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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 06:33

Série de l'été - 1987, la chanson qu'on a failli ne pas entendre...

 

serieete01---U2.jpgDigne héritiers des groupes de légende des années soixante, U2 est un phénomène de la scène rock internationale. Depuis 1976, la Bande à Bono (oui, je sais elle est facile et éculée, celle-ci) cartonne un peu partout sur la planète. Les tournées du groupe irlandais sont parmi les plus extraordinaires qui soient, la mémoire collective du rock conserve en elle les concerts exceptionnels des Boy Tour, Joshua Tree Tour ou autre Pop Mart Tour… Véritables bêtes de scènes, les quatre gars de Dublin sont aussi de vrais studio men capables de travailler et de retravailler un titre jusqu’à ce qu’il soit parfait. Si U2 connait un petit succès dès 1980, avec l’album Boy, et surtout le titre I will follow, il faut attendre 1983 avec l’excellente plaque War qui contient deux titres qui vont devenir emblématiques - New Year’s Day et Sunday Bloody Sunday - pour obtenir la reconnaissance internationale. Mais c’est en 1985, en juillet, lors du Live Aid de Bob Geldof que U2 va exploser. Le charisme de Bono et la maitrise musicale de ses acolytes impressionnent… A tel point que l’on constate, dans les mois qui suivent une augmentation vertigineuse des ventes des albums, y compris les plus anciens.

U2 a franchi un cap et lorsque le groupe entre en studio, en 1987 après une tournée internationale longue de dix mois, pour l’enregistrement de l’album The Joshua Tree c’est pour frapper un grand coup. Avec l’album précédent, The unforgetable fire, le groupe irlandais avait déjà entamé un virage du rock vers la musique un peu plus folk sous l’égide de Brian Eno et de Daniel Lanois. The Joshua Tree est considéré comme le plus abouti de tous les albums de U2, il s’ouvre sur un triplé romantique (Where the Streets have no name, I still haven’t found what I’m looking for et With ou without you) avant de plonger dans des ambiances plus lourdes, plus glauques et inquiétante avec des titres comme Bullet the blue sky, par exemple.

U2 voulait frapper un grand coup, ce sera un coup de maître ! L’album est une réussite totale et devient certifié platine, en 48h00. The Joshua Tree se classe en tête des ventes dans 22 pays et débouche sur une méga-tournée de 110 dates dans 65 villes de 15 pays. Le cinéaste Phil Joanou met en boite quelque 250 heures d’images qui serviront au montage du film Rattle and Hum qui sortira en 1988, accompagné d’un album éponyme. La plage d’ouverture de The Joshua Tree devient une chanson référence pour les membres du groupe. Where the Streets have no name est même la chanson fétiche de U2. «On peut être au beau milieu du pire concert de notre vie, mais quand on attaque cette chanson, tout change. Le public est debout, chante tout du long. Soudain, c’est comme si Dieu traversait la salle. C’est le moment où le métier s’arrête et où la spiritualité commence» expliquait d’ailleurs Bono, en août 2004, au Los Angeles Times. Et pourtant, cette chanson a bien failli ne jamais voir le jour…

A l’origine, Where the streets have no name est un projet de The Edge, le guitariste du U2. Il a enregistré, tout seul dans son coin, une démo, sur une cassette avec une intro à l’orgue et à la guitare. Le tout est de donner une suite à cette intro. Il existe bien une chanson qui pourrait être étoffée de l’intro mais le travail de studio pour relier l’intro et la chanson sera de longue haleine. Qu’à cela ne tienne, les quatre membres du groupe se jettent dans ce travail avec entrain, même si quelques temps plus tard, Adam Clayton, le bassiste de U2 admettra ne pas avoir, pour sa part, été totalement heureux de devoir accomplir ce travail… U2 passe des heures a essayer de trouver les arrangements parfait pour Where the streets have no name à tel point que le producteur, Brian Eno, s’exaspère de ce temps dépensé au détriment des dix autres titres de l’album. Aussi, après plusieurs rappels à l’ordre sans succès, envisage-t-il un plan draconien : la destruction pure et simple de la maquette en cours de la chanson. Alors qu’il s’apprête à passer à l’action, un assistant de production bien inspiré l’en empêche. Heureusement car il n’est pas sûr que Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen eussent trouvé le courage et l’envie utiles pour recommencer à zéro. Ainsi, sans la vigilance d’un assistant, le public aurait été spolié d’une chanson remarquable et U2 de son titre fétiche…


Where the streets have no name

I wanna run
I want to hide
I want to tear down the walls
That hold me inside
I want to reach out
And touch the flame
Where The Streets Have No Name

I want to feel, sunlight on my face
See that dust cloud disappear without a trace
I want to take shelter from the poison rain
Where The Streets Have No Name

Where The Streets Have No Name
Where The Streets Have No Name
We're still building
Then burning down love, burning down love
And when I go there
I go there with you ....

It's all I can do

The cities a flood
And our love turns to rust
We're beaten and blown by the wind
Trampled in dust
I'll show you a place
High on a desert plain
Where The Streets Have No Name

Where The Streets Have No Name
Where The Streets Have No Name
We're still building
Then burning down love, burning down love
And when I go there
I go there with you …

It's all I can do.

Traduction :

Je veux m’enfuir
Je veux me cacher
Je veux abattre ces murs
Qui me retiennent à l’intérieur
Je veux m’étendre
Et veux toucher la flamme
Où les rues n’ont pas de nom

Je veux sentir les rayons du soleil sur mon visage
Voir ces nuages de poussière disparaître sans laisser de traces
Je eux m’abriter des pluies empoisonnées
Où les rues n’ont pas de nom

Où les rues n’ont pas de nom
Où les rues n’ont pas de nom
On Continue à construire
Puis à réduire l’amour en cendres, réduire l’amour en cendres
J’irais là-bas avec toi…

C’est tout ce que je peux faire

Les villes sont submergées
Et notre amour s’oxyde
Nous sommes battus par le vent qui nous emporte
Changés en poussière
Je te montrerai un endroit
Là-haut sur la plaine déserte
Où les rues n’ont pas de nom

Où les rues n’ont pas de nom
Où les rues n’ont pas de nom
On Continue à construire
Puis à réduire l’amour en cendres, réduire l’amour en cendres
J’irais là-bas avec toi…

C’est tout ce que je peux faire



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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 09:48

Cette année, Acta Diurna vous entraine dans l'univers de la musique avec une poignée de chansons qui ont marqué de leur empreinte l'histoire du rock, de la pop, de la new wave ou du ska...

serieete.jpgC'est une bonne habitude à laquelle on ne dérogera pas en 2012, la série de l'été est un rendez-vous annuel sur Acta Diurna depuis plusieurs années. Après avoir évoqué des événement historiques, sociaux ou culturels liés à une date de juillet mais aussi les petites histoires du Tour de France ou, déjà, la musique, je vous propose, cet été, une immersion musicale dans les grandes chansons du vingtième siècle. Attention, je ne parle pas de ces tubes de l'été préfabriqués et imposés à grands renforts de marketing mais bien de pièces d'anthologie qui ont laissé une trace réelle dans la musique du 20è siècle. De groupes reconnus à la carrière longue et remplie en one shot que l'on fredonne encore aujourd'hui, les vingt chansons que nous allons évoquer tout au long de cet été, au rythme probable de deux par semaines, ont marqué l'imaginaire collectif par leurs paroles, leur contexte ou leur histoire personnelle. En juillet et en août, je vais donc me glisser modestement dans le costume d'un historien du rock afin de vous raconter quelques petites histoires de la musique qui me tient à coeur. Bien sûr, il aura fallu poser un choix tant l'éventail des possibilités était étendu. Ce choix, il est forcément arbitraire, je l'ai posé en fonction de mes préférences musicales, certes, mais aussi de l'intérêt narratif de l'histoire de la chanson. J'espère que les titres que j'ai choisi de mettre en avant vous procureront autant de plaisir à lire que je n'en ai eu à écrire ces quelques textes emprunt d'une nostalgie à peine dissimulée face à la pauvreté de la musique du 21è siècle...

Ces chansons qui ont écrit l'histoire de la musique :

01 - Where the Streets have no name (U2) - 3 juillet
02 - Luka (Suzanne Vega) - 6 juillet
03 - Killing an Arab (The Cure) - 10 juillet
04 - The Sound of Silence (Simon & Garfunkel) - 13 juillet
05 - Mellow Yellow (Donovan) - 15 juillet
06 - Smells like Teen Spirit (Nirvana) - 19 juillet
07 - Life on Mars ? (David Bowie) - 22 juillet
08 - One step beyond (Madness) - 24 juillet
09 - Baba O'Riley (The Who) - 28 juillet
10 - Purple Rain (Prince) - 29 juillet
11 - Hotel California (The Eagles) - 1er août
12 - God save the Queen (Sex Pistols) - 3août
13 - Like a Rolling Stone (Bob Dylan) - 5 août
14 - The girl from Ipanema (Stan Getz, Joao Gilberto & Carlos Jobim) - 7 août
15 - Sympathy for the Devil (The Rolling Stones) - 9 août
16 - Mannish Boy (Muddy Waters) - 10 août
17 - Another Brick in the Wall - part 2 (Pink Floyd) - 12 août
18 - Hey Jude (The Beatles) - 13 août
19 - Smoke on the Water (Deep Purple) - 16 août
20 - Born in the USA (Bruce Springsteen) - 18 août
21 - Bohemian Rhapsody (Queen) - 19 août
22 - Highway to Hell (AD/DC) - 22 août
23 - Come on eileen (Dexy's Midnight Runners) - 26 août
24 - The dock of the Bay (Otis Redding) - 29 août
25 - The End (The Doors) - 1er septembre


serie-ete-global.jpg 
Lire aussi :
- Ces chansons qui ont écrit l'histoire de la musique (été 2010)
- Ces chansons qui ont écrit l'histoire de la musique III (été 2013)

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 10:51

Le pays à la feuille d’érable est une véritable mine d’or pour le cinéma américain.

holly.jpgQuel est le point commun entre Michael J. Fox, Walter Pidgeon, Mary Pickford, qui fut surnommé la Petite Fiancée de l’Amérique à la période de sa gloire, James Cameron, le Blues Brother Dan Aykroyd, William Shatner, Jim Carrey et Donald Sutherland ? Ils ont tous fait, ou font encore, les beaux jours d’Hollywood. Mais plus encore ils sont tous Canadiens comme une multitude de têtes connues du cinéma américain… Le Canada et les Etats-Unis entretiennent depuis plusieurs décennies des relations bilatérales étroites que ce soit au niveau économique, policier, social ou judiciaire. Même la circulation aérienne entre les deux pays répond à des arrangements particuliers et l’exploitation des voies maritimes des Grands Lacs et du Saint-Laurent, qui relie les Lacs à l’Atlantique, est conjointe. Saviez-vous que l’on estime à 1,2 milliard de dollars américain la valeur des biens et des services échangés, chaque jour, entre ces deux états ? La frontière terrestre entre les deux pays s’étire sur 8893 kilomètres et de nombreuses grandes villes la jonchent : Seattle, Buffalo, Rochester, Détroit, Baltimore voire Chicago ou Milwaukee qui se trouvent sur le lac Michigan du côté américain ; Thunder Bay, Toronto, Ottawa, Vancouver et même Montréal qui n’en n’est pas très éloignée du côté canadien…

Le cinéma hollywoodien a donc, lui aussi, bénéficié de cette libre-circulation des personnes et des biens entre les deux pays. Dès son âge d’or, Hollywood a accueilli des acteurs originaires du Canada. Parmi les premiers, Mary Pickford qui fut star du muet avant de fonder, avec Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks et David Griffith, la société de production United Artists qui a produit des immenses classiques comme Les Temps Modernes ou Milliardaire pour un jour mais aussi tous les James Bond, la série des Rocky et quelques cartons comme Carrie, War Games ou Rob Roy… Pickford fut suivie par de futures valeurs sûres du cinéma américain comme Walter Pidgeon, Barry Morse, Yvonne de Carlo (Pour qui sonne le glas, L’aigle du désert, Les dix commandements…), Lloyd Bochner, Michael Sarrazin (On achève bien les chevaux, Juge et hors-la-loi…), Johanna Shimkus, Elias Koteas exceptionnel dans Harrison’s Flowers, Dan Aykroyd, Catherine O’Hara (beetlejuice, Dick Tracy, Maman j’ai raté l’avion…), John Candy (JFK, La petite boutique des horreurs, Rasta Rocket…), Michael J. Fox et le toujours surprenant Jim Carrey mais aussi des acteurs immenses comme Christopher Plummer que l’on vit notamment dans la mélodie du Bonheur (1965, Robert Wise), La Nuit des Généraux (1967, Anatole Litvak) et L’homme qui voulut être roi (1975, John Huston) ou encore Donald Sutherland que l’on ne doit même plus faire l’affront de présenter…

Le Canada, pourvoyeur d’acteurs pour les séries US

Parmi la génération plus jeune on trouve aussi quelques acteurs reconnus comme Hayden Christensen, qui fut Anakin Skywalker dans les épisodes I, II et III et Star Wars, Oliver Platt (Le Droit de tuer, L’expérience interdite, Mafia Parano…), Luke Kirby (Mambo Italiano, Rebelles…), Lolita Davidovitch (JFK notamment), Bruce Greenwood (Truman Capote, Benjamin Gates, I, Robot…), Natasha Henstridge (La Mutante, Mon voisin le tueur, Riders…), Kiefer Sutherland, le fils de Donald qui fut un extraordinaire violeur assassin dans Le Droit de Tuer et Au delà des lois avant d’être le héros de la série à succès 24h00

Et les séries justement ont été un filon important pour l’explosion d’acteurs canadiens aux Etats Unis. Lorne Greene fut l’un des pionniers dans la série Bonanza (diffusée entre 1959 et 1973) où il interprétait le patriarche du ranch Ponderosa Ben Cartwright. Après avoir joué quelques second rôles dans des séries importantes comme La Quatrième Dimension, Des agents très spéciauxou Le Fugitif, le Montréalais William Shatner devint l’inoubliable capitaine James T. Kirk de la série mythique Star Trek (1966–1969 et 1973-1974) avant de reprendre ce même rôle au cinéma. Shatner évoluera encore dans plusieurs séries télévisées pour asseoir sa gloire hollywoodienne ; Mannix, Hooker et, actuellement, Boston justice, Comment ne pas évoquer aussi la blonde bimbo d’Alerte à Malibu, Pamela Anderson, qui vit aussi le jour au Canada et qui en conserve la nationalité à ce jour… Michael J. Fox, aujourd’hui naturalisé Américain, avait commencé dans des séries avant de cartonner au cinéma ; par la suite pour des questions de santé il s’éloigna du grand écran pour revenir dans une série géniale, Spin City (1996-2002) où il est le conseiller du Maire de New York durant les quatre premières saisons avant, dépasser par la maladie, de céder le relais à Charlie Sheen…

Passons en revue quelques acteurs canadiens qui jouent ou ont joué dans des séries populaires américaines :

- Michael Ironside - V (1983-1984) et Urgences (1994-2009)
- Marc Singer - V (1983-1984)
- Raymond Burr – Perry Mason (1957-1966 et 1985-1993) – L’homme de Fer (1967-1975);
- Gloria Reuben – Urgences (1994-2009)
- Jill Hennessy - New York District (1990-2010)
- Jeremy Ratchford – Cold Case (2003-en cours)
- Evangeline Lilly - Lost (2004-2010)
- Neve Campbell - La vie à cinq (1994-2000)
- Jason Priestley - Beverly Hills 90210 (1990-2000)
- Kim Cattrall - Sex & the City (1998-2004)
- Ellen Page – ReGenesis (2004–2008)
- Elisha Cuthberth - 24h00 (2001-2010)

Et quelques réalisateurs de renoms…

La Canada a donc fourni une foule d’acteurs et d’actrices aux productions télévisées et cinématographiques américaines. Il a aussi fourni plusieurs réalisateurs dont nous retiendrons surtout cet heptaèdre qui réalisa quelques-uns des grands succès du box office américain ces vingt dernières années… :

- Al Waxman : Ace Vantura, Hurricane Carter
- Ted Kotcheff : La grande cuisine, Rambo I, Red shoes diary
- Ivan Reitman : Ghostbusters I et II, 6 jours, 7 nuits, Président d’un jour
- George P. Cosmatos : Rambo II, Cobra, Tombstone
- Roger Spottiswoode : A l’aube du 6è jour, Air America, Demain ne meurt jamais
- David Cronenberg : Crah, La Mouche, Les promesses de l’ombre
- James Cameron : Terminator I et II, Alien, Titanic, Abyss

Pour être complet citons encore quelques noms peut-être moins connu mais qui se sont imposé dans l’univers du cinéma américain soit comme acteur soit comme réalisateur : Rae Dawn Chong, Corey Heim, Paulo Costanzo, Arthur Hiller, Saul Rubinek, Eugène Lévy, Martin Short, Rick Moranis, Nick Mancuzo…

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 09:18

Il y a 155 ans, les Fleurs du Mal…

baudelaire.jpgElle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.


Les Fleurs du Mal, œuvre majeure et majestueuse de Charles Baudelaire, a été publiée pour la première fois, en 1855, dans La Revue des Deux Mondes. Depuis 1840, Baudelaire écrit des poèmes qui composeront ce recueil exceptionnel, probablement le plus puissant de la littérature française. Il faudra, cependant, attendre juin 1857 pour que Les Fleurs du Mal soient éditées sous forme de recueil. Le livre fut alors tiré à 1300 exemplaires, dont l’un dédicacé par Baudelaire, fut vendu aux enchères à l’Hôtel Drouot de Paris pour la somme de 775.000€ en décembre 2009.

Des fleurs censurées

Œuvre majeure de la poésie, empreinte d’esthétisme, élégie de la beauté et du sublime, Les Fleurs du Mal sont un recueil de cent poèmes, ou pièces, qui influença de façon profonde toute une génération de poètes, à commencer par Stéphane Mallarmé et Arthur Rimbaud. Originellement, Les Fleurs du Mal devaient s’intitulé Les Lesbiennes mais ce titre fut jugé trop provoquant et fut prohibé. Les cent pièces qui composent l’œuvre sont autant d’odes à la femme. Malgré une critique des plus élogieuses publiée dans Le Moniteur Universel, le 7 juillet 1857, quelques semaines après sa parution, le recueil de Baudelaire va connaitre un début de vie chaotique. La Direction de la Sûreté Publique dépose une plainte pour outrage à la morale publique et une autre pour outrage à la morale religieuse à l’encontre de Charles Baudelaire. En effet, les autorités bonapartistes de ce Second Empire décidément très puritain jugent Les Fleurs du Mal comme un éloge à la pornographie, au sadisme et à l’homosexualité féminine. Baudelaire est soutenu par ses pairs, notamment par Victor Hugo qui qualifie Les Fleurs du Mal d’œuvre éblouissante comme des étoiles. Mais malgré cela un procès à lieu en août 1857. Baudelaire est condamné, pour outrage à la morale publique, à une amende de 300 francs (ndlr une belle somme pour l’époque) ainsi qu’à la suppression de six des poèmes qui composent le recueil.

En 1861, Les Fleurs du Mal sont rééditées amputées des six poèmes jugés pornographiques. On se rend donc compte de l’importance qu’ont pris les 1300 exemplaires de l’œuvre publiés en 1857 qui sont donc les seuls à présenter l’œuvre originale et entière de Baudelaire… Pas étonnant que des collectionneurs soient prêts à claquer 775.000€ pour en obtenir un des rares exemplaires restants… Contournant la censure, Baudelaire fera publié, en 1866, les six pièces interdites – Lesbos, Femmes Damnées, Le Léthé, A celle qui est trop gaie, Les Bijoux et Les Métamorphoses du Vampire – dans un autre recueil intitulé Les Epaves qui passent sans encombre la barrière morale des censeurs du Second Empire.

En mai 1949, 92 ans après la publication des Fleurs du Mal, la Société des Gens Lettres de France saisit la Cour de Cassation pour faire réhabiliter l’œuvre majeure de Charles Baudelaire. Elle le sera par décision de cette cour le 31 mai 1949.

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 08:05

Lorsque le smartphone prend le pas sur l'appareil photo.

iphonographie.jpgNous sommes entrés de plain-pied dans l'ère de la communication mobile, nous sommes connectés H24 et utilisons de plus en plus le smartphone par rapport aux autres technologies de la communication comme le PC portable, le téléphone ou la vieille tour de pc qui se vend de moins en moins. L'on développe une relation plus intime avec son smartphone que ce ne fut le cas avec le pc ou avec le téléphone portable classique; les ventes de ces derniers sont d'ailleurs en légère chute (-2%) alors que celles des téléphones dits intelligents explosent (+44%) sur le premier trimestre de 2012. Il s'est vendu, depuis le 1er janvier dernier et à travers le monde 419 millions de smartphones(1). Aujourd'hui, les besoins de d'appartenance, d'estime et de réalisation de soi (cf la Pyramide de Maslow) peuvent être assouvis par le biais d'un smartphone qui permet de communiquer, d'appartenir à une communauté. Ces appareils sophistiqués permettent, par le biais des nombreuses applications qui y sont liées, de se situer ou de se diriger, de s'informer, de payer, de photographier, d'échanger, de jouer, de lire, de partager... bref d'exister dans l'époque de médias et de communication qui est la nôtre. L'une des fonctions les plus utilisées des smartphones est la photographie. Où que l'on soit, l'on peut se prendre en photo et publier directement sur ses médias sociaux. Il faut dire qu'avec l'évolution technologiques, les appareils photographiques intégrés aux smartphones sont de plus en plus performants et disposent de définitions de plus en plus pointues (8 millions de pixels pour l'iPhone 4S  ou le Samsung Galaxy S3 et l'on évoque même 12 millions de pixels pour les prochains modèles), de quoi faire des photos de très bonne qualité.

Evidemment, il n'en fallait pas plus pour que naissent le néologisme iPhonographie, contraction de iPhone et de photographie,  qui désigne le fait de prendre des photos avec une smartphone, que ce soit un iPhone ou pas. Pour être un iPhonographe, il s'agit en outre de traiter directement les photos réalisées sur son smartphone, à l'aide des applications qui existent pour le traitement d'images. D'aucuns ajoutent même comme critère essentiel le fait de publier les résultats directement sur les médias sociaux créant ainsi une notion de réactivité immédiate nécessairement liée à la communication mobile et aux médias sociaux. L'iPhonographie fait de plus en plus d'émules à un point tel que l'on ne parle déjà plus d'un effet de mode mais bien d'une évolution de la photographie, dans le même ordre d'idées que l'évolution qui fit passer le 8è art de l'argentique au numérique. Les expositions iPhonographiques se multiplient et l'on voit apparaitre de véritables artistes de cette technique (ndlr l'exposition La Matière du Pixel signée Serge Barès, en février dernier à Bagneux, à mis en évidence le travail remarquable que l'on peut faire avec des smartphones). L'une des caractéristiques majeures de l'iPhonographie est que les images réalisées sont très souvent carrées ce qui donne un cadre différent par rapport aux photographies traditionnelles qui sont, la plupart du temps, tirées dans un format rectangulaire 3/2. Un cadre différent donc un regard différent et une perception différente... L'iPhonographie permet, cependant, le choix de plusieurs formats comme 4/3, le 3/2 ou le 16/9è selon les applications choisies pour travailler. Car pour être iPhonographe, il faut choisir ses outils, les applications de traitement d'images en l'occurrence. Parmi les plus efficaces pointons, sous Android, Drawtools et surtout Vignette tandis que sous IOS on signalera Procamera, Hipstamatic ou Magic Shutter. Instagram, disponible sous Android et sous IOS, est occupé à s'installer (plus de 30 millions d'utilisateurs) et à devenir une référence grâce à sa simplicité d'utilisation à mi-chemin entre Facebook et un logiciel classique de retouche de photos. Toutes ces applications permettent à l'iPhonographe de jouer sur les cadrages, sur le rendu et sur les effets afin de créer des réalisations qui, dans les mains d'un utilisateur doté d'un peu de créativité et de sens artistique, n'ont rien à envier à celles de la photographie "traditionnelle".

Petit à petit, et même s'il restera toujours des photographes fidèles à leur appareil reflex (c'est d'ailleurs fondamentalement nécessaire) comme il en reste qui privilégient aujourd'hui encore le reflex argentique au réflex numérique, l'iPhonographie est en train de prendre le pas sur la photographie. Certes, la photographie a encore de très beaux jours devant elle mais la facilité liée au smartphone que l'on a toujours sur soi (des études montrent que l'on est plus enclins à retourner chercher son smartphone à la maison si on l'a oublié plutôt que sa montre voire même ses clés) contrairement à un appareil photo et la réactivité que cela permet (la photo peut être diffusée et donc "exposée" dans les minutes qui suivent) dirigeront de plus en plus les comportements de consommation vers l'achat d'un smartphone avec un bon appareil photo intégré plutôt que vers un smartphone et un appareil photo qui, au demeurant, coûteront plus chers à l'achat. D'ailleurs, les ventes d'appareils photos reflex et compact commencent à partir à la baisse; en France il s'en est vendu quelque 5% en moins par rapport à 2010(2).

L'iPhonographie est-elle de la photographie ?

Bien entendu, l'iPhonographie a ses détracteurs, notamment parmi les photographes, qui la définissent comme de la "sous-photographie". C'est assez réducteur en ce sens qu'il est possible d'avoir un résultat de qualité égale ou supérieure à la photographie par le biais d'un smartphone. La photographie a fortement évolué depuis ses débuts, le matériel a changé, s'est adapté, et l'iPhonographie n'est jamais qu'une suite logique liée aux nouvelles technologies. En fait, l'iPhonographie n'est pas une révolution, c'est juste une évolution. Tant avec un appareil photo reflex qu'avec un compact ou avec un smartphone, le résultat final est une image arrêtée, une image fixe, dont la qualité dépend avant tout du photographe, de sa vision, du cadrage qu'il en fait et du rendu qu'il parvient à donner. Pour certains, l'image iPhonographique étant systématiquement retouchée, elle ne s'apparente plus à de la photographie, c'est tout aussi réducteur de penser cela car depuis la nuit des temps photographiques les images ont été retouchées d'une manière ou d'une autre. Je n'évoque pas seulement PhotoShop ou ses dérivés mais bien des retouches qui étaient déjà apportées sur les daguerréotypes au 19è siècle pour faire briller davantage les bijoux ou pour faire ressortir les paysages. De très grands photographes, Man Ray en tête (rappelons-nous du Violon d'Ingres, en 1924, cette magnifique photo avec un corps de femme vu de dos sur lequel ont été rajoutées par surimpression les ouïes d'un violon), ont eu recours à la retouche photographique.

L'iPhonographie est un courant photographique, ce n'est certainement pas une "sous-photographie". Un courant qui se prête davantage à la photographie urbaine, à l'instantané, la capture de moments du quotidien mais un courant à part entière. Par ailleurs, la prise de vue avec un smartphone développe certaines qualités utiles à tous photographes. Avec l'habitude d'avoir son smartphone toujours à proximité se met en place une espèce d'observation naturelle, une recherche de l'instant à saisir. Ensuite, l'iPhonographe se met à chercher une composition d'image, un angle de prise de vue voire un effet... il réfléchit à la construction de son image, il met en place une vraie démarche de photographe. Alors oui l'on peut dire sans hésiter que l'iPhonographie est de la photographie !

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(1) Explosion de la vente des smartphones, par AFP on rtl.be, 16 mai 2012
(2) Les ventes de compacts et de reflex sont en baisse, on generation-nt.com, 11 octobre 2011

Source : Communication

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:33

Gallimard publie deux oeuvres inédites de l'immense Jack Kerouac.

kerouac-hippo.jpgAuteur majeur de la littérature américaine du 20è siècle, Jack Kerouac est l'un des pilliers de la Beat Generation - c'est même lui qui donna ce nom au mouvement -, un courant littéraire, culturel et artistique dont les locomotives étaient William Burroughs, Allen Ginsberg, John Clellon Holmes ou Michael McClure. Dépositaire d'un style unique reposant sur un mode narratif rythmé, Kerouac a influencé quantité d'artistes américains de la chanson comme Bob Dylan, Tom Waits, Jim Morrison, Bruce Springsteen et même français comme Bernard Lavilliers et Francis Cabrel ou du cinéma à l'image de Marlon Brando, James Dean, Dennis Hopper ou Sean Penn. Avec des romans comme On the Road (1957), The Dharma Bums (1958), Lonesone Traveler (1960) ou The Big Sur (1962), Kerouac a donné naissance à une littérature axée sur le voyage, le périple, la quète et l'errance en tant que recherche de soi ou de ses racines. Ce type de littérature donnera lui-même naissance à un genre cinématographique très en vogue à la fin des années soixante et dans les années septante : le road-movie. L'oeuvre de Jack Kerouac reflète parfaitement l'Amérique de la fin des fifties, une époque rapide pleine de changements dans laquelle la jeunesse aspire à se libérer des conventions et à trouver un sens à son existence quitte à trouver ce sens dans les plaisirs artificiels que sont la drogue et l'alcool. Mort précocement, en 1969, à l'âge de 47 ans des suites de ses nombreux abus d'alcool, Kerouac a laissé une quantité impressionnante de manuscrits, de récits ou de poèmes non-publiés. Ainsi, plusieurs oeuvres ont été diffusées post-mortem comme le sublime Old Angel Midnight (2001) ou les très pauvre Wake up, a life of the Buddha (2008). Gallimard vient d'éditer deux inédits de Jack Kerouac qui semblent être de très grand crus :

- Beat Generation, une pièce de théâtre écrite en 1957 qui évoque un rassemblement de hobos et d'ouvriers qui, autour de bouteilles, partent en quète d'amitié; une oeuvre teintée de mysticisme et d'espoir. Le manuscrit de l'oeuvre avait éte perdu à la mort de Kerouac pour être retrouvé, en 2005, par on ne sait quel hasard dans un entrepôt du New Jersey;

- And the hippos were boiled in their tanks, un roman co-écrit, en 1944, avec William Burroughs que l'on annonce comme du très haut niveau. Cet ouvrage s'inspire d'un fait réel qui marqua la jeunesse de Kerouac, un crime perpétré par un ami qu'il avait décidé de couvrir. Burroughs était aussi impliqué dans cette histoire et les deux hommes furent arrêtés et emprisonnés pour une brève peine. C'est de cette expérience que Kerouac et Burroughs sont partis pour construire l'intrigue de Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines dans lequel le New York des années '40 sert de décor à une histoire policière sur fond de drogue, de violence et de relations homosexuelles.

Il reste, à ce jour, encore quelques inédits de Kerouac à découvrir, nul doute que les éditeurs ne manqueront de les sortir en temps opportuns. Parmi ceux-ci, les amateurs du King of the Beats attendront avec impatience La nuit est ma femme, écrit en 1951 en français québecois, et Sur le chemin, écrit en 1952 également en français québecois qui est en fait l'esquisse de On the Road (1957).

Avec sa vision de l'amour charnel comme porte du Paradis, son cri permanent contre l'inutilité des conflits armés, son amour des grands espaces, des transhumances et sa très grande tolérance vis à vis des drogues, Jack Kerouac est à voir comme un précurseur de la fabuleuse décennie 1965-1975 qui a ébranlé l'Amérique dans ses valeurs, ses certitudes et ses fondements. Mais avec son style littéraire exceptionnel, Kerouac doit surtout être considéré comme l'un des plus grands auteurs du 20è siècle qui, par sa plume, a influénce les grands mouvements d'opposition à la Guerre du Vietnam, le mouvement hippie mais aussi, en Europe, le printemps de révolte de Mai 68...

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 10:21

Le V&A Museum met le design anglais à l'honneur, une exposition à voir à Londres !

design.jpgDes traditions les plus strictes jusqu'à l'anarchie totale du mouvement punk, la culture anglaise est un subtil mélange de valeurs aromatisé d'une belle pincée de créativité, d'une dose d'ouverture d'esprit et contrebalancé par un éternel côté insulaire typiquement britannique. La culture anglaise a révolutionné le 20è siècle, elle l'a influencé comme aucune autre probablement. Que ce soit en termes de cinéma, de musique, d'arts ou de société, l'Angleterre est un phare culturel inaliénable... Parmi les références incontournables de cette culture, il y a le design qui occupe une place à part. Le Victoria & Albert Museum, musée des arts et de la science situé dans le quartier de South Kensington, rend hommage jusqu'au 12 août prochain au design anglais à travers une exposition temporaire en trois tableaux. Le design est partout, il est en perpétuelle évolution, il est à la base de l'innovation et balançe sans cesse entre tradition et subversion... c'est cela que cherche à montrer l'exposition "British Design 1948-2012 - Innovation in the Modern Age". L'idée majeure de l'expo est de mettre en avant le rôle majeur joué par les designers anglais, ou formé en Angleterre, dans la société internationale de l'après-guerre à nos jours. Le fait que les années 1948 à 2012 soient mise en avant est tout sauf un hasard car l'exposition prend place dans une série impressionnante de manifestations organisées autour des Jeux Olympiques qui se dérouleront à Londres du 27 juillet au 12 août prochains. En 1948, Londres accueillait les premiers Jeux Olympiques de l'après-guerre(1); 2012 est enconre année olympique à Londres, ces deux dates convenaient dès lors parfaitement pour cadrer l'exposition du V&A Museum.

"British Design 1948-2012 - Innovation in the Modern Age" repose sur trois tableaux distincts mais complémentaires afin de proposer une balade culturelle et sociale captivante. Le premier tableau, intitulé "Tradition & Modernity", s'attarde sur la tension qui agita la société anglaise au lendemain de la seconde guerre mondiale. L'Angleterre entame alors une profonde mutation sociétale, elle glisse lentement vers le modernisme et la transition ne se fait pas sans heurts. Une part importante de la société reste solidement ancrée dans la tradition, comme en témoigne la cérémonie du couronnement d'Elisabeth II (juin 1953) qui déclencha la passion dans tous le pays, mais suite aux bombardements allemands durant la guerre, le pays doit se reconstruire et plusieurs architectes(2) imaginent des villes rompant avec la tradition architecturale britannique, des constructions résolument avant-gardistes qui ne verront pas le jour avant les années '60. Dans différents secteurs comme l'ameublement, la mode, la photographie ou l'architecture, on sent poindre une nouvelle génération qui fourmille de projets mais la tradition l'emporte sur le modernisme, encore qualifié de subversion, jusque vers 1960. Les années soixante constituent un virage important, la subversion prend le pas. L'on considère souvent que ce virage à 180 degrés est amorcé par la sortie de la Mini Morris Minor, en 1959. Cette petite voiture rouge ne passe pas inaperçue dans les rues de Londres tant par sa forme unique (très courte, avec des petites roues) que par ses qualités techniques innovantes (moteur transversal compact). Elle va à l'encontre des automobiles anglaises de l'époque et révolutionne le comportement des jeunes qui s'affranchissent des valeurs de leurs parents. Le rock 'n roll arrive des Etats-Unis. Cliff Richards, The Shadows imposent ce nouveau courant musical en Angleterre, ils annoncent l'explosion des Rolling Stones, des Yardbirds, des Animals et, of course, des Beatles. Le second tableau, "Subversion", fait la part belle à cette contre-culture qui s'installe dans les sixties, un courant qui sera nommé Swinging London par le Time et par lequel la mutation s'installe durablement dans la société britannique. Londres devient le centre du monde - un peu comme il l'était sous l'époque Victorienne à la différence qu'il l'était alors économiquement et politiquement et qu'il l'est désormais culturellement -, les moeurs changent, Mary Quant impose la mini-jupe, Carnaby Street est un haut-lieu de la culture underground, la musique pop s'impose, Londres est la capitale mondiale de la mode. John Schlessinger, Lewis Gilbert et Tony Richardson emmènent la Nouvelle Vague du cinéma britannique qui plonge dans un univers ultraréaliste et ouvre les portes d'un cinéma social à venir. Alan Bates, Albert Finney, Michael Caine, Tom Courtenay et Julie Andrews deviennent les stars de ce nouveau cinéma, ils accèdent rapidement au statut de vedettes internationales. Les réalisateurs anglais surfent aussi sur la libéralisation des moeurs pour introduire le sexe dans leur cinéma. Pendant que la société négocie le virage des sixties, les partisans de la Vieille Angleterre tentent de subsiter en conservant leurs valeurs ancestrales. La société anglaise est toujours aussi divisée que dans l'immédiate après-guerre mais, cette fois, c'est le modernisme qui a le dessus. Une série à succès, "The Avengers" (ndlr "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" chez nous) illustre parfaitement la génération du Swinging London, John Steed représentant la haute bourgeoisie traditionnelle déliquescente opposée au  modernisme populaire symbolisé par Emma Peel. Les masses populaires profitent effectivement des Trentes Glorieuses pour découvrir la consommation et s'embourgeoiser, leur pouvoir d'achat grandissant réduit le fossé qui séparait encore les classes supérieures (aristocratie, noblesse et haute-bourgeoisie) et les classes populaires. Les Mods, des jeunes issus des classes prolétaires, imposent leur style de vie axé sur la fête, la joie de vivre et l'apparence. Ce sont les hédonistes du 20è siècle ! Les Mods (abréviation de Modernists) s'opposent aux Rockers et, surtout, aux Teddy Boys dont les valeurs sont totalement opposées (certains groupes de Teddy Boys ont été infiltrés par des néonazis) pour imposer leur culture. Cela tourne souvent à  l'affrontement physique... La décennie suivante, celle des années septante, sera encore synonyme de subversion mais celle-ci est davantage liée à la crise économique et à l'effondrement du système monétaire. L'Angleterre est fortement touchée par cette crise et le problème politique nord-irlandais plombe encore davantage le ciel britannique surtout après le fameux Bloody Sunday (janvier 1972). Inflation galopante, crise économique et politique... le pays est en proie au doute, le temps de l'insouciance et de la joie de vivre de Mods est bien passé. C'est le mouvement punk qui s'invite en Angleterre vers le milieu des années 70 et qui impose une nouvelle contre-culture ou plutôt sa culture. Sex Pistols, The Clash et Stiff Little Fingers effacent la pop gentillette des bacs de disquaires; Vivienne Westwood impose un style punk à la mode tandis que Malcolm McLaren catalyse l'anarchie des groupes punk pour en faire un courant porteur (et commercial) puissant. Jamie Reid impose un graphisme punk qui souligne l'idéologie de ce mouvement bâtie sur des valeurs individualistes, anarchistes, anti-autoritaristes, libertaires et nihilistes. L'icône incontournable de ce graphisme punk reste, sans conteste, la pochette de l'album God Save the Queen de Sex Pistols avec l'Union Jack dans lequel apparait la Reine bâillonnée par le nom du groupe.

Enfin, l'ultime tableau de l'exposition, "Innovation & Creativity", s'articule davantage sur la technologie, vers les technologies successive, et la manière dont les créateurs anglais ont su s'y adapter pour faire évoluer leurs créations. L'exposition est bien fournie, une grande partie des objets et photographies est d'ailleurs puisée dans les collection du V&A. Elle montre l'importance des designers anglais dans l'industrie, la culture et l'économie depuis la seconde guerre mondiale. L'exposition témoigne à souhait de cette dualité qui imprègne l'Angleterre toujours partagée entre ses traditions (la cérémonie de la relève de la garde est aussi séculaire que quotidienne tout comme le tea-time) et ses aspirations d'ouverture vers la nouveauté, la créativité et l'avant-gardisme...


British Design 1948-2012 - Innovation in the Modern Age en pratique
du 31 mars au 12 août 2012

au Victoria & Albert Museum
(Cromwell Road, London SW7 - metro South Kensington)
Tarifs : 12£ (full ticket) - 10£ (senior) - 8£ (étudiant)
Site internet : British Design 1948-2012

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(1) en fait, Londres aurait du accueillir les JO de 1944  qui ont, évidemment, été annulés à cause du conflit mondial. Le CIO attribuera donc, au lendemain de la guerre l'organisation des Jeux de 1948 à Londres sans avoir recours à la procédure de sélection usuelle.
(2) dont la plupart se sont réunis dans un collectif utopiste baptisé Archigram

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 11:10

Pepe carvalho est un détective privé de roman. Il navigue dans une société moderne dont il n'apprécie guère les dérives. La majorité de ses enquêtes se déroulent dans une Barcelone post-Movida. C'est un personnage entier, à découvrir au plus vite !

carvalhoIl est curieux de constater comme certains personnages récurrents de romans finissent par avoir plus de consistance dans notre vie que nos voisins de pallier… Ainsi, le célèbre romancier britannique Oscar Wilde avouait-il que la mort de Lucien de Rubempré - un des personnages de Balzac - comptait parmi les événements les plus tragiques de sa vie. Je dois confesser également que certains héros romanesques font partie intégrante de ma vie et que j'aurais beaucoup moins de plaisir à vivre sans eux. Je citerais, notamment, Hercule Poirot, incontestablement mon préféré, mais aussi Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe, Sherlock Holmes ou Philip Marlowe. Mais, celui dont j'ai envie aujourd’hui de vous faire partager l'univers s'appelle Pepe Carvalho.

Pepe carvalho est un détective privé de roman. Il navigue dans une société moderne dont il n'apprécie guère les dérives. La majorité de ses enquêtes se déroulent dans une Barcelone post-Movida. C'est un personnage entier, à découvrir au plus vite !

Si l’on excepte toujours Hercule Poirot qui, selon moi, surclasse tous les autres, d
e tous les détectives privés de la littérature (et il y en a quelques-uns), Carvalho à, sans conteste, ma préférence. Il est né, à la fin des années soixante, de l'imagination de l'écrivain barcelonais Manuel Vasquez Montalban alors dans les geôles franquistes. Pepe Carvalho est donc un détective privé - un "huelegraguetas", un renifleur de braguettes comme on les appelle en Espagne - qui vit à Barcelone. Il a un passé anarcho-communiste et il a appartenu à la CIA. Carvalho à connu (à l'image de son auteur) la prison sous le règne dictatorial du Caudillo. De cette période, il a conservé une aversion profonde pour l'uniforme et, plus particulièrement, pour les militaires.


Au travers des aventures de Pepe Carvalho, Manuel Vasquez Montalban livre une vision de l'Espagne et, surtout, de la Catalogne post-franquiste. "Carvalho n'a pas seulement reflété la mutation de l'Espagne" précisait d'ailleurs l'auteur, "Il symbolise la fin des années 60 où l'on a vu naître de grands espoirs mais aussi la révolution sous toutes ses formes jusqu'au désenchantement de fin de siècle où ceux qui usent de mécanismes à caractère répressif (entendez tous ceux qui ont une once de pouvoir) ont réussi à nous inculquer cette peur de la liberté qui nous caractérise aujourd’hui".

Au fil des intrigues, Montalban s'est attaché à reconstituer la mémoire de Barcelone. Pour qui connait cette ville, lire Montalban c'est redécouvrir des endroits comme Le Mercat de la Boqueria, les Ramblas ou encore la Carrer Montcada. Carvalho agit un peu sur les souvenirs comme le faisait la madeleine de Proust. Dans la vie, Pepe Carvalho a trois grandes passions : il dévore tous les livres qui lui tombent sous la main et les brule ensuite afin de ne pas se laisser intoxiquer par les idées qu'ils contiennent; il savoure avec délectation les grands alcools; et enfin, il est amateur de bonne chair et, par extension, excellent cuisinier. Il faut dire que Montalban rend à merveille la passion culinaire de son héros, à tel point que lorsque Pepe Carvalho évoque ce prodige de simplicité qui illumine la cuisine catalane - j'ai nommé le pain frotté à la tomate et à l'huile d'olives, - je n'ai qu'une envie, celle de foncer chez l'épicier le plus proche pour acheter des tomates et sortir ma bouteille d'huile d'olives…

A travers ses enquêtes, Pepe Carvalho est, en fait, le témoin d'une époque, d'une fin de siècle à la limite de la décadence (mais de quel côté de la limite se trouve-t-on ?), avec ses dérives et ses embryons d'espoir. Entouré de Biscuter, son fidèle associé (avez-vous remarqué comme les détectives privés ont souvent un fidèle associé ?) et de Charo, la Dame de Cœur, ancienne prostituée et aujourd'hui mère maquerelle, Carvalho progresse dans un monde qui n'est plus le sien, qu'il subit en essayant de survivre grâce aux plaisirs éphémères que sont la bouffe, le sexe et l'alcool. Il est sans doute un épicurien !

 

A noter que Pepe Carvalho a connu deux adaptations télévisées, au milieu des années ’80, avec Eusebio Poncela, et entre 1999 et 2004, dix épisodes adaptés, avec Juanjo Puigcorbé. Ces deux adaptations étaient totalement réussies !

A découvrir sans tarder : Pepe Carvalho, 23 enquêtes policières publiées entre 1972 et 2004 - Collection 10/18 catégories "Les Grands Détectives" aux Editions Christian Bourgeois.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 09:55

Rendons à Dio ce qui est à Dio…

 

dio.jpgSur MCM Pop/Rock – je zappe souvent sur cette chaîne du cable car elle présente de très grands standards de la musique que l’on n’entend et ne voit plus guère ailleurs – je viens de revoir le superbe clip animé de la chanson Love is all. A l’époque, dans la première moitié des années ’70, on ne parlait pas encore de clip vidéo aussi lorsque le petit film animé qui accompagnait la chanson est sorti, il a grandement facilité le succès de ce titre. On peut y voir un monde féerique et coloré, avec des animaux qui chantent, une grenouille un peu baba-cool en tête… Chaque fois que l’on passe cette chanson à la radio où à la télé, on l’attribue erronément à Roger Glover… Il est temps de rectifier l’erreur ! Love is all se trouve bel et bien sur un album imaginé, en 1974, par Glover, le bassiste de Deep Purple, intitulé Butterfly ball en hommage à un poème de William Roscoe . Pour ce projet en dehors de Deep Purple, Roger Glover avait décidé de s’entourer de diverses personnalités du rock de l’époque comme Eddie Harlin, l’ancien claviériste du Spencer Davis Group, Ian Gillan, qui fut le batteur de Deep Purple entre 1969 et 1973, et Ronnie James Dio le leader du groupe Elf et futur chanteur de Rainbow (1975-1979) et de Black Sabbath (1979-1983).

Artistiquement, l’album est une réussite ! Il se vend aussi très bien grâce, en grande partie, à l’animation de son titre phare, Love is All. Si la paternité de l’album est bien à attribuer à Roger Glover, il convient aussi d’insister sur le fait que Love is All est interprétée par Ronnie James Dio et non pas par Glover. L’erreur récurrente provient probablement du fait que l’album est porté au crédit de Glover et que les autres artistes qui l’ont aidé à le mettre en boite étaient considérés comme des guest-stars. En outre, Glover intégrera la chanson dans le répertoire live de Deep Purple (ndlr il existe une version symphonique de Love is All enregistrée par Deep Purple au Royal Albert Hall de Londres en 1999 qui est remarquable !) qui la reprendra fréquemment sur scène.

Mais la version originale enregistrée sur l’album Butterfly Ball est bel et bien chantée par Ronnie James Dio… C’est en très grande partie grâce à lui, donc, que ce projet de Glover rencontra le succès qui fut le sien.


 
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 15:05

Une remarquable exposition au Oud Sint-Jan de Bruges; plus de cent oeuvres originales de Picasso, Matisse, Braque, Rodin et Miro... A voir jusqu'en avril !

picaro.jpgSi vous passez par Bruges dans les prochaines semaines, ne manquez pas de faire un détour par Oud Sint-Jan, l'ancien hôpital du Moyen-âge reconvertit en salles de congrès et lieu d'exposition. Ce cadre accueille jusqu'en avril une superbe exposition de gravures, de lithographies, d'illustrations et de sculpture de cinq grands noms des arts du 20è siècle. Pablo Picasso, Henri Matisse, Georges Braque et Joan Miro, quatre artistes avec une histoire entrelacée qui les rend incontournables lorsque l'on évoque la peinture du 20è siècle. A ces quatre grands peintres, l'exposition ajoute la présence du sculpteur Auguste Rodin, dont on évoque souvent Le Penseur mais dont l'oeuvre ne doit pas être réduite à cette seule réalisation. Rodin a révolutionné la sculpture en lui apportant une liberté de formes qui a amplifié les mouvements et le dynamisme des pièces sculptées.

Plus que des mots, ces quelques images montées donnent une idée de l'ambiance de l'exposition qui fait la part belle au cubisme, au surréalisme, la tradition espagnole et l'art du portrait :

 



L'exposition Van Picasso tot Miro présente la particularité d'offrir un parcours enfants admis avec des outils développés spécifiquemment aux plus petits. Le parcours est didactique et un livret adapté est mis à disposition des parents ou des professeurs qui souhaitent visiter l'expo avec des enfants. Une riche idée pour attirer le public le plus jeune vers l'art et la culture...

A noter enfin que l'exposition est complétée par une seconde expo temporaire qui présente des oeuvres d'Ensor, Delvaux, Chagall, Magritte et Andy Warhol...

A voir impérativement !

Van Picasso tot Miro
Oud Sint-Jan
Mariastraat 38
8000 Bruges

Site internet : Van Picasso tot Miro

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