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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 12:39

L'Eurogroupe lance un nouveau plan de sauvetage pour sortir la Grèce de la spirale du surendettement. Nouvelles mesures d'austérité en perspective pour une population déja étranglée...

Carte_Grece_moderne.jpgIl aura fallu presque toute une nuit de négociations entre les Ministres des Finances de l'Union Européenne mais un accord est tombé pour un nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Ce plan prévoit une aide de 130 milliards d'euros sous forme de prêts; une manne financière qui vient compléter celle de 110 milliards avancée en 2010. N'est-ce pas surréaliste que de proposer un prêt de 130 milliards à une nation qui se bat pour sortir de son surendettement ? Le risque n'est-il pas réel de permettre à la Grèce d'effacer une partie important de sa dette privée pour l'enliser dans une autre dette publique vis à vis de l'Europe ? Quoi qu'il en soit, pour éviter de se trouver en situation de défaut de paiement d'ici le 20 mars, date d'échéance d'un remboursement de 14,5 milliards d'euros à des créanciers privés, le pays de Socrate, Aristote et Platon doit en passer par là... Selon Jean-Claude Juncker, le big boss de l'Eurogroupe, cet accord doit permettre à la Grèce de faire face à ses échéances à court terme mais aussi de garantir sa présence dans la Zone Euro sur le plus long terme. Avec aussi un effort notable des privés (ndlr un effacement de 107 milliards d'euros quand même !), le plan devrait permettre d'ici l'horizon 2020 de réduire l'endettement grec de quelque 160% pour le ramener au niveau de celui de pays comme l'Allemagne ou des Pays-Bas. Bien entendu, ce plan d'aide s'assorti de conditions drastiques imposées à la Grèce. Ainsi, elle devra inscrire dans sa Constitution que le traitement de sa dette sera prioritaire et qu'une provision devra être constituée pour y faire face. Par ailleurs, la gestion du pays sera davantage surveillée tant par l'UE que par le Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International. Enfin, le Gouvernement grec devra poursuivre, voire renforcer, sa politique d'austérité qui serre pourtant déja à la gorge la population et les différents partis politiques se sont engagés à ce que le Gouvernement qui sortira des urnes en avril prochain poursuivent cette austérité.

Pour éviter la sortie de la Zone Euro de la Grèce, la population devra donc encore avaler de l'austérité et serrer d'un cran supplémentaire sa ceinture. Finalement, la sortie de la Zone Euro ne serait-elle pas une meilleure solution pour ce pays ? Et bien non, car la situation est telle (ndlr on la laissé aller à un tel point) qu'une sortie de la Zone Euro risquerait d'appauvrir encore un peu plus le pays. Selon l'économiste Jesus Castillo, le retour à la drachme, l'ancienne monnaie grecque, s'accompagnerait automatiquement d'une dévaluation dite de compétitivité. Dès l'annonce de cette dévaluation, la population qui dispose de quelques économies se précipiterait évidemment dans les banques pour retirer son argent en euros plutôt que de le conserver en drachmes dévaluées ce qui engendrerait un chaos bancaire important. Par ailleurs pour tous ceux qui sont endettés - état, entreprises et particuliers - la dévalutation liée à un retour à la drachme rendrait encore plus difficile le remboursement créant ainsi des faillites d'entreprises, des licenciements et des déroutes sociales supplémentaires. Le retour à la drachme serait synonyme d'appauvrissement d'un pays et d'une population déja très mal en point... Ce matin sur les ondes de la RTBF, Guy Verhofstadt, ancien Premier Ministre belge et actuel Député européen, déclarait que la sortie de la Zone Euro ne serait pas une solution d'autant moins qu'elle risquerait de provoquer un effet boule de neige avec d'autres pays comme l'Espagne ou le Portugal. Pour Verhofstadt, la Grèce devrait mettre en place un Gouvernement de Technocrates ou de Techniciens comme l'Italie l'a fait avec le Gouvernement de Mario Monti. "Afin de faire les réformes nécessaires"(1) précise le Député européen libéral...

Ca marche... ou pas !

La Grèce se trouve donc à la croisée de chemins et son avenir est loin d'être rose ! Le plan de sauvetage européen doit garantir cet avenir. Dans le meilleur des cas, grâce au plan de sauvetage la Grèce s'octroie un sérieux ballon d'oxygène en faisant face à son remboursement du 20 mars et évite ainsi le défaut de paiement. Ensuite, le Gouvernement qui sortira des urnes en avril axe son travail sur le désendettement du pays, entame une réforme des administrations publiques, freine encore un peu plus les dépenses publiques et intensifie la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales très présentes en Grèce. Pour y parvenir, il est clair que ce gouvernement devra à nouveau diminuer les salaires et les retraites, qu'il devra diminuer le nombre important des fonctionnaires (en restructurant les administrations et en revendant certaines entreprises publiques au privé, notamment), et qu'il devra revoir son système de taxation ultracomplexe. Cela demandera des efforts supplémentaires à la population mais si cela fonctionne, au bout de quelques années d'efforts, la Grèce pourrait voir son économie se relancer et ainsi voir revenir des investisseurs privés qui créeraient de l'emploi. Ca c'est le scénario le plus optimiste... Si cela fonctionne !!! Le conditionnel est évidemment de rigueur car la plus ardue des tâches sera de faire comprendre au citoyen lambda que pour en arriver là il faudra(it) des années d'austérité et de privations. Ce serait quasiment une génération de sacrifiée sur l'autel de la survie du pays. Convaincre cette génération que l'austérité est LA solution ne sera pas évident; et pourtant pour mettre en place ce scénario il est essentiel que le futur Gouvernement grec emmène avec lui sa population entière ! Ce n'est pas gagné...

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(1) G. Verhofstadt : "La sortie de la Grèce de la Zone Euro n'est pas une solution", Par A.L. avec O. Nederlandt, on rtbf.be, 21 février 2012.

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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commentaires

Le Webzine de l'Histoire 22/02/2012 09:15

Cette crise de la dette grecque sonne la fin de la récré en quelque sorte : les Grecs ont voulu jouer aux plus malins pendant des années (trucage des comptes publics, travail au noir, triches sur
les déclarations de revenus...) et maintenant ils doivent payer. Je ne compatis pas au sort de ceux qui nous ont roulé dans la farine car c'est le contribuable européen qui paye pour venir réparer
les fautes graves de gestion des Grecs. Voilà ce que c'est de vouloir s'en remettre sans cesse à l'Etat : perte du sens des responsabilités individuelles, chacun croit pouvoir faire ce qu'il veut
sur le dos des autres, et voilà le résultat !