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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 09:01

Série de l'été - 1971, la révolution désabusée des Who...

03-Wont-get-fooled-again.jpg1971, Paul Simon et Art Garfunkel décident de se séparer tandis que Smile accueille son nouveau chanteur, un certain Freddie Mercury qui rebaptise rapidement le groupe londonien, Queen. L'été est funèbre avec les décès de Jim Morrison et de Louis Armstrong mais il voit aussi l'organisation du premier benefit concert qui a lieu au Madison Square Garden de New York au profit du Bangladesh, dévasté quelques mois plus tôt par le cyclone Bhola. C'est aussi en 1971 que le casino de Montreux s'enflamme et inspire Deep Purple pour la chanson Smoke on the Water qui contient l'un des riffs de guitare les plus fabuleux qui soit. Quand aux Who, ils proposent avec Who's Next leur album le plus accompli avec des perles comme Baba O'Riley, Behind blue eyes, l'extraordinaire This song is over et Won't get fooled again. A cette époque, The Who ont déjà marqué la musique de leur empreinte, en sept d'années de présence et en pratiquant un rock explosif, les banlieusards londoniens se sont imposés sur la scène anglaise et rivalisent avec les Rolling Stones et Led Zeppelin pour le titre honorifique de meilleur groupe. Le premier succès des Who, I can't explain, remonte à 1965, leur premier album, My Génération, suit dans la foulée et le titre éponyme confère au groupe le statut de valeur sûre. Roger Daltrey et Pete Townshend veulent expérimenter, proposer une vision nouvelle de la musique. Cela débouche, en 1969, sur la création de l'extraordinaire opéra-rock Tommy qui, en 24 chansons, raconte l'histoire d'un gamin traumatisé par le meurtre de son père, qui devient aveugle, sourd et muet et qui va passer par diverses expériences pour recouvrer ses sens. Savant mélange de pop et de rock, Tommy est un vrai roman musical, une histoire sensible remarquablement mise en valeur par la guitare de Townshend. Tommy est un tel succès artistique et populaire que Pete Townshend entend le prolonger par une suite à laquelle il donne le titre provisoire de Lifehouse. Le synopsis de ce second opéra-rock évoque un futur proche dans lequel le rock est prohibé et l'apanage de quelques sauvages tandis que le monde civilisé est nourri par intraveineuse et abreuvé de loisirs aseptisés dont la réflexion et le libre-arbitre sont exclus. Si plusieurs chansons centrales du projet sont tôt écrites, le financement est complexe à trouver. Quelques titres sont enregistrés à New York mais, faute d'un montage financier solide, Lifehouse est abandonné en 1970.

Cet échec laisse un goût amer à Pete Townshend qui avouera avoir été au bord du suicide tant la désillusion fut importante. Mais cet échec en est-il vraiment un ? En effet, l'abandon de Lifehouse laissent orphelines une quinzaine de chansons toutes prêtes à proposées au public. Il y a de quoi faire un album et en mars 1971, The Who reprend le chemin des studios pour peaufiner les titres existants, en retenir neuf et les graver sur un 33 tours. En huit semaines, Who's Next est mis en boite et son premier single, Won't get fooled again, sort en juin. La chanson se démarque par sa longueur, 8'38'', et par une longue intro qui repose sur des accords simples et une séquence au synthétiseur qui sert de fil rouge à l'ensemble de la pièce musicale. La batterie de Keith Moon et la ligne de basse de John Entwistle viennent se greffer au tourbillon de synthé avant que la guitare de  Pete Townshend ne viennent conclure cette intro et laisser la place à la voix de Roger Daltrey. Les autres caractéristiques majeures de la chanson sont les longs ponts musicaux entre certains couplets qui permettent aux musiciens de s'exprimer autant que le chanteur ainsi que, vers les deux tiers de la chanson, un énorme break dans lequel des synthétiseurs s'approprient l'espace musical faisant se taire les autres instruments et la voix de Daltrey. Ce break lancinant se prolonge près d'une minute et s'achève par un solo de batterie de Keith Moon ponctué du désormais célèbre cri profond de Roger Daltrey... avant que la musique ne reparte de plus belle pour un final explosif ! Dix ans avant l'avènement de la new wave et l'explosion du synthétiseur dans la musique, les Who ont introduit cet instrument dans leur construction musicale. On le retrouve dans diverses compositions du groupe comme un signe supplémentaire de ses expérimentations musicales. Un synthé dans du hard rock, c'était la marque tangible du rôle des Who en tant que précurseurs d'un son nouveau.

Si la musique de Won't get fooled again est remarquable en tout point, les paroles ne sont pas à la traine. Elles font état d'une révolution manquée ou plutôt d'une révolution qui a manqué ses objectifs puisqu'au long du texte on suit le cheminement de cette révolution qui renverse un pouvoir en place pour en réinstaller  un autre... qui repars immédiatement dans les mêmes travers que le précédent. Les deux ultimes strophes de la chanson, Meet the new boss, same as the old boss (Voici le nouveau chef, il est pareil à l'ancien chef) confirment que la révolution n'a servi à rien... Malgré ce qu'avance le titre, les révolutionnaires se sont fait berné à nouveau ! Won't get fooled again aurait du être une chanson importante de Lifehouse, celle qui annonce que le combat est perdu que la société aseptisée restera en place au détriment des sauvages et de leur rock. Elle aurait du arriver en avant-dernière position de l'opéra-rock, juste avant le final The song is over, une réflexion profonde sur la création artistique, et la place de la musique dans la société notamment.

Who's Next est considéré comme le meilleur album des Who, c'est celui dont Roger Daltrey est le plus fier a-t-il souvent répété. Pour sa part, Pete Townshend qui ne s'est jamais vraiment remis de l'abandon de Lifehouse qu'il voulait comme le sommet de sa carrière est plus circonspect pensant probablement qu'il n'est qu'un sous-produit de ce qu'aurait été Lifehouse... Quoi qu'il en soit Who's Next est l'album qui aura permis l'introduction du synthétiseur dans le rock, il a marqué toute une génération de musiciens, notamment ceux qui mettront en place le mouvement punk quelques années plus tard, et a imposé The Who comme un groupe les plus importants de l'histoire du rock.



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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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