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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 14:36

Le Tour de France s'est achevé, il laisse comme un goût de trop peu en bouche... je trouve que cela devient une mauvaise habitude !

tdf12.jpgLa victoire de Mark Cavendish, hier, sur les Champs-Elysées ponctue le formidable tour de l'équipe Sky. La formation de David Brailsford était simplement la plus forte de cette 99è édition : les deux premières places du podium et six victoires d'étapes (trois pour Cavendish, deux pour Wiggins et une pour Froome), elle a tout controlé pour s'imposer en patronne. Tout comme, l'an passé, Cadel Evans fut le premier Australien à graver son nom sur le palmarès du Tour, Wiggins en est, cette année, le premier Anglais. Son succès est simplement et largement mérité ! Après l'ère Armstrong, le cyclisme développe de plus en plus ses accents anglo-saxons. N'en reste pas moins que l'on s'est profondément ennuyé sur ce Tour de France version 2012... Ce qui m'agace prodigieusement c'est que cela fait plusieurs années que je pose le même constat à l'issue du Tour. Oui, le Tour de France devient une épreuve ennuyeuse ! Pour un passionné de la Grande Boucle, c'est une cruelle déception que de devoir se rendre à cette évidence. L'an passé, Evans avait remporté une édition de moyenne qualité dans laquelle les Pyrénées avaient été totalement escamotées, cette année ce fut encore le cas, les deux étapes pyrénéennes ont accouchés de deux vainqueurs qui ont procédé de la même façon : une échappée matinale dans un groupe important, une attaque pour s'extraire de ce groupe et remporter en solitaire l'étape. C'est bien là le gros problème du Tour de France, son scénario est morne et répétitif. La première semaine on a droit à un petit groupe de fuyards qui attaquent dès le départ officiel, qui se partagent les miettes de l'étape avant de se faire croquer à quelques kilomètres voire hectomètres du but pour laisser les sprinters se régaler. Ensuite on a un chrono remporté par le grandissime favori qui contrôle en montagne, ses adversaires n'attaquent que peu soit par manque de moyens soit par peur de perdre leur place dans le top 10 et les étapes de montagnes sourient à quelques audacieux qui partent tôt. Dans la dernière semaine, on a des groupes importants qui sortent et se disputent l'étape ou bien des sprinters qui se rattrapent après avoir souffert le martyr en montagne... C'est répétitif ! Si l'on ajoute à cela quantités de chutes, dont certaines très graves en 2011 et 2012, cela rend le Tour de France trop prévisible que pour être agréable.

ASO doit y prendre garde car le téléspectateur finira par se lasser de cette course si elle reste aussi barbante. Il n'y avait que deux étapes avec une arrivée au sommet, l'une d'entre-elles - celle de la Plache des Belles-Filles - à plus ou moins tenu ses promesses (et encore, cela n'aurait été totalement vrai si Froome n'avait pas été l'équipier de Wiggins); l'autre - celle de Peyragudes - a été décevante en tous points ! Les analystes du Tour ont été nombreux à le souligner et l'on ne peut que leur donner raison, ce Tour 2012 était très mal dessiné. Ainsi, par exemple, aucun col hors-catégorie n'a joué de rôle majeur parce qu'ils étaient tous très mal placés sur le tracé. Le Tourmalet, col mythique s'il en est, était situé à 74 kilomètres de l'arrivée de Bagnères-de-Luchon, avec comme conséquence d'avoir été escaladé par des facteurs plutôt que par des candidats à la victoire du Tour de France. Aucune arrivée ne s'est faite dans un col hors-catégorie, c'est dommage... c'est même nuisible au spectacle ! Entre des étapes de plaine longues comme un jour sans pain, des contre-la-montre désespérément plats et des étapes de montagne aux cols HC très mal placé, ce parcours est une belle erreur qui a largement contribué à la monotonie de l'épreuve. Comment ne pas évoquer aussi les transferts entre étapes, ils ont été longs cette année ce qui fatigue les coureurs et contribue à anihiler les velléités d'attaque de certains qui pourraient dynamiter la course. Ce sont les coureurs qui font la course a-t-on l'habitude de dire, certes mais encore faut-il leur donner la possibilité de la faire... 

Clairement, le spectacle que l'on a eu cette année pendant les retransmissions en direct n'était pas vraiment une belle pub pour le cyclisme. Beaucoup de téléspectateurs pestent sur le cyclisme en disant que cela bouffe une après-midi de télévision pour bien peu de spectacle; avec ce que l'on a vu sur les routes du Tour 2012, cet argument tient franchement la route. Alors que devrait faire ASO pour rendre sa course majeure plus attrayante à regarder pour le téléspectateur lambda ? Plusieurs pistes pourraient être explorées pour y parvenir :

Pourquoi ne pas mettre une étape de montagne la première semaine du Tour ? Sur le Giro et la Vuelta c'est monnaie courante, à ce moment là les coureurs sont frais, l'épreuve débute et cela devrait permettre de donner du spectacle. En 1992, le prologue de San Sebastian fut immédiatement suivi par deux étapes de montagne dans les Pyrénées avec pour résultat un maillot jaune qui changea trois fois d'épaules (Indurain au soir du prologue, Zülle au terme de la première étape et Virenque lors de la seconde étape) en trois jours. Ca c'est bon pour le spectacle !

Pourquoi ne pas mettre des vrais mythes à l'arrivée ? Le Tourmalet, l'Alpe d'huez, l'Aubisque, l'Izoard, Joux-Plane, Luz-Ardiden, Pra-Loup, la Madeleine, Le Ventoux, Pla d'Adet, l'Iseran... autant de cols hors-catégories qui ont été le théâtre des exploits de Merckx, Thévenet, Armstrong, Indurain, Roche, Pantani ou d'autres vainqueurs qui ont gravé leur succès sur ces pentes ardues. Ces cols ne doivent pas être placés en milieu d'étapes où ils sont escamotés comme ce fut le cas du Tourmalet cette année. Non, ils doivent être un lieu d'arrivée dans lequel les favoris s'expliqueraient entre-eux.

Pourquoi ne pas raccourcir les étapes ? Et ainsi les rendre plus dynamique... A quoi bon faire des étapes de 225 kilomètres qui se résument à une balade de quatre ou cinq coureurs rattrapés à quelques bornes du but et ponctuée par un sprint massif ? Non, il faudrait des étapes plus courtes qui ne permettraient pas, sous peine de leur abandonner la victoire, de laisser un groupe d'échappés prendre 10 ou 12 minutes d'avance. Je suis convaincu que des étapes de 150 ou 170 kilomètres seraient plus dynamiques. En outre, mettraient moins de kilomètres inutiles dans les jambes des coureurs qui auraient ainsi davantage de punch. Cela pourrait aussi permettre de lutter contre le dopage.

Pourquoi ne pas limiter les transferts entre étapes ? Les organisateurs veulent montrer la France et c'est très télégéniques. Mais amener les coureurs à Morzy-les-Roustons-sur-Loiret est aussi idiot que néfaste car ce genre d'endroit n'a pas l'infrastructure pour accueillir le peloton et l'entourage important des coureurs. L'on en me fera pas croire qu'il n'y a pas moyens de relier des grandes villes française avec l'infractructure hôtelière ad hoc dans une marge de 150 à 170 kilomètres (pour respecter le point précédent). Les organisateurs doivent privilégier l'accueil des coureurs lorsqu'ils choisissent les villes-étapes et les villes-départs du Tour, cette année quinze fois fois sur 20 étapes et un prologue, la ville-départ n'était pas la même que la ville-arrivée de la veille ce qui signifie que le soir, après les obligations liées à la course (presse, contrôles divers, podium, protocole...) les coureurs doivent encore se farcir des déplacements en voiture ou en car pour rejoindre des hôtels parfois lointains. Il me semble avoir entendu Cédric Vasseur évoquer 2500 kilomètres de transferts entre les étapes pour les cyclistes... 2500 kilomètres de transferts pour  3480 kilomètres de course, c'est beaucoup trop !

Pourquoi ne pas réintroduire les demi-étapes ? Ce principe fonctionnait bien dans les années soixante, septante et même au début des années quatre-vingt. En 1961, le Tour débuta par deux 1/2 étapes, une courte épreuve entre Rouen et Versailles de 130 kilomètres en matinée et un contre-la-montre de 28 kilomètres dans les rues de Versailles, dans l'après-midi. En 1973, il y eu même six étapes divisées en deux épreuves courtes réparties sur la matinée et l'après-midi. Ces épreuves courtes étaient dynamiques et permettaient aux coureurs de se mettre en valeur. Après quelques demi-étapes dans les années '80, notamment en 1982 avec un contre-la-montre par équipes et une course rapide et nerveuse autour de Nantes, le système fut abandonné. Je pense qu'il ne serait pas forcément sot d'y revenir. Ce système pourrait même servir l'intérêt de la limite des transferts entre étapes, en effet on pourrait ainsi facilement permettre au peloton de rester dans le même hôtel deux jours de suite. Imaginons, par exemple, une étape Rouen-Versailles de ± 140 kilomètres (qui respecte le point 3) le lundi qui serait suivie d'un contre-la-montre court dans Versailles le mardi matin et d'un critérium de 80 ou 100 kilomètres avec départ et arrivée à Versailles dans l'après-midi. L'étape du mercredi repartirait donc de Versailles et les coureurs auraient dormi deux jours de suite à Versailles. Les pistes possibles 3 et 4 en seraient respectées et les demi-étapes ont souvent été spectaculaires. Tout le monde, coureurs, (télé)spectateurs, hôteliers et commerçants d'un région et donc organisateurs auraient à y gagner.

Pourquoi ne pas mettre davantage de contre-la-montre en côte ou en montagne ? Les chronos du Tour sont souvent longs et plats et pourtant l'on a déjà eu droit a de beaux contre-la-montre en montagne comme en 2004 avec l'ascension de l'Alpe d'Huez. Cela obligerait les prétendants à la victoire à se battre et à ne pas se contenter de suivre pour assurer leur place. Livrés à eux-mêmes, les favoris du Tour seraient obligés de se donner à fond et les grimpeurs auraient ainsi l'occasion de faire exploser des maitres du temps qui se contentent de contrôler dès que la route s'élève. Oui, messieurs les organisateurs, rendez-nous un chrono court en montagne chaque année, s'il vous plait !

Pourquoi ne pas offrir un vrai spectacle sur les Champs-Elysées ? Depuis 1975, le Tour de France s'achève par une longue promenade vers les Champs-Elysées. A de rares exceptions près, cette balade est ennuyeuse. Je vais finir par croire qu'ASO aime l'ennui et la monotonie ! Et pourtant, en 1989, lorsqu'il fut décidé de terminer le Tour de France par un chrono sur les Champs-Elysées, nous avons eu droit à du spectacle jusqu'au bout... c'est en effet dans les ultimes mètres de l'épreuve que Fignon perdit le Tour au profit de LeMond. En 1968 également, le Tour s'acheva par un chrono et le maillot jaune changea au dernier coup de pédale pour passer des épaules de Van Springel à celles de Janssen. Plutôt que de nous livrer un critérium qui ne s'agite que dans les dix derniers kilomètres pour permettre aux sprinters de se placer, il faudrait nous rendre du spectacle en ponctuant chaque Tour de France par un ultime contre-la-montre sur les Champs. Là encore, tout le monde aurait à y gagner : les (télé)spectateurs, car un ultime effort contre le chrono serait assurément plus spectaculaire et plus intéressant qu'une balade en peloton, et le spectacle, car on peut encore perdre une, deux voire trois minute sur un chrono de 50 kilomètres, or en 2012, les deux premier du classement final se tiennent en 3'12'', en 2011 les quatre premiers n'étaient séparés que de 3'20'', en 2010 les trois premiers étaient dans les trois minutes, en 2008 Sastre ne gagna que pour 58 secondes sur Evans... et on peut encore remonter plus loin pour tenir le même raisonnement, un chrono ultime sur les Champs-Elysées aurait pu faire changer les choses et aurait nourri le spectacle jusqu'au bout du Tour ! Oui, un contre-la-montre en montagne dans la première moitié du Tour et un autre sur les Champs pour terminer le Tour, cela aurait vraiment de l'intérêt pour le spectacle !

Pourquoi ne pas bannir ces foutues oreillettes ? Elles faussent la course et permettent aux directeurs sportifs de décider de tout. Les coureurs ne sont plus que des pantins téléguidés, il n'y a plus de place pour l'improvisation qui a généré de grands exploits. Voeckler a réussi deux beaux coups d'éclats cette année sans oreillette ni cardiofréquencemètre... Avant lui des centaines de coureurs ont brillé sans ces gadgets technologiques qui ne servent qu'à brider la course. De grâce, foutons en l'air ces jouets technologiques qui nuisent aussi à la beauté du spectacle et laissons l'information circuler entre les coureurs et les directeurs sportifs comme elle circulait avant, à l'époque des grands exploits, c'est à dire par le bouche à oreille entre équipiers. Cela permettra aux leaders et aux baroudeurs de fonctionner à l'instinct et non plus à la commande vocale !

Voila lancée en l'air huit pistes possibles pour tenter de redynamiser une course qui s'endort vraiment au fil des années, qui se complait dans une monotonie sans vrai coup d'éclat et qui déplait tant aux fans de la Grande Boucle qu'aux téléspectateurs neutres qui sont demandeurs de spectacle... Ce n'est pas compliqué à mettre en place et cela vaut la peine d'être tenté. Si cela ne fonctionne pas, ce ne sera de toutes manières pas pire que le tracé de cette année.  

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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