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18 avril 2003 5 18 /04 /avril /2003 13:29

Portrait d’un maître de l’humour et de la langue française…

 

desproges.jpgPierre Desproges fait partie de la grande tradition de l'humour français. Sa gouaille, sa plume et son visage poupin ont disparu depuis 15 ans et pourtant, à l'image des grands peintres, Pierre Desproges connaît autant, si pas plus, de succès mort que vivant… Pierre Desproges était né à Pantin, dans la banlieue nord-est de Paris, en 1939. Avant de devenir le maître de l'humour noir et du clin d'œil caustique, il a tâtonné, exerçant divers métiers qui lui ont permis de ne pas mourir de faim. Vendeur d'assurances vie (ndlr, d'assurances mort comme il les appelait plutôt), enquêteur pour une société de sondage, rédacteur du courrier du cœur à Bonne Soirée et même directeur commercial d'une fabrique de poutres de décoration en polystyrène… Autant de boulots qui ne lui apportent rien d'autre que déprime et ennui. L'envie d'écrire est la plus forte. En 1967, il entre à l'Aurore comme journaliste mais un rédacteur en chef mesquin le licencie pour le côté iconoclaste de ses articles. Voilà un responsable de rédaction bien mal inspiré ! A l'aube des années 70, Desproges se voit offrir une opportunité de revenir à l'Aurore. Il accepte mais ne changera pas sa manière de rédiger… Il obtient une chronique quotidienne d'informations en bref. "Bref" était d'ailleurs le titre de sa rubrique ! Il décide de reprendre les informations du jour et de les commenter selon son propre avis. Un commentaire laconique personnel sanctionne donc toutes ses brèves. C'est le début de l'ascension de Desproges. Ces brèves ont été publiées, en 1999, dans un ouvrage intitulé "Le petit reporter".

En 1975, il intègre l'équipe du "Petit Rapporteur" dirigée par un Jacques Martin que la niaiserie des années 80 n'avait pas encore submergé… Là, en compagnie de Daniel Prévost, notamment, il laisse libre cours à son ironie, sa verve et son côté provocateur. Parallèlement, il travaille avec Thierry Le Luron sur France Inter. Mais c'est à l'aube de la décennie suivante que Pierre Desproges prend toute sa dimension ! Il décide de coucher sur papier ses pensées et autres états d'âme. En 1981, il publie le mémorable "Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis", son premier opus, avant d'envahir les ondes radiophoniques de France Inter avec l'émission qui est, selon moi, la plus aboutie de ce que la radio a pu produire : "Le tribunal des flagrants délires". Dans le rôle d'un avocat de l'accusation, Pierre Desproges taille un costard sur mesure à l'invité du jour. Il est notamment remarquable, en septembre 1982, lorsqu'il ridiculise verbalement Jean-Marie Le Pen dont la verve était pourtant déjà affûtée… Dans les joutes oratoires de haut-niveau, jamais Desproges n'a pu trouver son maître !

En télévision, il installe sur FR3, en 1982, "La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" dans laquelle il laisse éclater son non-sens et ses jeux de mots. Radio, télévision, librairie… Desproges est partout et pourtant son nom ne dit pas grand chose au grand public. Peu importe il se fait plaisir à lui et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas ! A France Inter, il offre encore ses acerbes "Chroniques de la haine ordinaire" dans lesquelles il reprend son thème favori du commentaire personnel de l'actualité. Il publiera également ses Chroniques, en 1987.

Il ne lui reste que la scène à conquérir, c'est bientôt fait. Mais hélas, Desproges n'aura le temps de faire que deux spectacles. Il s'attache à l'écriture du premier en 1983 et le présente, pour la première fois, avec l'aide de Guy Bedos, au Théâtre Fontaine, en janvier 1984. En octobre 1986, il offre au public sa seconde scène "Desproges se donne en spectacle", en première, au Théâtre Grévin. Bien qu'il ait commencé à l'écrire, Pierre Desproges n'aura pas le temps de monter un troisième spectacle. En 1987, il apprend brutalement qu'il est atteint d'un cancer. La nouvelle tombe comme un couperet, d'autant plus qu'il est obnubilé par la peur de mourir d'un cancer depuis des années. Il fera face à la maladie avec dérision et humour. Il sait rapidement qu'il est condamné et masque sa détresse avec l'humour. Après tout, il répétait sans cesse que l'on peut rire de tout… mais pas avec tout le monde ! Alors, autant rire avec son public, ses auditeurs et ses lecteurs du crabe qui le ronge lentement mais inexorablement.

Inspiré par Alexandre Vialatte et Alphonse Allais, Pierre Desproges a élevé son talent d'écriture à un niveau jamais égalé. Il n'a pas connu le succès qu'il aurait mérité de son vivant. Il est vrai que son humour nécessite une bonne dose de réflexion… Par contre, grâce à son épouse, Hélène, qui a entretenu sa mémoire et ses textes (en publiant notamment l'excellent "Fonds de tiroir" en 1990), Desproges a connu un succès post-mortem grandissant !

Les petits plus de l’article :


Pierre Desproges sur Internet : www.desproges.fr

A lire :

 

* Ouvrages publiés de son vivant
- "Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis" (1981);
- "Vivons heureux en attendant la mort" (1983);
- "Des femmes qui tombent" (1985 - roman)
- "Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien-nantis" (1985)
- "Chroniques de la haine ordinaire" (1987).

* Ouvrages publiés post mortem
- "Texte de scène" (1988);
- "L'Almanach" (1998);
- "Fonds de tiroirs" (1990);
- "Les étrangers sont nuls" (1992)
- "La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" (1995);
- "Les bons conseils du professeur Corbiniou" (1997)
- "Le petit reporter" (1999).

A voir et à écouter également, les deux spectacles de Pierre Desproges en VHS et les CD du "Tribunal des flagrants délires"

Enfin deux excellents ouvrages consacrés à Pierre Desproges :
- "Pierre Desproges - La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute" (1998) entretien avec Yves Riou et Philippe Pouchain;
- "Desproges, portrait" (2000) par Marie-Ange Guillaume.

 

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