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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 10:11

C'est aujourd'hui la Fête Nationale belge… A l'écoute de certains, un petit rappel historique s'impose peut-être !

21.07.jpgJ'ai été assez sidéré en discutant il y quelques jours avec un jeune homme d'une vingtaine d'années. Nous parlions vacances et avons constaté que notre départ en villégiature tombait à peu près à la même date, mi-août ! Rassurez-vous, ce n'est pas ça qui m'a sidéré… Non, mais ce jeune homme se réjouissait à l'approche du 21 juillet car un long week-end l'aiderait à tenir jusqu'aux vacances. Le 21 juillet se résume-t-il à un jour de congé ? Pour d'aucuns, certainement ! Là n'est pas la question. J'interrogeais le jeune homme sur le fondement de ce jour de congé. "C'est la Fête nationale" me répondit-il fièrement… Ouf, il savait ! Mais pourquoi le 21 juillet est-il décrété jour de Fête Nationale belge ? "C'est pour marquer le jour de l'indépendance de la Belgique" avança le jeune homme… Erreur ! Horreur ! Par acquis de conscience, dans les jours qui suivirent, je posais la question à différentes personnes - jeunes et moins jeunes - soit de mon entourage soit que je ne connaissais pas, ou à peine… Fichtre ! Diantre ! Combien de fois cette réponse relative à l'indépendance n'est-elle pas revenue ?

Les cours d'Histoire sont-ils si mal dispensés ? Ou encore lacunaires ? A moins que ce ne soit dû au peu d'intérêt pour ce genre de cours… Un amalgame, probablement ! Et pourtant, avec l'abdication du Roi Albert II et l'intronisation de Philippe, les médias n'ont pas manqué d'évoquer la chose...

Dès lors, il est peut-être intéressant de rappeler pourquoi le 21 juillet est il jour de Fête Nationale en Belgique ? Il correspond à la date - le 21 juillet 1831 - de la prestation de serment du premier Roi des Belges, Léopold 1er ! Pour rappel, ou pour information, c'est selon, l'indépendance de la Belgique a été prononcée par un gouvernement provisoire le 4 octobre 1830. Le 3 novembre de cette même année, 30.000 électeurs désignaient un Congrès national qui adoptait, le 7 février 1831, la Constitution belge. Il ne s'agit nullement de faire preuve d'un nationalisme exacerbé que de rappeler le contexte historique de notre Fête Nationale, mais simplement de témoigner d'un peu de culture générale relative au pays dans lequel nous vivons…

De la Muette à la Brabançonne…

Et l'hymne national ? Je ne suis pas très amateurs des hymnes nationaux, de quels que pays qu'ils fussent, je les trouve souvent trop martiaux musicalement et trop bellicistes dans le texte… Mais ici encore, un rappel s'impose peut-être à propos de la création de La Brabançonne. Le 25 août 1830, à Bruxelles, au Théâtre de la Monnaie, se donne la représentation de l'opéra "La Muette de Portici", de Daniel François Esprit-Auber. Le soir même éclatent les premiers troubles qui allaient conduire la Belgique à se détacher du joug des Princes d'Orange. Alexandre Dechet dit Jenneval est acteur au Théâtre de la Monnaie; rapidement il s'engage dans l'armée révolutionnaire et part au combat. L'anecdote veut qu'un soir du mois de septembre - entre le 23 et le 27 lorsque l'armée hollandaise occupa Bruxelles - il se réfugie avec d'autres révolutionnaires, au café de l'Aigle d'Or, rue de la Fourche afin de se reposer. Là, il récite un texte de sa composition qui exprime les aspirations des révolutionnaires… Cette anecdote n'a rien d'historique mais, ce qui est certain, c'est que Jenneval a bien écrit le texte, qu'il l'a remanié plusieurs fois au gré des événements de la Révolution. François Van Campenhout l'accompagne d'une musique et la chanson fut entendue, publiquement, pour la première fois au Théâtre de la Monnaie, début octobre 1830. Quelques jours plus tard, le 18 octobre précisément, Jenneval mourrait au combat !

Les paroles du texte étaient dures à l'attention des Princes d'Orange donc, en 1860, le Premier Ministre Charles Rogier décida d'adoucir un tant soit peu le texte et d'adapter la musique. Peut-être s'agissait-il là du premier des fameux compromis à la Belge

Le jour de la Fête Nationale Belge coincide donc avec la date anniversaire de la prestation de serment de notre premier roi, ce sera désormais aussi celle de la prestation du septième Roi des Belges.

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 12:32

Réminiscence du jeu favori de mon enfance…

cyclistes.jpgAlors que le Tour de France bat son plein et qu'il n'est pas le plus passionnant qui soit tant il est dominé par un homme, l'envie de replonger dans mes souvenirs liés au cyclisme jaillit. Des souvenirs liés indirectement devrais-je plutôt dire... Lorsque j’étais gamin, je pouvais passer des heures à joueur aux p’tits cyclistes ! Dans ma chambre, sur des circuits dessinés à la main sur des feuilles A4 assemblées entre elles, je rejouais le Tour de France, le Giro, les grandes classiques, le championnat du monde et même quelques courses plus petites uniquement avec quelques figurines de cyclistes et un dé… J’ai rejoué des saisons entières, seuls dans la pénombre de ma chambre ! Roche, LeMond, Theunisse, Argentin, Criquielion, Hinault ou Anderson se disputaient les plus belles épreuves. Mapei, Ariostea, T-Mobile, Motorola ou Banesto s'affrontaient pour remporter le Tour de France, Liège-Bastogne-Liège ou Le Circuit de l'Ain. J’avais reconstitué un peloton d’une cinquantaine de coureurs en achetant ces fameux petits cyclistes en plastique ou en les échangeant contre des voitures Matchbox ou des petits soldats qui m’intéressaient beaucoup moins… Je ne vous dirais pas jusqu’à quel âge j’ai fait évoluer ces cyclistes en plastique sur mes circuits en papier mais c’est un âge qui me ferait passer pour un gamin attardé auprès des ados de la génération actuelle… Ceci dit, en toute objectivité, je m’en fous ; j’ai toujours préféré jouer seul avec mes cyclistes que de courir les rues en bande avec les autres ados de mon âge. D’ailleurs, aujourd’hui encore, au fond d’une armoire de mon bureau je conserve, dans un vieux sac en plastique, ce peloton désormais endormi… Après tout, quand j’y réfléchis, ce jeu de mon enfance, avec ses courses, ses classements, ses victoires et le hasard des dés, c’est un peu l’ancêtre artisanal, à ma façon, du jeu Pro Cycling Manager avec lequel il m’arrive encore de passer quelques heures. La différence fondamentale est que, avec mes cyclistes en plastique, mes circuits en papier et mon dé, je développais davantage mon imagination que cela n’est permis avec ce jeu moderne et complet de l’ère de électronique…

Ce que j’ai pu en jouer des saisons cyclistes qui s’enchaînaient, imaginant un système de classement UCI avant l’heure et un système de transfert en fonction de l’argent fictif amassé par les équipes selon leurs victoires tout aussi fictives… Les saisons se suivaient et les équipes évoluaient. Alors, un jour je me suis mis en tête de changer les maillots de mes cyclistes en pastique pour les adapter à ma fiction… Des pinceaux, de la peinture pour maquettes et zou, à la fin de chaque saison fictive, je modifiais certaines équipes en les repeignant pour en inventer de nouvelles ou pour «moderniser» le maillot d’une déjà existante… Autant dire que, comme je ne suis pas très doué en travaux manuel, certains petits cyclistes ont vite été hors d’usage. En outre, après deux ou trois changements de couleurs, certains autres ne ressemblaient plus à rien. Heureusement, mes maigres économies me permettaient, de temps à autre, de filer à Liège pour acheter trois, quatre, cinq ou six nouveaux coureurs pour remplacer ceux qui avaient fait leur temps…

Une passion d’orfèvres

C’était le bon temps, celui de l’insouciance ! En 2004, lors du départ du Tour de France à Liège, une expo avait été organisée sur le thème de la Grande Boucle et des vitrines présentaient des reconstitutions de scènes réelles du Tour de France à l’aide de ces fameux petits cyclistes en plastique… Il y avait, notamment, la victoire de Johan Bruyneel, à Liège, en 1995 devant Miguel Indurain. Ces quelques scènes avaient été reconstituées par un maquettiste de talent qui avait du peindre des petits cyclistes en fonction de la situation à recréer. Il avait fait ça avec beaucoup plus d’aptitudes que les miennes quelques années auparavant.

Hier soir, alors que je surfais sur le net, j’ai tapé «Petits cyclistes en plastique» dans Google et je suis tombé sur quelques pages de vente de ce jouet ancien mais aussi sur les pages de quelques passionnés qui peignent ces coureurs plastifiés ou métallisés, qui inventent ou recréent des situations. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager quelques-unes de ces pages qui m’ont permis l’espace d’un instant de replonger dans ce bon temps, celui de l’insouciance…

Cyclistes Miniatures

L'Echappée Infernale

Vélo Collection

Figurines Cyclistes

Petits Cyclistes

Un vrai travail d’orfèvre !

J’en entends déjà demander ce que font ces passionnés mercredi soir… Mais moi, je veux bien les inviter à dîner afin d’évoquer avec eux foultitude de souvenirs d’enfance liés à ces petits cyclistes en plastique. Ce sera tout sauf un dîner de cons

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:00

De la moquerie comme d’une forme d’intégration…

rire.jpegIls sont nombreux les humoristes à avoir un jour connu des problèmes plus ou moins sérieux suite à un trait qu’ils ont lancé. De Coluche à Patrick Timsit en passant par François Pirette, Dieudonné, Guy Bedos ou même Pierre Desproges. Dès lors, la sempiternelle question «Peut-on rire de tout ?» revient, de façon cyclique à la surface. Pierre Desproges répondait par l’affirmative à cette interrogation tout en mâtinant sa réponse d’un très juste «... Mais pas avec tout le monde !». Et d’ajouter «Personnellement, il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C’est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d’un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine, et la présence à mes côtés, d’un militant d’extrême droite assombrit couramment ma jovialité monacale [...]»(1). Somme toute n’est-il pas plus intelligent de plaisanter sur les camps de concentration avec un juif que de discuter sérieusement avec un représentant de l’extrême droite ? Si, évidemment !

Le rire est une forme d’exutoire, il permet d’évacuer des tensions et même de dédramatiser une situation, quelle qu’elle soit. «L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire» disait Frédéric Nietzsche ; la moquerie est une forme de thérapie. Mais il reste les barrières liées à cette forme d’éducation qui veulent que l’on ne puisse se moquer des infirmes, que l’on ne puisse pas rire des camps de concentration, qu’il vaille mieux éviter de taquiner les gens qui souffrent d’une tare, que la mort ne soit pas sujette à la plaisanterie et cetera... Cela rentre, en outre, à merveille dans les diktats d’une société trop polie, trop lisse où le politiquement correct sert à masquer une forme d’hypocrisie latente. Cette société qui pousse à appeler non-voyant ou mal voyant un aveugle ; personne à mobilité réduite un paraplégique ou personne en surcharge pondérale le type qui à 15 kilos de trop... S’en trouve-t-il pour croire que l’appellation plus correcte que l’on donne à ces gens allège leur handicap ? Il me semble que cette vision est plutôt une forme d’isolement qui tendrait à minimiser l’état de l’aveugle, du handicapé ou de l’obèse, un peu comme si cette minimisation cherchait, en fait, à dissimuler à son tour une tâche sur le linge blanc de la société que pourraient représenter ces personnes... C’est idiot !

Au contraire, la moquerie m’apparaît comme une forme d’intégration. Si l’on peut se moquer du handicapé comme l’on peut se moquer de quiconque alors on le considère comme faisant partie intégrante de la société. Rejeter l’humour qui porte sur une catégorie de personne équivaut, à mes yeux, à rejeter également cette catégorie, à attirer l’attention sur sa différence et la mettre en évidence non pas comme base d’intégration mais comme forme d’isolement. Les blagues sur les blondes font fureur, cela veut-il dire que toutes les blondes sont imbéciles ? Non évidemment... Mais qui s’élève en pourfendeur des raconteurs de blagues sur les blondes ? Personne en vérité. Alors que lorsque Timsit plaisante, à la fin des années ’90, sur les handicapés cérébraux, l’on a droit à une levée de boucliers ; les bien-pensants agitent l’étendard de la justice pour ramener l’humoriste dans le droit chemin du politiquement correct. Toutes ces associations ont fait plus pour la cause de Timsit qu’elle n’ont fait pour celle des handicapés cérébraux. En brandissant l’arme du procès, elles ont rappelé, en substance, qu’il ne faut pas plaisanter à propos des handicapés cérébraux renforçant ainsi l’isolement physique et mental dans lesquels ceux-ci sont souvent plongés (lorsqu’on les place dans des institutions spécialisées, par exemple).

Plus que jamais il m’apparaît fondamental de pouvoir rire de tout ! Que nous ayons chacun une forme d’humour différent est une réalité. On ne rit pas tous des mêmes choses et c’est tant mieux sinon bien des humoristes aujourd’hui célèbres n’auraient jamais pu éclore. Il n’y a pas un humour mais bien plusieurs formes d’humour. Toutes ont leur droit de cité sans autre forme de censure que celle que s’impose l’auteur du trait, du texte ou de la simple plaisanterie. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou dans la moquerie ; il suffit juste de plaisanter avec talent et sans arrière pensée. Aujourd’hui encore beaucoup trop de monde confond le premier et le second degré ou prend pour argent comptant les propos qui sortent de la bouche d’un humoriste. Que certaines choses ne fassent pas rire d’aucuns c’est, bien entendu, concevable, ainsi la vulgarité de Bigard, le piètre talent d’imitateur de Canteloup, les propos de Dieudonné ou encore le style Dubosc n’arrivent pas à m’arracher la moindre esquisse d’un sourire. Me viendrait-il à l’idée de juger leur humour ? Non, je me contente de ne pas les écouter éructer, c’est tout !

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(1) Tribunal des Flagrants Délires - Réquisitoire contre Jean-Marie Lepen, 28 septembre 1982

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 08:45

Il y a aujourd'hui 25 ans que mourrait Pierre Desproges d'un mal qu'il s'amusait à qualifier de "courte et rigolote maladie" par dérision envers ceux qui n'osaient pas nommer le cancer lui préférant la métaphore plus correcte de "longue et cruelle maladie"…

 

desproges.jpgIl existe deux types d'humoristes : ceux dont on regrette la mort comme Thierry Le Luron, Coluche et Desproges et ceux dont on regrette qu'ils soient toujours…sur scène comme Bigard, Cyril Hanouna ou Max Boublil. Depuis leur départ prématuré, les trois premiers évoqués ont laissé un vide profond dans la tradition séculaire et bien française de la bouffonnerie (ce terme est, évidemment à prendre dans son sens noble). Le 18 avril 1988, Pierre Desproges s'éteignait après avoir lutté quelques mois, avec humour et raillerie pour masquer sa souffrance, contre le cancer qui le rongeait de l'intérieur. Ne disait-il pas lors de ses dernières prestations scéniques «Lorsque j'ai appris mon cancer, en sortant de chez le médecins, j'ai été chez l'écailler pour manger un tourteaux… Match nul, cela nous fait un crabe partout !». Le 18 avril 1988, l’annonce de son décès fut ainsi faite : «Pierre Desproges annonce qu'il est mort d'un cancer. Etonnant, non ?» en clin d'œil à cette petite phrase qui ponctuait ses délires télévisuels dans la mythique Minute de Monsieur Cyclopède.

Parfois provocateur, il usait du non-sens avec bonheur, inspiré qu'il était par les Monthy Pythons. Volontairement malpoli-tiquement correct, Pierre Desproges maniait l'ironie et la férocité avec gouaille servi, il est vrai, par ses textes d'une qualité inégalée faits de finesse et d'une maîtrise pointue de la langue française avec toutes ses subtilités syntaxiques, grammaticales ou de ponctuation. Une maîtrise qui lui permettait de ne jamais sombrer dans la vulgarité. C'est bizarre mais les mots couille, bite ou con ne n'ont jamais semblés vulgaires dans le contexte desprogien alors que ces mêmes mots placés dans la bouche de Jean-Marie Bigard vogue dans un océan de vulgarité que - il faut le lui reconnaître - ce comique médiocre a su apprivoiser…

Je n'ai jamais aimé être soumis dans mes écrits. Force m'est d'avouer qu'il me faut, cependant, parfois faire des exceptions. Ce ne sont alors que des rédactions nourricières. Mais Pierre Desproges est et restera mon seul Maître. Si un jour j'arrivais à avoir ne fut-ce qu'un quart du dixième de son talent d'écriture alors je serais l'homme le plus fortuné (encore un terme à prendre dans son sens noble) de la terre… Volontiers iconoclaste, tantôt doux rêveur, tantôt agressif - verbalement s'entend -, parfois cynique, souvent hargneux, impie par réalisme, quelques fois insolent mais toujours râleur, j'ai essayé de me construire en m'inspirant de Desproges sans toutefois le calquer car cela n'aurait été, de toutes façons, qu'échec et perte de temps !

Aujourd'hui, dans l'abîme culturel qui nous entoure, devant l'électroencéphalogramme désespérément plat des faiseurs de télévision, des stars fabriquées ou des comiques handicapés de l'humour, Pierre me manque !

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 08:28

De la recherche du bonheur comme étant le bonheur...

C'est la journée du bonheur, parait-il, aujourd'hui... L'occasion de ressortir ce texte qui a déjà quelques années.

 

bonheur.jpgQu’est-ce que le bonheur ? Suis-je heureux ? Cette double interrogation occupait mon esprit l’autre soir alors que j’étais seul à la maison… Les moments de solitudes sont un espace propice à la réflexion et à l’introspection aussi décidé-je de m’attarder sur ce bonheur en questions. Etre heureux, c’est jouir du bonheur paraît-il. Si le bonheur est un état psychologique de parfaite sensation intérieure par rapport à la vie qui nous entoure, alors je peux dire que je suis heureux… D’aucuns avancent que pour rencontrer le bonheur il faut répondre à la satisfaction de quatre éléments :
· le désir : l’envie d’être bien, de posséder quelques biens ;
· le devoir : la sensation d’avoir un rôle à jouer, d’avoir des choses à accomplir ;
· le savoir : la connaissance des choses, la culture somme toute ;
· le beau : la recherche de l’esthétisme autour de soi.

Il s’agirait donc de trouver une harmonie entre ces quatre éléments pour rencontrer le bonheur ! Plus prosaïquement, d’autres disent que le bonheur c’est l’absence de malheur… Si tout va bien, que les soucis ne s’accumulent pas au seuil de l’huis, c’est le bonheur ! Si l’on s’en réfère à l’étymologie du mot, ces derniers seraient proches de la réalité puisque l’heur est la fortune, ce mot étant à entendre dans son sens premier qui signifie le sort qui est réservé à une chose ou à un être ; cette fortune peut être bonne ou mauvaise. Le bonheur serait donc la bonne fortune, l’absence de mauvaises choses…

A l’origine, l’Homme en tant qu’animal mammifère dispose de deux médias basiques pour exprimer sa sensation par rapport au monde alentour ; le plaisir et la douleur. Le bonheur s’exprimerait alors dans la sensation de plaisir. Cette définition du bonheur-plaisir serait-elle désuète puisque liée aux instincts primaires humains ? Que du contraire, plus que jamais dans la société telle qu’elle évolue en ce début de 21è siècle, le bonheur est intimement lié au plaisir… Au plaisir de posséder, au plaisir de dominer, au plaisir en tant que loisirs que nous avons de plus en plus développés. L’avoir semble prendre la mesure de l’être ! Pour tendre au bonheur, l’Homme cherche l’avoir tant matériel que lié à l’apparence. Et pourtant le bonheur a de tous temps été intimement lié à la richesse… Ceux qui avaient bonne fortune pouvaient se permettre d’être heureux, les autres à qui la fortune n’avait pas sourit ne pouvaient se que contenter de petites joies qui donnent l’illusion du bonheur. Pour paraphraser la vision qu’avait de la justice Jean de La Fontaine, je résumerais le bonheur ainsi : selon que vous soyez puissant ou misérable vous serez heureux ou malheureux ! Et puis est arrivée la seconde moitié du 20è siècle avec sa démocratisation de la consommation. Chacun voyait le bonheur frapper à sa porte sous la forme d’une consommation effrénée, quitte à monnayer son bonheur à crédit…

Il existe fondamentalement deux richesses ; la richesse philosophique empruntée au sage, qui est construite de spiritualité, de savoir et de raison, et la richesse matérielle, qui repose sur la possession. Si l’on en revient aux quatre éléments à satisfaire pour rencontrer le bonheur il s’agit alors de doser savamment ces deux richesses pour y parvenir… Mais il faut constater que l’aspect philosophique du bonheur tend à disparaître un peu plus au fil de l’évolution de la société moderne. On est heureux de sa nouvelle voiture, de son lecteur DVD, de son iPhone dernier cri… ainsi est-on fait d’une manière générale. Il reste assurément quelques exceptions, des êtres à part qui vivent sans toutes ses possessions modernes qui font le bonheur. Ils le font consciemment ou par la force des choses et sont baptisés, par la horde consommatrice des gens normaux, asociaux ou marginaux selon qu’ils se privent volontairement ou par faute de moyens du bonheur moderne…

Oui, le bonheur est aujourd’hui un assortiment matériel ! Mais ce constat m’amène à m’interroger plus avant… Le bonheur est-il le bonheur en tant que finalité ou est-il la quête du bonheur ? Par là j’entends que le moment qui coïncide avec l’entrée en possession d’un objet est-il le bonheur, ce bonheur s’étend-il encore quelques instants plus après lorsque l’on étale l’objet à la convoitise et à l’envie des autres ou le bonheur est-il l’excitation qui va du moment où l’on désire un objet au moment où on l’obtient ? Si, comme je tends à le démontrer, le bonheur moderne c’est la possession, il s’éteint forcément avec l’acquisition de son objet. Et une fois acquis cet objet de bonheur, l’Homme se tourne vers de nouvelles envies, vers la quête d’un nouveau bonheur… Finalement, la quête du bonheur dure plus longtemps que l’acquisition du bonheur ; cette quête est composée d’une succession de petits instants jouissifs où l’on imagine son bonheur et les effets – envie, jalousie, admiration… - qu’il produira sur les autres. C’est petits instants jouissifs rendent heureux et s’apparente donc à une forme de bonheur… On peut donc légitimement se poser la question de savoir si la quête du bonheur n’est pas le vrai bonheur ? C’est un peu à l’image de la conquête de l’amour ; la période la plus intense n’est-elle pas la parade de séduction qui consiste à faire basculer l’être à conquérir dans ses filets ? L’excitation est à son comble tant que l’on a pas atteint le cœur à séduire… Vais-je y parvenir ? Comment paraître le plus à mon avantage pour mener ma conquête amoureuse à bien ? Parfois, cette victoire met plusieurs semaines à se dessiner alors il convient de ruser, de séduire davantage, de se battre… S’il est réellement question d’amour, l’envie se renforce avec le temps passé à séduire et lorsque se produit l’étincelle la bataille s’achève sur un sentiment particulier ; celui d’être parvenu à ses fins et de n’avoir plus rien à attendre… En amour, comme en bonheur et en tout autre domaine, la quête est plus grisante que l’aboutissement ! Tchékhov écrivit «Nous ne sommes pas heureux et le bonheur n’existe pas, nous ne pouvons que désirer»(1), je penche plutôt pour le postulat que, aujourd’hui, le bonheur c’est le désir…

La conclusion de ma réflexion sur le bonheur m’amène dire que l’Homme cherche le bonheur comme une finalité mais qu’en fait le bonheur est un instant éphémère. Le bonheur ultime n’existe pas et c’est bien mieux ainsi car une fois atteint, il n’y aurait plus rien à espérer de la vie. Le bonheur est une quête de moments brefs qui se suivent, selon les cas, à intervalles plus ou moins réguliers et plus que ces instants court, c’est leur recherche qui nous rend heureux !

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(1) «Les trois sœurs» (1901)

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 08:57

La Saint-Torè est sexagénaire et, comme toutes les fêtes estudiantines, elle a échangé sa saveur folklorique contre un relent plutôt immonde de bière…


tore.jpgces guindailles. Combien se souviennent, dans le flot des étudiants qui tapissera les rues liégeoises pendanC’est aujourd’hui que débutent, à Liège, les fêtes de la Saint-Torè la dernière guindaille(1) officielle avant les périodes de blocus et les examens. Pendant trois jours, les étudiants de tous les coins de Wallonie – et même d’ailleurs – se retrouveront donc à Liège pour la soirée sous chapiteau au Val Benoît (ce soir), le cortège (demain dans les rues de Liège) qui se terminera par la peinture en rouge des attributs virils du Taureau des Terrasses et les quatre heures de trottinettes (mercredi) avant de prolonger les festivités jusqu’aux petites heures du jeudi matin… beaucoup d’animations, de libations et de tracas de circulation en perspective. Je n’ai jamais été, même lorsque j’étais étudiants, très partisan de ce genre de fête car je suis persuadé que la très grande majorité des participants ne sait pas sur quoi reposent t ces quatre jours, que Cette guindaille est, à l’origine une fête créée pour démarquer les études de la politique et de la religion. C’est, en effet, André Fievet, alors Président de la Commission Folklorique de l’Université de Liège (ULg), qui imagina, en 1948, une fête estudiantine de rassemblement durant laquelle seul le folklore avait à gagner, au détriment de la politique ou de la religion qui gangrénaient alors profondément les milieux estudiantins. C’est en revenant d’une Saint-V(2) profondément marquée par la franc-maçonnerie et l’anticléricalisme que Fievet proposa à l’ULg de créer une fête à laquelle pourraient participer tous les cercles, y compris les mouvements religieux et politiques.


La première fête de la Saint-Torè a eu lieu le 17 février 1949, on a donc affaire à une jeune sexagénaire. Je doute cependant qu’organisateurs et participants sachent dans leur majorité qu’il y a, cette année, 63 ans qu’est née la Saint-Torè. Comme ils ignorent probablement aussi que Le Torè est une statue de Léon Mignon et que son nom original est Le Dompteur de Taureau ; qu’elle fut démontée et cachée dans les caves de l’ULg pendant la seconde guerre mondiale afin d’échapper aux éventuelles foudres nazies lors de l’Occupation. Qui sait dans le cortège que la guindaille fut interdite, entre 1966 et 1982, par le Bourgmestre Maurice Destenay car elle avait pris – c’est paradoxal eu égard aux motivations de sa création - un tour trop politique et qu’elle servait de cortège contestataire. Enfin qui sait encore que le dompteur représenté sur l’œuvre suscita, lors de son installation aux Terrasses en 1880, l’ire des bien-pensants et de la presse catholique car apparaissant nu et exposant au vu de tous son sexe. Non aujourd’hui, entre libations abusives et régurgitations répugnantes, certains se souviennent qu’il s’agit de repeindre les couilles du Torè mais sans savoir pourquoi il faut le faire…


Par ailleurs, la Saint-Torè, comme toutes les guindailles, est une fête des étudiants universitaires étendue à ceux qui suivent un cursus supérieur non-universitaire mais comme pour toutes les guindailles, on retrouve une large frange de gamins du secondaire qui s’incrustent dans une fête qui ne leur est pas destinée et qui achèvent de tirer vers le bas toutes ces guindailles en ignorant leur signification. Car aujourd’hui les vraies guindailles comme la Saint-Nicolas des Etudiants, la Saint-V ou la Saint-Torè ont perdu leur signification pour ne devenir que des rendez-vous d’étanchement des soifs estudiantines. Je n’en veux pour preuve que les 24h00 de Vélo de Louvain qui ont été créées de toutes pièces, en 1976, pour boire et s’amuser et qui sont devenues la plus grosse guindaille du pays où l’on note le deuxième plus gros débit de bière en Europe, juste derrière la Fête de la Bière à Munich… Voila ce qu’est devenu le folklore estudiantin aujourd’hui : un bar à bière immense ou s’enivrent sans retenue avant d’aller gerber ou pioncer dans une flaque les futurs cadres de nos entreprises puisque le management moderne veut que seuls les universitaires puissent accéder à ces postes clés.

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(1) la Guindaille est un belgicisme qui est utilisé pour désigner diverses activités festives estudiantines dont le point commun est la consommation de bière et les chants paillards

(2) Saint-Verhaegen, une guindaille organisée par l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 08:44

En 1980, Bernard Hinault triomphait des éléments pour remporter Liège-Bastogne-Liège

 

hinault.jpgCe matin, un blanc manteau recouvre le pays et sème la perturbation dans les esprits. La situation était annoncée - et donc prévisible - malgré cela, c'est le chaos sur les routes, ce matin la RTBF annonce quelque 1500 kms de files cumulées. Sur les médias sociaux, les commentaires vont en majorité dans le même sens... la neige qui paralyse l'activité normale. D'aucuns s'étonnent qu'il neige alros que Pâques se profile à l'horizon, ceux-la ont-ils oublié que nous sommes toujours en plein hiver ? En ce jour de neige, j'ai envie de vous raconter une histoire, un récit de sport, un récit de volonté humaine. En avril 1980, alors que Pâques était dépassé depuis deux semaines, la course cycliste Liège-Bastogne-Liège s'est déroulée sous une tempête de neige effroyable qui a décimé 85% du peloton. De cette tempête est sorti un Homme : Bernard Hinault qui a triompjé avec un panache extraordinaire des éléments, repoussant sans cesse les limites de la résistance humaine. Alors quand je lis ou que j'entends que d'aucuns peinent à sortir de chez eux pour aller bosser en ce jour de neige, je ris jaune pour ne pas pleurer. Cette édition de LBL 1980, je m'en rappelle comme si c'était hier tant cette course m'a captivé devant mon écran de télévision. Et il est vrai que ce 20 avril 1980, le Blaireau avait accompli un exploit comme seul le cyclisme est capable de nous en offrir.

Lorsqu’ils ouvrent les yeux ce dimanche 20 avril 1980, les 174 coureurs qui doivent prendre le départ de Liège-Bastogne-Liège n’en croient pas leurs yeux. Le paysage est recouvert d’un important manteau neigeux. Dans la province du Luxembourg, la quasi-totalité des routes que doit emprunter le peloton sont recouvertes d’une dizaine de centimètres de neige. La course aura-t-elle lieu ? Les organisateurs décident que oui et c’est sous un déluge fait de neige et de vent que les coureurs s’élancent du cœur de la Cité Ardente. Le froid est pénétrant et après, à peine, 70 kilomètres de course 114 cyclistes ont déjà renoncé à braver les éléments. Peu avant midi, le temps s’éclaircit un peu et la température repasse par delà le zéro permettant à la neige de fondre. On n’est pas encore entré dans le vif du sujet qu’il ne reste que trente hommes pour prétendre à la victoire, tous les autres ont posé le pied à terre… La course a pris un retard important sur le plus lent des horaires prévus.

C’est Rudy Pevenage (Ijsboerke) qui est le premier à attaquer. Il compte jusqu’à 2’15’’ d’avance avant d’arriver dans la côte de Stockeu, un des juge de paix de l’épreuve situé à quelque 80 bornes de l’arrivée. Dans Stockeu, Bernard Hinault (Renault-Gitanes) passe à l’ofensive alors que la neige se remet à tomber. Il entraine avec lui le Hollandais Luberding (Ti-Raleigh), l’Italien Contini (Bianchi) et l’Allemand Thurau (Puch). Hennie Kuiper, considéré comme l’un des favoris, chute et ne peut suivre le quatuor parti à la poursuite de Pevenage. En haut de Stockeu, Thurau a explosé et laché prise tandis que l’avance de Pevenage a diminué de près des trois quarts. Quelques kilomètres plus loin c’est la Haute-Levée… Pas le temps de récupérer des efforts de Stockeu. A la pédale, Hinault lâche un à un ses rivaux directs pour revenir sur Rudy Pevenage qui ne peut pas s’accrocher. Le Blaireau s’envole, sous une météo dantesque, vers sa seconde victoire dans La Doyenne.

Harnaché comme un alpiniste – passe-montagne, moufles et anorak - mais avec, paradoxalement, les jambes exposées au vent et à la neige, Bernard Hinault avale les cinquante derniers kilomètres en solitaire creusant, mètre après mètre, un écart exceptionnel. Il termine avec 9’24’’ d’avance sur Hennie Kuiper dont certains disent encore que sans sa chute il aurait pu suivre Le Blaireau. Quoiqu’il en soit, Bernard Hinault a accompli un exploit hors du commun, un exploit surhumain dans lequel il laissa la sensibilité de plusieurs de ses doigts «brulés» par le gel. Pour ne pas laisser plus de forces qu’il n’en fallait, Hinault escaladait les côtes à son rythme avant d’accélérer sur les portions de plat. De façon surprenante, le Blaireau déclara, plusieurs années plus tard, que ce ne fut pas sa victoire la plus dure. En effet, la concurrence étant réduite à peau de chagrin, il ne dut pas puiser trop dans ses réserves pour aller au bout. Quant au temps, Hinault dira que lorsqu’un coureur est en forme, il sait faire abstraction de la chaleur ou du froid pour aller au bout. Ce jour-là, seuls 21 coureurs étaient, semble-t-il, en forme puisqu’ils furent les seuls à franchir la ligne d’arrivée.

Affronter la neige c'est un état d'esprit, une attitude, un choix... Bernard Hinault a été au bout de son choix qui était, le matin au départ de la course, de gagner Liège-Bastogne-Liège malgré des conditions climatiques à ne pas mettre un cycliste dehors. Pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, ce matin aussi c'était un état d'esprit d'affronter la neige; d'aucuns l'ont fait d'autres non !

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 09:55

D'une bouteille de vin qui fait remonter des souvenirs à la surface…


gevrey.jpgJ’étais attablé, voici quelques jours déjà, devant un bon repas ; il y avait aussi sur la table, pour accompagner le repas, une bouteille de vin; pas n'importe quel flacon mais un Gevrey-Chambertin 2005 charnu et tannique à souhait. 2005 fut vraiment une grande année pour les Bourgognes. Par delà la qualité indéniable du nectar qu'elle contient, cette bouteille fut source de réminiscences… Proust avait sa madeleine, j'aurais désormais mon Gevrey-Chambertin ! Je dois avouer que j'ai un faible pour les vins de Bourgogne et particulièrement pour les Côtes de Nuit, devisons ensemble d'un Clos-Vougeot, d'un Vosne Romanée ou d'un Marsannay et nous serons amis ! Ma préférence va cependant, dans cette région, aux crus de Gevrey-Chambertin, pas tant pour leur qualité pourtant remarquable que pour les souvenirs de la visite du Château qui sont associés à cette appellation…

C'était en 1974 ou en 1975, nous descendions en famille vers l'Espagne, comme chaque année. Période bénie et insouciante de l'enfance… Tassés à trois, à l'arrière de la belle Toyota Crown bleue ciel de papa, nous n'espérions qu'une chose; que les quelque 1500 bornes qui nous séparaient de Calafat de Mar, un merveilleux petit village catalan coincé entre mer et montagne, soient avalés au plus vite. Et pourtant, cette année là, les parents avaient décidé de prendre le temps de descendre par les chemins de traverse jusqu'en Bourgogne et de visiter un chai… Ce fut celui de Gevrey-Chambertin ! La Côte d'Or doit, paraît-il son nom à la couleur des feuilles d'arbres et des champs dans lesquels brille le soleil automnal et qui prennent, à cette saison, une jolie couleur mordorée… Nous étions en plein milieu de l'été et la seule chose qui avait l'aspect de l'or était ce soleil brûlant qui s'abattait sur nous. Aussi, la fraîcheur d'une cave, fut-elle à vins, était la bienvenue ! Je me réjouissais déjà d'aller vers cette fraîcheur salvatrice que je m'entendis dire qu'il fallait, avant de descendre vers les fûts en bois, visiter le château… Enfer et damnation, en plus de cette chaleur accablante, voilà qu'un besoin pressant m'envahît soudainement !

En entrant dans le château, on nous obligea à chausser les patins car tout était parqueté… Chouette, j'allais pouvoir me faire Holiday on Ice pour trouver les toilettes ! "Un peu de calme, jeune homme" m'entendis-je dire par mon père ! Bon sang, on ne fait pas le pitre dans un endroit pareil… Et la visite commença ! J'appris ainsi que le Château de Gevrey-Chambertin fut bâti peu après l'an mil et qu'il fut apporté en donation par une puissante famille de la région de Chalon aux Moines de l'abbaye de Cluny et que l'imposante bâtisse était déjà entourée de vignes (ndlr bon, d'accord, j'ai triché; j'ai retrouvé ces infos sur le net… Mais je suis sûr que c'est, à peu près, le langage qui nous fut tenu à l'époque). Malgré mon envie de pipi, je parvenais à trouver cette visite, si pas intéressante - je n'avais que quatre ou cinq ans alors -, au moins captivante. Je m'imaginais Ivanhoé dans ce château et prêt à défendre mes positions contre je ne sais quel ennemi normand ou anglo-saxon. Bientôt, au détour d'un couloir, je vis la porte de la délivrance… Pas celle du donjon mais bien celle des toilettes ! Heureusement, Ivanhoé affrontant le Prince Noir en croisant les jambes pour retenir son envie pressante, cela ne fait pas sérieux…

Après cet intermède de soulagement, nous descendîmes enfin à la cave. La visite du château nous apporta ce répit calorifique qui nous faisait tellement envie, tant et si bien qu'il faisait maintenant un peu frisquet dans cette cave. Devant nous, plusieurs barriques hautes comme des tours, pour ma taille de môme, s'élevaient. L'homme proposa à mon père et à ma mère une petite dégustation, prémisse pour lui d'une affaire lucrative du moins l'espérait-il. Mon frère aîné fut également convié… Faut dire qu'il avait presque, déjà, du poil au menton ! Papa se tourna vers moi et trempa son index dans le verre qu'il tenait. Il posa le doigt sur mes lèvres et je sentis immédiatement le goût du vin dans ma bouche. Nul doute que je fis la grimace alors qu'aujourd'hui je me damnerais pour un verre du sang de la terre bourguignonne. C'était mon premier contact avec le vin ! Je dus patienter quelques années avant d'avoir, à nouveau, rendez-vous avec ce nectar qui fait désormais le bonheur de mes tablées…

Lorsque nous sommes repartis vers l'Espagne, je ne savais pas trop que penser de cette halte en terre de Bourgogne. Maintenant, alors que je suis devant mon clavier a pondre ces quelques lignes, je me dis qu'elle fait partie intégrante de mes bons souvenirs, des réminiscences que j'ai de mon père bien trop tôt disparu… Quoi qu'il en soit, de cette visite j'ai toujours gardé en mémoire que l'appellation Gevrey-Chambertin ne peut s'appliquer qu'à des vins rouges et que les vins du cru se servent à leur meilleur avantage dans des verres larges et à long pied !

Ces images d’enfance me reviennent sporadiquement en mémoire lorsque je vois une émission sur les vins de Bourgogne, quand je suis pris d'une envie pressante alors que ce n'est ni le lieu ni l'endroit ou encore au moment où je suis attablé devant un flacon de Gevrey-Chambertin…

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 08:19

Il y a 25 ans aujourd'hui... A la femme que j'aime, ces mots en offrande… La légèreté de quelques lettres mises l'une derrière l'autre en de trop futiles sentences pour affirmer le poids de l'amour que je ressens !


rose.jpgJ'ai fait pas mal de conneries mais je ne regrette rien car depuis longtemps, je sais qu'il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Je préférerai toujours être torturé par le remords d'un acte accompli que par le regret d'un acte manqué ! De nuits de folie en matins blêmes, de désillusions en coup de sang, de cris de joie en larmes de détresse, je vis et je survis dans une société qui est, de moins en moins, la mienne; celle que j'avais rêvée quand j'étais à l'âge où l'on croit encore que l'on peut changer le monde… avant de comprendre que dans une civilisation où on lève des impôts pour faire la guerre et où l'on fait des émissions de télé pour récolter des fonds pour soigner le cancer, il n'y a plus rien à espérer ! D'amours d'un soir en amitiés plus qu'intimes, de relations platoniques en liaisons plus que charnelles, d'indifférence de plus en plus avouée en dégoûts profonds, j'aime et je déteste. J'ai parfois voulu entrer dans un monde qui n'était pas fait pour moi, mais alors que je pensais avoir réussi, la porte s'est refermée et je suis resté dehors. C'est probablement ce qui pouvait m'arriver de mieux ! J'ai menti, j'ai joué des rôles qui n'étaient que pure composition. J'ai voulu aimer plus haut que mon cœur et je n'y suis pas arrivé… Pour trois mois de félicité, douze de monotonie et de détachement. J'ai voulu nager dans un bonheur qui ne m'était pas destiné, je m'y suis noyé. J'ai voulu forcer le destin, j'ai perdu ce qu'il m'avait confié… Enfin presque car c'est lui qui a fait, à nouveau, se croiser nos chemins.

Toi, dont la beauté diaphane a séduit mon regard lorsqu'il s'est posé sur ton visage; toi dont je n'ai jamais pu oublier la présence parfois si lointaine et pourtant toujours si proche. Tu m'as blessé, je t'ai retrouvée. Je t'ai fait souffrir, tu m'as retrouvé. Et aujourd'hui encore, tu es là, à mes côtés pour partager mes joies, mes peines, mes colères fréquentes et mes petits bonheurs tellement insignifiants aux yeux des autres. Jusqu'il y a peu, je le croyais mais aujourd'hui j'en suis convaincu, tu es la seule personne qui me connaît vraiment ! Tu sais mes exaspérations et mes férocités. Tu sais trouver les mots pour me réconforter ou pour me calmer quand - et c'est souvent le cas - je vais trop loin dans mes coups de gueule. Tu sais quand je n'abrite rien derrière ma rancœur ou quand je cache mon désespoir derrière ma haine. Tu sais me rendre patient quand il le faut; tu sais tempérer mes velléités quand je m'emporte, entraîné par une passion débordante. Tu sais mes goûts et, surtout, mes dégoûts. Un jour, tu m'as donné un livre dans lequel l'auteur parle de nous sans pourtant nous connaître. Tu savais que j'apprécierais cet ouvrage, que de souvenirs heureux en réminiscences cruelles, il allait me faire plonger dans notre passé, dans notre histoire d'amour qui est tout sauf banale.

Tu sais mes secrets les plus inavouables; pas tous car il te reste encore cent ans pour découvrir les autres. Tu sais mes bonheurs les plus intenses; forcément puisque je te les dois ! Tu sais mes tristesses et mes coups de blues; tu sais mes combats - souvent contre des moulins à vents ou des moulins à belles paroles - et tu les respectes. Tu sais la puissance qui m'envahit lorsque tu passes tes bras autour de mon cou. Tu sais quand j'ai besoin de tendresse ou quand j'ai besoin d'être seul. Tu sais tant de moi et pourtant nous avons encore tellement de choses à construire. "Rêve de grandes choses, cela te permettra au moins d'en faire de petites" te dis-je souvent. Mais plus encore que le simple bonheur de me référer à Jules Renard, aujourd'hui j'ai envie de rêver encore longtemps avec toi à ces choses, petites et grandes, qui feront notre vie à venir. Oui nous perdrons encore bien des bases que nous croyions stables de notre construction, mais ce ne seront que pertes matérielles liées à la mesquinerie et à l'inimitié qui règnent dans certains de nos environnements… Les éléments essentiels, nous ne les perdrons pas, je t'en fais la promesse ! Je t'aime…

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 09:42

A propos d’un SDF et de son chat…

 

sdf.jpgOn l’appelait Monsieur Alain, simplement Monsieur Alain… Et encore, Alain c’était le nom qu’il avait donné à son seul compagnon, un chat roux. Lui n’avait plus de nom ; pourquoi en aurait-il eu besoin d’un ? Si seul qu’il était, abandonné par une société décidément trop individualiste que pour se soucier de ceux qui sont dans le caniveau. Frêle, gentil, simple, marqué par la vie mais jamais vraiment rancunier envers elle et toujours accompagné de son inséparable compagnon félin, tel était Monsieur Alain. Il arpentait les rues du centre ville pour trouver de quoi assurer sa pitance quotidienne et celle de son ami à quatre pattes… Parfois il taillait la route jusqu’à une grande surface de la périphérie devant laquelle il attendait pieusement, sans rien quémander, que quelqu’un lui propose qui une miche de pain ou un fruit pour lui, qui une boite de nourriture pour son chat… La première fois que je l’ai rencontré c’était sur le marché dominical de Liège, la Batte. Il était là sur le trottoir, assis à quémander la pièce aux passants. Alors que je passais à sa hauteur, probablement encore une fois perdu dans mes pensées, j’entendais un miaulement qui semblait vouloir me dire : «Eh mec, tourne la tête et regarde-nous un peu… On est là sur le sol !». Mon amour avoué des chats me poussait à arrêter quelques instants ma course vers nulle part. «Il s’appelle Alain !» me dit l’homme assis sur le trottoir. J’ai un peu honte de l’avouer mais c’est par le biais de son chat que cet homme sans ressource est entré dans ma vie… Nous avons discuté quelques minutes et invariablement il ramenait la conversation sur son chat ; on sentait bien que cette féline relation était la seule chose importante de sa vie… Probablement même la seule qui le maintenait en vie. Alors j’ai fouillé mes poches pour y trouver la monnaie qui y traînait et je la lui ai donnée en me disant que cela ne servirait probablement pas à grand chose d’autre qu’à soulager ma conscience de nanti. Il devait y avoir l’équivalent d’un euro et demi à tout casser… «Merci cela permettra à Alain de manger aujourd’hui et demain et de m’acheter une baguette de pain» me dit-il avec un grand sourire. Bon sang, c’était pourtant vrai que cet euro-cinquante perdu dans ma poche équivalait, dans une grande surface, à une baguette et une boite de Ron-ron pour son chat !

J’ai revu fréquemment cet homme que j’avais arbitrairement baptisé Monsieur Alain car, pour moi, il méritait d’avoir un nom. Au centre ville il avait pris ces quartiers dans une rue assez commerçante où sa discrétion et sa gentillesse l’ont fait accepter des marchands. D’ailleurs, ceux-ci se relayaient pour lui offrir un sandwiche – qu’il partageait avec le matou - à midi et une tasse de café. La monnaie qu’il glanait à gauche et à droite lui servait à se trouver, pour lui et son chat, un p’tit truc à grignoter pour le soir. Chaque fois que je devais aller dans ce quartier, je calais une pièce de deux euros au fond de ma poche au cas-où je croiserais Monsieur Alain. Et lorsque l’on se voyait, en échange de ma pièce, on se disait quelques mots… Oh, rien que des banalités à propos du temps, du sachet de frites qu’il irait chercher le soir car la journée avait été bonne ou de l’abondance des touristes allemands à Liège.

Un jour que je passais dans la rue où Monsieur Alain avait ses habitudes mon regard fut attiré par un grand rectangle de carton posé sur le sol adossé à la vitrine d’un commerce. Ce carton était, en fait, une sorte d’oraison funèbre pour Alain. Le texte était signé des commerçants de la rue et rendait un hommage réel au chat qui était mort et à son maître… La destinée est bien souvent injuste ! Voilà un homme qui n’avait rien de plus qu’un chat et ce con de destin avait réussi à le lui enlever. Merci la vie ! Pendant plusieurs semaines je n’ai plus vu Monsieur Alain et je ne sais pas ce qu’il a bien pu faire pour surmonter son chagrin. Puis, par un beau samedi printanier, au seuil de cette grande surface périphérique, il était là avec un chaton tout roux et tout mignon… Il avait retrouvé un nouveau compagnon d’infortune, peut-être le lui avait-on donné, peut-être l’avait-il enlevé à son entourage ? Peu m’importait, je savais que ce chaton aurait un vrai bon maître, quelqu’un qui penserait à lui, qui s’occuperait de lui et le dorloterait. Alors que je témoignais de ma joie de le revoir, Monsieur Alain m’avait dis : «Il s’appelle aussi Alain !»… J’ai revu Monsieur Alain et son nouvel ami à plusieurs reprises au centre ville et lui ai redonné ma petite pièce avec plaisir. Nous avons encore discuté de banalités jusqu’à ce qu’il disparaisse à nouveau. Mais cette fois, pas de pancarte des commerçants, pas de petit mot d’explication, pas de nouvelles, plus de traces…

Je ne sais pas ce qu’il est devenu mais j’aime à penser que Monsieur Alain est parti plus au sud, vers la chaleur car, comme le disait Aznavour, il me semble que la misère serait moins pénible au soleil… Je l’imagine toujours avec son chat dans une autre ville, avec d’autres commerçants qui lui offrent la mie et le café, avec un autre moi qui s’est pris d’affection pour ce laissé-pour-compte et son matou… Et si d’aventure il avait disparu, une nouvelle fois, à cause de la perte de son second Alain, j’ose espérer qu’un troisième sera venu remplir un tant soit peu sa vie. Alain, un prénom d’humain pour un chat… Je pense, en mon for intérieur, que si cet homme appelait ses chats Alain c’est parce que c’était, en fait, son prénom à lui mais que comme l’Alain qu’il était avait tout perdu et qu’il n’était plus rien dans un monde cynique avec ceux qui ont chu, il continuait à faire vivre un Alain à travers un chat…

Un été récent, en Italie, sur le boulevard d’une grande ville des Abruzzes, j’ai vu un SDF avec son chat, ç’aurait pu être Monsieur Alain. Ca ne l’était pas mais j’ai pris un immense plaisir à lui donner la pièce et à me dire qu’il pourrait aller se chercher une baguette de pain et une boite de Ron-ron pour son félin compagnon !

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