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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 19:24

Parce que l'Angleterre aussi est un pays de fromages...

British-Cheese.jpgOn parle souvent des fromages de France, de ceux de Hollande ou des fromages belges... mais l'Angleterre est aussi un pays de fromages, on en trouve de plus en plus et de très grande qualité. L'erreur fondamentale serait de résumer le fromage anglais aux sempiternelles tranchettes de Cheddar emballées que l'on utilise pour se faire un croque-monsieur à la va-vite ou sur un hamburger. Pourtant, cette erreur grossière beaucoup la commettent... surtout nos amis français dont quantité sont encore persuadés que seul leur pays fait du (bon) fromage ! On trouve trace de fromages en Angleterre depuis la conquête romaine. De tous temps, le climat humide anglais a favorisé les prés à l'herbe grasse qui donnent un lait de vache ou de chèvre de grande qualité et, par corollaire, du fromage de grande qualité !


Avant la seconde guerre mondiale, les nombreuses variétés de fromages du Royaume-Uni étaient faites à la ferme par les femmes de fermiers mais la restriction alimentaire liée au deuxième conflit mondial à contraint les fermiers à livrer une grande partie de leur lait aux coopératives locales qui le redistribuaient à la population. Moins de lait dans les fermes, moins de fromages confectionnés par les fermières... A n'en point douter, la seconde guerre mondiale a contribué à la diminution du nombre de variétés de fromages anglais, certaines ont totalement disparu à l'époque. Il faudra attendre la sortie de la crise économique liée à la reconstruction du pays (surtout le sud-est) pour voir la production de fromages augmenter et se diversifier à nouveau. Il est à noter que l'on trouve une indication géographique (nom du comté ou de la région de fabrication) dans le non de tous les fromages anglais.

Si vous faites un sondage autour de vous et que vous demandez de citer le nom de deux ou trois fromages anglais, vous obtiendrez comme réponses principales, le Cheddar, le Stilton et, éventuellement pour quelques personnes, le Cottage cheese voire le Cheshire... Mais le plateau de fromages britanniques ne s'arrête pas à ce carré, loin de là ! Je vous propose, sans être exhaustif, de relever quelques-uns des fromages qui font le bonheur des Anglais... et de plus en plus d'Européens qui les découvre.

Les pâtes dures

Le Cheshire : au lait de vache, il est dense et très friable. Produit dans le nord-ouest de l'Angleterre (Cheshire, Denbigshire et Staffordshire) ainsi que dans un conté voisin du Pays de Galles, le Flintshire. Le Cheshire est fabriqué au moins depuis le 16è siècle, on en trouve trace dans des documents datés de 1580. Fromage au goût puissant, on trouve aussi une version bleue.

Le Cheddar : Fromage jaune pâle au goût très prononcé, le Cheddar est produit dans la ville éponyme du Somerset (ouest de l'Angleterre). Il existe désormais une AOC pour le West Country Farmhouse Cheddar mais de nombreuses versions (pas toutes d'excellentes qualités) sont produites en Angleterre mais aussi au Canada, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, en Nouvelle Zélande, en Australie ou en Irlande. Seul celui produit dans le Somerset est couvert par l'AOC. Le Cheddar est le fromage le plus vendu au monde, au Royaume-Uni, il représente même près de 51% des ventes de fromages. On trouve certains Cheddar de couleur plus orangée, cette couleur est obtenue par l'adjonction de colorants alimentaires. Le vrai Cheddar est jaune pâle ! Sa force va de doux à extra-fort et est liée à sa durée de maturation.

Le Coquetdale : a pâte mi-dure et au lait de vache, ce fromage mature pendant dix semaines pour se parer d'une croute jaunâtre. Produit dans le Northtumberland, dans l'extrême nord de l'Angleterre, il doit son nom à la rivière Coquet et se présente sous la forme d'un fromage riche, doux et crémeux.


Double Gloucester : double car produit à partir d'un mélange de deux laits de vache dont le taux de crème est différent, celui de la traite du matin et celui de la traite de l'après-midi, il s'agit d'un fromage à pâte semi-dure que l'on pourrait rapprocher de la Tomme de Savoie par sa saveur riche et sa pâte moelleuse. Il est fabriqué dans l'ouest de l'Angleterre depuis le 16è siècle.

Le Lancashire : originaire du nord-ouest de l'Angleterre, le Lancashire est un fromage au lait de vache à pate dure qui se décline selon trois variété : le Creamy (crémeux) dont l'affinage varie de deux à quatre semaines et qui présente une texture moelleuse; le Crumbly (friable) dont l'affinage varie de six à huit semaines et qui présente une pâte friable et cassante; le Tasty (savoureux) dont l'affinage varie de 12 semaines à deux ans dont la texture est ferme et le goût est prononcé aux saveurs de noisettes.

Le Sage Derby : produit dans le Derbyshire (centre) à partir de lait de vache, il s'agit d'un fromage très doux sans croute dont la particularité est qu'il contient de la sauge, ajoutée au lait caillé, qui lui confère un goût unique. A l'origine, au 17è siècle, il n'était fabriqué que pour la fin des moissons et pour la Noël, on le trouve désormais toute l'année.

Le Red Leicester : originaire du Leicestershire, en plein coeur de l'Angleterre, il s'agit d'un fromage au lait de vache à pâte pressée. Produit depuis le 18è siècle, il présente une teinte orangée tirant sur le rouge obtenue par l'adjonction de jus de carotte ou de betterave lors du processus de fabrication. Il est affiné entre trois et neuf mois selon la force souhaitée (smooth, semi-mature ou mature).

Le Newport 1665 : fromage fumé à base de lait de vache cru produit dans le shropshire (ouest de l'Angleterre), il tire son nom de l'incendie qui ravagea la ville de Newport en 1665. Primé au World Cheese Award en 2007, le Newport 1665 présente un goût doux et fumé unique dans le panel des fromages anglais.

Le Wensleydale : fromage à pâte semi-dure ou dur produit à l'origine par des moines cisterciens au 13è siècle, il fut fabriqué jusqu'à la seconde guerre mondiale et a disparu à cause du rationnement du lait. Produit à nouveau, dans le North Yorkshire (nord de l'Angleterre), depuis les années '70, il est fait à base de lait de vache ou de brebis et présente une texture très friable. Sa production a failli s'interrompre dans les années '90 mais le dessin animé Wallace & Gromit (c'est le fromage préfére de Wallace) a relancé ses ventes... On trouve aussi un version bleue du Wensleydale.


Les pâtes molles

Le Stinking Bischop : son nom (Evèque Puant) est révélateur, ce fromage au lait de vache et à pâte lavée présente une forte odeur due au lavage de la croute avec du cidre de poire plusieurs fois durant l'affinage de huit semaines. Sa texture peut aller jusqu'au crémeux, son goût est plutôt doux au regard de son odeur. Créé en 1972 dans le Gloucestershire (ouest de l'Angleterre), le Stinking Bishop est l'un de ces fromages qui sont apparus après la crise qui a touché la Grande-Bretagne après la secondre guerre mondiale.

Le Parlick Fell : fromage fabriqué dans le Lancashire (nord-ouest de l'Angleterre) à partir de lait de brebis à pate semi-molle et friable, il presente un goût de noisette.

Le Sussex Slipcote : produit uniquement dans l'ouest du Sussex (comté du sud-est de l'Angleterre sur la Manche), ce fromage au lait de brebis existe depuis le Moyen-âge. Son goût est léger et sa texture est d'autant plus crémeuse qu'il est affiné longtemps.

Le Waterloo : similaire au Brie de Meaux, ce fromage est fabriqué à partir du lait non-pasteurisé des vaches de l'Ile de Guernesey, dans la Manche. Produit dans le Berkshire (sud de l'Angleterre), il est affiné de quatre à dix semaines.

Le Swaledale : produit dans le North Yorkshire (nord de l'Angleterre) à partir de lait cru de brebis ou de chèvre, il est couvert par une Appellation Géographique Protégée. Pressé, saumuré et recouvert de cire naturelle, il s'affine pendant quelques semainesen cave humide. 

Les Bleus

Le Chevington : autre fromage du Northtumberland, le Chevington est un semi-doux au lait de vache affiné aux moisissures.

Le Dorset Blue Vinney : produit, comme son nom l'indique, dans le Dorset (sud-est de l'Angleterre), il s'agit d'un fromage bleu créé à partir de lait de vache écrémé avec un affinage de six mois. Au 19è siècle, le poète Charles Barnes l'évoque dans un de ses textes mais le Dorset Blue Vinney disparait dans les années '60 avant qu'une ferme ne relance sa production et sa commercialisation dans les années '80.

Le Buxton : fromage au lait de vache à pâte persillée de teinte légèrement rousse. Disposant d'une Appellation Géographique Protégée, il ne peut être produit que dans la région de Buxton, dans le Derbyshire (centre de l'Angleterre) avec du lait produit dans les comtés du Derbyshire, du Staffordshire ou du Nottinghamshire. Il s'accompagne divinement d'une verre de vin doux et moelleux, d'une verre de Porto ou de Sherry.

Le Dovedale : fabriqué à base de lait entier de vache, à pâte crémeuse et persillée, il est protégé également par une Appellation Géographique Protégée qui contraint à une production limitée dansle Parc Nationale du Peak Disctrict (centre de l'Angleterre). Son goût est doux ce qui est rare pour un bleu anglais.

Le Shropshire : originaire d'Ecosse, dans la région d'Inverness, ce fromage (dont le nom original était Blue Stuart) avait disparu mais sa fabrication a été réintroduite dans les années '70 à partir de la recette originale et le fromage a été rebaptisé Shropshire eu égard à sa nouvelle région de fabrication dans l'ouest de l'Angleterre, près du Pays de Galles. Fromage bleu à pâte orange, il s'approche assez fort du célèbre Stilton.

Le Stilton : couvert par une Appellation d'Origine Protégée, il est produit depuis 1730 dans le Derbyshire, le Nottinghamshire et le Leicestershire, dans le centre de l'Angleterre à base de lait pasteurisé de vache. Sa fabrication répond à un cahier des charges très strict, il doit être produit dans un de trois comtés déjà évoqués, être de forme cylindrique, être affiné neuf semaines au moins, ne pas être pressé et former sa propre croute de façon naturelle. Avec un goût prononcé, il présente une pâte friable. Il existe également un White Stilton, non protégé par une appellation dont la pâte est plutôt crémeuse et non persillée. 

Les fromages frais

Le Cottage cheese : à base de lait entier ou demi-écrémé caillé par contact avec un liquide acide (souvent du jus de citron mais parfois du vinaigre) ou de la pressure, le Cottage est reconnaissable entre mille par sa texture granuleuse. Avec peu de goût, il se consomme soit salé (avec du sel, du poivre, de la ciboulette ou du persil par exemple) ou sucré (avec de la confiture ou un peu de sucre en poudre tout simplement).

A ces fromages Anglais on peut encore ajouter les fromages d'ecosse (Ayrshire, Bonchester, Caboc ou Lanark Blue), du Pays de Galles (Caerphilly, Tintern ou Y Fenni) et d'Irlande du Nord (Cheddar de Coleraine) pour avoir un aperçu complet mais non-exhaustif des fromages du Royaume-Uni... 

God save the Cheese !

 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 10:59

A propos du chef d’œuvre de John Irving…

 

Garp.jpgParfois la télévision nous réserve encore quelques belles surprises. Ce fut le cas, pour moi, voici quelques jours. Devant le vide sidéral qui emplit usuellement cette lucarne qui a perdu la plus grande part de sa magie, j'ai attrapé ma zapette et j'ai commencé à chercher, sans grand espoir il est vrai, un programme qui pourrait meubler ma soirée. Je n'avais pas envie de lire, pas la tête à ça… Et le hasard m’a mis, sur Arté – Diable que je suis content que cette chaine existe ! - en présence d’un excellent film que je n’avais pas vu depuis une bonne paires de lustres, au moins ; Le monde selon Garp ! J’avais adoré le roman éponyme de John Irving qui m’avait été offert par un prof de français dans le secondaire. Bien que je n’aie jamais été amateur de «brique» littéraire, j’ai dévoré les six ou sept centaines de pages du Monde selon Garp. Dans ce roman parfois un peu autobiographique, Irving rapporte le destin parallèle d’une infirmière féministe et de son fils qui vit dans l’ombre de la gloire maternelle. En effet, après avoir fait un enfant toute seule (en profitant de l’état d’érection permanent d’un pauvre soldat végétatif blessé à la guerre), l’infirmière Jenny va profiter de l’envie d’écrire de son fils pour se lancer, elle aussi, dans l’aventure de l’écriture. Si le pauvre Garp est bourré de talent, c’est surtout le seul et unique ouvrage féministe de sa mère, dans lequel elle s’insurge de la condition des femmes qui ne peuvent être que l’épouse ou la putain d’un homme, qui va devenir un best-seller… Garp va vivre de sa plume mais sans être réellement reconnu à sa juste valeur jusqu’à ce qu’il publie un roman dans lequel il s’attaque aux Ellen-Jamesiennes, des féministes qui pour soutenir une adolescente violée et mutilée se sont volontairement tranché la langue. Avec cet ouvrage, Garp sort de l’ombre de sa mère mais le destin attend chacun d’entre nous au tournant… Si Jenny est devenue l’icône des féministes et l’ambassadrice des femmes meurtries par la vie, elle s’est attiré les foudres des ennemis de cette corporation ; si Garp a enfin pu se faire une place au soleil, il s’est créé une sérieuse inimitié chez les féministes. A quelques temps d’intervalle, Jenny et Garp seront abattus froidement pour avoir assumé pleinement leurs idées…

Irving, à qui l’on doit aussi les remarquables L’Hôtel New Hampshire et L’œuvre de Dieu, la Part du Diable, est passé du statut de romancier obscur à celui de best-seller. Comme Garp, John Irving était enseignant et membre de l’équipe de lutte de son université avant de connaître le succès avec sa vision d’un monde imparfait rempli de périls inutiles, de tromperies et de mensonges. On peut dire sans risque de se fourvoyer que si Irving a créé Garp, Garp a aussi fait Irving qui part la suite deviendra un des romanciers américains les plus convaincants !

Garp est un personnage attachant, effrayé par le monde qui l’entoure et par le comportement des gens autour de lui. Ainsi il ne peut pas comprendre et moins encore accepter que des femmes – des féministes convaincues – puissent s’automutiler pour témoigner de leur soutien à une jeune fille qui a été violée et qui a eu la langue coupée. Selon Garp, ce n’est pas en s’infligeant ses sévices corporels irréversibles que l’on peut le mieux témoigner de son soutien à une victime. Lors d’une cérémonie d’hommage à sa mère assassinée, Garp rencontre d’ailleurs cette fameuse Ellen James qui vit désormais incognito pour échapper à ces groupies féministes qu’elle ne cautionne pas. Par une simple accolade, Ellen fait comprendre à Garp qu’elle partage sa vision sur la folie des féministes qui se mutilent…

Malgré ce monde sans pitié et malgré ses efforts pour protéger sa progéniture des périls de la vie – le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y parviendra pas car il perdra son fils cadet au cours un accident stupide dans lequel son aîné restera borgne – Garp est un éternel optimiste. Un passage du récit en témoigne à souhait. Alors qu’il visite une maison pour installer son bonheur naissant de jeune marié, un avion s’écrase dans la façade. Cet incident décide Garp à acheter la maison car la probabilité qu’un autre avion ne vienne percuter la maison est infinitésimale… C’est aussi ça la vision du monde selon Garp !

Il y a quelques jours, c’est avec un plaisir immense que j’ai revu l’adaptation cinématographique de George Roy Hill. Robin Williams est excellent dans le rôle de Garp tout comme John Lithgow qui trouve avec l’interprétation de Robert/Roberta le meilleur rôle de sa carrière au cinéma. Oui, parfois, la télévision nous réserve encore quelque belles surprises !

«Le Monde selon Garp» à lire et à voir avec autant de bonheur aussi vite que possible !

 

Le Monde selon Garp

John Irving

Points – ISBN 978-2020363761

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 09:26

Série de l'été - 1966, la chanson bubblegum qui sonna le glas d'Herman's Hermits...

25-no-milk-today.jpegNotre série de l'été touche à sa fin ! Pour la conclure, c'est à une plongée dans le Swinging London que je vous invite. Que ce soit en termes de cinéma, de musique, d'arts ou  de société, l'Angleterre est un phare culturel inaliénable. La culture anglaise a révolutionné le 20è siècle ! Elle l'a influencé plus que toute autre, atteignant son paroxysme dans les années' 60. Londres est, alors, la capitale mondiale de la culture. On parle alors, en musique, de British Invasion(1) pour témoigner de l'omniprésence du rock anglais sur le monde. A cette époque, l'économie anglaise amorce une reprise qui met fin à la longue période d'austérité qui pesa sur les Britanniques depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le pouvoir d'achat s'élargit et les couches les moins aisées de la population ont accès à la consommation. A partir de 1964/1965, au départ de Londres, une forme de contre-culture se met en place, elle amorce une mutation profonde de la société anglaise jusqu'alors très conservatrice. Mary Quant impose la mini-jupe et Londres devient la capitale de la mode, Carnaby Street devient le haut-lieu de la culture underground, la musique pop(2) s'impose avec des groupes comme The Kinks, The Yardbirds, The Moody Blues, The Shadows, The Hollies, The Animals et, bien entendu, The Beatles qui explosent à travers le monde, voire même The Rolling Stones qui s'aventurent, alors, autant dans la pop que dans le rock. Dans le même temps, le cinéma anglais plonge dans sa Nouvelle Vague qui fait la part belle aux univers ultraréalistes et qui préfigure le cinéma social à venir; Michael Caine, Alan Bates, Tom Courtenay, Julie Andrews, Vanessa Redgrave ou Albert Finney deviennent les stars de ce nouveau cinéma européen dont les réalisateurs vedettes (Tony Richardson, John Schlessinger, ken Annakin, Lewis Gilbert...) n'hésitent pas une seconde à introduire le sexe dans leurs films, surfant sur la vague de la libéralisation des moeurs qui se met en place.

Le changement gagne tout le pays et, pendant que la société anglaise négocie le virage, les partisans de la Vieille Angleterre tentent de subsister en conservant leurs valeurs ancestrales et conservatrices. La société anglaise est aussi divisée que dans l'immédiate après-guerre mais, cette fois, c'est le modernisme qui prend le pas sur la conservatisme et l'on assiste à une ouverture sociale dans laquelle les classes les plus aisées se mélangent aux classes moins favorisées. Les masses populaires profitent des trente Glorieuses pour découvrir la consommation, en effet, l'augmentation du pouvoir d'achat réduit le fossé qui séparait encore les classes supérieures (aristocratie, noblesse et haute bougeoisie) et les classes populaires. Concrètement, les classes supérieures se "bohémisent" tandis que les classes ouvrières s'embourgeoisent pour se retrouver autour des mêmes plaisirs et loisirs. L'hédonisme devient une valeur commune, un mode de vie. L'esthétisme se niche dans la mode, dans le design, dans la vie de tous les jours... Les Mods (abréviation de Modernistes), des jeunes issus des classes prolétaires imposent leur style de vie axé sur la fête, la joie de vivre et l'apparence.

Time Magazine donne, en 1966, à ce mouvement le nom de Swinging London (Le Londres qui bouge, qui balance). Une série télévisée, The Avengers (connue chez nous sous le titre Chapeau Melon et Bottes de Cuir), illustre parfaitement le Swinging London; John Steed représentant la haute bourgeoisie déliquescente opposée au modernisme populaire symbolisé par Emma Peel.

L'histoire d'une rupture, drame personnel insignifiant pour les autres

Lancé en 1963, à Manchester dans le centre de l'Angleterre, Herman's Hermits est un groupe formaté (le phénomène n'a donc pas attendu les boys bands des années '90) pour servir la British Invasion. Surfant sur la Beatlemania naissante, Mickie Most, qui produit déja The Animals, entend donner à Herman's Hermits la couleur, le son et le goût des Beatles. Cela fonctionne plutôt bien car souvent les deux groupes sont confondus; en radio des titres du groupe mancunian sont attribués par les auditeurs aux Beatles. Construit autour du chanteur Peter Noone, qui a acquis une notoriété importante au Royaume-Uni pour avoir joué plusieurs saisons dans le soap-opera Coronation Street(3), Herman's Hermits est un groupe de jeunes (ndlr les membres ont entre 16 et 20 ans) qui doit séduire les jeunes. Entre 1964 et 1966, plusieurs titres comme I'm into something good (reprise de Earl Jean), Mrs Brown, you've got a lovely daughter ou I'm Henry the Eight, I'm se classent dans les charts anglais et au billboard américain où EMI a introduit le groupe qui y devient même plus populaire que les Beatles après que John Lennon ait blasphémé en disant que les Beatles sont plus célébres que Jésus(4). Par contre, Herman's Hermits n'a aucun succès en Europe, le groupe passe même totalement inaperçu dans les pays francophones.


1966, en plein Swinging London, alors que ce phénomène socioculturel vient d'être identifié par Time Magazine, Graham Gouldman, un compositeur de Manchester(5), écrit une chanson bubblegum(6) intitulée No milk today qu'il propose aux Hollies. Mais, cet autre groupe de Manchester propose une pop plus rock et refuse la chanson car elle ne correspond pas à ses titres habituels. Pas de lait aujourd'hui, le titre est trop naif pour les Hollies et l'ambiance de la chanson est trop mielleuse pour eux. Et pourtant, à bien y regarder No milk today est moins mielleuse qu'elle n'en a l'air, c'est même plutôt une chanson triste puisqu'elle évoque la rupture d'un couple (My love is gone away - Mon amour s'en est allé). Le message Pas de lait aujourd'hui réfère à la tradition anglaise bien ancrée à l'époque (et toujours présente aujourd'hui dans certains villages) du livreur de lait qui, chaque matin, dépose une ou plusieurs bouteilles de lait sur le seuil des maison. Les vidanges étaient également déposées sur le seuil et le livreur les reprenait en échange des bouteilles pleines qu'il apportait. Si d'aventure un jour il ne fallait pas lait, il suffisait de mettre le court message No milk today sur la porte ou sur le seuil, à l'attention du livreur. Si pour le narrateur il ne faut pas de lait aujourd'hui c'est parce que c'est elle qui le buvait et qu'elle n'est plus là pour le boire... Pour le reste du monde, les passants, le livreur de lait, ce message banal n'a qu'une signification banale, pour lui il prend une ampleur énorme par tout le signifié qui se cache derrière ces quelques mots. Comment les autres pourraient-ils savoir ? Il est seul pour pleurer son amour envolé.

Avec No milk today, Herman's Hermits va, enfin, se faire connaitre dans le reste de l'Europe où la chanson est multidiffusée et se vend bien. Par contre, suprême paradoxe, la chanson n'aura qu'une succès très limité au Royaume-Uni et n'est même pas diffusée en single aux Etats-Unis. Le groupe bubblegum connaitra ensuite un passage à vide de 1967 à 1970 avec l'avènement du rock psychédélique. Trois singles seront enregistrés en 1970, sans succès et Herman's Hermits sera emporté par le tourbillon des seventies.

Une autre interprétation des paroles

Certains ont vu dans le texte de No milk today des allusions sexuelles (le sperme étant parfois appelé milk en argot britannique) un peu à l'image des Sucettes, une chanson bubblegum made in france écrite la même année, que Gainsbourg fit chanter à France Gall. Cette vision triviale de No milk today fut renforcée, quelques années plus tard, par la légende qui disait que Graham Gouldman nomma son groupe 10CC (10 centimètres cubes) en référence à... la quantité moyenne d'une éjaculation. Mais il est peu probable que Gouldman ait délibérement glissé des allusions sexuelles dans le texte de sa chanson...



25-no-milk-today---paroles.jpg


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(1) le terme est inventé par les médias américains pour qualifier l'introduction massive des groupes anglais aux Etats-Unis
(2) Popular Music abrégée en Pop Music
(3) Coronation Street a été créée en décembre 1960 et existe toujours aujourd'hui. Plus de 8000 épisodes ont été diffusé avec, toujours à l'heure actuelle, un succès d'audience exceptionnel en Angleterre.
(4) "Aujourd'hui, nous sommes plus populaires que Jésus" déclare John Lennon dans l'Evening Standard du 4 mars 1966. Ces propos choque l'Amérique puritaine et dévote des sixties.
(5) qui fondera, en 1972, le groupe 10CC
(6) la Bubblegum Pop est une musique pop ciblée uniquement sur les ados du Swinging London

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 09:08

Série de l'été - 1980, un classique de Shakespeare adapté au matérialisme des eighties...

24-romeo---juliet.jpg1980, la Guerre Froide bat son plein, les Etats-Unis décident de boycotter les Jeux Olympiques de Moscou, répondant ainsi à l'appel d'Andrei Sakharov qui condamne l'invasion de l'Afghanistan par les troupes russes. Ils seront imités par une cinquantaine d'autres nations comme l'Allemagne de l'Ouest, le Japon, Israël, la Turquie ou, ce qui est plus étonnant, la Chine. L'ambassade d'Iran à Londres est le théâtre d'une prise d'otage par six dissidents opposés à Khomeyni qui dirige son pays d'une main de fer depuis le mois de décembre précédent. La Dame de Fer, Margaret Thatcher, obtient de la CEE l'augmentation des dépenses structurelles pour le Royaume-Uni qui est en pleine récession. Aux Etats-Unis, Jimmy Carter - pourtant Président sortant - doit se battre contre Ted Kennedy pour obtenir l'investiture démocrate pour les élections de novembre. S'il l'obtient finalement, il sera laminé par Ronald Reagan lors du scrutin présidentiel. L'Amérique du Sud est en plein troubles divers; une guerre civile frappe le Salvador tandis qu'un coup d'état militaire porte le Général Garcia Meza au pouvoir moins d'un mois après les élections qui avait démocratiquement élu Luis Adolfo Siles. Au Pérou, le Sentier Lumineux et Tupac Amaru mènent une vraie guerilla urbaine contre le gouvernement d'Action Populaire récemment installé tandis que l'Argentine est en proie à une crise économique qui entraine la faillite de la plus grosse banque du pays. Bref, l'ambiance mondiale est morose ! En musique, Pink Floyd entame, en février, sa fabuleuse tournée mondiale The Wall qui l'emmènera sur les routes pour un an et demi. La station pirate britannique Radio Caroline, installée sur un bateau en mer du nord, cesse définitivement ses émissions. La comédie musicale Grease est jouée pour la 3388è et dernière fois à Broadway, le 13 avril alors que quelques albums fabuleux voient le jour comme Back in Black (AC/DC), Heaven & Hell (Black Sabbath), Boy (U2) ou Scary Monsters (David Bowie) pour n'en évoquer que quelques-uns. Call Me (Blondie), Woman in Love (Barbra Streisand), Another one bites the dust  et Crazy little thing called love (Queen), Another Brick on the Wall - part 2 (Pink Floyd), Walking on the Moon (The Police) et One step beyond (Madness) dominent les charts anglo-saxons pendant que Tiroli-Tirola (Linda de Suza), Bécassine (Chantal Goya), Banana Split (Lio), Les jardins du ciel (Jairo) ou K7 (Michel Sardou) sont consacrés en France et en Belgique marquant ainsi plus que jamais la différence de qualité entre la musique anglophone et la musique francophone. L'année musicale 1980 est également marquée par quelques moments durs : Led Zeppelin se sépare, Bon Scott (AC/DC), Ian Curtis (Joy Division), Carl Radle (Derek and the Dominos), John Bonham (Led Zeppelin) et John Lennon meurent dans des circonstances dramatiques...

A cette époque, Dire Straits a imposé son rock à l'ancienne à travers deux albums, Dire Straits (1978) qui contient l'extraordinaire Sultans of swing et Down to the waterline, et Communiqué (1979) avec Lady Writer, Portobello Belle ou Once upon a time in the West. Le groupe repose surtout sur la personnalité de son leader, Mark Knopfler qui, en plus d'être un virtuose de la guitare et le roi du picking sur sa Stratocaster rouge, compose et écrit tous les titres de Dire Straits. Alors que le rock punk, le disco, le funk ou le heavy metal sont tendances, que la new-wave et la musique electro pointent le bout des notes, Dire Straits navigue à contre-courant et réussit à imposer la présence de ses deux albums (dont la sortie est pourtant séparée par huit mois) dans plusieurs charts européens. En Allemagne, pendant plusieurs semaines, Communiqué est n° 1 et Dire Straits n° 3... Le Communiqué Tour avec ses 58 dates en Europe et aux Etats-Unis entre février et décembre 1979, a été un franc succès mais quelques tensions sont apparues entre Mark Knopfler et son frère, David, qui a du mal à trouver sa place dans le groupe, à l'ombre de son aîné. David Knopfler souhaite davantage de responsabilités au sein de Dire Straits mais, alors que le troisième album est en préparation, Mark garde la main sur la composition des musiques et l'écriture des textes. En outre, il décide également de produire, avec Jimmy Iovine, cette plaque dont le titre sera Making Movie. Cette huile jetée sur le feu attise la discorde entre les deux frères et lorsque Dire Straits entre en studio, au Power Station de New York, le 20 juin 1980, ce n'est plus de la tension qui existe entre Mark et David Knopfler, c'est de l'animosité ! Elle atteindra son paroxysme au début du mois d'août lorsque, après une énième dispute, David Knopfler claque la porte du studio et du groupe. Ses plages de guitare sont toutes enregistrées mais, de rage, Mark Knopfler les réenregistre toutes, il ne veut pas du nom de son frangin sur Making Movies.

La plage principale de Making Movies est une chanson d'amour qui va plutôt à l'encontre de ce que Dire Straits à proposé jusqu'alors. Intitulée Romeo & Juliet, en référence évidente à l'oeuvre de William Shakespeare, la chanson parle pourtant non pas d'un amour rendu impossible par la rivalité de deux clans mais bien d'un amour perdu, devenu impossible à cause de comportements matérialistes qui préfigurent la façon de vivre qui va apparaitre dans cette décennie de surconsommation. Le Roméo de Dire Straits a été abandonné par sa Juliette et sombre dans une mélancolie qui lui rappelle des moments heureux (You said I love you like the stars above, I'll love you till I die - Tu disais je t'aime comme les étoiles là-haut. Je t'aimerais jusqu'à ma mort) mais lointains et sans espoirs (And all I do is miss you and the way we used to be - Et tout ce que je fais c'est être en manque de toi et de ce que nous étions). Il se rend pourtant compte que leur histoire était vouée à l'échec dès le départ tant ils sont différents. Elle est vénale (When you can fall for chains of silver, you can fall for chains of gold - Si tu peux succomber à pour des chaines en argent, tu peux succomber à des chaines en or) et n'a qu'une ambition, sortir de la misère dans laquelle elle est née (Come upon different streets they boot were streets of shame. Both dirthy, both mean... - Nous venions de rues différentes, elles étaient toutes les deux des rue de la honte, Toutes les deux sales, toutes les deux misérable...) et lorsque elle y parvient, elle l'abandonne (And now your dream is real, how can you look at me if I was just another of your deal - Et maintenant que ton rêve est réalité, comment peux-tu me regarder comme si je n'étais qu'une autre de tes conquêtes).

Musicalement, Romeo & Juliet s'ouvre sur un arpège de guitare très doux et repose sur un temps calme et simple sur les couplets pour migrer vers des accords nettement plus rock sur le refrain. Le titre ne connaitra qu'un succès moyen lors de sa sortie en single, en janvier 1981. C'est probablement du au fait que l'album Making Movies est sorti quelques mois plus tôt, en octobre 1980, et qu'il a cartonné, devenant disque d'or au Royaume Uni, en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Usuellement, le ou les single(s) sort(ent) avant le LP, forme de teasing de l'album. Mais, dans ce cas, l'album est sorti avant les singles (Romeo & Juliet, Tunnel of love et Love Expresso) qui ne seront jamais des succès commerciaux. Cela n'empêche pas Romeo & Juliet d'être un classique de Dire Straits, repris dans tous les concerts et sur tous les best-of...
 



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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:22

Série de l'été - 1978, un solo de saxo en huit mesures qui change tout...

23-Baker-street.jpgLorsqu'il participe, avec Joe Egan,  en 1972, à la création de Stealers Wheel, Gerry Rafferty a déjà un bagage musical intéressant. Après avoir débuté dans des salles de bal de la région de Paisley, il a rejoint le groupe The Humblebums, en 1969, avant de tenter une carrière solo, deux ans plus tard. Son premier album, Can I have my money back (1971) est un succès local dans le sud de l'Ecosse. Pour cet enfant des milieux pauvres de Paisley, c'est déjà une victoire importante. Joe Egan lui propose alors l'aventure Stealers Wheel qui débute en 1972 par un énorme succès. L'album éponyme s'écoule à un millions d'exemplaires en Europe et aux Etats-Unis. La chanson Stuck in the middle with you fait le tour du monde et propulse le duo écossais au sommet des charts(1). Ce succès aussi inattendu qu'inespéré attise les appétits des producteurs du groupe et de Joe Egan qui ont envie de surfer sur cette vague pour faire de l'argent. Dès lors Stealers Wheels est soumis à un rythme de production effréné couplé à de nombreuses tournées. Deux albums suivent sans toutefois connaitre le même succès que Stealers Wheel. Cela mine fortement Egan et nuit à ses relations avec Rafferty dont la préoccupation principale n'est pas l'argent. Tant qu'il en a un peu pour vivre, ce qui est le cas, la fortune n'est pas une fixation pour l'enfant pauvre de Paisley. A peine le troisième album, Right or wrong (1975) est-il sorti que le duo explose. Les tensions entre Rafferty et Egan sont irrémédiables mais Stealers Wheel est encore lié contractuellement à ses producteurs. Une bataille juridique va s'entamer et durer plus de deux ans... Deux longues années pendant lesquelles Gerry Rafferty ne peut rien enregistrer et commercialiser sans l'aval des producteurs de Stealers Wheel.

La bataille juridique l'oblige à de fréquents déplacements à Londres où il est hébergé chez un ami qui a un appartement sur Baker Street, une rue du district de Westminster, en plein coeur londonien, qui connait une notoriété mondiale par le fait que Sir Arthur Conan-Doyle y a fait résider Sherlock Holmes et le Docteur Watson. Ces deux années sont particulièrement pénibles pour Rafferty qui est réduit au silence musical total et qui trouve dans l'alcool un allié de circonstance. Avec le souvenir de son père alcoolique et violent, Gerry Rafferty parvient à modérer sa consommation en écrivant plusieurs chansons dont une qui évoque, en filigrane, sa déception liée à Stealers Wheel et son dégoût de l'industrie du disque. Probablement un peu naïf, Gerry Rafferty pensait qu'être artiste c'était être libre, que la musique lui offrirait cette vie calme et aisée dont il rêvait mais c'était sans compter sur les obligations contractuelles, les producteurs et la vie de fou imposée par les tournées et les enregistrement.

Le saxo alto de Ravenscroft

Le texte de sa chanson parle d'un homme qui erre dans la rue, perdu dans la ville et totalement désabusé. Il évoque la boisson comme exutoire, l'insomnie et des envies de rentrer à la maison (ndlr à Londres, Rafferty est loin de son Ecosse natale). Puisque son personnage erre dans la rue, la chanson s'intitulera Baker Street, cette rue dans laquelle il vit par obligation et par intermittence. La chanson, résolument pessimiste, se conclut pourtant par une note optimiste (When you wake up it's a new morning. The sun is shinning it's a new morning - Lorsque tu t'éveilles c'est un nouveau matin. Le soleil brille c'est un nouveau matin) car le chanteur entrevoit la fin de ses problèmes juridiques. De fait, à l'automne 1977, le différent juridique avec les producteurs de Stealers Wheel trouve son épilogue et Rafferty récupère son indépendance. Pendant son arrêt forcé, Gerry Rafferty a écrit de nombreuses chansons, il dispose d'assez de matériel que pour graver un album. Le tout est de faire le choix de dix titres. Une chose est certaine, Baker Street sera sur l'album comme le symbole de sa liberté retrouvée. Pas échaudé, il signe un nouveau contrat avec le label américain United Artist qui produit, notamment, Paul Anka, Shirley Bassey, Ike & Tina Turner, Dusty Springfield et Bobby Womack mais qui distribue aussi les albums des Beatles aux Etats-Unis. Il entre en studio en novembre 1977 pour l'enregistrement de l'album City to City dont le titre semble être un clin à ses allers-retours entre Glasgow et Londres pendant la bataille juridique. Baker Street est enregistrée en décembre, elle comprend des ponts musicaux entre les couplets, ils sont prévus pour être joués à la guitare, par Hugh Burns mais Raphael Ravenscroft, qui a notamment travaillé avec Pink Floyd, enregistrait des passages de saxophone dans un studio voisin. Il proposa alors de remplacer les ponts à la guitare par des ponts au saxo alto. Il interprète rapidement les huit mesures du pont avec son instrument et c'est une révélation pour Gerry Rafferty qui estime que cette touche apportera un vrai plus à sa chanson.

Déchéance

L'album City to City sort le 20 janvier 1978, le single Baker Street quelques jours plus tard. Ce titre devient rapidement n° 1 dans plusieurs pays et l'album s'écoule à 5,5 millions d'exemplaires. Le pont au saxo est effectivement une réussite complète qui booste d'ailleurs les ventes de cet instrument partout où Baker Street est diffusée. Baker Street donnera également un regain d'intérêt pour le saxophone dans la musique pop et le rock des années '80 qui feront la part belle à cet instrument. Alors qu'il chante son désabusement de l'industrie musicale, Gerry Rafferty explose les ventes et devient un pion majeur de cette industrie. Ironie, paradoxe ou revanche ? Toujours est-il que ce succès le perturbe au point de le voir plonger de plus en plus dans l'alcool. S'il continue de produire des albums de bonne facture comme Night Owl (1979), Snakes ans Ladders (1980) et Sleepwalking (1982), Rafferty délaisse la scène et refuse des projets avec Eric Clapton et Paul McCartney. Il disparait de la scène musicale jusqu'en 1988 pour tenter de se libérer de son addiction. Son divorce, en 1990, l'entraine plus bas encore ! Il produit quelques albums dans les années '90, plus par envie de travailler que par besoin car Baker Street continue de lui ramener une fortune. Aujourd'hui encore, deux ans après la mort de Gerry Rafferty, Baker Street procure un revenu annuel de 80.000£ à ses ayants-droit.

Miné par l'alcool, Rafferty est hospitalisé d'urgence à Londres en août 2008. Au lendemain de son admission, il disparait de l'hôpital sans rien emporter. On retrouve tous ses effets personnels (vêtements, papiers, argents, montre...) dans la chambre et sa disparition est signalée à la police. Il ne réapparaitre que six mois plus tard par le biais d'un ami qui donne de ses nouvelles, sans préciser où il s'est réfugié. En novembre 2010, Gerry Rafferty est à nouveau hospitalisé dans le Dorset (sud de l'Angleterre). Il ne quittera jamais l'hôpital où il meurt le 4 janvier 2011...

Baker Street reste le chef d'oeuvre de Gerry Rafferty, elle lui aura permis de refaire surface dans une industrie qui l'avait réduit au silence et dans laquelle il se sentait mal à l'aise. Elle aura surtout permis au saxophone de se faire une place dans la pop et le rock... L'idée de remplacer la guitare du pont musical par un saxo fut simplement une idée de génie qui fit de Baker Street que qu'elle est : un tube planétaire !



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(1) Stuck in the middle with you connaitra une seconde vie, en 1992, lorsque Quentin Tarantino l'utilisera pour la scène de torture d'un officier de policier par Michael Madsen dans Reservoir Dogs.

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:23

Série de l'été - 1970, quand un conte arabe inspire un classique du rock...

22-layla.jpgLes femmes ont été les muses de bon nombres de musiciens, les rockers n'échappent pas à cette réalité, ils l'a confortent même. Nous l'avons déja vu dans cette série de l'été avec Rosanna (Toto,1982) et My Lady d'Arbanville (Cat Stevens, 1970). Cette même année 1970, Eric Clapton écrivait et composait une chanson chanson d'amour pour celle qui était alors la femme d'un autre... Pattie Boyd était effectivement l'épouse de George Harrison depuis 1966 lorsque Clapton imagina Layla pour elle. Dans la seconde partie des années '60, Eric Clapton et George Harrison sont deux amis au faîte de la réussite. Les Beatles dominent le Swingin London musical tandis que Clapton est considéré par les critiques rock comme le meilleur guitariste du monde. Depuis ses débuts au Ealing Club, à Londres, où il accompagnera quelques fois les Rolling Stones au chant, le Mod(1) à beaucoup travaillé. Il a participé à diverses expériences avec The Roosters, The Yardbirds (que Clapton tire de l'anonymat avant l'arrivée de Jeff Beck et de Jimmy Page), The Bluesbreakers (John Mayall récupère un Clapton qui trouvait les Yarbirds trop commerciaux), Cream (le premier groupe fondé par Clapton) et Blind Faith (un supergroupe(2) avec Steve Winwood et Ginger Baker) ce qui lui a permis d'affiner un jeu de guitare exceptionnel. Eric Clapton est un boulimique de travail qui passe constamment d'un projet à l'autre. Ainsi, pendant l'expérience Blind Faith, accompagne-t-il Delanney Bramlett et Bonnie Lynn O'Farrell, un couple bluesy pour une tournée mondiale dans laquelle il se contente d'un simple rôle de back-guitar. Il endosse également ce rôle, en septembre 1969, pour un concert de John Lennon et Yoko Ono, à Toronto. Tant Bramlett que Lennon lui affirment qu'il doit aller plus loin, qu'il peut dépasser le stade de guitariste pour devenir également chanteur. Alors Clapton franchit le cap et enregistre son premier album solo - Eric Clapton - en 1970 avec les très bons Let it rain et  Easy now.

Majnoun et Leila

Depuis 1967, Clapton cache un secret... un amour secret ! Le mannequin Pattie Boyd, égérie de la mode anglaise de l'époque avec Twiggy est aussi l'épouse de son ami George Harrison et il en est éperdument amoureux. Si les premières années sont marquées par la retenue de Clapton qui cache, par amitié, ce sentiment, vient un moment où il se déclare à la femme de son ami. Patti n'est pas insensible au guitariste mais repousse ses avances à plusieurs reprises. Au printemps 1970, Eric Clapton fonde Derek and the Dominos avec Bobby Withlock (clavier et chant), Carl Radle (basse) et Jim Gordon (batterie) pour participer à une immense tournée d'été dans tout le Royaume-Uni avec d'autres groupes. C'est durant cette tournée estivale que Clapton compose une dizaine de chansons inspirée par son amour sans retour pour Pattie Boyd. Why does love got to be so sad ? (Pourquoi l'amour doit-il être si triste ?), Tell the truth (Dis la vérité), Anyday (Chaque jour) ou Keep on growing (continuer de grandir) sont clairement adressées à Pattie Boyd.

Mais il lui manque une vraie déclaration d'amour. C'est dans le conte arabe Majnoun et Leila qui évoque l'amour impossible d'un poète, Qaïs, pour une jeune bédouine, Leila, qu'il trouve l'inspiration. La fille est promise par son père à un autre et malgré l'intervention du calife, sa famille refuse l'amour de Qaïs qui sombre alors dans une folie obsessionnelle, à un point tel que tout le monde le surnomme alors Majnoun (le Fou). Qaïs passe ses journées à rêver de Leila jusqu'au jour où un ami lui annonce qu'elle est là, devant sa porte. Qaïs dit alors cette phrase terrible : "Dis-lui de passer son chemin car Leila m'empêcherait de penser un instant à Leila". Son obsession de l'amour est devenue plus forte que son amour ! Leila se maria avec l'époux choisi par son père et Qaïs le Majnoun partit vivre dans le désert où l'on retrouva son corps sans vie, étendu sur un ultime poème dédié à Leila. Cette histoire classique de la littérature arabe - dont certains disent qu'elle est inspirée de l'histoire vraie du poète Qaïs Ibn al-Moullawah - touche profondément Eric Clapton car elle raconte son histoire à lui, cette romance qu'il ne peut vivre avec Pattie Boyd. Alors, il la transpose dans une chanson, Pattie sera sa Leila !

Layla - version anglicisée du  prénom arabe - est un véritable cri d'amour de Clapton à Pattie Boyd, un cri qui se traduit tant par les paroles que par le riff de guitare qui va profondément marqué l'histoire du rock. Ce riff est l'expression de la douleur de Clapton, une douleur qu'il ne peut mieux exprimer que par le langage qu'il maitrise le plus, celui de sa guitare. Layla est l'une des plus grandes chansons de tous les temps, dixit le magazine Rolling Stone. C'est, à mes yeux, la plus puissante des déclarations d'amour mise en musique. C'est enfin la démonstration, si besoin en était, qu'Eric Clapton est le meilleur guitariste que cette terre ait jamais connu !

Pattie Boyd, LA muse !

De plus en plus marqué par cet amour impossible, Clapton sombre dans la drogue et l'alcool. La déchéance s'amplifie par la mort de son ami Duane Allman, qui avait rejoint Derek and the Dominos, dans un accident de moto. Il se retire complètement dans le Surrey où il vit en reclus pendant trois ans, avec l'héroïne et le whisky pour uniques compagnons. Il ne sort de sa tannière qu'à deux occasions, au mois d'août 1971, pour enregister un album avec son idole de jeunesse, le bluesman Howlin' Wolf, et quelques jours plus tard pour le concert caritatif organisé pour le Bangladesh par George Harrison, au Madison Square Garden de New York. A cette occasion, Clapton est si mal en point qu'il s'évanouit sur scène, en plein concert... Au fil des jours, sa santé se détériore et ses amis pensent qu'il ne tardera pas à rejoindre Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix ou Brian Jones qui ont tous succombé récemment à des excès de drogues. La conjonction de deux événements va inverser cette spirale autodestructrice. En janvier 1973, Pete Townshend, lui aussi très proche de Clapton, réunit quelques amis pour monter un groupe qui donnera deux concerts au Rainbow Theatre de Londres. Ron Wood, le bassiste de Jeff Beck qui rejoindra bientôt les Rolling Stones, Steve Winwood, qui joua avec Clapton dans Blind Faith, et Ginger Baker, qui fut le batteur de Cream, rejoignent ce projet qui a pour unique vocation de sortir Eric Clapton de sa léthargie. Au même moment, le couple Harrison/Boyd bat de l'aile; elle à une liaison avec Ronnie Wood, le guitariste de Face, il en a une avec la femme de Ringo Starr ! Probablement parce qu'il entrevoit un espoir d'enfin conquérir Pattie Boyd, Clapton accepte de monter sur scène avec Townshend, Wood, Winwood et Baker. C'est loin d'être parfait mais il reprend goût à la musique et à la scène. Il suit une cure de désintoxication qui va lui permettre de parvenir à un sevrage total de l'héroïne mais il ne parvient pas à se débarasser de ses démons alcoolisés qui l'attireront dans de nombreuses rechutes jusque dans les années '80.

En 1974, Pattie Boyd quitte définitivement George Harrison et tombe enfin dans les bras d'Eric Clapton. Mais comme Qaïs, il aura probablement davantage idéalisé son obsession que son amour réel car, s'ils vivent ensemble dès 1976 et se marient en 1979, le couple se sépare en 1984 et divorce en 1988. En 1977, la chanson Wonderful tonight est également inspirée par celle qui est alors réellement devenue sa compagne. Pattie Boyd est l'une des muses les plus puissante du 20è siècle. Elle aura inspiré à George Harrison I need you (1965) et  Something (1969), écrites pour les Beatles ainsi que Isn't it a pity (1970) tandis que Layla (1970), Why does love got to be so sad ? (1970), Tell the truth (1970), Anyday (1970) ou Keep on growing (1970), Bell bottom bells (1970), Wonderful Tonight (1977), Pretty girl (1983, Never make you cry (1985) et Old love (1989) sont autant d'odes dédiées à la belle.

Un mot sur la relation Harrison/Clapton pour conclure. Reposant sur la complémentarité musicale, l'amitié, la rivalité et la trahison, elle fut la plus bizarre qui soit. C'est l'amitié qui prendra cependant le dessus puisque George Harrison pardonnera à Pattie Boyd de l'avoir quitté pour Clapton et à ce dernier de lui avoir volé sa femme. 



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(1) Mod = Modernist, mouvement culturel né à Londres à la fin des années '50 composé de jeunes urbains aisés passionnés de jazz et qui prônent un mode de vie hédoniste, privilégiant l'esthétisme, la fête et la mode.
(2) les supergroupes sont des groupes composés de musiciens qui ont déjà conquis la gloire et la reconnaissance avant de créer ces groupes, à l'image de Cream mais aussi de Crosby, Stills & Nash, The Dirty Mac, Plastic Onon Band ou encore Rockestra.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 13:19

Série de l'été - 1978, les débuts mitigés de Police... 

21-Roxanne.jpgIssu de la génération post-punk qui commençait à préfacer la new-wave, The Police fut formé à Londres en décembre 1976 par Stewart Coppeland (batterie) et un jeune guitariste français, Henri Padovani. L'ambition des deux hommes est de se faire une place sur la scène punk. Il faut un bassiste et c'est lors d'un voyage dans le nord de l'Angleterre, à Newcastle, que Stewart Coppeland rencontre Gordon Matthew Sumner qui assure la basse et le chant de Last Exit, un groupe de jazz fusion. Détail qui amuse Coppeland, ce bassiste de talent est surnommé par les autres membres du groupe Sting (Le Dard) à cause d'un pull à rayures noires et jaunes qu'il portait le soir de son premier concert. Si, pour vivre, Sumner est instituteur, son objectif est de percer dans la musique mais Last Exit végète à Newcastle, bien loin de Londres où Sting rêve de s'installer. Le deal proposé par Stewart Coppeland est le suivant : tu nous suis à Londres, on t'héberge et tu rejoins The Police ! Gordon Sumner accepte et se retrouve à Londres en janvier 1977. Coppeland tient, plus ou moins, sa promesse puisqu'il l'héberge... dans le squat qu'il occupe à Mayfair ! A peine un mois plus tard, The Police est en studio pour enregistrer et auto-produire un premier 45 tours qui contient les titres Fall out et Nothing achieving. Prenant leur bâton de pélerin, les trois membres du groupe parviennent à écouler, sans distributeur, 4000 exemplaires de ce single. Une belle réussite pour un groupe de l'arrière-scène punk de Londres. Cette réussite ne passe pas inaperçue car The Police, par l'intermédiaire de Miles Coppeland, le frère de Stewart, se fait engager pour faire les première parties de Cherry Vanilia d'abord, de Wayne County & the Electric Chair ensuite. Le 31 mai 1977, The Police donne son premier concert en tête d'affiche au Railway, à Londres. L'aventure est lancée et les succès s'enchainent. Le groupe recrute Andy Summers, un guitariste de studio très méthodique et appliqué qui tranche avec Padovani qui est plus anarchiste dans son approche de la guitare. Rapidement, les deux hommes s'affrontent et Padovani quitte The Police. Ce départ amène un recentrage du groupe vers la new wave naissante en 1978, une new wave qui sera cependant mâtinée d'un peu de reggae et d'un peu de rock.

1978, c'est aussi le moment d'enregistrer un premier album ! Le groupe a beaucoup tourné à l'été et à l'automne précédents, en Angleterre évidemment mais aussi en Allemagne et en France. C'est à Paris que Sting compose une chanson inspirée par les prostituées de la rue où se trouvait l'hôtel dans lequel le groupe logeait. Sting imagine la vie d'une d'entre elle, Roxanne, qui doit son nom à l'héroïne du Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand. Roxanne est composée comme une bossa-nova, elle évoque l'histoire d'un homme qui tombe amoureux d'une prostituée et qui veut la sortir de la rue. Début janvier, Miles Coppeland - à qui The Police doit décidément beaucoup ! - parvient à trouver un accord avec A&M Records pour la production d'un LP. Dix titres qui devront être gravés la nuit lorsque les studios Surrey Sound, à Leatherhead au sud de Londres, sont vides. Miles Coppeland s'est engagé auprès d'A&M et a fourni 1500£ pour permettre l'enregistrement. Il entend, dès lors, avoir un droit de regard sur le contenu de la plaque dont il impose le titre : Outlandos d'Amour, un jeu de mots alambiqué autour de outlaw et commando accomodé du mot français Amour. Quelques jours avant d'entrer en studio, The Police propose quantité de chansons à Miles Coppeland qui sélectionne celles qui lui paraissent les meilleures. En fin de soirée, neuf chansons sont considérées aptes à prendre place sur l'album. Parmi elles, So Lonely et Can't stand loosing you qui deviendront des classiques de Police. Il en manque une, alors Stewart Coppeland propose de jouer Roxanne qui ne devait pas entrer en ligne de compte. Directement, Miles Coppeland se rend compte du potentiel de cette chanson d'amour... Il demande que le tempo soit retravaillé pour en faire plus un reggae qu'une bossa-nova. Lorsqu'il réentend Roxanne ainsi retravaillée, il valide sa présence sur Outlandos d'Amour. L'enregistrement de l'album peut débuter !

Prostitution et suicide, deux thèmes peu porteurs. Et pourtant...

Avec peu de moyens et peu de temps, l'enregistrement est un peu bâclé. Coppeland demande au groupe de limiter les prises afin de ne pas dépasser le budget. Aussi, peut-on entendre sur la piste de Roxanne quelques "notes" de piano et un bref rire. En fait, pendant la mise en boite des paroles, Sting voulut s'asseoir sur le couvercle du piano du studio mais le couvercle était relevé et il a donc appuyé, avec ses fesses, sur quelques touches qui ont produit un son léger. Le rire qui s'en suit est celui de Sting qui n'a pu étouffer cet éclat. L'ensemble a été conservé dans l'enregistrement !

Le single Roxanne sort le 7 avril 1978 et... fait un bide car aucun budget n'a été prévu pour sa promotion. La chanson est, en outre, boycottée par la BBC car le sujet évoqué heurte la bienséance. En août, le second single Can't stand loosing you sort et crée la controverse à cause de sa pochette qui montre un pendu (Stewart Coppeland en l'occurence) dont les pieds reposent sur un cube de glace fondante. La chanson est également interdite d'antenne sur la BBC. Beaucoup considèrent alors que l'avenir de Police est compromis après ce double échec; une première chanson qui parle de prostitution, une seconde qui évoque le suicide... des thèmes qui semblent ne pas inspirer le public anglais. La sortie de l'album est compromise ! Alors Sting et Stewart Coppeland tentent de monter une tournée aux USA, sans le soutien d'A&M Records mais avec l'aide providentielle de Ian Coppeland, le second frère de Stewart qui est producteur de spectacles à New York. Une tournée de vingt dates est organisée tandis que Roxanne est proposée aux radios américaines qui la diffusent. En Angleterre, la controverse fait office de promotion involontaire et permet, finalement, la sortie de Outlandos d'Amour, en novembre 1978. L'album, sans faire un raz-de-marée, fonctionne plutôt bien. Au printemps 1979, Roxanne et Can't stand loosing you ressortent en 45 tours, bénéficient de davantage de visibilité en Angleterre. La carrière de Police est lancée... 

En cinq albums aux titres bizarres - Outlandos d'Amour (1978), Regatta de Blanc (1979), Zenyatta Mondata (1980), Ghost in the Machine (1981) et Synchronicity (1983) - The Police a conquis les masses. Au sommet de sa gloire, le groupe se sépare car Sting a envie de faire carrière en solo. Il annonce maladroitement sa décision lors du Synchronicity Tour, aux Etats-Unis. Le groupe dit alors qu'il prend une année sabatique pour se reposer, A&M Records annonce un sixième album pour juillet 1984 mais jamais Sting, Stewart Coppeland et Andy Summers ne se retrouveront en studio pour cet album... Every breath you take sera, en mai 1983, le dernier grand titre de Police ! Le groupe s'est reformé à deux reprises, en 1986 pour une tournée américaine au profit d'Amnesty International, et en 2007/2008 pour une immense tournée mondiale de 154 date qui démarre en mai 2007, pour le 30è anniversaire de Roxanne, à Vancouver, pour s'achever en août 2008 au Madison Square Garden de New York. Les fans se sont pris à rêver d'un nouvel album mais durant la tournée, Sting annonce clairement que ce ne sera pas le cas, chaque membre préférant se consacrer à sa carrière solo...



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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 13:19

Série de l'été - 1970, une jeune actrice inspire à Cat Stevens son plus grand succès...

20-my-lady-d-arbanville.jpgCat Stevens représente probablement le retournement de veste le plus fort de toute l'histoire du rock. Celui qui connut la gloire dans la seconde moitié des sixties et la première moitié des seventies, qui a mené une vie dissolue - presque caricaturale - de rockstar, qui a goûté à quasiment tous les plaisirs dangereux et interdits s'est converti à l'islam en 1977 après avoir cherché son Dieu pendant des années. La vie de Steven Demetre Gergiou, né à Londres de parents immigrés grecs et sudéois en 1948, a été tout sauf un fleuve tranquille. S'il connait tôt la réussite avec son premier album Matthew and Son (1967) c'est à ses talents de musicien qu'il le doit. Il manie avec autant d'aisance la guitare que la flûte, le bouzouki, la mandoline, la basse ou les percussions. Rapidement, il adopte de sobriquet Cat Stevens (ndlr Cat parce qu'une fille lui a dit un jour qu'il avait le regard d'un chat) et puise son inspiration chez Bob Dylan, Simon & Garfunkel, Leonard Cohen et Pete Seeger. Un second album, New Master (1967), sort rapidement mais, en 1969, il contracte la tuberculose, frôle la mort et est contraint au repos forcé pendant plusieurs mois. Il arrête sa carrière jusqu'en 1970. A cette époque, il fréquente une jeune actrice débutante, Patricia d'Arbanville. Sa carrière est balbutiante et elle doit se rendre en France pour trouver son premier vrai rôle, celui d'une étudiante américaine qui vient troubler la vie d'un professeur retraité, campé par Michel Simon, dans La Maison (1970), de Michel Brach. Alors qu'il prépare son retour musical, Stevens compose une chanson d'amour pour Patty d'Arbanville. Simplement titré My Lady d'Arbanville, elle se veut le reflet d'une situation que le chanteur trouve amère; il est éperdument amoureux, elle l'est nettement moins ! Plusieurs strophes du texte (Mais ton coeur semble si silencieux - Tes lèvres sont comme l'hiver - Pourquoi cela me rend-t-il si triste) expriment ce sentiment. En fait, pour écrire sa chanson, Cat Stevens transpose son amour pour Patti d'Arbanville à la situation d'un homme qui vient de perdre sa chérie, emportée par la mort. Dans sa tombe, elle ne peut plus lui rendre son amour, ses baisers et ses émotions... c'est ce qu'il ressent avec Patti d'Arbanville.

Forte de son expérience française, l'actrice retourne dans l'Hexagone où elle tourne sous la direction de Claude Mulot La Saignée, qui sortira en 1971, avec Gabriele Tinti et Charles Southwood. Ce nouvel éloignement aura raison de sa relation avec Cat Stevens. My Lady d'Arbanville est-elle à peine livrée au public, à l'été 1970, que la relation qui l'a inspirée n'existe plus. L'album Mona Bone Jakon qui l'abrite est un réel succès tout comme sa plage principale qui sera disque d'or aux Etats-Unis et en Angleterre. Pour échapper à la mélancolie, Cat Stevens se réfugie dans le travail et dans le mysticisme. La chose religieuse l'a toujours interpelée, sa longue hospitalisation pendant sa tuberculose l'a amené vers l'introspection et la spiritualité, mais il ne trouve pas sa voie. Il compose plusieurs chansons pour le film Harold et Maude, d'Al Ashby, que l'on retrouvera également dans la foulée sur l'album Tea for the Tillerman qui sort en novembre 1970. Pour compléter cette plaque, Cat Stevens compose une autre chanson dédiée à Patty d'Arbanville, Wild World qui sera également un énorme tube. Ainsi donc, Cat Stevens doit deux de ses plus gros succès à la femme qui les a inspiré, Patty d'Arbanville.

Conversion à l'Islam

De succès en réussites - Father and son (1970), Sad Lisa (1970), Peace Train (1971), Moon Shadow (1971)... sont d'énormes tubes - Stevens vend quelque 60 millions d'albums à travers le monde. Mais cette réussite est tempérée par divers excès et, surtout, par cette recherche de spiritualité qui ne le quitte pas. Il lit la bible, s'informe sur le boudhisme et s'intéresse même au tarot et à la numérologie. En 1976, à Malibu alors qu'il se baigne seul il est emporté par une vague qui l'entraine vers le fond. Il confesse avoir prié et imploré Dieu juste avant qu'une autre vague ne le ramène sur le rivage. Sa quète de Dieu s'amplifie après cet événement. L'année suivante, son frère David lui ramène de Jérusalem une traduction du Coran que Cat Stevens lit avec passion. Il fait énormément de recherches sur l'islam et décide de se convertir à cette religion, elle est ce qu'il cherchait sans le trouver depuis plusieurs années... Plus que jamais, il veut fuir la vie qu'il juge superficielle du show-business pour se consacrer à la spiritualité. Sa conversion a lieu, à Londres, le 23 décembre 1977 sous le nom de Yusuf Islam. Il se tourne alors vers l'aide aux démunis et ne chante plus que des chants religieux à l'exception d'un concert au bénéfice de l'UNICEF à Wembley, en 1979.

Entre 1985 et 2005, il sort cependant fréquemment de se retraite spirituelle pour participer à des actions caritatives pour les enfants victimes de la guerre, pour les victimes du tsunami dans l'Océan Indien, au profit de victimes du terrorisme... Et pourtant, Yusuf islam est accusé d'islamisme radical à cause d'un homonyme et est interdit d'accès sur le sol américain de 2004 à 2006. En 2005, il est fait Docteur Honoris Causa de l'Université du Gloucestershire pour ses actions en faveur de l'éducation, deux ans plus tard il le devient également de l'Université d'Exeter pour l'ensemble de son action humanitaire. Dans la seconde moitié des années 2000, il réalise que rock et l'islam ne sont pas forcément incompatible et revient avec deux albums folk/rock : Another Cup (2006) et Roadsinger (2009). Chaque année, la vente des albums de Cat Stevens rapporte encore 1,5 millions de dollars à Yusuf Islam. Une partie important - plus de la moitie sans que l'on ne sache avec précision - est injectée dans des actions à vocation humanitaire.



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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 13:51

Série de l'été - 1986, la chanson la plus polémique des Smiths...

19-panic.jpgLe 26 avril 1986, un accident nucléaire de niveau 7, c'est à dire le niveau le plus élevé, ravage la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. L'évacuation des foules des deux villes les plus proches - Tchernobyl et Prypiat - ne commence que le lendemain, il faut même attendre plusieurs jours pour que les populations des villes alentours soient évacuées. De nombreuses zones sont contaminées et un nuage radioactif se déplace vers l'Europe occidentale. 780.000 hectares de terrains agricoles sont perdus, 695.000 hectares de forêts sont inutilisables plongeant ainsi la région dans une situation économique dramatique qui vient se greffer à des conséquences sanitaires qui ne le sont pas moins; plusieurs milliers de personnes sont touchées par les radiations et l'on constate un nombre multiplié par 80 de cancers de la thyroïde. A la même époque, The Smiths termine l'enregistrement de leur troisième album, The Queen is dead qui va devenir la référence ultime du groupe. Fondé dans la banlieue de Manchester, en 1982, par Morrissey (Steven Patrick de son vrai nom) et Johnny Marr, The Smiths surfe sur la vague du rock indépendant qui a réellement pris son envol avec le mouvement punk et qui trouvera son apogée dans les eighties tant aux Etats-Unis qu'en Angleterre. Morrissey n'a pas connu la réussite avec The Nosebleets tandis que Marr, guitariste de studio très demandé, cherche un chanteur pour monter son propre groupe. C'est Billy Duffy, le guitariste de The Cult(1) qui présente Morrissey à Johnny Marr et c'est avec la chanson Suffer little children, inspirée des Meurtres de la Lande, une série de crime qui secoua Manchester dans les années '60, que Morrissey séduit Marr. Ils étoffent donc le groupe de Mick Joyce (batterie) et Andy Rourke (basse) et l'appellent The Smiths pour aller à l'encontre de la tendance alors en vogue de donner des noms longs (Manic Street Preachers, My Bloody Valentine, The Jesus & Mary Chain...). The Smiths (1984) et Meat is murder (1985), les deux premiers albums du groupe sont de vrais succès artistiques et commerciaux. The Smiths reçoit même le titre de Meilleur Groupe Anglais de l'année 1984, Morrissey celui de Meilleur Chanteur. Entre polémiques (notamment liées à Suffer little children que certains ont vu comme l'apologie de meurtres d'enfants alors qu'elle n'est que compassion pour les cinq victimes des Meurtres de la Lande), références culturelles à Oscar Wilde, Jack Kerouac ou James Dean et engagement social (The Smiths prônent le végétarisme) ou politique (un anti-Thatcherisme avoué), le groupe mancunian s'érige en valeur forte du rock britannique. La sortie de The Queen is dead renforce encore l'aura populaire des Smiths.

Quel rapport peut-il y avoir entre The Smiths et Tchernobyl ? Lorsque The Queen is dead est mis en boite, les quatre membres du groupe éprouvent le besoin de souffler. Morrissey est un grand consommateur d'informations, il s'inspire d'ailleurs souvent de l'actualité pour écrire des textes dont certains sont devenus des chansons. Aussi, quelques jours plus tard, au début mai, il écoute un journal parlé sur BBC Radio 1 dont le présentateur conclut en donnant quelques nouvelles de Tchernobyl. A peine le journal est -il terminé que l'animateur, Steve Wright, lance sans transition I'm your man, de Wham. Morrissey est heurté par le manque de sensibilité de Wright dont l'émission est souvent irrévérencieuse voire provocatrice. Le lendemain, Morrissey évoque cette petite histoire avec Johnny Marr. Comment est-il possible de passer une chanson sans âme, de discothèque et caricaturale comme I'm your man après avoir parlé des victimes de Tchernobyl ? demande, en substance, Morrissey. Les deux hommes se proposent alors de composer une chanson. Marr voit plutôt une critique du disco et de la musique pop britannique mielleuse de l'époque emmenée par Wham, Culture Club, Bananarama, Kajagoogoo ou The Pastels qui sont aussi produits par Rough Trade, le label des Smiths... Le disco et la pop commerciale envahissent effectivement les boites de nuits et proposent une musique aseptisée, sans âme, aux adolescents britanniques. Lorsqu'il écrit Panic, Morrissey garde par contre en mémoire Steve Wright, le disc-jockey (en ce sens que c'est lui qui faisait la programmation musicale de son émission) de BBC Radio 1. Marr s'inspire de la chanson Metal Guru des T-Rex pour composer la musique de Panic. La chanson est rapidement composée et, alors qu'ils aspiraient à un peu de repos, The Smiths se retrouvent, à la mi-mai 1986, dans les studios Livingstone de Londres pour graver Panic.

Panic sort le 21 juillet 1986 et le public qui a toujours l'album The Queen is dead dans l'oreille accroche. Les fans des Smiths adorent cette chanson et le leitmotiv Burn at the disco, hang the blessed DJ (Fous le feu au disco et pends le DJ béni) devient rapidement culte chez les fans de rock et chez les punks, encore nombreux, de Londres. Evidemment, la chanson crée une polémique importante. Est-il tolérable qu'une chanson réclame la pendaison d'un homme ? Il faut dire que les termes hang the DJ reviennent 33 fois sur les 2'20'' de la chanson... Le journaliste Nick Kent, adversaire avoué des punks et du rock indépendant, écrit dans The Face que Panic est un "mandat pour le rock-terrorisme", d'autres fustigent des paroles racistes (ndlr il faudra me dire quels mots du texte de Morrissey peuvent avoir un connotation raciste car je n'ai pas trouvé !). Mais la polémique joue un rôle d'amplificateur des ventes et Panic reste dans les charts jusqu'à la fin de l'automne. Cependant, Panic coûtera aux Smiths leur label ! En effet, bien que ce ne fut pas la raison officiellement évoquée, Rough Trade qui produisait le groupe depuis le début, le pousse vers la sortie. Cela ne chagrine pas trop Marr et Morrissey qui envisageaient de trouver, de toutes façons, un label plus important. La chanson la plus polémique des Smiths ne sera enregistrée sur aucun album, elle apparaitra seulement sur les compilations The world won't listen (chez Rough Trade qui a quand même senti la bonne affaire) et Louder than bomb (chez EMI, nouveau producteur des Smiths) , toutes deux sorties en 1987.

Si elle est, avant tout, une critique de la musique commerciale et de discothèque, Panic est surtout née d'une transition musicale hasardeuse faite par un animateur de la BBC à l'issue d'informations relatives à la catastrophe de Tchernobyl. Panic a secoué la morale de certains "intellos" londoniens bien plus que celle des producteurs de pop commerciale puisque dans les années qui suivirent, des groupes comme Take That, East 17, MN8, The Wanted ou les Spice Girls ont été lancé à grand coup de renforts publicitaires pour phagocyter le cerveau des adolescents...




19 Panic - Paroles

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(1) le groupe de Ian Astbury qui tentera l'aventure des Doors of the 21st Century avec Ray Manzarel et Robbie Krieger en 2002.

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 09:34

Série de l'été - 1965, Otis Redding écrit un plaidoyer pour le respect des maris qui travaillent dur qui va devenir... un véritable hymne des mouvements féminins de la fin des années '60. 

18-respect.jpgNous avons déjà évoqué dans nos séries de l'été des chansons qui ont été créées par un artiste et popularisées par un autre. Nothing compare 2 U, The house of Rising Sun ou Proud Mary, cet été; One step beyond l'an passé. C'est à un titre rendu immense par Aretha Franklin que nous allons faire allusion aujourd'hui : Respect ! C'est pourtant l'un des Parrains de la Soul qui composa cette chanson qui est devenue l'un des classiques de la musique soul. Associée à la musique noire américaine, la soul est née de l'urbanisation du rhythm 'n blues (le black blues originaire de la Nouvelle Orléans) et de popularisation du gospel. La création, en 1959 à Détroit par Berry Gordy, de la Tamla Motown va permettre l'éclosion de talents purs comme Barrett Strong, Marvin Gaye, Gladys Knight, The Temptations, The Supremes ou The Four Tops pour n'en citer que quelques-uns. Avec ces locomotives, la soul music explose à l'aube des années '60, Des titres comme Stand by me (Ben E. King, 1961), At last (Etta James, 1961), Night Train (James Brown, 1962), I found a love (Wilson Pickett, 1962), Papa's got a brand new bag (James Brown, 1964), In the midnight hour (Wilson Pickett, 1965) ou I got you (James Brown, 1965) lui donnent ses lettre de noblesse. Pendant ce temps, Otis Redding végète dans sa petite ville de Macon, en Georgie. Il y est notamment batteur dans divers groupes de gospel et occupe divers petits emplois afin de subvenir aux besoins de sa famille. En 1958, à l'âge de 17 ans, Redding rencontre Johnny Jenkins, un guitariste gaucher qui tient sa guitare à l'envers et qui produit un son extraordinaire (qui inspirera Jimi Hendrix quelques années plus tard), et le rejoint au sein de Pinetoppers. Jenkins présente Otis Redding à son manager, Phil Walden, qui après avoir entendu une première version de These arms of mine, l'introduit auprès de Stax, un label de Memphis spécialisé dans le rhythm 'n blues et la soul. Après quelques hésitations, Stax permet à Redding d'enregistrer un premier single composé de These arms of mine et de Hey, hey Baby. Les choses s'enchainent alors, quelque 800.000 exemplaires de ce single sont écoulés et Stax signe un vrai contrat avec Otis Redding. Pain in my heart, un premier album voit le jour en 1964. c'est un mélange de composition de Redding (Something is worrying me, That's what my heart needs, These arms of mine,...) et de reprises diverses (Lucille, de Little Richard, Stand by me de Ben E. King ou le classique You send me de Sam Cooke).

Otis Blue, un sommet de la soul !

Le principe fonctionne bien alors Otis Redding envisage immédiatement un second album fait de compositions originales et de reprises. Rapidement, il choisit de réinterpréter des classiques comme Satisfaction, des Rolling Stones, My girl, de Smokey Robinson, Rock me Baby, de BB King, Change gonna come, Wonderful world et Shake, de Sam Cooke qui vient de mourir dans des circonstances bizarres dans un hôtel d'Hollywood, ou Down in the valley, de Solomon Burke. Il ne reste plus à Redding qu'à créer quelques titres pour compléter l'album. Il en compose trois : I've been loving you too long, Ole man trouble et, surtout, Respect. A l'origine, Respect est une ballade douce et mielleuse qui avait été écrite pour le groupe The Singing Demons. Mais, ayant besoin de chansons pour son nouvel album, il décide de la garder, en réécrit les paroles et en accélère le tempo. Dans son texte, Otis Redding évoque l'histoire d'un homme qui est prêt à tout donner à sa femme, à tout lui pardonner à condition d'obtenir son respect lorsqu'il rentre à la maison. En fait, il constate lors d'une discussion avec Al Jackson, le batteur de MG, le groupe qui accompagne Booker T., que beaucoup de femmes de chanteurs ont du mal à supporter les absences répétées de leur mari qui sont soit en studio soit sur les routes américaines. Dès lors, les retours à la maison ne se font pas sans heurts et disputes. Cette anecdote incite Otis Redding à écrire une chanson qui fustige les épouses qui acceptent la vie dorée qu'on leur offre (on est en plein American Dream à cette époque) mais qui ne supportent pas l'absence de leurs époux qui travaillent pour leur donner cette vie. Ils leur demande donc un peu de respect lorsque leur homme rentre à la maison...

Otis Redding sings soul est enregistré entre avril et juillet 1965, dans les studios de Stax à Memphis. L'album sort le 15 septembre précédé, mi-août, de son titre-phare Respect. Si la chanson connait un succès honnête (4è place dans les charts R'n B), l'album cartonne. Rapidement rebaptisé Otis Blue, à cause de sa couverture bleutée, il devient numéro 1 aux Etats-Unis et numéro 6 au Royaume-Uni. Musicalemenent, Otis Blue est parfait, les compositions originales sont remarquables, les reprises le sont tout autant; elles portent la griffe unique d'Otis Redding.

Et Aretha s'en empara...


En 1967, le journaliste musical Jerry Wrexler propose à Aretha Franklin d'adapter Respect, ce qu'elle fait en modifiant quelques paroles pour en faire l'histoire d'une femme forte qui affirme clairement à son homme qu'elle a tout ce qu'il lui faut et que c'est elle la pierre angulaire du couple. La version d'Aretha Franklin est enregistrée en février 1967, dans les studios d'Atlantic Records à New York. On y ajoute un pont musical et un saxophone pour la rythmer différement. Elle sort en avril et rencontre un immense succès international. Respect devient vite l'hymne des mouvements féministes - américains d'abord, européens ensuite - et permet à Aretha Franklin de devenir une star internationale. On ne m'ôtera pas de l'idée que c'est loin de l'esprit que Redding voulait donner à sa chanson mais force est de reconnaitre que la version d'Aretha est puissante et qu'elle est une réussite incontestable. Otis Redding saluera d'ailleurs la performance de Franklin...

Travailleur prolixe, Otis Redding écrira encore bon nombre de chansons. Deux albums studio - The Soul Album et Dictionnary of Soul - sortiront encore en 1996 ainsi qu'un album de duo avec Carla Thomas, King & Queen, en 1967. Il travaille sur un nouvel album intitulé The Dock of the Bay dont il enregistre la chanson éponyme le 8 décembre 1967. Le 10 décembre, son avion s'écrase dans le lac Monona, dans le Wisconsin. L'album The Dock of the bay sort, à titre posthume, le 23 février 1968 avec cette chanson fabuleuse qui restera son plus gros succès... sans qu'il l'ait connu !

 



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