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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 10:01

Dans le cadre de la 100è édition de Liège-Bastogne-Liège, cette anecdote à laquelle je tiens particulièrement et qui remonte à l'époque où j'étais journaliste sportif à La Wallonie.

Créee en 1892, la course cycliste Liège-Bastogne-Liège est la plus ancienne du calendrier ce qui explique son surnom de La Doyenne. Son parcours vallonné en fait aussi une des plus dures du plateau des classiques, c’est aussi l’une des préférées du peloton tant par son parcours que par ses paysages. Liège-Bastogne-Liège a longtemps été l’une des épreuves-phare de la Coupe du Monde de cyclisme avant d’intégrer, en 2005, le Pro Tour mais elle est aussi un des cinq «monuments» du cyclisme d’un jour avec Milan-San Remo, Le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et Le Tour de Lombardie.

L’une des particularités de Liège-Bastogne-Liège est qu’elle s’offre très souvent à un coureur de tours ! Contrairement aux classiques précédentes comme le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix qui tombent dans l’escarcelle de coureurs typiquement préparés pour ces courses, la Doyenne requiert des qualités d’hommes de tours pour s’imposer. Un regard sur le palmarès suffit pour s’en convaincre ; on y trouve, entre autre, les noms d’Eddy Merckx (5 fois vainqueur), Bernard Hinault (2X), Ferdi Kubler (2X), Joseph Bruyère, le régional (2X), Jacques Anquetil, Evgeni Berzin… ou, plus près de notre époque, des hommes fort qui, s’ils n’ont pas remporté de grand tour, s’y sont brillamment comporté à l’instar d’Oscar Camenzind, de Michele Bartoli ou de Paolo Bettini !

Ces images qui restent gravées dans ma mémoire…

Des images restent gravées dans la mémoire de cette épreuve mais aussi dans la mienne. Ainsi, on se souviendra, en 1980, de Bernard Hinault triomphant en solitaire et en héros des éléments – une tempête de neige qui décima le peloton – avec près de 10 minutes d’avance sur ses poursuivants, Kuiper et Claes. En 1999, l’attaque tranchante de Frank Vandenbroucke dans la côte de Saint-Nicolas, dernière difficulté du parcours, laissa irrémédiablement cloué sur place le néerlandais Boogerd qui devra se contenter du premier accessit. Le quasi surplace effectué, en 1985, par Claudy Criquielion et Stephen Roche, dans l’ultime ligne droite qui permit à Moreno Argentin de revenir et de coiffer les deux hommes sur le fil al
ors que la course était promise à l’un d’eux… si seulement ils ne s’étaient pas regardé trop longtemps en chiens de faïence ! On gardera encore en mémoire le cinquième succès, en 1975, d’Eddy Merckx – record toujours inégalé – qui l’emporta devant Thévenet, celui-là même qui allait le détrôner au Tour de France au mois de juillet suivant ou encore la victoire du quasi-inconnu Steven Rooks, en 1983, qui allait devenir un excellent coureur de tours par la suite et de briller de mille feux dans l’Alpe d’Huez…

J’ai conservé, personnellement, un souvenir impérissable de la Doyenne. C’était en 1994, j’étais jeune journaliste et je couvrais, pour feu le quotidien La Wallonie, Liège-Bastogne-Liège. J’avouais un faible, à cette époque, pour le Suisse Tony Rominger dont j’appréciais l’attitude combattante sur le vélo. A quelques kilomètres de l’arrivée, un groupe de cinq ou six hommes était en tête et la victoire ne pouvait échapper à l’un d’eux. Il y avait notamment dans ce groupe Evgeni Berzin, Lance Armstrong, qui n’était pas encore l’Ogre survitaminé du Tour qu’il allait devenir, l’Italien Furlan et Tony Rominger. Quel plus beau final pouvais-je imaginer pour la couverture de ma première – et hélas seule ! – Doyenne ? Je me voyais déjà interviewer Rominger sur sa victoire. Mais, au pied de la côte de Montegnée, que l’on empruntait pour la première fois ce
tte année-là je crois, Rominger crève et doit laisser partir ses compagnons d’échappée. Berzin triomphe au sprint devant Armstrong et le pauvre Rominger doit se contenter de la cinquième ou de la sixième place. Il termine seul sur la ligne d’arrivée à Ans, intercalé entre le groupe duquel la poisse l’a extrait et le peloton. Amer car il était persuadé de pouvoir jouer la gagne.

La coutume veut, en cyclisme, que les médias du pays du vainqueur de la course aient la priorité pour l’interviewer. Mais rien n’est dit, même tacitement, pour les autres coureurs. Aussi me précipitais-je vers Rominger qui, un peu à l’écart, s’épongeait avec une serviette. Je lui demande s’il peut m’accorder une interview… «Oui» me répond-il en me demandant quelques minutes pour récupérer. Je patiente donc et je vois arriver vers Rominger le chevronné journaliste-vedette de France 2, Gérard Holtz qui demande également au coureur de s’exprimer sur sa défaite malchanceuse. Tout de suite, j’ai pensé qu’Holtz allait me griller et passer devant moi mais Tony Rominger lui a répondu : «Je vais répondre mais avant je répondrai à ce jeune homme». Il parlait de moi ! Oui Rominger m’a fait passer avant Gérard Holtz et il a répondu avec gentillesse à mes questions malgré sa très grande déception. Un grand sportif doublé d’un grand homme ce Rominger ! Je n’ai jamais oublié cette interview, elle reste le meilleur souvenir professionnel que je puisse avoir…

 

Quelques mots avec Rominger

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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