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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 07:45

Le blocage du budget 2014 par les Congressmen républicains provoque la paralysie des institutions publiques américaines et plonge des centaines de milliers de fonctionnaires dans l'embarras.

shutdown.jpgLe Grand Old Party ne veut décidément pas de la réforme de l'assurance-maladie mise en place par Barack Obama ! Après maintes péripéties et tentatives de faire échouer le vote, cette réforme permettant l'accès aux soins de santé au plus grand nombre était passée au printemps 2010. Les Républicains ont, depuis, gardé un goût amer dans la bouche, il faut dire qu'ils pensaient avoir trouvé deux vices de forme qui allaient permettre la mise hors-jeu de la fameuse réforme (lire à ce propos Un coup pour rien) mais, en définitive, la mise à jour de ces vices avait permis de renforcer le côté social de l'ObamaCare et de le faire adopter par le Congrès (lire aussi Elle est passée !). Bref, depuis trois ans et demi (avec au passage la réélection d'Obama), le Parti Républicain vouent aux gémonies cette réforme de l'accès aux soins de santé. Avec le vote du budget 2014, ils ont trouvé - du moins le pensaient-ils - une façon de la contrecarrer. En effet, si la réforme a été votée au printemps 2010, elle doit être opérationnelle en 2014. Les Représentants républicains, majoritaires à la Chambre, ont donc introduit dans les débats sur le vote du budget 2014 une proposition dont le but non dissimulé était d'empêcher la mise en place de la réforme santé. En substance, la position républicaine à la Chambre était la suivante : si le Gouvernement abandonne le projet de réforme de l'accès aux soins de santé, on lui donne les moyens de fonctionner ! Sinon...

Et sinon, cela signifie le shutdown (littéralement fermeture) ! Les Républicains ont bloqué le vote du budget jusqu'à la limite fixée au 30 septembre et, dès lors, le Gouvernement américain se retrouve sans budget pour 2014. Usuellement, lorsque le Congrès ne parvient pas à voter un budget avant l'échéance, il vote au moins une disposition provisoire qui permet au pays de fonctionner pendant la poursuite des débats mais, cette fois, les Républicains refusent tout accord, même provisoire, sur le budget tant que l'ObamaCare existe. Ce faisant, ils prennent en otage le Gouvernement américain mais aussi la population du pays. L'exercice 2014 a donc débuté hier, 1er octobre, sans budget ce qui a contraint la Maison Blanche a prendre des mesures draconiennes pour limiter au maximum ses dépenses. Ces mesures se traduisent pas la fermeture complète de plusieurs administrations et services fédéraux dans tous le pays. Ce sont donc les administrations jugées non-essentielles pour le fonctionnement du pays (musées, parcs nationaux, environnement, sécurité sociale, trésor public...) qui se retrouvent totalement à l'arrêt tandis que dans les services jugés essentiels (sécurité, Nasa, défense, justice, contrôle aérien, prison,...) certains travailleurs sont maintenus alors que d'autres se retouvent au chomage technique forcé. A la Nasa, par exemple, 97% de employés sont en chômage alors que les scientifiques qui travaillent sur les stations spatiales sont au boulot; en matière de sécurité intérieure, les employés administratifs du FBI sont chez eux, les agents d'interventions sont sur le terrain... Dans les faits, ce sont quelque 800.000 fonctionnaires qui sont privés de travail, mis en congé sans solde. Comme le prévoit leur contrat de travail, ils ne peuvent effectuer aucun job en parallèle et se retrouvent donc sans aucune rentrée financière pour une période indéterminée. Il ne leur est, par ailleurs, donné aucune garantie quant à un versement rétroactif de leur salaire. En effet, pour cela, il faut voter une loi qui autoriserait le paiement rétroactif, à l'heure actuelle rien n'est moins sûr...

Quel coût pour les Etats-Unis ?

Ce shutdown n'est pas le premier, en effet depuis 1976, il y en a eu 17 dont le dernier remonte à 1995/1996. A cette époque, le shutdown avait été mis en place en deux phases sur les mois de décembre 1995 et janvier 1996; 750.000 fonctionnaires avaient été concernés (certains avaient été sans solde d'autres avaient vu une partie de leur salaire suspendue) pendant 28 jours. Ce shutdown avait alors coûté deux milliards de dollars aux Etats-Unis. Sur base de ce qui s'était passé en 1995/1996 et compte tenu des pertes liées à la fermeture des parc nationaux, musées et autres pôles touristiques fermés qui assurent, en temps normal, des rentrées conséquentes à l'état US des experts économique de chez Goldman-Sachs estiment les pertes financières liées au shutdown et à ses conséquences à huit milliards de dollars(1)... par semaine ! Reste que si ce shutdown est catastrophique pour l'économie américaine, il l'est encore plus pour les individus; ces quelque 800.000 fonctionnaires qui sont contraints au chômage forcé et qui sont amputés de leurs rentrées financières sans garantie de les récupérer un jour...

Etait-ce utile et intelligent d'en arriver là ? Les Représentants du Grand Old Party à la Chambre ont-ils réellement mesurer les conséquences de leur blocage du budget 2014 ? En effet, le 1er octobre - soit au premier jour du shutdown - Barack Obama ouvrait ses plateformes d'assurance-maladie dans les 50 états. Ces plateformes internet mettent en concurrence les compagnies d'assurance et permettent à chacun de souscrire en ligne une assurance-maladie à un prix raisonnable et abordable avec une aide financière de l'Etat. Autrement dit, l'ObamaCare est en route, il s'est mis en marche au premier jour du Shutdown qui est né parce que le Parti Républicain voulait empêcher cette réforme de l'accès aux soins de santé d'exister.

Il est parfois de bon ton de reconnaitre sa défaite et d'accepter la réalité. La réforme de l'accès aux soins de santé est en voie d'implémentation, les Républicains doivent l'accepter et trouver rapidement un compromis pour debloquer le budget 2014 afin de permettre au Gouvernement américain et à ses administrations de fonctionner.

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(1) Etats-Unis : le shutdown expliqué en cinq questions, on lemonde.fr, 1er octobre 2013

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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