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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 09:48

40 ans après son procès pour exhibitionnisme, l'Etat de Floride vient d'amnistier Jim Morrison. Retour sur le contexte d'un concert dont le fiasco est devenu mythique...

jim.jpgDès le milieu des années '60 The Doors enflamment la Californie et la côte ouest des Etats-Unis. A l'automne 1966, le premier album, simplement baptisé The Doors, est pressé; il contient quatre perles exceptionnelles : Break on through, Light my Fire, Alabama Song et The End. En quelques semaines, le groupe se taille un succès phénoménal. Le jeu de scène de Jim Morrison n'est certainement pas étranger à cette réussite rapide. La personnalité du leader charismatique des Doors en fait, tout aussi vite, un personnage incontournable de la scène musicale américaine et de la contre-culture de l'époque. En plus, Morrison à une belle gueule et un sourire d'ange... Le subtil mélange de la poésie de Morrison et du rock parfaitement maîtrisé de Manzarek, Densmore et Krieger s'impose comme la perfection musicale de cette seconde moitié des turbulentes sixties américaines. The Doors tournent un peu partout à travers le pays. On se presse pour venir voir le poète maudit qui a remis au goût du jour, à travers les textes de ses chansons, des auteurs oubliés des Américains comme Rimbaud, Verlaine, Plutarque, Blake ou Brecht. Mais Morisson est imprévisible sur scène, cela pose quelques problèmes aux organisateurs des concerts et aux autres membres des Doors. Cependant, la foule en redemande alors on fait souvent contre mauvaise fortune bon coeur... Le succès grise Jim qui d'une consommation régulière de drogue et d'alcool passe à une surconsommation notoire. Au fil des concerts, Morrison devient de plus en plus ingérable, le 5 décembre 1967, à New Haven (Connecticut), il s'en prend verbalement aux forces de l'ordre ce qui conduit à son arrestation en plein milieu d'une chanson. Il est inculpé pour troubles à l'ordre public et refus d'obtempérer...

A partir de ce moment douloureux, Jim Morrison est pris dans un étau moral. Il sait qu'il se laisse enfermer dans un star-system qu'il répugne mais se rend également compte que son comportement répond à une réelle attente des fans des Doors. Cette situation rend Morrison de plus en plus instable, il développe même une certaine agressivité liée à ses libations abusives. Les relations avec les trois autres membres du groupe en souffrent énormément. Elles atteignent un point de non-retour lors de l'enregistrement du troisième album studio, Waiting for the Sun, au printemps 1968. Pour cette plaque, Jim souhaite qu'une face entière soit consacrée à la chanson Celebration of the Lizard qu'il travaille depuis trois ans. Mais Manzarek, Krieger et Densmore trouve cette composition de plus d'un quart d'heure beaucoup trop longue. Contre l'avis de Morrison, ils décident de n'en garder que la charnière centrale qui est rebaptisée Not to touch the Earth... Cette décision prise à trois contre un isole Jim Morrison et le démotive totalement. Plus rien ne sera comme avant au sein des Doors. Le hasard veut que Jim rencontre, au  même moment, Michael McClure, le poète de la Beat Generation qui lit les poèmes de Morrison et l'incite à les publier. Dès lors, la poésie va prendre le pas sur la musique dans la vie de Jim Morrison. C'est d'ailleurs Robbie Krieger qui termine les textes des chansons qui complètent l'abum Waiting for the Sun dont Morrison s'est désintéressé.

Jim annonce qu'il veut quitter les Doors mais Ray Manzarek, conscient de l'apport du chanteur sur l'impact du groupe près du public et des médias, le convainc de rester encore un peu, au moins le temps d'honorer une tournée prévue dans l'est des Etats-Unis et une autre en Europe dans le second semestre de 1968. Morrison accepte et, paradoxalement, alors qu'il n'a plus le feu sacré, ses prestations scéniques sont de plus en plus puissantes. Chaque soir de concert, il se livre corps et âme au public et au service des compositions des Doors. A Chicago, a la fin de la chanson Unknown Soldier, pour simuler l'absurdité de la guerre au Vietnam, Krieger fait semblant de fusiller Jim Morrison. L'illusion, renforcée par un jeu de lumière intense, est parfaite et ledernier vers d'Unknown Soldier ("The war is over") devient le slogan principal de toutes les associations militant contre la guerre au Vietnam.

A la fin de l'année, épuisé et lassé, Morrison s'éloigne des Etats-Unis; il s'installe pour quelques temps à Londres avec Pam, sa compagne de toujours. Le délai grapillé par Manzarek touche à sa fin et le claviériste en profite pour emmener Morrison en studio pour l'enregistrement du quatrième album des Doors, The Soft Parade. Jim n'en fait qu'un minimum, il ne signe que quatre des neufs chansons de l'album mais participe quand même à sa réalisation. C'est alors que Manzarek, Densmore et Krieger commettent la bourde la plus monumentale qui soit : ils vendent la musique de Light my Fire à Buick pour une publicité. Sacrilège... ils ont vendu les Doors aux marchands ! Jim Morrison se sent trahi et c'est dans cette ambiance que se profile le fameux concert de Miami.

Miami, un fiasco total

1er mars 1969, Miami ouvre une tournée de vingt dates qui doit emmener les Doors aux quatre coins du pays. Le contexte est plombé dès le départ : les organisateurs ont vendu plus de tickets qu'il n'y a de places, la salle est donc surpeuplée. Certains possesseurs du sésame n'ont pas pu entrer et l'ambiance est surchauffée tant dans la salle qu'à l'extérieur. Morrison n'arrive pas, il a manqué l'avion qui doit l'amener en Floride. Lorsqu'il arrive c'est complètement saoul qu'il se présente; il tient à peine debout et refuse de monter sur scène. Il y est poussé de force mais est totalement incapable de chanter. Il oublie les paroles, s' interrompt, invective le public... Pis encore, alors que les musiciens entame Five to One, Morrison se lance dans une diatribe anarchiste qui n'a rien à voir avec les paroles de la chanson. Il reproche au public de se laisser guider et de n'être que les esclaves de l'establishment (You're all a bunch of slaves !). Le public, qui n'a pas l'air de comprendre le sens du message applaudi à tout rompre. Au plus Morrsion l'insulte, au plus le public en transe l'applaudit. Alors Jim annonce haut et fort qu'il va exhiber son sexe... Aujourd'hui encore, le doute subsiste ! A-t-il réellement sorti son sexe ou ne sont-ce que ses doigts qui sont passé à travers la braguette de son pantalon ? Toujours est-il que l'intervention de la police fait dégénérer le concert. Jim Morrison est emmené par les forces de l'ordre tandis que le chaos règne dans la salle. Le 5 mars, un mandat d'arrêt est délivré à l'encontre de James Douglas Morrison pour quatre chef d'inculpation : ivresse publique, comportement indécent, exhibition et outrages aux bonnes moeurs. La presse se déchaine et évoque le "dérapage de Morrison". La tournée qui devait suivre le concert de Miami est annulée mais Morrison reçoit des soutiens tant d'autres artistes que du grand public qui voient dans cette arrestation une forme de persécution du mouvement hippie et de la contre-culture.

Le procès débute à l'automne 1970 au Tribunal du Comté de Dade, à Miami. Il se solde par une condamnation de Jim Morrison pour Exhibitionnisme et blasphème. Il est condmané à huit mois de travaux forcé (six mois pour l'exhibition + deux mois pour le blasphème) ainsi qu'à une amende de 500 dollars. Le procès trouve grand écho dans la presse car les témoignages se contredisent et le témoin principal de l'accusation n'est autre que le fils d'un... policier de Miami ! Finalement, même si les charges sont maintenues, son avocat parvient à faire libérer Morrison contre le versement d'une caution de 50.000 dollars en attendant le procès en appel. La fin du procès est marqué par deux décès importants dans le monde du rock, celui de Jimi Hendrix, d'une overdose de barbituriques, le 18 septembre 1970, et celui de Janis Joplin, victime d'une overdose d'héroïne le 4 octobre 1970. Pour fêter sa libération, Jim Morrison trinque avec les membres des Doors et déclare, de façon prémonitoire : "Vous êtes en train de boire avec le n°3 !". Entretemps, The Doors ont continué d'avancer, ils n'ont pas été retenu par les organisateurs du Festival de Woodstock mais ont mis en boite la plaque Morrison Hotel qui contient les somptueux Roadhouse Blues et Waiting for the Sun. Le groupe a repris la route et une série de concerts à New York sont salués tant par la critique que par le public. Mais plus que jamais Morrison a besoin de souffler, sa poésie commence à être reconnue et la musique l'ennuie de plus ne plus. Au printemps 1971, juste après l'enregistrement de L.A. Woman, il quitte Los Angeles pour s'installer à Paris où il veut se rapprocher de ses égéries que sont Rimbaud et Verlaine. Avec Pam, Jim visite la France, l'Espagne et le Maroc avant de mourir dans son appartement parisien, le 3 juillet 1971...

A-t-il voulu saborder The Doors ?

Le concert de Miami, le 1er mars 1969, a donc été catastrophique pour les Doors. D'aucuns se sont demandés si Jim Morrison, trahi par ses amis qui avaient vendu Light my Fire à Buick, n'a pas expressément cherché à faire exploser le groupe par son comportement. La question reste ouverte mais, si dans les semaines qui ont suivi le dérapage, les concerts se sont annulés et le groupe était considéré comme paria, la suite a démontré que The Doors était plus populaires que jamais. Par ailleurs, alors qu'il avait annnoncé, à la mi-1968, ne rester avec les Doors que pour six mois, il sera encore resté trois ans et aura enregistré, avec le groupe, trois albums. Si son intention, à Miami, était de saborder The Doors, le moins qu'il se puisse être écrit est qu'il aura raté sa tentative...

40 ans après... l'amnistie

Quatre décennies après la condamnation de Jim Morrison, le Gouverneur de Floride, Charlie Crist a officialisé, cette semaine, le pardon de l'Etat de Floride. Aujourd'hui donc Jim Morrison est amnistié de tous les chefs d'inculpations qui avaient été retenus contre lui en 1970. La mort de Morrison n'avait pas permis le tenue du procès en appel qui était prévu pour la fin de 1971 ou le début de 1972.

 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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commentaires

flament jp 21/02/2013 12:42

- j, ai revu le film sur les doors ! de 1991 ..........ce type était un sacré "dieu" du rock . il avait un pouvoir sur les foules lors de ses concerts , sa voix , son physique, un "sorcier" du
groupe ! ray mazarek est vraiment rigide et coincé sur scéne........le jour et la nuit avec jim ! un groupe pour l,éternité......... comme il disait " une matiére sacrée" ozz -