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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:16

La musique est morte avec les années ’80… Le temps d’une Renaissance musicale est à espérer !

 

eagles.jpgLa musique est morte avec les années ’80 ai-je souvent coutume de dire… Par là j’entends que de tout ce qui fut produit par des artistes ou des groupes lancés à partir de 1990, il n’y a pas grand chose qui soit digne d’intérêt. Certes nous pouvons encore entendre de la bonne musique aujourd’hui mais elle est produite par des artistes dont la carrière a débuté bien avant les années ’90. Musicalement (et de manière plus large artistiquement), la période 1990-2007 est pauvre ! Triste même au regard des décennies ’60, ’70 et ’80… Ce matin, j’entendais l’excellent Marc Ysaye(1) – dont on peut dire qu’il est une référence en matière de musique et d’histoire de la musique – parler de l’album Hotel California du groupe californien Eagles… Il disait que cet album avait la particularité d’être le plus vendu aux Etats-Unis. Hotel California s’est écoulé à 29 millions d’exemplaires à travers les States, c’est à dire près de deux millions de plus que le Thriller de Michael Jackson sur le sol étasuniens… 29 millions d’exemplaires, cela veut dire que plus d’un Américain sur dix a acheté cet album de légende ! Il faut dire que rien que le titre éponyme et phare de ce LP est un chef d’œuvre… Le long jeu de guitare final s’apparente à un vrai dialogue entre Glenn Frey et Joe Walsh ; les deux guitaristes signent un pur moment d’extase comme il y en a peu dans l’histoire du rock. Quand on revoit le clip vidéo d’ Hotel California qui fut, en fait enregistré sur scène, on peut voir que les deux hommes prennent véritablement leur pied en clôturant longuement le morceau… Mais cet album mythique ne vaut pas que par sa première plage. En effet d’autres chansons de valeur complètent la plaque : New Kid in Town, Life on the fast lane et Wasted Time pour n’évoquer que ceux là…

Sorti en 1976, Hotel California a reçu, l’année suivante, le Grammy Award du Meilleur Enregistrement. Au même moment, Eagles sortait le best-of Their greatest Hits 1971-1976 qui se vendra également à 28 millions d’exemplaires aux Etats-Unis (42 millions à travers le monde) Eagles fut l’un des groupes phares de la décennie qui fut probablement la plus belle musicalement parlant, les années ’70… Pour se rendre compte de l’importance et de la qualité musicale des seventies, il suffit de regarder le top 10 des meilleurs ventes d’albums de tous les temps(2) :
1. Thriller (1982), Michael Jackson : 59 millions d’exemplaires
2. Their Greatest Hits (1976), Eagles : 42 millions
3. Saturday Night Fever (1977), The Bee Gees : 40 millions
4. Bat out of Hell (1978), Meat Loaf : 37 millions
5. Dark side of the moon (1973), Pink Floyd : 35 millions
6. Come on over (1997), Shania Twain : 35 millions
7. Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band (1967), The Beatles : 32 millions
8. Led Zeppelin IV (1971), Led Zeppelin : 32 millions
9. Rumours (1977), Fleetwood Mac : 30 millions
10. Let’s talk about love (1997), Céline Dion : 30 millions


Six de ces albums sont issus de la décennie ’70… 60% de la musique qui passionna le plus le public est donc issue des années septante ! Et pour corroborer cette situation, on peut ajouter le nom des groupes ou des artistes qui ont vendu le plus d’albums à travers le monde ; on trouve Elvis Presley (1,2 milliards d’albums vendus dont 500 millions post-mortem), The Beatles, Abba, Queen, Led Zeppelin, Barbra Streisand, Pink Floyd ou ACDC… Le point commun entre tous ces artistes est qu’ils ont connu les seventies !

Les années ’90 : la rentabilité avant la qualité !

Huit de ces albums les plus vendus du monde sont sortis avant les années ’90… C’est assez paradoxal pourrait-on penser car c’est dans les années nonante que l’industrie musicale a commencé à se libéraliser et à entrer dans le sacro-saint jeu économique. Dès lors, les majors companies ont eu tendance à privilégier la rentabilité à la qualité artistique et à nous fournir des chanteurs formatés voire créés de toutes pièces dans un but commercial, rappelons-nous des boys-bands ou des succès de l’été des années ’90 ! Donc plus l’industrie du disque vise la rentabilité moins elle vend… Paradoxal disais-je ? Pas vraiment car la rentabilité ne consiste pas pour les majors à vendre plus mais bien à optimaliser les marges bénéficiaires… Ainsi, par exemple si un album dans les années ’70 coûtait l’équivalent de 10,00€ d’aujourd’hui tout compris et qu’on le vendait 12,00€, la marge bénéficiaire était de deux euros. En vendant 30 millions d’albums, le bénéfice déjà juteux s’élevait à 60 millions… Mais aujourd’hui, en minimisant les frais de production à quelque 6,00€ et en vendant à 19,00 ou 20,00€ on peut se contenter de vendre cinq millions d’albums pour être plus rentable… Les grandes compagnies de l’industrie du disque sont les fossoyeurs de la musique !

Le temps d’une Renaissance musicale doit venir !

Bien sûr, on ne peut pas juger la qualité d’un album qu’à son chiffre de vente mais quand plusieurs dizaines de millions de personnes l’achètent, on peut raisonnablement penser qu’il recèle de qualités intrinsèques ! Alors, en guise d’argumentation complémentaire à mon apologie de la qualité musicale je fournis le classement des Meilleurs Albums de Tous les Temps (3) tel que défini par la bible de la musique qu’est le magazine Rolling Stone :
1. Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band (1967), The Beatles
2. Pet Sounds (1966), The Beach Boys
3. Revolver (1966), The Beatles
4. Highway 61 revisited (1965), Bob Dylan
5. Rubber Soul (1965), The Beatles
6. What’s going on (1970), Marvin Gaye
7. Exile on Main Street (1972), The Rolling Stones
8. London Calling (1979), The Clash
9. Blonde on Blonde (1966), Bod Dylan
10. The White Album (1968), The Beatles


Le top dix est uniquement composé d’albums sortis entre 1965 et 1979… Les années ’80 ont encore généré des artistes de très gros calibre comme U2, Madonna, Prince ou Michael Jackson par exemple… encore que ces quatre exemples débutèrent leur carrière dans les seventies ! 36,6% des albums qui composent le classement des 500 meilleurs albums de tous les temps viennent des années ’70 ; 25,2 % viennent de la décennie ’60 ; 17,6% sont issus des eighties… Ici encore on peut voir que qualitativement, 80% des meilleurs albums ont été produits entre 1960 et 1989… Pour trouver trace du premier album des nineties, il faut aller à la 17è place avec Smell like Teen Spirit (1991) de Nirvana ; le premier album des années 2000 classé est The Eminem Show (2002), il figure au 317è rang. La décennie 1990 place 12% d’albums dans le classement ; la décennie en cours uniquement 2,6% soit seulement 13 albums sur les 500 meilleurs de tous les temps !

Tous ces chiffres tendent à confirmer que nous sommes dans une ère musicale d’une pauvreté jamais atteinte auparavant. Et s’il fallait encore un argument pour soutenir ce constat la multitude de reprises que l’on entend aujourd’hui serait cet argument. La création a laissé une (trop) grande place au remixage et à la réinterprétation. Bien sûr, il ne faut pas généraliser, il existe encore des artistes créatifs et de talent dans la musique d’aujourd’hui mais, globalement, ils sont des exceptions qui confirment la fadeur ambiante de l’époque en la matière… Nous sommes dans une ère d’artistes qui se ressemblent : Christophe Willems ressemble à Zazie, Obispo écrit des textes mièvres qu’il distribue à maints chanteurs, les rappeurs qu’ils soient des Etats-Unis, de France ou d’ailleurs, chantent quasiment tous les mêmes thèmes et proposent des clips sans originalités qui parlent de fric, de filles et de banlieues… Reste le rock ! Coldplay est probablement ce qui se fait de mieux depuis quelques années et c’est effectivement un groupe talentueux. Mais il convient de préciser que le thème de leur chanson ComputerLove est emprunté au groupe allemand Kraftwerk issu de la scène new wave des années ’80. Et pour produire son prochain album intitulé Prospekt, Coldplay s’est entouré de Brian Eno et de U2 soit deux géants des années ’80…

Les médias de masse – la télévision en tête – ne favorise pas la qualité artistique. Pour plaire au grand public de tous les pays on fait des émissions de télé-réalité dont le but est de construire les futures vedettes de la variété… Ces pseudo-vedettes entrent dans un moule qui tient davantage compte de la rentabilité et du marketing que de la qualité musicale pure. C’est pour toutes ces raisons que j’affirme que la musique est morte avec les années ’80. Tout ce qui est né après n’est, globalement, que médiocrité… Il reste heureusement quelques exceptions qui peuvent laisser espérer en une Renaissance musicale dans les décennies à venir… Oui c’est bien de cela qu’il s’agit, tout comme la littérature, les arts et les sciences ont connu leur Renaissance aux 15è et 16è siècles, la musique doit maintenant connaître la sienne au 21è siècle !

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(1) Marc Ysaye est le créateur et l’animateur de deux excellentes émissions de radio consacrées à la musique : Classic Rock et Classic Blues 21 sur la station Classic 21 ; il est aussi le fondateur du groupe belge de rock Machiavel et est, enfin, le petit-fils d’Eugène Ysaye, violoniste, compositeur et chef d’orchestre liégeois, internatiolement reconnu…
(2) source : www.idson.com, Le Monde du Spectacle
(3) pour établir ce classement, Rolling Stone a demandé, en 2003, à 273 personnalités de la musique (musiciens, critiques, manager de l’industrie du disque…) de fournir librement le classement des 50 albums (rock, jazz, blues, rap, hip-hop, fusion… bref tous genres confondus) qu’elles considèrent comme les meilleurs du monde.

 

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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