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9 septembre 2004 4 09 /09 /septembre /2004 14:21

De la moquerie comme d’une forme d’intégration…

 

timsit.jpgIls sont nombreux les humoristes à avoir un jour connu des problèmes plus ou moins sérieux suite à un trait qu’ils ont lancé. De Coluche à Patrick Timsit en passant par François Pirette, Dieudonné, Guy Bedos ou même Pierre Desproges. Dès lors, la sempiternelle question «Peut-on rire de tout ?» revient, de façon cyclique à la surface. Pierre Desproges répondait par l’affirmative à cette interrogation tout en mâtinant sa réponse d’un très juste «... Mais pas avec tout le monde !». Et d’ajouter «Personnellement, il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C’est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d’un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine, et la présence à mes côtés, d’un militant d’extrême droite assombrit couramment ma jovialité monacale [...]». Somme toute n’est-il pas plus intelligent de plaisanter sur les camps de concentration avec un juif que de discuter sérieusement avec un représentant de l’extrême droite ? Si, évidemment !

Le rire est une forme d’exutoire, il permet d’évacuer des tensions et même de dédramatiser une situation, quelle qu’elle soit. «L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire» disait Frédéric Nietzsche ; la moquerie est une forme de thérapie. Mais il reste les barrières liées à cette forme d’éducation qui veulent que l’on ne puisse se moquer des infirmes, que l’on ne puisse pas rire des camps de concentration, qu’il vaille mieux éviter de taquiner les gens qui souffrent d’une tare, que la mort ne soit pas sujette à la plaisanterie et cetera... Cela rentre, en outre, à merveille dans les diktats d’une société trop polie, trop lisse où le politiquement correct sert à masquer une forme d’hypocrisie latente. Cette société qui pousse à appeler non-voyant ou mal voyant un aveugle ; personne à mobilité réduite un paraplégique ou personne en surcharge pondérale le type qui à 15 kilos de trop... S’en trouve-t-il pour croire que l’appellation plus correcte que l’on donne à ces gens allège leur handicap ? Il me semble que cette vision est plutôt une forme d’isolement qui tendrait à minimiser l’état de l’aveugle, du handicapé ou de l’obèse, un peu comme si cette minimisation cherchait, en fait, à dissimuler à son tour une tâche sur le linge blanc de la société que pourraient représenter ces personnes... C’est idiot !

Au contraire, la moquerie m’apparaît comme une forme d’intégration. Si l’on peut se moquer du handicapé comme l’on peut se moquer de quiconque alors on le considère comme faisant partie intégrante de la société. Rejeter l’humour qui porte sur une catégorie de personne équivaut, à mes yeux, à rejeter également cette catégorie, à attirer l’attention sur sa différence et la mettre en évidence non pas comme base d’intégration mais comme forme d’isolement. Les blagues sur les blondes font fureur, cela veut-il dire que toutes les blondes sont imbéciles ? Non évidemment... Mais qui s’élève en pourfendeur des raconteurs de blagues sur les blondes ? Personne en vérité. Alors que lorsque Timsit plaisante sur les handicapés cérébraux on a droit à une levée de boucliers ; les bien-pensants agite l’étendard de la justice pour ramener l’humoriste dans le droit chemin du politiquement correct. Toutes ces associations ont fait plus pour la cause de Timsit qu’elle n’ont fait pour celle des handicapés cérébraux. En brandissant l’arme du procès, elles ont rappelé, en substance, qu’il ne faut pas plaisanter à propos des handicapés cérébraux renforçant ainsi l’isolement physique et mental dans lesquels ceux-ci sont souvent plongés (lorsqu’on les place dans des institutions spécialisées, par exemple).

Plus que jamais il m’apparaît fondamental de pouvoir rire de tout ! Que nous ayons chacun une forme d’humour différent est une réalité. On ne rit pas tous des mêmes choses et c’est tant mieux sinon bien des humoristes aujourd’hui célèbres n’auraient jamais pu éclore. Il n’y a pas un humour mais bien plusieurs formes d’humour. Toutes ont leur droit de cité sans autre forme de censure que celle que s’impose l’auteur du trait, du texte ou de la simple plaisanterie. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou dans la moquerie ; il suffit juste de plaisanter avec talent et sans arrière pensée. Aujourd’hui encore beaucoup trop de monde confond le premier et le second degré ou prend pour argent comptant les propos qui sortent de la bouche d’un humoriste. Que certaines choses ne fassent pas rire d’aucuns c’est, bien entendu, concevable ainsi la vulgarité de Bigard n’arrive pas à m’arracher la moindre esquisse d’un sourire.. Me viendrait-il à l’idée de condamner ses propos aussi vulgaires soient-ils ? Non, je me contente de ne pas écouter Bigard éructer, c’est tout !

 

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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