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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 10:02

Dans la série des patrons-crétins, celui-ci incite ses employés à parier sur lequel d'entre-eux sera le prochain à être viré...

asasa.jpgL'histoire nous vient des Etats-Unis et elle est rapportée par le quotidien USA Today(1) dans son édition de lundi dernier. Il y a une différence fondamentale entre motivation des troupes et terrorisme mental que l'on fait subir à ses travailleurs. William Ernst, le patron d'une franchise de magasins d'aménagement intérieur qui compte des points de vente dans l'Iowa et l'Illinois, semble pourtant confondre les deux. Il a en effet imaginé un jeu pervers dont l'objectif était de renforcer la motivation et le comportement de ses employés en agitant le spectre du licenciement sous leur nez. La perversité de l'idée réside dans le fait qu'elle a pris la forme d'un jeu de paris ! Parce qu'il estimait que son personnel était trop indolent et négligent, Ernst a initié, en mars dernier, un jeu censé casser cette indolence et renforcer la motivation de son équipe. Par le biais d'un mémo interne, il a incité (et même fortement conseillé) ses employés à participer au jeu qui consiste à désigner par écrit l'un d'entre-eux qui pourrait être le prochain licencié pour manquement au règlement interne de travail. Chaque employé a donc du désigner son "favori" pour un éventuel licenciement. Le mémo transmis à chaque employé précisait, en outre, que des "faux-clients" se glisseraient à n'importe quel moment dans le magasin afin de vérifier que les employés respectent bien le règlement de travail, qu'ils ne donnent pas de coups de fil personnels (y compris avec leur portable) pendant les heures ouvrables, qu'ils portent bien la tenue officielle de travail, qu'ils ne draguent pas les client(e)s, qu'ils garent leur voiture en dehors du parking client, qu'ils respectent les pauses café et/ou cigarettes, qu'ils ne trainent pas avec les clients aux caisses... Ces faux-clients font, depuis mars, régulièrement des rapports au patron avec pour conséquence que l'employé qui serait pris en "flagrant-délit" de non-respect du règlement par l'un de ces Oeils-de-Moscou serait licencié. Quant à celui ou ceux qui auront parié sur le nom de la personne licénciée, ils recevront... dix dollars !

Estimant que ses employés étaient avertis, par le mémo, de ce qu'ils ne pouvaient pas faire, William Ernst a donc trouvé naturel de les faire espionner créant ainsi une ambiance de travail détestable où la paranoïa s'est installée. Jusqu'à présent, aucun employé n'a été licencié suite à ce petit jeu mais plusieurs sont au bord de la crise de nerf. Une caissière d'un magasin de l'Iowa a décidé de rendre son tablier, exténuée qu'elle était par ce stress de toujours bien faire, de rester dans le balisage et d'être surveillée à son insu en permanence par un Patron venu de l'Enfer (A Boss from Hell), comme elle surnomme William Ernst. Pour la caissière, cesser ses activités au sein de la chaine était synonyme de mieux-être, elle ne se sentait pas l'âme d'une pourfendeuse de patron mal-emboûché mais voila, William Ernst a refusé de lui verser les indemnités de départ qu'elle escomptait arguant du fait qu'elle était partie de son plein gré. Alors, la caissière a décidé d'aller en justice pour réclamer des indemnités ce qui a permis de dévoiler la situation de travail au sein de la chaine de magasins. Lors de l'audience, William Ernst et une Responsable nationale de la chaine de magasins ont argumenté en disant que ce "jeu" avait été mis en place parce que les employés ne respectaient pas le règlement malgré plusieurs remarques. Cependant, le juge de Bettendorf dans l'Iowa, a estimé que la situation était malsaine et que cette situation avait amené la caissière à démissionner. Il a donc condamné Ernst au versement des indemnités de départ qu'elle réclamait. Certes, le jeu de paris mis en place par William Ernst n'a pas été légalement remis en cause mais le jugement rendu devrait amener l'amener à mettre fin à ce système pervers sinon il risque de voir ses employés le quitter un par un en réclamant des indemnités de départ... Sans réellement le vouloir, la caissière est à l'origine d'un précédent juridique qui mettra un terme à l'espionnage des employés par son ex-patron.

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(1) Judge rips firing contest of convenience store chain's owner, par Clark Kauffmann, in USA Today, 3 octobre 2011

 

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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