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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 19:37

En Espagne, le chômage est en baisse pour le quatrième mois consécutif mais la "relance" repose sur des emplois précaires et l'émigration décolle...

empleo.jpgLa situation économique de l'Espagne est dramatique depuis 2008 et l'explosion de la bulle immobilière. Depuis cinq longue année, le pays subit une crise éprouvante qui laisse bon nombre de ses habitants sur le carreau, l'endettement moyen des ménages est de 130% de leurs revenus. La dette publique de l'Espagne - qui est quand même la quatrième économie de la zone euro - est passée de 36,2% de son PIB en 2008 à 71,1% à la fin de l'année 2012. Depuis mai 2010, le pays est plongé dans l'austérité, des nouvelles mesures en ce sens sont régulièrement prises, par le Gouvernement de Zapatero (PSOE) d'abord, par le Gouvernement Rajoy (PP) ensuite. En quelques années, les secteurs bancaire et immobilier se sont totalement effondrés, le secteur des soins de santé est en passe de le faire, les dépenses publiques ont été limitées, l'âge de la retraite a été porté à 67 ans (et l'on envisage de le reculer encore dans les années à venir) tandis que les salaires ont été rabotés. Mais si les Espagnols actifs travaillent désormais plus longtemps pour moins d'argent, plus d'un quart de la population active n'a même pas la chance de travailler... En effet, en décembre dernier le chômage dépassait la barre des 26%, il atteint aujourd'hui 27,16%. Depuis la fin de l'année 2007, le taux de chômage espagnol est passé de 8,3% à 27,2%. Il a plus que triplé en moins de six ans !
evolution-chomage-espagne.jpg

Une troisième grande vague d'émigration

Cependant, pour le quatrième mois consécutif, les chiffres du chômage sont à la baisse ! Ce qui pousse immédiatement Marianno Rajoy, le Président du Gouvernement, à répété à l'envi que l'Espagne va mieux. Moins 2,6% pour le mois de juin, le chiffre est réellement important. Les baisses précédentes étaient moindre : - 0,1% en mars, - 0,91% en avril et - 1,97% en juin. Si les chiffres sont encourageants, il convient de les tempérer sérieusement ! En effet, il reste quand même plus de 4,5 millions de demandeurs d'emplois et, si l'on compare les chiffres sur une année, de mai 2012 à mai 2013, ce sont quelque 148.000 chômeurs en plus qui sont venus grossir les rangs devant les Officinas de Empleo. En outre, la diminution du chômage est intimement liée à la conjoncture; entre mai et septembre, le tourisme espagnol s'envole et, dès lors, de nombreux contrats saisonniers sont généralement signés dans ce secteur d'activités. Ainsi, sur les 1,28 millions de contrats de travail signés au mois de mai 2013, seuls 96.000 (soit ± 7%) sont des CDI plutôt stables. Les autres sont des CDD dont beaucoup sont des contrats à temps partiel, des mi-temps avec un salaire mensuel de 400 à 500 euros... Loin d'être le nirvana !

Dans un rapport sur les perspectives économiques espagnoles(1), l'OCDE estime que la récession en cours devrait perdurer jusqu'à la fin de 2013, qu'une légère relance est envisageable pour 2014 mais que le chômage devrait atteindre 28% avant de baisser, probablement, en 2015. En attendant, les Espagnols - surtout les moins de 25 ans chez lesquels le taux de chômage est de 57,22% - survivent grâce à des petits boulots de quelques heures par-ci par-là. Les petits boulots (vendangeurs, animateurs commerciaux, catering dans l'événementiel, petites mains logistiques...) sont en forte recrudescence, ils permettent aux plus jeunes de vivre au jour le jour mais sans réel espoir pour l'avenir. D'ailleurs, de plus en plus de jeunes espagnols envisagent de quitter leur pays, d'émigrer vers d'autres contrées européennes afin d'y trouver une sorte d'Eldorado qui est impossible chez eux. En 2011, pour la première fois depuis la forte émigration des année '60, les chiffres de l'émigration ont dépassé ceux de l'immigration. Ce sont quelque 56.000 Espagnols ont choisi l'exil faute de perspectives d'avenir ! Après l'émigration liée au Franquisme (1936-1939), la grande vague des années '60 et '70 déjà liée à la conjoncture économique, l'Espagne connait une troisième vague d'émigration. A la différence de la précédente qui vit partir des travailleurs peu qualifiés, celle-ci concerne également des jeunes universitaires et des scientifiques qui vont chercher du travail ailleurs depuis que le Gouvernement a réduit de 39% les budgets alloués à la recherche...

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(1) En Espagne, la baisse du taux de chômage est-elle durable ?, par Séverine Husson, on la-croix.com, 4 juin 2013

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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