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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 16:03

J’ai lu avec consternation les mots de Laurence Parisot, la Patronne des Patrons français ! Dans La Tribune d’aujourd’hui, elle s’exprime sur la grève générale du 29 janvier mais aussi sur la décision du nouveau président américain de limiter le salaire des patrons et sur la libre entreprise.

parisot.jpgJe ne suis pas un partisan acharné de la grève à tout prix, à fortiori quand elle prend en otage sans contrepartie des innocents, mais il me semble important que ce droit conquis de haute lutte par nos aïeux dans la seconde moitié du 19è siècle reste de mise. Toutefois comme tous les droits, il ne faut pas en abuser et, comme tous les droits, il doit s’assortir d’obligations me semble-t-il également… Cependant, lorsque vous vous insurgez, Madame Parisot, contre la grève du 29 janvier dernier en voyant d’abord l’intérêt d’investisseurs étrangers potentiels, je suffoque. «Je suis consternée quand je vois une photo des manifestations à la Une du Wall Street Journal et du Financial Times. Je sais que tous les investisseurs qui pouvaient être en train de se demander s'ils iraient en France ou ailleurs donneront ce jour là dans leurs délibérations un point négatif à la France. […] On fabrique de l'appauvrissement quand on fait grève pendant toute une journée. Cela coûte cher et ruine la réputation de la France » dites-vous donc à La Tribune(1). Ainsi donc face au mal-être social engendré par la crise, la Parisot trouve aberrant que l’on renvoie l’image d’une France en colère ou en détresse aux investisseurs étrangers potentiels. Mais Madame Parisot, ce mal-être social il existe et il a été engendré par les dirigeants du monde de l’entreprise et des banques, oui ces grands patrons dont vous être la patronne en France… Le nier aux yeux des investisseurs étrangers potentiels est irresponsable, c’est se voiler la face pour tenter de mettre un emplâtre sur une jambe de bois. Pour vous Madame Parisot, il faudrait donc taire le malaise populaire pour permettre à de grosses multinationales d’investir en France afin qu’une poignée de nantis soient davantage nantis encore… Car c’est comme ça qu’elle fonctionne votre société basée sur la libre entreprise, elle accroit la fortune des aisés et augmente le malaise de ceux qui bossent huit heures par jour pour parvenir à rembourser leurs traites. Faut pas s’étonner de voir ceux-là dans la rue alors ; d’autant plus si pour faire fructifier leur argent les nantis jouent avec celui que les bosseurs ont eu toutes les peines du monde à mettre en banque !

Héritière du Groupe industriel Parisot vous n’avez sûrement pas du gratter souvent pour boucler vos fin de mois même si je reconnais volontiers que vous avez probablement travaillé avec conviction pour vous hisser à la tête du MEDEF mais mettez-vous, ne fut-ce qu’une semaine de votre vie, dans la peau de ceux qui n’ont pas eu la chance de naître nanti et qui triment pour gagner des queues de cerises et qui les ont perdues parce que des patrons et des banquiers ont misé sur les fameux subprimes pour faire encore plus de pognon…  Et lorsque vous ajoutez que le plafonnement du salaire des patrons à 500.000 dollars (390.000 euros) annuels décidé par Barack Obama est un risque, je m’étrangle de colère. 390.000 euros par an cela fait 32.500 euros mensuels soit, plus ou moins, 20 fois plus qu’un ouvrier ou un employé… Un patron travaille-t-il vingt fois plus que ses travailleurs chaque jour ? Evidemment, non ! Qu’il soit à un barème plus élevé grâce à ses responsabilités ou à ses diplômes, soit, mais qu’il empoche encore vingt fois plus, je dis non ! Plafonner le salaire des patrons «C'est le risque que partent des hommes ou des femmes qui sont peut-être pour partie responsables du drame économique actuel. Mais qui sont aussi les plus compétents pour mettre en place les solutions» dites-vous(1)… Allons, allons, Madame Parisot si l’on doit compter sur ceux qui nous ont mis dans la merde économico-financière dans laquelle on est pour nous en sortir, on n’en est pas encore sorti ! Là encore vous voudriez que ce soient les patrons et les banquiers qui ont précipité la crise actuelle qui restent en place, avec des salaires mirobolants pour tenter de nous sortir du marasme qu’ils ont engendré. NON ! Vous êtes toujours Président de l’IFOP si je ne m’abuse, et si l’un de vos employés commettait une faute grave qui faisait perdre beaucoup d’argent à votre entreprise, ne prendriez-vous pas de sanctions à son égard ? L’augmenteriez-vous en lui disant de trouver lui-même la solution à sa bévue ? NON ! Alors il n’y a pas de raison pour que ces patrons qui nous ont plongés dans la crise économique la plus grave depuis les années ’30 restent en place avec des émoluments immondes…

«Il faut laisser à l'entreprise la liberté de fonctionner. C'est à cette condition qu'elle est créative et efficace»(1) croyez-vous encore bon de préciser à La Tribune. Mais la libre entreprise a montré les limites de sa créativité et de son efficacité. Les 13% de Français et les 15% de Belges qui vivent sous le seuil de la pauvreté à 60%, c'est-à-dire avec moins de 880€ par mois c’est à cause de la libre entreprise ; la rentabilité maximale qui laissent moult travailleurs sur le carreau c’est aussi à cause de la libre entreprise ; la surconsommation à grand coup de marketing qui entretient le surendettement c’est encore à cause de la libre entreprise ; la crise économique actuelle toujours à cause de la libre entreprise ; les quelque 51 millions d’emplois à travers le monde qui seront perdus à cause de cette même crise économique, je vous le donne en mille, c’est à cause de la libre entreprise… S’il faut laisser la libre entreprise fonctionner, il convient dans l’intérêt du plus grand nombre de baliser, de limiter son fonctionnement et de le sanctionner le cas échéant. Mais certainement pas de lui laisser toute liberté !

Avec tout le respect que j’ai pour la femme que vous êtes, Madame Parisot, je ne peux que cracher sur la patronne qui vit en vous !

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(1) Laurence Parisot : «On fabrique de l’appauvrissement quand on fait grève toute une journée par Agnès Laurent, François Lenget et Isabelle Moreau, in La Tribune, 5 février 2009

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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