Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 mars 2004 3 24 /03 /mars /2004 16:07

Marina Golbahari est une jeune Afghane qui ne rêvait que d’aller à l’école. Pour se la permettre, elle a sacrifié au cinéma et à joué dans le film témoin de la cruauté talibane...

golbahari.jpg«Osama» est un film du réalisateur afghan Siddiq Barmak qui présente l’histoire d’une petite fille de 12 ans grimée en garçon afin d’échapper à la répression des Talibans. La loi talibane imposait aux femmes de ne sortir que sous burqa et accompagnée d’un compagnon légal, mari, père ou frère... Hors, le décès à la guerre du père et du frère de la gamine la condamne, ainsi que sa mère et sa grand-mère, à rester cloîtrée entre les quatre murs piteux qui leur servent de maison. Afin de survivre dans l’environnement hostile imposé par les Talibans, la gamine va «devenir» un garçon... Terrifiée à l’idée d’être découverte, la petite fille se fait pourtant engager chez un épicier afin de nourrir ce qui reste de sa famille. Mais l’illusion est si parfaite que les Talibans la recrute de force et l’envoie dans une école coranique avant de la préparer à un entraînement militaire féroce.

Pour un premier long métrage personnel, Barmak signe une réalisation sobre et réaliste du régime tyrannique qu’a connu l’Afghanistan. «Osama» a été plusieurs fois récompensé - à Cannes, en 2003, par une Caméra d’Or, notamment - mais plus que le film, c’est encore l’interprétation de Marina Golbahari qui impressionne par la puissance de l’émotion qu’elle dégage. Il ne s’agit pourtant pas d’une actrice professionnelle, loin de là puisque le réalisateur l’a découverte dans une rue de Kaboul alors qu’elle mendiait. Marquée dans sa plus tendre innocence par la répression talibane et même si elle n’avait que 9 ans, en 2001, lorsque le régime fut renversé, Marina Golbahari ne pouvait que jouer juste... parce que pour elle il ne s’agissait pas d’un rôle mais bien de l’extériorisation de peurs, de haines et de souffrance qu’elle a vécu ! Marina est née dans la province de Parvan, au nord de Kaboul, en 1991 dans une famille de treize personnes confrontée à la pauvreté ambiante de l’Afghanistan ravagé par le conflit avec l’URSS (1977-1989) d’abord et par les Talibans (1997-2001) ensuite. Repérée par Siddik Barmak, qui tient absolument à faire jouer son film par des acteurs non-professionnels, elle accepte de prendre part au projet non pas que - comme la majorité des adolescentes de son âge - elle rêve d’être une star mais simplement parce que c’est un travail et que cela lui permettra d’assurer sa subsistance et celle de ses proches. Mieux que cela, le film lui permet d’acheter une maison, d’une valeur de 7000 euros, pour sa famille ! Ce toit, véritable palace aux yeux de la gamine, est la concrétisation d’un rêve qu’elle pensait inaccessible voici quelques mois encore. En outre, elle est occupée à réaliser un autre de ses rêves, suivre des cours dans une vraie école... Ce privilège étant réservé, sous les Talibans, aux garçons les petites filles ne pouvaient que rêver d’instruction. Aujourd’hui, pour Marina Golbahari, le songe est aussi devenu réel ! Bien qu’elle ait rejoint les plateaux d’une autre production cinématographique, elle n’envisage pas son avenir dans le cinéma, il s’agit juste d’un job nourricier.

Le monde est ainsi fait que dans une grande partie de celui-ci, en occident plus précisément, une multitude d’adolescents subissent l’école comme une corvée et ne rêvent que de devenir des stars, même préfabriquées, alors qu’en Afghanistan, une petiote ne rêve que d’instruction et doit passer par le cinéma pour accéder à son rêve... C’est quand même vrai qu’il tourne mal, ce monde !

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
commenter cet article

commentaires