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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 19:43

L'ennui naquit un jour de l'uniformité... L'uniformité nait toujours de l'imbécilité !

desigual.jpgAinsi donc une célèbre marque espagnole de vêtements prêt-à-porter vient d'ouvrir une boutique à Liège, une seconde est même déjà prévue pour la fin du mois de septembre dans une galerie commerciale en périphérie de la ville. Cette marque dont le leitmotiv est "La Vida es chula" ("La vie est chouette") n'était pas encore présente en Cité Ardente, à ma grande joie dois-je dire. J'ai connu la marque à Barcelone tout au début des années 2000 (c'était en août 2000 précisément) dans une petite boutique à l'ombre de l'église Santa Maria del Mar, dans le Barri Gotic. A l'époque, même si elle existait depuis une quinzaine d'années déjà, elle restait plutôt inconnue en dehors de la Catalogne. Puis, elle a pris son envol à grand coup de campagnes marketing aussi racoleuses que peu élégantes - du genre Venez à poil et on vous offre un t-shirt - pour devenir une vraie chaine internationale ultracommerciale. Autant je la trouvais originale et sympathique lorsqu'elle était méconnue dans nos contrées, autant j'en ai une indigestion aujourd'hui. J'ai comme l'impression qu'il FAUT porter du D.....al désormais, c'est tendance, c'est incontournable. Chez les femmes bien plus que chez les hommes, avoir des vêtement de cette marque est un must. On en voit partout, dans la rue sur dix femmes qui passent au moins trois ont une veste, une blouse et/ou un sac D.....al. Pierre Desproges disait : "Quand quarante personnes s'habillent comme un con, c'est l'Académie Française. Quand mille personnes s'habillent comme un con, c'est l'armée française"(1). J'ai envie d'ajouter quand des milliers de personnes s'habillent comme un con, c'est D.....al ! Il y a quelques jours, dans un ascenseur, une trentenaire bobo était toute heureuse d'exhiber à sa copine son nouveau sac à main. "Tu as vu, c'est un D.....al" affirmait-elle fièrement ajoutant qu'elle avait casqué plus de cent euros pour l'acheter. Son amie qui l'accompagnait répondit qu'il était effectivement beau mais que sa cousine avait le même. "Mais il est quand même beau" termina la première... Uniformité ! Car le vrai souci, à mes yeux est que les vêtements et accessoires D.....al se ressemblent tous. Si l'on prend cent vêtements et accessoires de prêt-à-porter de marques différentes, que dans le tas il y a dix articles D.....al, ils seront facilement répérables tant ils sont semblables. Ils sont différents des autres, c'est ce que voulait Thomas Meyer lorsqu'il créa la marque, en 1984. Oui, totalement différents des autres... mais totalement semblables entre-eux aussi ! Alors, quand plusieurs milliers de personnes s'habillent en D.....al, forcément elles se ressemblent ! Il faut tellement avoir du D.....al que des copies made in Taiwan de piètres qualités se trouvent sur les marchés pour que les pauvres puissent aussi avoir l'illusion de D.....al ! 

L'être humain est ainsi fait qu'il veut absolument ressembler à son voisin, à son collègue ou à son ami. A Londres cet été, j'ai été sidéré par le nombre de touristes qui faisaient la file dans le magasin D.....al de Regent Street. C'est fou parce que la plupart parlaient espagnol ! C'est un produit de chez eux, on le trouve chez eux mais c'est chez D.....al qu'ils vont faire leurs emplettes à Londres. Ceci dit, c'est pareil pour des marques comme E..rit, P...ark, F..t L...er, S.....ry ou J..c & J...s; elles sont toutes sur Oxford Street et/ou Regent Street mais on les trouve partout en Europe. Et pourtant c'est sur ces enseignes que se ruent les touristes assoiffés de shopping londonien alors que quelques mètres plus loin, à deux pas de ces artères commerciales, se trouvent des petites boutiques de créateurs ou même de prêt-à-porter que l'on ne trouve qu'à Londres ou en Angleterre dans lesquelles ces acheteurs pourraient dégoter des fringues différentes, plus originales et souvent moins chères. Mais l'être humain à besoin de ses points de repères, tant pis s'il ressemble à son voisin. Pourquoi aller jusqu'à Londres pour faire les même magasins que chez soi ? Quel est l'intérêt ? "T'as vu mon jeans, je l'ai acheté à Londres ?"... Oui, mais il vient de chez P...ark et il y a le même dans à la MédiaCité. C'est imbécile !

Je m'éloigne de D.....al - ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi - qui était à l'origine de cette chronique. C'est tendance, ça ne le sera plus dans quelques mois, mais en attendant on en voit partout. Ce besoin de se fondre dans la masse est assez récurent chez l'Homme, comme s'il avait cette impression qu'il a été créé à partir d'un moule et qu'il est obligé d'entrer dans un canevas commun à ses semblables. Les foules moutonnières marchent comme un seul homme et se laissent diriger, à grand coup de marketing commercial, dans leurs comportements de consommation. C'est un phénomène typique de la société industrielle qui a permis au plus grand nombres, aux masses, d'acquérir des biens par la production en grande quantité qui a limité les coûts de production et donc les prix de ventes. Et pourtant, il existe suffisamment de produits de prêt-à-porter différents que pour satisfaire des goûts et des comportements différents. Mais non, il faut s'habiller de la même façon que l'autre. C'est encore plus flagrant chez les adolescents qui arborent les mêmes tenues et les mêmes accessoires pour les agrémenter. S'habiller de façon similaire pour se ressembler, une forme de sentiment d'appartenance à un groupe nécessaire à l'être humain ? Probablement ! Mais ce comportement est aussi dicté par l'envie de posséder... et de posséder à moindre coût si c'est possible. Lorsque D.....al lance, en 2006, son opération Venez à poil et on vous offre un vêtement, ses têtes pensantes sont sûres de frapper un grand coup car l'être humain est prêt à (presque) tout pour avoir un truc gratuit. S'exhiber à moitié nu dans les rues d'une ville pour avoir un t-shirt gratuit est un comportement primitif et imbécile car il ne répond à aucun raisonnement intelligent. On en est là dans la société de consommation ! 

Si comme l'a écrit Antoine Houdar de la Motte : "C'est un grand agrément que la diversité. Nous sommes bien comme nous sommes. Donnez le même esprit aux Hommes. Vous ôtez tout le sel de la société. L'ennui naquit un jour de l'uniformité"(2), cette pensée s'adapte désormais parfaitement aux comportements consumméristes. Il faut un écran plat aussi grand que celui du voisin, il faut une voiture au moins aussi puissante que le collègue, il faut un sac D.....al comme celui de la femme de l'ascenseur. C'est idiot ! Oui vraiment, l'ennui naquit un jour de l'uniformité, mais l'uniformité nait toujours de l'imbécilité !

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(1) In Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis, Pierre Desproges, Point, 1981. 
(2) In Fables Nouvelles - Les amis trop d'accord, Antoine Houdar de la Motte, 1719 

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Julie 11/08/2014 21:58

Votre blog est franchement chouette, et je sais que ce n'est pas simple de faire un blog, et de l'animer surtout !

more here 17/05/2014 13:20

The problem arose a day uniformity Uniformity always born from stupidity! is a quite interesting and applicable lesson of life you have shared here and i would like to thank the writer for the effort. Now that i have found the site, i will be here again.