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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 16:17

Les ressortissants étrangers ne s'inscrivent pas pour voter aux communales d'octobre prochain ! Rencontre avec Pierre Verjans, Politologue à l'Université de Liège.

vote.jpgLe Ministère de l'Intérieur vient de confirmer que les chiffres étaient particulièrement peu élevés, les ressortissants étrangers de Belgique ne s'inscrivent pas pour exercer le droit de vote qui leur est accordé, depuis 2004, aux élections communales. Alors que les inscriptions seront clôturées le 31 juillet prochain, seuls 4,5% des étrangers extra-communautaires qui pourraient bénéficier du droit de vote ont fait les démarches nécessaires pour exprimer leur avis le 14 octobre. Du côté des étrangers communautaires - entendez les ressortissants de l'UE - si les chiffres sont un peu plus élevés, ils ne sont pas très importants non plus, à peine 14% d'inscriptions. En 2006, lors du scrutin communal précédent, ce sont quelque 15% des étrangers de Belgique (communautaires et extra-communautaires) qui avaient participé au vote. Ne nous voilons pas la face, on n'atteindra pas ce chiffre en 2012 ! A noter que parmi les villes où le taux d'inscriptions des étrangers est le plus importants on trouve deux villes flamandes, Genk (7,39%) et Gand (6,94%), aux deux premières places. C'est une surprise en soi ! Charleroi (6,54%), Mons (5,39%) et Liège (5,11%) sont également au-dessus de la moyenne nationale; Bruxelles (4,73%) parvient à peine à dépasser cette moyenne. A ce jour, ce sont donc un peu plus de 99.000 ressortissants étrangers (92.409 communautaires et 6624 extra-communautaires) qui se sont inscrits sur les listes électorales. Sur un potentiel d'un peu plus de 801.600 électeurs, cela reste peu... à peine 12,3 % !

Acta Diurna a évoqué avec Pierre Verjans, Politologue de l'ULg, cette question du droit de vote des étrangers en Belgique et le manque d'intérêt des électeurs potentiels concernés par ce droit.

Acta Diurna : Le SPF Intérieur nous apprend que moins de cent mille ressortissants étrangers ont fait la démarche pour pouvoir voter aux élections communales du 14 octobre prochain, cela ne représente que 12% du total des personnes qui pourraient le faire. Comment peut-on expliquer ce manque d'intérêt ?

Pierre Verjans : Par manque de mobilisation autour de cette question de l'inscription des électeurs étrangers, liée notamment au fait que l'inscription des électeurs belges étant automatique, cette inscription ne fait pas partie de la culture politique belge.

Acta Diurna : Ne serait-il pas plus opportun de ne pas demander une démarche d'inscription mais, comme pour tout citoyen belge en âge de vote, d'envoyer directement une convocation à tous les étrangers admissibles au vote ? Après tout, en Belgique, le vote est obligatoire.

Pierre Verjans : Oui, mais les élus des partis opposés à ce droit de vote, ou simplement réticents (Open VLD, CD&V, MR), n'ont accepté le vote, tant au niveau européen que non-européen (en février 2004), qu'à la condition que l'inscription soit volontaire. Le texte de la loi impose donc une condition d'inscription (et, en outre, une obligation de prestation de serment de respect des valeurs de la Constitution et de la Déclaration des Droits de l'Homme pour les non-Européens) à ceux qui sont dispensés de la condition de nationalité.

Acta Diurna : Le fait que les ressortissants étrangers peuvent s'inscrire, qu'ils ont donc le choix, alors que les Belges sont inscrits d'office sur les listes d'électeurs, n'est-il pas une forme de discrimination ?

Pierre Verjans : Bien entendu, cette interprétation est celle de la majorité des "progressistes" mais cette discrimination, aux yeux des parlementaires plus réservés vis-à-vis du vote des étrangers, représente la contrepartie du fait qu'ils n'ont pas fait la démarche de la naturalisation qui leur paraissait la voie la plus simple pour accéder au droit de vote.

Acta Diurna : Le vote des étrangers est d'actualité avec la victoire de François Hollande en France. celui-ci entend donner le droit de vote aux étrangers pour les élections locales, l'UMP par contre estime que cela est "dangereux pour la démocratie". De l'avis du politologue, le droit de vote octroyé aux étrangers est-il dangereux ou utile à la démocratie ?

Pierre Verjans : En tant que tel, il n'est pas dangereux pour le fonctionnement de la démocratie mais, d'après la droite, dans la mesure où la démocratie se définit comme le pouvoir au peuple de la même nation, il est clair que cela perturbe leur vision de qui peut participer au choix collectif et qui ne peut pas. L'avis du politologue ne compte pas dans cette question comme dans d'autres de la vie politique. Le politologue étudie la réalité politique et est censé la connaître mais cela n'empêche pas l'humain d'être dans ses préférences, d'être marqué par ses choix qui, le plus souvent, précède son analyse et on connait nombre d'experts dont les valeurs évoluent au fur et à mesure de leur fréquentation des cercles dirigeants. Le politologue prudent observe que deux discours sont tenus, avec une cohérence propre et une solidité argumentative basée, dans ce cas, sur l'importance relative donnée à l'ouverture de la nation à des nouveaux entrants ou à la fermeture.

Acta Diurna : Pierre Verjans, merci pour vos éclaircissements à propos du vote des étrangers.


Notre pays fut précurseur en matière de droit de vote aux étrangers, malgré cela la population étrangère reste timide à l'usage de ce droit citoyen. Comment faire pour tenter de les amener à l'exercice de la démocratie locale. Je pense que la balle est dans le camp des politiques et, notamment, dans celui des candidats d'origine étrangère. Si, comme le suggère Pierre Verjans - et je partage assez cette vision - il n'entre pas dans la culture politique belge de sensibiliser à la participation au vote puisque le vote des électeurs belges est obligatoire, alors il revient aux candidats d'origine étrangère de sensibiliser les différentes communautés étrangères à l'importance du vote. Ils doivent aller à leur rencontre, les expliquer les enjeux de la démocratie locale mais aussi les démarches administratives à effectuer pour s'inscrire. Cependant, il est plus que temps d'agir car dans 80 jours, les inscriptions d'électeurs étrangers seront closes ! Ces citoyens étrangers vivent au quotidien (et depuis cinq ans au moins ainsi que le précise le législateur) en Belgique, ils participent à la société, sont sujets aux mêmes règles, il me semble évident qu'ils doivent participer aussi à l'exercice démocratique en faisant valoir leur voix dans l'isoloir le 14 octobre prochain. Làs, la participation des électeurs étrangers ne devrait pas franchir le cap des 15 à 16%... trop peu !

NB : Je remercie Pierre verjans d'avoir accepté de répondre à mes questions.

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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