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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 11:44

Série de l'été - 1989, le titre qui sort Depeche Mode de son image de pur produit commercial...

10-Personnal-jesus.jpegAu milieu des années '70, le mouvement punk a offert un vrai regain de créativité au rock, Ramones, The Clash, The Stooges (qui a pris le train en marche), The Damned ou Sex Pistols ont donné une nouvelle impulsion au rock qui s'effaçait lentement au profit d'un disco nettement plus commercial issu des tendances funk et soul du début de la décennie. Ces groupes ont eu une influence majeure sur la fin des seventies et sur la musique de la première moitié des années '80, sur la new wave notamment. L'on considère souvent que ce genre musical est né en 1978/1979 avec la tendance post-punk emmenée par des groupes comme Public Image Ltd - formé par Johnny Rotten, l'ex-chanteur de Sex Pistols -, Joy Division, The Psychedelic Furs ou The Cure. A l'époque d'ailleurs, les termes post-punk et new wave sont synonymes et sont utilisés pour évoquer une musique certes issue du mouvement punk mais accessible à un public plus vaste et, surtout, dominée par l'introduction de synthétiseurs et de boites à rythme, une forme de musique populaire à base de synthés, parfois appelée aussi synthpop. En fait, ce genre est un compromis intime entre la musique punk et le glam-rock adouci d'une pointe d'art-rock pour le côté expérimental dont font preuve les artistes qui ouvrent la voie de la new wave. Parmi ces groupes, deux voient le jour au même moment et dans la même écurie, sous le label Some Bizarre créé par Stevo Pearce. Soft Cell et Depeche Mode font donc leur premières armes chez Pearce qui produit, en 1981, une compilation de titres new wave intitulée Some Bizarre Album. Depeche Mode y grave le titre Photographic tandis que Soft Cell y place The girl with the patent leather face. Depeche Mode existe alors depuis quatre ans(1) et, dès l'origine, privilégie le synthétiseur et ses possibilités créatrices multiples à une époque où il n'est guère utilisé en Angleterre (ndlr seul The Who, qui l'ont introduit dès 1969 sur l'album Who's Next, utilisent fréquemment le synthé dans leurs compositions). Lorsque cet instrument devient tendance avec l'avènement du post-punk et de la new wave, ce n'est que naturellement de Depeche Mode est repéré par Stevo Pearce d'abord, par David Miller pour le label Mute ensuite. Dreaming of me, le premier single du groupe, sort en février 1981 chez Mute, rapidement suivi par New Life. Les deux titres sont classés dans le top50 des charts britanniques. Miller programme un troisième single pour la rentrée de septembre 1981. Just can't get enough est un succès international puisqu'il squatte le top10 des classements anglais, irlandais, américain, français, belge et allemand. Dans la foulée, Mute Records sort, en octobre 1981, Speak and Spell, le premier album qui installe Depeche Mode en tant que valeur sûre d'une new wave qui commence à se distinguer du post-punk. Celui-ci assure davantage l'héritage du mouvement punk et garde une vraie indépendance vis-à-vis de l'industrie musicale tandis que la new wave se veut volontairement plus populaire et liée à des labels commerciaux. Public Image Ltd, The Psychedelic Furs, The Raincoats, The Stranglers, Cocteau Twins ou Siouxie & The Banshees sont les locomotives du post-punk; Erasure, Orchestral Manoeuvre in the Dark, The Sisters of Mercy, Soft Cell, Talk Talk, Duran Duran, Spandau Ballet et, bien entendu Depeche Mode, deviennent celles de la new wave. The Cure balance continuellement entre les deux genres.

Casser l'image !

Les albums Construction Time Again (1982, qui contient notamment l'excellent Everything counts) et Some Great Reward (1984 avec People are People, Blasphemous Rumours et Master and Servant) achèvent de placer Depeche Mode au rang d'incontournable de la musique de cette première moitié des années '80. Le groupe de Basildon est connu à travers le monde et mobilise les masses à l'image de la tournée mondiale Some Great Reward Tour qui draine des dizaines de milliers de personnes et qui emmène Depeche Mode sur les routes de septembre 1984 à juin 1985. Cependant, une image commerciale colle à la peau du groupe. Avec le rythme d'un album par an et l'édition continuelle de remix des titres qui marchent le plus, cette image n'est pas tout à fait usurpée... Martin Gore essaie de s'en débarasser - probablement pas de la meilleure des manières - en refusant de participer au Live Aid, à Wembley en 1985, arguant du fait que les artistes présents l'étaient davantage pour leur promotion et leur image que pour l'aspect caritatif de la démarche. Mais pour gommer un tant soit peu l'image commerciale, Depeche Mode a réellement besoin d'un album différent; il y en aura trois ! Black Celebration (1986) est l'album du changement d'image. DM propose une image plus froide et plus proche des photos sur papier glacé des magazines, un peu comme pour se rapprocher des origines du nom du groupe. Avec Music for the masses (1987), Gahan, Gore, Fletcher et Wilder(2) tendent à démontrer qu'ils sont davantage un groupe populaire qu'un groupe commercial. Le film 101, réalisé par Donn Alan Pennebaker lors de la tournée mondiale, abonde également dans ce sens, il montre que Depeche Mode est le premier et le seul groupe de musique électronique à pouvoir remplir un stade de 70.000 places. Enfin, Violator (1989) asseoit Depeche Mode comme un vrai grand groupe du 20è siècle, le sortant de cette image de produit commercial pur...

Vers un son plus rock


Les neuf titres qui composent Violator sont composés et écrits par Martin Gore qui propose des projets minimalistes, épurés, à retravailler. C'est ensemble, avec un nouveau producteur - Mark Ellis dit Flood qui a surtout travaillé jusqu'alors avec New Order, Soft Cell et Nick Cave - que les membres de Depeche Mode travaillent aux maquettes de Gore. Des riffs de guitare sont ajoutés, des tempos sont accélérés, des sonorités inédites sont trouvées... pour faire de Violator un album totalement différent de ce que DM a présenté par le passé. C'est Personnal Jesus qui est choisie pour préfacer l'album. Le choix n'est pas innocent car avec des sonorités rock et blues ainsi que des riffs puissants, la chanson prend le contrepied de ce que l'on connait de Depeche Mode. L'idée est de surprendre le public pour annoncer un album volontairement différent. Personnal Jesus est moins synthpop, plus rock et la présence massive d'une guitare à de quoi surprendre les fans les plus acharnés. Et cela fonctionne ! Les fans du groupe sont effectivement surpris mais pas décontenancés; ils adhèrent à cette nouvelle sonorité. Personnal Jesus est une allusion à Elvis Presley et à Priscilla, cette dernière écrivant dans la biographie qu'elle consacra à son mari, Elvis and Me (1985), qu'elle surnommait Elvis My own personnal Jesus. Le texte, quant à lui, évoque les lignes téléphoniques de confession, très en vogue aux Etats-Unis.

Le single, sorti à l'été 1989, est un carton total mais Depeche Mode ne peut s'empêcher de retomber dans ses travers commerciaux assurant une campagne de promotion énorme autour de la sortie du single. Qu'à cela ne tienne, le résultat est là, il est totalement différent et a réussi à fédérer non seulement les fans de la première heure mais aussi des amateurs de rock qui se rendent compte que, finalement, Depeche Mode peut sortir du carcan de la new wave. Enjoy the Silence, en février 1990, vient conforter ce sentiment avant que l'album Violator n'achève, en mars 1990, le renouveau du groupe. Violator -15 millions d'exemplaires vendus à travers le monde - à ouvert une nouvelle voie artistique à Depeche Mode, une voie qui sera confirmée en 1993 par le superbe album Songs of faith and devotion qui proposera des sonorités gospel ainsi qu'une ambiance plus harmonique et acoustique. Si Violator a ouvert cette nouvelle voie, c'est en grande partie à son premier single, Personnal Jesus, qu'il le doit... 



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(1) créé en 1977 à Basildon, dans l'Essex, par Vince Clarke et Andrew Fletcher sous le nom Composition of Sound, le groupe deviendra Depeche Mode, en 1978, après l'arrivée de Martin Gore et Dave Gahan.
(2) Alan Wilder a remplacé, en 1982, Vince Clarke qui a quitté Depeche Mode pour former Yazoo avec Alison Moyet

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 10:00

Le Mu.ZEE d'Ostende consacre une superbe exposition à E.L.T. Mesens, fondateur du Mouvement Surréaliste belge.

dada.jpgIl a favorisé la renommée internationale de René Magritte, il était l'ami d'André Breton, de Man Ray, de Tristan Tzara ou d'Erik Satie, il a contribué à l'éclosion du Surréalisme belge, il a dirigé la London Gallery, il était collectionneur d'art et il était un pianiste de talent. Edouard Léon Théodore Mesens est l'un des artistes belges majeurs des années '30 à '70. Le Mu.ZEE lui rend hommage, jusqu'au 17 novembre prochain, à travers une exposition intitulée Het Sterrenalfabet van E.L.T. Mesens (L'Alphabet d'Etoiles d'E.L.TL. Mesens). Après avoir fait connaissance du compositeur Erik Satie, à Bruxelles en 1921, Mesens découvre Paris où le créateur des Nocturnes l'emmène voir la première exposition de Man Ray. Le photographe américain se lie d'amitié avec Mesens et l'introduit dans le milieu artistique de Montparnasse fréquenté par des gens comme Duchamp, Aragon, Eluard ou Brancusi. E.L.T. Mesens s'initie au Dadaïsme et au Surréalisme naissant, en 1924 il l'importe en Belgique et participe à la création du Groupe de Bruxelles avec Louis Scutenaire, René Magritte ou Paul Nougé notamment. Le Groupe de Bruxelles travaille en relation étroite avec les Surréalistes parisiens, certains de ses membres, comme Magritte ou Goemans, s'installent d'ailleurs dans la capitale française à la fin des années vingt. Mesens contribue au lancement de diverses publications : Oesophage (1925), Marie (1926) ou Adieu à Marie (1926) tout en collaborant à des revues parisiennes comme 391. Musicalement, il s'impose avec Garage, pour voix et piano, la mise en musique d'un poème de Philippe Soupault. En 1927, E.L.T. Mesens prend en charge la galerie Epoque où il monte des exposition de Magritte, Miro ou Man Ray avant de monter sa propre galerie, en 1931.

Mesens fonde également les Editions Nicolas Flamel afin de diffuser des écrits surréalistes et devient Secrétaire du Palais des Beaux-Arts de Buxelles où il organise, en 1934, avec le concours de Paul Eluard, d'André Breton et de l'éditeur Albert Skira, l'exposition Minotaure qui réunit des oeuvres de Braque, Matisse, Magritte, Dali, Duchamp, Picasso, Miro, Man Ray et de nombreux autres... Probablement l'une des expositions les plus prestigieuses jamais montées en Belgique. Dans le cadre de Minotaure, André Breton tient une conférence sur le thème Qu'est-ce que le Surréalisme ? véritable plaidoyer pour le mouvement qui est trop souvent perçu comme malséant et scandaleux. A cette occasion, Breton affirme les vraies valeurs des Surréalistes : la libération de l'homme à travers la libération de son esprit !

Alors que résonne le bruit des bottes nazies sur l'Europe, E.L.T. Mesens prend la direction de Londres où il dirige la London Gallery; il y présente de nombreuses expositions surréalistes et y met René Magritte en avant. Il crée le London Bulletin qui contribue à la diffusion du Surréalisme au Royaume-Uni. Après la seconde guerre mondiale, Mesens revient s'installer en Belgique et se consacre surtout au collage à partir de matériaux insolites. Il exposera à Paris, Bruxelles, Milan, Venise Knokke ou Turin avant de s'éteindre, à Bruxelles, en 1971.


Découvrir un artiste méconnu et pourtant incontournable

L' exposition Het Sterrenalfabet van E.L.T. Mesens entraine le visiteur sur les traces de l'artiste belge, dans l'univers dadaïste et surréaliste, de Bruxelles à Londres en passant par Paris. A travers divers oeuvres, collages et poèmes, un parcours chronologique de sa vie propose une approche simple mais plutôt complète de l'esprit de Mesens. Elle permet aussi de rencontrer, par le biais de certaines de leurs réalisations également présentées, des artistes qui ont marqué la vie de Mesens comme Magritte, Ensor, Picabia, Kertesz ou Man Ray. L'exposition met en lumière les différentes facette de Mesens qui, s'il est en définitive peu connu du grand public, est pourtant une référence incontournable des arts belges. Une véritable balade culturelle dans les univers dadaïste et surréaliste à voir sans hésiter si vous passez à la Côte Belge !

Het Sterrenalfabet van E.L.T. Mesens
Dada & Surréalisme in Brussel, Parijs en Londen

Du 6 juillet au 17 novembre 2013
Mu.ZEE
Romestraat, 11 - 8400 Ostende
Entrée : 7€

A propos de Mu.ZEE

Créé en 2008 sur base de la fusion du Musée des Beaux-Arts d'Ostende et du Musée d'Art Moderne de la Province de Flandre Occidentale, Mu.ZEE dispose d'une collection unique d'art belge qui couvre la période de 1830 à nos jours. Espace actif privilégiant la découverte de l'art de façon libre et spontanée, Mu.ZEE entend contribuer au développement économique et touristique de la Côte Belge par la diffusion d'art et de culture à la portée de tous, notamment à travers trois expositions temporaires annuelles qui viennent compléter l'offre permanente des lieux. L'art est un voyage, une invitation à l'évasion c'est le créneau développé par Mu.ZEE qui se présente comme un musée sur mer au coeur de celle que l'on appelle la Reine des Plages, Ostende.

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 10:44

Série de l'éte - 1947, Woody Guthrie adapte une ballade folk traditionnelle qui va connaitre une destinée hors du commun à l'opposé de ses intentions...

09-house-of-risin-sun.jpgC'est à une plongée dans l'univers musical américain de la seconde moitié des années quarante que je vous invite dans cet épisode de notre série de l'été. L'époque est au jazz, au swing et au bebop, Benny Goodman, Louis Armstrong, Glenn Miller, Artie Shaw, Charlie Bird Parker, Tommy et Jimmy Dorsey ou Dizzy Gillespie sont en haut de l'affiche tandis que les géants en devenir Thelonious Monk, John Coltrane et Miles Davis pointent à l'horizon. A côté de la tendance jazzy en vogue, on trouve des genres qui n'ont pas encore voix au chapitre, la musique folk notamment qui revendique un côté protestataire qui n'est pas vraiment en odeur de sainteté dans cette Amérique sortant de la seconde guerre mondiale. Par définition, le folk est une musique populaire et, dans un pays qui vient d'enchainer Grande Dépression et temps de guerre, la population a des préoccupations qui sont d'ordre financier. Les syndicats sont en plein essor alors que le militantisme et l'activisme noirs se développent... La chanson protestataire prend, en parallèle, de l'ampleur notamment à travers le folk. Woody Guthrie s'inscrit dans ce courant protestataire, dès son plus jeune âge il s'est impliqué politiquement n'hésitant pas à prendre position contre le gouvernement américain, en 1927, lors de l'éxécution des anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti mais aussi au moment de la transhumance des Okies, ces natifs de l'Oklahoma qui durent quitter leurs terres durant la Grande Dépression. Ses prises de positions sociales valent à Guthrie de nombreux démelés avec la justice, il est fiché par la police comme agitateur... Il convient de préciser que l'inscription This machine kills fascists (Cette machine tue les fascistes) sur sa guitare n'aide pas les forces de l'ordre à l'oublier. Son premier album, Dust Bowl Ballads (1940) gravé en 78 tours, ne contient que des chansons qui évoquent la condition précaire des travailleurs et la vie des hobos qui parcourent les Etats-Unis en quête de travail.

Pour bénéficier de davantage de liberté d'expression, Guthrie quitte la Californie où il vit depuis quelques années pour s'installer à New York. A Greenwich Village, il rencontre Pete Seeger avec lequel il fonde le groupe Almanac Singers et se produit dans de nombreux Hootenannies, des rassemblements de folkeux. En 1944, Woody Guthrie remet en cause le chant patriotique God Bless America qu'il estime trop irréaliste au regard de la situation sociale et économique de son pays. Comment un Homme brisé par la vie précaire que son pays lui offre peut-il prêter allégeance à ce pays, se soumettre à ses lois et ses valeurs ? C'est la question qui l'anime au moment d'écrire la chanson This land is your land qu'il met en musique sur une vieille ballade baptiste de 1933. Rapidement, This land is your land devient le chant des protestataires américains. Devant le succès de cette adaptation, Guthrie décide de creuser le sillon, il adapte divers vieux chants folkloriques comme I ride an old paint, Old Joe Clark, Worried man Blues ou Stewball... Parmi le répertoire qu'il aime se trouve également une ballade folk dont l'origine est incertaine, intitulée Rising Sun Blues. D'aucuns disent qu'elle a été créée par Alan Lomax en 1941 mais ce dernier confesse l'avoir adaptée d'une vieille chanson anglaise. D'autres disent qu'il s'agit d'un chant typique du Kentucky  mais un enregistrement de 1928, par Algernon Texas Alexander est retrouvé par Guthrie lorsqu'il fait des recherches autour de la chanson. Une Rising Sun est en fait, dans les états sudistes, un bordel mais Guthrie décide, pour son adaptation, de transformer la maison de passe en débit de boissons à la Nouvelle Orléans dans lequel les itinérants viennent dépenser le maigre salaire qu'ils perçoivent lorsqu'ils ont la chance de trouver une embauche temporaire. Dans son texte, Guthrie se place dans la peau d'une jeune fille qui s'est amourachée d'un hobo qui fréquente cette Maison du Soleil Levant, qui regrette sa vie et qui espère que petite soeur ne commettra pas les mêmes erreurs qu'elle.

Intitulée The House of The Risin' Sun et sortie en 1947, la version de Woody Guthrie, n'est pas la première adaptation de Rising Sun Blues, en 1943 LeadBelly, un chanteur de folk et de blues noir, présente une version qu'il baptise In New Orleans. Cependant, celle de Guthrie servira de base aux très nombreuses versions qui vont suivre et donnera son titre définitif à la chanson qui n'est gravée sur aucun album. The House of Risin' Sun devient un classique de la musique folk mais il faut attendre le début des années soixante qu'elle se popularise. Deux versions vont l'installer définitivement comme un standard de la musique américaine, celle de Joan Baez qui la grave sur son second album (Joan Baez, 1960) et, surtout celle de Bob Dylan - disciple et ami de Woody Guthrie - qui l'intègre sur son premier album (Bob Dylan, 1962). En 1964, la chanson traverse l'Atlantique lorsque The Animals l'enregistre dans une version studio remarquable. Alan Price y introduit un clavier et la voix d'Eric Burdon propulse la chanson en tête des charts anglais détrônant A hard day's night des Beatles et Route 66 des Rolling Stones.

The House of the Risin' Sun devient populaire grâce aux Animals. Diverses reprises jalonnent la fin des années soixante, à chaque fois le texte varie selon les interprètes. Hugues Aufray l'adapte en français pour Johnny Hallyday et la Maison du Soleil Levant devient un pénitencier; Nina Simone en refait une maison de passe et se place dans la peau d'une prostituée; Marianne Faithfull, Jimi Hendrix, Bobby Fuller ou The Platters y vont également de leur version. Dans les décennies suivantes, Santa Esmeralda la transforme en disco, Dolly Parton en propose une vision plus country alors qu'Alton Ellis et Delroy Wilson l'adaptent en reggae. Bon Jovi, Sinead O'Connor, Toris Amos, Muse, Toto, Wyclef Jean et quantité d'autres ajoutent ce titre à leur répertoire. On trouve encore des versions allemande, espagnole, catalane ou khmer... Ce qui était, à l'origine, une ballade folk est d'abord devenu une protest song avant de se transformer en une chanson commerciale parmi les plus bankable du 20è siècle. Les nombreuses reprises de cette chanson ont transformé The House of Risin' Sun en une manne financière à l'opposé des intentions de Woody Guthrie. 
 



09-House-of-rinsin-sur---paroles.jpg
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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 06:28

Série de l'été - 1967, le premier pas des Doors sur la voie du mythe...

08---light-my-fire.jpgL'histoire des Doors est celle d'un éclair qui a traversé la seconde moitié des années soixante foudroyant tout sur son passage à une époque où la liberté créatrice était totale et souvent assistée de substances licites et illicites. Rapide, intense et immortel, c'est par ces trois qualificatifs que l'on pourrait résumer la carrière du groupe de rock psychédélique angelien. Bien qu'ils se furent cotoyer à l'UCLA où ils étudiaient tous les deux le cinéma, la véritable rencontre entre Jim Morrison et Raymond Manzarek a lieu, sur la Plage de Venice Beach, le 8 juillet 1965. Tous les deux viennent d'obtenir leur diplôme et sont en quête d'avenir. Morrison, fasciné par Verlaine, Rimbaud, Blake et Baudelaire, s'évade souvent dans l'écriture de poèmes. Il en récite, sur la plage, quelques-uns à Manzarek qui, sous le charme de l'intensité lyrique des écrits qu'il entend, propose la création d'un groupe de rock afin de mettre ses textes en musique. Pianiste avec une formation académique, Ray Manzarek est déjà membre du groupe Rick & the Ravens qu'il a créé avec ses frères Rick et James. Morrison devient le chanteur du groupe et propose de le rebaptiser The Doors en référence au livre The Doors of Perception d'Aldous Huxley, lui-même inspiré d'une citation William Blake, l'un des poètes préférés de Morrison. "There are things known and things unknown, and between are the doors. That's what I wanna be"(1) dit-il pour justifier ce nom un peu surprenant pour un groupe de rock. Jim commence à imposer sa vision faite de mysticisme, de chamanisme, de reptiles, de philosophie et de transe sous psychotropes. Si Manzarek, adepte de méditation transcendentale, adhère à la vision, les autres membres du groupe la rejettent et s'en vont à l'exception de la bassiste Patricia Sullivan qui reste. John Densmore, le batteur du groupe The Psychedelic Rangers, fréquente les mêmes cercles de méditations que Ray Manzarek et n'hésite pas à rejoindre The Doors lorsque Manzarek le lui propose. Avec une solide formation de batteur de jazz, Densmore apporte un plus indéniable au niveau de la rythmique du groupe. Jim au chant, Pat à la basse, Ray aux orgues et John à la batterie, il ne manque qu'un bon guitariste. Ce sera, sur conseil de Densmore, Robbie Krieger, qui joua aussi avec les Psychedelic Rangers et qui peut tout jouer, du blues au flamenco en passant pas le rock et le jazz. Mal à l'aise dans le groupe, Patricia Sullivan quitte le groupe et plutôt que de chercher un autre bassiste, ce rôle est confié à Ray Manzarek qui assurera désormais la basse... à l'aide d'un clavier Fender Rhodes(2). The Doors tournent rapidement dans les bars tendances de Los Angeles, sur le Sunset Strip, The London Fog et Whisky a Go-Go où ils se font remarquer par le label Elektra dont le manager, conscient de la puissance du groupe signe un contrat pour la production de six albums. L'aventure peut commencer !

Un premier album mis en boite en une semaine...

Le groupe dispose de plusieurs chansons pour composer le premier album qui portera le nom du groupe, comme c'est souvent le cas à cette époque. The End, une longue complainte freudienne qui résulte d'une improvisation de Morrison, un soir sous LSD au Whisky a Go-Go, Break on Through, une apologie du LSD qui permet d'ouvrir les Portes de la Perception, The Crystal Ship, une chanson d'amour, Take it as it comes, Soul Kitchen, qui repose sur les sonorités peu commune au groupe d'un hard-rock naissant, Twentieth Century Fox, une métaphore de l'univers du cinéma et de la télévision, sont autant de titres rodés. Mais Jim Morrison cherche un titre nouveau, une chanson que le public n'aura pas encore entendue au moment de la sortie de l'album prévue pour la fin de l'année. Robbie Krieger propose alors une de ces composition, Light my Fire, longue ballade doucereuse qui ne cadre pas forcément avec le rock psychédélique proposé par The Doors. L'ambiance de la chanson plait à Jim Morrison mais son texte n'est pas tout à fait achevé. Aussi le retravaille-t-il pour y apporter le second couplet. John Densmore propose d'accéler un peu le tempo tandis que Ray Manzarek compose une intro à l'orgue qui s'inspire de Jean-Sébastien Bach. Ainsi retravaillée, Light my fire est devenue un ballade psychédélique de sept minutes. Pur produit de la créativité commune des quatre membres des Doors, la chanson est parfaite et est choisie pour être le premier single mis sur le marché. L'album The Doors est enregistré en une semaine à la fin du  mois d'août 1966, il est complété par la reprise d'un vieux blues de Howlin' Wolf, Back door man, et l'adaptation d'un air d'opéra écrit par Bertholf Brecht et Kurt Weill, Alabama Song.

En route vers le mythe


Sorti le 4 janvier 1967, The Doors séduit un public large et diversifié qui va des adolescents en quête de romantisme aux intellos de la Côte Est qui vantent le lyrisme des textes de Morrison en passant par les amateurs de rock psychédélique et les assidus de la Beat Generation. En avril, Light my Fire sort en single, la version est raccourcie à trois minutes pour passer en radio et en télé. Le titre entre directement au Billboard Hot 100 et y reste plusieurs mois dont à la première place durant tout le mois de juillet 1967. La chanson franchit l'Atlantique pour envahir la vieille Europe et le Pacifique pour conquérir l'Australie; The Doors deviennent mondialement célèbres avec leur premier 45 tours. Light my Fire sera reprise plus de cent fois par des artistes totalement différents, elle sera mise à toutes les sauces, version soul par Stevie Wonder, Isaac Hayes, Minie Riperton ou Al Green , version R&B par The Four Tops, version flamenco par José Feliciano, version jazz par Nancy Sinatra, version bossa-nova par Astrud Gilberto, version trip hop par Massive Attack, version disco par Victoria Abril, version psychobilly, un mélange détonant de punk et de rockabilly, par Nekromantix... Light my Fire sera traduite en italien, en espagnol, en portugais, en français, en allemand et en indien par Ananda Shankar, le neveu de Ravi. L'album The Doors est une plaque essentielle des années '60, elle introduit le groupe de Jim Morrison qui va devenir mythique; Light my fire en est le premier extrait, celui qui lancer l'exceptionnelle carrière des Doors !



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(1) "Il y a les choses connues et les choses inconnues, et entre les deux il y a des portes. C'est ça que je veux être" extrait de la biographie de Jim Morrison No one here gets out alive, de de Jerry Hopkins et Danny Sugerman (1980 Plexus Publishing)
(2) Ray Manzarek joue lors de tous les concerts des Doors simultanément de deux claviers : un orgue Vox Continental, qui donne un son particulier à la musique des Doors, et un piano électrique Fender Rhodes qui fait office de guitare basse. Pour les session d'enregistrement en studio, le groupe fera appel à de "vrais" bassistes comme Lonnie Mack, Larry Knechtel ou Leland Sklar.
 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 13:03

Série de l'été - 1991, la chanson testamentaire de Freddie Mercury...

07-the-show-mus-go-on.jpegEn février 1990, lorsqu'il apparait à la cérémonie des Brits(1) où Queen reçoit le titre de Meilleur Groupe Anglais de la Décénnie 80, Freddie Mercury est fortement marqué. Il a les traits tirés, est faible et livide. Ce sera sa dernière vraie apparition publique et dès le lendemain des rumeurs circulent faisant état que le chanteur de Queen serait atteint du Sida. Sa vie dissolue, sa bisexualité avouée et les folles nuits londonienne auxquelles il participe renforcent les bruits autour de sa maladie. La rumeur est avérée, Mercury sait qu'il est porteur du VIH depuis 1987(2), mais n'est pas officielle, elle ne le sera que la veille de sa mort, le 24 novembre 1991. D'ailleurs, fin février 1990, par voie de communiqué de presse Queen dément la maladie de son leader. Mais cette putain de maladie, elle est bien là et, depuis plusieurs mois, elle affaiblit énormément Freddie Mercury qui, malgré tout, a enregistré plusieurs chansons dans l'optique d'un nouvel album. These are de days of our lives, Innuendo, Headlong, I'm going slightly  mad et The Show must go on sont enregistrées, péniblement, entre septembre et décembre 1990. Ces chansons et quelques autres composeront le magnifique album Innuendo, qui sort en février 1991, quelques jours avant la fameuse cérémonie des Brits. Mother Love aurait également du être sur l'album mais totalement épuisé, Freddie Mercury n'aura pas la force d'enregistrer le dernier couplet. C'est Brian May qui le fera pour inclure le titre sur un album posthume, Made in Heaven, qui sortira en 1995.

The show must go on a failli ne pas être sur Innuendo pour les mêmes raisons mais Mercury voulait a tout prix qu'elle y fut, il entrevoyait probablement cette chanson, dont le texte et la musique sont de Brian May, comme son testament musical. Alors, il a puisé dans ses réserves pour enregistrer la chanson à la fin de l'année 1990. Les paroles écrites par Brian May sont pleines d'allusions à la fin proche de son ami (I'll top the bill, I'll overkill/Je tiendrai l'affiche, ça me tuera - I'll soon be turning the corner/Je prendrai bientôt le virage - My make-up may be flaking/Mon maquillage s'écaille peut-être - in the dark I'm aching to be free/dans le noir je me réjouis d'être libre) mais elles se veulent aussi réconfortantes afin de laisser une image positive du chanteur (But my smile stays on/Mais mon sourire demeure - I'm never giging in/Je n'abandonne jamais). La construction musicale repose sur un échange permanent, comme un dialogue, entre la guitare de Brian May et la voix de Freddie Mercury. La structure est un long crescendo qui demande à Mercury d'aller puiser énormément d'énergie dans ses réserves. May racontera d'ailleurs par la suite qu'il a cru, le jour de l'enregistrement, que Freddie Mercury n'aurait pas assez de forces pour mettre la chanson en boite. Mercury avala un verre de vodka d'un trait et répondit "I'll fuckint do it, Darling" ("Bordel, je vais le faire, mon Chéri")... avant d'enregistrer la chanson en une seule prise et de s'écrouler, terrassé par l'epuisement.

Jusqu'en juin 1991, Freddie Mercury profite du moindre répit que lui offre la maladie pour travailler avec Queen, notamment sur la mise en boite des clips de plusieurs chansons qui doivent être diffusée en télé. La vidéo de These are the days of our lives est la dernière qu'il peut mettre en boite, elle est tournée en noir et blanc car cela permet de masquer au maximum les ravages de la maladies sur le visage de Mercury. Les prises de vues dans lesquelles apparait le chanteur sont bouclées le 31 mai 1991, dès le lendemain Mercury se retire dans sa maison de Kensington; il n'en sortira plus ! 

Le clip de The show must go on sort en octobre 1991 alors que Freddie Mercury est à l'article de la mort. Réalisé avec des images d'archives et d'autres clips, il se veut rétrospectif de la carrière du groupe appuyant ainsi la volonté de chanson testamentaire de Freddie Mercury. Innuendo, l'utltime album de Queen du vivant de son chanteur est une plaque remarquable, beaucoup s'accordent à dire qu'elle est parmi les plus aboutiesdu groupe. Quoi qu'il en soit, pour parvenir à la proposer au public, malgré la maladie, Mercury aura travailler comme un forçat, allant au bout de lui-même et parfois plus loin pendant dix mois, entre enregistrement studio et réalisation de clips, pour laisser un album aux frontières de l'opéra et du rock dans la plus pure veine de Queen...

Freddie Mercury s'éteint chez lui, à Kensington, le dimanche 24 novembre 1991 des suites d'une pneumonie. Il avait 45 ans et avait annoncé officiellement souffrir du Sida la veille...



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(1) British Awards, souvent raccourcis en Brits,les récompenses décernées chaque années par l'Industrie du Disque Britannique
(2) voire peut-être depuis 1986 car un article du Tabloid The Sun évoquait déjà le sida après que Freddie Mercury ait passé des tests dans une clinique de Harley Street en octobre.

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 08:25

Série de l'été - 1969, Creedence Clearwater Revival crée un incontournable du rock américain...

06-Proud-Mary.jpgFondé en 1958 dans la région de San Francisco, le groupe Creedence Clearwater Revival a marqué l'histoire du rock. Avec des influences blues et country, CCR s'est positionné dans un rock sudiste inspiré du bayou et a composé quelques grands standards de la musique de la fin des années '60. Plusieurs des titres de Credence Clearwater Revival sont classés au Rock 'n Roll Hall of Fame des 500 chansons qui ont écrit l'Histoire du rock. On peut citer, notamment, Green River, The Working man, Fortunate Son, Have you ever seen the rain ou, bien entendu, Proud Mary. Cette dernière est, probablement, le titre le plus mythique d'un groupe qui aura pourtant du attendre dix ans avant d'éclore. En effet, entre la rencontre de John Fogerty et de Cosmo Clifford, dans un collège d'El Cerrito, et la sortie du premier album se seront écoulé deux lustres de galère, de concerts dans des rades de seconde zone et de petits boulots pour survivre. A l'origine, le groupe est un trio baptisé The Blue Velvet composé de John Fogerty (guitare, harmonica et chant), Doug Cosmo Clifford (batterie) et Stewart Stu Cook (basse et claviers). Tom Fogerty, le frère de John, rejoint binetôt le groupe et en devient le chanteur. The Blue Velvet est surtout un groupe de bal, il anime des soirées et joue dans des festivals locaux. Tous ses membres ont une occupation sur le côté, John Fogerty est coursier, Tom travaille à l'usine tandis que Stu Cook et Cosmo Clifford étudient à l'université de San José. En 1961, un label local de Berkeley leur propose d'enregistrer un 45 tours, ce sera Come on Baby... qui ne rencontre aucun succès ! CCR renouvellera l'expérience l'année suivante avec Yes, you did, sans plus de réussite ! Alors, le groupe continue son chemin tracé dans la zone géographique restreinte du nord de Frisco Bay.

Et pourtant, au soir d'une prestation à San Francisco, Fantasy Records propose au groupe de signer un contrat ! Fantasy est un label important qui a produit, notamment, les jazzmen Miles Davis, Chet Baker ou Charlie Parker. Dans un souci commercial, le groupe est rebaptisé The Visions, les rôles sont redistribués : John Fogerty devient le chanteur principal et le lead guitar, Tom Fogerty doit se contenter, désormais, d'être rythmic guitar, Stu Cook est recentré sur la basse et Cosmo Clifford garde son rôle de métronome à la batterie. The Visisons enregistrent quelques 45 tours... toujours sans succès. Nouveau nom - The Golliwogs - et premier succès relatif en 1965 avec le titre Brown-eyed girl qui s'écoule à 10.000 exemplaires. Ce n'est pas encore le nirvana mais c'est le plus gros succès de la bande aux Fogerty. L'idée d'un album commence à poindre mais John et Cosmo sont enrôlés sous les drapeaux. L'ombre du Vietnam plane au-dessus du groupe, mais les deux jeunes hommes ne font pas parties des milliers de jeunes soldats envoyés à Da Nang cette année là. Le groupe est en stand-by pendant douze mois et reprend dès le retour à la vie civile de Clifford et Fogerty. Ce dernier veut s'imposer sur la scène rock américaine aussi décide-t-il de prendre le leadership du groupe. Coup de chance, Fantasy Records est racheté par Saul Zaentz qui veut en faire un label plus rock que jazz. Une discussion entre Zaentz et John Fogerty sur l'avenir du groupe a lieu et il est décidé d'un nouveau départ avec un nouveau nom et un style plus marqué. Pour le style, Fogerty impose un southern rock qui va à l'encontre de la folk naissante et du rock britannique qui domine la scène internationale. Lynyrd Skynyrd est la seule locomotive de ce rock sudiste influencé par la musique country, le blues et le dixieland, qui repose sur de longs solos de guitare. Quant au nom, il doit claquer et rester dans l'oreille, le groupe choisit en concertation l'association des trois termes foi - eau claire et renaissance : Creedence Clearwater Revival. Creedence est, en fait, une allusion à un ami de John Fogerty; Clearwater est une référence à l'engagement écologique que veut prendre le groupe; Revival est une allusion aux nombreuses vies précédentes du groupe sous diverses appellations.

Proud Mary, le temps de l'explosion...

Le premier album, simplement intitulé Creedence Clearwater Revival pour imposer le nom du groupe, est gravé en 1968. Il contient cinq créations originales et trois reprises dont I put a spell on you, un rythm 'n blues de Screamin' JayHawkins, et une version étendue du vieux rock 'n roll Suzie Q de Dale Hawkins qui est diffusé en boucle par toutes les radios de la Côte Ouest des Etats-Unis. Le public découvre alors l'exceptionnel talent de guitariste de John Fogerty et le Bayou Rock qui prend le contrepied de la culture beat et du rock psychédélique très en vogue aux Etats-Unis alors et porté par des artistes comme Jimi Hendrix, The Doors, Jerferson Airplanes, The Byrds, Blue Öyster Cult, Grateful Dead ou  The Velvet Underground. CCR se positionne clairement à l'encontre de la mode de l'époque, cela se ressent encore davantage sur le second album, ne fut-ce que dans le titre de la plaque : Bayou Country. Des chansons comme Born on the Bayou, keep on Chooglin' ou Bootleg parlent de la vie des gens du sud mais un titre va rapidement s'imposer comme la chanson majeure de l'album : Proud Mary !

Proud Mary est une longue (7'45'') ballade southern rock qui évoque l'histoire,  racontée à la première personne, d'une jeune fille qui ne s'épanouit pas dans sa vie personnelle et dans les jobs miteux qu'elle doit faire pour vivre. Elle entreprend donc de descendre le Mississippi  pour aller s'installer dans le sud profond afin d'entamer une mary.jpgnouvelle vie, plus digne. Elle s'embarque donc sur un bateau à aubes qui l'emmène vers sa destinée (Big wheels keep on turnin'). Proud Mary n'est pas le nom de la jeune fille du texte mais bien celui du bateau qui l'emmène vers le sud comme le laissent entrevoir certaines paroles (Proud Mary keep on burning - Marie-la-Fière continue à bruler, les bateau à aubes fonctionnaient à la vapeur ou Rollin' on the river - roulant sur le fleuve, à l'image des roues à aubes des bateau sur le Mississippi). Par ailleurs, il existait bien un bateau à aubes baptisé The Mary Elisabeth et souvent surnommé Proud Mary, construit en 1905 et qui navigua sur le Mississippi jusque dans les années '70.

Enregistrée fin 1968, Proud Mary sort en janvier 1969 et rencontre un succès immédiat. A un point tel que  le King of the Rock 'n Soul, Solomon Burke (à qui l'on doit notamment Everybody needs somebody to love et Cry to Me) reprend le titre, quelques semaines plus tard, et en adapte le texte pour en faire une complainte d'esclaves noirs au service de riches planteurs dans le sud des Etats-Unis du 19è siècle. Ce n'est là que la première des nombreuses reprises de Proud Mary ! Elvis Presley en donne sa version l'année suivante, d'autres comme Neil Sedaka, Bruce Springsteen, Status Quo, Shaka Ponk ou Greg Jones reprendront le titre tandis que Johnny Halliday et Chimène Badi l'adapteront en français.
Mais, s'il est une reprise de Proud Mary qui a marqué l'histoire de cette chanson, c'est assurément celle de Tina et Ike Turner, en 1971. Ike & Tina en propose une version explosive qui débute sur un tempo très lent et en spoken words avant que le rythme ne s'accélère crescendo avec différents changement de rythme. Ils ajoutent des cuivres au morceau ce qui lui confère un côté plus imposant. Cette version est récompensée d'un Grammy Award en 1972.

Parfois également appelée Rollin' on the River eu égard à ces paroles du refrain maintes fois répétées, cette chanson écrite et composée par John Fogerty est un titre majeur de la fin des années '60 qui imposa définitivement Creedence Clearwater Revival en tant que valeur sûre du rock américain, qui donna ses lettres de noblesse au rock sudiste et qui influença de nombreux artistes de ce genre musical comme The Marshall Tucker Band, Atlanta Rythm Section, Molly Hatchett et, surtout, ZZTop. 



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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 08:54

Série de l'été - 1976, Adriano Celentano chante la crise écomique et la dévaluation de la lire...

05-Svalutation.jpgLes années '70 marquent, en Italie, une crise économique profonde, revers magistral du fameux Miracle Economique qui favorisa le pays durant les deux décennies précédentes. Les Italiens payent au prix fort la croissance extraordinaire de leur pays après la seconde guerre mondiale. Dès 1970, les investissements et la production chutent, une période de récession économique s'installe durablement provoquant inflation galopante, chômage en forte hausse et dévaluation importante de la lire, la monnaie italienne de l'époque. Par ailleurs, l'Italie est fortement concernée par la violence, la lutte armée et le terrorisme qui touchent l'Europe occidentale à cette époque, un phénomène de société que les Historiens nommèrent, par la suite Années de Plomb(1). Politiquement parlant, le pays est divisé en deux entre la Démocratie Chrétienne Italienne (DCI), emmenée par Aldo Moro, et le Parti Communiste (PCI) d'Enrico Berlinguer. Les élections régionales de 1975 renforcent la présence des Communistes dans différentes régions ce qui abouti au fameux Compromis Historique signé entre les deux partis forts du pays. Le PCI devait alors dans un Gouvernement de coalition dirigé par Aldo Moro mais l'hostilité de l'Eglise (dont le rejet est soutenu par le pape Paul VI en personne) et des Etats-Unis qui, Guerre Froide oblige, refusent de voir des Communistes entrer dans un gouvernement occidental, retarde l'application de ce Compromesso Storico. L'assassinat, le 9 mai 1978, d'Aldo Moro par les Brigades Rouges enterre définitivement cet accord. L'Italie baigne dans un climat tendu fait de crise économique, de violence et d'instabilité politique. Pour la population, l'époque est rude avec une monnaie dévaluée depuis la sortie de la lire du Serpent Monétaire(2) en 1973.

1973, c'est aussi l'année d'un retour au premier plan pour Adriano Celentano. Le rocker italien s'est imposé dans la seconde moitié des années '50 en important le rock 'n roll américain et en l'adaptant pour proposer des titres comme 24.000 baci (1961), Stai lontana da me (1962), Preghero (1962) ou Sabato triste (1963) qui squattérisent les premières places du hit-parade italien. Son album Non mi dir, sorti en 1962, est, forcément, un carton énorme en Italie, il connait même un succès léger dans les pays avoisinnant comme la Suisse et l'Autriche. Mais, s'endormant sur ses lauriers, Celentano connait un période creuse qui dure quasiment dix ans, à l'exception d'un nouveau n° 1 avec Azzuro, en 1968. Le rocker doit attendre pour se relancer 1973 avec une chanson au titre imprononçable et des résonnances rap (ndlr Celentano a de nouveau importé ce rythme nouveau qui voit le jour au même moment aux Etats-Unis) et reggae : Prisencolinensinainciusol qui développe un thème écologico-économique. Le titre est un succès en Italie (même s'il n'atteint pas la première place)  mais aussi en France et aux Etats-Unis.

Et Celentano devient une star de la télé italienne...

Fort de ce succès international, Adriano Celentano prépare un album axé sur les mêmes thèmes écologiques et économiques. Pour toucher le public, il faut lui parler de choses qui l'interpellent, Celentano l'a bien compris. La crise économique est le sujet qui touche le plus ses compatriotes, il l'évoquera donc ! Avec le compositeur Gino Santercole, il imagine de remettre le rockabilly à l'honneur sur un titre de l'album en préparation. Le challenge est là, il s'agit de mélanger crise économique, Années de Plomb et rockabilly pour en faire un nouveau tube... Ce tube ce sera Svalutation ! Paru en 1976 sur l'album du même nom, Svalutation parle clairement de la crise économique qui frappe durement l'Italie mais aussi de l'appatie du Gouvernement qui ne semble pas vraiment vouloir sortir le pays de cette situation. Elle évoque aussi une population qui se plaint de son manque de moyens mais qui remplit les stades de foot tous les dimanches. Svalutation obtient une honorable place dans les hit-parades italiens mais y reste pendant près de cinq mois. En France, en Suisse, en Allemagne et en Belgique également, le titre reste présent de nombreuses semaines dans les classements de ventes. Sans vraiment l'avoir voulu, Adriano Celentano devient le porte-parole de la population, il est invité à s'exprimer à la télévision sur des thèmes d'actualité, sur la crise, sur la politique ou sur la société. Finalement, cela satisfait son égo développé et il se lance ce plus en plus fréquemment dans de longs monologues militants lors d'émissions populaires de la RAI. Il est tellement populaire que la télévision publique italienne lui confie les rênes de plusieurs shows dans les années '80.

Svalutation a relancé la carrière d'Adriano Celentano pour en faire l'un des artistes les plus appréciés de la scène italienne post Années de Plomb. A 74 ans, en octobre 2012, il décide de remonter sur scène pour un double concert en plein air dans les arènes de Vérone. Son spectacle Rock Economy attire 12.000 personnes et est retransmis en direct sur Canale 5. La captation du spectacle donne naissance à ce qui est, à ce jour, son dernier album... Mais avec ce diable de Celentano, sait-on jamais !



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NB : pour rimer avec Svalutation, Celentano invente des mots, ou plutôt ajoute la terminaison ation à des mots classiques (ex Que Scontra (Quel choc) devient Que scontration (Quel chocation)

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(1) de la fin des années '60 au milieu des années '80, l'Europe du faire face à une montée d'un activisme politique d'extrême gauche marqué par un regain de violence, d'attentats, d'enlèvements et de lutte armée => Fraction Armée Rouge (dite parfois Bande à Baader), le Mouvement du 2 Juin, en Allemagne, Les Brigades Rouges et Primea Linea en Italie; l'Organisation Révolutionnaire du 17 Novembre en Grèce; les CCC et le FRAP en Belgique, Action Directe, le Mouvement Autonome ou NAPAP en France; le Mouvement Ibérique de Libération ou GARI en Espagne... 
(2) le Serpent Monétaire Européen était un dispositif économique mis en place, entre 1972 et 1978, par les pays de la CEE pour limiter les fluctuations des taux de change de leurs monnaies.

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 11:27

Série de l'été - 1994, The Cranberries rendent hommage à deux enfants victimes d'un attentat de l'IRA...

04-Zombie.jpgL'Irlande est un berceau du rock, de nombreux groupes y ont vu le jour et grandi avant de prendre un essor international. Qu'il soit d'Ulster ou d'Eire, le rock irlandais compte et a marqué le 20è siècle de ses notes et de ses accords. C'est l'Invasion Britannique - British Invasion, l'invasion musicale telle nommée, à l'aube des années '60, par des journalistes américain pour évoquer l'emprise musicale anglaise sur le reste du monde - qui amena le rock en Irlande. La Beatlemania déferle sur Dublin, Belfast, Londonderry, Limerick ou Galway et donne des envies de rock à toute une génération de musiciens qui, pour exister, devaient surtout produire de la musique traditionnelle comme le sean-nos (un chant gaélique à cappella), les ballads (des chants militants), les slow airs (des mélodies lentes non-chantées), les laments (des chansons qui évoquent des histoires tristes) ou des musiques de jig et de hornpipe qui accompagnent les danses irlandaises et celtiques classiques comme la tap dance. Quelques groupes épars montent des spectacles, appelés showbands, dans lesquels ils reprennent quelques classiques du rock et du blues américains mais sans grand public. C'est le cas, notamment, de Van Morrison ou Rory Gallagher qui, grâce à la British Invasion, connaitront bientôt une carrière internationale ouvrant la voie à quantité d'autres Irlandais. Le milieu des années '60 est aussi l'époque où s'étend le conflit nord-irlandais. Ce qui avait débuté par un Mouvement pour les Droits Civiques en Irlande du Nord, où la minorité catholique est spolliée de ses droits confessionnels par la majorité protestante, devient un véritable conflit armé entre l'Irish Republican Army (IRA), qui réclame une Irlande du Nord indépendante de la Couronne anglaise, et l'Ulster Volunteer Force (UVF), composée de fidèles a l'Union du Royaume. L'IRA(1) entreprend un véritable mouvement de révolte et entend faire tomber le gouvernement nord-irlandais, qui dépend du Royaume-Uni, avant de s'attaquer à la République d'Irlande (Eire), totalement indépendante du Royaume-Uni depuis 1922. L'idée de l'IRA est d'installer une République Socialiste d'Irlande qui regrouperait la partie sud et la partie nord du pays. Dans les années '70 et '80, l'Irlande voit apparaitre de nombreux groupes de rock : Thin Lizzy (1969), Planxty (1970), The Boomtown Rats (1975), avec Bob Geldof et Johnnie Fingers notamment, U2 (1976) bien entendu, Virgin Prunes (1977) ou The Radiators (1978) au sud; The Undertones (1975) avec Fergal Sharkey, Stiff Little Fingers (1970), The Mama's Boys (1981), The Divine Comedy (1989) ou The Corrs (1990), au nord. La plupart de ces groupes ne manqueront pas d'évoquer le conflit dans leurs albums.

En 1989, dans la banlieue de Limerick, Fergal Lawler (batterie), Nial Quinn (chant), Noel Hogan (guitare et mandoline) et Mike Hogan (basse) forment un petit groupe de rock plutôt orienté sur la parodie. Les titres composés se veulent satiriques et sont agrémentés d'une musique simple. Le groupes est baptisé Cranberry Saw US (ndlr la Canneberge nous a Vu), un nom étrange qui colle parfaitement à l'univers proposé par le quatuor.  Le groupe se produit dans des clubs peu fréquentés de Limerick et pour subsister, ses membres sont contraints d'accepter divers petits boulots dans une Irlande économiquement faible. Le manque d'ambition pousse Quinn à quitter Cranberry Saw Us dans le courant de l'année 1990 mais, avant de partir, il présente une jeune chanteuse de 19 ans au groupe. Dolores O'Riordan est toujours étudiante, elle passe une audition rapide et séduit immédiatement par sa voix et son interprétation du titre I don't want what I haven't got, de Sinead O'Connor. Noel Hogan fournit à la jeune fille la maquette d'une musique qu'il a composée et lui demande, un peu sous forme de boutade, un peu pour la tester, d'écrire des paroles pour habiller la musique. Dolores s'exécute et revient quelques jours plus tard avec Linger, une chanson qui évoque un amour adolescent qui s'étiole. Dolores O'Riordan s'installe dans le groupe, impose le raccourcissement du nom à The Cranberries (ndlr parce que Cranberry Saw Us est trop proche d'un point de vue phonique de Cranberry Sauce, sauce à la canneberge, et que cela ne correspond pas aux ambitions de la jeune femme). Avec elle, le groupe prend de l'ampleur et enregistre une première démo qui reprend Linger et une seconde chanson intitulée Dreams. The Cranberries développe une notoriété certaine dans le sud-ouest de l'Irlande et plusieurs label leur proposent un contrat. Parmi eux, Island Records qui produit U2, qui s'est imposé comme l'un des plus grands groupes mondiaux. Le choix est vite fait et, après un single plutôt discret, The Cranberries entrent en studio pour enregister un premier album : Everybody else doing it, so why can't we ?(2) qui sort au printemps 1993. Le succès n'est pas immédiatement au rendez-vous mais Island place toujours beaucoup d'espoirs dans le groupe de Limerick, surtout dans la voix de sa chanteuse, et organise une tournée américaine qui débouche sur un succès totalement inattendu. MTV diffuse le clip de Linger et les ventes de l'album décollent, aux Etats-Unis d'abord, au Royaume-Uni ensuite.

Les Canneberges évoquent un attentat de l'IRA et... explosent !


Début 1994, le premier album des Cranberries est en tête des ventes en Angleterre. Le groupe retourne en studio, Dolores O'Riordan et Noel Hogan portent entièrement le projet du second album, elle écrit toutes les paroles, il compose toutes les musique. Autant la première plaque était pop, autant ce second album intitulé No need to argue se veut plus rock. L'enregistrement se fait durant l'été 1994 et l'album sort en octobre. Pour lancer l'album, il faut un single qui doit être diffusé dès septembre, Hogan et O'Riordan imposent une chanson contestataire qui évoque le confit nord-irlandais, ils sont en effet persuadé qu'il faut aborder le sujet pour se positionner comme groupe-phare irlandais. Zombie aborde un événement précis, les attentats de Warrington, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 20 mars 1993. L'IRA place une bombe dans le centre commercial de Golden Square. Les poseurs de bombe avertissent une association caritative de l'imminence de l'explosion mais les membres de cette association ne savent pas comment réagir. A 12h12, soit 14 minutes après l'avertissement, la bombe explose tuant deux enfants et blessant 56 personnes. Beaucoup s'accordent à dire que l'IRA cherchait à tuer car l'alerte à l'évacuation qu'elle lança était fort tardive et directement adressée à des personnes qui ne savaient pas comment réagir rapidement. Tim Parry et Jonathan Ball restent sur le carreau... C'est à ces deux enfants que Zombie rend hommage !

O'Riordan choisit un titre forcément provocateur, Zombie (morts-vivants) évoque les gens qui se battent en Irlande, de la chair à canon en devenir, des vivants qui ne sont en fait que des morts en sursis. Le titre devient numéro un dans six pays (dont la Belgique, la France et les Etats-Unis). Un clip remarquable est réalisé par Samuel Bayer qui travaille surtout avec Iron Maiden, OffSpring et Garbage. Le film évoque le martyr de Saint-Sébastien qui fut exécuté par flèches. On y voit Dolores O'Riordan recouverte de peinture dorée adossée à une croix et entourée d'enfants, également dorés, armés d'arcs à flèches. Le clip intègre aussi des images d'enfants qui jouent dans les rues d'une ville nord-irlandaises triste pendant que des militaires anglais patrouillent dans les rues. Au terme d'une prestation dans le Saturday Night Live Show, émission mythique de la télévision américaine, l'animateur Dave Thompson dira qu'il vient d'assister à une performance phénoménale, l'une des plus puissantes qu'il ait jamais vue sur son plateau... Zombie devient une chanson-phare du rock irlandais et impose définitivement The Cranberries parmi les leaders du genre. L'album No need to argue, qui comprend également le superbe Ode to my family, est certifié disque d'or et de platine dans une douzaine de pays, il devient même disque de diamant (plus d'un million d'exemplaires vendus) en France. The Cranberries s'imposent comme un groupe majeur de la décennie nonante !



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NB : la date de 1916 évoquée dans le texte se rapporte à l'Insurrection de Pâques, aussi appelée Bloddy Easter (Pâques Sanglantes), le 24 avril 1916 où une manifestation de partisans irlandais dans O'Connelle Street, à Dublin et répimée dans la violence par les forces britanniques. Cela débouche sur cinq jours d'affrontement durant les lesquels on dénombrera quelque 400 morts et 2600 blessés.

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(1) Le nom officiel de l'IRA est Provisionnal Irish Republican Army, Armée Républicaine Irlandaise Provisoire car elle pensait être rapidement dissoute après avoir accompli sa mission.
(2)  A noter que le sens de l'humour est toujours présent ! Appeler un album Tous les autres le font, pourquoi ne pourrions-nous pas ? est plutôt osé mais pas dénué d'ironie...

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 09:01

Série de l'été - 1971, la révolution désabusée des Who...

03-Wont-get-fooled-again.jpg1971, Paul Simon et Art Garfunkel décident de se séparer tandis que Smile accueille son nouveau chanteur, un certain Freddie Mercury qui rebaptise rapidement le groupe londonien, Queen. L'été est funèbre avec les décès de Jim Morrison et de Louis Armstrong mais il voit aussi l'organisation du premier benefit concert qui a lieu au Madison Square Garden de New York au profit du Bangladesh, dévasté quelques mois plus tôt par le cyclone Bhola. C'est aussi en 1971 que le casino de Montreux s'enflamme et inspire Deep Purple pour la chanson Smoke on the Water qui contient l'un des riffs de guitare les plus fabuleux qui soit. Quand aux Who, ils proposent avec Who's Next leur album le plus accompli avec des perles comme Baba O'Riley, Behind blue eyes, l'extraordinaire This song is over et Won't get fooled again. A cette époque, The Who ont déjà marqué la musique de leur empreinte, en sept d'années de présence et en pratiquant un rock explosif, les banlieusards londoniens se sont imposés sur la scène anglaise et rivalisent avec les Rolling Stones et Led Zeppelin pour le titre honorifique de meilleur groupe. Le premier succès des Who, I can't explain, remonte à 1965, leur premier album, My Génération, suit dans la foulée et le titre éponyme confère au groupe le statut de valeur sûre. Roger Daltrey et Pete Townshend veulent expérimenter, proposer une vision nouvelle de la musique. Cela débouche, en 1969, sur la création de l'extraordinaire opéra-rock Tommy qui, en 24 chansons, raconte l'histoire d'un gamin traumatisé par le meurtre de son père, qui devient aveugle, sourd et muet et qui va passer par diverses expériences pour recouvrer ses sens. Savant mélange de pop et de rock, Tommy est un vrai roman musical, une histoire sensible remarquablement mise en valeur par la guitare de Townshend. Tommy est un tel succès artistique et populaire que Pete Townshend entend le prolonger par une suite à laquelle il donne le titre provisoire de Lifehouse. Le synopsis de ce second opéra-rock évoque un futur proche dans lequel le rock est prohibé et l'apanage de quelques sauvages tandis que le monde civilisé est nourri par intraveineuse et abreuvé de loisirs aseptisés dont la réflexion et le libre-arbitre sont exclus. Si plusieurs chansons centrales du projet sont tôt écrites, le financement est complexe à trouver. Quelques titres sont enregistrés à New York mais, faute d'un montage financier solide, Lifehouse est abandonné en 1970.

Cet échec laisse un goût amer à Pete Townshend qui avouera avoir été au bord du suicide tant la désillusion fut importante. Mais cet échec en est-il vraiment un ? En effet, l'abandon de Lifehouse laissent orphelines une quinzaine de chansons toutes prêtes à proposées au public. Il y a de quoi faire un album et en mars 1971, The Who reprend le chemin des studios pour peaufiner les titres existants, en retenir neuf et les graver sur un 33 tours. En huit semaines, Who's Next est mis en boite et son premier single, Won't get fooled again, sort en juin. La chanson se démarque par sa longueur, 8'38'', et par une longue intro qui repose sur des accords simples et une séquence au synthétiseur qui sert de fil rouge à l'ensemble de la pièce musicale. La batterie de Keith Moon et la ligne de basse de John Entwistle viennent se greffer au tourbillon de synthé avant que la guitare de  Pete Townshend ne viennent conclure cette intro et laisser la place à la voix de Roger Daltrey. Les autres caractéristiques majeures de la chanson sont les longs ponts musicaux entre certains couplets qui permettent aux musiciens de s'exprimer autant que le chanteur ainsi que, vers les deux tiers de la chanson, un énorme break dans lequel des synthétiseurs s'approprient l'espace musical faisant se taire les autres instruments et la voix de Daltrey. Ce break lancinant se prolonge près d'une minute et s'achève par un solo de batterie de Keith Moon ponctué du désormais célèbre cri profond de Roger Daltrey... avant que la musique ne reparte de plus belle pour un final explosif ! Dix ans avant l'avènement de la new wave et l'explosion du synthétiseur dans la musique, les Who ont introduit cet instrument dans leur construction musicale. On le retrouve dans diverses compositions du groupe comme un signe supplémentaire de ses expérimentations musicales. Un synthé dans du hard rock, c'était la marque tangible du rôle des Who en tant que précurseurs d'un son nouveau.

Si la musique de Won't get fooled again est remarquable en tout point, les paroles ne sont pas à la traine. Elles font état d'une révolution manquée ou plutôt d'une révolution qui a manqué ses objectifs puisqu'au long du texte on suit le cheminement de cette révolution qui renverse un pouvoir en place pour en réinstaller  un autre... qui repars immédiatement dans les mêmes travers que le précédent. Les deux ultimes strophes de la chanson, Meet the new boss, same as the old boss (Voici le nouveau chef, il est pareil à l'ancien chef) confirment que la révolution n'a servi à rien... Malgré ce qu'avance le titre, les révolutionnaires se sont fait berné à nouveau ! Won't get fooled again aurait du être une chanson importante de Lifehouse, celle qui annonce que le combat est perdu que la société aseptisée restera en place au détriment des sauvages et de leur rock. Elle aurait du arriver en avant-dernière position de l'opéra-rock, juste avant le final The song is over, une réflexion profonde sur la création artistique, et la place de la musique dans la société notamment.

Who's Next est considéré comme le meilleur album des Who, c'est celui dont Roger Daltrey est le plus fier a-t-il souvent répété. Pour sa part, Pete Townshend qui ne s'est jamais vraiment remis de l'abandon de Lifehouse qu'il voulait comme le sommet de sa carrière est plus circonspect pensant probablement qu'il n'est qu'un sous-produit de ce qu'aurait été Lifehouse... Quoi qu'il en soit Who's Next est l'album qui aura permis l'introduction du synthétiseur dans le rock, il a marqué toute une génération de musiciens, notamment ceux qui mettront en place le mouvement punk quelques années plus tard, et a imposé The Who comme un groupe les plus importants de l'histoire du rock.



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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 10:04

Série de l'été - 1982, un one hit wonder lancinant et répétitif qui fait un carton et qui trouve une seconde vie trente ans plus tard.

02-Da-da-da.jpgA l'aube des années '80, la New Wave allemande explose. Ce genre musical trouve ses origines en Angleterre, dans la seconde moitié des seventies, sur les cendres du punk rock. Les synthétiseurs et les boites à rythme envahissent la musique phare de cette époque, l'heure est à la synthpop et à l'électropop. Joy Division, New Order, Soft Cell, The Sister of Mercy, Depeche Mode, Yazoo, The Cure... dominent la scène anglaise mais d'autres pays voient aussi une scène new wave se mettre en place, c'est la cas de la Belgique (avec Front242, Play It Again Sam ou TC Matic), la France (Taxi Girl, Rita Mitsouko, Indochine ou Etienne Daho), les Etats-Unis (Cyndi Lauper, The Knack, Blondie, Talking Heads...) et, bien entendu l'Allemagne où Sandra, Die Krupps, Alphaville, Kraftwerk, Propaganda et Nena se partagent l'affiche de la Neue Deutsche Welle. En 1980, Stephan Remmler, Gert Krawinkel et Peter Behrens veulent une part du gâteau et crée un groupe qu'ils baptisent, sans originalité, Trio. Une batterie, une guitare, un synthé basique et voila Trio parti dans une belle aventure qui les emmène de scène en scène jusqu'à ce qu'un producteur remarque le groupe. Klaus Voormann, qui se lance dans l'aventure de la production, a un bagage musical imporant. Illustrateur, il a imaginé des pochettes d'albums dont celui des Beatles, Revolver en 1966, qui lui vaudra un Grammy Award; bassiste il accompagne le bluesman britannique Manfred Mann après avoir refusé une proposition des Moody Blues. Dans les années '70, il s'installe aux Etats-Unis et joue fréquement avec John Lennon, notamment sur les albums John Lennon/Plastic Ono Band (1970) et Imagine (1971). Lorsqu'il revient en Allemagne, en 1979, Voormann se lance dans la production musicale, sans grand succès jusqu'à ce qu'il entende Trio sur une scène hambourgeoise. Le groupe propose surtout des reprises mais dispose aussi de quelques titres propres comme Sabine Sabine Sabine ou Da Da Da Ich liebe dich nicht du liebst mich nicht aha aha aha. Voormann amène le groupe en studio pour l'enregistrement d'un 45 tours qui reprend les deux titres précités. Il est décidé de mettre Da Da Da Ich liebe dich nicht du liebst mich nicht aha aha aha, plus dynamique et qui reste dans l'oreille de façon lancinante avec ses aha aha aha sur la face A. Pour des raisons évidentes de facilité pour le public, Voormann décide de racourcir le titre en Da Da Da et le disque est lancé dans le commerce au début de l'année 1982.

Mélodie ultrasimple (trois accords), paroles répétitives, il n'en faut pas plus pour lancer Da Da Da qui se classe rapidement à la seconde place des hit-parades allemands avant de conquérir le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique et la France. La chanson devient même n° 1 des ventes en Autriche et en Suisse ! Il est temps de s'attaquer aux marchés anglophones et Voormann exporte d'abord la chanson en Australie, en Nouvelle Zélande et en Afrique du Sud où elle atteint également la première place des charts avant d'arriver en Angleterre où Da Da Da obtient une excellente deuxième place dans les charts de juillet 1982. La chanson est traduite et reprise dans plusieurs langues, en néerlandais, en français, dans une version totalement anglaise et dans une version entièrement allemande. Fort du succès de ce titre, Klaus Voormann produit un LP intitulé Trio, très (trop ?) vite enregistré qui sort dans la foulée pour surfer sur le succès de Da Da Da. Si en Allemagne, le disque se vend raisonnablement, il reste plutôt confidentiel dans les autres pays. Malgré deux autres albums studio - Bye Bye (1983) et What's the Password (1985), Trio ne retrouvera jamais le succès engendré par Da Da Da. Le groupe se sépare à la fin de l'année 1985 et chacun de ses membres tente une carrière solo sans grande envergure. Trio est considéré comme l'un de ces nombreux groupes des années '80 a avoir fait un one hit wonder à l'image Baltimora, Dexy' Midnight Runners, Double; Kazino, Gazebo ou encore Rockwell.

Une seconde vie pour Da Da Da

Trente ans après sa création, Da Da Da retrouve une seconde vie, en 2012... grâce à la publicité. En effet, plusieurs annonceurs (Citroën, Bayer, Suez, Orange...) utilisent cette chanson en toile de fond d'une publicité en télévision. D'aucuns ont imaginé que c'était parce que Da Da Da était tombée dans le domaine public mais il n'en n'est rien puisqu'une directive européenne d'octobre 1993 prévoit que les oeuvres d'artistes tombent dans le domaine public 70 ans après le décès de l'auteur. Jusqu'à preuve du contraire, Remmler, Behrens et Krawinkel sont toujours en vie... Simplement, pour  les même raisons que celle qui  avaient poussé Klaus Voormann à produire la chanson en 1982, les publicitaires l'utilisent à nouveau aujourd'hui, Da Da Da est lancinante, répétitive et reste accrochée dans l'oreille.



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