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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 09:05

Posséder davantage quitte à devoir, au final, se retrouver sans rien pour avoir posséder…

21e-siecle.jpgCe matin, en partant pour le boulot, je suis passé devant un magasin ou s’étalent en vitrine, telles des prostituées racoleuses, de nombreux GSM mis en valeur par un éclairage. Devant la vitrine, deux adolescents qui bavaient sur ces appareils téléphoniques en imaginant lequel il voudraient posséder… «Moi je prends celui-là, le tactile» disait l’un ; «Je préfère l’I-Phone» répondait le second… Tous les GSM exposés en vitrine dépassaient allègrement la barre des 250 euros mais cela n’avaient pas l’air de heurter les deux boutonneux ados. Ainsi étaient-ils prêts à claquer un quart de millier d’euros, voire plus, pour ces objets dont ils n’ont pas l’utilité réelle. Car a-t-on, je vous le demande en quatre-z-yeux, vraiment besoin de téléphones qui fassent aussi appareil photo, MP4, terminal internet, radioréveil, calculatrice, chronographe, sèche-linge, poste de télévision, console de jeux, machine à expresso, couteau suisse ou encore GPS(1) ? Après tout, essayons-nous de téléphoner avec un appareil photo ou avec une calculatrice ? D’aucuns diront qu’ils ont l’utilité de tous ces objets en un, que c’est pratique d’avoir tout sous la main voire qu’ils s’en servent régulièrement à des fins professionnelles ou privées. Admettons, mais ceux-là ne sont assurément pas la majorité ! Non, pour cette majorité, le GSM n’est qu’un objet de consommation courante comme tant d’autre avec l’avantage de pouvoir être utile quand même quelques fois. Le GSM devient même smartphone – téléphone intelligent – pour suppléer une intelligence qui tend à s’amenuiser chez beaucoup de consommateurs. Combien nombreux sont ceux qui achètent un téléphone portable sophistiqué et l’approvisionnent à coup de cinq euros parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire plus, se privant ainsi de toutes les applications liées à leur accès internet intégré à l’appareil ? Combien sont-ils aussi à envoyer, avec leur appareil dernier cri à 500 euros, un message laconique disant «Sonne moi !» afin d’éviter d’entamer trop leur crédit ?

C’est tout à fait dans l’air du temps que de vouloir posséder, consommer à outrance. Ecrans plats 110 centimètres qui ne rendent pas les navets télévisuels ou cinématographiques meilleurs, GPS qui ne sert que trois fois par an, cafetière que l’on remplace alors que pourtant elle fournit toujours de l’excellent café mais la nouvelle est si bien vantée par George, voiture dont le compteur tape 220 km/h alors que la vitesse est limitée à 120… tout ça pour être dans l’air du temps, pour consommer à outrance, davantage par envie que par besoin. Il va de soi que ce climat consumériste outrancier est bien entretenu par le marketing et la publicité. Il y a d’ailleurs un bel exemple qui illustre parfaitement la situation qui est diffusé, en ce moment, sur nos chaînes de télévision : la publicité pour une Renault, la Mégane je pense… Dans ce spot, on voit un type d’une trentaine d’années qui est en pamoison devant la voiture, superbe, noire et rutilante. Elle est grande, une familiale, un break je crois… Le vendeur s’approche du type et lui demande s’il a une famille nombreuse ; le client potentiel répond par la négative. Le vendeur enchaine en disant que c’est peut-être pour faire des virées entre copains ; le type répond non, une fois encore. Alors le vendeur imagine que son client a rencontré une femme sur le net et qu’elle a un gros chien ; installé au volant de la voiture, le jeune homme répond une ultime fois non.
- «Excusez-moi, mais cette voiture en avez-vous vraiment besoin ?» s’interroge le négociant.
- «Non…mais j’en ai envie !» conclut le futur acheteur.

Pas besoin, juste envie, voilà qui résume parfaitement l’esprit consumériste ambiant ! Cette publicité est nuisible, je trouve. Elle incite clairement à la dépense inutile. C’est nuisible car, dans le même temps, les médias nous apprennent aussi le nombre de ménages belges surendettés est en augmentation croissante, 354.000 d’entre eux sont concernés par ce phénomène de société(2). En 2007, ce chiffre était de 338.933, on constate donc une augmentation de 25% en deux ans, effarant ! Le Service de Lutte contre la Pauvreté ajoute à ce constat que la très grande majorité des crédits défaillant sont l’apanage des tranches d’âge 25-34 ans (91.455) et 35-44 ans (98.641), soit les adultes en en début et en milieu de vie active(3), soit encore les publics ciblés par cette publicité pour Renault. Par corollaire, le nombre de dossiers traités en règlement collectif de dettes ou en médiation de dettes croit, forcément, d’année en année.

C’est le grand paradoxe de ce début de 21è siècle, on veut posséder davantage quitte à devoir, au final, se retrouver sans rien pour avoir posséder. J’ai du mal à comprendre !

Il est loin le temps où John Lennon chantait Image no possessions

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(1) vous aurez pris soins de biffer les mentions inutiles
(2) Plus de 354.000 Belges sont surendettés, on Le Soir en Ligne, 5 novembre 2009
(3) Source : site du Service de Lutte contre la Pauvreté, la Précarité et l’Exclusion sociale

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 15:43

De ces quelques mots comme d’un exutoire à ma tristesse !

still-copie-1.jpgJ’ai envie d’écrire une poignée de lignes pour un chat, pour mon chat. Mon vieux Stillwell s’en est allé cette nuit sur la pointe des pattes, sans un bruit, sans une plainte ! Il n’avait que 13 ans mais il avait pas mal vécu depuis que je l’ai sorti de la S.P.A. par un beau matin de l’hiver 1997. C’est con mais je me sens amputé d’une part de moi avec la disparition de ce petit félin câlin. Depuis quelques temps, il faiblissait mais continuait à vivre normalement, plus lentement que d’habitude, hier tard dans la soirée, son état s’est dégradé rapidement et il n’a pas tenu le coup bien longtemps. Ma seule consolation est de croire qu’il n’a pas eu le temps de souffrir trop mon matou… Il a une histoire ce chat ! Je l’ai donc récupéré à la Société Protectrice des Animaux en janvier 1997, il avait alors un an et y était depuis quatre mois. Personne n’en voulait car il était déjà adulte et n’avait plus rien d’un chaton. Moi je l’ai pris parce que la femme de la S.P.A. m’a dit qu’elle allait devoir se résoudre à le piquer. Il était tout mignon et quand cette femme l’a sorti de sa cage, il l’a agrippé comme s’il ne voulait pas se séparer de la main nourricière qu’il connaissait depuis un carré de mois. «Je vous le laisse pour la moitié du prix !» m’a-t-elle dit, visiblement heureuse que ce matou de gouttière trouve enfin un foyer. Soldé, il était soldé ce chat ! Et comme nous étions, ma compagne et moi, désireux d’avoir deux chats, nous avons aussi adopté une petite frimousse toute noire et caractérielle (ndlr ça nous ne le savions pas !!!) pour accompagner notre nouveau matou.

Il ne leur a pas fallu longtemps pour s’accommoder de leur nouveau logis à ces deux boules de poils ! Et si Chipie, la teigne noire, cherchait souvent à s’isoler, Le Chat (nous n’arrivions pas à lui trouver un nom qui lui aille comme un gant) quémandait caresses et câlins en permanence. Mais il était dit que le destin, dans son incommensurable mesquinerie, s’acharnerait sur ce pauvre chat ! Quelques jours à peine après son arrivée, il passa sous les roues d’un connard motorisé véritable Fangio des campagnes. Le vétérinaire fut clair : patte avant droite fracturée à cinq endroits, tendons sectionnés plus quelques contusions sans gravité… Si nous voulions le faire soigner, l’opération serait lourde et onéreuse. Nous n’avions pas des masses d’argent alors car nous débutions dans la vie et ne travaillions qu’à mi-temps ma compagne et moi. Mais c’était une évidence à nos yeux, on s’en arrangerait ! Nous ne pouvions avoir sorti Le Chat de sa prison où l’attendait une injection mortelle pour l’amener sur une table de véto pour une autre injection fatale ! Soignez-le docteur… Et il le fit avec un brio extraordinaire. Nous avons récupéré Le Chat une semaine plus tard avec une broche métallique dans la patte et l’ordre de nous occuper de lui comme d’un enfant. En effet, privé momentanément de l’usage de sa patte avant droite, il ne pouvait ni monter ni descendre aisément alors nous l’avons porté du fauteuil à la gamelle, de son coussin à son petit coin, de la gamelle au fauteuil… pendant plusieurs jours, nous lui avons donné, à la seringue, ses médicaments écrasés dans du lait, nous l’avons retourné dans le fauteuil pour qu’il ne reste pas couché dans la même position car les escarres cela touche aussi les chats. Et pendant tout ce temps, ce matou ronronnait… J’ai joué avec lui armé d’un crayon pour lui faire retrouver ses réflexes de chat, j’ai poussé le bout du crayon entre ses coussinets afin de l’obliger à contracter sa patte et ainsi faire travailler ses tendons ; une véritable rééducation kinésithérapeutique. Au bout de quelques semaines, il était sur pattes ne gardant comme séquelles qu’une légère coquetterie qui lui faisait décrire un mouvement un peu différent pour marcher et, surtout, pour courir.

De cet épisode douloureux, nous avons gardé, lui et moi, une affection renforcée et réciproque. Mais qu’est ce qu’il pouvait être devenu maladroit… Parfois, il avait du mal à contrôler sa patte alors tantôt il accrochait un napperon faisant choir un bibelot, tantôt il estimait mal sa capacité à sauter et manquait son bond faisant s’éclater au sol un vase, un verre ou un livre. On peut dire qu’il nous en a cassé des choses ce chat mais il était là, heureux, et nous aussi ! Pour se moquer de sa maladresse, nous l’appelions affectueusement Le Chat Con puisqu’il n’avait toujours pas de nom… Puis un jour, nous avons vu, à la télé, un film intitulé «A league of their own» avec Geena Davis et Madonna qui relatait la vie d’une équipe féminine de base-ball pendant la seconde guerre mondiale. Une des femmes avait un gosse maladroit baptisé Stillwell et qu’elle affublait du sobriquet de chaton… «Stillwell Chaton» cela collait bien à notre malhabile animal qui, même s’il n’était plus un chaton depuis longtemps, n’en avait pas moins gardé une furieuse envie de jouer avec tout ce qu’il trouvait, béat qu’il était, sans doute, d’avoir pu conserver l’usage de sa papatte… Et puis il n’y pas loin d’un Stillwell Chaton à un Stillwell Chat Con…C’est ainsi que Le Chat est devenu Stillwell !

Que de souvenirs ai-je avec ce chat ! Mais aujourd’hui c’est tout ce qu’il me reste de lui avec deux ou trois photos… Il me manque déjà cette andouille ! Il avait pour passion de dormir sur les livres. Il était bien tombé à la maison car nous sommes de grands lecteurs… Nous ne pouvions laisser traîner un bouquin sans qu’il ne l’adopte et se vautre dessus. Il avait eu un coup de foudre particulier pour un Garcia-Marquez posé sur l’appui de fenêtre, juste au dessus du radiateur. Il a dormi dessus plusieurs jours ! Un jour, nous avons recueilli un chaton à peine sevré, dernier d’une nichée et dont personne ne voulait car il était borgne. Immédiatement, Stillwell adopta ce chaton et, bien que mâle affirmé, se laissait téter par le nouveau venu qui trouvait là un pis-aller au téton maternel dont il était privé depuis peu… Ce chaton devenu chatte ne vécut que deux ans car en plus d’être borgne, elle était de santé précaire mais durant cette paire d’année, Stillwell et elle s’en donnèrent à cœur joie, jouant, dormant et faisant des bêtises ensemble.

Au soir d’une journée bien remplie, il n’y avait pas de meilleur déstressant que Stillwell qui venait se rouler en boule sur mes genoux ronronnant sans retenue… Il sortait fréquemment assouvir ses instincts de chat car il était chasseur et voleur ; aussi l’avons-nous vu revenir une fois avec une jolie perruche rose et jaune ; une autre fois c’était avec un demi-poulet cuit qu’il avait chapardé dieu sait où… A l’été, il passait ses journées dans le jardin couché dans la terre sous le sapin, au frais, ou dans les lavandes rentrant parfumé le soir. Fin décembre 2006, il a disparu ; Il avait quitté la maison pour sa balade quotidienne par un beau vendredi matin, à quelques encablures de l’an neuf, et n’est pas réapparu. Je l’ai cherché sans le trouver mais, au fond de moi, je ne parvenais pas à me résoudre à accepter l’idée qu’il était mort. Puis, un jour du mois de mars, après plus de deux mois d’absence, il a réapparu, il était là sur l'appui de fenêtre à attendre qu'on lui ouvre pour rentrer... Comme s'il était sorti le matin même ! Il me manque ce chat ! Je sais que nous lui avons offert une belle vie comme me le rappelle avec justesse ma compagne mais je me dis aussi qu’elle aurait être bien plus longue cette vie. Il a été libre pendant 12 ans, sortant et rentrant comme il voulait, disparaissant parfois toute une journée pour ne rentrer qu’à l’aube du lendemain… Il a trouvé chez nous amour, caresses et pitance, il nous les a rendus par son affection extraordinaire.  Aujourd’hui tu es mort, Still, je me console en me disant juste que tu n’as pas souffert ; que tu as eu la chance de ne pas mourir seul, victime de la médiocrité humaine qui t’aurais laisser agoniser seul dans un coin après avoir croisé les roues d’un autre connard motorisé ou le piège d’un ennemi des chats. Je te souhaite une belle mort au paradis des chats que tu auras assurément rejoins ; j’espère que tu y retrouveras Chipie, Prune et Sifrette…

Il y a quelques mois, dans un texte relatif aux comportements humains face à la grippe aviaire, j’évoquais Stillwell ainsi : «L’autre soir, je discutais avec Stillwell, mon chat ! Et bien nous sommes tombés d’accord, cette humanité est bien vile lorsque prise dans son ensemble ! […]Allez Stillwell viens que je te fasse un câlin ! Laissons les cons dans leur clapier et endors-toi sur mes genoux, ton ronronnement est un bel exutoire à la laideur de l’humanité… Rappelons-nous que bien plus que le H5N1, la bêtise humaine est dangereuse !». Ce n’est désormais plus d’actualité ! Car si la laideur de cette humanité persiste, le ronronnement de Stillwell s’est éteint…

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 14:37

A propos du temps qui passe et qui ne m’effraie plus.

 

vieillir.jpgAlors que le cap de la trentaine a été l’un des pires moments de mon existence parce que je voyais fuir à longues enjambées l’insouciance de mes vingt ans, les 40 ans qui pointent à l’horizon ne m’effraient pas le moins du monde… Autant vieillir me faisait peur voila une paire de lustres, autant les jours qui défilent et me rapprochent – à longue échéance osé-je espérer – de la fin inéluctable qui nous attend tous m’apparaissent comme l’évolution logique et sereine de la vie. Le temps qui passe n’est pas forcément synonyme de désagréments ! Certes il m’arrive de m’essouffler davantage aujourd’hui dans des escaliers trop raides ou dans des relations trop molles et parfois de croire que je m’approche d’une sagesse qui ne viendra de toutes manières jamais, mais au décompte – pas encore à l’autopsie, seulement au décompte ! – je m’aperçois que vieillir n’est pas désagréable !

Il s’éloigne ce temps où, jouvenceau inconscient, je courrais de relations humaines en amours futiles et éphémères ; il se rapproche ce temps où je m’étendrais au coin de l’âtre avec, pour unique compagnon, mon vieux chat sur les genoux. Finalement, cela n’est pas fait pour me déplaire car avec le temps qui passe, je m’aperçois aussi que je tire souvent bien plus de joies de mon chat que des humains… Avec le temps la misanthropie s’installe semble-t-il ! Je m’aperçois que ce temps qui fuit emporte avec lui des comportements pour laisser place à d’autres. Oui, les actes, les pensées et la vision des choses évoluent avec les rides… Même s’il reste un vieux fond de personnalité commun, qui ne changera jamais je pense, je ne suis plus aujourd’hui comme j’étais à 20 ans…

J’exultais à l’idée d’une soirée estudiantine savant mélange de libations et de bruit ; je me complais, dans le silence de ma cave, à regarder vieillir mes Châteauneuf, mes Saint-Amour et mes Juliénas.

Je trépignais devant un cinéma ou un stade ; je rechigne à franchir les portes de ces endroits qui ont mal évolué leur préférant, je le confesse, le confort douillet de mon nid.

Je savourais les doux moments de mes plages estivales et espagnoles ; je me délecte des musées barcelonais.

Je dévorais Sartre, Camus et Vian ; je leur préfère Conan-Doyle, Steinbeck et Huxley.

Je n’imaginais pas vivre sans m’activer ; je découvre avec ravissement les joies de la paresse.

Je pouvais enchaîner les nuits blanches sans avoir d’idées noires ; il me faut la nuit noire pour dormir et éviter les affres de la page blanche.

J’aimais le froid piquant et sec de l’hiver ; la douce torpeur des soirées d’été me convient davantage.

A l’inconscience des gestes fous que je posais je substitue, quitte à y perdre en spontanéité ce que je gagne en maturité, la réflexion d’actions plus étudiées.


Quarante ans, c’est demain ! Enfin après demain… Mais force m’est de constater que mon corps et mon esprit s’accommodent bien mieux de ce quarté de décennies qu’ils ne le firent de cette vingtaine où l’on se croit pourtant invincible ! Dans les livres, de la vie, de mes expériences, de mes erreurs et de mes succès j’ai appris ! J’ai construit la personnalité de l’homme que je suis aujourd’hui ; imparfait, têtu, souvent bougon et toujours impertinent. Je confesse, non sans une pointe de fausse modestie, que cet homme me plait assez. Futur quadra ardent aux plaisirs, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les efforts pour vivre dans une société immonde ; insolent par obligation pour faire face à la morgue des grands ; libre ici, muselé là selon qu’il plait au destin ; laborieux par nécessité mais paresseux avec délices ; photographe par délassement ; musicien raté par déception ; écriveur par folles bouffées… Tel est l’homme que je suis devenu au gré du temps qui passe. Et si vous voyez une analogie avec le Figaro de Beaumarchais, ne cherchez pas c’est volontaire ! Encore que les plus littéraires auront remarqué que j’ai cessé l’analogie juste avant le désabusement de Figaro, et pourtant…

Vieillir ne présente pas que des désagréments ! Cette réalité acquise, il m’apparait urgent de vieillir tout doucement sans me prendre la tête mais en profitant de chaque jour qui passe, de toutes manières, beaucoup trop vite… Carpe Diem !

 

 

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 14:35

L’I-phone symbolise à merveille le paradoxe de la consommation.

iphone.jpgL’être humain est-il réellement con à ce point ? Poser la question c’est y répondre… On ne peut être qu’affirmatif ! Nous vivons en plein paradoxe de la consommation, c'est-à-dire que l’on évolue dans une société de consommation à outrance mais l’on se plaint de notre pouvoir d’achat qui baisse sans cesse. Aujourd’hui, on ne peut plus se passer de son téléphone mobile, de son PC portable, de son écran géant avec son dolby machin ou de sa grosse voiture mais on se plaint de l’augmentation du prix du pain et du lait ou encore de ne plus pouvoir se chauffer voire de faire un plein de sa grosse voiture. L’I-phone, qui symbolise à merveille ce paradoxe, est sorti officiellement le 11 juillet 2008 en Belgique, cependant des dizaines de consommateurs n’avaient pas hésité à l’acheter avant, en Allemagne ou aux Etats-Unis, et à le cracker afin de pouvoir se targuer de posséder ce gadget aussi onéreux qu’inutile pour la plupart d’entre eux. J’en ai vu des gogos qui, dès le printemps, exhibaient fièrement leur I-phone pirate. Puis, à l’été, lorsqu’il fut officiellement disponible, on assista à une ruée de débiles qui tentaient de se procurer l’un des 150 appareils trouvables le 11 juillet. Certains passèrent même la nuit devant le point de vente afin de débourser 699€ pour s’offrir… un grand trou dans leur budget ! A ce jour, plusieurs milliers de ces téléphones ont trouvé acquéreurs en Belgique et, alors que la majorité des forums du net font grise mine, Bip (ndlr Belgium IPhone), celui consacré à ce jouet de haute technologie, fait le plein de membres et de messages… Et pourtant, le coût global d’une première année d’I-Phone – achat + abonnement – aurait pu ou du en refroidir plus d’un ; 1245€ dixit le site Belgium IPhone(1). Mais non, cet obscur objet du désir consommateur a bien rempli sa mission imposée par Apple ; faire débourser les masses.

Par delà l’achat et l’abonnement, il y a aussi la vente parallèle des applications de l’I-phone. Ainsi, existe-t-il plus de 1600 programmes pour personnaliser son I-phone et le portail App Store sur lequel les possesseurs d’I-phone peuvent télécharger ses programmes tourne à plein rendement… plusieurs dizaines de millions de téléchargement à travers le monde depuis le lancement de ce portail en juillet dernier. Steve Jobs, le patron d’Apple, annonce fièrement que ces applications téléchargeables génèrent un million de dollars de revenus par jour(2). Sans même tenir compte de la vente de l’appareil, la vente des applications de l’I-phone 3G entretient donc un chiffre d’affaire annuel de 365 millions de dollars… «Et Cela pourrait même atteindre le demi-milliard de dollars bientôt !»(2) ajoute encore Steve Jobs.

Ipod, appareil photo, terminal internet, boite mail, téléphone (si si, aussi…), l’I-phone est donc multifonctionnel. Un véritable ordinateur de poche nous a-t-on dit ! Mais si l’on regarde le nombre de connexions au net en Belgique, on s’aperçoit que seuls 0,15% des surfeurs belges viennent d’un I-phone(3). Pas même un quart de pourcents des internautes belges surfent via un I-phone… Cela signifie-t-il que les possesseurs du cher jouet d’Apple s’en servent comme d’un téléphone, d’un appareil photo et, éventuellement, d’un Ipod ou d’un agenda électronique ? Je pense que oui ! C'est-à-dire qu’ils auraient pu acheter n’importe quel téléphone basique à 99 ou 119 euros plutôt que leur cher I-phone, symbole de leur consommation outrancière… Et par-dessus le marché, les enquêtes de satisfaction menées sur l’utilisation de ce que je continue de qualifier de gadget onéreux montrent bien des défauts :
- il permet d’envoyer des SMS mais pas de MMS ;
- pour pouvoir profiter des possibilités de l'iPhone 3G, une connexion internet est nécessaire quasiment en permanence. On doit donc toujours se trouver dans un environnement couvert par un réseau wi-fi ;
- il n’est couvert que par une garantie d’un an alors que le législateur belge contraint à une garantie de deux années pour les appareils électroniques ;
- l’I-phone n’est pas étanche et la pluie peut lui être fatale ; en Belgique c’est plutôt mal barré ;
- en cas de problèmes avec la batterie qui n’est pas remplaçable, c’est automatiquement le retour de l’appareil chez Apple avec une belle facture à la clé pour le remplacement de la batterie ;
- comme l’écran est tactile, il est vite couvert de traces de doigts à moins de le frotter avec un chiffon après chaque utilisation ;
- l’écran tactile ne fonctionne qu’avec des doigts nus c'est-à-dire qu’en plein hiver, à l’extérieur il faut se déganter avant de pouvoir utiliser l’engin ou simplement pour pouvoir prendre un appel…

Notez que pour ces deux derniers soucis une société de vente en ligne a trouvé la solution, elle propose des gants I-phone qui permettent, grâce à des petits picots en caoutchouc, de pianoter sur l’écran. Cette nouvelle forme d’application compatible I-phone coûte la bagatelle de 15€, de quoi alourdir encore un peu la facture d’utilisation du jouet onéreux d’Apple. Et je suis sûr que des milliers de gogos se précipiteront sur ces gants qu’ils jugeront indispensable pour leur jouet…

Oui l’être humain est réellement con à ce point !

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(1) L’Iphone3G bientôt vendu en vente conjointe en Belgique ? on Belgium IPhone, par Alex, 18 septembre 2008.
(2) Boom des ventes d’application I-phone on 7sur7.be, 11 août 2008
(3) L’utilisation de l’internet mobile progresse grâce à l’I-phone on Belgium Iphone, par Sambenny, 23 septembre 2008

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 14:27

A propos du management moderne… encore !

management.jpgBon, d’accord, je sais que je tape souvent sur les même clous mais aussi, à force de voir que l’on dit désormais amen à tout, j’en ai un peu marre des foules moutonnières prêtes à tout accepter… J’ai déjà enfoncé le clou du management mais ce n’est pas ma faute si on continue de vouloir nous faire croire qu’il s’agit là de la panacée pour l’entreprise. En feuilletant de manière inopinée L’Echo, ce journal suintant le capital et la finance, je tombais hier par hasard sur un entrefilet évoquant le Neuromanagement Institute dans lequel une petite information me fit bondir : «Les managers passeraient au moins 70% de leur temps à motiver leur personnel, apaiser les tensions, encourager la pro-activité»(1) y était-il écrit. Les lecteurs de l’Echo peuvent-ils croire ce genre de conneries ? Le type qui a imaginé que les managers modernes passent 70% de leur temps à motiver, apaiser et encourager la pro-activité est un abruti qui ne descend pas souvent sur le terrain des entreprises d’aujourd’hui. Je l’ai écrit déjà(2), le management moderne et la gestion actuelle des Ressources Humaines sont de véritables poisons pour les entreprises, des théories d’universitaires qui n’ont aucune vision réelle de la réalité concrète !

Le management moderne est cause de burn-out, de démotivation des travailleurs et d’absentéisme à outrance qui résultent d’un ras-le-bol complet. Manque de clarté dans les consignes, manque de qualité de matériel, manque de reconnaissance voire parfois de respect, manque d’informations descendante, encadrement outrageusement universitaire, répression du sens de l’initiative, hyper-contrôle du travail, manque d’esprit d’entreprise, procédures surabondantes et lourdes… autant de réalités concrètes qui découlent du management moderne et qui nuisent assurément à la qualité du travail et donc au rendement de l’entreprise. Les managers passent tellement de temps à mettre en place des systèmes de démotivation des travailleurs qu’il est matériellement impossible qu’ils puissent passer, comme le prétend l’entrefilet de L’Echo, 70% de leur temps à motiver ou apaiser. Et si même ils le faisaient, il ne s’agirait là que d’une tentative de remède aux malaises qu’ils engendrent eux-mêmes !

Saviez-vous que le verbe anglais to manage, qui signifie gérer et qui a donné son nom au management, provient du terme italien maneggiare qui vient lui-même dut mot français Manège… Le manège, vous savez cet endroit où l’on tourne en rond en suivant une ligne imaginaire sans possibilité d’emprunter une autre voie. Le management c’est donc ça ; tourner en rond selon une ligne de conduite théorique qui repose sur l’économie et la sociologie des organisations. Le management, que d’aucuns qualifient de connaissance technoscientifique afin de rendre encore un peu plus pompeux ce qui l’est déjà trop, a pour but, nous enseigne-t-on, d’améliorer l’organisation d’une entité. Dans cette optique, stratégie, marketing et RH prennent une importance capitale. Mais l’amélioration des organisations se voit dans un ensemble au lieu de se faire au niveau des sous-ensembles qui composent l’entité… Plutôt que d’avoir une vision globale de l’entité, il conviendrait davantage de miser sur l’amélioration de chaque composante de l’entité. Si chaque composante de l’ensemble évolue dans des conditions optimales, alors l’ensemble évoluera aussi dans des conditions optimales. Au vu de l’absentéisme de plus en plus important dans les entreprises(3) et même, dans des situations extrêmes comme chez Renault en France qui ont débouché sur plusieurs suicides de travailleurs, on peut sans ambages affirmer qu’on est loin du compte…

Mon vieux grand-père, qui immigra dans les années '20 de sa Pologne natale, était à sa façon une sorte de philosophe. Il aimait à me répéter qu’à son époque, on payait les travailleurs pour faire ce qu’ils faisaient de mieux. Ainsi, dans la mine où il passa toute sa carrière, celui qui avait des aptitudes pour l’électricité était affecté au système électrique en surface ou au fond ; celui qui avait des connaissances en mécanique s’occupait de l’entretien du charroi de wagonnets et celui qui avait suivi une formation en comptabilité était salarié aux écritures comptables. Le management moderne réclame de la polyvalence et assure de la formation quasi continue pour entretenir cette polyvalence. Avec au résultat des gens qui sont moyens dans divers domaines, c’est à dire bons en rien (ndlr attention je n’ai pas écrit bon à rien !). C’est aussi ainsi que l’on retrouve des littéraires dans une équipe de comptables ou des matheux dans un service du personnel… Le tout encadré par des universitaires fins théoriciens mais piètres praticiens !

Mon vieux grand-père aimait aussi à me dire que le meilleur moyen de s’épanouir était de se sentir concerné par son travail ; aujourd’hui avec le management moderne, au travail je me sens souvent cerné par des cons !

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(1) Motiver sans perdre son temps, in L’Echo du 18 septembre 2008.
(2) RH : remise en cause ! sur Acta Diurna, 22 février 2007.
(3) SD Works, une agence de consultance en RH, nous apprend que le taux d’absentéisme moyen a atteint un record à 5,19% en 2007 et qu’il atteignit même 5,30% en janvier 2008 (voir ici)

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 13:53

Décidément, Londres est bel et bien en avance sur la Belgique dans bien des domaines…

london.jpgJe reviens d’un séjour à Paris d’abord, à Londres ensuite… C’est fou ce que cette dernière m’a époustouflé ! Un ami qui a vécu quelques mois à Londres m’avait dit, avant que je ne parte : «tu verras, par rapport à Londres, la Belgique c’est le Moyen-âge !». Il avait mille fois raison. J’ai eu l’impression que la cité londonienne avait franchi le cap du troisième millénaire alors que notre pauvre petite Belgique, noyée par ses querelles intestines, était encore au seuil de ce millénaire à attendre d’enfin pouvoir y entrer… Notez qu’il faut vraiment que j’arrête de voyager car chaque fois que je reviens de Barcelone, de Paris ou même des Abruzzes, j’ai l’impression que la Belgique est arriérée dans maints domaines ! Mobilité, environnement, technologies, relations humaines, gestion urbaine… et bien entendu culture, tout est largement en avance à Londres. Et comme on y prépare les Jeux Olympiques de 2012, tout sera bientôt complètement remis à neuf. J’ai vu 100 chantiers en cours à Londres, on y travaille d’arrache-pied mais les rues ne sont pas inaccessibles. Chez moi, à Visé, la rue qui longe le chemin de fer, entre Cheratte-bas et Argenteau, est totalement fermée depuis des mois tandis que la grand rue (ndlr la voie principale hormis l’autoroute qui relie Visé à Argenteau) est fermée à la circulation depuis plusieurs semaines. La semaine dernière, alors qu’il me restait quelques jours de congé, j’en ai profité pour faire un peu de nettoyage par le vide chez moi. J’ai porté ces encombrants au parc à containers qui se trouve en plein milieu de la route fermée à la circulation entre Visé et Argenteau. Je me suis dit que le parc devait quand même être accessible par une des deux extrémités de la rue. J’ai donc choisi l’une et me suis retrouvé sur le chantier. La rue est totalement en chantier et il… n’y avait personne sur le chantier ! Un mardi matin, à 10h00, le chantier est vide ; on n’y travaille pas ! Inimaginable à Londres ça ; un chantier doit avancer on y travaille donc tous les jours ouvrables, de 8h00 à 18h00… Période de vacances ou pas ! Pareil à Liège, la ville est à nouveau ravagée par les chantiers et beaucoup se résument à des trous creusés dans l’asphalte sans aucun ouvrier qui s’y affairent ! A cause de ces multiples chantiers, les rues sont fermées et de déplacer devient souvent un véritable parcours labyrinthique tandis qu’en bord de Tamise toutes les routes restent ouvertes et carrossable malgré les chantiers…

En termes de mobilité aussi il y a un siècle d’écart. Montre en main pour traverser Londres du nord-ouest au sud-est à 9h00 du matin : 14 minutes en métro. Montre en main pour traverser Liège à 9h00 du matin : trois-quarts d’heures en voiture et à peine moins en bus… Trois fois plus de temps pour traverser Liège qui présente une superficie 22 fois plus petite que Londres ! Forcément, le métro on ne connait pas en Cité Ardente alors on doit naviguer en surface dans les embouteillages ! Oserais-je évoquer la Culture ? A Londres, j’en ai pris plein les yeux pour pas un rond. British Museum, Tate Gallery, Tate Modern, National Gallery, Victoria & Albert Museum… GRATUITS ! Totalement libres d’accès pour aller à la découverte de chefs d’œuvres artistiques exceptionnels. Et en plus, comme il n’y a pas de caisse ni de fouille à l’entrée, il n’y a aucune file d’attente. A Paris, je suis retourné au Musée d’Orsay qui est mon préféré pour son contenu ; j’ai du m’acquitter d’un droit d’entrée de 8€ au terme d’un attente d’une demi-heure ponctuée d’un passage par un portique qui a sonné à cause de ma ceinture. A Londres, je suis arrivé à la Tate Britain et immédiatement j’ai été accueilli par des dizaines de toiles magnifiques de Turner…

En termes d’informations et de médias aussi on est en retard ! Il existe à Londres cinq journaux totalement gratuits qui sont distribués dans les rues. Et je ne parle pas de petits journaux locaux qui ne reprennent que des infos sans grand intérêts, non Lite, The LondonPaper, Metro, City A.M. et Sport sont des journaux très complets qui reprennent l’information nationale, internationale et sportive du jour et auxquels les Londoniens ont accès gratuitement. Ainsi, durant les trajets en métro, ils se tiennent au courant de l’actualité. Par ailleurs, à différents endroits de la ville on trouve des distributeurs de journaux australiens, koweitiens, brésiliens, russes et que sais-je encore qui permettent ainsi aux étrangers de passages de garder le contact avec l’actu de leur pays… Ces journaux étrangers sont également gratuits et des collecteurs ont été disposés à différents endroit s pour les récupérés une fois lus !

Je pourrais encore allonger la liste de ces petites choses qui font de Londres une ville résolument moderne et ouverte aux réalités du monde : audio-guides en 26 langues et connectés au net dans les musées ; avantages importants (de véritables incitants et non pas des aumônes comme c’est souvent le cas chez nous) des employeurs pour les travailleurs qui utilisent le vélo pour leur déplacement professionnels ou encore civisme et fair-play qui animent les Londoniens… Oui, mon pote avait raison, quand tu reviens de Londres, tu t’aperçois qu’ici, en Belgique, c’est encore le Moyen-âge !

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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 15:41

Réminiscence du jeu favori de mon enfance…

joujou.jpgLorsque j’étais gamin, je pouvais passer des heures à joueur aux p’tits cyclistes ! Dans ma chambre, sur des circuits dessinés à la main sur des feuilles A4 assemblées entre elles, je rejouais le Tour de France, le Giro, les grandes classiques, le championnat du monde et même quelques courses plus petites uniquement avec quelques figurines de cyclistes et un dé… J’ai rejoué des saisons entières, seuls dans la pénombre de ma chambre… Roche, LeMond, Theunisse, Argentin, Criquielion, Hinault ou Anderson se disputaient les plus belles épreuves. J’avais reconstitué un peloton d’une cinquantaine de coureurs en achetant ces fameux petits cyclistes en plastique ou en les échangeant contre des voitures Matchbox ou des petits soldats qui m’intéressaient beaucoup moins… Je ne vous dirais pas jusqu’à quel âge j’ai fait évoluer ces cyclistes en plastique sur mes circuits en papier mais c’est un âge qui me ferait passer pour un gamin attardé auprès des ados de la génération actuelle… Ceci dit, en toute objectivité, je m’en fous ; j’ai toujours préféré jouer seul avec mes cyclistes que de courir les rues en bande avec les autres ados de mon âge. D’ailleurs, aujourd’hui encore, au fond d’une armoire de mon bureau je conserve, dans un vieux sac en plastique, ce peloton désormais endormi… Après tout, quand j’y réfléchis, ce jeu de mon enfance, avec ses courses, ses classements, ses victoires et le hasard des dés, c’est un peu l’ancêtre artisanal, à ma façon, du jeu Pro Cycling Manager avec lequel il m’arrive encore de passer quelques heures. La différence fondamentale est que, avec mes cyclistes en plastique, mes circuits en papier et mon dé, je développais davantage mon imagination que cela n’est permis avec ce jeu moderne et complet de l’ère de électronique…

Ce que j’ai pu en jouer des saisons cyclistes qui s’enchaînaient, imaginant un système de classement UCI avant l’heure et un système de transfert en fonction de l’argent fictif amassé par les équipes selon leurs victoires tout aussi fictives… Les saisons se suivaient et les équipes évoluaient. Alors, un jour je me suis mis en tête de changer les maillots de mes cyclistes en pastique pour les adapter à ma fiction… Des pinceaux, de la peinture pour maquettes et zou, à la fin de chaque saison fictive, je modifiais certaines équipes en les repeignant pour en inventer de nouvelles ou pour «moderniser» le maillot d’une déjà existante… Autant dire que, comme je ne suis pas très doué en travaux manuel, certains petits cyclistes ont vite été hors d’usage. En outre, après deux ou trois changements de couleurs, certains autres ne ressemblaient plus à rien. Heureusement, mes maigres économies me permettaient, de temps à autre, de filer à Liège pour acheter trois, quatre, cinq ou six nouveaux coureurs pour remplacer ceux qui avaient fait leur temps…

Une passion d’orfèvres

C’était le bon temps, celui de l’insouciance ! En 2004, lors du départ du Tour de France à Liège, une expo avait été organisée sur le thème de la Grande Boucle et des vitrines présentaient des reconstitutions de scènes réelles du Tour de France à l’aide de ces fameux petits cyclistes en plastique… Il y avait, notamment, la victoire de Johan Bruyneel, à Liège, en 1995 devant Miguel Indurain. Ces quelques scènes avaient été reconstituées par un maquettiste de talent qui avait du peindre des petits cyclistes en fonction de la situation à recréer. Il avait fait ça avec beaucoup plus d’aptitudes que les miennes quelques années auparavant.

Hier soir, alors que je surfais sur le net, j’ai tapé «Petits cyclistes en plastique» dans Google et je suis tombé sur quelques pages de vente de ce jouet ancien mais aussi sur les pages de quelques passionnés qui peignent ces coureurs plastifiés ou métallisés, qui inventent ou recréent des situations. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager quelques-unes de ces pages qui m’ont permis l’espace d’un instant de replonger dans ce bon temps, celui de l’insouciance…

Les p’tits vélos

Janol Apin

Miniatures City

Tour de France Miniature

Un vrai travail d’orfèvre !

J’en entends déjà demander ce que font ces passionnés mercredi soir… Mais moi, je veux bien les inviter à dîner afin d’évoquer avec eux foultitude de souvenirs d’enfance liés à ces petits cyclistes en plastique. Ce sera tout sauf un dîner de cons...

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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 14:56

Il y a aujourd'hui 20 ans que mourrait Pierre Desproges d'un mal qu'il s'amusait à qualifier de "courte et rigolote maladie" par dérision envers ceux qui n'osaient pas nommer le cancer lui préférant la métaphore plus correcte de "longue et cruelle maladie"…

 

desproges.jpgIl existe deux types d'humoristes : ceux dont on regrette la mort comme Thierry Le Luron, Coluche et Desproges et ceux dont on regrette qu'ils soient toujours…sur scène comme Bigard, Cyril Hanouna ou Max Boublil. Depuis leur départ prématuré, les trois premiers évoqués ont laissé un vide profond dans la tradition séculaire et bien française de la bouffonnerie (ce terme est, évidemment à prendre dans son sens noble). Le 18 avril 1988, Pierre Desproges s'éteignait après avoir lutté quelques mois, avec humour et raillerie pour masquer sa souffrance, contre le cancer qui le rongeait de l'intérieur. Ne disait-il pas lors de ses dernières prestations scéniques «Lorsque j'ai appris mon cancer, en sortant de chez le médecins, j'ai été chez l'écailler pour manger un tourteaux… Match nul, cela nous fait un crabe partout !». Le 18 avril 1988, l’annonce de son décès fut ainsi faite : «Pierre Desproges annonce qu'il est mort d'un cancer. Etonnant, non ?» en clin d'œil à cette petite phrase qui ponctuait ses délires télévisuels dans la mythique Minute de Monsieur Cyclopède.

Parfois provocateur, il usait du non-sens avec bonheur, inspiré qu'il était par les Monthy Pythons. Volontairement malpoli-tiquement correct, Pierre Desproges maniait l'ironie et la férocité avec gouaille servi, il est vrai, par ses textes d'une qualité inégalée faits de finesse et d'une maîtrise pointue de la langue française avec toutes ses subtilités syntaxiques, grammaticales ou de ponctuation. Une maîtrise qui lui permettait de ne jamais sombrer dans la vulgarité. C'est bizarre mais les mots couille, bite ou con ne n'ont jamais semblés vulgaires dans le contexte desprogien alors que ces mêmes mots placés dans la bouche de Jean-Marie Bigard vogue dans un océan de vulgarité que - il faut le lui reconnaître - ce comique médiocre a su apprivoiser…

Je n'ai jamais aimé être soumis dans mes écrits. Force m'est d'avouer qu'il me faut, cependant, parfois faire des exceptions. Ce ne sont alors que des rédactions nourricières. Mais Pierre Desproges est et restera mon seul Maître. Si un jour j'arrivais à avoir ne fut-ce qu'un quart du dixième de son talent d'écriture alors je serais l'homme le plus fortuné (encore un terme à prendre dans son sens noble) de la terre… Volontiers iconoclaste, tantôt doux rêveur, tantôt agressif - verbalement s'entend -, parfois cynique, souvent hargneux, impie par réalisme, quelques fois insolent mais toujours râleur, j'ai essayé de me construire en m'inspirant de Desproges sans toutefois le calquer car cela n'aurait été, de toutes façons, qu'échec et perte de temps !

Aujourd'hui, dans l'abîme culturel qui nous entoure, devant l'électroencéphalogramme désespérément plat des faiseurs de télévision, des stars fabriquées ou des comiques handicapés de l'humour, Pierre me manque !

 

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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 14:47

A propos d’un monde qui érige les vertus de la théorie en étendard de sa vanité…

 

unifff.jpgOui d’accord, je vous vois venir le mot universitarocratie n’existe pas mais lorsqu’il ne trouvait pas un mot qui imageait assez ce qu’il voulait exprimer, Boris Vian avait coutume de l’inventer… Si l’ami Vian le fit, pourquoi ne le ferais-je pas ? D’autant plus que ce néologisme correspond assez à l’idée que j’ai envie de développer aujourd’hui. On parle de ploutocratie quand le pouvoir est aux mains de ceux qui ont l’argent ; on évoque la gérontocratie lorsque le pouvoir est exercé par les plus âgés ; la technocratie est un système qui cède le pouvoir à des techniciens spécialisés ; on va même jusqu’à utiliser le terme théocratie quand la légitimité du pouvoir découle d’une divinité…  Ce qu’il me plait de dénoncer à travers ces quelques lignes qui n’auront d’importance que celle que chacun voudra leur donner c’est la dictature des universitaires dans notre société et dans nos entreprises. Aujourd’hui celui qui n’a pas en poche un bout de papier sanctionné du sceau de la réussite universitaire n’a que peu de chances de s’imposer à un poste important et à responsabilités. C’est la grande maladie de cette société de management et de profit ; tous les postes-clés sont confiés à des universitaires.

Pourtant, par empirisme, je peux affirmer que les universitaires ne sont pas la panacée ! Dans bien des cas ils ne peuvent avancer qu’une expérience théorique qui ne correspond pas forcément à la réalité du terrain. Car c’est bien ça que je reproche en priorité aux universitaires c’est que forts d’une théorie qu’ils ont acquise dans leur alma mater, ils ne descendent quasiment jamais de leur tour d’ivoire, ne quittent que trop rarement leur beau bureau pour vérifier si cette belle théorie peut fonctionner dans la pratique. Il y a pourtant souvent loin de la théorie à la pratique…

Je pourrais apporter bien des exemples pour étayer mon propos mais trois suffiront !

Le premier aborde le management et la gestion des ressources humaines – qu’il est désormais distingué d’abréger en RH – dans l’entreprise. Nous sommes à l’ère du management humain, le DRH est l’un des pions majeurs de toutes les grosses entreprises. En plus de devoir assurer la paye de ses ouailles, ce fameux DRH se doit de tirer la quintessence de chacune d’entre elles afin que cela profite à l’entreprise. Fort des grandes théories du management humain, il change tout ce qui se faisait dans l’entreprise en terme de personnel, y introduit des concepts nouveaux et développe des formations à tire-larigot… C’est ainsi, par exemple, qu’un préposé à la photocopieuse se retrouve à faire une formation active en néerlandais parce que le parc des copieurs est fourni par une firme flamande mais comme le représentant de cette firme et le type qui fait l’entretien des machines ont été recrutés par des chasseurs de têtes internationaux (encore une lubie du management humain !), ils sont anglophones et ont suivi une formation poussée en français car cette langue est plus véhiculaire que le néerlandais… On se retrouve donc avec notre préposé à la photocopieuse qui a fait une super formation en néerlandais qui ne lui sert à rien ! Et ça n’est qu’un exemple banal, sans grande conséquence… Mais on constate aussi que le burn-out, le fameux syndrome de l’épuisement professionnel, s’est développé en parallèle de l’éclosion de la gestion moderne de ressources humaines(1). Aujourd’hui dans une grande frange des entreprises, les employés et les ouvriers ont à se plaindre des conditions de travail et du stress dans lequel on les fait évoluer pour parvenir à tirer le meilleur profit pour l’entreprise. C’est synonyme de l’échec de la gestion des RH modernes qui repose sur des théories foncièrement néfastes enseignées aux universitaires.

Le second exemple porte sur un exemple concret : la construction d’un parking que j’utilise parfois. Un ingénieur-architecte a imaginé et a dessiné les plans de ce parking qu’il voulait le plus aéré possible, le plus vaste possible mais aussi le moins cher possible. Il en a étudié la disposition, les aspects techniques, la qualité des matériaux et a même pensé à l’aspect pratique en intégrant une couleur différentes aux rangées de stationnement afin d’aider l’automobiliste à repérer l’endroit où il a laissé sa voiture… Théoriquement tout est parfait mais à l’usage, après la réalisation exemplaire des plans esquissés par notre universitaire, il appert que les virages à angle droit (dont l’ultime qui amène à la sortie) sont difficiles à négocier pour qui conduit une berline ou un 4x4. Le pilier près de la sortie est maculé de la peinture des automobiles à jamais balafrées par cet angle trop droit que pour être pensé intelligemment. Et puis, le sol est tellement lisse que, à cause des gaz d’échappement, lorsqu’il pleut et que les voitures laissent un dépôt humides au sol, c’est holliday on ice pour les piétons qui vont récupérer leur auto. Le sol est tellement glissant que les chutes ne sont pas rares ; il y a quelques jours c’est une pauvre dame qui a pris un aller simple pour le sol détrempé. La pauvre, je l’ai aidé à se relever, elle avait le genou amoché tout ça parce que le mec qui a imaginé le parking a choisi un matériau inadapté pour recouvrir le sol. Angles trop serrés et sol trop glissant, disons-le clairement, l’universitaire qui a pensé ce parking est un con ! Il n’a pas saisi que ce qui convient sur le papier ne convient pas forcément dans la réalité pétri de certitudes qu’il est dans sa tour d’ivoire…

Le troisième et dernier exemple remonte à l’époque ou je n’étais que jeune stagiaire à la RTBF, à l’aube des années ’90. Il y avait alors une étudiante en journalisme de l’Université Libre de Bruxelles qui accomplissait un stage d’un mois – quatre semaines de pratique en tout et pour tout dans son brillant cursus universitaire ! – et qui était capable de réciter de mémoire tous les schémas de la communication et de parler avec entrain des théories de Lasswell, Gerbner ou Jakobson. C’en était même époustouflant ! Mais un jour, alors qu’elle devait contacter un Echevin de Liège pour une interview, elle est restée prostrée dans un coin, incapable de réagir car, disposant de coordonnées qu’il voulait privées, ledit Echevin n’avait pas de numéro personnel dans l’annuaire téléphonique. On avait dit un jour à cette jeune universitaire que les numéros de téléphone se trouvaient dans l’annuaire, elle l’avait bien assimilé mais n’avait pas de solution de secours si, comme ce fut le cas, le contact dont elle avait besoin n’y figurait pas… Il ne lui est jamais venu à l’idée de regarder à un autre endroit qu’au nom de l’Echevin (à l’administration qu’il gérait, par exemple) ou de se renseigner auprès d’autres journalistes qui auraient pu avoir un contact… Non, elle est restée amorphe, incapable de trouver une solution parce que le cas sortait du contexte théorique qui lui avait été inculqué !

Trois exemples suffisent car ils sont, à mon sens, représentatif de la pensée universitaire qui repose avant tout sur la théorie. Ils sont capables d’échafauder les plus belles théories, de les développer sur papier mais bien souvent l’application concrète sur le terrain ne fonctionne pas bien voire pas du tout car la réalité est faite d’une succession de petites choses qui échappent à la théorie. La tendance est donc, aujourd’hui, à confier les postes-clés aux universitaires. L’époque est à la papierocratie plutôt qu’à la méritocratie ; le diplôme fait l’homme bien davantage que les qualités intrinsèques. C’est dangereux car ce processus contribue à la théorisation d’une société ou tout est prévu sur papier, où tout est organisé autour de conceptions artificielles sans bases réelles et réalistes. Aujourd’hui, un non-universitaire qui entre dans une société, qu’elle soit privée ou – surtout dirais-je – publiques ne peut plus escompter gravir les échelons jusque dans la sphère des cadres. Les postes de cadres et de dirigeants sont réservés à l’élite universitaire. Je connais bien des gens dont la compétence n’est plus à prouver ni à remettre en cause qui ont atteint des postes importants tout en n’étant pas universitaires. Ils font tourner des entreprises, réalisent de grandes choses bien que n’ayant pas le sésame universitaire. Ils ont eu la chance d’entrer dans la vie active dans les années ’50, ’60 ou ’70 et ont gravit les échelons à force de travail et d’intelligence pratique. Leur expérience du terrain à largement compensé leur manque de diplôme universitaire… Aujourd’hui, ces gens assurément brillants n’auraient plus l’opportunité de réussir la même carrière ! C’est triste de voir qu’on leur préfère des théoriciens…

J’en entends venir avec l’argument du ressentiment que j’éprouve n’étant pas moi-même universitaire… C’est délibérément que je ne le suis pas car on m’a laissé le choix de l’être mais, déjà à 18 ans, j’avais compris que cette formation théorique n’était pas faite pour moi car ne reposant que trop sur une forme de littérature hermétique. Si je me réfère à Nietzsche et à Kierkegaard – vous voyez que moi aussi j’ai des connaissances théoriques sans pour autant être universitaire - le ressentiment est une sorte de rancune intimement lié à l’envie ou à la jalousie(2)… Qu’il soit bien clair que je n’éprouve aucune envie ou jalousie envers les universitaires, plus que jamais je suis fier et ravi de ne pas l’être ! Il ne pourra dont être, en aucune manière, question d’un quelconque ressentiment. Tout comme il va de soi que je ne prétends pas que tous les universitaires sont incompétents, ce serait indigne. Je veux juste que l’on reconnaisse les mérites et les talents des non-universitaires qui sont tout aussi capables que les universitaires. Le diplôme ne fera jamais l’homme ! Son expérience, si…

Cette société universitaritocratique est amenée, j’en suis convaincu, à se casser la gueule, tôt ou tard ! Elle en est d’ailleurs déjà sur le chemin… Le pouvoir uniquement dans les mains des universitaire ? Non merci, c’est bien trop dangereux !

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(1) avec parfois des conséquences dramatiques : entre 2004 et 2007, dans les usines Renault à Guyancourt, cinq ouvriers se sont suicidés après avoir mis en cause les conditions de travail)
(2) merci à Marcel Renkin qui aborda ce thème dans son cours de philosophie lors de mon cursus non-universitaire. Il sera heureux de constater que je n’ai pas tout oublié…

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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 15:16

A propos d’un SDF et de son chat…

 

alain.jpgOn l’appelait Monsieur Alain, simplement Monsieur Alain… Et encore, Alain c’était le nom qu’il avait donné à son seul compagnon, un chat roux. Lui n’avait plus de nom ; pourquoi en aurait-il eu besoin d’un ? Si seul qu’il était, abandonné par une société décidément trop individualiste que pour se soucier de ceux qui sont dans le caniveau. Frêle, gentil, simple, marqué par la vie mais jamais vraiment rancunier envers elle et toujours accompagné de son inséparable compagnon félin, tel était Monsieur Alain. Il arpentait les rues du centre ville pour trouver de quoi assurer sa pitance quotidienne et celle de son ami à quatre pattes… Parfois il taillait la route jusqu’à une grande surface de la périphérie devant laquelle il attendait pieusement, sans rien quémander, que quelqu’un lui propose qui une miche de pain ou un fruit pour lui, qui une boite de nourriture pour son chat… La première fois que je l’ai rencontré c’était sur le marché dominical de Liège, la Batte. Il était là sur le trottoir, assis à quémander la pièce aux passants. Alors que je passais à sa hauteur, probablement encore une fois perdu dans mes pensées, j’entendais un miaulement qui semblait vouloir me dire : «Eh mec, tourne la tête et regarde-nous un peu… On est là sur le sol !». Mon amour avoué des chats me poussait à arrêter quelques instants ma course vers nulle part. «Il s’appelle Alain !» me dit l’homme assis sur le trottoir. J’ai un peu honte de l’avouer mais c’est par le biais de son chat que cet homme sans ressource est entré dans ma vie… Nous avons discuté quelques minutes et invariablement il ramenait la conversation sur son chat ; on sentait bien que cette féline relation était la seule chose importante de sa vie… Probablement même la seule qui le maintenait en vie. Alors j’ai fouillé mes poches pour y trouver la monnaie qui y traînait et je la lui ai donnée en me disant que cela ne servirait probablement pas à grand chose d’autre qu’à soulager ma conscience de nanti. Il devait y avoir l’équivalent d’un euro et demi à tout casser… «Merci cela permettra à Alain de manger aujourd’hui et demain et de m’acheter une baguette de pain» me dit-il avec un grand sourire. Bon sang, c’était pourtant vrai que cet euro-cinquante perdu dans ma poche équivalait, dans une grande surface, à une baguette et une boite de Ron-ron pour son chat !

J’ai revu fréquemment cet homme que j’avais arbitrairement baptisé Monsieur Alain car, pour moi, il méritait d’avoir un nom. Au centre ville il avait pris ces quartiers dans une rue assez commerçante où sa discrétion et sa gentillesse l’ont fait accepter des marchands. D’ailleurs, ceux-ci se relayaient pour lui offrir un sandwiche – qu’il partageait avec le matou - à midi et une tasse de café. La monnaie qu’il glanait à gauche et à droite lui servait à se trouver, pour lui et son chat, un p’tit truc à grignoter pour le soir. Chaque fois que je devais aller dans ce quartier, je calais une pièce de deux euros au fond de ma poche au cas-où je croiserais Monsieur Alain. Et lorsque l’on se voyait, en échange de ma pièce, on se disait quelques mots… Oh, rien que des banalités à propos du temps, du sachet de frites qu’il irait chercher le soir car la journée avait été bonne ou de l’abondance des touristes allemands à Liège.

Un jour que je passais dans la rue où Monsieur Alain avait ses habitudes mon regard fut attiré par un grand rectangle de carton posé sur le sol adossé à la vitrine d’un commerce. Ce carton était, en fait, une sorte d’oraison funèbre pour Alain. Le texte était signé des commerçants de la rue et rendait un hommage réel au chat qui était mort et à son maître… La destinée est bien souvent injuste ! Voilà un homme qui n’avait rien de plus qu’un chat et ce con de destin avait réussi à le lui enlever. Merci la vie ! Pendant plusieurs semaines je n’ai plus vu Monsieur Alain et je ne sais pas ce qu’il a bien pu faire pour surmonter son chagrin. Puis, par un beau samedi printanier, au seuil de cette grande surface périphérique, il était là avec un chaton tout roux et tout mignon… Il avait retrouvé un nouveau compagnon d’infortune, peut-être le lui avait-on donné, peut-être l’avait-il enlevé à son entourage ? Peu m’importait, je savais que ce chaton aurait un vrai bon maître, quelqu’un qui penserait à lui, qui s’occuperait de lui et le dorloterait. Alors que je témoignais de ma joie de le revoir, Monsieur Alain m’avait dis : «Il s’appelle aussi Alain !»… J’ai revu Monsieur Alain et son nouvel ami à plusieurs reprises au centre ville et lui ai redonné ma petite pièce avec plaisir. Nous avons encore discuté de banalités jusqu’à ce qu’il disparaisse à nouveau. Mais cette fois, pas de pancarte des commerçants, pas de petit mot d’explication, pas de nouvelles, plus de traces…

Je ne sais pas ce qu’il est devenu mais j’aime à penser que Monsieur Alain est parti plus au sud, vers la chaleur car, comme le disait Aznavour, il me semble que la misère serait moins pénible au soleil… Je l’imagine toujours avec son chat dans une autre ville, avec d’autres commerçants qui lui offrent la mie et le café, avec un autre moi qui s’est pris d’affection pour ce laissé-pour-compte et son matou… Et si d’aventure il avait disparu, une nouvelle fois, à cause de la perte de son second Alain, j’ose espérer qu’un troisième sera venu remplir un tant soit peu sa vie. Alain, un prénom d’humain pour un chat… Je pense, en mon for intérieur, que si cet homme appelait ses chats Alain c’est parce que c’était, en fait, son prénom à lui mais que comme l’Alain qu’il était avait tout perdu et qu’il n’était plus rien dans un monde cynique avec ceux qui ont chu, il continuait à faire vivre un Alain à travers un chat…

Cet été, en Italie, sur le boulevard d’une grande ville j’ai vu un SDF avec son chat, ç’aurait pu être Monsieur Alain. Ca ne l’était pas mais j’ai pris un immense plaisir à lui donner la pièce et à me dire qu’il pourrait aller se chercher une baguette de pain et une boite de Ron-ron pour son félin compagnon !

 

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