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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 10:19

La polémique qui a entouré, au printemps dernier, la présentation de Hors-la-loi, de Rachid Bouchareb, avait-elle vraiment raison d'être ? 

 

hors-la-loi.jpgC'est donc aujourd'hui que sort dans les salles obscures belges le film Hors-la-loi, de Rachid Bouchareb, avec Jamel Debbouze, Sami Bouajila et Roschdy Zem, un trio que l'on trouvait déja dans Indigènes, précédent opus du réalisateur franco-algérien. Quatre ans après Indigènes, qui avait été primé à Cannes, Bouchareb se sert à nouveau d'un sujet sensible de l'histoire française récente, les massacres de Sétif et de Guelma. Ces faits remonte à la fin de la seconde guerre mondiale, en mai 1945 pour être précis, et se sont déroulés dans ce que l'on appelait encore à l'époque le Département de Constantine, un département français d'Algérie. Les partis nationalistes algériens entendent profiter d'un défile organisé pour célébrer la fin du conflit mondial (dans lequel plusieurs soldats issus des Colonies Française d'Afrique du Nord ont perdu la vie) pour rappeler leurs revendications territoriales et patriotiques. La manifestation débute pacifiquement avant qu'un policier français ne tire sur un jeune Algérien qui brandissait un drapeau de son pays. Cet assassinat en bonne et due forme déclenche les hostilités et la  manifestation dégénère en émeutes qui dureront une quinzaine de jours. Il faudra le renfort de l'armée française pour ramener le calme dans le Département de Constantine. Mais à quel prix puisque l'on dénombrera plusieurs centaines ou plusieurs milliers de morts selon les sources... En effet, le nombre de morts laissés sur le carreau par l'intervention militaire française a été - et est toujours pour certains - sujet à controverse. En effet, pour les autorités française de l'époque, ce sont quelque 1165 Algériens qui ont perdu la vie entre le 8 et le 22 mai 1945 dans le Département de Constantine; mais un rapport des services secrets américains fait état de... 17.000 morts autochtones. 

 

Il ne fait aucun doute que les massacres de Sétif et de Guelma sont le terreau du FLN (Front de Libération Nationale), qui vit le jour en 1954, et surtout de sa branche armée, l'ALN (Armée de Libération Nationale) qui par ses multiples attentats déclencha la Guerre d'Algérie (1954-162) qui déboucha sur l'indépendance du pays.

 

Le film de Rachid Bouchareb débute sur la manifestation de Sétif et rapporte l'histoire de trois frères qui choisissent la lutte armée pour trouver leur place dans une Algérie en pleine ébullition. Ils deviennent donc des Fellaghas, c'est à dire des hors-la-loi, qui vont mener leur lutte armée en France et en Algérie. Dès avant sa première projection, à Cannes lors du Festival 2010, Hors-la-loi suscita la polémique. Il fut largement reproché à Bouchareb d'avoir pris pas mal de liberté avec la réalité historique. Mais, finalement, n'a-t-on pas fait encore une fois une tempête d'une ondée ? Car dans le film, les événements tragique de Sétif ne servent que de point de départ, ils sont le détonateur qui entraîne trois quidams à devenir des hors-la-loi. La trame du film repose essentiellement sur les relations entre trois hommes, trois frères, qui au fil de l'histoire vont appréhender différemment le conflit franco-algérien. L'un d'entre eux devient l'un des pontes du FLN en France, le second le suivra aveuglément dans sa guérilla tandis que le troisième entrevoit les affaires lucratives qu'il peut mener à Paris, une forme d'intégration à la société française. Clairement, pour moi, ce film se sert d'une vérité historique en toile de fond mais il s'agit davantage d'un film d'hommes, un film sur des relations humaines que d'un film historique. Dans une interview donnée au journaliste de la RTBF Hugues Dayez(1), Jamel Debbouzze compare, non sans humour, Hors-la-loi à l'excellent film de Sergio Leone Il était une fois en Amérique, qui rapporte l'ascension de quelques amis dans les milieux gangsters du New York de la fin des années '20. "Il était une fois en Algérie" ironise Debbouze, "même si Roschdy Zem n'est pas Robert de Niro, même si Rachid Bouchareb n'est pas Sergio Leone"(1) ajoute-t-il sous-entendant clairement que Hors-la-loi est un film à part entière et pas l'inspiration ou la déclinaison d'un autre film. 

 

Je trouve cette comparaison très juste. Hors-la-loi est un film d'action, un film de gangsters voire même une espèce de western moderne tirant un peu sur le social. Ceux qui ont cherché à y voir la polémique se sont trompés ! C'est un peu comme si l'on reprochait à Leone d'avori fait, avec Il était une fois en Amérique, un film sur la responsabilité des juifs dans la crise économique américaine de la fin des années '20 simplement parce que le film évoque des gangsters juifs de cette période... Ce serait stupide ! D'ailleurs Jamel debbouze se défend de vouloir être le porte-parole de quelle que cause que ce soit. Maintenant, il est aussi clair que la toile de fond de Hors-la-loi fait référence à une partie de son Histoire récente dont la France n'est assurément pas la plus fière, un peu à l'image des discriminations dont furent victimes les militaires issus des Colonies qui servirent dans l'Armée française lors de la seconde guerre mondiale et que Bouchareb illustre dans Indigènes.

 

Autant je n'ai jamais été fan de Jamel Debbouze en tant que comique autant je lui trouve pas mal de qualités d'acteurs mais je me dis aussi que s'il continue à flirter avec une Histoire dont la France n'est pas fière il finira par s'attirer quelques ennuis avec les rouages d'une certaine France bien-pensante...

 

Quoi qu'il en soit, Hors-la-loi est un film à voir, un bon moment de cinéma avec un trio d'acteurs crédibles et un réalisateur qui démontre de plus en plus d'assurances dans son travail.

 

Hors-la-loi de Rachid Bouchareb
Avec Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Sami Bouajila
Sortie belge le 29 septembre 2010

 

 

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(1) JT de la RTBF, 28 septembre 2010

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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