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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 06:45

24 novembre 1991, est marqué à jamais dans ma mémoire…

2411.jpgIl y a des jours qui marquent une vie, celui du dimanche 24 novembre 1991 est de ceux-là pour moi… Une journée particulière dont on se souvient vingt ans après à cause de petites choses qui l’on jalonnées. Insignifiantes lorsqu’isolées, ces petites choses une fois rassemblées sur un laps de temps court – car finalement, vingt-quatre heures qu’est-ce que cela représente dans toute une vie ? – participent à la construction de souvenirs vivaces. Aujourd’hui, quatre lustres après cette journée impérissable, l’envie de la coucher sur papier me prend. C’était donc le 24 novembre 1991, j’étais éveillé très tôt car pour mon anniversaire qui tombait deux jours plus tard, mes parents m’avaient offert un voyage à Paris organisé par l’école de communication que je fréquentais alors. C’était la première fois que j’allais à Paris et découvrir la Ville Lumière me remplissait de joie. La nuit précédente avait été agitée, difficile de trouver le sommeil tant j’idéalisais ce court séjour parisien. Au menu, enregistrement de l’émission Ciel, mon mardi ! de Christophe Dechavanne, très en vogue à l’époque, visite des studios de TF1, représentation théâtrale de La Tosca avec Mathieu Falla, qui était mon prof’ d’expression écrite, dans le rôle de Scarpia, et quartier-libre pour découvrir Paris… Un vrai beau programme ! Mais avant de partir pour Paris, il me fallait répondre à ma première obligation électorale. C’était en effet jour d’élections législatives en Belgique, j’allais voter pour la première fois, le scrutin précédent tombant avant mon 18è anniversaire ; c’était important à mes yeux. Il me fallait être assez tôt au bureau de vote de mon village pour pouvoir ensuite rejoindre le point de rendez-vous, à l’école, pour le grand départ vers Paris…

Dans le car, l’effervescence montait, nous tentions tant bien que mal et par affinités de se répartir les places dans les chambres, au grand dam d’un professeur qui nous menaçait de faire la répartition elle-même si nous ne parvenions pas à un consensus rapidement. Nous devions loger dans deux MIJE* du quartier du Marais, l’une était réservée aux filles, l’autre aux garçons… c’était comme ça en 1991. Evidemment, sur place cet apartheid sexuel fut vite abrogé ! Les deux MIJE étant voisines, nous avons privilégié le mélange filles/garçons dans les deux… c’était aussi comme ça en 1991. Je suis persuadé que les profs le savaient très bien, mais ils avaient fait leur boulot en répartissant, en théorie, les filles d’un côté et les garçons de l’autre. Bref, je me suis retrouvé au quatrième étage d’un hôtel plutôt glauque mais j’étais avec mes potes de l’école et avec des jolies filles, le paradis sur terre pour un mec de 22 ans, enfin à deux jours près. Le premier après-midi, celui de ce dimanche 24 novembre, était libre. Nous avons donc déambulé en bande dans le Marais, humant l’air de ce quartier agréable. Nous avons poussé une pointe jusqu’à Notre-Dame et sur l’Île Saint-Louis. Vers 20h00, nous regagnions nos nids pour une soirée qui s’annonçait agréable.

Il y avait une radio dans notre chambre, pour avoir un peu de musique quelqu’un la brancha, c’était sur Nostalgie je m’en souviens bien. Il y eut un flash info dans lequel le journaliste annonçait la mort de Freddie Mercury qui, après avoir lutté des mois contre le virus du Sida, s’était éteint des suites d’une pneumonie. La veille, sentant la fin proche, Mercury avait révélé par un communiqué laconique qu’il était atteint de la maladie. Bien que la rumeur avait enflé depuis son ultime apparition aux British Awards, en février précédent, le producteur du groupe Queen avait démenti à plusieurs reprises. Nous apprendrions, par la suite, que Freddie Mercury se savait porteur du VIH et condamné dès 1987. Cette nouvelle avait jeté un froid dans la chambre car pour tout qui est né avec la fin des années soixante ou le début des années septante, Queen est une référence musicale incontournable. Peut-être le groupe pop ultime ? Nous avions tous une anecdote ou une histoire à raconter autour de Queen aussi la soirée se déroula dans une ambiance peinte d’émotion et de nostalgie ; le pop/rock venait de perdre l’une de ses icônes majeures.

 

Bien sûr, parmi le tas de jeunes adultes insouciants qui avaient fait le voyage vers Paris, bon nombre avaient fait provision d’alcool. Aussi, la soirée fut-elle également teintée de whisky, de gin, de vodka et même de Stroh, une espèce de rhum autrichien aromatisé avec on ne sait trop quoi et qui tire à 80°… Moi qui ne tiens guère l’alcool, il ne m’avait pas fallu deux verres pour être ivre, avec les conséquences que ça allait avoir quelques moments plus tard. En fin de soirée, voire en début de nuit, nous chahutions dans le couloir. Etait-ce pour oublier la tristesse du décès de Freddie Mercury ? Etait-ce les vapeurs d’alcool ? Etait-ce pour créer une quelconque intimité avec les filles présentes ? Probablement un peu des trois… Toujours est-il que j’ai manqué une marche de l’escalier et ai atterri sur le palier en dessous. En me relevant, une douleur atroce assaillait ma cheville droite, impossible de poser le pied à terre. Remonter les quelques marches pour revenir vers la chambre s’apparenta à une mission délicate, heureusement que mes potes de libations furent solidaires et se mobilisèrent pour m’aider. La fille devant laquelle je faisais le beau encore quelques minutes auparavant trouva un grand seau plus ou moins net et le remplit d’eau froide dans laquelle mon pied trempa longuement. Mais rien n’y fit, la cheville était bien gonflée et, dès les premières heures du jour alors qu’à l’heure pourtant dite Paris ne s’éveillait pas encore contrairement aux affirmations de Dutronc, la pauvre fille qui m’avait veillé toute la nuit héla un taxi et m’emmena aux urgences de l’Hôtel-Dieu, l’hôpital le plus proche de la MIJE ou nous logions, près de Notre-Dame.

Forte entorse, plâtre pour protéger ma cheville pour le reste de séjour et le voyage de retour et béquilles, tel fut le diagnostic du médecin que j’ai vu. Génial le voyage à Paris ! Les béquilles, pas moyen d’en avoir à l’hôpital, il fallait en louer dans une pharmacie. Alors, la fille – se sentait-elle un peu responsable de ma chute ? – chercha une pharmacie ouverte à six heures du matin. Pas une mince affaire ! Je ne la revis qu’une paire d’heures plus tard dans la salle d’attente de l’Hôtel-Dieu où je trainais ma patience en longueur car elle avait vraiment galérer pour se faire prêter des béquilles. Sa carte d’identité belge pour la caution avait refroidi plus d’un pharmacien apeuré de ne jamais revoir ses béquilles. Elle en trouva une paire contre la promesse faite de les ramener au matin du jour de notre retour. De toutes manières, je n’ai jamais réussi à marcher avec des béquilles ce qui fait que j’ai passé tout le reste de mon séjour parisien dans ma chambre. En sortant de l’Hôtel-Dieu, le plus dur restait à faire, rentrer à la MIJE, affronter les profs et inventer un bobard qu’ils feraient semblant de croire…

 

Voila ce qui s’est passé ce dimanche 24 novembre 1991, une journée bizarre durant laquelle j’ai voté pour la première fois de ma vie avant de partir à la découverte de Paris (certes la découverte fut plutôt limitée par manque de mobilité), d’apprendre la mort de Freddie Mercury et de terminer aux urgences de l’Hôtel-Dieu. Assurément une journée qui ne s’oublie pas, je n’en veux pour preuve que ces quelques lignes que je couche aujourd’hui, vingt ans plus tard. Qu’en reste-t-il ? Et bien je crois que la musique ne s’est jamais remise de la mort de Mercury, c’est à cette période que la qualité de la production musicale à commencé à décliner fortement, je n’ai pas poussé plus avant la relation avec cette fille et en rentrant en Belgique lorsque j’ai été faire enlever le plâtre de ma cheville, le médecin a voulu faire une radio de contrôle, bien lui a pris car il a vu qu’en fait d’entorse, c’était une double déchirure des ligaments que je m’étais occasionnée en tombant. Opération et six semaines de plâtre, immobilisé chez moi car je n’ai pas réussi à dompter la marche avec béquilles… Oui, vraiment génial le premier voyage à Paris !

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* MIJE = Maisons Internationales de la Jeunesse et des Etudiants

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

M. Delvenne 06/12/2011 13:33

As-tu loupé la pièce de théâtre "La Tosca" avec Mathieu Falla dans le rôle de Scarpia ? Dommage ! Cela valait le détour. Sais-tu qu'il est décédé le 22 juin 1998 ?

Olivier Moch 07/12/2011 10:08



Non, j'ai fait l'effort surhumain (dans mon cas) de me déplacer jusqu'au théâtre, en taxi, pour aller voir Mathieu. Il était remarquable si ce n'est que, par faute de place, il a un peu foiré sa
mort

En fait, il s'est écroulé sur une partie du décors et comme il était mal mis, au bout de quelques instants, alors qu'il était censé être mort, il s'est légèrement déplacé pour être mieux mis...
On en a ri après la pièce.

Oui, je sais qu'il est mort... Je n'aurais plus su dire que c'était déja en 1998. C'est un des meilleurs enseignants que j'ai eu. Il tournait souvent ces cours à la plaisanterie ou à la dérision,
je me rappelle d'une parodie des Feux de l'Amour qu'il nous a jouée pendant un cours. On a beaucoup ri mais il en a profité pour nous expliquer aussi comment utiliser l'espace lorsque l'on
s'adresse à un public... Un type hors du commun qui a marqué mon cursus de communication.