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26 mai 2004 3 26 /05 /mai /2004 16:21

Je vais AUX toilettes…


chiotte.jpgNon pas que je souffre du moindre problème intestinal ou encore de quelque indigestion que ce soit – encore que je me dis parfois que je renferme tant des haines diverses que je dois frôler l’indigestion… - mais simplement je voulais attirer l’attention sur cette petite sentence, encore que je sois persuadé que vous n’en n’ayez rien à foutre… Mais, c’est plus fort que moi ces petites choses insignifiantes m’horripilent au plus haut point. De quoi parle-t-il finalement en entend-je murmurer parmi vous ? Et bien de cette petite affirmation que je perçois au quotidien : «Je vais à la toilette !». Je suis sûr que vous aussi vous avez déjà entendu, dans votre entourage, cette petite phrase qui n’a d’ailleurs pour seul intérêt que de renseigner sur une action dont les personnes alentours se passeraient volontiers des détails… C’est surtout à mes compatriotes que je m’adresse car il semble que la désignation «toilettes» pour évoquer un lieu d’aisance soit surtout un belgicisme… Bob(1) nous précise d’ailleurs que par «toilette», nous devons entendre soit l’action de se laver ou de nettoyer quelque chose soit l’ensemble des vêtements qu’une femme utilise pour s’habiller ou encore le meuble garni d’objets destiné aux soins et à la parure… Mais, venons-en au fait ! Pour comprendre le propos, livrons-nous à une petite expérience facile à réaliser concrètement ; rien de tel pour comprendre qu’une méthode empirique ! Il suffit d’entrer dans un lieu public – un troquet, par exemple – et de se diriger vers ce que l’on nomme vulgairement le petit coin. Je ne sais pas si vous y avez déjà prêté attention mais cet endroit est toujours signalé par une petite pancarte sur laquelle est écrit «Toilettes». Le maître de lieux aurait-il peur que l’on confonde avec un autre endroit ? Craindrait-il que nous nous soulagions derrière le comptoir ou dans la cuisine ? Le recours aux pancartes pour distinguer l’espace des dames et celui des hommes peut s’expliquer, et même se comprendre, il s’agit là d’éviter une fâcheuse méprise. Mais est-il bien nécessaire de préciser que cet endroit où trônent quatre pissotières, parfois infâmes, et un évier, souvent jauni, est le lieu d’aisance ? Non, dans la majeure partie des cas, les effluves sont amplement suffisantes…

Mais, une fois encore je digresse ! Revenons à la petite pancarte dont question. Quelle est la dernière lettre du mot indiqué sur ce panneau ? Un «S»… Voilà où je voulais en venir : c’est un pluriel ! Dès lors on va aux toilettes et non pas à la toilette… Et oui, le terme «toilettes» désigne par extension l’endroit où sont regroupés les cuvettes et autres accessoires utiles à la satisfaction du petit(2) besoin naturel. Quand bien même on utilise qu’un seul urinoir, on fait pipi auX toiletteS ! D'ailleurs, dans unlangage moins châtié ne dit-on pas je vais auX chiottes ? Pas à la Chiotte... mais bien aux chiottes ! Alors de grâce, tant qu’à utiliser ce qui appert comme étant un belgicisme, utilisons le au moins correctement. Que voulez-vous, on ne se refait pas, je n’ai jamais été très adhérent au massacre de la belle langue de Molière (ndlr ou de Voltaire, de Rousseau, de Sartre, de Vian et de Desproges d’ailleurs !) et pourtant, il suffit de tendre l’oreille – c’est une image – pour percevoir un véritable génocide linguistique. On s’en rend parfaitement compte à la sortie de certaines écoles d’ailleurs. Et pourtant n’est-ce pas là le lieu, par excellence, ou apprendre cette langue ? Mais, les étudiants et écoliers n’ont pas le monopole du carnage de la langue française. Il me revient encore une petite anecdote qui remonte au temps, heureusement lointain, où je devais utiliser les transports en commun pour me déplacer. J’étais donc dans le bus qui me ramenait de l’école et devant étaient assis deux gamins qui parlaient de tout et de rien - surtout de rien - afin de meubler la monotonie d’un trajet en autobus. Sur une autre banquette voisine, il y avait deux dames pomponnées pour lesquelles, semblait-il, voyager en bus s’apparentait encore à une fête… Deux bigotes bon teint, nostalgiques de leur belle époque, vous savez le genre de petite vieille qui sort le manteau et l’étole en poils de lapin pour aller, le dimanche, s’il ne pleut pas, à la messe pour écouter monsieur le curé et, le cas échéant, sucer un peu le christ pour se donner bonne conscience lorsqu’elle passe à côté, sans le moindre regard ou geste, du pauvre hère qui tend la main à la sortie de l’église… Et nos deux ancêtres de se plaindre, à voix plus ou moins audible, du langage peu châtié de la jeunesse lorsqu’une d’entre elles déclara – je m’en souviens mot à mot comme si c’était hier tant cela m’a amusé - : «Moi, je suis partisante d’un retour à une éducation beaucoup plus stricte !». Le bus arrivait, pour moi, à destination en me levant, je ne pu m’empêcher lorsque je passais devant le duo de mémères endimanchées et, je le confesse, dans un accès anti-vieux primaire dicté par la situation, de leur dire : «Mesdames, avec tout le respect que je dois à votre âge canonique, je voulais vous préciser que le féminin de partisan a toujours été partisane et non partisante». Le dédain qui emplît alors le regard des copines de Ramsès II éclaira ma fin de journée…

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(1) dois-en encore vous rappeler qu’il s’agit de mon Petit Robert ?
(2) s’il vous plait n’entrons pas dans des détails scabreux et restons-en au petit besoin… Merci !

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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