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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 13:51

Série de l'été - 1986, la chanson la plus polémique des Smiths...

19-panic.jpgLe 26 avril 1986, un accident nucléaire de niveau 7, c'est à dire le niveau le plus élevé, ravage la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. L'évacuation des foules des deux villes les plus proches - Tchernobyl et Prypiat - ne commence que le lendemain, il faut même attendre plusieurs jours pour que les populations des villes alentours soient évacuées. De nombreuses zones sont contaminées et un nuage radioactif se déplace vers l'Europe occidentale. 780.000 hectares de terrains agricoles sont perdus, 695.000 hectares de forêts sont inutilisables plongeant ainsi la région dans une situation économique dramatique qui vient se greffer à des conséquences sanitaires qui ne le sont pas moins; plusieurs milliers de personnes sont touchées par les radiations et l'on constate un nombre multiplié par 80 de cancers de la thyroïde. A la même époque, The Smiths termine l'enregistrement de leur troisième album, The Queen is dead qui va devenir la référence ultime du groupe. Fondé dans la banlieue de Manchester, en 1982, par Morrissey (Steven Patrick de son vrai nom) et Johnny Marr, The Smiths surfe sur la vague du rock indépendant qui a réellement pris son envol avec le mouvement punk et qui trouvera son apogée dans les eighties tant aux Etats-Unis qu'en Angleterre. Morrissey n'a pas connu la réussite avec The Nosebleets tandis que Marr, guitariste de studio très demandé, cherche un chanteur pour monter son propre groupe. C'est Billy Duffy, le guitariste de The Cult(1) qui présente Morrissey à Johnny Marr et c'est avec la chanson Suffer little children, inspirée des Meurtres de la Lande, une série de crime qui secoua Manchester dans les années '60, que Morrissey séduit Marr. Ils étoffent donc le groupe de Mick Joyce (batterie) et Andy Rourke (basse) et l'appellent The Smiths pour aller à l'encontre de la tendance alors en vogue de donner des noms longs (Manic Street Preachers, My Bloody Valentine, The Jesus & Mary Chain...). The Smiths (1984) et Meat is murder (1985), les deux premiers albums du groupe sont de vrais succès artistiques et commerciaux. The Smiths reçoit même le titre de Meilleur Groupe Anglais de l'année 1984, Morrissey celui de Meilleur Chanteur. Entre polémiques (notamment liées à Suffer little children que certains ont vu comme l'apologie de meurtres d'enfants alors qu'elle n'est que compassion pour les cinq victimes des Meurtres de la Lande), références culturelles à Oscar Wilde, Jack Kerouac ou James Dean et engagement social (The Smiths prônent le végétarisme) ou politique (un anti-Thatcherisme avoué), le groupe mancunian s'érige en valeur forte du rock britannique. La sortie de The Queen is dead renforce encore l'aura populaire des Smiths.

Quel rapport peut-il y avoir entre The Smiths et Tchernobyl ? Lorsque The Queen is dead est mis en boite, les quatre membres du groupe éprouvent le besoin de souffler. Morrissey est un grand consommateur d'informations, il s'inspire d'ailleurs souvent de l'actualité pour écrire des textes dont certains sont devenus des chansons. Aussi, quelques jours plus tard, au début mai, il écoute un journal parlé sur BBC Radio 1 dont le présentateur conclut en donnant quelques nouvelles de Tchernobyl. A peine le journal est -il terminé que l'animateur, Steve Wright, lance sans transition I'm your man, de Wham. Morrissey est heurté par le manque de sensibilité de Wright dont l'émission est souvent irrévérencieuse voire provocatrice. Le lendemain, Morrissey évoque cette petite histoire avec Johnny Marr. Comment est-il possible de passer une chanson sans âme, de discothèque et caricaturale comme I'm your man après avoir parlé des victimes de Tchernobyl ? demande, en substance, Morrissey. Les deux hommes se proposent alors de composer une chanson. Marr voit plutôt une critique du disco et de la musique pop britannique mielleuse de l'époque emmenée par Wham, Culture Club, Bananarama, Kajagoogoo ou The Pastels qui sont aussi produits par Rough Trade, le label des Smiths... Le disco et la pop commerciale envahissent effectivement les boites de nuits et proposent une musique aseptisée, sans âme, aux adolescents britanniques. Lorsqu'il écrit Panic, Morrissey garde par contre en mémoire Steve Wright, le disc-jockey (en ce sens que c'est lui qui faisait la programmation musicale de son émission) de BBC Radio 1. Marr s'inspire de la chanson Metal Guru des T-Rex pour composer la musique de Panic. La chanson est rapidement composée et, alors qu'ils aspiraient à un peu de repos, The Smiths se retrouvent, à la mi-mai 1986, dans les studios Livingstone de Londres pour graver Panic.

Panic sort le 21 juillet 1986 et le public qui a toujours l'album The Queen is dead dans l'oreille accroche. Les fans des Smiths adorent cette chanson et le leitmotiv Burn at the disco, hang the blessed DJ (Fous le feu au disco et pends le DJ béni) devient rapidement culte chez les fans de rock et chez les punks, encore nombreux, de Londres. Evidemment, la chanson crée une polémique importante. Est-il tolérable qu'une chanson réclame la pendaison d'un homme ? Il faut dire que les termes hang the DJ reviennent 33 fois sur les 2'20'' de la chanson... Le journaliste Nick Kent, adversaire avoué des punks et du rock indépendant, écrit dans The Face que Panic est un "mandat pour le rock-terrorisme", d'autres fustigent des paroles racistes (ndlr il faudra me dire quels mots du texte de Morrissey peuvent avoir un connotation raciste car je n'ai pas trouvé !). Mais la polémique joue un rôle d'amplificateur des ventes et Panic reste dans les charts jusqu'à la fin de l'automne. Cependant, Panic coûtera aux Smiths leur label ! En effet, bien que ce ne fut pas la raison officiellement évoquée, Rough Trade qui produisait le groupe depuis le début, le pousse vers la sortie. Cela ne chagrine pas trop Marr et Morrissey qui envisageaient de trouver, de toutes façons, un label plus important. La chanson la plus polémique des Smiths ne sera enregistrée sur aucun album, elle apparaitra seulement sur les compilations The world won't listen (chez Rough Trade qui a quand même senti la bonne affaire) et Louder than bomb (chez EMI, nouveau producteur des Smiths) , toutes deux sorties en 1987.

Si elle est, avant tout, une critique de la musique commerciale et de discothèque, Panic est surtout née d'une transition musicale hasardeuse faite par un animateur de la BBC à l'issue d'informations relatives à la catastrophe de Tchernobyl. Panic a secoué la morale de certains "intellos" londoniens bien plus que celle des producteurs de pop commerciale puisque dans les années qui suivirent, des groupes comme Take That, East 17, MN8, The Wanted ou les Spice Girls ont été lancé à grand coup de renforts publicitaires pour phagocyter le cerveau des adolescents...




19 Panic - Paroles

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(1) le groupe de Ian Astbury qui tentera l'aventure des Doors of the 21st Century avec Ray Manzarel et Robbie Krieger en 2002.

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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