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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 09:45

En 1980, Bernard Hinault triomphait des éléments pour remporter Liège-Bastogne-Liège

 

hinault.jpgLiège-Bastogne-Liège s’est soldé par une victoire de celui que beaucoup ne voulait pas voir gagner, Alexandre Vinokourov. En effet, le coureur kazakh avait été suspendu pour dopage et n’était revenu à la compétition que depuis août dernier. La suspicion du dopage plane au dessus de ce succès. Mais pourquoi planerait davantage au-dessus de Vinokourov que d’un autre ? En effet, Vino s’est dopé et il a été suspendu. Il a purgé l’entièreté de sa peine et revient à la compétition avec une victoire superbe sur la Doyenne. Aujourd’hui et jusqu’à preuve du contraire, il a payé sa dette à la société sportive et a le droit, comme tout coupable qui a purgé sa peine, à se relancer. Mais voila, la victoire du coureur d’Astana fait couler plus de fiel de d’encre journalistique.

La course d’hier contraste sérieusement avec celle de 1980 lorsque la presse était dithyrambique quant à la fabuleuse victoire de Bernard Hinault, sous la neige. Et il est vrai que ce 20 avril 1980, le Blaireau avait accompli un exploit comme seul le cyclisme est capable de nous en offrir.

Lorsqu’ils ouvrent les yeux ce dimanche 20 avril 1980, les 174 coureurs qui doivent prendre le départ de Liège-Bastogne-Liège n’en croient pas leurs yeux. Le paysage est recouvert d’un important manteau neigeux. Dans la province du Luxembourg, la quasi-totalité des routes que doit emprunter le peloton sont recouvertes d’une dizaine de centimètres de neige. La course aura-t-elle lieu ? Les organisateurs décident que oui et c’est sous un déluge fait de neige et de vent que les coureurs s’élancent du cœur de la Cité Ardente. Le froid est pénétrant et après, à peine, 70 kilomètres de course 114 cyclistes ont déjà renoncé à braver les éléments. Peu avant midi, le temps s’éclaircit un peu et la température repasse par delà le zéro permettant à la neige de fondre. On n’est pas encore entré dans le vif du sujet qu’il ne reste que trente hommes pour prétendre à la victoire, tous les autres ont posé le pied à terre… La course a pris un retard important sur le plus lent des horaires prévus.

C’est Rudy Pevenage (Ijsboerke) qui est le premier à attaquer. Il compte jusqu’à 2’15’’ d’avance avant d’arriver dans la côte de Stockeu, un des juge de paix de l’épreuve situé à quelque 80 bornes de l’arrivée. Dans Stockeu, Bernard Hinault (Renault-Gitanes) passe à l’ofensive alors que la neige se remet à tomber. Il entraine avec lui le Hollandais Luberding (Ti-Raleigh), l’Italien Contini (Bianchi) et l’Allemand Thurau (Puch). Hennie Kuiper, considéré comme l’un des favoris, chute et ne peut suivre le quatuor parti à la poursuite de Pevenage. En haut de Stockeu, Thurau a explosé et laché prise tandis que l’avance de Pevenage a diminué de près des trois quarts. Quelques kilomètres plus loin c’est la Haute-Levée… Pas le temps de récupérer des efforts de Stockeu. A la pédale, Hinault lâche un à un ses rivaux directs pour revenir sur Rudy Pevenage qui ne peut pas s’accrocher. Le Blaireau s’envole, sous une météo dantesque, vers sa seconde victoire dans La Doyenne.

Harnaché comme un alpiniste – passe-montagne, moufles et anorak - mais avec, paradoxalement, les jambes exposées au vent et à la neige, Bernard Hinault avale les cinquante derniers kilomètres en solitaire creusant, mètre après mètre, un écart exceptionnel. Il termine avec 9’24’’ d’avance sur Hennie Kuiper dont certains disent encore que sans sa chute il aurait pu suivre Le Blaireau. Quoiqu’il en soit, Bernard Hinault a accompli un exploit hors du commun, un exploit surhumain dans lequel il laissa la sensibilité de plusieurs de ses doigts «brulés» par le gel. Pour ne pas laisser plus de forces qu’il n’en fallait, Hinault escaladait les côtes à son rythme avant d’accélérer sur les portions de plat. De façon surprenant, le Blaireau déclara, plusieurs années plus tard, que ce ne fut pas sa victoire la plus dure. En effet, la concurrence étant réduite à peau de chagrin, il ne dut pas puiser trop dans ses réserves pour aller au bout. Quant au temps, Hinault dira que lorsqu’un coureur est en forme, il sait faire abstraction de la chaleur ou du froid pour aller au bout. Ce jour-là, seuls 21 coureurs étaient, semble-t-il, en forme puisqu’ils furent les seuls à franchir la ligne d’arrivée.

Au terme de la course, les journalistes n’avaient que des éloges à offrir au vainqueur sans aucune arrière pensée liée au dopage. En 1980, c’était la passion qui l’emportait ; en 2010 c’est la suspicion !

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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