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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 13:01

La Saint-Torè est sexagénaire et, comme toutes les fêtes estudiantines, elle a échangé sa saveur folklorique contre un relent plutôt immonde de bière…


tore.jpgC’est aujourd’hui que débutent, à Liège, les fêtes de la Saint-Torè la dernière guindaille(1) officielle avant les périodes de blocus et les examens. Pendant trois jours, les étudiants de tous les coins de Wallonie – et même d’ailleurs – se retrouveront donc à Liège pour la soirée sous chapiteau au Val Benoît (ce soir), le cortège (demain dans les rues de Liège) qui se terminera par la peinture en rouge des attributs virils du Taureau des Terrasses et les quatre heures de trottinettes (mercredi) avant de prolonger les festivités jusqu’aux petites heures du  jeudi matin… beaucoup d’animations, de libations et de tracas de circulation en perspective. Je n’ai jamais été, même lorsque j’étais étudiants, très partisan de ce genre de fête car je suis persuadé que la très grande majorité des participants ne sait pas sur quoi reposent ces guindailles. Combien se souviennent, dans le flot des étudiants qui tapissera les rues liégeoises pendant ces quatre jours, que Cette guindaille est, à l’origine une fête créée pour démarquer les études de la politique et de la religion. C’est, en effet,  André Fievet, alors Président de la Commission Folklorique de l’Université de Liège (ULg), qui imagina, en 1948, une fête estudiantine de rassemblement durant laquelle seul le folklore avait à gagner, au détriment de la politique ou de la religion qui gangrénaient alors profondément les milieux estudiantins. C’est en revenant d’une Saint-V(2) profondément marquée par la franc-maçonnerie et l’anticléricalisme que Fievet proposa à l’ULg de créer une fête à laquelle pourraient participer tous les cercles, y compris les mouvements religieux et politiques.


La première fête de la Saint-Torè a eu lieu le 17 février 1949, on a donc affaire à une jeune sexagénaire. Je doute cependant qu’organisateurs et participants sachent dans leur majorité qu’il y a, cette année, 63 ans qu’est née la Saint-Torè. Comme ils ignorent probablement aussi que Le Torè est une statue de Léon Mignon et que son nom original est Le Dompteur de Taureau ; qu’elle fut démontée et cachée dans les caves de l’ULg pendant la seconde guerre mondiale afin d’échapper aux éventuelles foudres nazies lors de l’Occupation. Qui sait dans le cortège que la guindaille fut interdite, entre 1966 et 1982, par le Bourgmestre Maurice Destenay car elle avait pris – c’est paradoxal eu égard aux motivations de sa création - un tour trop politique et qu’elle servait de cortège contestataire. Enfin qui sait encore que le dompteur représenté sur l’œuvre suscita, lors de son installation aux Terrasses en 1880, l’ire des bien-pensants et de la presse catholique car apparaissant nu et exposant au vu de tous son sexe. Non aujourd’hui, entre libations abusives et régurgitations répugnantes, certains se souviennent qu’il s’agit de repeindre les couilles du Torè mais sans savoir pourquoi il faut le faire…


Par ailleurs, la Saint-Torè, comme toutes les guindailles, est une fête des étudiants universitaires étendue à ceux qui suivent un cursus supérieur non-universitaire mais comme pour toutes les guindailles, on retrouve une large frange de gamins du secondaire qui s’incrustent dans une fête qui ne leur est pas destinée et qui achèvent de tirer vers le bas toutes ces guindailles en ignorant leur signification. Car aujourd’hui les vraies guindailles comme la Saint-Nicolas des Etudiants, la Saint-V ou la Saint-Torè ont perdu leur signification pour ne devenir que des rendez-vous d’étanchement des soifs estudiantines. Je n’en veux pour preuve que les 24h00 de Vélo de Louvain qui ont été créées de toutes pièces, en 1976, pour boire et s’amuser et qui sont devenues la plus grosse guindaille du pays où l’on note le deuxième plus gros débit de bière en Europe, juste derrière la Fête de la Bière à Munich… Voila ce qu’est devenu le folklore estudiantin aujourd’hui : un bar à bière immense ou s’enivrent sans retenue avant d’aller gerber ou pioncer dans une flaque les futurs cadres de nos entreprises puisque le management moderne veut que seuls les universitaires puissent accéder à ces postes clés.

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(1) la Guindaille est un belgicisme qui est utilisé pour désigner diverses activités festives estudiantines dont le point commun est la consommation de bière et les chants paillards

(2) Saint-Verhaegen, une guindaille organisée par l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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