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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 09:09

A propos de la vérification des infos que l'on reçoit et que l'on diffuse sur le net...

50-secondes.jpgInternet est la plus grande des sources d’informations que l’on puisse trouver à l’heure actuelle ; c’est la plus formidable… C’est la pire aussi ! En effet, beaucoup d’internautes tiennent pour forcément vraie l’info qu’ils trouvent sur la toile. Le problème est que nous avons tous, ou quasiment tous, la possibilité d’avoir un accès au net, que ce soit à domicile, au boulot, via un cyber-café ou par le PC d’une connaissance mais que la masse n’a pas de formation au net. On balance tout et n’importe quoi sur le net, dans n’importe quelle condition, dès lors le réseau devient une source intarissable d’informations dont près de 90% sont soit fausses soit sans intérêt, voire les deux… Pour le profane en communication et en information – et comme c’était le cas avec la télé dans les années ’70 – ce qui est sur internet ne peut être que vrai. Lorsque j’étais gamin, on m’expliquait qu’il ne fallait pas croire tout ce que je voyais à la télévision, qu’il fallait aussi que j’essaie de me forger un avis ou que je vérifie en demandant à des adultes si ce que j’avais pu voir était crédible, bref que je me forge un esprit critique. Cette formation basique et éducationnelle n’existe plus que trop rarement aujourd’hui ! Evidemment cette profusion d’informations sur internet ne fait pas le bonheur des journalistes car aujourd’hui le plus mal formé de quidams peut s’improviser «journaliste» et diffuser ; via le net, de l’information. Mais n’est pas journaliste qui veut ! Il faut avoir une formation, bien sûr, mais surtout avoir l’éthique de vérifier les informations que l’on veut distiller avant de le faire ; c’est la moindre des choses. La mission d’un journaliste c’est d’être le témoin du réel et de mettre en commun, au profit de tous, des faits concrets… Aujourd’hui, n’importe qui s’improvise journaliste en diffusant une info, trouvée sur le net ou ailleurs, et en la ventilant sur la toile.

Certains amis journalistes ont parfois critiqué Acta Diurna pour ces raisons. Qu’il me soit permis de préciser – comme je leur ai rappelé parce qu’ils le savaient – que toute l’information diffusée sur Acta Diurna est vérifiée et recoupée. Les sources sont citées, les éventuels articles de presse desquels je tire inspiration sont également mentionnés. Enfin, je ne m’improvise pas journaliste car j’ai une formation en communication et journalisme sanctionnée par un diplôme en 1993. Enfin j’ai travaillé dans la presse écrite et audiovisuelle pendant plusieurs années et j’ai eu une carte de presse. A l’heure actuelle, je possède encore une carte de l’Association Royale Belge de la Presse d’Entreprise… Tout ça juste pour préciser qu’Acta Diurna ne veut pas s’inscrire dans les rangs des diffuseurs de fausses infos du net ! Attention, cela ne veut pas dire que je sois infaillible et que je ne peux pas faire d’erreur journalistique ; c’est d’ailleurs arrivé il n’y a guère. En décembre dernier, je publiais un article sur le Quid qui contenait des informations que j’avais mal ou trop peu vérifiées. Le responsable du Quid demanda un droit de réponse que j’ai, évidemment, publié pour rétablir la vérité et ainsi tenter de réparer mon erreur. Mais en cinq années d’existence, l’information que vous avez pu lire sur Acta Diurna n’a pas été biaisée, elle est vérifiable.

Les chaînes de message ne sont pas de l’information !

L’un des gros soucis de l’information du net est ces fameuses chaînes de messages qui polluent nos boites aux lettres électroniques et que d’aucuns – beaucoup ! – font suivre parce qu’ils tiennent les messages qu’elles contiennent pour vrais. On la dit déjà 1000 fois, ces chaînes de messages sont des hoaxes, des canulars qui jouent sur le côté émotionnel des récipiendaires… Pour ceux qui auraient encore besoin de s’en persuader, il existe quatre pistes qui permettent de relever la fausseté de ces messages en chaînes :
- les nombreuses fautes d’orthographes qu’ils contiennent ;
- le côté d’urgences qu’ils contiennent (il est souvent demandé d’agir vite pour éviter un drame ou pour aider quelqu’un) ;
- la demande de relais du message (on est souvent invité à transférer à, au moins, X contacts) ;
- la menace ou le danger qui pèsent si l’on ne fait pas suivre le ménage (ex. le malheur qui s’abattra si nous ne faisons pas suivre ou, au contraire, la chance qui nous accompagnera si on fait suivre…).

Si le mail que vous recevez contient, au moins, deux de ces critères c’est un hoax : Ne faites pas suivre cela évitera de polluer bien des boites aux lettres ! On en revient toujours au même constat : il faut vérifier l’info dont on dispose avant de la faire circuler sur le net !

L’exemple que j’ai envie de vous donner en est une parfaite illustration. J’ai assisté, la semaine dernière, à une conférence donnée par Karim Ibourki, porte-parole et responsable de la Communication de Rudy Demotte, le Ministre Président de la Région Wallonne (ndlr et depuis hier de la Communauté française). Ibourki évoqua, notamment, un message arrivé dans sa boite électronique comme dans celle de milliers d’internautes. Je ne l’ai pas reçu mais j’en ai facilement retrouvé la trace… Je vous livre donc tel quel le texte de ce message intitulé «50 secondes de lectures à couper le souffle» :

«Pour combler le déficit de la sécu, nos chers gouvernants ont trouvé que le mieux, c’était encore de nous faire payer ... Nous allons être hyper contrôlés lors de nos arrêts maladie,
nous allons devoir consulter un généraliste avant de voir un spécialiste, pour tout traitement de plus de 91 EUR, nous en serons de 18 EUR de notre poche ; toutes ces mesures sont destinées à combler le fameux trou qui est à ce jour de 11 milliards. Or, savez-vous que :
- une partie des taxes sur le tabac, destinée à la Sécu n’est pas reversée : 7,8 milliards
- une partie des taxes sur l’alcool, destinée à la Sécu n’est pas reversée : 3,5 milliards
- une partie des primes d’assurances automobiles destinée à la Sécu n’est pas reversée : 1,6 milliards
- la taxe sur les industries polluantes destinée à la Sécu n’est pas reversée : 1,2 milliards
- la part de TVA destinée à la Sécu n’est pas reversée : 2 milliards
- retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés, 2,1 milliards
- retard de paiement par les entreprises - 1,9 milliards
En faisant une bête addition, on arrive au chiffre de 20 milliards d’Euros. Conclusion, si les responsables de la Sécu et nos gouvernants avaient fait leur boulot efficacement et surtout honnêtement, les prétendus 11 milliards de trou seraient, aujourd’hui, 9 milliards d’excédent
»


Une véritable diatribe à l’encontre de la compétence de nos dirigeants politiques. Vous savez que j’aime assez mettre en avant les lacunes et les incompétences du monde politique et que je devrais donc me réjouir de ce texte… Texte qui se retrouve publié mot pour mot dans le courrier des lecteurs de l’hebdomadaire belge Le Soir Illustré n° 3951 du 12 mars 2008, en page 7. Mais Karim Ibourki précisa que si tous les chiffres repris dans ce message sont bel et bien vrais, ils émargent au système de sécurité sociale de France ! On peut les trouver dans le rapport de comptes de la Sécu française… Voilà donc un lecteur du Soir Magazine qui a reçu ce courriel, qui l’a pris pour vrai par rapport à la Belgique et qui l’a envoyé tel quel au courrier des lecteurs de son hebdo préféré ou des milliers d’autres lecteurs l’ont lu et tenu pour réel… Et pourtant, il eut été facile de vérifier la source de ce message, via le net et Google tout simplement. Le résultat de la recherche sur le thème «50 secondes de lectures à couper le souffle» donne sur les quatre premiers liens qu’il propose : le site de l’ANPAG (Association française pour de Nouvelles Perspectives à Gauche), celui de Politique Digitale française, le site de Psy-Désir et les actualités santé du CYES qui précisent tous que ce texte porte sur l’Assurance maladie française… Si notre brillant lecteur du Soir Magazine avait fait fonctionner son esprit critique et s’il avait poussé un peu plus avant sa recherche d’infos au lieu de prendre pour argent comptant ce pourriel arrivé sur son PC, il se serait abstenu de publier dans le courrier des lecteurs de son magazine cette vraie-fausse info qui n’a rien à voir avec le système de sécurité sociale belge…

Répétons-le encore une fois, il faut vérifier les infos que l’on reçoit avant de les faire suivre sur internet !

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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