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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 17:25

Dès 2014, les recherches universitaires britanniques financées par le contribuable seront mises en ligne et accessibles au plus grand nombre.

edition-scientifique.jpgEn janvier dernier, le mathématicien de l'Université de Cambridge, Timothy Gowers, annonçait qu'il ne publierait désormais plus ses recherches dans les revues spécialisées car, selon lui, les éditeurs engendrent des profits énormes sur le travail des chercheurs universitaires. D'abord soutenu par 34 mathématiciens anglais, Gowers appela d'autres universitaires à faire comme lui et lança une pétition intitulée The cost of knowledge (Le coût du savoir) qui fit rapidement boule de neige via les blogs et les médias sociaux. En quelques semaines, la pétition reçoit 7500 signature. Il y a quelques jours, la prestigieuse université d'Harvard (Massachussetts) rejoignait le mouvement qui vise surtout trois gros éditeurs commerciaux : Elsevier, Springer et Wiley. Afin de perturber le système commercial de ces éditeurs, la pétition invite les chercheurs universitaires à diffuser leurs recherches librement sur le net. Harvard vient donc d'inciter ses 2100 professeurs et chercheurs à mettre librement en ligne leurs travaux. Cette démarche va, sur le territoire américain en tous cas, à l'encontre d'une loi sur les travaux de recherches - le Research Works Act - votée en décembre 2011 par le Congrès qui interdit aux institutions financées par l'état fédéral américain de donner libre accès à leurs recherches scientifiques. Mais l'objectif de The Cost of Knowledge est clairement de remanier profondément le système d'édition des travaux universitaires qui engendre des profits énormes (ndlr on parle en milliards de dollars) tandis qu'il ne finance que peu cette même recherche . Depuis l'aube de 2012, les éditeurs de revues scientifiques - le géant hollandais Elsevier en tête - sont donc vilipendés par une douzaine de milliers de chercheurs et d'universités à travers le monde pour leur attitude résolument mercantile dans un secteur, celui de la recherche et du savoir, qui devrait être, au contraire, non-marchand et partagé.

La Grande-Bretagne semble avoir trouvé une alternative à l'édition universitaire, elle propose en effet de mettre en ligne sur un site internet gouvernemental l'ensemble des travaux universitaires financés par de l'argent public. Le Ministre de l'Enseignement supérieur et des Sciences, David Willetts, vient de présenter ce projet qui a été avalisé par le Gouvernement. "Si le contribuable a payé pour que la recherche soit produite, elle ne doit pas être payante pour que le citoyen britannique puisse la lire"(1) a expliqué le Ministre Willetts qui promet une transformation complète du système d'édition de travaux universitaire endéans les deux ans. Selon David Willets, le système qui sera mis en place bénéficiera aux universités, aux chercheurs et aux citoyens. En effet, à l'heure actuelle, les universités britanniques déboursent quelque 200 millions de livres (soit ± 250 millions d'euros) chaque année pour pouvoir faire éditer et diffuser leurs recherches par des éditeurs spécialisés. Avec l'édition en ligne proposée par le Gouvernement, ces frais seraient limités à 2000 livres par an pour chaque université explique The Guardian(1), par ailleurs la recherche britannique sera en open access complet ce qui contribuera à la diffusion du savoir. Selon le Département de l'Enseignement supérieur et des Sciences, le coût de l'édition en ligne sera de l'ordre d'une cinquantaine de millions d'euros par an à prendre sur le budget de la recherche scientifique qui est de cinq milliards de livres annuels. Cette (r)évolution de l'édition scientifique ne coûterait donc rien en plus aux citoyens puisqu'elle serait financée par un budget déjà existant... De nombreux scientifiques ont d'ailleurs applaudi cette décision des autorités britanniques qui devra cependant trouver écho dans le monde pour permettre un réel open access à la recherche scientifique. En effet, à l'heure actuelle, la Grande-Bretagne produit et publie quelque six pourcents de la recherche mondiale; cela signifie qui si d'autres pays n'appliquent pas rapidement l'édition en ligne il restera 94% de la recherche mondiale qui sera diffusée par les circuits traditionnels commerciaux. Ceci dit, avec l'Université d'Harvard, qui vient de demander à ses chercheurs de mettre leurs recherches librement en ligne, comme locomotive, il n'est pas utopique de penser que l'édition on-line prenne rapidement son envol à travers le monde. Pour Adam Thickell, Vice-Doyen de l'Université de Birmingham on se dirigera vers un open access total "si l'Union Européenne et les Etats-Unis pratiquent le libre accès de leurs recherches"(1).

David Willetts n'aurait alors pas tort lorsqu'il évoque un remaniement radical de l'édition universitaire ! Restent quelques esprits chagrins qui, s'ils saluent l'initiative, regrettent qu'elle soit financée sur le budget de la recherche scientifique.  Certains universitaires britanniques estiment qu'à cause d'une ponction dans ce budget (ndlr 50 millions sur 5 milliards de livres, pour rappel, soit un pourcent du budget annuel), l'état pourra financer moins de recherches. C'est la sempiternelle histoire du beurre, de l'argent du beurre et du sourire de la crémière...

Quoi qu'il en soit, une enquête internationale réalisée par le JISC (Joint Information Systems Committee ou Comité pour la Mutualisation des Systèmes d'Information) montre que 81% des chercheurs mondiaux seraient prêts à publier leurs articles dans des espaces d'archivage en libre accès total. L'open access aux données de la recherche scientifique mondiale n'est pas un projet utopiste !

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(1) Free access to british scientific research within two years, par Ian Sample, in The Guardian, 15 juillet 2012

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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