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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 12:11

Compay Segundo, chanteur, guitariste populaire cubain et fondateur du Buena Vista Social Club, aura du attendre 90 ans pour trouver une reconnaissance qu’il méritait pourtant par-dessus tout...

compay-segundo.jpg«Je suis un Travailleur de la culture, ce que j’aime c’est donner du plaisir aux gens» se plaisait-il à répéter, son Havane vissé au coin des lèvres... Compay Segundo est une figue marquante de la musique sud-américaine du 20è siècle. Lorsqu’il est mort, à 95 ans, en 2003, cela faisait 80 ans qu’il grattait sa guitare et poussait sa complainte aux accents d’amour, de joie et de liberté. Même s’il n’avait acquis la reconnaissance internationale que très tard, c’est dans les années 20 qu’il a quitté Santiago de Cuba, sa ville natale, pour rejoindre La Havane où il espérait pouvoir laisser s’exprimer son talent musical. En 1934, celui qui ne s’appelle encore que Maximo Francisco Repilado Munoz rencontre «El Salsero Mayor», le Maître de la Salsa, Beny Moré qui lui permet d’enregistrer, au Mexique, un premier 78 tours... La longue carrière de Compay Segundo est lancée. Elle va vivoter pendant vingt-cinq ans mais l’arrivée mouvementée au pouvoir cubain d’un certain Fidel Castro va remettre en question, vers la fin des années 50, la carrière musicale - peu stable, il est vrai - de Compay Segundo. Pour subsister, et nourrir sa famille, il est contraint de faire plusieurs métiers : ouvrier dans une fabrique de cigares, coiffeur, ouvrier agricole et même peintre d’intérieur...

Compay Segundo continue cependant à composer, à chanter et à défendre la chanson populaire traditionnelle cubaine. Il lui adjoint des rythmes espagnols, africains et une pointe de jazz pour lui conférer cette sonorité si particulière. En outre, pour mettre plus en valeur encore cette musique qu’il appelle le «Son», Compay Segundo invente un instrument, «l’Harmonico», une guitare à sept cordes. Malgré l’apparition d’autres rythmes comme le rock, le swing ou le chant poétique et révolutionnaire cubain, Compay Segundo est resté le plus farouche défenseur de cette musique qui lui collait à la peau parce qu’elle parlait, avant tout, de vie, d’amour et de femmes. En 1987, avec une bande de joyeux drilles, mais tous musiciens hors pair, Compay Segundo enregistre son plus gros succès : l’album «Buena Vista Social Club». Grâce à la chanson «Chan Chan», il devient, enfin, à 80 ans, une vedette dans son pays et en Amérique du Sud. Onze ans plus tard, en 1998, le guitariste américain Ry Cooder travaille sur un projet personnel à La Havane lorsqu’il découvre cet album. Cooder part à la rencontre de Segundo et de sa bande ; Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez, Eliades Ochoa, Omara Portuonde, et les autres... Il est surpris de voir qu’il s’agit de personnes que l’on dit pudiquement du troisième âge... Sous le charme de la musique de ses amis cubains, Ry Cooder fait appel à son complice de toujours, le cinéaste allemand Wim Wenders. De cette rencontre hasardeuse naîtra, en 1999, le film «Buena Vista Social Club» qui offrira la renommée internationale à Compay Segundo... A 91 ans, Compay Segundo devient une vedette que l’on s’arrache. Il se produira dans les plus grandes salles comme le Carneggie Hall, à New York, ou l’Olympia, à Paris. Lorsqu’il s’éteint, le 14 juillet 2003, c’est avec des projets plein la tête. «Il reste pourtant plusieurs pays qui m’attendent» disait-il quelques temps avant sa mort. Ses pays auront du se contenter des multiples albums qu’il laisse derrière lui, digne héritage d’une musique intacte qui sent bon le rhum, le Havane et la canne à sucre...

C’est en m’attardant, un jour par hasard, sur une version live du classique «Malagueña Salerosa» que j’ai découvert Compay Segundo. Pourtant, cette chanson, comme tant d’autres chants hispaniques, avait bercé toute mon enfance sans jamais réellement m’émouvoir... Puis, soudainement, Compay Segundo lui a insufflé une âme différente, une âme qui restera gravée à jamais dans ma mémoire, mieux que sur n’importe quel CD ! C’était en 1998, je venais de faire connaissance d’un vieux monsieur de 90 ans aux doigts d’or qui glissaient de façon exceptionnelle sur les cordes d’une guitare. Un moment magique…

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