Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 15:52

Portrait d’un monstre sacré du cinéma américain.

pacino.jpgAlors qu’il présente son film Wilde Salome, une adaptation de l’œuvre d’Oscar Wilde, à la Mostra de Venise, Al Pacino revient sur le devant de la scène. Encore une fois, il choisit de réaliser une œuvre complexe, à mi-chemin entre la capture cinématographique d’une pièce de théâtre et la plongée dans l’univers particulier de Wilde. Pacino est, assurément, un personnage à part de l’industrie cinématographique américaine. Tantôt populaire, tantôt élitiste, l’acteur et réalisateur a marqué quatre décennies de son inestimable talent. On a tous en mémoire sa prestation sublime dans la saga de Coppola, «Le Parrain» dans laquelle il incarne Michael Corleone, le fils du Parrain de la mafia new-yorkaise, qui prend en mains les rênes de la Famille… Mais Pacino c’est avant tout un acteur éclectique, huit fois nominé aux Oscars et pourtant seulement une seule fois récompensé de la statuette du Meilleur Acteur ; c’était en 1992 pour «Le temps d’un week-end» de Martin Brest.


Né le 25 avril 1940 à New York, fils d’un tailleur de pierres immigré de Sicile, Alfred James Pacino est élevé, dans le Bronx, par ses grands-parents maternels. Il ne passe que très peu de temps en milieu scolaire et sèche les cours pour passer des après-midi entières dans les salles obscures des cinémas de son quartier où il se prend de passion pour les grands acteurs hollywoodiens de l’époque, Charles Laughton en tête mais aussi Gregory Peck ou un jeune acteur débutant qui illumine le film «Un tramway nommé désir» (Elia Kazan, 1951), Marlon Brando… Du haut de ses 14 ans, Al décide que c’est ce métier qu’il veut faire et il parvient à se faire accepter, malgré sa faible condition, à la High School of Performing Arts à Manhattan car il présente un test d’entrée plus que convaincant. Ce test conforte d’ailleurs sa conviction à vouloir devenir acteur mais son faible bagage scolaire le handicape profondément car l’institution dans laquelle il vient d’entrer est avant tout un collège qui, s’il forme des jeunes gens aux arts de la scène, dispense aussi des cours généraux. Et là, Pacino ne parvient pas à suivre… Alors, il plaque tout et accepte plusieurs petits boulots successifs pour subsister. Il est tour à tour ouvreur dans un théâtre, garçon de café ou livreur… Mais l’envie de jouer est la plus forte aussi présente-t-il l’examen d’entrée au prestigieux Actor’s Studio où il échoue. Cependant, il y est remarqué par… Charles Laughton, celui-là même qu’il vénérait sur grand écran quelques années auparavant. Laughton le prend sous son aile et le fait entrer au cours Berghof où il enseigne. Rapidement, Pacino apprend les rudiments de la comédie et se retrouve très vite sur les planches de théâtre. Il enchaîne les pièces avec chaque fois un rôle plus important et obtient, en 1964, le rôle principal, à Broadway, de la pièce «Hello, out there» de Wiliam Saroyan. Ensuite, il joue «The Indians want the Bronx» pour laquelle il est récompensé d’un Obie, un prix équivalent aux Oscars pour le théâtre…

Grands rôles et mauvais choix…

Ce succès mérité lui ouvre enfin les portes de l’Actor’s Studio où il rencontre Dustin Hoffman et Robert de Niro et suit l’enseignement du fameux Lee Strasberg qui a formé les plus grands acteurs du cinéma américain. Al Pacino doit attendre 1969 pour être au générique de son premier film : «Me, Natalie» de Fred Coe. Parallèlement, il poursuit sa carrière théâtrale. Il ne faut que trois films à Pacino pour exploser et montrer au monde entier l’étendue de son talent… En 1972, «Le Parrain» lui ouvre les portes de la gloire internationale ! Il enchaîne alors avec quatre films de très haut vol et qui restent aujourd’hui encore des grands classiques américains : «L’épouvantail» (Jerry Schatzberg, 1973), l’exceptionnel «Serpico» (Sidney Lumet, 1973), «Le Parrain, 2è partie» (Francis Ford Coppola, 1974) et «Un après-midi de chien» (Sidney Lumet, 1975). Dès lors, Pacino fait partie du gratin du cinéma américain. Il est l’une des références principales de cet art outre-Atlantique ! Son talent est partout reconnu ; en 1974 il est déclaré Meilleur Acteur International par la British Academy of Arts…

Est-ce cette réussite qui va perturber ses choix et son appréciation des scénarii qui lui sont proposés ? Toujours est-il qu’il va commettre une série d’erreurs en refusant consécutivement plusieurs rôles qui pourtant marqueront les esprits. Ainsi, Pacino refuse de jouer dans «Kramer vs Kramer» (1978), «Apocalypse Now» (1979)* et «Les Moissons du Ciel» (1979). C’est trois films seront des succès pour le plus grand bonheur de Dustin Hoffman, Martin Sheen et Richard Gere qui prendront respectivement les rôles refusés par Pacino ! Al Pacino tourne, dans le même temps, avec des réalisateurs prestigieux comme Norman Jewison ou Sidney Pollack mais avec moins de bonheur. Si seulement il n’avait pas refusé ces trois rôles… aujourd’hui il serait probablement considéré comme le plus grand acteurs américain de tous les temps ! C’est Brian de Palma qui va lui permettre de revenir, une première fois, au firmament ; il lui offre le rôle de Tony Montana dans «Scarface» (1983). Pacino y est excellent dans un nouveau rôle de mafieux. Mais le bide – et le mot est faible ! – de «Revolution (Hugh Hudson, 1985) ramène Al Pacino à la réalité hollywoodienne : on est bien peu de choses dans ce monde quand le succès est moins présent ! Pendant ce temps, ses amis Robert de Niro – avec des films comme «Raging Bull» (Martin Scorsese, 1981), «Il était une fois en Amérique» (Sergio Leone, 1984), «Brazil» (Terry Gilliam, 1985) ou «Les Incorruptibles» (Brian de Palma, 1987) – et Dustin Hoffman – dans «Tootsie» (Sydney Pollack, 1982), «Mort d’un commis voyageur» (Volker Schlöndorff, 1985) ou «Rain Man» (Barry Levinson, 1988) – écrasent les années ’80 de leur présence !

Et Michael Corleone réapparut !

Pour sa part, Al Pacino joue dans des films moyens, sans grand succès ! Et puis, Francis Ford Coppola frappe à sa porte pour lui proposer de réendosser, 16 ans après, le rôle de Michael Corleone pour la troisième partie du Parrain… Ce rôle de Corleone qui lui colle décidément à la peau va réellement impulser un souffle nouveau dans le parcours cinématographique de Pacino. Il enchaîne à nouveau les grands rôles : «Frankie & Johnny » (Garry Marshall, 1991), «Glengary Glen Ross» (James Foley, 1992), «Le temps d’un week-end» (Martin Brest, 1992) dans lequel il compose un militaire aveugle et irascible qui va être confié, un week-end durant, à la garde de son neveu (Oscar pour ce rôle), «Carlito’s Way» (Brian de Palma, 1993) ou encore le fabuleux «Heat» (Michael Mann, 1995) dans lequel il retrouve son ami de Niro pour un face à face qui touche au sublime !

Désormais, Al Pacino est définitivement installé sur le piédestal du cinéma ! Il a marqué de son empreinte le 7è art et les plus grands réalisateurs se bousculent à sa porte. Oliver Stone le dirigera dans «L’enfer du dimanche» (1999) tandis que Mike Newell fera de lui le Lefty de «Donnie Brasco» (1997) et que Michael Radford lui donne le rôle d’un vieil usurier juif dans Le Marchand de Venise (2004), une adaptation plutôt réussie de la pièce de Shakespeare… Al Pacino c’est un acteur immense qui, au même titre que Marlon Brando, parvient à faire oublier l’acteur qui se cache derrière le rôle qu’il interprète. Pacino donne tant de poids à ses personnages que le spectateur en oublie qu’il ne s’agit que de fiction pour en arriver à croire que Michael Corleone, Vincent Hannah, Lefty Ruggiero, Lion ou Frank Serpico sont bien réels et face à lui ! Pacino incarne un cinéma qui a quasiment disparu, le vrai cinéma, celui qui repose sur le talent de l’acteur et non pas sur une kyrielle d’effets spéciaux… Un cinéma qui vient des tripes de ceux qui le font, réalisateurs, scénaristes, compositeurs et acteurs. Un cinéma d’Hommes et non pas de machines ou d’informatique à outrance… Quiconque n’a pas vu jouer Al Pacino ne peut pas prétendre qu’il connaît le cinéma ; celui qui affirme ne pas apprécier le jeu d’Al Pacino ne peut pas prétendre aimer le cinéma !

Sources :
 * www.allocine.fr
 * www.ecrannoir.fr
 * www.the-movie-times.com

-----
* le rôle du Capitaine Willard semblait être maudit puisque, après Pacino, Steve McQueen le refusa aussi. Il échoit alors à Harvey Keitel qui n’est pas assez crédible pour Francis Ford Coppola qui choisit donc de le remplacer par Martin Sheen… qui fera une crise cardiaque sur le plateau retardant ainsi de plusieurs semaines le tournage !!!

Partager cet article

Repost 0

commentaires