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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 14:46

Quand un homme vit dans les arbres pour échapper à la médiocrité de la société…

calvinoDe tous temps, j’ai été un dévoreur de livres ! J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à lire et à trouver, au gré des pages que je tourne, une évasion salutaire. Si je concède une immense passion aux écrits de Pierre Desproges, il est une multitude d’auteurs à qui je dois de grands moments de lecture ; Sartre, Vian, Camus, Conan-Doyle, Vasquez Montalban, Manchette, Japrisot, Daeninckx, Verne, Christie, Hammett, Zola, Pagnol,… et Calvino ! Je n’ai jamais lu qu’un seul ouvrage d’Italo Calvino, je devais avoir 16 ou 17 ans, et il s’intitulait «Le Baron Perché». Mais cette histoire avait fasciné l’adolescent anarchiste que j’étais déjà un tantinet !


« C'est le 15 juin 1767 que Côme Laverse du Rondeau, mon frère, s'assit au milieu de nous pour la dernière fois. Je m'en souviens comme si c'était hier. Nous étions dans la salle à manger de notre villa d'Ombreuse ; les fenêtres encadraient les branches touffues de la grande yeuse du parc. Il était midi ; c'est à cette heure-là que notre famille, obéissant à une vieille tradition, se mettait à table ; le déjeuner au milieu de l'après-midi, mode venue de la nonchalante Cour de France et adoptée par toute la noblesse, n'était pas en usage chez nous.» ainsi commence le roman de Calvino. L’auteur y narre la révolte d’une jeune aristocrate qui, âgé de 12 ans, décide de monter dans un arbre et ne plus reposer les pieds sur la terre d’un monde qu’il juge terne, médiocre et irrespectueux de lui-même… Le jeune Côme vivre ainsi toute sa vie dans les arbres sans jamais en redescendre, recevant même la visite de Napoléon et parvenant à séduire, de sa position juchée, Violette une marquise voisine…

Et pourtant, lorsqu’il quitta le planché des vaches, personne ne prit Côme au sérieux ! Qui pouvait prêter foi aux divagations d’un enfant de douze ans ? Mais celui-ci, opiniâtre et assurément misanthrope, se rend vite compte que la nature lui permet de vivre comme il l’entend et même, en passant d’arbre en arbre, de se déplacer où il veut se rendre… Tout en restant perché, le Baron du Rondeau prendra part aux événements historiques que traverse son pays(1) en parvenant à reprocher à ses contemporains leur mollesse à entrer dans l’Histoire. Au fil du temps, Côme devient célèbre partout en Italie et l’on se déplace pour le voir, telle une bête de cirque, en se demandant s’il descendra un jour de son arbre. Mais, le Baron passa le reste de sa vie dans es arbres afin d’échapper aux contraintes sociales, à la médiocrité terrestre mais aussi pour démontrer à l’envi ce qu’est la liberté… Le choix de vivre autrement, faisant fi des règles établies et du regard des autres ! Côme choisit de vivre seul en hauteur plutôt que mal accompagné au niveau du sol… pour finir au ciel, emporté par une montgolfière.

Conte philosophique davantage que roman, «Le Baron Perché» est une œuvre de rupture pour Italo Calvino qui fracasse ainsi le style littéraire plus traditionnel auquel il souscrivait à l’aube des années cinquante… Cette œuvre, poursuivie par «Le Vicomte pourfendu» et «Le Chevalier inexistant», apportera à Calvino la reconnaissance en tant qu’un des auteurs les plus remarquables de la littérature italienne du vingtième siècle.

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(1) Nous sommes au Nord de l’Italie, juste à l’issue de la Guerre de Succession d’Autriche et en pleine Campagne d’Italie menée par Napoléon

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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