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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:43

Lorsque deux cultures partagent un moment de bonheur simple, par delà les clichés ou les idées préconçues.

noel2.jpgLe mois de décembre fleure bon la Noël avec cette ambiance faite de musique, de parfums divers, de lumières qui scintillent et de couleurs... le tout donnant parfois un ensemble un peu kitsch. J'aime assez cette ambiance car les fêtes de fin d'années ont toujours revêtu une certaine importance dans mon chef. J'ai envie de vous rapporter aujourd'hui une jolie histoire de Noël, pas un comte pour enfants ni même l'idée de bons sentiments qui sont censés être de rigueur en cette période, non juste une histoire vraie que j'ai vécue voici quelques années à l'approche de la Noël. Les marchés de Noël fleurissent un peu partout, il y en a d'importants comme celui de Liège ou celui de Bruxelles mais il y a aussi tout une série d'initiatives locales qui émanent de personnes privées ou d'associations villageoises dont l'objectif est de créer une ambiance de Noël dans leur quartier. C'est à l'occasion d'un de ces petits événements locaux que j'ai été l'acteur et le témoin de ma plus belle histoire de Noël, c'était en 2004. A cette époque, j'étais le Secrétaire de la branche locale d'une organisation politico-culturelle bien connue, Présence et Action Culturelles (PAC). Avec cette casquette, j'organisais un petit marché de Noël dans les locaux du Tcherati, le complexe socio-culturel de Cheratte, le village de Basse-Meuse où je suis né et où j'ai vécu une grande partie de ma vie.

Cheratte est un petit village de quelque 6000 habitants au lourd passé minier. Le Charbonnage du Hasard a attiré, à se grande époque, des travailleurs immigrés venus de différents pays, parfois proches parfois plus lointains. Mon grand-père, Vaclav, était de ceux-là, lui qui quitta, en 1928, sa Pologne pour trouver son Eldorado dans les galeries souterraines belges à arracher le charbon à la terre. Mon beau-père suivit à peu près le même chemin, deux décennies plus tard, en quittant les Abruzzes en échange d'un sac de charbon pour sa famille. Polonais, Italiens, Grecs, Turcs, Marocains, Ukrainiens, Belges... autant de nationalités et de cultures différentes qui durent cohabiter dans la mine cherattoise pour assurer leur pitance. Et pourtant, lorsqu'il évoquait ses souvenirs de la mine, jamais mon grand-père ne se plaignit de cette situation car, disait-il, c'était bien mieux que ce qu'il avait connu dans les fermes en Pologne et en Allemagne. Bref, Cheratte est un village ou vivent, aujourd'hui encore, en plus ou moin bonne harmonie plusieurs communautés différentes bien que le charbonnage du Hasard fut fermé en 1977.

Pour le Marché de Noël que nous organisions en 2004, nous avions eu l'idée de convier une dame marocaine, Naïma, à venir prendre place avec les autres exposants. Elle proposait donc, parmi d'autres produits de ouches plus classiques de cette période, de découvrir des pâtisseries de sa région natale mais aussi un couscous qu'elle avait mitonné avec d'autres dames marocaines. Le moins que l'on puisse dire est que son échoppe rencontra un énorme succès et le fait qu'elle fut voilée n'a heurté personne, pas plus que la présence du Père Noël qui distribuait bonbons et gâteaux aux enfants de toutes cultures n'a heurté la communauté marocaine qui était présente en masse. Naïma et toute sa famille qui était venue lui prêter main forte ont étalé leur gentillesse et leur bonté. Elle proposait, à qui le souhaitait, de déguster ses savoureuses pâtisseries au miel et aux fruits secs tandis que son époux nous fit goûter le thé à la menthe comme on le prépare chez les Berbères. A notre tour, nous leur avons fait découvrir des spécialités liégeoises, boukettes, le massepain, la bûche de Noël ou les huitres qu'ils ne connaissaient pas. Bref chacun fit un pas vers l'autre sans aucune autre pensée que celle de passer un bon moment, de s'amuser ensemble. Les visiteurs du marché étaient ravi de l'ambiance qui règnait dans la salle où résonnaient les chants traditionnels de Noël tandis que l'on dégustait boudins, thé à la menthe, foie gras, couscous et pâtisseries marocaines...

Lorsqu'il s'est agit de faire la vaisselle, l'équipe que nous avions mise en place s'est vue spontanément renforcée par plusieurs dames marocaines, dont Naïma. Mais si je ne devais garder qu'une seule image de ce week-end extraordinaire, ce serait sans hésiter celle où Naïma a offert au Père-Noël une appétissante assiette de pâtisseries marocaines présentée dans un emballage transparent fermé par un beau noeud rouge. Cette image est gravée dans ma mémoire plus encore qu'elle ne fut immortalisée par l'appareil photo numérique qui mitrailla l'événement. Sur cette image on voit le voile de Naïma - elle le porte volontairement - et le bonnet du Père Noël cohabiter et je peux vous assurer que rien n'apparait tel un signe ostentatoire de religion. Ce que l'on a vu à travers cette scène, ce sont deux cultures, deux communautés, différentes qui peuvent cependant vivre ensemble en harmonie, se respecter, s'apprécier et même se compléter; pas des bureaucrates politiciens qui légifèrent sur le port du voile ou d'autres signes religieux ni des pleutres qui s'abritent derrière des idéologies racistes pas plus que des intégristes qui ne jurent que par Allah... Que la vie serait simple si l'on ne dressait pas en permanence des barrières idéologiques, administratives ou sociales entre les hommes et les femmes de tous horizons et de toutes cultures.

Cette histoire n'a d'autres prétention que de rappeler que l'on peut vivre ensemble en se respectant et en s'appréciant, que l'on porte le voile ou que l'on soit athée, que l'on soit Européen ou que l'on soit Berbère... à condition ne pas pas s'enfermer dans ses idées sinon cela devient des préjugés. Jamais plus que ces deux jours de décembre 2004 je n'ai ressenti davantage l'esprit de Noël, un esprit de partage et de découverte. C'était grâce à l'ouverture d'esprit de deux communautés, l'ouverture d'esprit qui nous incité à ouvrir notre animation de Noël à la communauté marocaine et celle de Madame Naima, de son mari et de leurs amis qui ont accepté de s'impliquer avec nous pour faire de ce marché de Noël une belle réussite.

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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