en investir; pour sortir de l'impasse, il faut agir !

Par delà toutes ces impressions, j'ai aussi un sentiment... comme un goût d'inachevé ! Un sentiment qu'a parfaitement résumé en une phrase Vicente Loscertales, le Secrétaire-Général du Bureau International des Expositions (BIE), hier soir : la candidature kazakhe était celle d'un pays, la candidature de Liège celle d'une ville ! Oui, je pense clairement que Liège a manqué de soutien de la part des autres villes belges, des autres Provinces, des Régions et même du Fédéral. Dans les paroles et dans certains actes banals, on pouvait ressentir une forme de soutien mais dans les faits je suis convaincu que la Ville de Liège a du se débrouiller seule ce qui donne encore plus de poids au fabuleux travail réalisé par l'équipe qui a porté la candidature liégeoise ! L'on me dit que toutes les Villes de Belgique et qu'une cinquantaine de Ville à travers le monde ont apporté leur soutien à Liege Expo 2017, certes elle l'ont fait moralement mais concrètement qu'ont-elles dégagé comme moyens pour soutenir la candidature liégeoise ? Quelles actions tangibles ont-elles mis en place pour porter la candidature liégeoise ? C'est pareil pour le Gouvernement Wallon !

Cela ne sert à rien, en définitive, de s'apitoyer, la victoire appartient au Kazakhstan, c'est ainsi. Cela ne m'empêchera pas de regretter que certains pays n'aient pas respecté la parole donnée puisque l'on annonçait au moins 60 voix pour Liège alors qu'elle n'en a reçu que 44. Cela tend à démontrer, si besoin en était, qu'une promesse ce n'est jamais finalement que peu de chose, ce n'est jamais qu'une parole qui s'envole... Allez, soyons positifs car si Liège a perdu, elle a aussi gagné ! A l'ère des NTIC, alors que le monde est plus que jamais un village, il était fondamental de (re)situer Liège sur la mappemonde, c'est brillamment fait. Liège a aussi gagné par le fait que les forces vives et les citoyens de notre cité ont démontré qu'elles pouvaient se mobiliser, faire front commun pour porter un projet international, c'est réjouissant. En termes d'infrastructures et de rénovation, de grands projets ont vu le jour (le tram, l'écoquartier ou la réhabilitation de certains quartiers pour n'en citer que quelques-uns), ils trouveront leur aboutissement... peut-être pas aussi vite que si nous avions eu l'expo mais certainement plus rapidement que si Liège n'avait jamais caressé l'espoir d'organiser l'Expo Internationale.  Une meilleure notoriété internationale, une forme de citoyenneté (ou de fierté citoyenne) retrouvée, des projets ambitieux plein les cartons, les Liégeois peuvent être fiers de cette candidature, même si elle n'a pas abouti ! Quant aux esprits chagrins, ceux qui n'avaient pas compris - ou pas voulu comprendre - l'intérêt d'organiser cet événement international, s'ils rient sous cape aujourd'hui, ce sont probablement les plus grands perdants car ils n'auront même pas eu la chance de rêver un peu...

Liège à la capacité d'organiser de grands événements, alors continuons, bougeons, mobilisons-nous pour le faire. Continuons à travailler en ce sens, à développer notre événementiel, notre tourisme, c'est ainsi que Liège gagnera en notoriété, en vitalité et en retombées économiques ! Le Village de Noël en est le meilleur des exemples...

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 07:48

Les plaisirs de la lecture s’étiolent dans les vapeurs du loisir facile. C’est encore un peu de la culture qui s’effrite…

lire.jpgLire est une passion que je ne suis pas seul à partager… mais, au fil du temps, je la partage avec de moins en moins de monde. On ne lit plus beaucoup, la lecture tombe en désuétude au profit de médias plus abordables intellectuellement comme la télévision. C’est effrayant ! Car non seulement on lit moins mais en plus on lit moins bien. Dans une excellente émission – car si l’on retire la télé-réalimerde, les films qui ne reposent que sur les effets spéciaux, les séries allemandes sans intérêt, les américaines qui se ressemblent pour la plupart et les téléfilms français sirupeux, il reste de bonnes émissions à la télé –, la RTBF attirait, voici quelques temps déjà, l’attention sur le fait que les jeunes ne comprennent plus ce qu’ils lisent. Selon plusieurs enquêtes, nationales et internationales, ils déchiffrent bien, au sens technique du terme, mais comprennent mal ou trop peu ce qu'ils lisent… Faut-il s’étonner que le goût de la lecture se perde si les plus jeunes n’appréhendent pas ce qu’ils lisent ? Ils ne sauraient forcément pas saisir l’intérêt d’un livre s’ils ne comprennent pas ce que le texte en raconte. C’est véritablement inquiétant car l’essence même de la lecture est la compréhension. On lit pour comprendre, quelle que soit la motivation ultérieure de cette compréhension : s’informer, se distraire, apprendre… Qui est responsable de cette atroce réalité ? L’enseignement, certainement, car sa qualité est en constant déclin depuis plusieurs années. Mais les parents aussi qui ne motivent plus les enfants à lire. Il est de plus en plus rare de voir des familles disposer d’une bibliothèque à domicile par contre les dvdthèques et les blurayothèques sont présentes partout dans les ménages. Lorsque je dis que je lis trois ou quatre ouvrages – romans, essais, livre à thème… - par mois et que j’ai, dans mon salon, une bibliothèque qui contient plusieurs centaines de références, j’ai droit à des regards plus étonnés les uns que les autres. Et pourtant c’est tellement simple et agréable de se constituer une bibliothèque personnelle afin d’y puiser un livre ou l’autre pour meubler une soirée. Certains tentent d’avancer le coût des livres pour justifier leur rejet de la lecture… Je monte illico sur mes grands chevaux quand on me parle du coût prohibitif de la culture en général et des livres, dans le présent cas. Non les livres ne sont pas chers, il suffit de se fournir en livre de poche nouveaux ou de courir les bouquinistes pour trouver quantité de livres d’occasion en bon état… L’été dernier, sur la place Saint-Etienne, lors de l’habituel rendez-vous des bouquinistes(1), j’ai trouvé trois Pagnol, un Agatha Christie et un Camus pour dix euros… Cinq livres, en excellent état, pour le prix de cinq bières ! Faut choisir son camp, camarade, la culture ou la brassiculture ; l’ivresse des sens ou l’ivresse tout court !

L’explosion et l’expansion des loisirs de masse ont condamné la lecture à être reléguée plus après que le second plan. Il est tellement plus facile de se vautrer devant la télé et de profiter d’un loisir passif, d’exterminer virtuellement des adversaires armés jusqu’aux dents, d’échanger des banalités affligeantes sur Facebook ou de pirater des albums de musique sur le net. La peopleisation des mass-médias est d’ailleurs révélatrice de l’époque. Les journaux people ont la cote et les quotidiens traditionnels doivent élargir de plus en plus leurs pages à des articles sur les starlettes incultes de la télé-réalimerde ou sur la vie privée des footeux et des chanteurs à la mode. C’est le seul type de lecture qui ait, un tant soit peu, la cote. J’ai en mémoire une phrase que Sir Arthur Conan-Doyle prête à son héros fétiche, Sherlock Holmes, dans la nouvelle «L’homme qui marchait à quatre pattes» qui rapporte l’histoire d’un vieux scientifique prêt à tout pour retrouver sa jeunesse : «Supposez, Watson, que le matérialiste, le sensuel, le mondain, prolongent leurs existences inutiles, que deviendrait le spirituel ? Nous aboutirions à la survivance du moins capable. Dans quel abîme d’iniquité plongerait notre pauvre humanité !». Par cette phrase, terrible de sens, Conan-Doyle présumait, en 1923, d’une situation bien réelle en ce début de 21è siècle. Le matérialisme est l’une des caractéristiques du moment, il faut posséder à tout prix, y compris au risque de s’endetter pour y parvenir. Le sensuel, le sexuel dit-on aujourd’hui, est portée de clic et squattérisent les écrans de télévision, le sexe est porteur, vendeur et à la mode. Quant au mondain, il est devenu people mais est, plus que jamais, dans l’ère du temps. Le matérialiste, le sexuel et le people se sont imposés au détriment, comme le redoutait Conan-Doyle, du spirituel…  Et oui, la société est devenue inique ; oui le moins capable est à tous les coins de rue. On ne lit plus, c’est une triste réalité, mais on ne se cultive plus non plus. Musées, expositions, films d’auteurs, théâtre, lecture, … toutes ces nourritures de l’esprit apparaissent désormais bien souvent comme superflues. C’est triste car, non seulement, celui qui ne se cultive pas se prive de la connaissance mais, en outre, celui qui s’ampute de la connaissance est une proie facile à la manipulation. C’est en effet la culture qui permet de forger les intelligences et les personnalités, c’est historique au plus les masses sont incultes, au plus elles sont manipulables. Aujourd’hui, la culture générale et la culture de façon générale se réduisent à peau de chagrin… L’effort culturel s’est noyé dans la passivité et c’est cela qui engendre l’iniquité de la société.

Je suis aussi triste qu’effrayé lorsque je parle avec des adolescents et que je constate qu’ils réduisent leur culture à peu de choses ; qu’ils ne savent pas qui sont Montesquieu, Montaigne, Sartre ou Malraux ; qu’ils jugent Léo Ferré, Bob Dylan ou Brassens démodés et sans intérêt ; qu’ils privilégient la paresse à l’effort intellectuel, que la culture ne les intéresse pas. Mais peut-on réellement leur jeter la pierre ? Ils sont issus d’une génération – la mienne – qui a déjà fait fi pour la plupart de la culture et de la connaissance générales. Alors ces jeunes, qui n’ont jamais baigné dans la culture, comment pourraient-ils l’appréhender ? Ils sont nourris de télé-réalimerde, de films qui ne reposent que sur les effets spéciaux, de séries allemandes sans intérêt, de séries américaines qui se ressemblent pour la plupart, de téléfilms français sirupeux et chansons sans âme… c’est là l’univers culturel d’une majorité de la population de nos jours.

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(1) Place aux Livres, tous les 1er et 3è samedi du mois, de mai à septembre, sur la Place Saint-Etienne, à Liège et le reste de l'année au sous-sol de la Galerie Opéra.
 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 12:04

Sur ses cahiers d’écolier

Eluard écrivait ton nom

Combien de rames de papier

A-t-on noirci pour l’illusion

 

L’illusion d’être affranchi

D’avoir seulement des droits

Sans obligations, ni ennui

Ni devoir porter sa croix

 

Mais du taf aux mioches

L’union sacrée, le contrat social

Juste des idoles fantoches

D’une société que l’on rêve idéale

 

De l’image de la démocratie

A l’impression tronquée du bonheur

Pour ces cerveaux réduits à bouillie

Par la télé qui matte les ardeurs

 

En passant par ce besoin artificiel

Fausseté de l’opulence

D’un pauvre confort matériel

Du pain, des jeux c’est le silence

 

Le silence d’une révolte avortée

Dans l’œuf de la complaisance

D’une foule moutonnière, décérébrée

Trop emmurée dans l’illusion de son aisance

 

Trop peureux pour être libre

Trop heureux pour être critique

Trop matériel pour briser l’équilibre

Trop frileux pour être atypique

 

Croire… Croire… Croire

En un concept, en un avenir, en un Dieu

Rester dans la masse, avec cet espoir

Que demain sera encore mieux

 

Forcément parce qu’on lui tient la main

Il se sent protégé, tout en sécurité

Enfermé dans des procédures, des examens

Qui tuent l’indépendance et la créativité

 

Mais, inapte à te saisir au vol

L’Homme est incapable de te mériter

Vaniteux, inculte et frivole

Il te laisse passer… Liberté !

Olivier Moch

 

 

                                               

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 12:51

La Liberté d'expression est une valeur fondamentale ! N'empêche que, sous son couvert, certains en profitent pour dire des conneries !

expression.jpgOn a beaucoup parlé de liberté d'expression ces derniers jours avec le film L'innocence des Musulmans ou encore la une de Charlie Hebdo. Ce droit est inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, à l'article 19, mais il convient aussi de rappeler qu'il est mâtiné de restrictions notamment en termes d'incitation à la haine raciale ou religieuse. Or ce fameux film qui insulte - car c'est bien une insulte que d'assimiler les musulmans à des être immoraux - s'apparente à de l'incitation à la haine. La question de la liberté d'expression ne devrait même pas être soulevée. Ce film est pauvre, mal joué, mal scénarisé... bref mauvais ! Il m'apparait clairement avoir été réalisé dans un but de provocation ou pire encore d'escroquerie. En effet, son réalisateur - un chrétien copte d'Egypte installé en Californie - a déjà été condamné pour escroquerie via internet en juin 2011 et est sous le coup d'une interdiction de toute utilisation du net sans aval de son agent de probation(1). Par ailleurs, la chaine de télévision évangéliste Media for Christ, qui prêta ses studio pour la réalisation du film, estime avoir été dupée par le réalisateur qui affirma vouloir réaliser un film sur la persécution des chrétiens en Egypte... Un réalisateur qui semble également s'être servi du nom Media for Christ, sans l'autorisation des dirigeants de la chaine, pour obtenir les diverses autorisations de tournage(1). A noter enfin qu'une des actrices du film, Cindy Lee Garcia, a porté plainte contre le réalisateur pour volonté de nuire, elle a demandé à la justice le retrait du film. Il apparait clair que L'innocence des Musulmans est un pamphlet volontairement créé dans l'intention d'attiser la haine religieuse et qu'il repose sur un amalgame douteux qui consiste, une fois encore, à assimiler la partie pour le tout. La liberté d'expression autorise-t-elle à trahir la vérité ? Rien n'est moins sûr ! Toujours est-il que le film anti-islam a déclenché une vague d'indignation dans le monde musulman, une vague d'indignation qui a débouché sur la mort d'un homme, l'Ambassadeur américain en Libye. Alors j'ai très envie d'user de ma liberté d'expression pour dire que le réalisateur du film est responsable de cet assassinat ! Dans ce contexte de violence extrême, Charlie Hebdo devait-il publier sa une intitulée Intouchable 2 ? Là encore on a ouvert le parapluie de la liberté d'expression mais lorsque je vois que des images, qu'elles soient extraites d'un film sur le net ou de la une d'un journal, obligent à renforcer la sécurité de dizaines d'ambassades à travers le monde, à fermer des écoles pour éviter d'exposer des gosses aux représailles et mettent en danger des civils dans plusieurs pays, je ne peux pas renier l'envie de dire qu'il faut réfléchir avant d'user de son droit à la libre expression. D'autant plus qu'on ne m'ôtera pas de l'idée que la une de Charlie Hebdo n'avait même pas pour vocation principale d'être provocatrice. Je suis intimement convaincu qu'il ne s'agissait là que d'un coup de marketing et qu'il a parfaitement réussi puisque le journal a écoulé son premier tirage de 75.000 exemplaires en quelques heures avant de relancer un second tirage qui fut aussi rapidement en rupture de stock...  Autant Charlie Hebdo maniait la provocation avec art et talent à sa grande période - celle de Cavanna, Reiser, Cabu et Topor - autant il maitrise mieux le marketing désormais, s'inscrivant ainsi dans un univers commercial qu'il fustigeait pourtant avec véhémence.

Il est amusant de constater que la plaisanterie - drôle d'ailleurs - que fit Patrick Timsit sur les trisomiques voici quelques années déclencha une volée de bois vert, qu'on ne lui accorda finalement aucun droit d'user de sa liberté d'expression puisqu'il fut condamné alors que dans le cas d'un film anti-islam qui incite à la haine religieuse on brandit immédiatement cette fameuse liberté d'expression. Cela témoigne d'une réelle islamophobie qui est installée dans nos pays, une islamophobie qui confine davantage à de la misislamie(2). Ainsi donc, il y aurait deux poids deux mesures dans le processus de liberté d'expression selon qu'elle émane d'une personne ou d'une autre, selon qu'elle évoque un thème ou un autre ? A titre personnel, la blague de Timsit me fit pourtant rire bien davantage que la une de Charlie Hebdo ou le pamphlet raté du réalisateur copte...

La liberté d'expression est une valeur essentielle disais-je en propos liminaire de ces quelques lignes, elle doit le rester c'est une question de démocratie. Cependant, comme tous les droits, elle doit être utilisée avec parcimonie et intelligence. La liberté d'expression ne peut-être limitée que par une seule notion... une notion toute aussi fondamentale que la liberté d'expression en tant que telle, le libre arbitre ! Le libre arbitre, cette faculté qu'à l'être humain d'agir et de penser par lui-même, de réfléchir à ses actes et à  ne les poser qu'après y avoir mûrement réfléchi. Ainsi si chacun, avant d'user de sa liberté d'expression, se posait deux simples question : ce que je vais exprimer est-il pertinent ? et ce que je vais exprimer est-il intelligent ? on éviterait bien des situations tendues, des contextes dangereux et des haines inutiles. Toute liberté à un pendant, le libre arbitre doit être celui de la liberté d'expression, cela me parait une évidence ! D'aucuns ont tendance à faire fi de ce libre arbitre et bêlent avec la foule des paroles ou des écrits qui ne servent pas la liberté d'expression...

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(1) Film anti-islam. Et s'il n'existait pas ? par Sophie Pams in Ouest-France, 20 septembre 2012
(2) phobie etant un suffixe qui évoque la crainte, il m'apparait plus juste dans le contexte occidental actuel d'évoquer la haine (miso en grec) plutôt que la crainte. Misislamie comme misanthropie...

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 15:06

Du droit au respect pour les animaux qui vont terminer dans nos assiettes !

 

images.jpgJe suivais, samedi, sur l’autoroute un camion de transport de cochons, ces bêtes prenaient probablement le chemin de l’abattoir où elles termineraient leur vie pour accomplir leur destinée qui est de finir dans l’assiette de l’amateur de viande… Dans la tranchée de Cheratte, une côte autoroutière impressionnante où trop souvent les routiers jouent aux cons, le chauffeur menait son bahut sans ménagement avec plusieurs à-coups dus à des changements de bandes et autres rétrogradations de vitesse… Lorsque je parvins enfin à dépasser le camion ce fut pour découvrir par les larges interstices de sa remorque un nombre impressionnant de cochons entassés les uns sur les autres et à la merci de tous les chocs de la conduite lamentable de celui qui les menait à l’abattoir… Je sais que ces cochons vont à la mort mais est-il besoin de les y emmener dans ces conditions merdiques ? Non assurément ! Pourquoi l’Homme a-t-il tendance à se moquer des êtres vivants – humains et animaux – qui lui semblent inférieurs ? Je ne les connais pas mais j’en veux énormément au patron de la société de transport qui, au nom du sacro-saint profit, a autorisé l’entassement de ces pauvres bêtes mais aussi au chauffeur qui, en conduisant comme un con, brinqueballait dangereusement les cochons au risque de leur casser une patte et de les faire souffrir inutilement…

J’en entends certains dire ou penser que ce ne sont que des bêtes d’abattoir et qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat – encore une expression humaine à la con qui implique un mauvais traitement animalier -, qu’il y a bien d’autres priorités dans la vie que de se soucier du sort de cochons qui vont à l’abattoir. Et je suis sûr que parmi ces gens qui font peu de cas de la fin de vie des cochons, il s’en trouve pour hurler au scandale face au spectacle tauromachique ! Deux poids deux mesures dans la condition animalière alors… Cela remonte à quelques année mais j’ai en mémoire des images en provenance du marché aux bestiaux de Ciney où l’on voyait d’immondes individus frapper une vache à la tête jusqu’à lui provoquer des saignements à l’œil. Sept marchands avaient été condamnés pour ces faits ! Il faudrait davantage d’exemples forts de cette sorte afin de faire prendre conscience qu’un animal, fut-il condamné à l’abattoir, à droit au respect et à certaines conditions de traitement… Les conditions de mise à mort dans certains abattoirs nécessitent l’impérieux besoin de légiférer en la matière tant elles peuvent être parfois inhumaines. Je me souviens aussi d’images, au milieu des années ’90, qui montraient qu’il fallait s’y reprendre à trois fois avec un pistolet d’abattage placé sur la tête d’un ruminant avant de le voir s’écrouler dans d’atroces souffrances… Des souffrances qui auraient fait passer la corrida pour un jeu anodin de cour de récré !

Abattages à la chaîne parfois mal menés, transport dans des conditions aussi malsaines que médiocres, coups de bâton ou de pied, gavage d’oies, stockage de poules dans des espaces réduits, chasseurs sans scrupules… Décidément l’Homme fait bien peu de cas de ces animaux qu’il devrait pour choyer puisqu’ils sont destinés à le nourrir, à lui permettre de survivre. Alors que je suis grand amateur de foie gras, le gavage me dérange d’autant plus que je suis persuadé qu’il y a d’autres moyens – existants ou à trouver – d’obtenir un foie gras de qualité sans stresser autant de pauvres volatiles. Attention, loin de moi l’idée de militer pour une forme quelconque de végétarisme ou de végétalisme ; j’aime trop la viande que pour cela ! Mais bien de réclamer davantage de respect pour ces animaux qui doivent terminer dans nos assiettes !

Mais, dans sa toute-puissance, l’homme n’a pas le temps ni l’envie de se soucier du calvaire des animaux produits de bouche… Car c’est bien ça le problème ; c’est que dès avant leur mise à mort ces bêtes sont considérées comme des produits déjà plus comme des êtres vivants qui peuvent ressentir la douleur ! De toutes manières, j’en suis persuadé, ce besoin de faire souffrir est inné chez l’Homme, il est dans ses gènes… L’homme est un sadique génétique ! Alors, souvent puisque son éducation lui a inculqué qu’il n’est pas bien de faire souffrir ces semblables, il reporte cette obligation génétique de faire mal qui l’habite sur des animaux ; dans des abattoirs, sur les terrains de chasse ou même en tançant, main ou journal en renfort, son clebs ou son chat…

Certaines associations s’insurgent contre les traitements infligés aux animaux dans les arènes, dans les laboratoires ou à domicile et c’est très bien ainsi. Il est désormais temps que ces associations accordent plus d’intérêt aux animaux de boucherie, depuis l’élevage jusqu’à l’abattoir en passant par les conditions dans lesquelles ils sont transportés !

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 10:41

Voyage gastronomique à Londres, au Petrus, l'un des restaurants de Gordon Ramsay.

Petrus.jpgDoit-on encore présenter Gordon Ramsay, le Chef écossais qui fait partie des trois seuls cuisiniers au monde à avoir reçu trois Etoiles en une fois. Ramsay est une des valeurs sûres de la cuisine internationale, malheureusement son image est un peu tronquée par cette fâcheuse habitude qu'il a d'apparaitre dans une quantité d'émissions de télé-réalité qui mettent en avant son côté colérique davantage que son talent. Et pourtant Diable sait qu'il en est pétri de talent cet Ecossais banlieusard de Glasgow qui monta, en 1986, à Londres pour travailler au Harvey's, le restaurant de Marco-Pierre White, un chef connu pour son caractère irrascible qui forma donc Ramsay. C'est ensuite Albert Roux, un cuisinier français installé à Londres, qui poursuivit la formation de Gordon Ramsay avant que celui-ci ne l'achève à Paris chez Guy Savoy et Alain Robuchon. Nanti de cette formation solide, Gordon Ramsay revient à Londres, en 1993, pour reprendre le Restaurant La Tante Claire. Il s'associe ensuite à Marco-Pierre White pour reprendre le Rossmore qui devient L'Aubergine qui est gratifié d'une Etoile Michelin seulement trois mois après la prise en main par le duo White/Ramsay. La carrière de Gordon Ramsay est lancée, il ouvre succèssivement plusieurs restaurants à Glasgow (L'Amaryllis), à Londres (Gordon Ramsay at Royal Hospital Road et le sobrement baptisé Gordon Ramsay), à Dubaï (Le verre), à Tokyo (dans l'Hôtel Conrad et Cerise), à New York (Gordon Ramsay at The London), à Los Angeles (Hell's Kitchen), à Versailles (Le Trianon) ou en Toscane (Castel Monastero). En 2010, Gordon Ramsay est appelé par les repreneurs du prestigieux Palace Savoy, sur le Strand à Londres, pour relancer le restaurant de l'hôtel. Il recrée une carte selon ses principes basés sur la perfection, la simplicité et la qualité des produits. Une fois remis sur les rails, Ramsay cède les cuisines du Savoy Grill à Stuart Gillies et à Andy Cook qu'il forma au Claridge, le restaurant du prestigieux Hôtel Claridge, sur Brook Street, une parallèle à Oxford Street.  Aujourd'hui, Gordon Ramsay dirige une vingtaine de restaurants à travers le monde parmi lesquels Petrus dans le superbe quartier de Belgravia, à Londres non loin du grand magazin Harrods. S'il ne peut manifestement pas être au four et à la planche à découper dans chacun d'entre-eux, Ramsay essaie de cuisiner aussi souvent que possible dans plusieurs de ses établissements comme Maze, York&Albany ou The Gordon Ramsay, son restaurant signature, à Chelsea. Les autres restaurant sont confiés aux bons soins de Chefs que Ramsay a formé lui-même et qui s'engagent à travailler selon les préceptes du Chef tri-étoilé écossais.

Cet été, je me suis offert une escapade culinaire à Londres, au Petrus. Ce qui était un plaisir à l'origine est devenu un grand moment en définitive. Et pourtant, le choix originel se portait sur le Savoy Grill mais la lecture des menus nous dirigea vers Petrus. Après avoir flâné à Covent Garden, nous avons pris le chemin de Belgravia pour un repas en amoureux. Coincé entre Pimlico, Knightsbridge et Grosvenor, Belgravia est un quartier plutôt bucolique de Londres avec ses jolies maisons blanches, ses allées fleuries, ses mews romantiques et son calme qui contraste avec l'agitation usuelle de la capitale anglaise. Arriver jusqu'au Petrus, sur Kinnerton Street, est déjà une expérience agréable en soi ! A l'entrée du restaurant, nous sommes directement accueillis petrus01par un préposé à qui je confirme que j'ai fait une réservation par internet depuis la Belgique. Le Maître d'Hôtel arrive, très distingué, calme... Il nous scrute des pieds à la tête. Il y a un dress-code, nous étions prévenus, pas de vêtements de sport, pas de shorts, pas de t-shirts ! Pas de souci même si nos sacs en bandoulière nous font un peu ressembler aux touristes que nous sommes finalement. Le Maître d'Hôtel nous mène à notre table, elle n'attend que nous, et nous envoie une serveuse; surprise elle s'adresse à nous en français. Le Maître d'Hôtel nous a entendu échanger entre-nous dans la langue de Molière, il la maîtrise lui même et la serveuse aussi. Il nous apprendra par la suite que chaque serveur doit parler une seconde voire une troisième langue afin de pouvoir recevoir les clients dans leur langue maternelle. Petrus reçoit des clients anglais, bien sûr, mais aussi français, allemands, belges, américains, chinois, japonnais, russes, espagnols ou sud-américains, chacun de ces clients peut-être pris en charge dans sa langue propre. C'est ça la classe à l'anglaise !

Nous posons notre choix pour l'entrée et le plat, la serveuse reviendra plus tard pour les desserts. Je refuse la sélection de vin, ma compagne n'en boit pas et je la trouve, comme dans tous les restaurants hauts de gamme, un peu chère. Nous nous contenterons d'une bouteille d'eau minérale qu'on nous apporte avec le sourire. Pour patienter, on nous sert une mise en bouche, une bouchée de tête de porc en croquette accompagnée de sauce gribiche. Premier régal, premier regret... il n'y a qu'une seule bouchée ! Nous profitons, confortablement installés dans de moelleux sièges écrus, de l'ambiance feutrée et du décor très chic avec un imposante colonne centrale où reposent des centaines de bouteilles de vin de qualité. Mais voilà qu'arrivent nos entrées :

Cannelloni de lapin confit dans un consommé de cresson poché et d'estragon pour ma chérie; Tartare de boeuf de Casterbridge sur brioche toastée et tartinée de foie gras accompagné d'un oeuf de caille poché et de baby artichauts pour moi. C'est sublime ! Les goûts s'harmonisent dans la bouche, c'est fin, c'est délicat, c'est remarquable ! C'est plutôt bien présenté aussi. L'entrée ne nous a pas déçue, au contraire elle nous a excité à l'idée de découvrir un plat principal que nous ne pouvons pas imaginer autrement qu'au diapason... Volaille en trois façons, la poitrine pochée dans un consommé au thym, l'aile désossée et simplement grillée sur la pierre et la cuisse en lasagne, le tout accompagné de légumes de saison tombés au beurre et de pommes de terres sautées au beurre salé. Nous avions choisi le même plat, simple mais très attirant dans son énoncé. Là encore, point de déception tant la simplicité peut être merveilleuse. C'est plein de goûts qui se complètent et qui restent en bouche pendant de longues secondes. Le Maître d'Hôtel vient voir si tout se passe bien, que lui répondre d'autre que oui ? Il n'y a rien à redire, tout est parfait ! Après nous avoir laissé profiter de notre repas salé pendant quelques minutes (meublées à regarder passer les plats des autres tables tous aussi appétissants les uns que les autres), la serveuse revient vers nous avec la carte des desserts. Nous luis disons que nous lui faisons confiance, mais que notre seul souhait est qu'il y ait du chocolat. Il n'est pas de bon repas qui ne se conclue sans chocolat ! Sans hésiter, elle nous propose le dessert-signature du Petrus : une sphère de chocolat qui enferme une boule de glace au lait et au miel posée sur un biscuit croquant au fudge et au caramel. La sphère de chocolat est posée sur un nuage de meringue moelleuse et l'on verse par-dessus du chocolat chaud qui la fait fondre et s'ouvrir sur son contenu. C'est esthétique, c'est agréable mais, surtout, c'est excellent ! Ce dessert ponctue de façon remarquable le repas, il est suave, il est sucré (mais pas trop), il est doux, il est croquant, il est fin... Bref, il est exceptionnel !

"Prendez-vous un thé ou un café ?" nous demande le Maître d'Hôtel. On n'a pas envie de refuser, ma compagne opte pour un thé, un Darjeeling, un vrai... le champagne des thés noirs, le plus prisé des Anglais, mélange subtil d'arômes floraux, d'amertume et de saveurs épicées. Moi, je ne suis pas amateur de thé, je suis très café, ce sera un expresso corsé. Un dernier entremets pour attendre le thé et l'expresso, on nous apporte quatre Lollipops à la vanille et à l'armagnac. Il s'agit de sucettes de glace à la vanille, aromatisées à l'armagnac et enrobées de chocolat blanc qui sont servies dans un récipient refroidi à l'azote liquide. C'est assez impressionnant lorsque que le Maitre d'Hôtel découvre le récipient alors qu'on ne sait pas ce qu'il contient. Le nuage froid d'azote s'évapore lentement nous permettant enfin de voir les lollipops... et de les goûter ! Diable que c'est bon, de nouveau simple mais bon ! On est clairement dans l'univers de Gordon Ramsay. Alors que ma chérie dispose d'une pleine théière de Darjeeling et qu'elle peut largement se servir deux belles tasses de thé, je n'ai qu'un expresso classique dans une petite tasse très élegante. Le Maître d'Hôtel s'en aperçoit et propose de m'offrir un second expresso. Je l'accepte avec le plus grand des plaisirs ! Il revient rapidement avec un second nectar noir corsé, j'en profite pour lui poser deux ou trois questions sur le Petrus, il répond avec sympathie non sans regarder autour de lui si sa présence n'est pas requise à une table ou à une autre. A son tour, il me demande si j'ai apprécié le repas. Sans trahir la vérité, ni même l'adoucir, je lui réponds franchement que oui, tout était parfait tant dans le service, que dans la qualité des plats qui nous ont été proposés. Nous avons vraiment apprécié l'Expérience Petrus. Il s'en va vers une autre table, content que nous ayons apprécié !

Il n'est de bons moments qui ne prennent fin aussi demandais-je l'addition. Le Maître d'Hôtel nous l'apporte dans une très élegante boite gainée de cuir floquée Petrus. Le prix est conséquent mais pas exagéré, il n'y a pas de surprise, nous savions que ce serait de cet ordre là. Il est temps de partir, croyais-je, mais en venant chercher l'addition, le Maître d'Hôtel va prolonger, de quelques longues minutes et pour notre plus grand bonheur, cette expérience hors du commun. Il nous propose de visiter les cuisines du Petrus, si cela nous intéresse ! Bien sûr que ça nous intéresse... Ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir les cuisines d'un grand restaurant. Alors nous descendons d'un étage et sommes plongés dans cet univers où les odeurs se mélangent aux couleurs. Une surprise de taille nous attend : il y règne un calme et une harmonie surprenants, loin de l'image d'épinal de ces cuisines dans lesquelles le Chef hurle et où les commis s'agitent dans tous les sens. Certes, le coup de feu est passé mais l'on sent bien que cette cuisine est bien organisée, qu'il n'y a pas eu de tourment. Tout est en ordre, chaque chose dispose d'une place à laquelle elle est remise après utilisation et nettoyage, méthode anglaise. Devant nous, le Chef Sean Burbidge et son second s'affairent sur deux plats qui vont être emportés en salle. A droite, un plateau de desserts s'apprête à quitter aussi les cuisines. Derrière nous, il y a une table dressée pour six personnes. Est-ce une table qui sert au Chef et à son équipe pour élaborer les nouveaux plats, les imaginer et préparer la carte qui change tous les mois ? Non, elle est dressée comme une vraie table du Petrus, élégante, prête à être utilisée. C'est une table qui peut être réservée chaque soir nous explique le Maitre d'Hôtel, ainsi six personnes peuvent manger, sur réservation expresse et longtemps à l'avance, dans les cuisines du Petrus, dans l'antre même où l'on prépare le succulent repas qu'ils s'apprêtent à déguster. Ca a un prix, c'est clair, mais c'est une expérience qui doit aussi valoir la peine ! C'est réservé pour plusieurs semaines déjà...

Voila, cette fois c'est bien fini ! L'Expérience Petrus s'achève, elle fut grandiose, la plus belle expérience culinaire de ma vie oserais-je dire sans exagérer... Qui osera encore me dire que l'on ne mange pas bien en Angleterre recevra mon mépris en retour ! Les cuisiniers anglais, Gordon Ramsay en tête, ont bien compris l'importance de l'introduction de la world food dans leur cuisine, ils conservent des bases anglaises traditionnelles auxquelles ils adjoignent des notions et des produits des autres cuisines mondiales. Jamie Oliver fut l'un des premiers cuisiniers anglais, voici une quinzaine d'années, à appliquer ce concept bientôt suivi par d'autres. La cuisine anglaise a parfaitement évolué au point de faire de Londres l'un des endroits les plus gastronomiques du monde. Ce n'est pas un hasard si parmi les meilleurs Chefs du monde, parmi les Chefs les plus appréciés du grand public, l'on retrouve plusieurs cuisiniers anglais à l'image de Gordon Ramsay (trois Etoiles), Marco-Pierre White (deux Etoiles) ou encore Heston Blumenthal (trois Etoiles) pour ne citer que les trois plus connus...

Nous sommes sortis du Petrus emplis de bonheur, de cette joie simple associée au grand moment que l'on vient de passer. Confectionnée par Sean Burbidge, la cuisine que nous avons mangée au Petrus c'était du grand Gordon Ramsay; le bonheur qui nous accompagna de longues minutes après être sortis du Petrus c'était encore du grand Gordon Ramsay !

Food09 - Petrus

Cannelloni de lapin confit
dans un consommé de cresson et d'estragon

Food10 - Petrus
Tartare de boeuf de Casterbridge
sur brioche toastée et tartinée de foie gras
avec oeuf de caille pochée et baby artichauts

Food11 - Petrus
Volaille en trois façons
Poitrine pochée dans un consommé au thym
Aile désossée et grillée sur la pierre
Cuisse en lasagne

Petrus-04.jpg
Sphère de chocolat qui enferme
une boule de glace au lait et au miel
avec un biscuit au fudge et au caramel
posée sur une lit de meringue moelleuse
accompagnée de son chocolat chaud

Food13---Petrus.jpg
Lollipops de glace à la vanille et à l'Armagnac

Petrus
1, Kinnerton Street
Belgravia - Westminster
London

www.gordonramsay.com/petrus

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 12:36

Voila une question fondamentale dont la réponse risque fort de ... n'avoir aucune incidence sur nos vies quotidiennes. C'est totalement inutile donc c'est réellement essentiel !

rockAprès tout, ce sont les vacances, dans quelques heures je préparerai ma valise pour aller à Londres nourrir mes besoins de culture et d'extravagance. Alors, ce n'est vraiment pas le moment de se lancer dans quelque débat de fond que ce soit. Cependant, il me fallait une chronique pour aujourd'hui alors il m'est apparu comme une bonne idée de plonger dans les origines, parfois surprenantes, des noms de groupes de rock. On sait tous que Malcolm et Angus Young ont trouvé le nom de leur band - AC/DC qui signifie Alterning Current/Direct Current (Courant Alternatif/Courant Direct) - sur une machine à coudre électrique ou encore qu'ABBA est un acronyme des initiales des quatre membres du groupe (Agnetha, Bjorn, Benny et Anni-Frid). Mais par delà ces exemples connus, il y a quantité de groupes dont on ignore les origines du nom. Un peu de recherches nous permet d'établir la liste suivante qui est, évidemment, loin d'être exhaustive. Références littéraires ou cinématographiques, faits de société, produits prohibés, événements historiques... voyons ce qui influença le choix des noms de groupes de rock ! 

1° Les Littéraires

Alice in Chains : le groupe de rock alternatif et grunge de Seattle doit son nom au roman de Lewis Caroll, Alice au Pays des Merveilles. L'univers onirique et fantasmatique ainsi que la satire de l'univers scolaire anglais de l'époque plaisait énormément aux membres du groupe mais, en 1987, le roman de Caroll avait fortement subi l'influence de Walt Disney et, dans la mémoire collective, à l'évocation d'Alice au Pays des Merveilles, on associait plutôt l'univers de Disney que celui de Caroll... Pas terrible pour un groupe de rock alternatif ! Alors, le prénom de l'héroïne de Lewis Caroll a été conservé et, pour lui conférer un air plus adulte et plus perverti par la société, on lui a ajouté des chaines. Alice est devenu une adepte du sadomasochisme, cela correspondait mieux aux attentes du groupe.

Art of Noise : le groupe new wave londonien, qui a vu le jour en 1983, emprunte son nom au manifeste futuriste écrit par l'artiste peintre et compositeur italien Luigi Russolo L'Arte dei Rumori (L'Art des Bruits, en anglais Art of Noises). Ce manifeste écrit en 1913 est considéré comme le texte le plus influent à propos de l'esthétique musicale au 20è siècle.

Coldplay : à l'origine, le groupe de rock de Londres s'appelait Starfish (Etoile de Mer) mais rapidement, Chris Martin, le chanteur en eut marre de ce nom qui n'avait rien de rock 'n roll. Alors, il opta pour le titre d'un recueil de poêmes, Coldplay, qui était en fait le nom choisi par un groupe d'ami d'école qui l'abandonna. Martin se dépêcha de le récupérer...

The Doors : le très littéraire Jim Morisson ne pouvait pas trouver le nom de son groupe ailleurs que dans la littérature. Les différentes expériences planantes (LSD, mescaline...) de Morisson l'ont évidemment entraîné vers The Doors of Perception (Les Portes de la Perception), un essai de l'auteur anglais Aldous Huxley dans lequel il rapporte son expérience psychédélique liée à la consommation de mescaline. L'essai d'Huxley s'inspire lui-même d'une citation du poète William Blake : "Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaitrait à l'homme telle qu'elle est, infinie" extraite du recueil Le mariage du ciel et de l'enfer.

Grateful Dead : le groupe de rock californien, originellement baptisé The Warlocks lors de sa formation en 1964, s'est inspiré de la mythologie egyptienne pour trouver son nom définitif. C'est en effet dans l'encyclopedie Britanica que Jerry Garcia, le guitariste et chanteur du groupe, trouva un paragraphe consacré au Livre Egyptien des Morts dans lequel il est question de la reconnaissance des morts qui envoient leur âme au Créateur. "Nous renvoyons maintenant nos âmes au Créateur car nous nous tenons au bord de l'obscurité éternelle. Dans la Terre de la Nuit, le Bateau du soleil est dessiné par les Morts Reconnaissants"... Les Morts Reconnaissants, en anglais Grateful Dead !

Heaven 17 : dans le roman d'Anthony Burgess, Clockwork Orange (Orange Mécanique), écrit en 1962, chez un disquaire, une adolescente mentionne le nom d'un groupe inventé pour le récit, Heaven 17. Dix huit ans plus tard, Ian Craig Marsh, qui vient de quitter Human League pour fonder son propre groupe, choisit ce nom pour la formation qu'il vient de monter avec Martyn Ware et Glenn Gregory.

Joy Division : c'est dans l'univers des camps de concentration que le groupe post-punk de Manchester trouve son nom de scène, en 1976. Initialement nommé Warsaw, le nom fut changé pour éviter la confusion avec un autre groupe anglais, Warsaw Pakt. Pendant la seconde guerre mondiale, les Freudenabteilung (litteralement les Divisions de la Joie) étaient les services qui étaient chargé d'organiser l'exploitation sexuelle de certaines détenues pour le plaisir des officier allemands. Le choix de ce nom vaudra à Joy Division des accusations de sympathies pour le nazis, des accusations renforcées par le contenu de certains albums mais aussi par le nom choisi par le groupe (New Order ou Ordre Nouveau qui désigne souvent des groupuscules d'extrême droite) à la mort du leader de Joy Division, Ian Curtis, qui en était l'âme. En fait, le nom Joy Division vient du roman The House of Dolls, de l'écrivain juif survivant des camps de concentration Yehiel De-Nur qui évoque dans son récit les fameuses Freudenabteilung.

The Velvet Underground : le groupe de Lou Reed, révélé par Andy Warhol, trouva son nom dans un livre qui évoque le sadomasochisme de Michael Leigh. Le Souterrain de Velours était, dans cet ouvrage, un lieu capitonné de velours dans lequel se pratiquaient des jeux sexuels SM.

2° Les Cinéphiles et les Musicaux

Duran-Duran : les néoromantiques de la pop et de la new wave anglaise tirent leur nom de scène du film culte de science-fiction Barbarella (Roger Vadim, 1968), plus spécifiquement d'un personnage du film, le Docteur Durand Durand, que l'héroïne a pour mission de sauver.

Badfinger : le groupe de rock gallois qui vit le jour en 1969 à Swansea récupéra son nom de la chanson With a little help of my friends des Beatles ou, plus précisément, de son titre de travail. Avant de trouver son titre définitif, alors que McCartney et Lennon la peaufinaient, cette chanson s'intitulait Bad Finger Boogie.

The Moody Blues : le groupe anglais auquel on doit l'inoubliable Nights in white satin s'appelait, à l'origine, The M&B5 d'après le nom d'une brasserie de Birmingham M&B (Mitchell & Butlers). Mais M&B5 cela ne signifie rien en soit et chacun est libre de donner à ces deux lettres la signification qu'il veut. Alors il faut trouver une vraie signification à M&B... C'est en écoutant le titre Mood Indigo, de Duke Ellington, que l'idée vient : Mood devient Moody et Indigo, une nuance de bleu, devient Blue pour coller à la seconde initiale... M&B5 devient Moody Blues et puis finalement The Moody Blues.

Pink Floyd : après avoir tergiversé sur le choix du nom et avoir évolué pendant quelques temps sous l'appellation Tea Set, Syd Barrett, chanteur et guitariste, décida de nommer le groupe The Pink Floyd Sound en hommage à deux joueurs de blues exceptionnels : Pink Anderson et Floyd Council, véritables pionniers de ce style de musique. Barrett tenait à ce que le terme sounds (sons) apparaisse dans le nom car il veut se lancer dans différentes expériences musicales et sonores pour créer un son qui serait unique et typique de son groupe. Rapidement, pourtant le nom sera réduit à Pink Floyd... avec la destinée que l'on sait !

Radiohead : les rockeurs de l'Oxfordshire avaient pour nom On a Friday (Un Vendredi) lorsqu'ils tournaient dans les pubs de province mais quand le label Parlophone leur fit signer un premier contrat, en 1986, ils furent contraints de changer de nom avant de signer. Il fallait se décider rapidement et ce fut le titre d'une chanson du groupe post-punk américain Talking Heads qui devint le nouveau nom du groupe.

The Rolling Stones : ce nom provient de paroles de la chanson Mannish Boy (I'm a man child, I'm a rollin' stone, I'm a man child, I'm a hoochie koochie man), un standard du blues enregistré en 1955 par Muddy Waters et popularisé par BB King.

The Yardbirds : ce groupe qui révéla, notamment, Eric Clapton, Jimmy Page ou Jeff Beck doit son nom au saxophoniste de jazz Charlie Parker dont le surnom Bird était la contraction de Yardbird qui signifie en argot américain débutant ou prisonnier. Lorsqu'il débuta le saxophone, à 11ans, son entourage le surnommait affectueusement Yardbird; avec le temps Parker est de devenu l'Oiseau, Bird. Dans ses romans, Jack Kerouac évoque très souvent le jazzman, qu'il nomme simplement Yardbird. Keith Relf, fondateur du groupe et fan de kerouac, utilisera le terme Yardbird pour baptiser sa formation.

3° Les Révoltés ou les Provocateurs

Lynyrd Skynyrd : groupe phare du rock contestataire américain des années soixante, ce groupe doit son nom à un professeur de gymnastique, Mr Skinner, de la Robert E. Lee High School, à Jacksonville, en Floride. Celui-ci menait ses cours de sports selon une discipline de fer et ne supportait pas les "bons à rien à longs cheveux". Ronnie Van Zant, Allen Collins et Gary Rossington, qui fondèrent le groupe en 1964, avaient évidemment les cheveux longs et leur idée était que le succès, quel qu'il fut, ne dépend pas de la chevelure... Pour glorifier les Skinners, c'est à dire les étudiants martyrisés par Mr Skinner, ils ont cherché un moyen d'intégrer ce mot à leur nom de groupe. Skinner est devenu Skynyrd et les bons à rien ont vendu des millions d'albums...

The Pogues : les punks de King Cross avaient opté pour un nom gaélique, Pog Mo Thoin, que l'on peut traduire par Embrasse mon Cul... Il a été réduit en The Pogues parce que les radios anglaises et la BBC refusèrent de diffuser les chansons d'un groupe dont le nom contenait un mot grossier.

Queen : A la fin des années '60, Brian May et Roger Taylor sont membres d'un groupe nommé Smile (Sourire). Freddie Mercury rejoint le groupe en 1970 et impose directement sa personnalité ainsi qu'un nouveau nom de groupe. Il veut un nom court, facile à retenir, plutôt irrévérencieux et universel (car il est persuadé que le groupe sera mondialement connu). Il opte pour Queen qui répond à tous ces critères et qui, en plus, ouvre la porte à diverses interprétations y compris aux allusions homosexuelles...

The Ramones : ce groupe de New York a marqué l'histoire du mouvement punk. C'est par pure provocation qu'ils ont choisi ce nom. Les punks étaient à l'opposé de la musique proposée par la référence ultime de la musique anglophone, Paul McCartney qui à l'époque proposait surtout un rock fait de ballades avec son groupe Wings. Lorsqu'il voyageait, McCartney signait ses réservations d'hôtel du nom de Paul Ramon, c'est autant par dérision que par provocation que les New-yorkais ont choisi de se baptiser The Ramones...

4° Les Allumés

Dexys Midnight Runners : le groupe anglais post-punk de Kevin Rowlands est, surtout, connu chez nous pour son hit exceptionnel Come on Eileen qui fut le single le plus vendu de l'année 1982. Issus de la scène punk des années '70, Kevin Rowlands et Kevin Archer avaient plus ou  moins tout essayé en matière de stupéfiants et notamment la fameuse dexérine, une amphétamine très en vogue à Londres à cette époque. Lorsqu'il s'est agi de trouver un nom pour le nouveau groupe que les deux hommes monte, en 1978, c'est tout naturellement qu'ils pensent à y intégrer une référence à la dexérine. Se souvenant qu'ils ont souvent cherché cette amphétamine dans la nuit, à l'issue des concerts avec Killjoys leur groupe précédent, ils se mettent en situation dans le nom du nouveau band. Mais pour éviter toute forme de censure radiophonique, il faut que cette allusion soit masquée, c'est ainsi que le groupe opta pour le nom de Dexys Midnight Runners (Ceux qui Courent après la Dexérine à Minuit)...

Green Day : Un Green Day (Jour Vert) est, dans l'argot américain un jour passé à fumer de la marijuana... On devine pourquoi Billie Joe Armstrong et sa bande ont opté pour ce nom de scène !

Iron Maiden : pour un groupe qui se revendique Heavy Metal (mais dans son aspect le plus commercial) et qui véhicule une image plutôt sataniste, il fallait un nom choc. Iron Maiden (La Vierge de Fer) était un instrument de torture médiéval qui faisait pénétrer des pointes de fer dans le corps du supplicié.

5° Les Socio-culturels

The B-52's : contrairement à ce que l'on pense, le nom ne vient pas directement du bombardier américain B-52 mais bien d'un style de coiffure, la choucroute, qui en argot sud-américain se dit B-52 à cause de son aspect massif. Cindy Wilson, la soeur du chanteur du groupe, et Kate Pierson sont les choristes du groupe et elles arborent toutes les deux une coiffure B-52. Elles sont rapidement devenue emblématiques du groupe qui adoptera alors le nom de B-52's...

Depeche Mode : le groupe new wave formé à Basildon dans l'Essex, en 1977, emprunte simplement son nom au célèbre magazine de mode française.

The Who : lorsqu'il s'est constitué, en 1961, le groupe de Pete Townshend, Roger Daltrey et John Entwistle se nommait The Detours mais avant même qu'un premier single ne sorte, Entwistle se rend compte qu'un groupe américain porte déja ce nom. Alors, un ami de Townshend leur proposa, comme ils étaient totalement inconnu de s'appeler The Who (Les Qui). Lorsqu'ils signent chez EMI, en 1964, leur manager impose un changement de nom pour coller à la mouvance Mod - un mouvement de jeunes hédonistes très branchés et à la pointe de la mode vestimentaire - qui envahit Londres depuis quelques temps. Le groupe s'appelle alors High Numbers qui, dans l'argot Mod, signifie "bien fringué, avec des vêtements classes". Après un premier 45 tours qui passe totalement inaperçu, le manager Peter Meaden est remercié par EMI qui fonde beaucoup d'espoir sur Townshend, Daltrey, Moon et Entwistle. Pour se distancier de l'échec commercial du premier disque, le groupe redevient The Who... avec la carrière exceptionnelle et l'influence fondamentale qu'il exercera sur la musique du 20è siècle !

UB40 : lorsqu'il fonde le groupe avec quelques potes, Alistair Campbell est à peine sorti de l'école et l'avenir est plutôt gris à Birmingham en cette fin des années '70. Il n'envisage pas de vivre de la musique qui n'est qu'un exutoire et, à l'image d'une partie importante de la population de cette ville du centre de l'Angleterre, la seconde du pays en termes de population et d'industrie, Campbell va devoir aller pointer au chômage. Il rentre alors son document de demande d'allocation, le Unemployment Benefits - Form 40 souvent abrégé dans les administrations en UB40. Ce document symbolisant parfaitement son état d'esprit autant que la situation sociale de la ville, Alistair Campbell utilise sa forme abrégée pour donner un nom à son groupe.


6° Les simplistes ou les Evidents

The Bee Gee's : le groupe pop et disco fut fondé en 1958 (oui, vous avez bien lu) par les frères Gibb à peine âgés de 10 et 12 ans, à Manchester dans le nord de l'Angleterre. A l'origine, il s'apelait simplement Brothers Gibb, les Frères Gibb. Rapidement, le nom s'est réduit à la contraction de ses initiales BG qui, en anglais, se prononcent Bee Gee auxquels fut ajouté un s pour le génitif...

Van Halen : initialement le groupe de hard-rock créé, en 1974, par les frères Van Halen s'appelait Mammoth mais le nom était déjà porté par un autre groupe de Californie. C'est sans grande originalité qu'Eddy et Alex Van Halen ont renommé leur groupe avec leur propre patronyme.

7° Les Indéfinissables

Aerosmith : lorsque le groupe s'est formé en 1970, à Boston, Joey Kramer, le batteur, souhaitait qu'il s'appelle Aero mais cela faisait un peu court et un peu mou pour un groupe qui entendait jouer du hard rock et du heavy metal. Il fallait quelque chose pour compléter Aero... Lors d'un délire, Kramer et un de ses amis se sont laissés aller à jeter tout et n'importe quoi et à associer ces n'importe-quoi à Aero. On imagine ce que cela pouvait donner : AeroPear (AeroPoire), AeroPork (AeroPorc), AeroDrum (Aerobatterie)... Et puis Joey Kramer lâcha bêtement Smith qui signifie forgeron mais qui est aussi le nom de famille le plus répandu aux Etats-Unis et qui peut donc représenter un quidam, un inconnu dans la masse (Mr Smith = M. Dupont). Des inconnus, cela représentait parfaitement le groupe et puis, Aerosmith, ça claquait pas mal. Le nom du groupe était trouvé !

Creedence Clearwater Revival : les origines de ce groupe mythique du blues et de la musique country des années '60 et '70 sont, convenons-en, un peu tirées par les cheveux (longs, bien entendu !). Il s'agit de l'assemblage de trois termes qui n'ont rien à voir les uns avec les autres. Creedence était le prénom d'un ami du guitariste Tom Fogerty; Clear Water étaient des mots du slogan d'une publicité télévisée pour une marque de bière; Revival parce que chaque contrat dans des petits bars permettait au groupe de poursuivre sa route, une forme de renouveau, de nouvelle vie... L'assemblage des trois mots plaisait à John Fogerty et aux autres, le nom du groupe était définitif !

Pearl Jam : le band grunge de Seattle avait choisi pour nom Mookie Blaylock par allusion au joueur vedette des New Jersey Nets. Mais le nom était protégé par la NBA et le groupe fut obligé d'en changer. C'est en parlant des confiture de sa grand-mère Pearl que le chanteur, Eddie Vedder, proposa de baptiser le groupe Pearl Jam. Faute de mieux, le nom fut adopté...

Procol Harum : souvenez-vous de ce groupe londonien qui fit un tabac international avec la chanson A whiter shade of pale. Procol Harum, d'où ce nom étrange peut-il bien provenir ? Simplement du nom du chat siamois de Guy Stevens, le manager du groupe. Ce chat de race, avec pédigrée, s'appelait effectivement Procol Harum, il valait une petite fortune et Stevens y était attaché comme à la prunelle de ses yeux. "Nous aussi on va bientôt valoir une petite fortune" lui dit en substance Gary Brooker, le leader du groupe. Il fut alors décidé d'appeler le groupe Procol Harum.

R.E.M. : pendant quelques mois, le groupe de Michael Stipe évolue sans nom. Il joue de la musique punk-rock et cherche un nom accrocheur. Malgré plusieurs propositions comme Cans of piss (Canette de Pisse), Twisted Kites (Cerf-volants enroulés) ou Negro Wives (Femmes Nègres), rien ne retient l'aval de l'ensemble des membres. Un peu lassé, Stipe ouvre alors un dictionnaire et tombe sur l'acronyme R.E.M. (Rapid Eye Movement - Mouvement Occulaire Rapide) qui évoque un stade du sommeil paradoxal lorsque le dormeur rêve et que ses globes occulaires bougent rapidement et inconsciemment. Ce nom original est finalement conservé et R.E.M. débute, à l'aube des années quatre-vingt, une longue et prolifique carrière.

U2 : d'abord nommé Larry Mullen's Band, du nom de son créateur, le groupe se rebaptise Feedback, à cause du larsen produit par leur vieil ampli, avant d'opter pour The Hype (Le Battage ou L'Esbrouffe) et c'est sous cette appellation qu'il fait ses premières apparitions à la télévision irlandaise (RTE). Steve Averill, alors chanteur d'un groupe punk de Dublin, propose au groupe de prendre le nom de U2, en référence à un avion espion américain - le Lockheed U-2 - abattu par l'armée russe alors qu'il survolait Semipalatinsk, le site d'essai de missiles nucléaires de l'URSS. Ce nom plait à Adam Clayton car en plus de la référence politique, il contient un double sens U2 se prononce You Too (Toi Aussi) ce qui tend à la communion avec le public et les fans... Si le nom ne séduit guère Bono et Larry Mullen, ils doivent vite se rendre compte que U2 claque bien dans l'oreille et que cela fonctionne bien avec le public lors des concerts...

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