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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 05:08

La série Sherlock est une adaptation particulièrement réussie des aventures du héros fétiche de Conan-Doyle !

sherlock.jpgSherlock Holmes fait encore partie, de façon ponctuelle, de l'actualité ! Ainsi, nous évoquions hier l'influence que le détective consultant a eue sur le développement de la police scientifique moderne (lire à ce propos Elémentaire, mon cher Grissom !) tandis que de nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision le remettent régulièrement au goût du jour... Pas toujours avec brio, disons-le ! Ainsi, l'adaptation signée Guy Ritchie, en 2009, était totalement anachronique avec le canon holmesien (lire En dehors du canon !), sa suite n'était pas meilleure tandis que le troisième volet évoqué est pour l'instant au point mort, ce qui n'est pas une mauvaise nouvelle en soit. La série américaine Elementary ne fait guère mieux en dénaturant l'oeuvre de Conan-Doyle puisque le Dr Watson devient une femme tout comme le Professeur Moriarty que les "créateurs" de la série ont tout simplement assimilé à Irène Adler... Par contre, s'il est une adaptation de Sherlock Holmes qui mérite que l'on s'y attarde, c'est assurément celle produite par la BBC et créée par Mark Gatiss et Steven Moffat, les scénaristes de Dr Who, une autre excellente série. Les deux hommes, véritables fans du personnage, ont transposé les aventures de Sherlock Holmes au 21è siècle, les adaptant à l'environnement du troisième millénaire sans pour autant les dénaturer. La Deux a eu l'excellente idée de rediffuser les deux premières saisons de la série en juillet, offrant ainsi une éclaircie dans la grisaille télévisuelle de la période de vacances.

Tout l'esprit du canon holmesien au 21è siècle

Holmes et Watson sont donc présentés dans un contexte contemporain mais l'esprit des personnages et l'ambiance de la série sont bien conservés. Ainsi, Sherlock Holmes reste ce sociopathe égotiste, limite autiste, imaginé par Conan-Doyle, disposant d'un esprit analytique exceptionnel qui lui permet de faire des déductions qui échappent au commun des mortels. Esprit supérieur, capable de mémoriser des milliers de détails, imbu de sa personne, accro (au tabac dans cette adaptation plutôt qu'à la cocaïne comme dans l'oeuvre originale), violoniste de talent, le Holmes du 21è siècle connait, à l'image de son modèle, toutes les rues de Londres et a recours à des SDF pour être ses yeux et ses oreilles dans la ville. Quant au Dr John Watson, il reste le compagnon d'aventures parfois snobé ou négligé mais aussi le narrateur des enquêtes de Sherlock Holmes; concession aux NTIC, il les raconte à travers un blog et non plus à travers des feuilletons publiés dans les journaux. Blessé en Afghanistan(1), il rencontre Holmes alors qu'il cherche à se loger et devient rapidement le collaborateur en charge des aspects pratiques du détective. Watson reste, pour sa part, ce personnage intègre et loyal imaginé par Conan-Doyle. Comme dans l'oeuvre originale, Holmes est passionné de science et n'hésite pas à recourir aux nouvelles technologies pour faire résoudre les énigmes qui l'attirent. Dans le canon holmesien, il avait recours au microscope et au morse; dans la version du 21è siècle il privilégie internet et le smartphone... Homme de réflexion, il est capable de rester prostré des heures durant, seul, à réfléchir à un problème. Homme d'action, il n'hésite pas à faire le coup de poing car il dispose de réelles aptitudes pour le combat rapproché.

Le Professeur James Moriarty, ennemi intime de Sherlock Holmes, est particulièrement bien rendu dans cette série. Moffat et Gatiss ont davantage insisté sur l'aspect psychopathique du personnage qui est, lui aussi, d'une intelligence nettement supérieure à la norme. Obsédé par l'idée d'affronter Holmes et de le ridiculiser, Jim (diminutif de James qui fait plus moderne) Moriarty est manipulateur et prêt à tout, y compris à mourir, pour contrecarrer son ennemi. Le personnage est particulièrement mis en valeur par Andrew Scott dont le jeu d'acteur est impressionnant dans ce rôle. On retrouve enfin tous les personnages secondaires comme l'Inspecteur Lestrade dont le sentiment envers Holmes est partagé entre respect et irritation, Mrs Hudson, la logeuse d'Holmes et Watson, mère de substitution pour les deux célibataires endurcis(2), Mycroft Holmes, le frère ainé de Sherlock, membre influent des services secrets britannique en conflit permanent avec lui, ou Molly Hopper, employée à la morgue du St-Bartholomew Hospital, solitaire en manque d'affection et amoureuse transie du détective. L'esprit de tous ces personnages est parfaitement conservé dans la série qui prend davantage de liberté avec les intrigues, en mêlant parfois plusieurs histoires pour en faire une seule, c'est le cas de l'épisode Le banquier aveugle (S1.2) qui est un concentré de La Vallée de la Peur et des Hommes Dansant, de l'épisode Le Grand Jeu (S1.3) qui regroupe Les cinq pépins d'orange, Le traité naval et Le dernier problème. Cependant, il convient de préciser que ce mixage de différentes nouvelles, qui s'explique aussi par le format de la série (90 minutes), est tout à fait cohérent et reste fidèle à l'esprit d'Arthur Conan-Doyle.

Véritable succès, la série a été diffusée dans 180 pays (ndlr sur les 197 reconnus par l'ONU), Holmes est une adaptation moderne tout à fait remarquable, peut-être même la meilleure des nombreuses adaptations de l'oeuvre majeure de Conan-Doyle, dont on recense quand même quelques 260 films ou téléfilm. On dit souvent qu'adapter c'est trahir, dans ce cas précis, de trahison il ne peut être question tant la transposition est réussie. Même l'aspect physique de Sherlock Holmes est parfait; Conan-Doyle le décrit comme un homme grand, mince, au visage émacié, aux pommettes saillantes et aux cheveux noirs bouclés. L'acteur benedict Cumberbatch fut choisi, notamment, parce que son physique correspond à la description physique du Sherlock Holmes originel. Beaucoup d'adaptations présententent un Holmes âgé ou entre deux âges. Ainsi, dans la série de films réalisée entre 1939 et 1946, Basil Rathbone (référence holmesienne s'il en est !) campe un Sherlock Holmes dans la cinquantaine; Chrisopher Lee est dans la quarantaine lorsqu'il joue le détective dans Sherlock Holmes et le collier de la mort (1964, Terrence Fisher); pareil pour Robert Stephens dans La vie privée de Sherlock Holmes (1970, Billy Wilder). Même Robert Downey Jr porte bien sa quarantaine dans les dernières adaptations cinématographiques. Et pourtant, lorsqu'il apparait dans sa première aventure, Une étude en rouge (1887) dont l'action se situe en 1881, Sherlock Holmes est âge de 27 ans... Cumberbatch, même s'il est largement trentenaire lors du lancement de la série, donne l'impression d'un Sherlock Holmes plus jeune, plus conforme à l'original.

Certaines critiques font état d'une action un peu lente, mais n'était-ce pas aussi le cas dans les récits originaux ? Quant aux Holmesiens, ils confirment la haute qualité de cette adaptation. La société Sherlock Holmes de France mentionne sur son site internet que la série "repose sur un rythme très soutenu. [...] Un grand nombre de détails canoniques"(3). Les auteurs ont même réussi à intégrer le fameux deerstalker, cette casquette à double visière que l'on associe irrémédiablement à Sherlock Holmes alors qu'il ne l'utilisait que rarement, pour des déplacements à la campagne. Ceci dit, intégrer un deerstalker dans une série qui se déroule au 21è siècle est un bel exercice qui a été brillamment résolu par Steven Moffat et Mark Gatiss. Quant à la prestigieuse Sherlock Holmes Society of London, elle n'hésite pas à affirmer que "C'est tout que la Société attendait et même plus encore !"(4).

Bref, Sherlock est un série de très haute qualité, fidèle au canon holmesien, à consommer sans modération ! D'autant plus que, alors que le tournage de la troisième s'est achevé et qu'elle sera prochainement diffusée sur la BBC, une quatrième saison a été annoncée, sur RadioTimes.com, par Benedict Cumberbatch...

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(1) parfois l'histoire et la politique servent la littérature puisque dans le canon holmesien Watson est renvoyé en Angleterre après avoir été blessé lors de la bataille de Maiwand, en Afghanistan, en juillet 1880; dans la version adaptée par Moffat et Gatiss, Watson est blessé lors du conflit en cours en Afghanistan, qui a débuté en 2001 et dans lequel les troupes britanniques sont impliquées en tant qu'alliées des Etats-Unis.
(2) dans le canon holmésien, John Watson épouse Mary Morstan dans Le Signe des Quatre (1890) mais cette aventure n'est pas encore adaptée dans la série, on nous l'annonce pour la troisième saison, dont le tournage vient de s'achever.
(3) on www.sshf.com, consulté le 28 juillet 2013
(4) on www.sherlock-holmes.org.uk, consulté le 28 juillet 2013

A lire également cette biographie succincte de Sherlock Holmes

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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commentaires

more here 17/03/2014 13:20

Sherlock Holmes is one of my favorite characters and I have read almost some series of the book, which reveals the stories of miseries revealed by Sherlock Holmes. I hope that more of such interesting article regarding this character will be shared.

Olivier 17/03/2014 16:22

Thank you for this nice comment. I'm a big fan of Sherlock Holmes and I have difficulty accepting that some leave the Holmesian canon. This series transposed in the 21st century is a real success of the adaptation of Holmesian canon!