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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 10:31

Selon un sondage CSA publié ce matin, près de 60% des moins de 35 ans ne savent pas ce qu'est la Rafle du Vel' d'Hiv'... Effarant !

veldhiv.JPGIl y a 70 ans aujourd'hui que débutait la Rafle du Vélodrome d'Hiver, dans le 15è Arrondissement de Paris. En deux jours, ce sont 13.152 juifs qui ont été arrêtés par le police française dont un peu plus de 7000 furent parqués dans le vélodrome de la rue Nélaton avant d'être envoyé à Drancy, Compiègne ou Pithivier, points de départ vers les camps de concentration nazis, Auschwitz pour la plupart des raflés. C'est un point noir de l'Histoire de France, un point qui marque la collaboration des autorités françaises avec l'occupant allemand. Le colonel Helmut Knochen, qui dirige la police allemande en France, et le Capitaine SS Theodore Dannecker ont pour mission d'arrêter 22.000 juifs de Paris et sa banlieue, une mission qui leur est confiée par Adolf Eichmann, haut-fonctionnaire du IIIè Reich et proche d'Hitler. Knochen et Dannecker chargent René Bousquet, Secrétaire Général de la Police Nationale Française, de mener à bien cette arrestation massive. Bousquet, aidé par le Commissaire Général aux Question Juives Louis Darquier, organise la rafle. Les premières "réunions de travail" eurent lieu le 7 juillet 1942, il ne faudra que neuf jours pour organiser les choses, et encore la rafle était initialement prévue pour le 13 juillet... Bousquet reçoit les fiches des juifs à arrêter, des juifs allemands, polonais, russes, autrichiens, tchèques ou dont l'origine n'est pas déterminée avec précision. Ces fiches sont transmises à toutes les brigades de la police municipale de Paris avec les ordres à suivre qui précisent, en substance, que les policiers doivent vérifier l'identité des personnes qu'ils arrêtent, qu'ils n'ont pas à se soucier de leur état de santé, qu'ils n'ont pas d'explications à donner et que l'opération doit être menée avec rapidité et efficacité. L'ordre de mission dit encore que les femmes en fin de grossesse ou allaitant un enfant ne doivent pas être arrêtées... Afin de respecter la rapidité et l'efficacité imposée, les policiers ne tiendront pas compte des "dérogations" pour les femmes enceintes ou allaitant qui seront emmenées également au Vélodrome d'Hiver.

Ce sont finalement 27.400 juifs qui sont répertoriés et qui sont visés par la rafle. Celle-ci débute donc le jeudi 16 juillet 1942, très tôt. Ce sont à peu près 9000 policiers qui sont mobilisés pour la mener à terme dans un délai de deux jours. Le manque de zèle d'une part importante des policiers (cela méritait d'être souligné) ainsi que des infos qui ont filtré via la Résistance permettent de sauver plusieurs milliers de juifs qui échappent ainsi à la rafle mais ce sont quand même 13.152 personnes (5802 femmes, 3031 hommes et 4051 enfants) qui sont arrêtés et enfermés dans le Vélodrome d'Hiver qui est transformé en prison provisoire. Certaines famille sont directement envoyées vers le camp de Drancy, au nord-est de Paris. Sept mille juifs, environs, sont donc enfermés cinq jours durant dans le vélodrome dans l'attente de leur transfert vers ailleurs... un ailleurs d'où l'on ne revient pas ! Sans nouriture et avec des conditions hygiéniques déplorables, certains tentent de fuir en forçant les portes de vélodrome, ils sont abattus sans sommation par la police. D'autres, conscients de la situation sans espoir choisissent de mettre fin à leurs jours. On comptera une centaine de suicides parmi les raflés. Quelques jours plus tard, des convois emmènent les 7000 juifs du Vel' d'Hiv' vers Drancy, Pithiviers, Compiègne et Beaune-la-Rolande d'où ils seront transférés vers des camps de concentration pour être exterminés.

Sur la seule année 1942, ce sont au total 42.000 juifs de France qui seront envoyés dans les camps de concentration nazis, un quart d'entre-eux ont été arrêtés sur la seule Rafle du Vel' d'Hiv'... Seuls 25 adultes et une poignée d'enfants raflés ces 16 et 17 juillet 1942 ont survécu !

L'oubli est intolérable !

Ces deux journées de l'été 1942 restent comme une tâche noire qui souille l'Histoire de France, des journées à ne jamais laisser s'effacer de la mémoire collective car comme le soulignait justement Sir Winston Churchill : "un peuple qui oublie son passé est condamnée à le revivre". Et pourtant, un sondage CSA publié ce matin par divers médias rapporte des chiffres effrayants : 67% des 15-17 ans, 60% des 18-24 ans et 57% des 25-34 ans ne savent pas ce qu'est la Rafle du Vel' d'Hiv' ! 25% des plus de 65 ans l'ignorent également... La moyenne nationale, tous âges confondus, est donc de 42% qui ne savent pas ce qu'est la Rafle du Vel' d'Hiv', qui ne savent pas qu'il s'agit d'un épisode marquant de la seconde guerre mondiale, un acte majeur de collaboration qui impliqua les autorités françaises depuis Pétain jusqu'aux policiers municipaux en passant par Laval et Bousquet. Où est le devoir de mémoire essentiel ? A l'heure où énormément de Français votent à l'extrême droite, une frange (trop) importante de la population nationale ignore les horreurs de l'intolérance, de la xénophobie et de la haine religieuse qui se sont déroulées chez eux voici quelques décennies... Il y a probablement d'ailleurs un lien de cause à effet  ! Le devoir de mémoire est fondamental, l'oubli des actes honteux commis pendant la seconde guerre mondiale est intolérable, il y a un réel manque à ce propos !

La génération actuelle des moins de 25 ans n'a quasiment plus de parents ou de grands-parents qui ont connu la seconde guerre mondiale vivants. Nous en avions, nous savions ce qu'était un camp de concentration ou une déportation parce que nos familles en ont vécus ou connus mais nous avions aussi des enseignants qui incluaient le devoir de mémoire dans leurs leçons ou leurs cours. Cela ne semble plus être le cas... Mais ce devoir de mémoire n'est pas qu'une question de filiation ou d'enseignement, c'est une question de culture au sens large. Une question de manque de culture plus précisément ! En effet, la Rafle du Vel'd'Hiv' est un événement qui a largement alimenté la production culturelle de la seconde moitié du 20è siècle. Il existe un Musée du Vel' d'Hiv', à Orléans, Alexandre Jardin, Joseph Weismann, Tatiana de Rosnay ou Erik Orsenna, pour n'en citer que quelques-uns, ont romancé ce tragique événement. Joseph Losey (Monsieur Klein, en 1976, avec Alain Delon) en a fait un film poignant et, plus proche de nous encore, La Rafle de Roselyne Bosch avec Gad Elmaleh et Jean Reno fut un succès au box-office de 2010. Plusieurs millions de Français ont vu ce film mais il ne semblent pas les avoir marqué de façon indélébile... En outre, la station de métro de Bir-Hakeim, non loin de la Tour Eifel, qui voit défilé des dizaines de milliers de personnes tous les jours, abrite des panneaux souvenirs de la rafle (voir illustration de l'article). Oui, aujourd'hui ne pas avoir une idée, même minime, ce qu'est la Rafle du Vel d'Hiv' est un manque de culture qui confère à l'imbécilité !

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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