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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 12:42

L’Espagne peut-elle profiter économiquement de la victoire de sa sélection à la Coupe du Monde ?

 

copa.jpgOn le sait, l’Espagne est l’un des pays européens les plus touchés par la crise économique. En 2008, lorsque l’activité immobilière s’effondra c’est tout le pays qui plongea dans la récession avec un déficit public atteignant 120 milliards d’euros, soit 11,4% du PIB. A titre de comparaison, le déficit public de la France est équivalent à 7,9% de son PIB, celui de la Belgique à 5,9% ; celui de l’Allemagne à 3,4% et celui de l’Italie à 5,3%(1)… Quant au taux de chômage espagnol, il frise les 20%, aucun pays de l’Union Européenne ne fait pire.

 

Pendant un mois, les Espagnols ont pu oublier un peu leurs conditions économiques et vibrer aux exploits de la Roja. La sélection nationale a nourri le rêve mais, au lendemain de la victoire que reste-t-il aux Catalans, au Cantabres, aux Castillans ou aux Sévillans… L’illusion d’avoir triomphé eux aussi par procuration où seulement les yeux pour pleurer sur le non-emploi et la crise ?

 

Et bien si l’on en croit les économistes du pays de Cervantès, les raisons d’être optimistes existent… La Coupe du Monde a relancé un peu l’économie par le biais de la consommation des ménages. Non seulement les ventes en supermarchés sont en augmentation mais la fréquentation des bars et des restaurants l’est aussi. Pour vivre de concert les performances de la Roja, les Espagnols se sont regroupés et retrouvés dans la rue, comme au bon vieux temps, celui d’avant la crise… La Seleccion à donc attiré l’Espagnol dans la rue et lui a fait mettre la main au portefeuille ! «Quand une société est heureuse, cela se répercute toujours sur la consommation» affirme Miguel Angel Fraile, le Secrétaire de la Confédération Espagnole du Commerce. Ainsi, certaines sociétés de fabrication de produits de bouche ont vu leurs commandes augmenter de 64% pendant la Coupe du Monde. Il convient cependant de rester prudent car il s’agit là de «quelque chose de conjoncturel, de très ponctuel» comme le souligne l’économiste catalan Josep-Maria Sayeras.

 

Et pourtant, si l’on se base sur une étude réalisée par la banque hollandaise en 2006, on constate que de façon récurrente le pays vainqueur de la Coupe du Monde voit sa croissance annuelle augmenter en moyenne de 0,7% durant l’année qui suit sa victoire. En 1998, la France avait même connu une croissance exceptionnelle de 3,3%... Cette étude, baptisée Soccernomics, précise que «les effets macro-économiques d'une victoire au Mondial ne devraient pas être sous-estimés» ; bien sur un tel succès ne transformera jamais une crise économique en boom économique mais il peut aider à la relance. Au niveau touristique notamment ! L’Espagne reste la destination touristique au monde, derrière la France et les Etats-Unis, et le secteur du tourisme représente quelque 10% du PIB espagnol. La victoire de la Roja peut influer sur le tourisme et attirer de nombreux visiteurs supplémentaires au pays des tapas ! Enfin, la victoire au Mondial est un élément important pour redorer l’image internationale du pays qui figure un peu comme le mauvais élève, avec la Grèce, de la classe économique européenne. «La victoire en Coupe du Monde c’est comme une campagne de publicité gratuite» affirme Juan-Carlos Martinez Lazzaro, Economiste à la IE Business School, ajoutant qu’il n’est pas utopique d’imaginer le retour de certains investisseurs internationaux en Espagne.

 

Et pour el Señor-todo-el-mondo ?

 

C’est bien beau de parler d’une éventuelle relance économique nationale liée au succès sportif de la Roja mais, concrètement, l’homme de la rue, Monsieur-tout-le-monde, cette victoire aura-t-elle des répercussions directes ? Et bien oui ! Comme dans beaucoup de pays participants à la Coupe du Monde, des commerçants et des grandes enseignes de consommation avaient promis des remboursements complets pour l’achat de certains produits durant la Coupe du Monde en cas de victoire finale de l’Espagne. Beaucoup de consommateurs s’étaient laissé tenter, participant ainsi à la fameuse augmentation de la consommation ressentie et soulignée par les économistes. En guise de récompense, ils seront remboursés de leur achat… Pas mal mais cela ne va-t-il pas annihiler le fameux effet Coupe du Monde qui a boosté la consommation ? Ceux qui vont réellement faire une bonne opération, ce sont ceux qui ont souscrit un nouveau compte épargne chez Banesto (rappelez-vous, cette banque cantabrique qui soutenait Miguel Indurain) ; en effet cette banque avait promis, pour tout les dépôts entre janvier et mars 2010 sur ce nouveau produit lancé à l’aube de 2010 une majoration de 1% sur le taux d’intérêt du compte. L’idée à si bien marché que ce pourcent supplémentaire offert aux souscripteurs va coûter… 10 millions d’euros à Banesto. Dix millions d’euros qui iront dans la poche de plusieurs milliers d’Espagnols qui ont ouvert un compte chez Banesto ; ce qui est pris aux banques est pris à l’ennemi !

 

Reste que la prime offerte par la Fédération de Football aux joueurs en cas de victoire – 600.000 € par joueur ! – est indécente dans un pays où, depuis deux ans, on demande à la population de faire des efforts et de se serrer la ceinture. Conscients de cette réalité, les joueurs s’étaient engagés à reverser une partie de cette prime à des ONG… Ca c’était avant la victoire, alors qu’ils n’étaient pas sûrs de toucher le pactole. Le feront-ils maintenant que l’argent est dans leurs poches ???

 

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(1) source : www.touteleurope.fr – comparatif des déficits publics dans la zone euro (23 février 2010)

 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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