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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 10:55

Voici les réponses au quizz que je vous proposais la semaine passée...
quizz-litterature-02.jpg

1. Qui est Felicity Lemon, plus connue sous le nom de Miss Lemon ?

- La secrétaire d'Hercule Poirot
- La logeuse de Sherlock Holmes
- La cousine du Dr Jekyll

Miss Lemon est l'efficace et méthodologique secrétaire d'Hercule Poirot. Machine de précision sans état d'âme, elle est obnubilée par la précision et le classement. Son rêve ultime est d'ailleurs de créer un système de classement parfait qui porterait son nom...


2. Quelle oeuvre majeure de la littérature anglaise doit-on à Geoffrey Chaucer ?
- Robinson Crusoé
- Les Contes de Canterbury
- La version originale de Hamlet

Série d'histoires écrites en moyen anglais et en vers, au 14è siècle, The Canterbury Tales sont considérés comme la première oeuvre majeure de la littérature britannique.


3. Qui a écrit "Je me suis assis parmi les ruines de ma merveilleuse vie, écrasé par l'angoisse, décontenancé par la terreur, étourdi par la douleur" ?
- Oscar Wilde
- Bram Stoker
- Mary Shelley

Opposé aux rigueurs morales de l'Angleterre victorienne, Wilde sera confronté à plusieurs procès retentissants dont un pour grave immoralité (homosexualité, en fait) qui le fera condamner à deux ans de travaux forcés. De sa prison, il écrit une longue lettre intitulée De Profundis à son amant. Cette lettre contient le passage évoqué dans la question. 

4. A qui Sir James Matthew Barrie a-t-il fait don de tous les droits d'auteur de Peter Pan, en 1929 ?
- A la Couronne Britannique
- A l'hôpital des Enfants Malades de Great Ormond Street, à Londres
- Aux Indépendantistes irlandais

Ce droit comprenait les ventes de l'oeuvre, ses représentations en public ou ses adaptations. Il expira le 31 décembre 1987, soit 50 ans après la mort de Barrie comme le prévoyait la loi sur le droit d'auteur. Il a été rétabli en 1995 lorsque l'Union Européenne a fixé à 70 ans après la mort des auteurs le droit d'auteur. Il aurait du expiré à nouveau fin 2007 le Gouvernement du Royaume-Uni a donné un droit d'auteur perpétuel à l'hôpital l'étendant même aux diffusion télévisées.


5. Le titre du roman d'anticipation Brave New World (Le Meilleur des Monde), d'Aldous Huxley est une référence à un grand classique de la littérature britannique, lequel ?
- Le pélerinage du Chevalier Harold, de Lord George Byron
- Frankenstein ou le Prométhée moderne, de Mary Shelley
- La Tempète, de William Shakespeare

Dans la première scène de l'acte 5, lors d'une partie d'échec, Miranda s'exclame : "How many goodly creatures are there here ! How beauteous mankind is ! O brave new world ! That as such people in't" ("Combien de belles créatures vois-je ici réunies ! Combien l'humanité est admirable ! Ô splendide nouveau monde ! Qui compte de pareils habitant")

6. Qui est l'auteur de la nouvelle qui inspira Alfred Hitchcock pour son film Les Oiseaux ?
- Ian Fleming
- Robin Cook
- Daphne du Maurier

The birds, publiée en 1952 dans le recueil The birds and others stories.


7. Quel auteur anglais fit partie du POUM (Partido Obrera de Unificacion Marxista - Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) et prit part à la Guerre d'Espagne, en 1936 ?
- George Orwell
- Ian Fleming
- J.R.R. Tolkien

Par l'intermédiaire de l'Independant Labour Party, un parti travailliste de l'époque, George Orwell rejoint les milices du POUM à Barcelone où il peut laisser libre cours à son militantisme anti-impérialiste. Il participe au combat sur le front d'Aragon ainsi qu'aux Journées de Mai 1937 (Jornadas de Mayo de 1937) durant lesquelles des affrontements entre partisans de la Révolution Sociale (des trotskystes et des anarchistes surtout) et forces de l'ordre de la République espagnole (dont le gouvernement est une coalition entre la droite libérale, les socialistes, les républicains catalans et les communistes radicaux) firent plus d'un millier de morts en six jours.


8. Lequel parmi ces écrivains n'est pas né aux Indes et mort à Londres ?
- Rudyard Kipling
- D.H. Lawrence
- Williams Makepeace Thackeray

L'auteur de L'Amant de Lady Chaterley et de Femmes amoureuses était né à Eastwood, dans l'Essex en 1885 et mourut à Vence, en France, en 1930.


9. Qui est Miss Hudson ?
- La secrétaire d'Hercule Poirot
- La logeuse de Sherlock Holmes
- La cousine du Dr Jekyll

Miss Hudson est la propriétaire de la maison sise au 221 Baker Street dont l'appartement B est celui de Sherlock Holmes et du Dr John Watson qui en partagent le loyer en colocation.


10. Quel roman débute ainsi : "En 1878, reçu médecin à l'université de Londres, je me rendis à Netley pour suivre les cours prescrits aux chirurgiens de l'armée; et là, je complétais mes études. On me désigna ensuite comme aide-major pour le 5è Régiment fusiliers de Northtumberland en garnison aux Indes." ?
- Pension Vanilos, d'Agatha Christie
- Casino Royale, d'Ian Fleming
- Une étude en rouge, de Sir Arthur Conan-Doyle

Une étude en rouge, A study in scarlet en version originale, parfois traduit par Ecrit dans le sang ou encore Un crime étrange est le premier roman des aventures de Sherlock Holmes. On y fait la connaissance du personnage à travers sa rencontre avec le Dr John Watson, narrateur de l'histoire.


11. Lequel de ses trois auteurs n'a pas fait partie des services secrets britanniques ?
- Ian Fleming
- William Somerset Maugham
- Aldous Huxley

Ian Fleming servit comme Assistant au British Department of Naval Intelligence pendant la seconde guerre mondiale. Il faut notamment à la tête d'une mission qui pour avait objectif la capture de Rudolph Hess, ami intime et Conseiller d'Hitler. William Somerset Maugham est membre du British Secret Service (qui deviendra ensuite le MI5) pendant la première guerre mondiale; il s'occupait de missions de renseignements en Europe.


12. Quel auteur anglais est le plus traduit dans le monde ?
- Agatha Christie
- William Shakespeare
- Arthur Conan-Doyle

La Reine du Roman Policier, évidement ! Certains affirment que c'est Shakespeare mais, selon l'Index Translationum de l'UNESCO qui recense l'ensemble de la littérature mondiale, Agatha Christie est l'auteur le plus traduit du monde, toutes langues confondues. Elle devance Jules Verne et William Shakespeare.


13. Dans quelle nouvelle rencontre-t-on Maître Gabriel Utterson ?
- Dracula, de Bram Stoker
- L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, de Robert Louis Stevenson
- Christmas Pudding, d'Agatha Christie

Maitre Utterson est le notaire qui, lors de sa traditionnelle balade dominicale avec son cousin Richard Endfiel, passe devant une étrange demeure, celle du Docteur Jekyll. Enfield raconte alors l'histoire de Jekyll à Utterson. Gabriel Utterson apprait dès la première phrase de la nouvelle : "Monsieur Utterson le notaire était un homme d'une mine renfrognée". 


14. Quel roman décrit le parcours régressifs d'enfants livrés à eux-même et est une vision de la fragilité de la civilisation ?
- Sa majesté des mouches, de William Golding
- Peter Pan, de J.M. Barrie
- Oliver Twist, de Charles Dickens

Sa majesté des mouches rapporte de garçons anglais issus de la haute société qui entreprennent un voyage en avion. Celui-ci s'écrase sur une île déserte. Seuls survivants, un groupe d'enfants s'organise en société selon les valeurs qui leur ont été inculquées mais rapidement leur "société" éclate pour laisser place à une organisation tribale et violente autour d'un leader charismatique. Violence, sauvagerie et affrontements remplacent rapidement toute forme de civilisation ramenant les enfants à un état sauvage loin des valeurs qui étaient les leurs dans la bonne société anglaise.


15. Les Soeurs Brontë sont de véritables références de la littérature britannique. Si Charlotte et Anne ont une production importante, Emily n'a écrit qu'un seul roman, en 1847. Quel est son titre ?
- Les hauts de Hurlevents
- La recluse de Wildfell Hall
- Jane Eyre

A l'époque, ce roman choque parce qu'il va à l'encontre des conventions morales victoriennes et contient des scènes très violentes. Les hauts de Hurlevent a subi la forte concurrence de Jane Eyre, de Charlotte Brontë, sorti au  même moment mais est devenu l'un des plus grands classiques de la littérature anglaise du 19è siècle.


16. Qui fut d'abord professeur de mathématiques avant d'être ordonné diacre de l'église anglicane tout en publiant romans, poésies et nouvelles ?
- Oscar Wilde
- Lewis Caroll
- Charles Dickens

Caroll enseigna les mathématiques au Christ Church College d'Oxford avant d'envisager une carrière d'homme d'église mais, si fut ordonné diacre, en 1861, il ne termina pas son sacrement et ne devint jamais prêtre. Si ses plus grands succès littéraires restaient à venir, Lewis Caroll avait déjà écrit une bonne demi-douzaine d'ouvrages lorsqu'il fut ordonné diacre.


17. Qui est l'auteur de la série Les exploits du Professeur Challenger dont le roman Le Monde Perdu influença notamment les films Jurassic Park et King Kong ?
- J.K. Rowling
- Sir Arthur Conan-Doyle
- J.R.R. Tolkien

Contrairement à ce que beaucoup pensent, Conan-Doyle n'est pas l'auteur d'un seul personnage. Par delà Sherlock Holmes, il écrivit aussi des romans d'aventures (dont la série du Professeur Challenger qui compte cinq aventures), des romans de chevalerie, des romans napoléoniens, une quantité impressionnante de nouvelles et des ouvrages sur le spiritualisme et les contes.


18. Lequel de ces romans est épistolaire, c'est à dire que son récit repose sur un échange de correspondance entre deux ou plusieurs personnages ?
- Les pensées paresseuses d'un paresseux, de Jerome K. Jerome
- Dracula, de Bram Stoker
- La traversée des apparences, de Virginia Woolf

La structure du roman de Bram Stoker repose sur des lettres que s'écrivent différents protagonistes de l'histoire mais aussi des coupures de journaux et des extraits d'un journal intime.


19. Dans quel immense classique rencontre-t-on le fantôme de Jacob Marley ?
- Un chant de Noël, de Charles Dickens
- La Chaîne d'Amour, de Daphne du Maurier
- Le sortilège malais, de William Somerset Maugham

Il s'agit du premier des fantômes qui vient hanter Ebenezer Scrooge la veille de Noël. Jacob Marley est l'ancien associé, mort sept ans auparavant, de Scrooge. Les différents fantômes qui viennent tourmenter Scrooge ont pour mission de lui faire changer son caractère d'homme aigri et acariâtre à travers un voyage dans son histoire personnelle. Conte de Noël devenu classique, Un chant de Noël etait pourtant, à l'origine, un pamphlet anti conte de fées.


20. Quel est le thème principal abordé par Walter Scott dans Ivanhoé ?
- La condition du peuple au Moyen-âge
- Les événements qui ont conduit à la Bataille d'Hastings
- La réconciliation entre deux nations ennemies

La réconciliation est un des thèmes récurents de l'oeuvre de Walter Scott. Dans Ivanhoé, elle concerne deux peuples antagonistes, les Saxons et les Normands que le mariage de Wilfrid d'Ivanhoé, compagnon du Roi normand, et de Rowena, fille d'un Saxon, réunira autour d'une union des peuples britanniques. 


Amitiés depuis Londres !

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:41

Série de l'été - 1979, Roger Hodgson signe la complainte d'une innocence perdue...

17-The-logical-song.JPGDoit-on encore présenter Supertramp ? Groupe-phare des années '70, Supertramp continue à vivre de ses nombreux succès acquis avant que Roger Hodgson ne s'en aille, en 1983. Une tentative de réintégration de Hodgson a lieu, en 1993, lorsque ce dernier revient jouer avec Supertramp à l'occasion de l'anniversaire de Jerry Moss, fondateur de A&M Records qui produisait le groupe. Cependant, en raison du caractère bien trempé d'Hodgson qui voulait absolument redevenir le centre de Supertramp, l'essai est manqué... Supertramp est donc un vrai groupe des seventies qui connaitra encore un seul grand succès, It's rainning again (1982), par la suite. Le groupe du sud de l'Angleterre accède à la renommée dès 1974 avec l'album Crime of the century qui contient la chanson éponyme mais aussi School, dont les paroles au vitriol égratignent l'éducation à l'anglaise et, surtout, Dreamer, pierre angulaire du LP. L'album est totalement porté par Rick Davies et Roger Hodgson qui écrivent et composent tous les titres. Au vu du succès rencontré par Crime of the century, qui devient très vite disque d'or, plusieurs critiques n'hésitent pas à considérer Hodgson et Davies comme les "nouveaux Lennon et McCartney", une comparaison qui n'est pas pour déplaire aux deux leaders de Supertramp. Crisis ? What Crisis ? (1975) passe un peu plus inaperçu avant que Even in the quietest moments (1977) ne devienne disque d'or aux States et en Allemagne ainsi que disque de platine au Royaume-Uni, en France et au Canada grâce, notamment, à la chanson Give a little bit, une chanson résolument optimiste qui va à l'encontre des thèmes du rock d'alors, fortements influencés par le pessimisme ambiant du mouvement punk naissant. Le meilleur est encore à venir pour Supertramp qui s'installe alors dans la propriété de Rick Davies, à Los Angeles, pour travailler sur son prochain album. Fort de son succès américain, le groupe souhaite donner une vraie couleur US à ce prochain album dont le titre provisoire Hello Stranger est choisi en référence au fait qu'ils sont des étrangers installé aux Etats-Unis. Cependant, une des pistes de l'album porte le titre Goodbye Stranger et crée une sorte de hiatus avec le titre du LP. C'est finalement la chanson Breakfast in America qui donne son nom à l'album. Ecrite par Hodgson alors qu'il était adolescent, elle évoque un jeune homme qui rêve d'Amérique.

Si Breakfast in America, Gone Hollwood et Child of Vision apportent cette couleur américaine (plutôt ironique et railleuse de certaines institutions du pays) voulue par le groupe, c'est surtout le titre The Logical Song qui va devenir l'élément central de l'album. Musicalement, la construction fait la part belle aux orgues, aux synthétiseurs et au saxophone, elle est introduite par des castagnettes, ce qui est plutôt original pour un titre qui émarge au rock. Les paroles écrites par Roger Hodgson, sont une critique de l'éducation qui pervertit les enfants pour les faire entrer dans un moule sociétal. Les paroles évoquent le passage à l'âge adulte d'un jeune homme qui perd ainsi les illusions de son enfance, qui ne sait plus vraiment où il en est, certains évoquent même un état schizophrénique du narrateur qui a du mal à percevoir la réalité et qui tient des discours absurdes (Please tell me who I'm). Cependant, ce même narrateur garde un soupçon de réalisme puisqu'il met en garde celui qui l'écoute en disant que lorsque l'on tente de casser le moule, de sortir du chemin tracé, on est considéré comme un gauchiste (ndlr le terme Liberal est souvent associé au New Deal de Roosevelt et à l'Etat-providence qui est clairement assimilé au gauchisme par les Américains) voire un terroriste (fanatique) ou même un criminel.

The Logical Song est le premier single extrait de Breakfast in America, qui va devenir en quelques mois l'un des albums les plus vendus de tous les temps à travers le monde. Ce sont plus de 25 millions d'exemplaires de Breakfast in America qui se sont écoulés depuis sa sortie, en mars 1979. L'album est une réussite complète avec des titres comme Goodbye Stranger, Take a long way home, Breakfast in America, Child of Vision et, bien entendu, The Logical Song, il est la quintescence de l'esprit de Supertramp, une espèce de best-off de ce que le groupe pouvait faire de mieux... La sortie de l'album est assortie d'une gigantesque tournée mondiale, The Breakfast Tour, qui emmènera Supertramp sur les routes pour plus d'une année avec, en point d'orgue, le Live in Paris qui donnera naissance à un double album exceptionnel capté au Pavillon de Paris, le 29 novembre 1979.

Au terme de la tournée, une certaine forme de lassitude s'installe et Supertramp s'offre dix-huit mois de pause, il semblerait que des tensions soient nées entre Hodgson et d'autres membres du groupe. En 1982, l'album Famous last words porte un titre quelque-peu prémonitoire puisque It's raining again, Crazy et Don't leave me now sont les derniers mots écrits par Roger Hodgson qui quitte Supertramp pour se lancer dans une carrière solo.



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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 10:53

Série de l'été - 1984, rendons à Prince ce qui appartient à Prince...

16-nothing-compares-2-U.jpgCombien d'entre-nous sont-ils persuadés que l'immense succès de l'année 1990, Nothing Compares 2 U, est une chanson de Sinead O'Connor ? Beaucoup, assurément ! Mais si l'Irlandaise la popularisa sur son album I don't want what I haven't got et en fit un numéro 1 dans tous les pays anglo-saxons, c'est bien à Prince que l'on doit cette superbe ballade triste et romantique. En 1984, Prince est au sommet de son art, ses albums Controversy (1981) et 1999 (1982) ont été de grands succès aux Etats-Unis. 1999, avec des titres comme Little Red Corvette, Delirious, Let's pretend we're married ou l'interminable Automatic (9'24''), est souvent considéré comme l'un des meilleurs du Kid de Minneapolis, celui qui est à l'origine de sa légende, en tous cas. Et puis, survient le phénomène Purple Rain ! Le film, signé Albert Magnoli, est un réel succès aux Etats-Unis (ndlr il rapportera 71 millions de dollars lors de ses six premières semaines d'exploitation) bien qu'il ne soit pas un chef d'oeuvre impérissable du cinéma. Mais il est porté par une bande musicale exceptionnelle qui fait passer Prince du rang de star au rang de génie de la musique américaine. Plus que jamais, la guerre artistico-commerciale entre Prince et Michael Jackson, savamment entretenue par leur manager respectif, fait rage... Prince a envie d'autre chose aussi travaille-t-il à un projet baptisé The Family. A cette époque, The Time, le groupe de Morris E. Day vient d'exploser et de provoquer une brouille réelle entre Day et Prince, pourtant amis de longue date (Morris E. Day jouait d'ailleurs le rôle important du rival de Prince dans Purple Rain). The Family voit donc le jour sur les cendres de The Time. JellyBean Johnson (batterie), Paul Peterson (chant et basse), Jerome Benton (choeurs), tous trois ancien de The Time sont rejoints par Eric Leeds (saxophone), Suzannah Melvoin (choeur et clavier). Prince écrit et compose l'ensemble des titres du premier (et seul !) album du nouveau groupe, intitulé The Family. Et pourtant, il attribue ce travail au différents membres du groupe. Ainsi, Paul Peterson, sous son nom de scène St-Paul, est crédité de High Fashion, Desire et The screams of passion; Jerome Benton "signe" Mutiny et l'instrumental Yes avec JellyBean Johnson; Eric Leeds se voit-il attribué la paternité de Suzannah's Pajamas. Seul le titre River run Dry est-il réellement écrit par Bobby Z., le batteur de The Revolution, le groupe qui accompagne traditionnellement Prince.  Mélange de jazz, de funk, de R'&B et de soul, The Family est une plaque qui passe totalement inaperçue lors de sa sortie.

Prince a laissé son nom sur un seul titre de l'album, une chanson qui évoque un amour perdu : Nothing Compares 2 U. Peut-être pressentait-il le potentiel énorme de cette ballade ? Toujours est-il qu'il ajoute ce titre à toutes ses prestations scéniques. Il l'interprète toujours en duo avec différentes chanteuses comme Rosie Gaines, Mary J. Blige, Candy Dulfer ou Suzannah Melvoin. Le titre plait au public et est repris sur la triple compilation The Hits/T B-sides (1993) qui est un mélange de standards et de titres moins connus de l'artiste. Entretemps, Sinead O'Connor en a fait un tube planétaire avec une version empreinte de sensibilité et d'émotion sincère.

Rupture ou décès ? Peut-être les deux ... 

L'amour en question est probablement filial car le texte est écrit dans la foulée du décès de la mère de Prince, emportée par un cancer en 1984. La relation entre le chanteur ses parents a toujours été tendue depuis leur divorce, en 1968. Par ailleurs, lorsque Sinead O'Connor reprend la chanson, en 1990, c'est également en hommage à sa mère qui vient de mourir. L'amour perdu que les paroles rapportent semble plus l'être à cause de la mort qu'à cause d'une rupture... Encore que certains pensent que la chanson évoque un double événement, la mort d'un être cher et une rupture sentimentale, ce n'est pas impossible car à cette époque, le chanteur sortait d'une relation tumultueuse avec Apolonia Kotero, qui fut aussi l'actrice principale de Purple Rain.


(version en life dans The Ellen DeGeneres Show, avec Candt Dulfer au Saxo)

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 09:09

Série de l'été - 1991, le riff de mandoline le plus célèbre du rock...

15-Loosing-my-religion.jpgL'année 1991 marque la sortie de quelques très grands albums rock comme Nevermind, de Nirvana, Blood Sugar Sex Magik, des Red Hot Chili Peppers, Achtung Baby, de U2, Use your illusion I & II, de Guns 'n Roses, Innuendo, qui sera le dernier album de Queen du vivant de Freddie Mercury ou encore Metallica (aussi baptisé Black Album), de Metallica. En septembre, Dire Straits édite ce qui sera son sixième et dernier album, On every streets, tandis que Liam Gallagher, un jeune homme de 19 ans, remplace le chanteur Chris Hutton au sein d'un groupe de Manchester appelé The Rain pour en faire Oasis et jeter les bases de l'aventure que l'on sait. Dans cette année musicale importante, un groupe va s'imposer au grand public avec un album d'une rare qualité musicale mêlant rock alternatif, folk, pop et un soupçon de musique classique, Out of Time. Ce groupe n'est pas, loin s'en faut, récent puisque c'est en 1979 que Michael Stipe (chant), Peter Buck (guitare), Mick Mills (basse) et Bill Berry (batterie) se sont rencontrés et ont lancé R.E.M. (à partir de l'expression Rapid Eye Movement, une phase du sommeil paradoxal). Avec des influences protopunk et punk rock, reposant sur le jeu de guitare en arpège de Buck et des textes mystiques écrits par Stipe, R.E.M. tourne surtout sur les scènes underground du nord-est des Etats-Unis, un peu à l'image de ce que fit leur référence, The Velvet Underground. R.E.M. traverses les années '80, où le rock progressif n'est pas très tendance, en enchainant les tournées où se presse un public estudiantin avec pour corollaire une fréquence de passage importante sur les radios de campus. A l'époque, le rock alternatif traine une réputation de college rock qui le cantonne à une catégorie de public très ciblée. Pourtant, si R.E.M. séduit la scène underground et le milieu estudiantin, il se fera remarquer une première fois du grand public, en 1988, avec le titre The one I love dont le jeu de guitare remarquable de Peter Buck touche les masses étasuniennes mais aussi canadiennes et anglaises. Ce titre ouvre les portes internationales au groupe d'Athens (Georgie) qui en profite pour se positionner dans un militantisme environnemental et social qui tient à coeur à Michael Stipe. Avec des plaques comme Mother's Milk, des Red Hot Chili Pepeers ou Doolitle, des Pixies, The one I love et l'album Document qui l'intègre contribuent largement à faire émerger le rock alternatif qui quitte ainsi la scène underground pour exploser aux oreilles du grand public. Nirvana, Offspring, Smashing Pumpkins, Meat Puppet ou Pearl Jam notamment ne tarderont pas à s'engouffer dans la brèche...

Au terme d'une longue tournée internationale baptisée Green qui achève de positionner politiquement le groupe, les membres de R.E.M. décident de prendre quelques mois sabbatiques afin de récupérer. Ils se retrouvent donc au printemps 1990 pour commencer à travailler sur un nouvel album qui sera une remise en question du groupe. Aussi, le choix est-il fait de privilégier des instruments différents pour composer les musiques des titres de l'album. L'orgue et la guitare sèche sont choisis mais à cette époque, Peter Beck découvre la mandoline, un petit luth à manche court et à six cordes, très utilisé dans la musique traditionnelle napolitaine. Pour apprendre à maitriser cet instrument, Beck répète sans cesse sur des morceaux connus. Ensuite, il essaie de composer quelques airs avec sa mandoline et les enregistre afin de vérifier ses progrès. En réécoutant l'enregistement, Peter Beck a l'attention captée par quelques accords qui donnent bien, ils les imagine en intro d'une chanson. Aussi fait-il écouter ces accords au reste du groupe qui embraye... Mick Mills compose une ligne de basse largement inspirée du travail de John McVie, bassiste de Fleetwood Mac, Bill Berry trouve un tempo avec sa batterie et Michael Stipe écrit des paroles qui évoquent un homme qui perd patience dans un amour qui n'est pas réciproque et qui tourne à l'obsession. Le narrateur cherche le moindre signe qui pourrait lui faire croire que la personne qu'il aime est prête à lui rendre cet amour en retour... Il cherche en vain !  L'expression Loosing my religion est un idiome du sud des Etats-Unis qui signifie perdre confiance, elle donnera le titre à la chanson. Lors de l'enregistrement de la chanson, dans les studios Soundscape à Atlanta en septembre 1990, il est décidé d'ajouter une guitare acoustique mais aussi de faire appel à l'orchestre symphonique d'Atlanta qui apporte une touche de cordes classiques à la chanson.

Rien de religieux !


Beaucoup ont pensé que Loosing my religion évoquait une perte de foi en Dieu, cette impression fut d'ailleurs renforcée par le clip superbe, signé par le réalisateur indien Tarsem Singh, qui contient plusieurs références religieuses. La chanson fut d'ailleurs clouée au pilori par plusieurs associations catholiques américaines. Cependant, il s'agit bel et bien d'un cri de désespoir lié à un amour à sens unique. Loosing my religion contient deux références majeures, la phrase What if all these fantasies come flailing around est un clin d'oeil au dernier album de John Lennon, Double Fantasy (1980) qui sort trois semaines avant l'assassinat de l'ex-Beatle; le clip fait référence à la nouvelle Un très vieux monsieur avec des ailes immenses qui rapporte l'histoire d'un ange tombé sur terre et qui est traité comme une bête de foire par quelques hommes avides. Loosing my religion sort le 19 février 1991, en préface de l'album Out of time (mars 1991) et sera un succès énorme, restant au Billboard Hot 100 américain 21 semaines durant et envahissant le Canada, l'Australie et l'Europe. La chanson reçoit de nombreux prix, dont des Grammies et des MTV Awards. Ce succès immense étonne toujours Michael Stipe qui déclara un jour à propos de Loosing my religion : "Une chanson qui dure plus de cinq minutes ne passe normalement jamais sur les ondes radio, surtout quand l'instrument de base est une mandoline !". Mais c'est un fait avéré, la mandoline de Peter Beck a porté Loosing my religion au titre de chanson incontournable et de standard des années '90...

 



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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 10:41

Pendant mon séjour à Londres et en tant que grand fan de littérature anglaise, je vous propose de jouer avec elle à travers ces quelques questions à choix multiples.

quizz-litterature.jpg
Les réponses à ce quizz seront publiées le 15 août !

1. Qui est Felicity Lemon, plus connue sous le nom de Miss Lemon ?
- La secrétaire d'Hercule Poirot
- La logeuse de Sherlock Holmes
- La cousine du Dr Jekyll

2. Quelle oeuvre majeure de la littérature anglaise doit-on à Geoffrey Chaucer ?
- Robinson Crusoé
- Les Contes de Canterbury
- La version originale de Hamlet

3. Qui a écrit "Je me suis assis parmi les ruines de ma merveilleuse vie, écrasé par l'angoisse, décontenancé par la terreur, étourdi par la douleur" ?
- Oscar Wilde
- Bram Stoker
- Mary Shelley

4. A qui Sir James Matthew Barrie a-t-il fait don de tous les droits d'auteur de Peter Pan, en 1929 ?
- A la Couronne Britannique
- A l'hôpital des Enfants Malades de Great Ormond Street, à Londres
- Aux Indépendantistes irlandais

5. Le titre du roman d'anticipation Brave New World (Le Meilleur des Monde), d'Aldous Huxley est une référence à un grand classique de la littérature britannique, lequel ?
- Le pélerinage du Chevalier Harold, de Lord George Byron
- Frankenstein ou le Prométhée moderne, de Mary Shelley
- La Tempète, de William Shakespeare

6. Qui est l'auteur de la nouvelle qui inspira Alfred Hitchcock pour son film Les Oiseaux ?
- Ian Fleming
- Robin Cook
- Daphne du Maurier

7. Quel auteur anglais fit partie du POUM (Partido Obrera de Unificacion Marxista - Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) et pris part à la Guerre d'Espagne, en 1936 ?
- George Orwell
- Ian Fleming
- J.R.R. Tolkien

8. Lequel parmi ces écrivains n'est pas né aux Indes et mort à Londres ?
- Rudyard Kipling
- D.H. Lawrence
- Williams Makepeace Thackeray

9. Qui est Miss Hudson ?
- La secrétaire d'Hercule Poirot
- La logeuse de Sherlock Holmes
- La cousine du Dr Jekyll

10. Quel roman débute ainsi : "En 1878, reçu médecin à l'université de Londres, je me rendis à Netley pour suivre les cours prescrits aux chirurgiens de l'armée; et là, je complétais mes études. On me désigna ensuite comme aide-major pour le 5è Régiment fusiliers de Northtumberland en garnison aux Indes." ?
- Pension Vanilos, d'Agatha Christie
- Casino Royale, d'Ian Fleming
- Une étude en rouge, de Sir Arthur Conan-Doyle

11. Lequel de ses trois auteurs n'a pas fait partie des services secrets britanniques ?
- Ian Fleming
- William Somerset Maugham
- Aldous Huxley

12. Quel auteur anglais est le plus traduit dans le monde ?
- Agatha Christie
- William Shakespeare
- Arthur Conan-Doyle

13. Dans quelle nouvelle rencontre-t-on Maître Gabriel Utterson ?
- Dracula, de Bram Stoker
- L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, de Robert Louis Stevenson
- Christmas Pudding, d'Agatha Christie

14. Quel roman décrit le parcours régressifs d'enfants livrés à eux-même et est une vision de la fragilité de la civilisation ?
- Sa majesté des mouches, de William Golding
- Peter Pan, de J.M. Barrie
- Oliver Twist, de Charles Dickens

15. Les Soeurs Brontë sont de véritables références de la littérature britannique. Si Charlotte et Anne ont une production importante, Emily n'a écrit qu'un seul roman, en 1847. Quel est son titre ?
- Les Hauts de Hurlevents
- La recluse de Wildfell Hall
- Jane Eyre

16. Qui fut d'abord professeur de mathématiques avant d'être ordonné diacre de l'église anglicane tout en publiant romans, poésies et nouvelles ?
- Oscar Wilde
- Lewis Caroll
- Charles Dickens

17. Qui est l'auteur de la série Les exploits du Professeur Challenger dont le roman Le Monde Perdu influença notamment les films Jurassic Park et King Kong ?
- J.K. Rowling
- Sir Arthur Conan-Doyle
- J.R.R. Tolkien

18. Lequel de ces romans est épistolaire, c'est à dire que son récit repose sur un échange de correspondance entre deux ou plusieurs personnages ?
- Les pensées paresseuses d'un paresseux, de Jerome K. Jerome
- Dracula, de Bram Stoker
- La traversée des apparences, de Virginia Woolf

19. Dans quel immense classique rencontre-t-on le fantôme de Jacob Marley ?
- Un chant de Noël, de Charles Dickens
- La Chaîne d'Amour, de Daphne du Maurier
- Le sortilège malais, de William Somerset Maugham

20. Quel est le thème principal abordé par Walter Scott dans Ivanhoé ?
- La condition du peuple au Moyen-âge
- Les événements qui ont conduit à la Bataille d'Hastings
- La réconciliation entre deux nations ennemies

Essayez de résoudre ce QCM sans l'aide de Wikipédia, ce sera plus amusant !

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 11:11

Série de l'été - 1977, plongée dans la Trilogie Berlinoise d'un David Bowie en quête de rédemption...

14-heroes.jpgAlors que la remarquable exposition qui lui était dédiée s'achève à Londres(1), il est probablement inutile de rappeler que David Bowie est l'un des artistes les plus éclectiques du 20è siècle. Pionnier et influenceur majeur, le Londonien est une référence incontournable de la musique qui inspira bon nombre de chanteurs et d'acteurs qui se revendiquent d'ailleurs de son charisme. Précurseur audacieux, Bowie a changé le visage de la musique en développant un certain individualisme radical qui ne le fait ressembler à aucun autre chanteur. Bowie n'a jamais fait ce que les autres font, il a toujours cherché à innover, à surprendre, à créer et à tendre vers l'originalité. Cette méthode de travail a emmené le chanteur sur différents chemins dont tous n'ont pas eu, disons-le, le même intérêt. Ainsi, la trilogie dance des années MTV - Let's Dance (1983), Tonight (1984) et Never Let me Down (1987) - est assurément moins aboutie que la production des années psychédéliques (Space Oddity, 1969) ou de la période glam rock (avec notamment The Man who sold the world, 1970, The rise and fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars, 1971, ou encore Diamond Dogs, 1974). Tout au long de sa carrière, qui est loin d'être achevée comme le démontre l'album The next day sorti en mars dernier, David Bowie a voyagé entre divers styles musicaux allant du rock progressif à la musique soul en passant par le funk, le art-rock, la new wave et, bien entendu, le glam rock.

Au milieu des années '70, Bowie est au sommet de la gloire. Ses albums cartonnent - Ziggy Stardust se vend à plus d'un million d'exemplaires -, il vient d'obtenir un rôle important dans le film L'homme qui venait d'ailleurs (1976, Nicola Roeg) et, à travers la tournée Station to Station et son personnage du Thin White Duke, il impose son image de dandy en quête permanente d'esthétisme. A cette époque, le succès grise Bowie et lui fera complétement perdre la tête. Les abus d'alcool, de cocaïne et de sexe plongent sa vie privée dans le trente-sixième dessous et il fait autant la une des médias pour ses créations artistiques que pour ses frasques en tous genres. Un délire mystique permanent causé par des excès de coke, une ambigüité sexuelle provocatrice, et des positions bizarres vis-à-vis du nazisme(2) cassent son image et déclenchent une véritable tornade médiatique à son encontre. Aussi Bowie a-t-il besoin de se racheter une conduite et une image. Il choisit alors de s'expatrier, avec Iggy Pop, à Berlin comme pour exorciser l'image de nazi qui lui colle à la peau (il est totalement boycotté par les radios et télévisions israéliennes) d'où il dit regretter ses comportements dictés par l'abus de drogue et d'alcool et nie avoir un quelconque fond nazi. A Berlin, David Bowie passe inaperçu dans la foule, contrairement à Londres ou à Los Angeles, mais il y a aussi un nouveau courant musical qui se développe, un son industriel influencé par la musique électronique dont le groupe Kraftwerk est le précurseur avec le LP Autobahn (1974). Bowie adore cet album et entend partir à la découverte de cette musique afin d'en extraire la moelle pour l'adapter à sa façon.

Stratégies obliques et cut-ups !

Brian Eno, ancien claviériste de Roxy Music, devenu producteur se trouve aussi à Berlin et Bowie l'initie au krautrock et à la musique industrielle des Tangerine Dreams, de Can, de Neu! et de Kraftwerk. Rapidement, les deux hommes commencent à travailler sur un album qu'ils veulent avant-gardiste. Pour ce faire, Eno met en place ce qu'il appelle ses stratégies obliques, c'est à dire que chaque musicien reçoit un "ordre de mission" lui intimant la façon dont il doit interpréter sa partition, certains devront jouer "comme s'ils venaient d'échapper à une catastrophe", d'autres devront amplifier certains sons, d'autres encore devront s'arrêter net en plein millieu de leur travail, cela crée une ambiance musicale unique. Bowie, pour sa part, introduit la technique du cut-up littéraire chère à William S. Burroughs. Les phrases de la chanson sont découpées en segments et réassemblées de façon totalement aléatoire, ce qui donne des paroles insensées et sans rime. Iggy Pop apporte sa contribution en faisant les choeurs sur le titre What in the World. L'ensemble génère un album baptisé Low qui sort le 14 janvier 1977, qui est totalement novateur mais qui n'est encore que le préface de Heroes... En effet, Berlin et ses séquelles de la guerre encore bien présentes - à commencer par le Mur - sont une source d'inspiration unique pour Bowie qui, à peine sorti de studio pour Low, se remet à l'écriture de chansons pour un nouvel album qu'il escompte encore sortir cette même année. Dix titres composeront cette nouvelle plaque berlinoise, parmi lesquels une longue ballade planante de six minutes intitulée "Heroes" qui donne son titre à l'album et qui évoque une histoire d'amour sur fond de guerre froide.

Love story on the Berlin Wall


"Heroes" est un savant mélange de thèmes punks, comme le désabusement, le manque d'espoir et le défaitisme, et de romantisme évoqué par une histoire d'amour qui semble impossible entre les deux personnages de la chanson. L'on peut imaginer l'histoire comme une version moderne de Roméo et Juliette dans laquelle les Montaigu et les Capulet seraient les blocs de l'ouest et le bloc de l'est en pleine époque de la Guerre Froide. Les deux amants sont réunis pour une courte période (just for one day) et essaie de voler du temps ensemble, sachant bien qu'ils devront se séparer, que leur bataille est perdue dans cette guerre moderne qui sépare les gens selon des idéologies. Leur romance est vouée à l'échec à moins que de se comporter en héros et tenter de fuir, au risque de mourir abattus par les gardes du mur. Mais, en définitive, le réalisme prend le pas sur l'héroisme lorsqu'il termine en lui conseillant de ne pas rester... Dans le titre de la chanson (et de l'album), Bowie place le terme héros entre guillemets car il ne correspond pas du tout à l'image romanesque du héros sans peur et sans reproche. Lui boit et ne témoigne pas d'un courage à toute épreuve, elle est mesquine. Il y a donc une certaine ironie dans l'aspect héroïque des personnages de cette ballade rock.

Lors de l'enregistrement de la chanson, en juillet et août 1977, aux studios Hansa-by-the-Wall de Berlin, trois micros furent utilisés pour capter la voix de David Bowie. Placés à des endroits différents, ils captent le son de manière différentes, le montage de la chanson se fera sur base des trois micros et de la réverbération naturelle du studio créant ainsi une ambiance unique.  "Heroes" est considérée comme l'une des meilleures chansons britanniques de tous les temps, elle met l'album éponyme, qui sort mi-octobre 1977, sur orbite et réinstalle David Bowie au firmament du rock anglais. En quête de rédemption suite à ses excès de 1975 et 1976, Bowie puise dans son génie - le mot n'est pas trop faible lorsqu'il s'agit de qualifier le talent de Bowie - pour imaginer un album remarquable, Low, et un album exceptionnel, "Heroes". Il achèvera sa Période Berlinoise par un troisième album, Lodger (1979), de la même trempe. A l'aube d'une nouvelle vague naissante, plusieurs groupes allemands et anglais vont s'inspirer de cette magnifique trilogie berlinoise pour imposer la New Wave et la Neue Deutsche Welle... 



14-Heroes---paroles.jpg


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(1) ndlr il vous reste 4 jours pour voir cette expo au V&A Museum !!!
(2) un bras levé en l'air, en public à Victoria Station, une déclaration dans PlayBoy qui qualifie Hitler de première une rock star et une arrestation par des douaniers en possession de livres qui traitent du nazisme.

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 09:50

Série de l'été - 1982, Jeff Porcaro confirme qu'il est l'un des meilleurs batteurs du monde...

14-Rosanna.jpgA l'été 1976, David Paich, fils du célèbre chef d'orchestre Marty Paich, et son ami Jeffrey Porcaro ont déjà pas mal bourlingué dans le microcosme angelien de la musique. A 22 ans, ils ont travaillé en studio avec Boz Scaggs et sur les albums Pretzel Logic (1974) et Katy Lied (1975) du groupe de jazz fusion Steely Dan. Forts de cette expérience, ils décident de monter leur propre groupe. Les deux hommes réunissent donc quelques musiciens de L.A. pour former Toto. Ce nom est choisi parce qu'il est simple a retenir, qu'il reste dans l'oreille et parce qu'en latin, toto signifie entier mais également universel dans l'expression in toto orbe terrarum. Jeff Porcaro (batterie), David Paich (claviers et chant), Steve Luthaker (guitare), Bobby Kimball (chant), David Hungate (basse) et Steve Porcaro (claviers et chant) trouvent rapidement un accord avec CBS Record pour l'auto-production d'un premier album, Toto bénéficiera des studios de CBS mais financera l'album en reversant une quote-part des éventuels bénéfices à CBS. Paich compose la grande majorité des titres de ce premier LP simplement titré Toto et dont sort un single qui cartonne, Hold the Line. Quatre millions d'exemplaires de Toto sont écoulés, la carrière du groupe est lancée comme une météorite. Le public américain découvre la maestria de Luthaker et le génie de Jeff Porcaro qui impose sa batterie comme un instrument majeur du groupe. Les deux hommes sont sollicités par des grands noms pour intégrer leur backing group en studio; Lionel Richie, Paul McCartney, Michael Jackson, Joe Cocker, Elton John, Eric Clapton et Earth, Wind & Fire, notamment, font appel à eux dans les années qui suivent. Peut-être Porcaro et Luthaker en font-ils trop pour les autres et pas assez pour Toto car les deux albums suivants, Hydra (1979) et Turn Back (1981) ne sont pas à la hauteur des espérances suscitées par Toto. Aussi, David Paich recadre les deux hommes, Toto doit être leur priorité ! Pour les motiver, il les implique davantage dans la création des titres de l'album en préparation qui sera intitulé Toto IV, comme pour mieux revenir à l'ambiance de Toto, le seul réel succès du groupe. Paich, Porcaro et Luthaker écrivent et composent ensemble Afraid of love qui est prévue pour être la piste principale de l'album. Luthaker écrit et compose I won't hold you back et co-écrit Good for you avec Bobby Kimball; Jeff Porcaro travaille sur We made it et Africa avec David Paich. Les autres membres du groupe sont également impliqués, à des degrés divers, sur les chansons qui complète le LP, ainsi Steve Porcaro se charge-t-il des paroles et de la musique de It' a feeling.

Paich, qui était jusqu'alors, le créateur majeur des titres de Toto, décide donc de laisser davantage d'espace aux autres membres du groupe. L'idée est lumineuse car l'ensemble des chansons est une réussite. Mais cela lui laisse aussi davantage de temps pour se consacrer à une chanson qu'il a envie d'écrire, une chanson d'amour qui sort un peu du cadre habituel proposé par Toto dans ses premiers albums. L'inspiration, Paich la trouve dans son entourage, dans celui de Steve Porcaro plus exactement. A cette époque, le second claviériste de Toto fréquente une jeune actrice que l'on a pu voir dans More American Graffiti (1979, Bill L. Norton), la suite du classique réalisé par George Lucas en 1973, et S.O. B. (1981), la comédie musicale de Blake Edwards qui sera récompensée d'un Golden Globe : Rosanna Arquette. Celle-ci inspire fortement David Paich pour les paroles de Rosanna. La chanson est une véritable déclaration d'amour à une femme qui s'en est allée dont Paich dira qu'elle ne s'adressait pas à Rosanna Arquette. Il reviendra sur ses paroles quelques années plus tard devant l'évidence car à cette époque, le couple Porcaro/Arquette s'était brisé...

Le véritable intérêt de Rosanna est le rythme que va lui imposer Jeff Porcaro. Paich compose la musique pour lui conférer un côté rock mais Porcaro y insuffle un shuffle typique du blues voire du jazz, quelques touches de ska et de nombreuses ghost notes, des notes fantômes qui résultent de percussions très faibles des baguettes sur les peaux. Très techniques et pas à la portée du premier batteur venu, ces notes permettent d'enrichir le tempo de Rosanna et confirment l'incroyable maitrise de Jeff Porcaro à la batterie. Rosanna donne d'ailleurs naissance à un shuffle particulier, articulé autour de ghost notes et baptisé Shuffle Porcaro, du nom de son créateur.

Rosanna devient la piste principale de Toto IV, avec Africa, et grimpe jusqu'à la seconde place du Billboard 100 (Africa atteindra la première place) et est récompensé de plusieurs Grammies dont celui de la Meilleure Chanson Américaine de l'année, du Meilleur Arrangement Instrumental et du Meilleur Arrangement Vocal. La chanson devient la référence de Toto, elle est la seule à figurer parmi la play-list de tous les concerts du groupe... Toto IV permet au groupe des frères Porcaro de retrouver sa place au sommet du rock américain. Des Porcaro qui ajouteront encore un peu plus d'emprise sur Toto en y intégrant leur bassiste de frère Mike qui remplace, à l'issue de la sortie de Toto IV, David Hungate qui s'éloigne du groupe pour s'occuper davantage de sa famille.



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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 09:12

Série de l'été - 1957, The Killer collectionne les provocations...

13-Great-balls-of-fire.jpgParmi les pionniers du rock 'n roll on peut citer Chuck berry, Eddie Cochran, Bill Haley, Elvis Presley, Little Richard ou Fats Domino mais aussi Jerry Lee Lewis qui développe un style énergique et rapide tant dans son débit de paroles que dans son accompagnement au piano. Il est le premier à jouer debout, à martyriser son clavier pour en sortir des sons puissants. Il sera aussi le premier rocker à détruire son instrument sur scène, en y mettant le feu... Lewis mena longtemps une vie dissolue faite d'alcool et de drogue, se mettant à dos toutes les ligues de vertu américaines dans les années '50. Le paroxysme étant atteint lorsqu'il épouse, en 1958, la fille de son cousin, Myra, qui n'a que 13 ans...  Non seulement, Myra est mineure mais Jerry Lee Lewis a déjà été marié à deux reprises sans que le second ces deux mariages n'ait été officiellement dissous. Il est donc poursuivi pour ce mariage douteux mais reste uni à Myra jusqu'en 1971 (ndlr il la réépousera officiellement après le prononcé du divorce d'avec Jane Mitchum, sa seconde épouse). Cependant, ses disques sont interdits d'antenne, les ventes s'écroulent et ses concerts se vident. Jusqu'au divorce, la carrière de Lewis est au point mort à l'exception d'une prestation notoire au Toronto Rock 'n Roll Revival Festival, en septembre 1969, où il se produit avec Chuck Berry, Bo Didley et John Lennon. Pour vivre, Lewis est obligé d'enregistrer album sur album, il met en boite une vingtaine d'albums pendant sa période creuse qui dura treize années. Et pourtant, avant son mariage avec Myra, Jerry Lee Lewis était à l'aube d'une carrière prometteuse. En 1956, il  commence a enregister, chez Sun Records qui produit également Elvis Presley, des reprises de titres qui ont cartonné. Au printemps 1957, Jerry Lee Lewis propose, dans une boite de nuit où il se produit, une version très rock 'n roll de Whole Lotta shakin' goin' on, un rythm 'n blus de Roy Hall qui avait été popularisé, en 1955, par Big Maybelle. La version énergique avec un piano agressif chantée par Lewis déchaine les spectateurs aussi Sun propose-t-il de la graver sur un 45 tours qui sort le 22 mai 1957. Invité au fameux Steve Allen Show, Jerry Lee Lewis reproduit sa prestation énergique devant des millions de téléspectateurs... Les ventes du single s'envolent !

Quelques mois plus tard, Jerry Lee Lewis récidive avec l'enregistrement de Great Balls of Fire, une chanson écrite par Jack Hammer et Otis Blackwell (ndlr on doit également à ce dernier des standards comme Fever ou Don't be cruel) dont le titre fait scandale. En effet, l'expression great balls of fire est une  locution sudiste qui est employée pour marqué l'étonnement ou la stupeur, d'aucuns l'assimilent à la locution Good Heavens (Bonté divine). L'expression évoque un passage du Nouveau Testament relatif à la Pentecôte et à la venue du Saint-Esprit (ndlr "des langues de feu leur apparurent séparées les unes des autres et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit" - acte 2 Versets 1-4). Dans le contexte de la chanson, l'expression Great balls of Fire pourrait être traduite par J'ai été touché par le Saint-Esprit. Aussi lorsque la version de Jerry Lee Lewis déboule dans les hits-parades américains et qu'elle envahit les ondes radios et les shows télévisés, les ligues chrétiennes, les prédicateurs et autres évangélistes montent au créneau et hurlent au blasphème, d'autant plus que la chanson parle d'une fille qui excite le narrateur au point que celui-ci envisage une relation charnelle avec elle... des paroles plus qu'osées pour 1957 ! En dix jours, il se vend plus d'un millions d'exemplaires du 45 tours, les jeunes s'arrachent Great balls of fire tandis que leurs parents maudissent son chanteur. En deux chansons, Jerry Lee Lewis est au sommet, il impressionne Elvis Presley qui est envieux de l'énergie de son collègue des chez Sun Records et qui regrette de ne pas maîtriser le piano comme lui. Et puis, Lewis s'amourache de la fille de son cousin et l'épouse au mois de décembre 1957, dans le plus grand secret. Quelques mois plus tard, au printemps 1958, alors qu'il est en tournée en Angleterre, Jerry Lee Lewis voit son secret percé à jour par Ray Berry, un journaliste qui diffuse l'information tant en Europe qu'aux Etats-Unis. A son retour aux USA, Jerry Lee Lewis est blacklisté, il est interdit de radio et de télévision et disparait de la scène médiatique. Sun Records lui garde sa confiance et il peut continuer à enregistrer des disques tout en se produisant sur des scènes de seconde zone.

Celui que l'on surnommait alors The Bad Boy ou The Killer avait une confiance aveugle en son talent, son génie même. Son arrogance naturelle l'a cloué au pilori et contraint au bannissement musical et social pendant treize longues années. Son entourage l'avais mis en garde contre ce mariage qui allait à contre-courant de la moralité et des lois, qui ne pouvait que nuire au chanteur. Son goût de la provocation a pris le dessus sur la raison et l'a amené à faire fi des mises en garde. Jerry Lee Lewis a foncé en pleine connaissance de cause la tête dans le mur de la moralité, il s'est fracassé mais s'est lentement relevé pour fédérer à nouveau les foules par son style unique. Aujourd'hui encore, à bientôt 78 ans, il donne des concerts en se faisant le plaisir de mélanger ses grands hits à des standards de la country musique qui a toujours été sa passion première...



12-great-balls-of-fire---Paroles.jpg
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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 11:41

Série de l'été - 1971, le chef d'oeuvre de Led Zeppelin...

11-stairway-to-heaven.jpegL'année 1971 est une année importante pour le rock, nous l'avons déjà évoquée, notamment à travers le titre des Who Won't get fooled again dans cette série. L'album Led Zeppelin IV est l'une des références incontournables de cette année 1971. Avec quelque 37 millions de copies vendues à travers le monde, il est même le 14è LP le plus vendus de tous les temps. Assez paradoxalement, sa chanson phare - Stairway to Heaven qui est devenu l'un des titre culte de Led zeppelin - n'est jamais sortie en single, en effet Jimmy Page et Robert Plant n'ont jamais voulu isoler cette chanson de son album. Constitué à Londres, en 1968, par John Bonham (batterie), John Paul Jones (basse et claviers), Robert Plant (chant) et Jimmy Page (guitare), Led Zeppelin est considéré comme l'un des pionniers du heavy metal et du hard rock en général. La qualité du quatuor repose sur la qualité de chacun de ses membres et leur complémentarité exceptionnelle, ces quatre là étaient nés pour jouer ensemble ! Plant dispose d'une voix remarquable qui peut grimper des les octaves, Page maitrise les riffs de guitare comme personne et est considéré comme l'un des meilleurs guitaristes anglais, Jones impose un jeu de basse qui forge le respect tandis que Bonham est, assurément, l'un des génies de la batterie avec une approche unique tout en groove avec des solos impressionnants qui pouvaient aller jusqu'à 20 minutes, aux baguettes ou à mains nues. Led Zeppelin s'impose dès son premier album (Led Zeppelin, début 1969) comme une des locomotives d'un hard rock naissant puisant ses racines dans le rock et le blues des années '50. Les prestations scéniques de Led Zep' sont uniques, lors d'une tournée aux USA les groupes qui devaient suivre refusent de monter sur scène après une démonstration époustouflante sur Dazed and Confused qui est transformée en pièce musicale de plus de trente minutes. La prestation est tellement impressionnante que Page, Plant, Jones et Bonham doivent garder la scène pour palier à la démission de deux autres groupes qui refusaient de succéder à ce moment d'anthologie.  

Après un second album, Led Zeppelin II (fin 1969), qui assoit le groupe et qui est considéré par les hard-rockers des années '70 et '80 comme la référence ultime avec des titres comme Whole Lotta Love, Heartbreaker ou Ramble On (qui évoque Le Seigneur des Anneaux de Tolkien), le groupe prépare immédiatement une troisième plaque. Vivre vite, travailler vite pour surfer sur la vague du succès, tel semble être le crédo de Led Zeppelin. En décembre 1969, Plant et Page s'isolent au Pays de Galles pour travailler sur les textes des chansons de Led Zeppelin III qui doit être enregistré au printemps suivant. Travailler vite... un peu trop peut-être car l'album est rapidement conçu et il est enregistré dans différents studios à Londres, à Memphis et dans le Hampshire. Led Zeppelin III ne séduit pas le public habituel car il contient davantage de ballades folks que de heavy metal. Loin d'être mauvais, l'album détonne dans la discographie du groupe londonien et ne cartonne pas autant que ses deux prédécesseurs. Au Pays de Galles, Page avait composé rapidement une mélodie qu'il avait abandonnée car l'album en préparation était complet. Mais cette mélodie lui reste dans la tête et il la ressort lors de la préparation de Led Zeppelin IV. C'est John Bonham qui saisit le premier l'intérêt de la musique écrite par Page, elle peut être retravaillée, améliorée, mais la base est celle d'un grand morceau en devenir. Page et Bonham adaptent la mélodie de base avec une intro lente à la guitare suivi d'un crescendo musical qui se termine en un hard rock pur et dur avec de longs riffs de guitare. Le projet est présenté à John Paul Jones qui y ajoute une ligne de basse. Les trois hommes bossent sans répis toute une nuit, ils décident d'ajouter de la flûte sur l'intro et d'allonger le solo de guitare pour l'amener à quelque cinq minutes (ndlr en live, ce solo montent parfois même jusqu'à 8'30''). Le lendemain matin, ils présentent la compositon musicale à Robert Plant qui est immédiatement séduit. Il ne manque que des paroles... Plant va les écrire en deux heures !

Controverse satanique

Ces paroles se veulent critiques de l'individualisme et du matérialisme d'une société anglaise en plein consumérisme. Plant puise dans la mythologie celtique (La Reine de Mai, déesse celtique du renouveau, l'ouest vers où le narrateur regard est le Pays du Sid où vivent les Dieux et les héros, l'oiseau qui chante qui est le porteur des messages du Pays du Sid, le Monde-Meilleur... ) pour raconter l'histoire de cette femme qui achète un chemin vers un endroit où elle pourra trouver - et posséder - tout ce dont elle a envie. Cet escalier vers le paradis est la porte ouverte vers un consumérisme à outrance que le narrateur tente d'empêcher en ramenant la femme à la raison; il lui demande de suivre le joueur de flûte qui doit la conduire vers la raison, vers un monde sans consommation. La chanson - qui ne comporte pas de refrain - s'achève sur une note désabusée mais réaliste puisque la femme achète son escalier vers le paradis... A noter en fin de texte cette phrase intéressante qui joue sur le terme rock 'n roll lorsque Plant chante To be a rock an not to roll (Pour être un roc qui ne roule pas) et qui pourrait aussi être un clin d'oeil à la chanson Like a rolling Stone de Bob Dylan qui évoque également une femme qui aime l'argent et la possession et qui finit dans la misère.

Cette critique du consumérisme ambiant du Swinging London a pourtant été interprétée par certains comme une ode à Satan inspirée par l'intérêt de Jimmy Page pour les sciences occultes. Des associations religieuses ont même été jusqu'à affirmer que si l'on écoute la chanson à l'envers on y perçoit des messages de dévotion à Satan... Robert Plant a toujours démenti cette perception des paroles qu'il a écrites, quant à Peter Grant, le manager du label Swan Song Records créé par Led Zeppelin pour produire ses album, il se contente de déclarer laconiquement à ce propos : "Nos platines ne tournent que dans un seul sens : à l'endroit !"(1).

Stairway to Heaven fut un tel succès qu'il en est devenu réducteur pour Led Zep', beaucoup associent automatiquement ce titre au groupe sans retenir le reste de la production exceptionnelle de Page, Plant, Jones et Bonham qui, jusqu'en 1980 année du décès de John Bonham et de dissolution du groupe, offrirent huit albums exceptionnels qui, ensemble, collectèrent quelque 87 disques de platines à travers le monde... Plant en arriva a détester cette chanson et à refuser de la jouer lors de certains concert tant elle fut réductrice du travail de Led Zeppelin. Le magazine Rolling Stones classe Stairway to Heaven à la 31è place des plus grandes chansons de tous les temps, Metallica, Frank Zappa, Pat Boone et Mary J. Blige notamment l'ajoutent à leur répertoire tandis que l'Orchestre Symphonique de Londres en propose une version philarmonique.



11-Stairway-to-heaven---parole.jpg


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(1) in The Hammers of Rock, la saga de Led Zeppelin, par Stephen Davis, William Morrow & Co Editions, 1985

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 05:08

La série Sherlock est une adaptation particulièrement réussie des aventures du héros fétiche de Conan-Doyle !

sherlock.jpgSherlock Holmes fait encore partie, de façon ponctuelle, de l'actualité ! Ainsi, nous évoquions hier l'influence que le détective consultant a eue sur le développement de la police scientifique moderne (lire à ce propos Elémentaire, mon cher Grissom !) tandis que de nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision le remettent régulièrement au goût du jour... Pas toujours avec brio, disons-le ! Ainsi, l'adaptation signée Guy Ritchie, en 2009, était totalement anachronique avec le canon holmesien (lire En dehors du canon !), sa suite n'était pas meilleure tandis que le troisième volet évoqué est pour l'instant au point mort, ce qui n'est pas une mauvaise nouvelle en soit. La série américaine Elementary ne fait guère mieux en dénaturant l'oeuvre de Conan-Doyle puisque le Dr Watson devient une femme tout comme le Professeur Moriarty que les "créateurs" de la série ont tout simplement assimilé à Irène Adler... Par contre, s'il est une adaptation de Sherlock Holmes qui mérite que l'on s'y attarde, c'est assurément celle produite par la BBC et créée par Mark Gatiss et Steven Moffat, les scénaristes de Dr Who, une autre excellente série. Les deux hommes, véritables fans du personnage, ont transposé les aventures de Sherlock Holmes au 21è siècle, les adaptant à l'environnement du troisième millénaire sans pour autant les dénaturer. La Deux a eu l'excellente idée de rediffuser les deux premières saisons de la série en juillet, offrant ainsi une éclaircie dans la grisaille télévisuelle de la période de vacances.

Tout l'esprit du canon holmesien au 21è siècle

Holmes et Watson sont donc présentés dans un contexte contemporain mais l'esprit des personnages et l'ambiance de la série sont bien conservés. Ainsi, Sherlock Holmes reste ce sociopathe égotiste, limite autiste, imaginé par Conan-Doyle, disposant d'un esprit analytique exceptionnel qui lui permet de faire des déductions qui échappent au commun des mortels. Esprit supérieur, capable de mémoriser des milliers de détails, imbu de sa personne, accro (au tabac dans cette adaptation plutôt qu'à la cocaïne comme dans l'oeuvre originale), violoniste de talent, le Holmes du 21è siècle connait, à l'image de son modèle, toutes les rues de Londres et a recours à des SDF pour être ses yeux et ses oreilles dans la ville. Quant au Dr John Watson, il reste le compagnon d'aventures parfois snobé ou négligé mais aussi le narrateur des enquêtes de Sherlock Holmes; concession aux NTIC, il les raconte à travers un blog et non plus à travers des feuilletons publiés dans les journaux. Blessé en Afghanistan(1), il rencontre Holmes alors qu'il cherche à se loger et devient rapidement le collaborateur en charge des aspects pratiques du détective. Watson reste, pour sa part, ce personnage intègre et loyal imaginé par Conan-Doyle. Comme dans l'oeuvre originale, Holmes est passionné de science et n'hésite pas à recourir aux nouvelles technologies pour faire résoudre les énigmes qui l'attirent. Dans le canon holmesien, il avait recours au microscope et au morse; dans la version du 21è siècle il privilégie internet et le smartphone... Homme de réflexion, il est capable de rester prostré des heures durant, seul, à réfléchir à un problème. Homme d'action, il n'hésite pas à faire le coup de poing car il dispose de réelles aptitudes pour le combat rapproché.

Le Professeur James Moriarty, ennemi intime de Sherlock Holmes, est particulièrement bien rendu dans cette série. Moffat et Gatiss ont davantage insisté sur l'aspect psychopathique du personnage qui est, lui aussi, d'une intelligence nettement supérieure à la norme. Obsédé par l'idée d'affronter Holmes et de le ridiculiser, Jim (diminutif de James qui fait plus moderne) Moriarty est manipulateur et prêt à tout, y compris à mourir, pour contrecarrer son ennemi. Le personnage est particulièrement mis en valeur par Andrew Scott dont le jeu d'acteur est impressionnant dans ce rôle. On retrouve enfin tous les personnages secondaires comme l'Inspecteur Lestrade dont le sentiment envers Holmes est partagé entre respect et irritation, Mrs Hudson, la logeuse d'Holmes et Watson, mère de substitution pour les deux célibataires endurcis(2), Mycroft Holmes, le frère ainé de Sherlock, membre influent des services secrets britannique en conflit permanent avec lui, ou Molly Hopper, employée à la morgue du St-Bartholomew Hospital, solitaire en manque d'affection et amoureuse transie du détective. L'esprit de tous ces personnages est parfaitement conservé dans la série qui prend davantage de liberté avec les intrigues, en mêlant parfois plusieurs histoires pour en faire une seule, c'est le cas de l'épisode Le banquier aveugle (S1.2) qui est un concentré de La Vallée de la Peur et des Hommes Dansant, de l'épisode Le Grand Jeu (S1.3) qui regroupe Les cinq pépins d'orange, Le traité naval et Le dernier problème. Cependant, il convient de préciser que ce mixage de différentes nouvelles, qui s'explique aussi par le format de la série (90 minutes), est tout à fait cohérent et reste fidèle à l'esprit d'Arthur Conan-Doyle.

Véritable succès, la série a été diffusée dans 180 pays (ndlr sur les 197 reconnus par l'ONU), Holmes est une adaptation moderne tout à fait remarquable, peut-être même la meilleure des nombreuses adaptations de l'oeuvre majeure de Conan-Doyle, dont on recense quand même quelques 260 films ou téléfilm. On dit souvent qu'adapter c'est trahir, dans ce cas précis, de trahison il ne peut être question tant la transposition est réussie. Même l'aspect physique de Sherlock Holmes est parfait; Conan-Doyle le décrit comme un homme grand, mince, au visage émacié, aux pommettes saillantes et aux cheveux noirs bouclés. L'acteur benedict Cumberbatch fut choisi, notamment, parce que son physique correspond à la description physique du Sherlock Holmes originel. Beaucoup d'adaptations présententent un Holmes âgé ou entre deux âges. Ainsi, dans la série de films réalisée entre 1939 et 1946, Basil Rathbone (référence holmesienne s'il en est !) campe un Sherlock Holmes dans la cinquantaine; Chrisopher Lee est dans la quarantaine lorsqu'il joue le détective dans Sherlock Holmes et le collier de la mort (1964, Terrence Fisher); pareil pour Robert Stephens dans La vie privée de Sherlock Holmes (1970, Billy Wilder). Même Robert Downey Jr porte bien sa quarantaine dans les dernières adaptations cinématographiques. Et pourtant, lorsqu'il apparait dans sa première aventure, Une étude en rouge (1887) dont l'action se situe en 1881, Sherlock Holmes est âge de 27 ans... Cumberbatch, même s'il est largement trentenaire lors du lancement de la série, donne l'impression d'un Sherlock Holmes plus jeune, plus conforme à l'original.

Certaines critiques font état d'une action un peu lente, mais n'était-ce pas aussi le cas dans les récits originaux ? Quant aux Holmesiens, ils confirment la haute qualité de cette adaptation. La société Sherlock Holmes de France mentionne sur son site internet que la série "repose sur un rythme très soutenu. [...] Un grand nombre de détails canoniques"(3). Les auteurs ont même réussi à intégrer le fameux deerstalker, cette casquette à double visière que l'on associe irrémédiablement à Sherlock Holmes alors qu'il ne l'utilisait que rarement, pour des déplacements à la campagne. Ceci dit, intégrer un deerstalker dans une série qui se déroule au 21è siècle est un bel exercice qui a été brillamment résolu par Steven Moffat et Mark Gatiss. Quant à la prestigieuse Sherlock Holmes Society of London, elle n'hésite pas à affirmer que "C'est tout que la Société attendait et même plus encore !"(4).

Bref, Sherlock est un série de très haute qualité, fidèle au canon holmesien, à consommer sans modération ! D'autant plus que, alors que le tournage de la troisième s'est achevé et qu'elle sera prochainement diffusée sur la BBC, une quatrième saison a été annoncée, sur RadioTimes.com, par Benedict Cumberbatch...

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(1) parfois l'histoire et la politique servent la littérature puisque dans le canon holmesien Watson est renvoyé en Angleterre après avoir été blessé lors de la bataille de Maiwand, en Afghanistan, en juillet 1880; dans la version adaptée par Moffat et Gatiss, Watson est blessé lors du conflit en cours en Afghanistan, qui a débuté en 2001 et dans lequel les troupes britanniques sont impliquées en tant qu'alliées des Etats-Unis.
(2) dans le canon holmésien, John Watson épouse Mary Morstan dans Le Signe des Quatre (1890) mais cette aventure n'est pas encore adaptée dans la série, on nous l'annonce pour la troisième saison, dont le tournage vient de s'achever.
(3) on www.sshf.com, consulté le 28 juillet 2013
(4) on www.sherlock-holmes.org.uk, consulté le 28 juillet 2013

A lire également cette biographie succincte de Sherlock Holmes

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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