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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 13:57

Une édition originale des Fleurs du Mal signée par Baudelaire a été adjugée à 775.00€

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.


baudelaire.jpgLes Fleurs du Mal, œuvre majeure et majestueuse de Charles Baudelaire, a été publiée pour la première fois, en 1855, dans La Revue des Deux Mondes. Depuis 1840, Baudelaire écrit des poèmes qui composeront ce recueil exceptionnel, probablement le plus puissant de la littérature française. Il faudra, cependant, attendre juin 1857 pour que Les Fleurs du Mal soient éditées sous forme de recueil. Le livre fut alors tiré à 1300 exemplaires. C’est l’un de ces 1300 exemplaires, dédicacé par Baudelaire, qui a été mis en vente, hier, à l’Hôtel Drouot à Paris. Il a trouvé acquéreur, après de belles enchères, pour la somme de 775.000€. Il faisait partie de la collection Aupick-Ancelle qui contenait quelque 180 lots – livres, courrier, objets - en rapport avec l’œuvre et la vie de Baudelaire. 775.000€ c’est un record pour une édition originale des Fleurs du Mal. A titre de comparaison, lors d’une précédente vente, chez Sotheby’s à Londres, un autre exemplaire de l’édition originale de 1857 avait été acquis pour 560.000€.

Des fleurs censurées

Œuvre majeure de la poésie, empreinte d’esthétisme, élégie de la beauté et du sublime, Les Fleurs du Mal sont un recueil de cent poèmes, ou pièces, qui influença de façon profonde toute une génération de poètes, à commencer par Stéphane Mallarmé et Arthur Rimbaud. Originellement, Les Fleurs du Mal devaient s’intitulé Les Lesbiennes mais ce titre fut jugé trop provoquant et fut prohibé. Les cent pièces qui composent l’œuvre sont autant d’odes à la femme. Malgré une critique des plus élogieuses publiée dans Le Moniteur Universel, le 7 juillet 1857, quelques semaines après sa parution, le recueil de Baudelaire va connaitre un début de vie chaotique. La Direction de la Sûreté Publique dépose une plainte pour outrage à la morale publique et une autre pour outrage à la morale religieuse à l’encontre de Charles Baudelaire. En effet, les autorités bonapartistes de ce Second Empire décidément très puritain jugent Les Fleurs du Mal comme un éloge à la pornographie, au sadisme et à l’homosexualité féminine. Baudelaire est soutenu par ses pairs, notamment par Victor Hugo qui qualifie Les Fleurs du Mal d’œuvre éblouissante comme des étoiles. Mais malgré cela un procès à lieu en août 1857. Baudelaire est condamné, pour outrage à la morale publique, à une amende de 300 francs (ndlr une belle somme pour l’époque) ainsi qu’à la suppression de six des poèmes qui composent le recueil.

En 1861, Les Fleurs du Mal sont rééditées amputées des six poèmes jugés pornographiques. On se rend donc compte de l’importance qu’ont pris les 1300 exemplaires de l’œuvre publiés en 1857 qui sont donc les seuls à présenter l’œuvre originale et entière de Baudelaire… Pas étonnant que des collectionneurs soient prêts à claquer 775.000€ pour en obtenir un des rares exemplaires restants… Contournant la censure, Baudelaire fera publié, en 1866, les six pièces interdites – Lesbos, Femmes Damnées, Le Léthé, A celle qui est trop gaie, Les Bijoux et Les Métamorphoses du Vampire – dans un autre recueil intitulé Les Epaves qui passent sans encombre la barrière morale des censeurs du Second Empire.

En mai 1949, 92 ans après la publication des Fleurs du Mal, la Société des Gens Lettres de France saisit la Cour de Cassation pour faire réhabiliter l’œuvre majeure de Charles Baudelaire. Elle le sera par décision de cette cour le 31 mai 1949.

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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