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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 13:10

Série de l'été - 1972, une histoire vécue devenue chanson culte

 

serieete19---Deep-Purple.jpgS’il est un riff de basse entré dans l’histoire du rock, c’est incontestablement celui de Smoke on the Water. Cette ligne musicale signée Roger Glover gravée dans la mémoire collective et même le plus maladroit des guitaristes amateurs a du s’y essayer un jour ou l’autre… Fondé en 1968, en Angleterre, Deep Purple est la continuité du groupe Roundabout, créé en 1967, par Ritchie Blackmore. Roundabout végète et il faut attendre l’arrivée du batteur Ian Paice pour le voir prendre de l’étoffe sous l’appellation Deep Purple, un nom qui fut imaginé sur base du titre d’une chanson de… Bing Crosby, le crooner américain, qui plaisait beaucoup à la grand-mère de Blackmore. Ce n’est qu’en 1969 que Ian Gillan (chant) et Roger Glover (basse) rejoignent Paice (batterie), Blackmore (guitare) et Lord (clavier) pour lancer réellement Deep Purple.

Considére comme les pères fondateurs du hard-rock, avec Black Sabbath (version Ozzy Osbourne) et Led Zeppelin (des mythiques Robert Plant et Jimmy Page), Deep Purple domine la scène rock européenne des années ’70. Grâce à l’album Fireball (1971), le groupe s’ouvre la voie des Etats-Unis. L’année suivante, Deep Purple sort l’un de ses meilleurs albums, Machine Head. A la fin de l’année 1971, le groupe anglais s’exile à Montreux, sur les rives suisses du Lac Léman. L’idée qu’ils ont est d’enregistrer Machine Head dans le casino de Montreux où ont lieu de fréquents concerts mais aussi le fameux Festival de Jazz de Montreux, car l’acoustique de la salle est parfaite. Mais, le 4 décembre 1971, alors que Frank Zappa se produit dans le casino, un incendie se déclare et ravage complètement les lieux.

La quasi-totalité de l’album est gravée mais il reste plus ou moins sept minutes à remplir sur la face B du disque. Et finalement peu de temps pour terminer la plaque. En effet, pour enregistrer cet album, Deep Purple a bénéficié du studio mobile des Rolling Stones qui doivent le récupérer le 5 ou le 6 décembre… Martin Birch, qui produit les albums de Deep Purple, tout comme ceux de Blue Oyster Cult, de Black Sabbath ou, plus tard, d’Iron Maiden, est catastrophé. Alors Ian Gillan propose de revisiter les déchets de l’album, des essais et des prises de sons qui avaient été faits les premiers jours à Montreux. Ils y trouvent un riff de basse tout simple, interprété par Roger Glover. Il s’agira simplement de l’envelopper d’un mélodie d’accompagnement et de trouver quelques paroles pour mettre par-dessus. Glover propose tout aussi simplement de parler de ce qu’ils viennent de vivre et qui les a touché personnellement, l’incendie du casino de Montreux… C’est ainsi qu’est née Smoke on the WaterDe la fumée sur l’eau, celle dégagée par les flammes qui consument le casino sur le lac Léman.

Trente cinq ans après avoir créé Smoke on the water, Deep Purple est invité à la clôture du 40è Festival de Jazz de Montreux. On notera aussi une autre anecdote «amusante», Frank Zappa, qui était sur la scène du casino le soir de l’incendie, est mort le 4 décembre 1993, soit exactement 22 ans, jour pour jour, après ce sinistre…


Smoke on the Water 

We all came out to Montreux
On the Lake Geneva shoreline
To make records with a mobile
We didn't have much time
Frank Zappa and the Mothers
Were at the best place around
But some stupid with a flare gun
Burned the place to the ground
Smoke on the water, fire in the sky

They burned down the gambling house
It died with an awful sound
Funky Claude was running in and out
Pulling kids out the ground
When it all was over
We had to find another place
But Swiss time was running out
It seemed that we would lose the race
Smoke on the water, fire in the sky

We ended up at the Grand Hotel
It was empty cold and bare
But with the Rolling truck Stones thing just outside
Making our music there
With a few red lights and a few old beds
We make a place to sweat
No matter what we get out of this
I know we'll never forget
Smoke on the water, fire in the sky

Traduction :

Nous sommes venus à Montreux
Sur les rives du Lac de Genève
Pour faire un disque avec un studio mobile
Nous n’avions que peu de temps
Frank Zappa & the Mothers
Etaient sur la scène
Lorsqu’un abruti avec un pistolet d’alarme
A foutu le feu au plancher
Fumée sur l’eau, feu dans le ciel

Tout le casino à brûlé
Tout est mort dans un boucan affreux
Funky Claude entrait et sortait
Tirant les enfants vers le sol
Quand tout a été fini
Nous avons du trouver un autre endroit
Mais notre temps en Suisse était écoulé
Il semblait que nous ayons perdu la course
Fumée sur l’eau, feu dans le ciel

Nous avons terminé au Grand Hotel
Il y faisait froid et vide
Mais avec le studio mobile des Rolling Stones
Nous avons faire notre musique
Entre quelques lumières rouges et des vieux lits
Nous avons fait place à la sueur
Peut importe ce qui en sortira
Nous n’oublierons jamais…
Fumée sur l’eau, feu dans le ciel

Peu importe ce qui en sortira dit la chanson… Il en est finalement sorti le plus gros tube de Deep Purple, une histoire vécue qui est devenu une chanson culte !

 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 09:54

Le film qui apparait dans... une vingtaine de films !

seeU.jpgConnaissez-vous le film See You Next Wednesday ? Peut-être ! L'avez-vous vu ? Absolument pas puisque ce film n'existe que dans l'imagination fertile du réalisateur du Loup-Garou de Londres, The Blues Brothers ou Un Prince à New York, John Landis. See You Next Wednesday (que l'on peut traduire par A mercredi prochain) est donc un film fictif auquel Landis fait allusion dans la plupart de ses "vrais" films, en clin d'oeil furtif, généralement sous forme d'affiche devant laquelle un personnage passe ou au fronton d'un cinéma voire en poster dans un appartement ou un bureau. Adolescent, alors qu'il travaille comme coursier pour la 20th Century Fox, John Landis rêve de devenir réalisateur. Il écrit don quelques scénarios donc un qu'il intitule See You Next Wednesday, un titre inspiré d'une réplique du film 2001, l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick dont il est fan. Mais, soudainement, sa carrière s'emballe, en 1969 alors qu'il n'a que 19 ans, Landis devient assistant-réalisateur sur le film Kelly's Heroes, de Brian Hutton avec Clint Eastwood, Donald Sutherland et Telly Savalas. La qualité de son travail le fait engager sur plusieurs productions comme Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone, 1969), El Condor (John Guillermin, 1970) ou encore Les Aventuriers de l'Ouest Sauvage (Robert Parrish, 1971). Rapidement, John Landis se lance dans la réalisation de son premier film, Schlock (sorti en 1973 mais réalisé en 1971), une parodie de film d'horreur dans lequel un homme-singe terrorise une petite ville californienne. Dans ce film, un présentateur de télévision annonce le programme du soir et mentionne le film See You Next Wednesday qui sera diffusé en fin de soirée; plus loin dans l'histoire une affiche de ce même film est visible dans un cinéma où entre l'homme-singe. Cette idée de clin d'oeil au scénario qu'il écrivit adolescent amuse beaucoup Landis qui en fera une sorte de gimmick que l'on retrouvera dans ses films.

Ainsi, après Schlock, See You Next Wednesday apparait-il dans :
- Hamburger Film Sandwich (1977), dans le sketch Touchorama il s'agit du film projeté en touchorama, un procédé imaginé par Landis pour parodier l'odorama, qui permettait aux spectateurs d'un film de sentir certaines odeurs associées à des scènes d'un film. On voit aussi le titre du film sur le fronton du cinéma Rialto (illustration) ;
- The Blues Brothers (1980), Aykroyd et Belushi passent devant un panneau sur lequel on peut voir l'affiche de See You Next Wednesday;
- Le Loup-Garou de Londres (1981) où une version osée du film fictif de Landis est diffusé dans un cinéma pornographique de la capitale anglaise;
- Un Fauteuil pour deux (1983) où on le sous forme de poster accroché dans l'appartement d'Ophélia, interprétée par Jamie Lee Curtis:
- La Quatrième Dimension (1983), le film qui coûta la vie à Vic Morrow et à deux enfants tués par un effet pyrotechnique et qui faillit coûter sa carrière à Landis. See You Next Wednesday apparait de façon un peu différente sous la forme d'une phrase prononcée par un officier allemand dans la premier chapitre La Grandeur du Pardon;
- Drôles d'Espions (1985) dans lequel une affiche de recrutement de l'armée donne rendez-vous aux éventuelles recrues à mercredi prochain;
- Série Noire pour une Nuit Blanche (1985) sous forme d'affiches dans le bureau d'un personnage secondaire;
- Un Prince à New York (1988) encore sous forme d'affiche dans le métro de New York.

- Innocent Blood (1992), où See You Next Wednesday apparait sur la façade d'un cinéma;
- Les Stupides (1996) où l'on voit l'affiche promotionnelle du film sur un autobus.

John Landis a également réalisé plusieurs épisodes de séries à succès dans lesquels il fait référence à See You Next Wednesday. Sans être exhaustif, on peut citer le tout premier épisode de l'excellente Dream On (1990) ou Les Maîtres de l'Horreur (2006). Enfin, toujours sous la patte de Landis, See You Next Wednesday est encore référencé dans le clip de la chanson Thriller de Michael Jackson, c'est le film projeté dans le cinéma où se trouve Michael Jackson et sa petite amie avant qu'il ne se transforme en zombie. Mais ce qui devient vraiment amusant c'est que le gimmick de John Landis rebondit chez d'autres réalisateurs. On aurait pu penser que ce petit jeu n'amusait que son créateur mais, au contraire, d'autres ce sont laissés aller au gimmick. Ainsi se surprend-t-on à voir des références à  See You Next Wednesday dans :
- Amazon WOmen on the Moon (Michael Barrie et Jim Mulholland, 1987), sur la jaquette d'une cassette vidéo;
- Rendez-vous avec une star (Robert Luketic, 2004), dans un publicité télévisée;
- HellBoy II (Guillermo del Toro, 2008), sur une façade de cinéma avec plusieurs lettres du titre manquantes...

Pour conclure cette litanie de clins d'oeil au film fictif de John Landis, sachez encore que See You Next Wednesday est mentionné dans les jeux vidéos Deus Ex et Net Hack...

Ce qui n'était qu'un scénario d'ado jamais concrétisé est devenu le clin d'oeil le plus utilisé du cinéma américain avant de déborder sur le petit écran et dans sur les consoles de jeux. Si John Landis avait décidé, lorsqu'il est devenu réalisateur, d'adapter ce scénario qu'il écrivit dans sa chambre d'ado, il est loin d'être certain qu'il aurait eu autant de succès...

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 09:19

Série de l'été - 1968, la chanson de McCartney pour Julian, le fils de John Lennon, qui vit mal le divorce de ses parents...

 

serieete18---the-Beatles.jpgOn ne présente plus les Beatles, les quatre gars de Liverpool font partie de la légende musicale du 20è siècle, ils ont marqué leur époque et 38 ans après leur séparation, ils restent l’un des plus gros vendeurs de disques du monde. Lennon, McCartney, Harrison et Starr sont des mythes ! De Please Please me, en 1963, à Let it Be, sorti en mai 1970, les Beatles ont enregistré treize albums exceptionnels parmi lesquels il convient de pointer The Beatles, plus connu sous l’appellation de White Album (L’Album Blanc), paru à la fin du mois de novembre 1968. Cet Album Blanc est une sorte de rupture dans la discographie des Fab Fours. The Beatles marque, effectivement, la fin d’une période plutôt psychédélique qui avait atteint son apogée avec l’opus précédent, paru en novembre 1697, Magical Mystery Tour. The Beatles est une plaque résolument plus rock ! La transition est perceptible par des sonorités simples reposant sur des arrangements basiques à la guitare sèche et/ou électrique selon les morceaux mais aussi par des textes nettement moins philosophique quoique parfois plus engagés. Revolution, écrite par John Lennon, est ainsi la première chanson ouvertement politique des Beatles, elle préfigure de l’engagement du chanteur dans sa carrière post-Beatles.

Après un séjour dans l’ashram de Maharishi Yogi, à Rishikesch, au nord de l’Inde lors de l’hiver 67/68, les Beatles sont de retour en Angleterre avec dans leurs bagages une quarantaine de chansons écrites aux Indes. Parmi elles quelques perles comme Back in the USSR, I Will, Mother Nature’son, inspirée par l’enseignement du Yogi et que McCartney interprète seul accompagné d’une guitare sèche et d’une grosse caisse, le sublime While my guitar gently weeps, signé George Harrison, ou encore le fabuleux Helter Skelter, avec ses modulations qui préfacent le hard-rock… Lennon, McCartney, Harrison et Starr entrent en studio, à Abbey Road bien sûr, à la fin du mois de mai 1968. Ils y resteront plusieurs mois pour qu’à l’automne soit enfin prêt un album exceptionnel ; The Beatles ! Trente chansons gravées sur un double LP, quatre faces d’un bonheur musical qui réunit rock pur, ska, ragtime, jazz, ballades acoustiques… avec en prime la sublime participation d’Eric Clapton à la guitare sur While my guitar gently weeps.

Mais cet Album Blanc marque aussi la première phase de la désunion entre Paul McCartney et John Lennon. Ils envisagent les choses différemment ; McCartney reste ce génial musicien prêt à tout essayé tandis que Lennon, qui vient de rencontrer Yoko Ono, se montre plus agressif dans ses textes, plus engagés mais aussi plus vulnérable et plus observateur du monde qui l’entoure. D’ailleurs les cessions d’enregistrement ne se passent pas toujours dans la bonne humeur. Lennon subit l’influence de Yoko Ono qui sera, quelques mois plus tard, à la base de la séparation des Beatles. L’ambiance est si tendue que Ringo Starr disparait plusieurs jours car il ne supporte plus les tensions entre ses deux amis… McCartney est aussi marqué par la séparation de John Lennon d’avec son épouse Cynthia. Il l’est d’autant plus que Julian vit très mal cette situation qu’il considère comme le vol, par une autre femme que sa mère, de son père. Un jour qu’il rend visite à Cynthia, dans sa voiture sur le chemin, Paul McCartney imagine une chanson destinée à réconforter Julian Lennon, une chanson simple reposant sur quatre couplets et une mélodie basique. Cette chanson rapidement imaginée, McCartney l’intitule Hey Jul’ en référence au diminutif de Julian… Cela doit en rester là ! Mais les cessions d’enregistrement de l’Album Blanc se prolongent et il s’agit de faire patienter le public. Revolution est prête et peut sortir en 45 tours mais il faut un autre titre pour la seconde face… Comme Revolution est écrite par Lennon, pour éviter d’attiser les tensions entre les deux hommes, George Martin, le producteur des Beatles demande à McCartney s’il n’a rien sous la main. Peut-être un peu par provocation à l’encontre de Lennon, McCartney propose Hey Jude, la chanson écrite pour Julian, qu’il a un peu retravaillée en y ajoutant notamment une fabuleuse finale longue de trois minutes faite de na na na na et dont il a changé la référence au prénom… Hey Jude séduit George Martin qui décide d’en faire la face A du 45 tour, Revolution sera la face B… Et, toujours pour éviter les tensions, Martin décide de mettre les noms de Lennon et de McCartney sur les deux titres. Hey Jude est vite enregistrée et sort donc en août pour faire patienter le public, elle ne figurera pas sur l’Album Blanc ni sur aucun autre album officiel du groupe par la suite… Elle deviendra l’un des plus gros succès des Beatles et est aujourd’hui classée à la huitième place du classement des plus belles chansons de tous les temps…


Hey Jude

Hey Jude, don't make it bad.
Take a sad song and make it better.
Remember to let her into your heart,
Then you can start to make it better.

Hey Jude, don't be afraid.
You were made to go out and get her.
The minute you let her under your skin,
Then you begin to make it better.

And anytime you feel the pain, hey Jude, refrain,
Don't carry the world upon your shoulders.
For well you know that it's a fool who plays it cool
By making his world a little colder.

Hey Jude, don't let me down.
You have found her, now go and get her.
Remember to let her into your heart,
Then you can start to make it better.

So let it out and let it in, hey Jude, begin,
You're waiting for someone to perform with.
And don't you know that it's just you, hey Jude, you'll do,
The movement you need is on your shoulder.

Hey Jude, don't make it bad.
Take a sad song and make it better.
Remember to let her under your skin,
Then you'll begin to make it
Better better better better better better, oh.

Na na na, na na na na, na na na na, hey Jude...

Traduction :

Hey Jude, ne gâche pas tout
Prends une chanson triste et rends-la meilleure
Souviens-toi qu’il faut la laisser entrer dans ton cœur
Alors ça commencera à aller mieux

Hey Jude, n’aie pas peur
Tu es né pour avancer et la rencontrer
A la minute où tu l’auras dans la peau
Alors tu commenceras à aller mieux

Et à chaque fois que tu auras mal, hey Jude, laisse tomber
Ne porte pas le monde sur tes épaules
Car tu sais que c’est la folie qui rend les choses plus faciles
En rendant ce monde un peu plus froid

Hey Jude, ne me laisse pas tomber
Tu l’as trouvée, maintenant prends-là
Souviens-toi qu’il faut la laisser entrer dans ton cœur
Alors ça commencera à aller mieux

Ca va et ça vient, hey Jude, vas-y
Tu attends quelqu’un pour jouer cette chanson avec toi
Mais tu ne sais pas que c’est juste toi, Hey Jude, qui doit le faire
L’entrain dont tu as besoin est sur tes épaules

Hey Jude, ne gâche pas tout
Prends une chanson triste et rends-la meilleure
Souviens-toi qu’il faut la laisser entrer dans ton cœur
Alors ça commencera à aller
Mieux, mieux, mieux, mieux, mieux, mieux

Na na na, na na na na, na na na na, hey Jude...
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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 06:17

Série de l'été - 1979, le fer de lance du majestueux opéra de Pink Floyd

 

serieete17---Pink-Floyd.jpgA la fin des années 70, Pink Floyd est la valeur sûre du rock international. Le groupe londonien a imposé, en quinze années de présence, une griffe inimitable qui le place au sommet de la musique du 20è siècle. Mais le groupe commence à s’essouffler, il faut dire qu’il sort d’une longue période particulièrement créative (les floydistes affirment généralement que la grande période du groupe s’étend de 1973 à 1978) et les producteurs de chez Harvest s’en rendent bien compte. Roger Waters et David Gilmour ont un projet d’envergure qui devrait marquer l’histoire du rock. Ce projet s’articule autour de trois axes : un album, évidement, une méga-tournée et un film. La naissance du projet remonte à 1977, lors d’un concert à Montréal. En fait, Roger Waters à de plus en plus de mal à supporter le comportement des fans qui hurlent, se pâment, sifflent ou se bagarrent pendant les concerts. Le summum est atteint à Montréal lorsqu’un spectateur provoque Waters et Gilmour… Waters, exaspéré, réplique par un crachat qui atteint le type au visage avant qu’il ne se fasse emmené par la sécurité. Sous le coup de la colère, Roger Waters évoque l’idée d’un mur qui séparerait les artistes de leur public qui ne comprend pas toujours l’essence du message qui passe. L’idée de ce mur continue de germer, dans les mois qui suivent, dans l’esprit de Roger Waters. Ce mur pourrait aussi être celui de l’oppression, de l’aliénation. En 1978, lors de ses vacances, Roger Waters travaille sur une démo et la présente aux autres membres du groupe qui y adhèrent. Il y a moyen là de faire quelque chose. L’idée du triptyque (album/méga-tournée/film) commencent à faire son chemin, mais la relation entre Waters et Gilmour s’est tendue depuis quelques temps, les deux hommes en arrivent lentement au point de ne plus se supporter…

Waters et Gilmour travaillent chacun de leur côté sur une partie de l’album, ne se voyant que lorsque c’est vraiment nécessaire. En fait, c’est Waters qui fait l’essentiel du travail, Gilmour n’y apportant que quelques touches. Finalement, c’est vers un opéra-rock que Pink Floyd se dirige, un opéra qui raconte l’histoire de Pink, un jeune homme névrosé, opprimé dès les premiers instants de sa vie pour entrer dans un moule qui aura l’heur de plaire à la société. Chaque chanson, 26 au total, est une part de l’histoire de Pink, elles s’enchainent pour donner un véritable opéra qui prendra place sur un double-album. Pink Floyd entre en studio au mois d’avril 1979, il y restera jusqu’en novembre et devra même changer trois fois de studio pour parvenir à mettre la double plaque en boite. Huit mois de travail pour une perle exceptionnelle !

La chanson phare de l’album, baptisé The Wall, est évidemment Another Brick in the Wall. Celle-ci est, en fait, divisé en trois parties distincte. Another Brick in the Wall – Part One évoque le mur psychologique que le héros a bâti autour de lui pour se protéger des réalités de la vie qui l’effraient, elle aborde aussi la mort du père de Pink lors de la seconde guerre mondiale. Another Brick in the Wall – Part Two est la plus célèbre, des trois parties, c’est celle qui est parue en 45 tours et que nous connaissons tous. Elle évoque le carcan scolaire et les brimades subies des professeurs, nous allons y revenir. Another Brick in the Wall – Part Three porte sur la fin de la construction du mur psychologique de Pink qui s’isole encore un peu plus en apprenant que sa femme le trompe. Il perd ainsi son seul repère réel…

La seconde partie d’Another Brick in the Wall est donc la seule qui soit sortie en 45 tours. Elle est aussi la charnière de l’album The Wall. Ecrite par Roger Waters, il s’agit d’un protest song dans toute l’acception du terme. Waters y dénonce la rigidité des règles scolaires et de la vie en internat. Waters remet en question un enseignement dans lequel les professeurs sont plus enclins à faire régner la discipline plutôt qu’à transmettre un savoir. La particularité de Another Brick in the Wall – Part Two est un tempo disco ajouté sur le quatre temps de base qui sert de fil conducteur aux trois partie. Pour renforcer le thème de la chanson, Pink Floyd fait appel à une chorale scolaire de 23 adolescents. A la fin de la chanson, sur le remarquable solo de guitare de David Gilmour, on entend une voix qui symbolise l’autorité des professeurs en classe et à l’internat. Cette voix hurle des petites phrases types de l’éducation rigide : «Mange ta viande», «Tiens-toi droit»… Le clip, mélange d’images réelles et d’images animées, montre des enfants qui marchent à travers des machines qui les formatent, les affublant de masques et d'uniformes absolument identiques, pour finalement entrer dans un hachoir à viande. À la fin, les enfants se révoltent et détruisent l’école. On s'aperçoit que tout s’est passé dans la tête de l'élève Pink, vexé que son professeur l'ait ridiculisé en lisant un de ses poèmes devant le reste de la classe… Le clip contient cette impressionnante scène animée de marteaux qui défilent au pas cadencé telle une armée de la moralité.


Another Brick in the Wall – Part Two

We don't need no education
We don't need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teacher leave them kids alone
Hey teacher, leave the kids alone

All in all it's just another brick in the wall
All in all you're just another brick in the wall

We don't need no education
We don't need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teacher leave the kids alone
Hey teacher leave us kids alone !

All in all you're just another brick in the wall
All in all you're just another brick in the wall

(partie parlée sur le long solo de guitare)
Wrong, Do it again!
If you don't eat yer meat, you can't have any pudding.
How can you have any pudding
if you don't eat yer meat ?
You! Yes, you behind the bikesheds, stand still laddy !


Traduction :

Nous n'avons pas besoin d'éducation
Nous n'avons pas besoin que l'on contrôle de nos pensées
Assez de ces sombres sarcasmes en classe
Professeurs, laissez les enfants tranquilles
Hé ! Les profs ! Laissez les enfants tranquilles !

De toutes façons ce n'est qu'une brique de plus dans le mur
De toutes façons vous n'êtes qu'une brique de plus dans le mur

Nous n'avons pas besoin d'éducation
Nous n'avons pas besoin que l'on contrôle de nos pensées
Assez de ces sombres sarcasmes en classe
Professeurs, laissez les enfants tranquilles
Hé professeur ! Laisse nous tranquilles !

De toutes façons vous n'êtes qu'une brique de plus dans le mur
De toutes façons vous n'êtes qu'une brique de plus dans le mur.

(partie parlée sur le long solo de guitare)
Faux, Recommence !
Si tu ne manges pas ta viande tu n'aura pas de dessert
Comment pourrais-tu avoir un dessert
Si tu ne manges pas ta viande ?
Toi ! Oui toi derrière les parkings à vélos, tiens-toi droit !

A noter que cette chanson fut reprise comme hymne par les étudiants sud-africains pour protester contre le système scolaire mis en place dans le cadre de l’Apartheid.

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 08:40

Série de l'été - 1955, dans la guerre des Hoochie-Coochie Men Muddy Waters pique Bo Diddley au vif...

serieete14---Muddy-Waters.jpgLe blues est la source de tous les grands courants musicaux du 20è siècle, du jazz au r'n'b en passant par le rock 'n roll ou même le hard-rock. Né à la fin du 19è siècle, dans le sud des Etats-Unis, le blues est une musique noire dont le nom provient, semble-t-il, de l'expression argotique having the blue devils, qui signifie avoir les idées noires. Expression culturelle des ouvriers noirs des champs de coton du Delta du Mississippi, le blues est une musique simple rythmée, à l'origine, par des instruments rudimentaires comme le jug, une cruche en terre dans laquelle on soufflait (un peu comme on le ferait dans le goulot d'une bouteille), le diddley bow, une corde fine tendue sur une planche, forme de guitare ultra-basique, ou encore le fifre, une petite flute en bois. Rapidement, le blues s'est structuré pour devenir un phénomène social important, il s'est articulé autour de vrais instruments comme la guitare sèche, le piano et l'harmonica. Le blues se développe très fort dans les années '20, grâce notammment à l'éclosion de l'industrie du disque qui le popularise partout dans le sud du pays. Blind Black, Lonnie Johnson ou Bessie Smith en sont les locomotives. Mais ce genre reste associé aux noirs et est fustigé par la société blanche bien-pensante, la rumeur fait même état d'une musique diabolique car Robert Johnson, un guitariste virtuose, aurait passé un pacte avec Satan afin de jouer aussi bien de son instrument. La réalité est, évidemment, plus terre à terre, c'est Ike Zinnerman, référence incontournable du Delta Blues, qui perfectionna le jeu de Johnson... Après la seconde guerre mondiale, le blues quitte les campagnes du sud pour gagner les grandes villes. Muddy Waters, Howlin' Wolf, Elmore James, Homesick James ou Sonny Boy Williams amènent cette musique vers Chicago, New York, Philadelphie et Dallas. B.B. King, T-Bone Walker, John Lee Hooker et Bo Diddley (qui doit son nom de scène au fameux instrument diddley bow) imposent le blues urbain comme une musique majeure du 20è siècle. En 1954, Muddy Waters chante Hoochie-Coochie Man, une histoire de religion vaudou, d'amulettes et d'aphrodisiaques, qui se classe 8è des charts américains alors pourtant dominés par des chanteurs lisses comme Doris Day, Perry Como ou Bing Crosby. Hoochie Coochie est, en fait, une danse suggestive faite de mouvement de bassin qui évoque l'acte sexuel. Peu le savent, peu comprennent les paroles de la chanson de Waters ce qui explique probablement qu'elle se place si haut dans le hit-parade de 1954.

Bo Diddley va surfer sur cette vague en enregistrant, au printemps 1955, I'm a Man, qui joue sur des sonorités semblables, notamment le riff de trois notes, et des intonations articulées autour du mot man (I'm a man, I spell M-A-N, a man - Je suis un homme, j'épelle H-O-M-M-E, un homme) sur lequel Bo Diddley insiste comme le fit Waters avant lui. I'm a Man cartonne et Muddy Waters en prend ombrage. Il estime que Diddley lui a volé ses idées, qu'il a simplement imité son titre Hoochie-Coochie Man, pour faire de l'argent et être aussi dans le hit-parade... Dès lors, Muddy Waters s'isole, griffonne rapidement des paroles sur un bout de papier, imagine quelques accords basiques et entre en studio le 24 mai 1955 pour enregistrer Mannish Boy qui, sous des airs d'histoire d'homme à femmes, se veut ouvertement une attaque à l'encontre de Bo Diddley. A nouveau, le rythme est similaire à Hoochie-Coochie Man et à I'm a Man et certaines paroles de Mannish Boy sont une moquerie flagrante de celles de I'm a Man. I'm a Man, I spell M-A child-N - Je suis un homme, j'épelle M-petit a-N chante Waters qui raille ainsi le jeune âge de Bo Diddley - 26 ans quand même ! - à l'époque, un Diddley qu'il tient pour un adolescent incapable de produire de l'original, juste capable de copier les "grands". Dans ses paroles acides, Muddy Waters évoque un homme - Diddley en l'occurence - qui se voit comme un amant extraordinaire, un homme à femmes qui est, en fait, incapable de les satisfaire, mais que l'on peut aussi interpréter comme l'image d'un homme qui veut faire un tube mais qui ne peut que copier celui d'un autre... un fanfaron en fait ! Waters signe plusieurs allusions directes à l'incapacité de créer de Diddley : come up two hours late (arriver deux heures en retard, sous entendu tu arrives avec ta chanson alors que la mienne a déjà cartonné), I'm a rollin' stone (je suis une pierre qui roule, sous entendu quelqu'un qui avance sans savoir où il va).

Mannish Boy devient le sixième 45 tours le plus vendu de 1955, meilleur résultat jusqu'alors pour un titre de blues. Bo Diddley aura l'intelligence de ne pas répliquer mais, piqué au vif, le chanteur de McComb, dans le Mississipi, va mettre un point d'honneur à créer, à innover. Il mettre ainsi au point le Diddley Beat - le rythme Diddley - un mélange de blues, de sonorité latinos et de hambone (ce fameux rythme obtenu par claquement des mains sur les cuisses, la poitrine, les joues ou les avants-bras). Il est aussi le premier à introduire des maracas dans le blues. Diddley rythme aussi ses chansons par de petites percussions du corps de sa guitare avec le plat de la main, plus tard, il créera même des guitares (ndlr Bo Diddley avait une formation de luthier suivie dans son adolescence) concues pour ce genre de percussion manuelle. Enfin, il sera le premier à utiliser le vibrato électrique obtenu par réverbération de son ampli.  Le son saturé, cher au rock et au hard-rock est du à Bo Diddley qui l'imagina en torturant volontairement un vieil ampli à la recherche de sons nouveaux. Bo Diddley, avec son rythme unique, influence Chuck Berry et Elvis Presley qui sortent respectivement, en 1956, Roll over Beethoven et Blue Suede Shoes, une reprise de Carl Perkins, qui participent à l'explosion du rock 'n roll. Il n'est franchement pas insensé de dire que Bo Diddley a jeté les bases du rock 'n roll !


Mannish Boy est donc, involontairement, la chanson qui boostera la carrière de Bo Diddley, paradoxalement il ne l'a jamais chantée, c'est un titre qui fut écrit rapidement pour se moquer de lui, de son inexpérience et de son incapacité à créer... Ca le motivera à innover, il le fera tant et si bien qu'il est désormais considéré comme une référence incontournable de la musique du 20è siècle. C'est un peu à Muddy Waters qu'il le doit !



Mannish Boy

Exerythin', everythin', everythin' s gonna be allright this morning
Now when I was a young boy, at the age of five
My mother said I was gonne be the greatest man alive
But now, I'm a man, way past twenty one
Want you believe me baby
I had a lots of fun

I'm a man

I spell M-a child-N
That represents man
No B-o child-Y
That means mannish boy
I'm a man
I'm a full grow man
I'm a man
I'm a natural born lovers man
I'm a man
I'm a rollin' stone
I'm a man
A hoochie-coochie man

Sittin' on the outside, just me and my mate
You know I'm made to love you baby
Come up two hour late
Wasn't that a man

I'm a man

 

I spell M-a child-N
That represents man
No B-o child-Y
That means mannish boy
I'm a man
I'm a full grow man
Man
I'm a natural born lovers man
Man
I'm a rollin' stone
Man-child
I'm A hoochie-coochie man

The line I shot will never miss
When I make love to a woman
She can't resist
I think I go down
To old Kansas Stew
I'm gonna bring back my second cousin
That little Johnny Cocheroo
All you little girls
Sittin' out at that line
I can make love to you woman
In five minute time
Ain' t that a man

I'm a man

 

I spell M-a child-N
That represents man
No B-o child-Y
That means mannish boy
I'm a man
I'm a full grow man
Man
I'm a natural born lovers man
Man
I'm a rollin' stone
Man-child
I'm A hoochie-coochie man

Well, well, well, well
Hurry, hurry, hurry, hurry
Don't hurt me, don't hurt me child
Well, well, well, well

Traduction

Tout, tout, tout va bien ce matin
Quand j'étais un petit garçon, à l'âge de cinq ans
Ma mère m'a dit que j'allais devenir le plus grand homme vivant
Mais maintenant que je suis un homme de 21 ans passé
Je veux que tu crois en moi bébé
J'ai pris pas mal de bon temps

Je suis un homme
J'épelle M-petit a-N
qui veut dire homme
Pas B-petit o-Y
Qui signifie petit garçon
Je suis a homme
Un homme qui a achevé sa croissance
Je suis un homme
Je suis né pour être un amant
Je suis un homme
Je suis une pierre qui roule
Je suis un homme
Je suis un homme hoochie-coochie

Assis dehors avec mon pote
Tu sais que je suis là pour te faire bouger bébé
Arriver deux heures en retard
Ce n'est pas ça être un homme

Je suis un homme
J'épelle M-petit a-N
qui veut dire homme
Pas B-petit o-Y
Qui signifie petit garçon
Je suis a homme
Un homme qui a achevé sa croissance
Un homme
Je suis né pour être un amant
Un homme
Je suis une pierre qui roule
Un homme-enfant
Je suis un homme hoochie-coochie

Je ne rate jamais mon coup
Quand je fais l'amour à une femme
Elle ne peut pas y résister
Je pense que je vais aller
Jusqu'à ce bon vieux Kansas chaud
Pour ramener mon petit cousin
Le petit Johnny Cocheroo
Vous toutes les filles
Attendrez votre tour
Je peux te faire l'amour femme
En moins de cinq minutes
Ce n'est pas ça être un homme

Je suis un homme
J'épelle M-petit a-N
qui veut dire homme
Pas B-petit o-Y
Qui signifie petit garçon
Je suis a homme
Un homme qui a achevé sa croissance
Un homme
Je suis né pour être un amant
Un homme
Je suis une pierre qui roule
Un homme-enfant
Je suis un homme hoochie-coochie

Bien, bien, bien, bien
Vite, vite, vite, vite
Ne me fait pas de la peine, ne me fait pas de la peine gamin
Bien, bien, bien, bien

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 15:37

Série de l'été - 1968, la provocation diabolique de Jagger...

 

serieete15---The-Rolling-stones.jpg1968, en Angleterre, les Beatles sont au sommet, mais de plus en plus pointe à l’horizon un groupe qui rêve de les détrôner, The Rolling Stones. Après cinq albums de bonnes factures mais d’où n’ont véritablement explosé que deux titres, Satisfaction et Ruby Tuesday, les Stones sortent, en 1967, la plaque Their satanies majesties request qui parodie ouvertement l’album Sergent pepper’s lonely hearts club band. Il faut d’ailleurs noter l’autodérision de John Lennon et Paul McCartney qui font les chœurs sur le titre d’ouverture de l’album, Sing this all together, un joli clin d’œil mais qui tendrait aussi à démontrer que la rivalité entre les Fab Four et les Stones était surtout médiatique et/ou commerciale. L’album n’est pas une réussite commerciale et l’opprobre est jeté sur Jagger et sa bande car plusieurs titres évoquent ouvertement le diable ou des rites sataniques… En fait, on parle davantage de ses allusions que de la qualité musicale des chanson. Un peu par provocation, Jagger travaille donc sur une chanson qui parle ouvertement du diable. Puisque les allusions dérangent, alors il l’évoquera sans fard ! Pour écrire son texte, Mick Jagger s’inspire du roman classique de la littérature russe, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Jagger positionne le chanteur de ce titre comme le narrateur d’une histoire; ce narrateur est le Diable en personne qui évoque ses exploits tout au long de l’histoire humaine. Mais on s’aperçoit en fait, au long du texte, que ces exploits diaboliques ne sont en fait que de tristes comportements humains.

A l’origine, la chanson est composée pour être un morceau folk, Jagger confesse d’ailleurs s’être inspiré de Bob Dylan pour la construire mais Keith Richards propose de lui donner du poids en accélérant le tempo, en y ajoutant des percussions ainsi qu’un long solo de guitare qui porte sa griffe. La chanson devient donc un rock mâtiné de samba allant crescendo. Clairement, Mick Jagger affiche de la provocation jusque dans le titre puisqu’il baptise la chanson Sympathy for the DevilDe la sympathie pour le Diable ! Il fallait oser alors que qu’on finissait de reprocher aux Rolling Stones d’user d’allusions au Malin. Et évidemment, lorsque la chanson parait, en décembre 1968 sur l’album Beggars Banquet, l’avalanche de critiques nourries par la peur s’abat sur les Stones qui sont accusé de dévotion à Satan mais aussi d’être source d’influence néfaste sur la jeunesse anglaise trop allaitée aux chansons policées des premiers albums des Beatles. Il est clair que Beatles et Rolling Stones ne boxent pas dans la même catégorie et que des clans se forment au sein des couches adolescentes de sa très gracieuse majesté. On est fan des Beatles ou l’on s’affiche pour les Stones, mais on ne peut pas se ranger des deux côtés. Quoi qu’il en soit, Mick Jagger a réussi son pari, avec l’album Beggars Banquet (qui contient quelques perles comme Street Fighting Man, No expectation et, bien sûr Sympathy for the Devil), de faire des Rolling Stones un groupe fort, un groupe qui, bien qu’il existe depuis six ans, est à l’aube d’une carrière exceptionnelle qui dure encore aujourd’hui, plus de quarante ans après cette provocation notoire…

Sympathy for the Devil évoque clairement de grands événements tragico-historiques comme la Révolution russe, l’assassinat du Tsar et de sa famille, la seconde guerre mondiale ou l’assassinat de JFK, des événements que le Diable narrateur s’imputent comme pour mieux exorciser l’idée que tous ces actes barbares ont été posés par des Hommes… Mais le passage qui heurta surtout la moralité bien-pensante de l’Angleterre des années ’60 se trouve en début de chanson, lorsque qu’est évoquée la crucifixion de Jésus-Christ sur l’ordre de Ponce Pilate. Alors que la chanson fut enregistrée, en juin 1968, dans les studios Olympic de Londres, c’est à Los Angeles, quelques semaines plus tard alors que Jagger, Richards et le producteur Jimmy Miller s’occupent de la postproduction de l’album que l’idée d’ajouter les fameux whoo whoo qui renforcent le côté envoutant de l’ensemble…

Aujourd’hui, plus de quatre décennies après la sortie de Sympathy for the Devil, les historiens du rock s’accordent à dire qu’il s’agit de la chanson la mieux construite du 20è siècle, un savant mélange de tam-tam, de samba, de rock agrémenté d’un riff de guitare phénoménal pour accompagné un texte puissant servi par des chœurs qui apportent réellement un plus à l’ensemble… Comme c’est souvent le cas, les œuvres d’art – Sympathy for the Devil en est une ! – elle a failli ne jamais voir le jour. En effet, la version première de Jagger (baptisée Devil is my name à l’origine) ne devait pas prendre place sur un album, c’était un coup de sang du leader des Stones à l’encontre des critiques émises sur l’album Their satanies majesties request. Mais il était risqué, commercialement parlant, d’insérer cette chanson sur une plaque. C’est un peu à Jean-Luc Goddard qu’on doit la naissance de ce chef d’œuvre car, pour son documentaire One + One, parfois d’ailleurs rebaptisé Sympathy for the Devil par la suite, il voulait mettre en boite les Rolling Stones dans un processus de création d’une chanson mais l’album Beggars Banquet était complet. C’est alors que Mick Jagger et Keith Richards ont retravaillé Devil is my name pour en faire Sympathy for the Devil


Sympathy for the devil

Please allow me to introduce myself
I'm a man of wealth and taste
I've been around for a long, long year
Stole many a man's soul and faith

And I was 'round when Jesus Christ
Had his moment of doubt and pain
Made damn sure that Pilate
Washed his hands and sealed his fate

Pleased to meet you
Hope you guess my name
But what's puzzling you
Is the nature of my game

I stuck around Saint-Petersburg
When I saw it was a time for a change
Killed the Czar and his ministers
Anastasia screamed in vain

I rode a tank
Held a general's rank
When the Blitzkrieg raged
And the bodies stank

Pleased to meet you
Hope you guess my name, oh yeah
Ah, what's puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah
(woo woo, woo woo)

I watched with glee
While your kings and queens
Fought for ten decades
For the gods they made
(woo woo, woo woo)

I shouted out,
"Who killed the Kennedys?"
When after all
It was you and me
(who who, who who)

Let me please introduce myself
I'm a man of wealth and taste
And I laid traps for troubadours
Who get killed before they reached Bombay
(woo woo, who who)

Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
(who who)
But what's puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah, get down, baby
(who who, who who)

Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
But what's confusing you
Is just the nature of my game
(woo woo, who who)

Just as every cop is a criminal
And all the sinners saints
As heads is tails
Just call me Lucifer
'Cause I'm in need of some restraint
(who who, who who)

So if you meet me
Have some courtesy
Have some sympathy, have some taste
(woo woo)
Use all your well-learned politesse
Or I'll lay your soul to waste, mmm yeah
(woo woo, woo woo)

Pleased to meet you
Hope you guessed my name, mmm yeah
(who who)
But what's puzzling you
Is the nature of my game, mmm mean it, get down
(woo woo, woo woo)

Woo, who
Oh yeah, get on down
Oh yeah
Oh yeah!
(woo woo)

Tell me baby, what's my name
Tell me honey, can ya guess my name
Tell me baby, what's my name
I tell you one time, you're to blame

Oh, who
woo, woo
Woo, who
Woo, woo
Woo, who, who
Woo, who, who
Oh, yeah

What's my name
Tell me, baby, what's my name
Tell me, sweetie, what's my name

Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Oh, yeah
Woo woo
Woo woo

Traduction :

Permettez-moi de me présenter
Je suis un homme de goût et fortuné
Je suis là depuis très très longtemps
J’ai volé à beaucoup d’hommes leur âme et leur foi

J’étais là quand Jésus Christ
A connu le doute et la douleur
Je me suis assuré que Pilate
S’en lave les mains et scelle son sort

Ravi de vous rencontrer
J’espère que vous devinez mon nom
Mais ce qui vous intrigue
C’est la nature de mon jeu

Je trainais à Saint-Pétersbourg
Quand j’ai vu que c’était le temps du changement
J’ai tué le Tsar et ses Ministres
Et Anastasia hurla en vain

J’ai conduit un tank
Obtenu le titre de général
Alors que la guerre-éclair faisait rage
Et que les cadavres puaient

Ravi de vous rencontrer
J’espère que vous devinez mon nom
Mais ce qui vous intrigue
C’est la nature de mon jeu
(woo woo, woo wo)

J’ai regardé avec allégresse
Pendant que vos rois et vos reines
Se sont battus pendant dix décennies
Pour des Dieux qu’ils ont créés

Je me suis écrié
Qui a tué les Kennedy
Alors qu’après tout
C’était vous et moi
(woo woo, woo woo)

Permettez-moi de me présenter
Je suis un homme de goût et fortuné
J’ai tendu des pièges aux troubadours
Qui ont été tués avant d’atteindre Bombay
(woo woo, woo woo)

Ravi de vous rencontrer
J’espère que vous devinez mon nom, oh oui
(woo woo, woo woo)
Mais ce qui vous intrigue
C’est la nature de mon jeu, oh oui à genou bébé
(woo woo, woo woo)

Ravi de vous rencontrer
J’espère que vous devinez mon nom, oh oui
(woo woo, woo woo)
Mais ce qui vous perturbe
C’est la nature de mon jeu,
(woo woo, woo woo)

Les flics sont des criminels
Les pêcheurs des saints
Ainsi que pile est face
Appelez-moi simplement Lucifer
J’ai juste besoin de reconnaissance
(qui qui, qui qui)

Alors si vous me rencontrez
Ayez un peu de courtoisie
Ayez un peu de sympathie et de bon goût
(woo woo, woo woo)
Usez de la politesse qu’on vous a apprise
Ou je balancerais votre âme aux ordures

Ravi de vous rencontrer
J’espère que vous devinez mon nom, oh oui
(woo woo, woo woo)
Mais ce qui vous intrigue
C’est la nature de mon jeu, mmm cela signifie à genou
(woo woo, woo woo)

Woo, who
Oh oui, à genou
Oh oui
Oh oui
(woo woo)

Dis moi, bébé quel est mon nom ?
Dis moi chérie peux-tu te rappeler de mon nom
Dis moi, bébé quel est mon nom ?
Je te l’ai dit une fois, tu es à blâmer

Oh, who
woo, woo
Woo, qui
Woo, woo
Woo, qui, qui
Woo, qui, qui
Oh, oui

Quel est mon nom
Dis moi, bébé quel est mon nom
Dis mois, ma douce quel est mon nom

Woo, qui, qui
Woo, qui, qui
Woo, qui, qui
Woo, qui, qui
Woo, qui, qui
Woo, qui, qui
Oh, ouiiiii

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 08:32

Série de l'été - 1963, Getz, Gilberto et Jobim propulsent la bossa nova vers la reconnaissance mondiale

serieete16---stan-getz.jpg1963, Soeur sourire cartonne avec Dominique; les Beatles viennent de rentrer de leur ultime séjour à Hambourg, une ville qui a marqué la carrière des Fab Four (c'est dans la ville hanséatique qu'ils signèrent, en 1961, leur premier contrat avec Polydor) et le titre Please please me devient leur premier n° 1 malgré des paroles plutôt osées pour l'époque; Trini Lopez popularise If I had a hammer, une chanson folk enregistrée en 1949 par The Weavers qui n'avait pas vraiment marché alors et que Claude François importe en France quelques semaines plus tard sous le titre Si j'avais un marteau. De l'autre côté de l'Atlantique, Bob Dylan chante Blowin' in the Wind et un gamin de 12 ans squattérise le hit-parade américain avec Fingerstips... un gamin qui fait partie de la Tamla Motown dont on reparlera dans les années à venir, Stevie Wonder. Mais, 1963 est aussi une année marquée par le coup d'état militaire au Honduras, par la Marche pour les Droits Civiques à Washington, par l'Affaire Profumo qui secoue la Grande-Bretagne qui doit aussi faire face à la retentissante attaque du train postal Glasgow-Londres tandis qu'au Brésil une révolte de sous-officiers à qui l'on interdit un siège de Député alors qu'ils ont été élus est matée à Brasilia, cette révolte est cependant annonciatrice de la dictature militaire qui s'installera dès l'année suivante au pays de Joao Gilberto. Musicien reconnu dans son pays, Joao Gilberto inventa la bossa nova, un style à la croisée de la samba et du jazz, dans les années cinquante. Il popularisa cette nouvelle musique à partir de son quartier d'Ipanema, un coin riche et paradisiaque avec une plage immense dans le sud de Rio de Janeiro. Chega de Saudade (1958) est le premier vrai titre de bossa nova qui lance la carrière de Gilberto au Brésil. Dans le même temps, sur la côte ouest des Etats-Unis, le saxophoniste jazzy Stan Getz plafonne et est obligé de participer à des tournées à l'étranger pour vivre de sa musique. Le jazz West Coast, uniquement joué par des blancs, ne prend pas vraiment, seuls les studios hollywoodiens donnent un peu de travail à certains musiciens qui participent à la bande-son de films. Par ailleurs, la concurrence des jazzmen noirs - John Coltrane, Ornette Coleman, Thelonious Monk ou le jeune Miles Davis pour n'en citer que quelques-uns - est rude.

Dès lors, Stan Getz privilégie les tournées en Europe et en Amérique du Sud. Le hasard l'amène au Brésil en 1962 alors que sort, en 78 tours, une chanson écrite par Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes interprétée par un certain Pery Ribeiro. Cette chanson, en portugais évidemment, évoque une fille qui déambule dans le quartier chic d'Ipanema. En fait, il s'agit d'une jeune fille de 19 ans, jolie, bronzée mais nantie d'une tristesse profonde qui se marque sur son visage, elle passe chaque jour devant un petit bar en front de mer dans lequel Jobim et Moraes ont leurs habitudes. Ils ne savant pas qui elle est, d'où elle vient mais juste où elle va... sur la plage d'Ipanema. Cette fille jolie et triste leur inspire la chanson intitulé A garota d'Ipanema (La fille d'Ipanema), elle représente l'archétype de la Carioca et cette histoire banale du quotidien devrait s'adapter à merveille à une bossa nova. Le titre A Garota d'Ipanema connait un succès local appréciable à Rio de Janeiro, son rythme colle parfaitement à l'ambiance brésilienne, il respire le soleil, la plage mais aussi la tristesse d'une population qui, dans sa très grande majorité, vit sans moyens dans des quartiers pauvres et des bidonvilles. Stan Getz tombe sous le charme de la chanson, il aimerait la travailler, y ajouter sa touche de saxo et la traduire en anglais. Getz part donc à la rencontre d'Antonio Carlos Jobim qui voit là l'occasion de faire connaitre la bossa nova en dehors du Brésil. Pery Ribeiro n'a pas les faveurs de Jobim pour cette aventure aussi recommande-t-il Joao Gilberto pour qui il avait écrit Chega de Saudade quelques années plus tôt. Gilberto, Jobim et Getz parviennent rapidement à trouver un accord, ils enregistreront un album des standards de la bossa nova comme Coralice, Desafinado, Corcovado, O grande amor et, bien entendu A garota d'Ipanema qui est à la génèse du projet. L'album sera enregistré en mars 1963, dans les studios de Verve Record, à New York. Cependant, pour séduire le public américain, il faut une consonnance anglo-saxonne. L'idée est donc d'adapter A garota d'Ipanema en anglais et de se servir de cette adaptation pour ouvrir l'album baptisé sobrement Getz/Gilberto. Joao Gilberto propose un mix portugais/anglais qui permettra de rester davantage dans l'ambiance(1), ainsi donc l'adaptation de The girl from Ipanema débute en portugais pour se poursuivre en anglais le tout au son du saxophone ténor de Stan Getz. Pour l'enregistrement de la chanson, qui sortira d'abord en 45 tours afin de prendre la température auprès du public américain avant de mettre l'album en boite, Joao Gilberto fait appel à son épouse, Astrud, qui prend en charge la partie anglaise du texte. On a donc une interprétation qui repose sur deux voix, celles de Joao Gilberto et celle d'Astrud Gilberto, sur le saxophone de Stan Getz et sur le piano d'Antonio Carlos Jobim.

The girl from Ipanema fonctionne rapidement, ce rythme nouveau séduit les New-Yorkais jamais rebutés par la découverte. L'album Getz/Gilberto est enregistré et sa chanson-phare connait une consécration internationale. En 1965, The girl from Ipanema est même récompensée du Grammy Award du Meilleur Disque de l'année. D'autres s'emparent du titre, Frank Sinatra l'ajoute à ses tours de chants et l'enregistre avec Jobim en 1967, Peggy Lee, Nat King Cole, John Holt ou, plus proches de nous, Diana Krall, Michael Bolton et Amy Winehouse reprennent The girl from Ipanema. On recense plus de 300 interprétations différentes de la chanson qui fait désormais partir du patrimoine culturel mondial. The girl from Ipanema a fait exploser la bossa nova aux yeux du monde, Antonio Carlos Jobim eut le talent de l'écrire, Stan Getz eut  l'intelligence de l'importer vers les Etats-Unis et de lui donner une touche de saxo magique, Joao Gilberto eut l'idée de mélanger des paroles en portugais et des paroles en anglais pour lui conférer une touche unique... Le tout a fait l'un des plus grands succès de 20è siècle !



The girl from Ipanema (version anglaise)

Tall and tan and young and lovelly
The girl from Ipanema goes walking
And when she passes, each one she passes goes, aah

When she walks, she's like a samba
That swings so cool and sways so gentle
That when she passes, each one she passes goes, ooh

Ooh, but I watch her so sadly
How can I tell her I  love her
Yes I would give my heart gladly
But each day, when she walks to the sea
She looks straight ahead not at me

Tall and tan and young and lovelly
The girl from Ipanema goes walking
And when she passes I smile
But she doesn't see
She just doesn't see, she never sees me...

Traduction

Grande et bronzée et jeune et jolie
La fille d'Ipanema marche
Et lorsqu'elle passe, chacun de ses pas disparait, aah

Lorsqu'elle marche, on dirait une samba
Ca bouge de façon si cool et ça balance de façon si douce
Que quand elle passe, chacun de ses pas disparait, ooh

Ooh, mais je la regarde si triste
Comment pourrais-je lui dire que je l'aime
Oui, je lui donnerais volontiers mon coeur
Mais chaque jour, elle marche vers la mer
Elle regarde droit devant, pas vers moi

Grande et bronzée et jeune et jolie
La fille d'Ipanema marche
Et lorsqu'elle passe, je souris
Mais elle ne me voit pas
Elle ne me voit pas, elle ne me voit jamais...

L'adaptation anglaise, signée Norman Gimble, repose davantage sur une (non)-relation entre une jeune homme et une fille, la version originale écrite par Abtonio Carlos Jobim allait plus en profondeur, il évoquait à travers cette inconnue qui passe le paradigme de la Carioca à l'état brut (o paradigma do bruto Carioca) c'est à dire la représention à travers cette fille de toutes les jeunes filles de Rio, jolies, bronzées mais tristes d'être aussi avenantes dans un lieu paradisiaque livré à la pauvreté dans un pays à double vitesse où la dualité riches/pauvres est flagrante dans les années '60 et qui alterne depuis des dizaines d'années entre dictature et démocratie vacillante.

 

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(1) il n'est pas exclus que cette volonté de conserver une part de la chanson en portugais soit due au fait que Joao Gilberto ne maitrisait pas l'anglais à cette époque et avait du mal à chanter dans cette langue.

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 09:45

Série de l’été – 1965, la meilleure chanson de tous les temps.

   

serieete13---Bob-Dylan.jpgBob Dylan est l’un des plus grands artistes musicaux de tous les temps, ce constat ne souffre d’aucune contradiction possible. Qu'on aime ou pas le parrain de la musique pop-rock-folk, il est du à l’honnêteté de reconnaitre son immense talent. Trois de ses albums - Highway 61 Revisited, Blonde on Blonde et Blood on the tracks - apparaissent dans le top 20 des Meilleurs albums de tous les temps; sa chanson Like a rolling stone est, elle, considérée comme la meilleure de tous les temps…

Nous sommes à l’été 1965, les Etats-Unis bombardent le Vietnam, plus que jamais le Président Johnson engage son pays dans la lutte contre le communisme tandis que le leader de la cause noir Malcolm X a été assassiné quelques semaines plutôt. La marche pour les droits civiques de Selma à Montgomery qui s’est achevée dans le sang et les larmes est toujours fraiche dans les mémoires et les manifestations contre la guerre du Vietnam commencent à se multiplier… Le contexte politique et social est tendu aux Etats-Unis. Bob Dylan s’érige en porte-parole musical d’une génération de jeunes américains contestataires, sa chanson Blowin’ in the Wind, sortie en 1963, est d’ailleurs le symbole de la protest song par excellence. Mais Dylan n’est pas qu’un protestataire, il est aussi un grand féru de poésie et de littérature, des passions qu’il partage avec une autre icône des années 60, Jim Morrison.


Au printemps 1965, Bob Dylan rentre d’une tournée en Angleterre et n’est pas vraiment enthousiaste à l’idée d’être catalogué dans un type de chansons engagées. Durant ce voyage anglais, il écrit quelques poèmes et c’est la mise en musique de ces poèmes qui va lui  permettre de reprendre sa carrière en main. Parmi les textes, il y en a un qui est long de dix pages, il rapporte l’histoire d’un ressentiment amoureux, l’histoire d’une femme froide et prospère (Eddie Sedgwick, une actrice de second rang muse de Warhol probablement) qui finit dans la misère. Dylan synthétise ce texte, qu’il intitule Like a rolling stone (Comme une pierre qui roule), pour le ramener à l’équivalent d’une chanson de six minutes. L’arrangement musical repose sur un tempo de valse lente qui est ramené à un quatre temps et l’enregistrement du titre se fait les 15 et 16 juin 1965 dans les studios de Columbia, à Washington DC. D’aucuns prédisent un bide à ce titre de Dylan car il change de registre, va où on ne l’attend pas et puis, surtout, cette chanson est longue… deux fois le durée moyenne recommandée par les disc-jockeys pour passer sur les ondes. D’ailleurs, Like a rolling stone présente la particularité, sur le 45 tours original sorti le 20 juillet 1965, d’être gravée sur les deux faces du disque. La face A reprend les deux premières strophes ainsi que les deux premiers refrains tandis que le reste de la chanson se trouve sur la face B. Tant et si bien que pour passer la chanson entière, il s’agit pour les DJ de retourner le disque en direct ou de jouer avec deux platines différentes sur lesquelles se trouvent les faces A et B du disque. Plusieurs radios refusent de se prêter au jeu mais les auditeurs réclament la chanson de Dylan en entier… Like a rolling stone est bien accueillie, tant par le public puisqu’elle restera trois mois dans les hits parades, que par la critique qui est élogieuse. Plusieurs années après, le magazine Rolling Stone (qui n’a rien à voir avec la chanson, pas plus que le groupe de Mick Jagger !) écrira son propos : «aucune autre chanson n'a jamais défié et transformé les codes commerciaux et les conventions artistiques de son époque aussi profondément»… Bel hommage !

Like a rolling stone, reprise sur le sublime album Highway 61 Revisited, est la référence musicale ultime de très nombreux artistes, d’ailleurs bon nombre d’entre eux – de Jimi Hendrix à U2 en passant par John Mellencamp, The Rolling Stones, The Wailers ou The Rascals – la reprendront soit sur scène soit sur un album. Considérée, en 1976, comme le plus grand titre rock de tous les temps, Like a rolling stone sera tout simplement désignée, en 2004, par la profession musicale comme la meilleure chanson de tous les temps… L’extraordinaire et longue partie instrumentale de la chanson où s’échangent de longues phrases musicales entre la guitare de Mike Bloomfield et l’harmonica de Bob Dylan n’est certainement pas étrangère à cette récompense.

 

Like a rolling stone

 

Once upon a time you dressed so fine
You threw the bums a dime in your prime, didn't you?
People'd call, say, "Beware doll, you're bound to fall"
You thought they were all kiddin' you
You used to laugh about
Everybody that was hangin' out
Now you don't talk so loud
Now you don't seem so proud
About having to be scrounging for your next meal.

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like A Rolling Stone?

You've gone to the finest school all right, Miss Lonely
But you know you only used to get juiced in it
And nobody has ever taught you how to live on the street
And now you find out you're gonna have to get used to it
You said you'd never compromise
With the mystery tramp, but now you realize
He's not selling any alibis
As you stare into the vacuum of his eyes
And ask him do you want to make a deal?

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like A Rolling Stone?

You never turned around to see the frowns on the jugglers and the clowns
When they all come down and did tricks for you
You never understood that it ain't no good
You shouldn't let other people get your kicks for you
You used to ride on the chrome horse with your diplomat
Who carried on his shoulder a Siamese cat
Ain't it hard when you discover that
He really wasn't where it's at
After he took from you everything he could steal.

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like A Rolling Stone?

Princess on the steeple and all the pretty people
They're drinkin', thinkin' that they got it made
Exchanging all kinds of precious gifts and things
But you'd better lift your diamond ring, you'd better pawn it babe
You used to be so amused
At Napoleon in rags and the language that he used
Go to him now, he calls you, you can't refuse
When you got nothing, you got nothing to lose
You're invisible now, you got no secrets to conceal.

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like A Rolling Stone?


Traduction :

Il fut un temps où tu étais si bien habillée
Tu jetais une pièce aux clochards du temps de ta splendeur, n'est ce pas ?
Des gens venaient, te disaient fais attention poupée, tu es condamnée à tomber un jour
Tu pensais qu'ils étaient tous en train de te faire marcher
Tu avais pour habitude de te moquer
De tous ceux qui traînaient dehors
Maintenant tu parles moins fort
Maintenant tu ne sembles pas aussi fière
D'avoir à mendier pour ton prochain repas

Que ressent-on
Que ressent-on
Quand on seule
Sans direction vers la maison

Comme un parfait inconnu
Comme une pierre qui roule ?
 
Tu as fréquenté les meilleures écoles il est vrai, Mademoiselle Solitaire
Mais tu sais que tu n'y as acquis qu'un vernis
Et personne ne t'a jamais enseigné comment vivre dans la rue
Et maintenant tu découvres qu'il faudra que tu t'y fasses
Tu disais que tu ne te compromettrais jamais
Avec le mystérieux vagabond, mais maintenant tu te rends compte
Qu'il ne tourne pas autour du pot
Quand tu regardes fixement son regard vide
Et que tu lui demandes veux-tu conclure un marché ?
 
Que ressent-on
Que ressent-on
Quand on seule
Sans direction vers la maison

Comme un parfait inconnu
Comme une pierre qui roule ?
 
Tu ne t'es jamais retournée pour regarder les regards furieux des jongleurs et des clowns
Quand ils venaient tous pour jouer pour toi
Tu n'as jamais compris que ce n'est pas bon
De laisser les autres gens prendre leur pied à ta place
Tu chevauchais un cheval de chrome avec ton diplomate
Qui portait sur son épaule un chat siamois
N'a t'il pas été douloureux de découvrir
Qu'il n'était pas ce qu'il était supposé être
Après qu'il t'ait pris tout ce qu'il pouvait voler
 
Que ressent-on
Que ressent-on
Quand on seule
Sans direction vers la maison

Comme un parfait inconnu
Comme une pierre qui roule ?

La princesse sur son piedestal et tous les gens bien
Ils boivent, pensent que pour eux c'est arrivé
Echangent toutes sortes de cadeaux et choses précieuses
Mais tu ferais mieux d'enlever ta bague en diamants, tu ferais mieux de la mettre en gage bébé
Cela t'amusait tellement
De voir Napoléon en haillons et le langage qu'il utilisait
Va le trouver maintenant, il t'appelle, tu ne peux refuser
Quand tu n'as plus rien, tu n'as plus rien à perdre
Tu es invisible maintenant, tu n'as plus aucun secret à dissimuler
 
Que ressent-on
Que ressent-on
Quand on seule
Sans direction vers la maison

Comme un parfait inconnu
Comme une pierre qui roule ?

 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:25

Série de l'été - 1977, Sex Pistols flingue la monarchie britannique... ou pas !

serieete12---Sex-Pistols.jpgLe Royaume-Uni n'a pas d'hymne national officiel mais depuis plusieurs siècles, c'est God Save the Queen(1) qui fait office. L'origine de cette pièce musicale est incertaine, d'aucun en attribuent la paternité à John Bull, un claviériste, qui l'aurait composée en 1619, d'autres optent pour une adaptation du chant français Grand Dieu sauve le Roi, écrit par la Duchesse de Brinon en 1686. Quoi qu'il en soit, les spécialistes de la monarchie britannique s'accordent à dire que God save the King date du 17è siècle à l'époque de la Maison Stuart. Ce chant à la gloire des monarques du Royaume-Uni est une véritable institution anglo-saxone, il fut même l'hymne le plus utilisé dans le monde à la grande époque du Commonwealth où la très grande majorité des pays émargeant à l'Empire Britannique n'avaient pas d'hymne propre. God save the Queen - puisque c'est une reine qui est sur le trône depuis 1952 - a aussi beaucoup nourri l'inspiration des chantres du rock du 20è siècle. Ainsi, Jimi Hendrix en livra une version très électrique lors du festival de l'Île de Wight, en 1970, tandis que Brian May en fit une adaptation pour le fabuleux albums A night at the Opéra (1975) de Queen. Pendant des années, Queen terminera d'ailleurs ses concerts par cette interprétation à la guitare de May alors que les paroles étaient entonnées en choeur par le public. Mais s'il est une version de God save the Queen qui frappa les esprits, c'est assurément celle de Sex Pistols, en 1977. Sorti à quelques jours du Jubilé d'Elisabeth II - le Silver Jubilee qui commémorait ses 25 ans de règne - en juin, God save the Queen est le second single de Sex Pistols. Ses paroles et sa pochette firent scandale et engendrèrent une polémique qui dura plusieurs semaines.

Créé en 1975 par Glen Matlock (basse), Steve Jones (guitare), Paul Cook (batterie) et Johnny Rotten (chant), Sex Pistols repose uniquement sur la provocation. Cheveux hirsutes et colorés coiffés en spikes, épingles de nourrice plantées dans le visage, grimaces déformantes, nom tendancieux, les Pistols font peur, ils dérangent l'Angleterre bien-pensante du milieu des seventies. Cependant, ils plaisent aussi à une grande frange de la population issue du Swinging London et notamment à une certaine jeunesse de plus en plus contestataire. C'est d'ailleurs la contestation ambiante qui donnera naissance au mouvement punk aux Etats-Unis, du côté de Détroit. Ce mouvement culturel qui entend remettre en question les valeurs établies(2) et faire table rase des conventions sociales traverse tôt l'Atlantique pour se développer en Angleterre. Il propose un renouveau culturel associé à la liberté totale de création mais aussi des formes d'expressions brutes, spontanées, dénuées d'entraves. Au niveau sociétal, les punks revendiquent l'anarchie, l'antimilitarisme, le végétarisme et prônent le nihilisme et le cynisme. Musicalement, quelques locomotives se dégagent, The Ramones, The Stooges, The Heartbreakers ou New York Dolls du côté américain; The Clash, The Mekons, The Membranes, Siouxsie and The Banshees et, bien entendu, Sex Pistols du côté anglais. La particularité de Sex Pistols est de n'avoir enregistré qu'un seul album, Never Mind the Bollocks, here's the Sex Pistols, mais celui-ci reste la référence majeure du mouvement punk. Sorti en juin 1977, le 33 tours est précédé de deux singles, Anarchy in the U.K., en novembre 1976, et God save the Queen, en mai 1977. Sur ce titre, Johnny Rotten se lache complètement et revisite à sa façon le chant monarchiste. C'est une institution qu'il égratigne aussi la chanson fait-elle scandale ! Comment un guignol peinturluré et tatoué avec une une épingle de nourrice dans l'oreille ose-t-il se permettre de massacrer le chant qui fait office d'hymne national britannique ? Mais ce qui heurte le plus la haute société anglaise est que Sex Pistols compare la monarchie britannique à un régime fasciste ("God save the Queen, the facist regime" en ouverture de la chanson) et qu'il n'entrevoie aucun avenir pour l'Angleterre ("There is no future in England's dreamland"). La pochette du 45 tours présente la Reine baillonnée et masquée par des bandeaux noirs sur fond d'Union Jack... Ce sont à nouveaux deux symboles du pays qui sont malmenés, ce qui s'ajoute à la déferlante de critiques qui accompagne le single. Mais à y regarder de plus près, Sex Pistols dresse-t-il une attaque en bonne et due forme de la monarchie ou, plutôt, regrette-t-il l'évolution de ce symbole britannique. Dans les paroles, Rotten dit clairement qu'il aime sa reine, qu'il désespère cependant de ce qu'elle est devenue. N'est-ce pas là un message, un appel au retour d'une reine qui représenterait mieux son pays, à la décommercialisation de ce symbole et de ce qu'il représente ? Le saura-t-on jamais car si la provocation est le recto de la carte de visite de Sex Pistols, le cynisme en est le verso...

Bien que ses membres se soient toujours défendus d'avoir prémédité la sortie du single à quelques jours du Silver Jubilee, le 7 juin 1977, jour même de ce fameux jubilé, Sex Pistols tente d'interpréter God save the Queen sur un bateau ancré dans la Tamise, près du Palais de Westminster. Cette initiative fait tâche alors que le pays fête sa reine aussi la police intervient-elle en force et procède à l'arrestation de plusieurs personnes présentes sur le bateau. Cette intervention policière trouve écho dans les médias et booste les ventes du single. God save the Queen est, finalement, le deuxième 45 tours le plus vendus d'Angleterre en 1977. Il squatte la seconde place des hit-parades officiels, y compris ceux de la BBC, pendant plusieurs semaines. D'aucuns affirment même qu'il fut le single le plus vendu de l'année mais que pour des questions politiques, il fut imposé de le déclasser dans les charts afin qu'une offense à la monarchie ne soit pas n°1... L'expression "No future" reprises plusieurs fois dans le texte est devenue le slogan officiel des punks et le magazine Sounds consacre God save the Queen comme chanson de l'année 1977. L'album Never Mind the Bollocks, here's the Sex Pistols sort à l'automne 1977 avec une nouvelle provocation, Bollocks signifiant Couilles, l'expression never mind de bollocks pouvant donc être interprétée part ne t'en bat pas les couilles. Il reste comme le premier et dernier album de Sex Pistols car s'il fit la gloire de Rotten et ses potes, il signa aussi la séparation du groupe. En plein enregistrement de l'album, Glen Matlock quitta le groupe, suite à des dissensions de plus en plus fortes avec Johnny Rotten et Malcolm McLaren, le manager du groupe. Rotten proposa de remplacer Matlock par un pote qui jouait occasionnellement de la batterie pour Siouxsie and the Banshees, John Simon Ritchie, surnommé Sid Vicious. Batteur mais pas bassiste, Sid Vicious n'a jamais touché une basse de sa vie mais s'engage à apprendre rapidement, ce qu'il ne fera évidemment pas. Vicious est un fou de la pire espèce, dépravé jusqu'à l'os. Il donnera une image forte de Sex Pistols mais le groupe ne résista pas très longtemps. Sid Vicious s'amourache d'une groupie camée profonde, Nancy Spungen, qui l'initie aux drogues dures. Il délaisse la scène et le groupe pour se consacrer à la drogue et au sexe sous l'emprise totale de Nancy. La tournée organisée aux Etats-Unis, au début de 1978, est un fiasco total, écoeuré par le comportement de Vicious et de son addiction réelle à une camée qui cherche à le détruire, Johnny Rotten quitte Sex Pistols pour fonder Public Image Limited. Steve Jones et Paul Cook créent The Professionnals, quant à Sid Vicious il s'en alla trouver l'épilogue de sa vie dissolue en poignardant, en octobre 1978, Nancy Spugen dans une chambre du Chelsea Hotel de New York avant de s'envoyer, quelques semaines plus tard, une dose fatale d'héroïne.

Sex Pistols marqua la musique du 20è siècle avec un seul et unique album duquel furent tiré deux singles. God save the Queen était l'un d'eux, il laisse une empreinte indélébile associée irrémédiablement au mouvement punk qui secoua l'Angleterre et les Etats-Unis dans la seconde moitié des années '70. 



God save the Queen

God save the Queen
The fascist regime
They made you a moron
A potential H-bomb

God save the Queen
She ain't no human being
There's no future
In England's dreamland

Don't be told what you want
Don't be told what you need
There's no future, there's no future
There's no future for you

God save the Queen
We mean it man
We love our Queen
God saves

God save the Queen
'cos tourists are money
And our figurehead
Is not what she seems

God save history
God save your mad parade
Oh Lord God have mercy
All aims are paid

When there's no future
How can there be sin
We 're the flowers in the dustbin
We're the poison in your human machine
We're the future, you're the future

God save the Queen
We mean it man
There is no future
and England is dreaming

No future, no future, no future for you
No future, no future, no future for me

Traduction

Que Dieu sauve la Reine
Le régime fasciste
Ils ont fait de toi un connard
Une bombe humaine potentielle

Que Dieu sauve la Reine
Elle n'est pas un être humain
Il n'y a pas de futur
Au pays merveilleux d'Angleterre

Ne te laisses pas dire ce que tu veux
Ne te laisses pas dire ce dont tu as besoin
Il n'y a pas de futur, il n'y a pas de futur
Il n'y a pas de futur pour toi

Que Dieu sauve la Reine
Nous le pensons mec
Nous aimons notre Reine
Que Dieu la sauve

Que Dieu sauve la Reine
Parce que les touristes c'est de l'argent
Et notre symbole
N'est pas ce qu'il doit être

Que Dieu sauve l'Histoire
Que Dieu bénisse ta parade folle
Oh Seigneur Dieu ait pitié
Toutes les échéances ont été payées

Lorsqu'il n'y a pas de futur
Comment peut-il y avoir des péchés
Nous sommes des fleurs dans la benne à ordures
Nous sommes le poison dans ta machine humaine
Nous sommes le futur, tu es le futur

Que Dieu sauve la Reine
Nous le pensons mec
Il n'y a pas de futur
Et l'Angleterre rêve

Pas de futur, pas de futur, pas de futur pour toi
Pas de futur, pas de futur, pas de futur pour moi

----
(1) ou sa version God Save the King qui est, en fait la version originale, et qui est forcément d'usage lorsque c'est un roi qui occupe le trône
(2) le anglais mot punk signifie d'ailleurs sans valeur

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 10:38

Série de l’été – 1976, The Eagles abordent un sujet grave à travers une chanson que beaucoup n’ont pas comprise…

 

serieete11---Eagles.jpgHotel California, des Eagles, qu’est-ce que l’on a emballé là-dessus du milieu des années ’70 au début des années ’80. Les murs blanchis à la chaux des boites d’ennuis de l’Espagne touristique et du sud de la Franche branchée s’en souviennent comme si c’était hier ; de nombreux couples se sont fait sur cette chanson pour se défaire quelques jours plus tard au gré des amours estivales… Et pourtant, Hotel California n’est pas un slow torride ! Combien de dragueurs de night-clubs, combien de couples qui ont eu les yeux mouillés par Hotel California savent-ils que ce hit des Eagles est une histoire d’addiction à la drogue dure et de désintoxication. C’est en effet ce qu’évoque le texte de cette chanson qui s’est vendue à plus de 29 millions d’exemplaires à travers le monde… Créé à l’aube des seventies, The Eagles est un groupe qui se revendique clairement bluegrass, une déclinaison modernisée de la musique country. Randy Meisner (basse et chant), Bernie Leadon (guitare et banjo), Don Henley (chant et batterie) et Glenn Frey (piano, guitare et chant) font vivre le groupe de façon honnête mais pas vraiment transcendante. Deux albums – The Eagles (1972) et Desperado (1973) – positionnent le groupe comme une valeur sûre de la musique californienne au même titre que les Doobie Brothers, mais loin derrière les locomotives que sont Canned Heat, The Beach Boys, Creedence Clearwater Revival et, bien entendu, The Doors qui portent au niveau international le rock de Californie. Le titre Take it Easy, issu de l’album The Eagles, connait un beau succès sur la côte ouest… En 1974, Eagles engage un troisième guitariste, Don Felder, qui va conférer un côté plus rock au groupe ce qui ne plait pas vraiment à Leadon qui s’en va quelques mois plus tard pour fonder le Bernie Leadon Band, résolument bluegrass…

 

Après le succès moyen du troisième album, One of these nights, Les Aigles entrent en studio, chez Elektra, pour enregistrer un LP intitulé Hotel California, une référence au fameux Beverly Hills Hotel, haut lieu des mondes politique, cinématographique et des affaires, sur Sunset Boulevard. La plage phare de l’album doit être New Kid in Town, un morceau tout à fait dans l’ambiance habituelle du groupe. Mais Don Felder convainc Don Henley et Glenn Frey de composer un morceau plus grave avec un sujet de fond. Felder connait un lieu, dans les quartiers moins huppés de Los Angeles, baptisé Hotel California. Il s’agit d’un centre de désintoxication qui accueille des patients loin dans leur toxicomanie et qui propose des traitements de choc… Felder parvient aussi à faire engager Joe Walsh, ancien guitariste de James Gang, pour remplacer Leadon et pour apporter un vrai plus musical à Eagles. L’enregistrement de l’album prend huit mois mais le résultat en valait assurément la peine. Jamais The Eagles n’avaient proposé quelque chose d’aussi abouti. Immédiatement, les critiques sortent de l’album la chanson éponyme Hotel California. Construite comme une histoire – celle d’un homme qui arrive à l’endroit de sa dernière chance de se débarrasser de son addiction – elle se termine sur un dialogue exceptionnel de deux minutes et dix seconde (un tiers de la durée de la chanson) entre deux guitares. Glenn Frey et Joe Walsh signent un pur moment d’extase comme il y en a peu dans l’histoire du rock. Quand on revoit le clip vidéo d’Hotel California qui fut, en fait enregistré sur scène, on peut voir que les deux hommes prennent véritablement leur pied en clôturant longuement le morceau…

Hotel California parle donc de désintoxication, et puis, vers la fin de la chanson, il y a cette phrase lourde de sens : They gathered for the feast, they stab it with their steely knives, but they just can’t kill the beast ; Ils se sont réunis  pour la fête (l’injection, moment d’extase pour le drogué en manque), ils l’ont poignardée (l’addiction) avec leur lames affutés (la seringue), mais ils ne peuvent pas tuer la bête (l’addiction), qui affirme que l’on ne peut pas guérir d’une dépendance à la drogue. On est loin de l’hôtel mythique de Sunset Boulevard !
 Grâce à cette sombre histoire musicalement parfaite l’album Hotel California est le plus vendu aux Etats-Unis. Hotel California s’est écoulé à 29 millions d’exemplaires à travers les States, c’est à dire près de deux millions de plus que le Thriller de Michael Jackson sur le sol étasunien… 29 millions d’exemplaires, cela veut dire que plus d’un Américain sur dix a acheté cet album de légende !

 

Hotel California

On a dark desert highway,
Cool wind in my hair
Warm smell of colitas,
Rising up through the air
Up ahead in the distance, I saw a shimmering light
My head grew heavy and my sight grew dimmer
I had to stop for the night


There she stood in the doorway;
I heard the mission bell
And I was thinking to myself,
’this could be heaven or this could be hell’
Then she lit up a candle and she showed me the way
There were voices down the corridor,
I thought I heard them say...

Welcome to the hotel california
Such a lovely place
Such a lovely face
Plenty of room at the hotel california
Any time of year, you can find it here

Her mind is tiffany-twisted,
she got the mercedes bends
She got a lot of pretty, pretty boys,
That she calls friends
How they dance in the courtyard,
Sweet summer sweat.
Some dance to remember,
S
ome dance to forget

So I called up the captain,
’please bring me my wine’
He said, ’we haven’t had that spirit here since nineteen sixty nine’
And still those voices are calling from far away,
Wake you up in the middle of the night
Just to hear them say...

Welcome to the hotel california
Such a lovely place
Such a lovely face
They livin’ it up at the hotel california
What a nice surprise, bring your alibis

Mirrors on the ceiling,
The pink champagne on ice
And she said ’we are all just prisoners here, of our own device’
And in the master’s chambers,
They gathered for the feast
They stab it with their steely knives,
But they just can’t kill the beast

Last thing I remember,
I was running for the door
I had to find the passage back
To the place I was before
’relax,’ said the night man,
We are programmed to receive.
You can checkout any time you like,
But you can never leave!

 

Traduction :

Sur une autoroute déserte et sombre,
le vent froid dans mes cheveux
Une odeur chaude de collita
S’élève dans les airs
Au loin, je voyais une lumière scintillante
Ma tête devenait lourde et ma vue se floutait
Je devais m’arrêter pour la nuit

Là, elle m’attendait sur le pas de la porte
J’ai entendu la cloche de la Mission
Et j’ai pensé en moi-même
Ca pourrait être le paradis ou ça pourrait être l’enfer
Elle a allumé une bougie et m’a montré le chemin
Il y avait des voix au fond du couloir
Je crois que je les ai entendues dire

Bienvenue à l’Hôtel California
Quel bel endroit
Quel joli visage
C’est plein de chambres à l’Hôtel California
A chaque moment de l’année, tu peux en trouver une

Son esprit était branché Tiffany
Elle était carrossée comme une Mercedes Benz
Il y avait un tas de beaux, très beaux garçon
Qu’elle appelait amis
Comme ils dansent dans la cour
Douce moiteur d’été
Certains dansent pour se souvenir
Certains dansent pour oublier

Alors j’ai appelé le Capitaine
S’il vous plait apportez-moi mon vin
Il a dit ‘nous n’avons plus cet alcool depuis 1969’
Et ces voix qui continuaient d’appeler au loin
Qui vous réveillent au milieu de la nuit
Pour pour les entendre dire

Bienvenue à l’Hôtel California
Quel bel endroit
Quel beau visage
Ils sont à la hauteur à l’Hôtel California
Quelle belle surprise, amenez vos excuses

Des miroirs au plafond
Du champagne rosé frappé
Et elle a dit ‘nous sommes prisonnier ici à notre demande’
Et dans les chambres principales
Ils se sont réunis pour la fête
Ils l’ont poignardé avec leurs lames affutées
Mais ils ne peuvent pas tuer la bête

La dernière chose dont je me souvienne
Je courrais vers la porte
Je devais trouver un passage
Pour revenir à l’endroit où j’étais avant (dehors)
‘Relax’ a dit le veilleur de nuit
Nous sommes programmés pour vous recevoir
Vous pouvez payer la note quand vous voulez
Mais vous ne pourrez jamais partir

 

 

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