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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 10:56

Pierre Richard fête son 79è anniversaire aujourd’hui. Portrait d’un doux rêveur qui fait tâche dans le cinéma français !

pierrerichard.jpgQuand le Distrait se fait discret et que j’entends qu’il est un acteur fini, la moutarde me monte au nez. Qu’il soit le jouet d’une société qu’il a tant critiquée, soit ! Mais ce serait oublier qu’il fut la coqueluche d’une génération dont je fais partie, le chien fou du cinéma français des années ‘70 et qu’après son passage à vide il aurait pu aller droit dans le mur… Mais dans le showbiz actuel, véritable cavale des fous, il a refait surface abritant un réel talent d’acteur derrière le paravent de la distance qu’il a su conserver d’avec son métier d’acteur. Franchement, c’était le retour du grand blond qui n’était jamais vraiment parti ; avec lui, on aura tout vu
Pierre Richard est un des piliers de la comédie à la française ! Certes, le Grand Blond n’a pas fait que des chefs-d’œuvre, loin s’en faut… Je dirais même qu’aucun de ses films n’est un sommet cinématographique mais au travers de ses personnages timides, distraits, pacifistes et rêveurs, il aura traversé les années ’70 et leur cortège de crises sociales et de phénomènes sociétaux… Car les films de Richard – dont il fut pour la plupart autant producteur et réalisateur qu’acteur – sont fréquemment porteurs d’un message sous-jacent. Ainsi, dans Je ne sais rien mais je dirais tout (1973), il aborde les ventes d’armes à tout vent tandis que Le distrait (1970), son premier film en tant que réalisateur, il évoque l’influence de la publicité de plus en plus présente au quotidien à l’aube des années ’70. Dans Le Jouet, (1976) réalisé par Francis Veber, c’est la puissance des hommes d’affaire à la tête de holdings et la pauvreté de leur vie privée que Pierre Richard aborde. Thème qu’il reprend quelques années plus tard avec On peut toujours rêver (1991)… Les faux-semblants et la starisation des masses, déjà, sont les thèmes porteurs de Je suis timide mais je me soigne (1978).

Du Distrait à Six pieds sur terre, 40 ans d’une carrière pas banale

C’est comme membre de la troupe de danse de Maurice Béjart que Pierre Defays débute dans la vie artistique. Il apprend la chorégraphie et se servira de cette technique de composition de mouvements dansés pour donner du poids à plusieurs de ses personnages. Issu d’une dynastie d’entrepreneurs qui espérait bien qu’il reprenne les affaires familiales, Pierre changera rapidement son patronyme pour devenir Pierre Richard. Contrairement à ce que beaucoup affirme, ce n’est pas dans le film d’Yves Robert, Alexandre le Bienheureux (1967) que Pierre Richard fera ses débuts cinématographiques. Que nenni ! Avant cet excellent film dans lequel Philippe Noiret élève la paresse au rang d’un art, Pierre Richard était apparu dans Le monocle Noir (1961, Georges Lautner), Le chien fou (1966, Eddy Matalon) et Un idiot à Paris (1967, Serge Korber)… Certes, de petits rôles à chaque fois mais il n’était pas beaucoup plus à l’honneur dans le film d’Yves Robert. Ce dernier comptera beaucoup dans la carrière de Richard. C’est en effet à Yves Robert que l’on doit les deux épisodes du Grand Blond qui s’inscrivent comme deux références dans la filmographie de Pierre Richard.

La critique d’une société de consommation trop envahissante sera donc le cheval de bataille de Pierre Richard dans les seventies. Mais, l’acteur s’embourgeoise un tantinet durant la décennie suivante. Francis Veber, dont on connaît l’intérêt pour les duos que tout oppose, l’associe à Gérard Depardieu dans La Chèvre (1981) qui connaît un énorme succès fort duquel Veber unira encore les deux hommes pour deux autres productions, Les Compères (1983) et Les Fugitifs (1986), qui ne restent pas comme d’immenses films mais qui rencontreront également un succès populaire appréciable. On ne peut que constater un tournant dans la carrière de Pierre Richard, celui-ci survient dans la seconde partie des années ’80. Dès lors, Pierre Richard se fait plus rare au cinéma. C’est qu’il vient de franchir le cap de la cinquantaine (ndlr il est né à l’été 1934) et que son personnage fétiche devient plutôt dur à assumer ! Lui qui apparaît dans une trentaine de films entre 1966 et 1986 ne se montre que dans une petite dizaine de productions durant la décennie suivante. Mais il choisit des rôles plus profond comme celui du pasteur dans La partie d’échecs (1993, Yves Hanchar) ou celui d’un cuisinier slave dans Les mille et une recettes d’un cuisinier amoureux (1996, Nana Djordajdze) ce qui ne constitue pas, pour autant, la garantie que ce soit de bons rôles !

Son étoile a faibli au firmament du cinéma français, beaucoup voit en lui un has-been ! Lui aussi peut-être lorsqu’il réalise, en 1997, Droit dans le mur dans lequel il s’érige en vieil acteur comique sur le retour qui galère et cherche le rôle qui pourra relancer sa carrière ! Ce film – que j’ai personnellement beaucoup apprécié – ne rencontre pas le succès escompté et durant six ans(1), Pierre Richard se fait rare au cinéma se consacrant plutôt au théâtre mais c’est la télévision qui va le révéler à nouveau au grand public. En 2001, il entre dans la peau de Vitalis pour l’adaptation, par France 2, du roman Sans Famille d’Hector Malot. Deux ans plus tard, il est un excellent Robinson Crusoé dans une autre adaptation romanesque… Ces deux performances lui ouvrent, à nouveau, les portes du cinéma. Il apparaît dans Mariée mais pas trop (2003, Catherine Corsini) aux côtés d’Emilie Dequenne et, surtout, de Jane Birkin qu’il retrouve trente ans après déjà avoir partagé l’affiche ensemble dans deux films de Claude Zidi…

Pierre Richard est à nouveau en haut de l’affiche ! En 2004, il attend le déluge dans un film plutôt grave et lourd de Damien Odoul avant d’endosser, l’année suivante, le costume du vieux hippie dans Le cactus de Gérard Bitton. En 2006 le Vieux Blond reçoit un César d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière avant de reprendre de façon régulière les chemins des plateaux de tournage. Depuis 2005, Pierre Richard tourne un film par an, ni plus ni moins, histoire de conserver un pied dans le cinéma et de démontrer qu’un acteur n’est pas fini dans la septantaine… A côté du grand écran, de la télévision ou du théâtre, Richard s’est diversifié pour se faire plaisir. Ainsi est-il devenu, depuis 1986, vigneron et produit-il quelque 80.000 bouteilles de vin rouge et rosé du Languedoc-Roussillon baptisé Château Bel Evêque et situé dans l’Aude près de Gruissan.

J’ai toujours eu un faible pour cet acteur hors du commun, pour sa façon d’être et de vivre aussi car Pierre Richard c’est un peu le marginal du cinéma français. Pas très friand des cérémonies, très avares de confidences sur sa vie privée, ayant vécu pendant des années sur une péniche amarrée en bord de Seine et fana de randonnées avec chiens de traîneau au Canada ou de trekking dans l’Himalaya., grand amateur de vin, amateur de bonne chair, il fait tâche dans le paysage cinématographique français de ces trente dernières années. Il est, comme il l’a si joliment écrit, dans le monde du showbiz comme «un poisson sans eau»…

Filmographie complète de Pierre Richard

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(1) à l’exception d’une apparition dans le film «L’été de mes 27 baisers» de Nana Djordajdze en 2000

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