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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 20:59

A la découverte du cœur de la Venise du Nord…

bruges-01.jpgJe rentre d'un agréable séjour à Bruges où j'ai emmené ma chérie pour la Saint-Valentin. Cette ville est extraordinaire, je vous propose donc un city-trip virtuel dans la Venise du Nord.  Bruges est une ville remarquable tant pour son architecture flamande typique que pour sa gastronomie et son accueil… Savez-vous qu’au 14è siècle, Bruges était le centre commercial le plus important d’Europe grâce, surtout, aux tisserands. C’est d’ailleurs là que fut créée, à cette époque, la première bourse du monde, elle était un lieu d’échange et de commerce et avait lieu dans l’auberge de Maître Van der Beurs… C’est d’ailleurs lui qui donna son nom(1) à l’institution financière qu’est devenue la Bourse. Mais c’est sous la domination des Ducs de Bourgogne, au siècle suivant, que Bruges se développa davantage, elle se modernisa et son accès à la mer – via le Zwin – lui conféra sa toute puissance. Bruges était l’égale des grandes villes d’Espagne, d’Italie et de France. Cette situation prospère attisa les convoitises et la Venise du Nord passa successivement sous domination espagnole, autrichienne, française et hollandaise. Mais, ces passations de pouvoirs usèrent l’éclat de la ville qui périclita tant qu’elle manqua, à la fin du 19è siècle, le train de la révolution industrielle… Bruges n’était plus que l’ombre d’elle-même, la paupérisation s’installa ! C’est un livre extraordinaire qui chassera l’ombre qui s’était abattue sur la ville ; «Bruges la Morte», publié en 1893 par Georges Rodenbach, un auteur tournaisien dont la famille s’installa à Gand alors qu’il était minot ! Ami d’Emile Verharen et de Stéphane Mallarmé, Rodenbach présente Bruges et sa misère d’une telle manière, si poétique, que le roman connaît un succès international et que la ville assoupie se réveille. Ce déclic salvateur incitera les autorités brugeoises de l’époque à mettre en avant leur patrimoine culturel et artistique et à s’en servir pour replacer leur cité sur le devant de la scène…

Le long des canaux… Religion, culture et chocolat

La première chose qui frappe à Bruges c’est le mélange parfaitement réussi de l’ancien et du moderne. L’urbanisme y est cohérent et lorsqu’une architecture récente jouxte un bâtiment du 15è siècle, il n’y a pas d’agression visuelle tant le respect des formes existantes et du milieu est fort ! Ensuite, on ne peut qu’être marqué par le calme du centre ville ; la circulation s’y fait selon un sens giratoire et à aucun moment – pas même aux spitshuren(2) - les voitures ne s’embouteillent et ne s’activent dans des concerts de klaxons aussi inutiles qu’énervants… Les nombreuses calèches qui emmènent les touristes ralentissent, en outre, fortement cette même circulation participant ainsi activement au calme urbain ! En partant de la Hooistraat où une kyrielle de charmantes maisons d’hôte offrent un logement de courte durée agréable, on a tôt fait de rejoindre, en longeant les canaux, le cœur historique de Bruges.

bruges-02.jpgLe Burg, place administrative où l’on peut voir le superbe hôtel de ville gothique tardif entouré de bâtiments du même acabit mais aussi une superbe fontaine moderne en aluminium, est le point de départ idéal pour une balade pédestre. Une arcade entre deux bâtiments nous appelle et à peine l’a-t-on dépassée que les canaux nous tendent encore les bras. La Wollestraat nous ramène sur la place (ndlr De Markt) où trône l’inévitable Beffroi qui, avec ses 365 marches et son carillon de 47 cloches, est incontestablement l’un des plus beaux d’Europe. Il fait, en tous cas, la fierté des Brugeois…


bruges-04.jpgLes rues pavées nous emmènent vers la très impressionnante église Notre Dame d’Accueil. On a beau ne pas être croyant, il est impossible de ne pas s’ébahir devant la beauté de cet édifice dont la construction remonte au 11è siècle. Sa tour culmine à 120 mètres, elle est la plus haute d’Europe. Sa beauté est aussi intérieure ! On peut y voir les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne… Et là, au détour d’une allée, la superbe «Vierge à l’Enfant» de Michel-Ange ; une des rares œuvres du maître qui soit visible hors d’Italie. A propos d’enfant, il n’est pas rare d’en voir, le nez collé à une vitrine ! Il faut dire que Bruges est une ville de chocolat… Il est à peine exagéré de dire qu’une maison sur deux est le siège d’un chocolatier et malgré cette multitude, tous rivalisent d’ingéniosité pour proposer un étalage aussi original qu’appétissant. Laissons nos pas nous mener vers la Sint-Jansstraat où l’on peut visiter justement le Musée du Chocolat. Entrons, nous l’avons bien mérité ! Des aztèques aux pralines belges, toute l’histoire du chocolat est passée en revue sur trois étages dans une superbe maison de maître.

bruges 05On constate que deux pays ont joué un rôle capital dans l’éclosion de ce bonheur gustatif : l’Espagne qui, au 17è siècle, l’introduisit en Europe et la Belgique qui le popularisa à partir du 19è siècle. Là on apprend pourquoi le chocolat belge est le meilleur du monde ; il y a une explication physique irréfutable : le broyage ! Le degré de sensibilité le plus fin du palais humain est de 20 microns ; la Belgique est le seul pays au monde où l’on broie le chocolat à 20 microns. En France et en Suisse, il est broyé à 25, en Italie et en Espagne à 30 et aux Etats-Unis à 40… Ce broyage unique exhale les saveurs les plus intimes du chocolat, voilà pourquoi la Belgique peut se targuer d’avoir le meilleur chocolat du monde ! Mais, avant de friser l’indigestion, quittons le musée non sans avoir assisté à la fabrication de pralines et en avoir dégusté une ou l’autre, bien entendu…

Bruges-06.jpgLa gourmandise est un péché alors c’est au Béguinage que nous expieront nos excès chocolatés ! Cet ensemble de maisons, d’église et d’espaces verts est calme bien que des ouvriers procèdent au remplacement du pavage des allées. Les Béguines – des femmes qui dévouaient toute leur vie à Dieu – n’existent plus, elles sont aujourd’hui remplacées par des bénédictines mais le lieu a gardé toute sa couleur mystique. Attention, Bruges n’est pas qu’une cité de religion ou de gourmandise ! Non, la part belle est également faite à la culture. Le Musée Groeninge offre à ses visiteurs une superbe collection de peintures flamandes et hollandaises. Hans Memling et Jan Van Eyck, les deux enfants du cru et chef de file des Primitifs flamands, côtoient des artistes baroques, de la Rennaissance ou modernes ; Jérôme Bosch, James Ensor, Paul Delvaux, René Magritte, Constant Permeke, entre autres sont les hôtes du Groeninge… Le Gruuthuse propose pour sa part de découvrir les objets de la vie courante des brugeois des siècles passés. Evoquons encore le musée de l’hôpital Sint-Jan ; il retrace la vie hospitalière au moyen-âge ainsi que la visite d’une pharmacie du 17è siècle.


Tiens on n’a même pas pris le temps de s’intéresser à la dentelle, véritable spécialité brugeoise… Les bruges-07.jpgdentelières ont largement contribué à la renommée de Bruges au temps de sa splendeur. La dentelle pare les habits de la haute bourgeoisie des 17è et 18è siècle, certains travaux au point dit de fée nécessitent l’utilisation de 700 fuseaux et seules quelques maitresses-dentelières sont capables de les exécuter. Le Centre de la Dentelle offre un véritable historique de cet art brugeois. Mais nous voilà arrivé au terme de cette balade brugeoise; une bien belle promenade assurément. J’avais découvert cette ville adolescent et elle m’avait laissé un souvenir agréable. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, je prends encore davantage de plaisir à déambuler dans cette ville romantique et culturelle ! Car si une chose est sûre c’est que l’on revient toujours à Bruges…


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(1) Beurs signifie en flamand bourse
(2) heures de pointes

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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