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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 10:44

Série de l'éte - 1947, Woody Guthrie adapte une ballade folk traditionnelle qui va connaitre une destinée hors du commun à l'opposé de ses intentions...

09-house-of-risin-sun.jpgC'est à une plongée dans l'univers musical américain de la seconde moitié des années quarante que je vous invite dans cet épisode de notre série de l'été. L'époque est au jazz, au swing et au bebop, Benny Goodman, Louis Armstrong, Glenn Miller, Artie Shaw, Charlie Bird Parker, Tommy et Jimmy Dorsey ou Dizzy Gillespie sont en haut de l'affiche tandis que les géants en devenir Thelonious Monk, John Coltrane et Miles Davis pointent à l'horizon. A côté de la tendance jazzy en vogue, on trouve des genres qui n'ont pas encore voix au chapitre, la musique folk notamment qui revendique un côté protestataire qui n'est pas vraiment en odeur de sainteté dans cette Amérique sortant de la seconde guerre mondiale. Par définition, le folk est une musique populaire et, dans un pays qui vient d'enchainer Grande Dépression et temps de guerre, la population a des préoccupations qui sont d'ordre financier. Les syndicats sont en plein essor alors que le militantisme et l'activisme noirs se développent... La chanson protestataire prend, en parallèle, de l'ampleur notamment à travers le folk. Woody Guthrie s'inscrit dans ce courant protestataire, dès son plus jeune âge il s'est impliqué politiquement n'hésitant pas à prendre position contre le gouvernement américain, en 1927, lors de l'éxécution des anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti mais aussi au moment de la transhumance des Okies, ces natifs de l'Oklahoma qui durent quitter leurs terres durant la Grande Dépression. Ses prises de positions sociales valent à Guthrie de nombreux démelés avec la justice, il est fiché par la police comme agitateur... Il convient de préciser que l'inscription This machine kills fascists (Cette machine tue les fascistes) sur sa guitare n'aide pas les forces de l'ordre à l'oublier. Son premier album, Dust Bowl Ballads (1940) gravé en 78 tours, ne contient que des chansons qui évoquent la condition précaire des travailleurs et la vie des hobos qui parcourent les Etats-Unis en quête de travail.

Pour bénéficier de davantage de liberté d'expression, Guthrie quitte la Californie où il vit depuis quelques années pour s'installer à New York. A Greenwich Village, il rencontre Pete Seeger avec lequel il fonde le groupe Almanac Singers et se produit dans de nombreux Hootenannies, des rassemblements de folkeux. En 1944, Woody Guthrie remet en cause le chant patriotique God Bless America qu'il estime trop irréaliste au regard de la situation sociale et économique de son pays. Comment un Homme brisé par la vie précaire que son pays lui offre peut-il prêter allégeance à ce pays, se soumettre à ses lois et ses valeurs ? C'est la question qui l'anime au moment d'écrire la chanson This land is your land qu'il met en musique sur une vieille ballade baptiste de 1933. Rapidement, This land is your land devient le chant des protestataires américains. Devant le succès de cette adaptation, Guthrie décide de creuser le sillon, il adapte divers vieux chants folkloriques comme I ride an old paint, Old Joe Clark, Worried man Blues ou Stewball... Parmi le répertoire qu'il aime se trouve également une ballade folk dont l'origine est incertaine, intitulée Rising Sun Blues. D'aucuns disent qu'elle a été créée par Alan Lomax en 1941 mais ce dernier confesse l'avoir adaptée d'une vieille chanson anglaise. D'autres disent qu'il s'agit d'un chant typique du Kentucky  mais un enregistrement de 1928, par Algernon Texas Alexander est retrouvé par Guthrie lorsqu'il fait des recherches autour de la chanson. Une Rising Sun est en fait, dans les états sudistes, un bordel mais Guthrie décide, pour son adaptation, de transformer la maison de passe en débit de boissons à la Nouvelle Orléans dans lequel les itinérants viennent dépenser le maigre salaire qu'ils perçoivent lorsqu'ils ont la chance de trouver une embauche temporaire. Dans son texte, Guthrie se place dans la peau d'une jeune fille qui s'est amourachée d'un hobo qui fréquente cette Maison du Soleil Levant, qui regrette sa vie et qui espère que petite soeur ne commettra pas les mêmes erreurs qu'elle.

Intitulée The House of The Risin' Sun et sortie en 1947, la version de Woody Guthrie, n'est pas la première adaptation de Rising Sun Blues, en 1943 LeadBelly, un chanteur de folk et de blues noir, présente une version qu'il baptise In New Orleans. Cependant, celle de Guthrie servira de base aux très nombreuses versions qui vont suivre et donnera son titre définitif à la chanson qui n'est gravée sur aucun album. The House of Risin' Sun devient un classique de la musique folk mais il faut attendre le début des années soixante qu'elle se popularise. Deux versions vont l'installer définitivement comme un standard de la musique américaine, celle de Joan Baez qui la grave sur son second album (Joan Baez, 1960) et, surtout celle de Bob Dylan - disciple et ami de Woody Guthrie - qui l'intègre sur son premier album (Bob Dylan, 1962). En 1964, la chanson traverse l'Atlantique lorsque The Animals l'enregistre dans une version studio remarquable. Alan Price y introduit un clavier et la voix d'Eric Burdon propulse la chanson en tête des charts anglais détrônant A hard day's night des Beatles et Route 66 des Rolling Stones.

The House of the Risin' Sun devient populaire grâce aux Animals. Diverses reprises jalonnent la fin des années soixante, à chaque fois le texte varie selon les interprètes. Hugues Aufray l'adapte en français pour Johnny Hallyday et la Maison du Soleil Levant devient un pénitencier; Nina Simone en refait une maison de passe et se place dans la peau d'une prostituée; Marianne Faithfull, Jimi Hendrix, Bobby Fuller ou The Platters y vont également de leur version. Dans les décennies suivantes, Santa Esmeralda la transforme en disco, Dolly Parton en propose une vision plus country alors qu'Alton Ellis et Delroy Wilson l'adaptent en reggae. Bon Jovi, Sinead O'Connor, Toris Amos, Muse, Toto, Wyclef Jean et quantité d'autres ajoutent ce titre à leur répertoire. On trouve encore des versions allemande, espagnole, catalane ou khmer... Ce qui était, à l'origine, une ballade folk est d'abord devenu une protest song avant de se transformer en une chanson commerciale parmi les plus bankable du 20è siècle. Les nombreuses reprises de cette chanson ont transformé The House of Risin' Sun en une manne financière à l'opposé des intentions de Woody Guthrie. 
 



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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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